Chapitre 46
Le dîner se passa joyeusement, autour des plats préparés par Martha et Alexis, mais aussi Lanie et Jenny, qui avaient proposé leur aide avec plaisir, lorsque Martha leur avait parlé de son envie de réunir tous les amis de Rick et Kate pour ce réveillon de Noël. Le saumon fumé aux multiples saveurs de Jim et Martha, les verrines sucrées-salées d'Alexis, les hors d'œuvre délicats de Jenny, la dinde farcie et sa purée de patates douces agrémentée d'une sauce aux cranberries de Martha firent sensation. Ils savourèrent chacun des plats avec gourmandise, ne tarissant pas d'éloges sur le talent des cuisinières. Même Rick fut forcé de reconnaître, non sans son humour taquin habituel que, pour la première fois de sa vie, un plat préparé par sa chère mère ne le rendrait sans doute pas malade. Les discussions furent animées, tout le monde oubliant les dernières heures difficiles, plaisantant, riant et s'amusant. On échangea les souvenirs joyeux de quelques-unes des enquêtes rocambolesques que Kate et les gars avaient eu à mener, et des théories les plus farfelues de Castle. On se remémora aussi cette première enquête qui avait amené Jordan Shaw, et tous ses joujoux magiques, à collaborer avec l'équipe du 12ème District. On parla du bébé à venir, et du chamboulement qu'il provoquerait dans le quotidien de Castle et Beckett. Mark, déjà très à l'aise parmi tout ce petit monde, ne fut pas en reste pour raconter des blagues et révéler quelques petites informations croustillantes sur Jordan. Celle-ci, amusée mais épuisée, se contenta de profiter de cette ambiance joyeuse et chaleureuse, allongée dans le canapé, tant il était trop douloureux pour elle de demeurer en position assise.
Après la dinde, Martha annonça une petite pause digestive avant le dessert, pendant laquelle, secondée toujours efficacement par Alexis, elle servit le traditionnel lait de poule censé porter bonheur pour l'année à venir, qui avait été préparé par Jenny, à base de rhum cette fois. Quand chacun eut son petit bol en main, Ryan entonna un « Jingle Bells » entraînant, qui illumina de sourires le visage de tous ses amis. Tout le monde finit par se mettre à chanter joyeusement, dans une ambiance qui réjouissait chacun, à en voir l'entrain communicatif et les regards pétillants de bonheur des uns et des autres.
Un peu plus tard dans la soirée …
La chambre de Rick et Kate servait de cocon reposant pour les enfants. Sarah Grace y dormait à poings fermés dans son lit-parapluie depuis un moment déjà, et Mark avait accompagné Lily afin qu'elle puisse se reposer. Epuisée par sa veille prolongée de la nuit précédente, elle ne parvenait plus à garder les yeux ouverts. Il n'avait suffi que de quelques secondes pour qu'elle s'endorme, un peu à l'écart de la joyeuse agitation de Noël.
Après qu'ils aient dégusté le cheesecake au coulis de fraises préparé par Lanie pour le dessert, les discussions se poursuivirent autour du canapé, et de Jordan qui, épuisée, sans dormir vraiment, se laissait néanmoins bercer par les échanges et les éclats de rire de Ryan, Esposito et Mark auprès d'elle.
Jim et Rick s'occupaient de la vaisselle et de remettre un semblant d'ordre dans la cuisine, mise à mal par l'enthousiasme culinaire de Martha et Alexis, tandis que ces dernières débarrassaient la table.
- Vous vous êtes surpassées toutes les deux pour cette soirée …, constata Rick, avec un grand sourire, alors qu'Alexis déposait une pile d'assiettes à dessert sur le comptoir.
- Alors ça t'a plu ? demanda Alexis, souriante, devinant la réponse rien qu'au visage réjoui de son père.
- Si ça m'a plu ? Je suis le plus heureux des hommes ce soir, sourit Rick. Je crois qu'on devrait se faire enlever plus souvent …
- Papa …, soupira Alexis, en lui faisant les gros yeux, ne plaisante pas avec ça !
- Ne dis donc pas de bêtise, Richard …, le sermonna gentiment Martha.
Il sourit, et se plaça entre elles-deux, passant un bras autour des épaules de chacune d'elle pour les enlacer.
- Merci …, merci pour tout, vous êtes formidables, fit-il doucement, déposant à chacune un baiser sur la tempe en les serrant contre lui.
Elles lui répondirent par un sourire, et des yeux brillants, simplement heureuses de le voir aussi heureux ce soir. Puis, Alexis l'embrassa sur la joue.
- Je t'aime, Papa.
- Moi-aussi, je t'aime, chérie …, répondit-il dans un sourire.
- Alors essaie de ne plus te faire enlever … parce que … c'est juste …
- Je sais … Vous n'aurez plus à vous inquiéter pendant quelques temps, Kate est en congés pour plusieurs mois …
- Quelle heureuse nouvelle ! s'exclama Martha.
- Oui, je trouve aussi, répondit Rick, tout sourire.
- Kate ne va pas s'ennuyer à rester à la maison ? s'inquiéta Alexis. Il y a encore quatre mois quand même …
- S'ennuyer ? Avec moi ? Tu plaisantes ? s'offusqua Rick.
- Ton père va rendre cette pauvre Katherine complètement folle oui …, soupira Martha, avec un petit sourire.
- Et tu vas réussir à te passer des cadavres, des meurtres, et des énigmes à résoudre ?
- Oh oui ! En plus, je vais avoir tout le temps pour surveiller ce qui se passe dans cette maison !
- Oh … dans ce cas-là, je crois que je vais penser à déménager moi-aussi ! Je peux venir vivre chez toi, grand-mère ?
- Ta grand-mère n'a pas de chez elle, fit Rick comme une évidence.
Alexis et Martha le regardèrent avec un petit sourire en coin.
- Quoi ? Tu as un chez toi ? fit Rick, stupéfait, en dévisageant sa mère.
- Il se pourrait que j'aie trouvé un charmant petit appartement qui me corresponde tout à fait ! lança Martha, radieuse.
- C'est définitivement le plus beau Noël de toute ma vie ! s'exclama Rick tout sourire.
- Papa !
- Quoi ? C'est vrai !
- Toi-aussi, tu vas me manquer, Richard …, ironisa Martha avec un grand sourire.
Il savait que sa mère le connaissait trop bien pour avoir conscience qu'il ne se réjouissait pas tant que ça de la voir partir. Bien-sûr, une part de lui avait besoin de retrouver plus d'intimité avec Kate, mais il s'était habitué à la présence de sa mère au loft. Il se dit avec ironie que cela lui manquerait forcément un peu de la voir débarquer dans leur chambre à l'improviste, alors qu'ils y étaient plus ou moins occupés, et plus ou moins vêtus, selon les circonstances. Mais il était persuadé qu'elle ne serait jamais bien loin, et aurait même pu parier qu'il ne se passerait pas un jour sans qu'elle ne mette les pieds au loft.
Au même moment dans le bureau de Castle …
Un peu plus tôt, alors qu'elles finissaient leur dessert, Lanie avait glissé à l'oreille de Kate qu'elle devait absolument et de toute urgence lui parler en privé. Les deux amies s'étaient éclipsées pour rejoindre le bureau, et porte close, discuter. Kate se demandait ce dont Lanie pouvait bien avoir besoin de lui parler qui ne puisse attendre.
- Tu ferais mieux de t'asseoir, chérie …, commença Lanie d'un ton solennel.
- M'asseoir ? Mais que se passe-t-il ? C'est grave ? s'inquiéta aussitôt son amie, se disant malgré tout que s'il y avait vraiment un problème Lanie n'aurait pas attendu toute la soirée pour lui en faire part.
- Grave … oui, enfin bon, personne n'est mort …, relativisa-t-elle, tout en restant étonnement sérieuse, mais assis-toi. Dans ton état, je préfère te savoir assise.
