Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« La vie a du bon, mais que savons-nous si la mort ne nous tient pas en réserve des plaisirs plus vifs ? »

-Victor Cherbulliez, Le roman d'une honnête femme (1865).


Chapitre 29 : Sara Wood, ou toute vie n'est qu'un passage.

Ils venaient de partir. Tous les deux. L'homme semblait avoir vieilli de dix ou vingt ans durant son passage à la morgue. A chaque fois, c'était la même chose, Sara voyait l'espoir s'évanouir et faire place à la tristesse, vite remplacée par la peine accompagnée du désespoir ou de la rage quelquefois. La résignation serait pour plus tard, si elle venait un jour… A chaque fois, ils repartaient vieillis et meurtris.

Cette fois-ci, l'homme semblait un dur à cuire, un homme qui avait déjà tout vu et vécu. Pourtant il avait paru durement touché par la mort de ce Maxime Reed. Elle, plus distante avait semblé dubitative… Sara ressentait que cette femme avait l'habitude de la mort, non pas qu'elle semblait être du genre à la donner, mais plutôt à la côtoyer, l'apprivoiser. C'était cela, elle aidait les morts. De part son métier, Sara Wood le savait : la mort n'était qu'une étape de la vie terrestre, mais ce passage pouvait être difficile et certains avaient besoin d'une aide pour entreprendre ce grand voyage…

Tel n'était pas le cas de Monsieur Reed. Il reposait bien tranquillement, allongé sous son drap blanc, ses plaies pansées, le sang nettoyé, il avait repris un aspect plus humain… Plus prêt à entreprendre le reste de son voyage quand le moment serait venu. Sara le savait c'était elle qui avait réceptionné le corps le jour où sa mort avait été signalée.

Pour l'instant, elle allait s'occuper de Mademoiselle Mabel Marie March. La vie n'avait sans doute pas toujours été facile, un nom capable de vous attirer des plaisanteries fort spirituelles pouvait être un calvaire. Peut-être était-ce pour cela que ce nom était précédé d'un mademoiselle… Le sorcier-brancardier qui la lui avait amené l'avait insouciamment et même un tantinet méprisamment qualifiée de « vieille fille ». Sara ne concevait pas que l'on puisse réduire la vie de Mabel Marie March à ce terme. Elle était née, avait grandi et si on en croyait son dossier, vécu une vie de sorcière du deuxième cercle, sans doute sans panache ni exploit, mais de façon suffisamment honorable et tranquille pour ne pas avoir eu maille à partir avec les aurors ou le tribunal du MACUSA. Peut-être avait-elle même aimé et souffert ?

-Bonjour Mabel Marie, je me nomme Sara Wood et c'est moi qui vais avoir la charge de vous aider à raconter vos derniers moments.

Elle aimait se présenter à « ses patients », elle sentait que cela leur facilitait l'acceptation de cette formalité, formalité terrifiante pour certains prêts à tout pour ne pas accepter leur transfert… Entant que membre d'un Coven, elle savait que la mort n'était pas le néant. Du moins, pas totalement. Avec sa formation, Sara ne faisait pas que de découvrir les raisons de la mort. Rien qu'avec l'aspect de sa main, elle pouvait dire quel genre de métier mademoiselle March avait exercé… La douceur de sa peau disait l'attention qu'elle prenait de son aspect… Il y avait tant de détails que disaient tellement long…

-Je suis médicomage-légiste et j'ai la charge de déterminer ce qui vous a amené dans ma morgue… Je vais commencer par vous interroger, je vous prierais de me répondre avec franchise et rectitude, cela facilitera ma tache.

Mabel Marie reposait tranquille, détendue, presque souriante sur son brancard sous son drap blanc. Ses cheveux blancs sagement peignés en un chignon sage, lui donnaient un air respectable. D'après son dossier elle avait quatre-vingts ans lors de son décès, un âge raisonnable mais pas excessif en comparaison avec ce qu'on est en droit d'attendre de la part d'une sorcière dont l'espérance de vie pouvait statistiquement atteindre le double… Sara prit sa baguette et la tendit vers le corps. Elle l'approcha de sa tête, « Légilimens ! » une délicate volute blanc-argenté s'en échappa. Ce sort était d'habitude utilisé sur les vivants, mais, Sara s'était entrainée et comme pour beaucoup de choses, dans l'usage de la Magie, l'intention et la foi dans l'impossible pouvaient changer beaucoup de choses. D'un mouvement souple, Sara l'enroula autour du bois d'épicéa bleu du Colorado enfermant une plume de phénix, puis la déposa dans une coupe d'argent. Se penchant, elle entrevit l'existence de Mabel Marie. Petite avec ses parents, choyée, avec une autre petite fille jouant à la poupée dans un salon triste, sombre et bien rangé, la peignant et la berçant d'un mouvement de sa minuscule baguette. Heureuse et souriante.