Lanie pouvait parfois avoir l'art de dramatiser, mais Kate s'exécuta, tant elle avait l'air préoccupée tout d'un coup, et s'installa dans un des fauteuils, alors que son amie, se mettait à aller et venir devant elle. Il n'y avait qu'un sujet de discussion qui puisse l'amener à vouloir s'éclipser pour avoir une conversation entre filles : Esposito. Kate l'observait, intriguée, suivant des yeux sa déambulation, et son air concentré, comme si elle réfléchissait.
- Je crois que Javi veut me demander en mariage, lâcha-t-elle, enfin.
Kate ne put se retenir de sourire, surprise, mais tellement heureuse.
- C'est pour ça que tu me fais asseoir ? Franchement ? s'étonna-t-elle gentiment, réjouie pour son amie.
- Je crois que tu n'as pas bien entendu : il veut me demander en mariage ! s'exclama Lanie, s'arrêtant devant elle pour la dévisager.
- Et ? Ce n'est pas une bonne nouvelle ? lui fit Kate, surprise de la réaction de Lanie.
- Je ne sais pas …, soupira Lanie, en se laissant tomber assise dans le fauteuil près de Kate.
Visiblement, Lanie avait l'air déboussolée par cette possible demande en mariage. Kate savait que, depuis toujours, Lanie n'était pas, comme elle le disait, « une fille à marier ». Alors qu'elle-même avait toujours rêvé de son « one-and-done », Lanie avait une vision plutôt négative du carcan du mariage qui emprisonnait, selon elle, le couple dans une routine ennuyante dénuée de toute folie, dont chacun finissait par se lasser. Certes, sa vision avait bien évolué depuis le mariage de sa meilleure amie, qui lui confiait régulièrement combien elle était heureuse, mais elle gardait toujours quelques appréhensions.
- Comment sais-tu d'abord qu'il va te faire sa demande ? On n'est pas censée le savoir avant a priori …, constata Kate.
- Je pense qu'il va m'offrir une bague, répondit Lanie comme une évidence.
- Tu l'as vue ?
- Non. Mais l'une de mes bagues a disparu pendant deux jours, et comme par magie, elle est réapparue dans ma boîte à bijoux. Je crois que ce petit malin l'avait empruntée pour connaître la bonne taille …, expliqua-t-elle.
Kate sourit, imaginant bien Esposito ruser pour faire ce genre de choses. Sous son air renfrogné, macho, et toujours un brin sarcastique, se cachait un grand cœur, toujours prompt à faire plaisir. Elle ne le connaissait dans l'intimité que par ce que Lanie lui en disait, mais elle était persuadée que son collègue pouvait être d'un grand romantisme.
- Ça ne veut pas dire qu'il va te demander en mariage ? Si ?
- On t'a souvent offert une bague sans te demander en mariage ? lui fit Lanie en la regardant d'un air convaincu.
- Non, jamais, sourit Kate.
- Alors tu vois …, soupira Lanie.
- Te demander en mariage pour Noël, c'est romantique …, sourit Kate.
Lanie la regarda avec un air dépité, comme si ce trop plein de romantisme lui posait un problème.
- Dis-moi que tu vas dire oui, Lanie ? s'inquiéta Kate en la regardant dans les yeux, pleine d'espoir. Tu ne vas pas lui briser le cœur ?
Elle soupira sans répondre, ce qui laissa Kate perplexe. Elle savait bien que la relation d'Esposito et Lanie connaissaient des hauts et des bas depuis des années. Ils se cherchaient sans arrêt, se quittaient pour mieux se retrouver, cessaient parfois de se voir pour ensuite devenir inséparables pendant des semaines. Mais ces derniers mois, elle avait vu leur relation évoluer, pour devenir exclusive, leur couple se renforcer pour exister vraiment. Et Lanie lui avait confirmé ses impressions positives à plusieurs reprises. Elle aimait Esposito de tout son cœur, ce n'était pas nouveau, et elle se sentait bien, sereine, confiante dans cette relation plus sérieuse.
- Tu sais bien que le mariage et moi …
- Quoi le mariage et toi ? C'était avant, ça, Lanie. Je suis sûre que tu as envie de dire oui en plus …
- Bien-sûr que j'ai envie de dire oui … C'est Javi, quoi, tu imagines comment il va être mignon à croquer ! lança-t-elle avec un grand sourire et des yeux pétillants.
Kate éclata de rire.
- Eh bien, dis oui alors ! lança Kate comme une évidence.
- Ce n'est pas si simple …
- Et dire que tu me trouvais compliquer avec mes atermoiements concernant Castle … Tu es pire que moi, vraiment …, constata Kate.
- Il n'y a pas pire que toi, chérie …, répondit Lanie avec un sourire. Quatre ans, tu as mis quatre ans ! Moi, au moins, je n'ai pas perdu de temps pour goûter au fruit défendu …
- Eh bien moi mon fruit défendu, je lui ai dit oui tout de suite, fit remarquer Kate.
- Parce que pour vous deux c'était une évidence …, mais Espo et moi c'est compliqué …
- Mais tu as envie de dire oui, alors qu'est-ce qui te tracasse ?
- J'ai toujours eu l'impression qu'il ne voulait pas s'engager, enfin ce n'était pas qu'une impression d'ailleurs.
- Comme toi, je te le rappelle. Mais s'il te fait sa demande, c'est qu'il y a sûrement longuement réfléchi …
- Et si dans six mois, ou dans un an, il se lasse ?
- Il ne se lassera pas, affirma Kate.
- Comment peux-tu en être sûre ?
- S'est-il lassé de toi depuis toutes ces années ? Il est toujours revenu vers toi, lui le premier d'ailleurs, à chaque fois. Il n'a jamais eu d'autre vraie relation depuis que vous avez commencé à vous fréquenter, Lanie.
- On passe notre temps à être ensemble, se quitter, se remettre ensemble …
- Tu sais que c'est différent maintenant. Il vit quasiment chez toi. Vous ne vous quittez plus depuis des mois. S'il te fait sa demande, c'est que de son côté, il n'a plus aucune peur par rapport à l'idée du mariage. Il ne prendrait pas le risque de te rendre malheureuse.
- Oui … Mais si … je ne sais pas … J'ai peur que ça change quelque chose. Peut-être qu'une fois qu'on est mariés, c'est un peu comme si on était acquis l'un à l'autre, comme s'il n'y avait plus besoin de se séduire, de se surprendre … la routine quoi …
- Ce n'est pas une fatalité ça. Castle ne cesse de me surprendre … je t'assure …, je me demande bien d'ailleurs ce qu'il mijote.
- Ce qu'il mijote ?
- Oui, il a comploté avec les gars pour mon cadeau de Noël … Enfin ce n'est pas le sujet. Rien n'a changé depuis qu'on est mariés si c'est de ça dont tu as peur … dans n'importe quel domaine d'ailleurs …
- Même le sexe ?
- Lanie …
- Quoi ? sourit-elle. J'essaie juste de comprendre …
- Tu parles, tu essaies de me soutirer des informations croustillantes. Si je te dis que rien n'a changé, rien n'a changé … même le sexe.
Lanie eut l'air de réfléchir. Contrairement à Kate, elle n'avait jamais imaginé se marier. Pendant longtemps, elle n'y avait vu aucun intérêt, et même plus de désagrément qu'autre chose. Mais depuis quelques mois, depuis que Javier et elle étaient complètement et totalement investis dans leur relation, depuis qu'elle constatait jour après jour le bonheur de Kate et Castle, l'idée avait fait son chemin. Elle en avait envie. Réellement. Envie de s'engager, d'être totalement à Javier, de construire sa vie avec lui désormais. Elle ne s'imaginait plus vivre sans lui à ses côtés maintenant. Mais elle avait tellement peur.
- Pourquoi tu as dit oui à Castle ? A part le fait que tu es raide dingue de lui …
- Ce n'est pas une raison suffisante ? sourit Kate.
- Si …, reconnut Lanie.
- Tu l'aimes plus que tout. Tu ne peux pas te passer de lui.
- Je sais oui … Je n'ai jamais eu envie de me marier. Et avec Javi, j'ai vraiment envie … mais je voudrais être sûre que ça va marcher.
- Lanie …, soupira Kate. Je crois qu'on en a pour la nuit, vu comme c'est parti …
- On n'a pas le temps d'y passer la nuit ! C'est pour ce soir ou demain matin ! s'exclama Lanie.
- Tu veux que je te dise, peut-être qu'il vaudrait mieux que tu fasses en sorte qu'il ne te demande pas en mariage, je ne sais pas, disparais quelques jours !
- Tu me proposes de m'enfuir ? lui fit Lanie d'un air indigné.
- Ton cas est désespéré …, répondit Kate avec un sourire.
- Ce n'est pas drôle, Kate …
- Que veux-tu que je te dise ?
- Ce que je dois faire …,
- Tu sais ce que je pense, affirma Kate.
- Je dois dire oui ?
- Mais bien-sûr que tu dois dire oui … Tu te poses vraiment trop de questions. Lanie, au fond de toi, tu sais que tu aimes Javier plus que tu n'as jamais aimé aucun homme. Parce qu'on le sait forcément … Tu le sais, mais tu as juste peur …, peur de sauter le pas. Et il y a un moment, où il faut se lancer … combien de fois m'as-tu dit d'oser ?
Lanie esquissa un sourire, se souvenant qu'effectivement elle n'avait eu de cesse de dire à Kate de se lancer avec Castle, et qu'il ne l'attendrait pas éternellement.
- S'il te fait sa demande et que tu lui dis non …, tu vas briser quelque chose en lui … Je ne te dis pas de lui dire oui pour lui faire plaisir, mais tu meurs d'envie de dire oui, alors fais-le. Ces inquiétudes que tu as, elles sont normales … Tu n'auras jamais de certitude, parce que la vie est ainsi faite.
Lanie écoutait son amie, assimilant chacun des mots qu'elle prononçait. Kate avait raison. Entièrement raison. Elle lui tenait un discours qui aurait pu être le sien quelques années plus tôt quand son amie refusait de voir qu'elle était éperdument amoureuse de Castle. A croire qu'on était meilleur conseiller pour les autres que pour soi-même.
- Tu sais, le temps passe … Et parfois, du jour au lendemain, tout s'arrête. La vie nous arrache le bonheur qu'on pensait acquis à tout jamais, expliqua Kate, tout à coup le visage fermé, et la voix empreinte d'émotion.
- Oh, Kate …
Lanie s'en voulut soudain d'embêter Kate avec ces inquiétudes après l'horreur de ce qu'elle venait de vivre.
- Ne lui dis pas « non », alors que ton cœur veut dire « oui ». Tu t'en voudras toute ta vie. Faites-vous confiance, Lanie. Vous allez y arriver ensemble, parce que vous vous aimez.
Lanie prit le temps d'assimiler ces derniers mots, et esquissa un sourire.
- Tu as raison.
Kate sourit, soulagée.
- Bon on est sauvé … Tu vas dire oui alors ? lui lança-t-elle.
- Oui … je crois …, répondit Lanie, évasive.
- Comment ça tu crois ? s'étonna Kate.
- Si je ne change pas d'avis d'ici là …, fit Lanie, avec tout le sérieux du monde.
- Mon Dieu, Lanie ! Tu vas me rendre dingue !
Elle éclata de rire.
- Je plaisante, Kate …
- J'espère bien, parce qu'après vingt minutes passées à te raisonner, si tu ne dis pas oui, je t'étrangle !
Elles rirent tous deux de bon cœur.
Loft, aux environs de minuit.
La soirée touchant à sa fin, Kevin et Jenny venaient de partir, ne souhaitant pas rentrer trop tard en raison de leur départ de bonne heure le lendemain matin pour aller fêter Noël dans leur famille. Jordan, toujours allongée dans le canapé, et Mark, assis près d'elle, sa main dans la sienne, s'apprêtaient également à partir, tout en discutant avec Kate.
- L'ambulance sera là dans quinze minutes, fit Rick en s'approchant d'eux-trois.
- D'accord, merci, répondit Mark.
- Prévenez-nous quand vous rentrer à Washington pour qu'on passe vous dire au-revoir, ajouta Kate.
- Oui, bien-sûr. Merci à tous les deux, pour cette soirée …, c'était un merveilleux réveillon de Noël, sourit Jordan, les regardant l'un et l'autre.
- Vous savez comme ça nous a fait plaisir …, répondit Kate.
- Oui, je sais …
- Ça ne vous fait pas flipper Mark d'avoir une femme qui lit dans vos pensées ? lui lança Rick.
- Et vous Castle ? répondit Mark avec un petit air taquin. Toutes les femmes lisent dans les pensées de leurs maris, non ?
- Touché ! fit Castle, qui ne pouvait nier, étant donné comment Kate lisait en lui comme dans un livre ouvert.
- Bon, j'avoue, la mienne un peu plus que les autres, sourit Mark, regardant Jordan avec tendresse tout en caressant doucement sa main.
- D'ailleurs, j'ai une question qui me tracasse, Jordan, continua Castle. Cette nuit, vous avez laissé entendre qu'il y avait un dominant et un dominé dans notre couple.
- Oui …, sourit Jordan, connaissant d'avance la question suivante.
- Qui est le dominant ?
- Castle …, tu crois que c'est le moment ? s'offusqua Kate, en soupirant, un brin gênée qu'il se lance dans ce genre d'interrogations devant Mark.
Mais Jordan sourit. Elle savait combien Castle admirait ses capacités à lire dans les gens. Et cela l'avait toujours amusée de lui faire de grandes révélations sur ce qu'elle savait de lui, sans même qu'il n'ait besoin d'ouvrir la bouche.
- Vous voulez vraiment le savoir Castle ? fit-elle, d'un air malicieux.
- Oui !
- De vous deux, le dominant, c'est bien évidemment … Beckett …, affirma Shaw, avec sérieux.
- Comment ça ? s'exclama Castle. Non, mais … n'importe quoi ! Beckett ? C'est moi l'homme, non ?
- Vous êtes un homme, mais elle est flic, et elle a un sacré caractère, répondit Jordan, comme si c'était un constat évident.
- Bon, Castle, ce n'est pas vraiment le moment de débattre de ça …, fit remarquer Kate, néanmoins bien contente de l'affirmation de Jordan.
- C'est facile pour toi, Madame la dominante ! lança-t-il sur un ton bougon, qui fit rire Mark.
- Ne vous en faites pas, Castle … Je suis dans le même cas que vous ! lui lança-t-il.
- Ça ne me rassure pas …, répondit Rick.
- Il faut s'y faire, nos femmes nous mènent par leur bout du nez ! s'exclama Mark en riant.
Quelques minutes plus tard, ils saluèrent la famille Shaw qui partait, escortée par deux ambulanciers, Jordan dans un fauteuil roulant, et Mark, portant Lily, endormie dans ses bras. D'ici quelques jours, quand Jordan serait remise et prête à rentrer à Washington, ils iraient à l'hôpital pour lui dire au-revoir, avec espoir que la prochaine fois ce ne soit pas une enquête qui les amène à se retrouver, mais la simple envie de passer du bon temps entre amis.
- A peine la porte refermée, Rick attira Kate à lui, en l'enlaçant par la taille.
- Tu pourrais faire en sorte d'occuper Lanie quelques minutes ? chuchota-t-il.
- Occuper Lanie ? Pourquoi donc ? s'étonna-t-elle, passant ses bras autour de son cou.
- Il faut absolument que je parle à Espo avant qu'il parte, expliqua-t-il, voyant que Lanie et Esposito étaient en train de mettre leurs manteaux. Il faut qu'on ait une petite discussion d'homme à homme.