Son entrée à Ilvermorny, ses condisciples l'appelant 3M en riant : Moche Minable Méduse était-elle devenue. Mabel Marie s'était en effet transformée en une petite fille disgracieuse, air revêche, légèrement dodue aux chairs laiteuses un peu flasques. Sans doute l'origine de son surnom...

Quelques années plus tard, bal de promotion, Mabel Marie, en robe de soie prune, seule, appuyée contre un mur regardait avec envie les couples sur la piste et plus particulièrement le jeune homme blond souriant, dansant avec une jolie rousse au centre de la piste. Dans un coin de la salle trois condisciples la regardaient en riant. Sara pouvait les entendre : Minuscule Méchante Musaraigne. Mabel Marie les ignorait mais Sara pouvait la voir serrant les poings.

Soixante ans plus tard, seule dans le même salon, regardant par la fenêtre, cachée derrière ses rideaux, espionnant les passants dans la rue. Sara reconnaissait le paysage : l'avenue principale de Sleepy Hollow avec sur la droite, le City Town Hall et tout là bas, sur la gauche le vieux manoir délabré des Grayson. Une autre image se présenta à Sara, Mabel Marie telle qu'elle apparaissait maintenant devant elle était la vieille même femme qui était étendue sur sa table. Elle se parlait à elle même « Étrange, il faut que j'avertisse le Ministère, il se passe des choses bizarres chez les Grayson... ». Peu après, endimanchée, un peu ridicule se présentant au MACUSA, attendant avec impatience son audience avec Séraphina Picquery…, ressortant déçue, un peu humiliée. Puis rentrant chez elle, un bel homme blond de belle prestance, d'âge mûr l'attendant dans son salon. Mabel Marie entrant, le reconnaissant, souriante et presque belle,« Avada kedavra » en un éclair, s'écroulant.

Sara recula, rompant le charme. Mabel Marie March n'était pas morte de sa belle mort… Ce bel homme blond l'avait assassinée. Elle ne le connaissait pas, il n'était pas de son Coven, c'était la première fois qu'elle le voyait, elle qui vivait depuis toujours à Sleepy Hollow… Manifestement Mabel Marie avait été le témoin de quelque chose sans doute en lien avec le vieux manoir si on l'écoutait attentivement ses souvenirs et l'homme l'avait supprimée. Pourquoi avait-elle parut heureuse en le voyant chez elle ? Plus Sara y réfléchissait, plus elle trouvait cela illogique, sauf si… ce beau vieillard était-il le beau jeune homme dansant tendrement avec la jeune fille rousse dont Mabel Marie était manifestement amoureuse ? Ce devait être cela…

Sara se rapprocha du cadavre, elle étendit sa main, prononça une imprécation « mortem revelationis », une tache noire apparut sur la poitrine de Mabel Marie… C'est là que le sort de mort l'avait frappé. Le doute n'était plus permis.

-N'ayez crainte, Mabel Marie, je suis votre amie, je ne vous trahirai pas. Je vais vous rendre vos souvenirs, ils sont à vous et je ne les raconterai jamais, sauf le dernier si vous me le permettez. Celui-là, je dois le garder pour vous rendre justice, je connais quelqu'un qui en sera capable…

Sara pris la flamme blanc-argent et tendant sa baguette vers un petit flacon de verre, la fit glisser à l'intérieur. Ferma son bouchon et l'enfouit dans une poche de son tablier. Puis elle vida la Pensine (1) doucement, tendrement au-dessus du corps, les souvenirs revenaient chez eux. Mabel Marie March semblait sourire, soulagée et Sara savait que c'était réel, la victime de ce meurtre sachant qu'elle serait vengée, acceptait son départ...

Il fallait qu'elle en parle à son Grand Prêtre. Il était temps que le Cavalier sans tête vienne faire respecter la vie. Mais avant, elle avait une chose à faire pour sa cousine.


(1)La Pensine est un récipient en pierre pouvant contenir les pensées et les souvenirs récoltés.