- D'homme à homme ? Tu sais quelque chose ? s'étonna-t-elle.
Elle plongea ses yeux dans les siens, essayant de comprendre ce qui se tramait dans l'esprit de son mari, se demandant si Esposito avait pu se confier à Rick et Ryan concernant sa demande en mariage.
- Non …, enfin … un peu …, balbutia-t-il. Et toi ? Tu sais quelque chose ?
Il la regardait d'un air suspicieux, tentant lui-aussi de lire dans ses yeux. Peut-être que Lanie avait pressenti quelque chose et en avait parlé à Kate. Sa muse avait l'air bien mystérieuse.
- Non …, enfin pas plus que toi je pense …, répondit-elle, avec un grand sourire.
- Est-ce que Lanie sait ? fit-il, se doutant que Kate comprenait de quoi il voulait parler.
- Que devrait-elle savoir ? lança-t-elle avec son air malicieux.
- Ne m'embrouille pas …, sourit-il, je suis sûre que tu sais.
- Je ne peux rien te dire, fit-elle. J'ai fait ma part du job avec Lanie, alors sois de bon conseil avec Espo, mon cœur, ok ?
- Je le suis toujours, non ?
Il lui sourit, avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
Quelques minutes plus tard dans le bureau de Castle …
Rick avait réussi in extremis à entraîner Esposito pour lui parler, soi-disant de sa mission Ferrari. Son ami l'avait suivi, bon gré mal gré, se demandant quel problème il avait encore avec le cadeau de Beckett.
- Un problème avec la mission Ferrari ? demanda Esposito.
- Non. Mais … il faut qu'on parle … mariage …, répondit Castle, prenant un air grave.
- Castle … c'est bon, je vais gérer, soupira Esposito.
- Où tu as vu qu'on improvise une demande en mariage ?
- Je ne vais pas lui demander de toute façon, affirma Esposito, comme une évidence.
- Tu vas lui offrir la bague sans lui demander ? fit Castle, le regardant d'un air sceptique.
- Oui. Je reste sur mon idée de départ …
- Espo … Elle va y croire … Tu as déjà offert une bague à une femme ?
- Non … Je sais ce que vous pensez, Ryan et toi … mais …
- Tu as envie de la demander en mariage ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Elle dirait non.
Il en avait envie oui, mais il était tellement persuadé que Lanie dirait non, qu'il ne voulait prendre aucun risque, par peur d'être déçu qu'elle ne veuille pas s'engager comme lui le désirait, par peur de la voir partir en courant même. Il savait bien que Lanie n'avait jamais été très attirée par l'idée du mariage. Lui non plus, d'ailleurs, jusqu'à il y a quelques mois. Et puis c'était devenu une évidence. Peut-être parce qu'il voyait le bonheur qu'affichaient Ryan et Castle tous les jours. Peut-être parce qu'il avait envie de concrétiser les choses avec Lanie, après ces années de relation parfois compliquée. Sûrement aussi parce qu'il savait qu'il ne voulait plus qu'elle auprès de lui, et que ce bonheur qu'ils avaient fini par construire, laborieusement au fil des années, était précieux.
- Elle peut dire « non », c'est un risque à prendre, lui fit Castle. Et parce qu'il y a un risque qu'elle dise « non », tu ne demandes pas ? Tu te prives du bonheur qu'elle puisse dire « oui » ?
Esposito eut l'air de réfléchir, tant Castle le poussait dans ses retranchements avec ses questions. Il n'avait jamais parlé de sa vie privée avec lui. Ils plaisantaient oui, souvent, sur les femmes, la séduction, les relations amoureuses au sens large, mais ne parlaient jamais de leurs sentiments ou de leurs émotions. Déjà, avec Ryan, il était rare qu'il se confie, alors avec Castle plus encore. Mais il savait que son ami pouvait être de très bon conseil. Castle avait l'art de glisser des petites phrases ou des petites remarques anodines pleines de bon sens.
- Mets ta fierté de côté …, continua Castle, voyant dans le regard de son ami qu'il commençait à s'interroger. Ne pense à rien d'autre que ce que tu ressens.
- Plus facile à dire qu'à faire …
- Tu sais, quand j'ai fait ma demande à Beckett … je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. J'avais l'impression que je pouvais perdre d'un seul coup tout ce que j'avais patiemment réussi à construire avec elle, et que si elle disait non, je la perdrais elle, définitivement. Mais j'ai pris le risque … parce qu'il y a un moment où quand tu désires quelque chose plus que tout au monde, il faut se lancer, sans ne se préoccuper de rien d'autre que de suivre son cœur.
- Et si elle avait dit non ?
- J'aurais été malheureux, anéanti. Mais elle aurait su. Elle aurait su que je l'aimais au point de vouloir faire d'elle ma femme, passer ma vie avec elle. Peut-être qu'elle aurait réfléchi ensuite, peut-être que quelques temps plus tard, elle aurait dit oui … Je ne sais pas, elle a dit oui tout de suite …, enfin presque …, sourit Castle.
- Pourquoi c'est si compliqué ?
- Quoique tu décides, ne lui offre pas cette bague sans la demande en mariage qui va avec. Mon petit doigt me dit qu'elle est du genre à s'attendre à une demande …, répondit Castle, sur un ton plein de sous-entendus.
- Ton petit doigt ? s'étonna Esposito, soudain curieux.
- Oui. Mon petit doigt …. qui s'avère être aussi un lieutenant de police diablement sexy … et terriblement …
- C'est bon, j'ai compris, mec, l'interrompit Esposito. Lanie a parlé à Beckett ?
- Oui.
- Elle sait que j'envisage de la demander en mariage ? Comment sait-elle ? fit-il, surpris.
- Je ne sais pas si elle sait. Beckett n'a rien voulu me dire. Mais a priori, elle avait l'air plutôt positive …
- Plutôt positive ? Elle va dire « oui » alors ?
- Je n'en sais rien ! Mais ne pense pas à ce qu'elle va répondre. Je sais que c'est stressant, mais fais-le si pour toi ça a du sens. Fais-le si ton cœur te dit de le faire.
- Je comprends pourquoi Beckett craque pour toi, parfois tu peux être sacrément sensé.
- Elle ne craque pas pour moi. Elle est folle de moi.
- C'est pareil …
- Pareil ? Il y a une nuance de taille ! lança Rick en riant.
Chambre de Rick et Kate, une heure du matin.
Dans l'obscurité, blottie sous la couette, la tête posée sur le torse de Rick, Kate sentait qu'elle allait se laisser emporter par le sommeil en quelques secondes. Elle était épuisée, comme si elle n'avait pas dormi depuis des jours, et tellement apaisée de retrouver le cocon de leur lit douillet. Les yeux fermés, elle savourait simplement la caresse de la main de Rick sur son bras, et la chaleur de son corps contre le sien. Leurs amis étaient partis, seul Jim restant passer la nuit ici. Avant que chacun ne regagne sa chambre, les cadeaux avaient été déposés au pied du sapin. Mais Kate avait confié le soin à son père de garder le cadeau de Rick jusqu'au lendemain matin, redoutant que, poussé par la curiosité, Rick ne se promène au milieu de la nuit pour aller jeter un œil aux cadeaux avant tout le monde. Il en était fort capable. Elle se demandait d'ailleurs comment il avait prévu de gérer son cadeau à elle. Les gars étaient-ils allés l'acheter à sa place ? Ou bien s'étaient-ils contentés d'apporter quelque chose qui allait lui servir à élaborer son cadeau ? Auquel cas, il faudrait que Rick s'active en pleine nuit. Son esprit était bien trop fatigué pour réfléchir davantage. Et elle préférait se laisser surprendre, curieuse de savoir l'idée qu'il aurait eue, sachant qu'il ne faisait jamais les choses à moitié, mais aussi impatiente de découvrir son sourire demain matin quand il ouvrirait son cadeau.
- C'était une soirée magique … chuchota-t-il, déposant un baiser sur ses cheveux.
- Oui … une merveilleuse soirée …, répondit-elle en baillant.
Il se tut quelques secondes, repensant à chacun des moments qui avaient rendu cette soirée unique et inoubliable.
- Lanie va dire « oui » ? demanda-t-il.
- Espo va la demander en mariage ? répondit Kate.
- Tu ne réponds pas, sourit-il.
- Toi d'abord …, chuchota-t-elle.
- Je pense qu'il va oser. Tu connais, Espo … il ne s'est pas trop étalé sur ses sentiments, mais il en a vraiment envie. Sauf qu'il flippe …
- Elle dira oui …, murmura Kate, dans un soupir.
- Elle dira oui ? J'espère qu'il va oser alors. Tu les imagines mariés ces deux-là … Trop drôle.
- Hum …
- Si un jour on en a marre d'être flics, on pourrait …
- Tu n'es pas flic, Castle …, répondit-elle d'une toute petite voix.
- J'ai tendance à oublier ce détail … Si un jour, tu en as marre d'être flic, on pourrait se reconvertir dans le mariage …. Le marché est porteur … On est de bons conseils tous les deux …
- Castle …, soupira Kate, commençant à s'assoupir. Bonne nuit …
Il sourit, la sentant s'endormir dans ses bras, et déposa un baiser sur son front.
- Bonne nuit, ma chérie …
Il adorait cette sensation. Sentir son souffle ralentir, alors qu'il caressait doucement son bras nu, la joue posée tendrement contre ses cheveux. Il était si fatigué lui-aussi. Mais il fallait qu'il lutte contre le sommeil. Il n'avait pas le choix. Quand Kate dormirait profondément, il devrait réussir à s'extirper de ses bras et du lit, sans la réveiller, afin d'aller s'occuper de son cadeau. Cette ultime mission l'inquiétait un peu, car il n'était pas à l'abri que Kate, ne sentant plus sa présence dans le lit auprès d'elle, ne se lève pour venir voir ce qu'il fabriquait comme cela lui arrivait parfois. Cette nuit, il misait sur le fait qu'elle était plus fatiguée que jamais après ce qu'ils avaient vécu. Avec un peu de chance, elle ne se réveillerait pas. Quant à sa mission en elle-même, elle allait lui prendre du temps, et il se demandait s'il arriverait à dormir un peu cette nuit.
Chapitre 47
Loft, New-York, 2 h du matin.
Rick avait réussi, non sans mal, à faire rouler doucement Kate sur le côté, alors qu'elle était blottie dans ses bras, sans qu'elle ne se réveille, pour quitter à pas de loup la chambre, prenant soin de refermer la porte. Il avait récupéré ses précieux ingrédients dans le tiroir de son bureau, et dans la pénombre, avait rejoint le salon, emmitouflé dans sa robe de chambre. Un instant, il avait contemplé le sapin scintillant dans le calme de la nuit, avec son lot de cadeaux colorés soigneusement disposés à son pied. Puis, son regard s'était porté sur les deux angelots accrochés aux branches du sapin. Celui d'Alexis, usé par le temps, et par les mauvais traitements infligés si souvent par les petites mains de sa fille quand elle était enfant. Alexis devait avoir trois ou quatre ans la première fois. Elle avait craqué pour cet angelot dans la boîte des décorations, et se l'était approprié. Il avait dès lors accompagné chacun de ses Noël. Le petit ange du bébé, suspendu à côté, était encore tout neuf. Quatre mois à patienter. Il avait tellement hâte de savoir si c'était un petit garçon ou une petite fille, de le voir, de le prendre dans ses bras, de lire le bonheur de Kate dans ses yeux. Et en même temps, il aimait voir Kate enceinte. Il ne se lassait pas de son ventre rond, et de tout ce qu'il symbolisait, sans parler de ses formes généreuses, et de son sourire radieux, pleinement épanoui. En pensant ainsi à elle, il reprit ses esprits. S'il ne voulait pas y passer la nuit, il avait fort à faire.
Il rejoignit la cuisine, alluma le moins de lumière possible, et sortit tous les ingrédients dont il avait besoin. Il avait prévu de préparer pour Kate ces petits biscuits qu'elle lui avait fait découvrir une fois il y a fort longtemps, au tout début de leur relation, et qui avaient tellement de sens pour elle. C'était le premier week-end qu'ils avaient passé entièrement tous les deux, au loft, sans enquête, sans devoir se cacher, sans personne pour les déranger. Cela faisait deux semaines que leur relation avait basculé, et que tout avait commencé, pour leur plus grand bonheur à tous deux. Mais pris par le travail, c'était la première fois qu'ils passaient autant de temps juste tous les deux hors du poste. Deux jours entiers à se perdre dans de longues discussions, à faire l'amour encore et encore, à se taquiner, à rire, à s'aimer. Il gardait un souvenir magique de ce premier week-end, où toutes leurs émotions semblaient décuplées par le bonheur de vivre toutes ces premières fois ensemble. Il y avait eu beaucoup d'autres week-ends de ce genre depuis, tout aussi émoustillants, euphorisants et exaltants. Mais le premier, comme toutes ses premières fois avec Kate, tenait une place particulière dans son cœur. Dans celui de sa muse aussi. Ce week-end-là, c'est comme s'il était tombé amoureux une seconde fois. Kate s'était révélée à lui, comme il ne l'avait jamais vue encore. Il aimait déjà tout ce qu'elle était, et qu'il avait découvert de jour en jour à ses côtés. Mais ce week-end-là, il avait vu la femme amoureuse, alors qu'elle ne lui avait encore pas avoué toute l'étendue de ses sentiments. Une femme amoureuse, à la fois tendre, sensuelle, coquine et aguicheuse, mais aussi joueuse, taquine, rieuse. Un vrai tourbillon de bonheur qui s'était définitivement emparé de son cœur. Le dimanche matin, alors qu'il se remettait difficilement de sa folle nuit, elle lui avait préparé ces biscuits que sa mère avait coutume de cuisiner lorsqu'elle était enfant pour les lendemains de fête, partagés avec la famille ou les amis. De délicieux petits biscuits à la cannelle, au gingembre et à la vanille. Il se souvenait par cœur de la recette, parce que ce week-end-là, comme souvent, il avait observé, contemplé, savouré le moindre geste de Kate. Il s'était enivré de la moindre de ses mimiques, il avait bu ses paroles. Il la revoyait encore s'activant dans la cuisine, si sexy et envoûtante, tout juste vêtue d'une de ses chemises. Et lui, à peine réveillé, assis près de l'îlot central à ne rien faire d'autre que la contempler et l'écouter. Elle lui avait raconté l'histoire des petits biscuits, qui, comme chaque toute petite chose qui rattachait Kate au souvenir de sa mère, l'avait touché lui-aussi. Ce week-end-là, il avait su que jamais plus il ne pourrait vivre sans elle. Et à chaque fois qu'il y pensait, il avait l'impression de la revoir ce matin-là, lui préparer le plus simplement du monde des petits biscuits, juste pour lui faire plaisir. Juste parce qu'elle l'aimait.
Il savait qu'en découvrant ces biscuits au pied du sapin, elle penserait inévitablement à ce premier week-end et ce qu'ils représentaient pour eux deux. Mais elle penserait aussi à sa mère. Elle y penserait avec tendresse et douceur, et elle serait touchée qu'en cette période toujours un peu douloureuse pour elle, il ait eu à cœur de perpétrer une des traditions de sa mère. Celle des petits biscuits des lendemains de fête. Mais il y ajouterait sa petite touche personnelle, juste pour elle, qui en ferait un merveilleux cadeau de Noël. Pour l'instant, il devait s'occuper de préparer la pâte à biscuits. Puis il pourrait entamer la mise en œuvre de sa touche personnelle, avant, enfin, de finaliser la cuisson des biscuits. Il ignorait combien de temps tout cela lui prendrait, mais ce n'était pas très grave, tant que le cadeau de Kate était prêt au petit matin.
Même s'il se souvenait des ingrédients, et des gestes de Kate, il avait pris le temps de vérifier sur internet les quantités nécessaires, histoire de ne pas rendre son cadeau immangeable. Il était donc occupé à battre les blancs d'œufs avec le sucre, quand il aperçut sa mère, descendant cahin-caha les escaliers, tentant de ne pas faire de bruit. Elle était en chemise de nuit, mais n'avait pas dû dormir, car elle avait l'air bien réveillée.
- Richard ! s'exclama-t-elle.
- Ne fais pas de bruit, Mère ! lui chuchota-t-il en lui faisant signe de se taire.
- Tu avais encore un petit creux avec tout ce qu'on a mangé ce soir ? murmura Martha, surprise de le trouver à la cuisine en pleine nuit.
Martha contourna l'îlot central pour aller faire chauffer de l'eau, en vue de se préparer un thé.
- C'est le cadeau de Noël de Kate … Il y a un peu … urgence, répondit-il à voix basse.
- Un peu ? Le mot est faible …, ironisa-t-elle.
- Le Père-Noël fait sa tournée dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je suis parfaitement dans les temps …, assura-t-il. Et puis je te rappelle qu'on a failli se faire tuer hier, ça a quelque peu mis à mal mes projets.
Elle ne répondit rien, l'observant mélanger du beurre fondu à sa préparation, tout en repensant aux événements de ces dernières heures, à l'angoisse qu'elle avait eue de les savoir, Katherine et lui, entre les mains de ce psychopathe. Elle avait eu si peur. Même si pour Alexis et Jim, elle avait fait preuve d'optimisme, elle avait imaginé le pire. Peut-être était-ce pour ça qu'elle ne parvenait pas à trouver le sommeil cette nuit. Malgré la soirée festive et joyeuse qu'ils avaient passée, une part d'elle-même continuait de ressasser cette douloureuse attente, et de penser à ce qu'avaient enduré Richard et Katherine. Elle n'aurait de cesse de s'inquiéter pour eux. Même si Katherine était en congé maternité pour plusieurs mois, elle reprendrait le chemin du poste un jour, et Richard avec elle. C'était leur vie. C'était ainsi qu'ils étaient heureux. Et même si elle se faisait du souci pour eux, les savoir ensemble la rassurait. Ils étaient la force l'un de l'autre.
- Tu as fini par trouver une idée alors …, sourit gentiment Martha, le regardant s'affairer.
Martha avait eu vent de cette histoire de cadeau à moins de cinq dollars, qui avait bien déstabilisé son fils au départ. Elle avait vu Richard se creuser la tête, en vain, leur demander des idées à elle et Alexis. Chacune y était allée de son conseil. Il voulait le cadeau parfait. Celui qui dirait tout, qui la toucherait, qui la ferait sourire. Richard ne faisait jamais les choses à moitié. Encore plus quand il s'agissait de Katherine.
- Oui …, la nuit dernière … à l'hôpital … Je n'arrivais pas à dormir et je pensais à Kate …, et j'ai trouvé l'inspiration, expliqua-t-il.
- Ce n'est pas pour rien qu'elle est ta muse …, répondit Martha, avec un sourire, venant s'installer à l'îlot central avec sa tasse de thé fumant.
- En effet, sourit-il à son tour.
Elle le regardait s'affairer, en pleine nuit, dans le seul but de faire plaisir à sa femme. Richard avait beau être ce grand enfant qui l'agaçait parfois, qui l'exaspérait de temps en temps, il était d'une générosité sans borne quand il s'agissait de faire plaisir à ceux qu'il aimait. Et pour Katherine, s'il avait pu lui décrocher la lune pour la lui offrir au pied du sapin, il l'aurait fait. Elle le trouvait tellement attendrissant, là, dans sa robe de chambre, concentré sur sa pâte à biscuit comme si sa vie en dépendait.
- Tu n'arrivais pas à dormir ? s'étonna Rick, tout en finissant de mélanger les derniers ingrédients.
- Non … mais ce n'est pas grave, je dormirais mieux demain. Tu sais à mon âge …, soupira-t-elle avec résignation, avant de boire une gorgée de thé.
- C'est ton futur déménagement qui te tracasse et t'empêche de dormir ? demanda Rick avec un petit sourire.
- Oh, diable, non ! Je suis toute excitée !
- Excitée ? A croire que c'était l'enfer de vivre ici …, fit-il, histoire de la taquiner.
- Tu sais bien ce que je veux dire …, sourit-elle. Il était temps que je vole de mes propres ailes.
- Je ne te le fais pas dire …
- Les nouveaux départs sont grisants … Et puis, ça va faire du bien à tout le monde de se retrouver un peu … chez soi … Katherine a besoin d'être ici pleinement chez elle.
- Kate se sent chez elle, ici …
- Je sais qu'elle s'y sent bien, mais sans sa belle-mère dans les pattes ce sera encore mieux, sourit-elle.
- Et c'est aussi dur pour elle que pour moi de te voir partir, ajouta-t-il comme une évidence.
- Ah oui ? fit-elle avec un sourire, attendrie par le sous-entendu, glissé, l'air de rien, par son fils.
Elle le regardait s'appliquer à faire des petits tas avec la pâte sur une feuille de papier sulfurisé.
- Comment a réagi Alexis à l'annonce de cette grande nouvelle ?
- Très bien. Alexis est adulte, Richard … Elle peut vivre sans sa grand-mère à la maison. Bientôt, elle partira elle-aussi …
- Merci de me le rappeler, soupira-t-il.
- De rien. Je suis là pour ça, fit-elle avec un sourire. Et puis, ce n'est pas comme si je partais au bout du monde …
- Non. Mais tu pars … Il se pourrait que je me sois habitué à ta présence … envahissante.
Elle sourit tant Richard avait toujours une façon bien à lui de lui dire les choses. Il releva les yeux vers elle, et se contenta d'esquisser un sourire, qui disait combien elle allait lui manquer. Outre la bonne humeur que sa mère apportait au loft, il aimait aussi ces discussions sérieuses qu'ils avaient de temps en temps, comme cette nuit. Malgré sa douce folie, sa mère était de très bon conseil, en particulier concernant Kate. Elle l'avait toujours poussé à aller de l'avant dans sa relation. Elle avait l'art de mettre le doigt sur la petite chose, le petit détail qui le faisait réagir. Elle s'efforçait aussi de lui ouvrir les yeux sur sa relation avec Alexis, de canaliser les craintes qu'il avait encore à voir sa fille devenir adulte et s'éloigner du lit. Elle était finalement, quoiqu'il en dise parfois, et malgré ses taquineries constantes, l'un des piliers dans sa vie, une présence aimante et rassurante, toujours là pour lui, qui faisait partie de son équilibre. D'une certaine façon, elle l'aidait encore à grandir, comme si aujourd'hui, elle rattrapait le temps perdu pendant son enfance et son adolescence où elle n'était pas toujours présente autant qu'il l'aurait souhaité.
- Ce sont des biscuits que tu prépares pour Katherine ? demanda-t-elle, en finissant son thé.
- Oui. Mais des biscuits spéciaux … Tu sauras demain. Je reviens …, fit-il en s'éloignant vers son bureau, pour réapparaître trente secondes plus tard, avec une feuille de papier et un stylo.
Il s'assit en face d'elle, à l'îlot central, et se mit à écrire. Martha ne dit rien, ne posant pas davantage de questions sur cette surprise que Richard préparait. Elle se contenta de l'observer de loin écrire ce qui ressemblait, parfois à quelques mots, parfois à de courtes phrases. Il avait souvent des idées totalement farfelues, mais quand il s'agissait de faire plaisir à Katherine, il avait toujours les idées les plus romantiques et touchantes qui soient. Elle bénissait le jour où Richard avait rencontré cette femme qui avait changé sa vie. Elle le rendait heureux comme aucune autre avant elle. Elle l'aimait comme aucune autre ne l'avait aimé. Avec elle à ses côtés, elle l'avait vu changer, mûrir, s'assagir. Elle l'avait vu atteindre cette sérénité, ce bonheur simple auquel il aspirait depuis toujours.
Rick réfléchissait pour trouver les mots justes. Il avait beaucoup d'idées, mais il lui fallait les exprimer simplement, avec humour ou tendresse selon les cas. Il ne s'agissait pas d'écrire un roman. Et la concision n'était pas toujours son fort. Là, en écrivant pour Kate, en pensant à elle, les images de la nuit dernière s'immiscèrent de nouveau dans son esprit, et firent resurgir la petite douleur du fond de son cœur. Il s'arrêta soudain d'écrire, et leva les yeux vers sa mère. Il avait besoin de lui dire.
- J'ai eu si peur …, fit-il doucement, le visage fermé.
A avouer ainsi à sa mère cette douleur qui restait en lui, il sentit aussitôt l'émotion l'envahir. Elle comprit instantanément de quoi il parlait. Elle avait vu à l'hôpital combien il avait l'air bouleversé, même s'il tentait de n'en rien laisser paraître, et plaisantait, comme toujours, pour dissimuler ses douleurs et ses tracas.
- Tyson allait la tuer … S'il l'avait tuée …, Mère, … s'il l'avait tuée …, continua-t-il, la voix tremblante.
Elle vit le chagrin dans ses yeux, perçut l'émotion dans sa voix.
- Oh … Richard … chéri … Katherine va bien maintenant. Tout va bien.
- Oui … Mais … J'ai cru vivre un cauchemar. J'ai vu+ sa souffrance … sans rien pouvoir faire … et …
Ses yeux s'emplirent de larmes, qu'il refoula en inspirant une grande bouffée d'air.
- Et … je n'ai cessé de lui dire qu'on allait s'en sortir.
- Et vous vous en sortis, chéri.
Touchée par la douleur de son fils, elle prit ses mains dans les siennes. Elle savait, depuis longtemps, que s'il arrivait un jour quelque chose à Katherine, malgré tout l'amour dont Alexis et elle pourraient l'entourer, il ne s'en remettrait pas. Quand elle avait reçu cette balle dans la poitrine, Richard n'avait plus été que l'ombre de lui-même, dévasté par la hantise de la perdre, par le sentiment de culpabilité aussi. Et elle n'était pas encore sa femme, même pas sa petite amie.
- J'ai cru que j'allais la perdre cette fois … et que ce serait fini pour toujours … Et sans elle, Mère, je …je n'aurais pas pu vivre sans elle.
- Je sais, chéri … Je sais …
Elle regarda les yeux brillants de son fils, avec cette intensité qui disait tout. Katherine était l'amour de sa vie. Il aurait fait n'importe quoi pour elle, il aurait sacrifié sa propre vie pour elle, et rien n'aurait pu l'en empêcher, même pas peut-être l'amour de sa fille. Elle en avait pleinement conscience, ne le jugeait pas pour ça, et bizarrement, l'aimait même davantage encore pour cet amour plus fort que tout qu'il portait à sa femme.
- Mais elle va bien, fit-il, esquissant un sourire, reprenant le dessus sur son émotion. Elle est en vie … et elle va bien. Tout va bien.
Il ne voulait plus penser à tout ça. Il ne voulait pas que Tyson marque son cœur ainsi en ce jour de Noël. Ce serait le laisser gagner, encore, par-delà sa mort.
- Tant que tu seras près d'elle, Katherine ira bien, chéri, et toi aussi … Parce qu'il y a entre elle et toi, toi et elle … toutes ces choses qui vous unissent, et que nous, le commun des mortels, ne pouvons même pas comprendre …
Il esquissa un sourire, touché et séduit par la façon dont sa mère décrivait sa relation avec Kate, une relation qu'elle avait vue, de loin, naître, puis s'épanouir. Une relation qui lui avait fait peur à une époque quand elle le rendait malheureux, elle qui ne supportait pas de le voir se faire du mal. Mais elle avait vue, elle avait compris, à quel point Kate était le souffle dont il avait besoin pour vivre.
- Alors chasse cette douleur au fond de ton cœur, et ne pense plus à ce qui serait arrivé si les choses avaient mal tourné. Savoure votre bonheur. Pleinement.
Il sourit, largement cette fois, acquiesçant du regard.
- Sur ce beau discours, je te laisse, je vais voir si les bras de Morphée veulent bien accueillir une vieille actrice épuisée …, fit-elle en se levant, pour aller poser sa tasse de thé dans l'évier.
Rick se leva à son tour, et vint se poster devant elle, lui ouvrant grand les bras. Elle s'avança pour qu'il l'enlace, et la serre contre lui.
- Merci …, fit-il déposant un baiser sur sa joue. Que ferais-je sans toi …
- Bien plus de bêtises, répondit-elle en souriant.
- Je t'aime, Mère.
- Moi aussi, je t'aime, chéri.
Ils se sourirent simplement, avec toute la pudeur qui les caractérisait, et la tendresse qui les unissait.
Vendredi 25 décembre
Loft, New-York, aux environs de 8 h.
La lumière du soleil l'avait réveillée, filtrant légèrement à travers l'entrebâillement des rideaux, pour venir glisser sur son visage. Cette luminosité la surprit tellement qu'elle mit du temps à réaliser et à ouvrir les yeux, tant elle avait l'impression d'être plongée dans un rêve. Cela faisait des jours qu'elle n'avait pas vu un rayon de soleil, avec toute cette neige qui n'en finissait plus de tomber et de blanchir la ville. Elle ouvrit doucement les yeux, constatant qu'effectivement un rayon de soleil venait jouer avec sa joue et l'éblouir. Elle se sentait reposée ce matin, le corps moins endolori que la veille. Le temps de quelques secondes, elle caressa son ventre, sentait les petits mouvements matinaux du bébé. Tout allait bien. Elle se tourna vers Rick, qui dormait à poings fermés, la couette remontée jusque sous le menton. Elle percevait à peine le souffle de sa respiration. D'habitude, le matin de Noël, il était toujours le premier debout. C'était le seul matin de l'année où il arrivait sans souci à se lever avant elle, grisé, comme un petit garçon, par l'euphorie de l'ouverture des cadeaux. Mais aujourd'hui, il semblait encore être plongé en plein sommeil. Elle sourit en se demandant s'il s'était relevé cette nuit pour s'occuper de son cadeau. Il en était fort capable. Décidant de le laisser dormir pour l'instant, elle lui déposa un baiser sur la joue, sans qu'il n'ait aucune réaction, et se glissa doucement hors du lit. Elle regarda rapidement l'heure sur son téléphone, avant d'enfiler un pantalon de pyjama, et ses pantoufles pour rejoindre le salon.
Elle sourit en apercevant son père dans la cuisine, déjà habillé, occupé à préparer des crêpes et des pancakes pour le petit-déjeuner, comme s'il était chez lui, parfaitement à l'aise. Rien que cette image la ravit, réalisant le chemin parcouru.
- Bonjour, Papa, fit-elle doucement, en venant l'embrasser.
- Bonjour, ma chérie …répondit-il.
- Tu as bien dormi ? demanda-t-elle, ravie de partager ce petit moment avec son père.
- Parfaitement, bien, oui. Cela fait des années que je ne t'avais pas vue le matin au réveil …, constata-t-il, en la regardant tendrement.
- Et moi des années que je ne t'avais pas vu faire la cuisine ..., sourit-elle, l'observant s'affairer autour de la poêle, tout en s'asseyant à l'îlot central.
- Oh, c'est trois fois rien … c'est ma petite contribution à ce Noël, pour vous remercier de m'avoir invité.
- C'est gentil, papa, mais tu n'as pas à nous remercier de quoi que ce soit. Tout le monde est heureux de t'avoir avec nous.
- Et je le suis aussi …
Elle voyait, oui, qu'il était heureux. Comme Rick l'avait amenée elle, à redécouvrir le bonheur de fêter Noël, elle était parvenue à sortir son père de sa coquille, pour qu'à son tour, il se nourrisse de l'ambiance chaleureuse de Noël. Maintenant, il irait de l'avant, porté par tout ça, par ce bébé qui pointerait le bout de son nez dans quelques temps.
- Veux-tu du café ? proposa-t-il gentiment.
- Pas tout de suite, merci … Je vais attendre Rick … s'il se réveille un jour …
Elle observa le sapin, tout illuminé, et les cadeaux à son pied. Elle aperçut une sorte de petite boîte soigneusement emballée dans du papier brillant qui n'était pas là la veille quand ils étaient allés se coucher. Soit le Père-Noël était réellement passé cette nuit, soit Rick, ce ne pouvait être que lui, avait rajouté son cadeau au pied du sapin. Elle était impatiente de découvrir ce qui se cachait dans ce paquet. Mais peut-être plus encore d'offrir son cadeau à son mari. Elle voulait le faire dans l'intimité. Il devait être le seul à le découvrir.
- Ton cadeau pour Richard est là, lui fit son père, en lui montrant l'enveloppe dorée posée sur l'îlot central, qu'il avait précieusement protégée en attendant le jour J.
- Merci, papa, répondit Kate, en récupérant le cadeau de Rick.
- Tu sais, toi ?
- Non, sourit-elle.
- Il ne pourra s'empêcher de te le dire, constata Jim avec un sourire. Richard est plutôt du genre bavard.
- Oui …, je sais bien. Mais ce n'est pas grave. Il va être si heureux.
- Oui. C'est une très jolie idée que tu as eue là.
Ils furent interrompus par l'arrivée de Martha, puis d'Alexis, encore en chemise de nuit et pyjamas, qui les saluèrent avec le sourire, toutes deux excitées comme des puces à l'idée de découvrir les cadeaux. Jim, comme s'il vivait ici depuis toujours, leur servit le café et le thé, ce qui canalisa leur énergie matinale, le temps que Kate aille réveiller Rick. Martha goûta avec délectation les pancakes de Jim, ne manquant pas de s'extasier devant ses talents culinaires, tandis qu'Alexis, telle une petite fille, tentait de faire avouer sa grand-mère quant au contenu de son cadeau.
Kate rejoignit la chambre, son enveloppe à la main, constatant que Rick était toujours profondément endormi. A croire qu'il n'avait pas dormi de la nuit. Elle posa l'enveloppe au pied du lit, et vint s'asseoir près de lui. Elle devait non seulement le réveiller, mais profiter de ce moment, pour lui offrir son cadeau, avant qu'ils ne rejoignent tous deux le salon. Elle ne savait pas comment il allait réagir, et elle ne pouvait prendre le risque qu'il ne s'extasie devant tout le monde. Il fallait qu'il demeure une bonne dose de mystère.
Il était allongé sur le ventre, la couette remontée jusqu'au cou. Elle glissa légèrement sa main dans ses cheveux, caressant doucement l'arrière de sa tête.
- Rick …, chuchota-t-elle.
- Comme il ne réagit pas le moins du monde, elle se pencha pour déposer un baiser dans son cou, puis un autre sur sa joue. Il émit un petit grognement, qui l'attendrit.
- Mon cœur … le Père-Noël est passé …
Comme si la perspective d'ouvrir les cadeaux parvenait à l'extirper du sommeil, il se retourna enfin vers elle, mais sans ouvrir les yeux, l'air toujours aussi endormi. Elle posa sa main dans la chaleur de son cou, caressant sa joue du bout du pouce, avant de venir embrasser sa bouche. Elle le sentit réagir, quand sa bouche réclama, dans un murmure de plaisir, un deuxième baiser. Il se décida enfin à ouvrir les yeux.
- Tu sais que dans les contes de fées, c'est le prince charmant qui réveille la princesse endormie d'un baiser … Pas l'inverse …, sourit-elle, passant doucement sa main dans ses cheveux.
- Hum …. ton prince charmant est un peu fatigué ce matin …, murmura-t-il.
- La nuit a pourtant été calme, répondit-elle, faisant glisser sa main en une caresse dans son cou.
- Pas si calme pour moi …, répondit-il en esquissant un sourire. J'ai l'impression d'avoir chevauché toute la nuit sur mon beau destrier blanc …
Elle éclata de rire, ce qui acheva de le mettre de bonne humeur malgré son manque de sommeil.
- Allez lève-toi. Tout le monde est impatient d'ouvrir ses cadeaux.
- Oui, et moi-aussi ! lança-t-il en se redressant d'un bond.
Il l'embrassa, soudain tout excité et parfaitement réveillé, et sauta presque hors du lit, prêt à filer vers le salon.
- Rick, attend. J'ai quelque chose pour toi, lui lança Kate, en attrapant l'enveloppe dorée au pied du lit.
Il s'approcha d'elle, observant l'enveloppe avec un grand sourire.
- C'est mon cadeau ?
- Oui … Je ne peux pas te le donner devant tout le monde …
- C'est un truc coquin ? proposa-t-il, taquin.
- Non, sourit-elle.
Kate lui tendit la grande enveloppe recouverte de papier brillant. Il s'en saisit, impatient de découvrir le cadeau de sa muse, et la retourna des deux côtés, pour bien l'observer. Elle était impatiente aussi, et sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine. Elle n'avait pas peur, mais comme si son cœur anticipait le bonheur de Rick, elle sentait déjà l'émotion s'emparer d'elle. Elle ne lui avait jamais offert un cadeau pareil, un cadeau dont elle-même ignorait l'intégralité du contenu.
- C'est juste pour toi, ok ? Donc ne dis pas un mot quand tu auras ouvert…, lui fit Kate tendrement.
- Mais on est justes tous les deux …, s'étonna-t-il.
- Ouvre, et ne dis rien, fit-elle avec un sourire.
Il déchira doucement le haut de l'enveloppe, plongea sa main à l'intérieur, et en sortit le contenu, un large sourire illuminant son visage au fur et à mesure qu'il prenait conscience de ce que Kate venait de lui offrir. Une échographie en noir et blanc, accompagnée de quelques mots écrits sur un post-it. Un instant, il resta figé dans sa bulle de bonheur, lisant et relisant la petite phrase, contemplant la photo, tandis que Kate, ignorant elle-même l'annonce que contenait cette enveloppe, se réjouissait simplement de pouvoir savourer le sourire radieux de Rick.
- Oh …. Kate … C'est …, fit-il doucement, relevant les yeux vers elle, cherchant les mots pour exprimer au mieux ce qu'il ressentait.
Il la voyait si heureuse de lui faire ce plaisir, qu'il sentit l'émotion le submerger et les larmes lui monter aux yeux. Il mourrait d'envie de savoir depuis si longtemps. Il lui arrivait même d'en rêver la nuit. Kate n'avait eu de cesse de lui dire qu'elle voulait garder la surprise. Mais elle venait de lui offrir le plus beau des cadeaux de Noël. Il savait. Et il était si heureux. Un garçon. Ils allaient avoir un petit garçon. Une fille l'aurait rendu fou de joie. Mais un garçon, c'était le comble du bonheur. Kate allait lui donner un fils. Toutes les émotions se chamboulaient dans son cœur et dans sa tête. Il ne dit rien, comme elle le lui avait demandé. Il avait compris. Elle ne savait pas, elle.
Il s'approcha pour l'embrasser, et elle glissa sa main sur sa joue pour prolonger son baiser, touchée par ce regard empli d'amour qu'il posait sur elle. Son front contre le sien, ses lèvres caressèrent tendrement les siennes, y déposant des petits baisers, tout en la serrant contre lui.
- Merci …, murmura-t-il avec un sourire, tout contre sa bouche, les yeux brillants de larmes, alors que sa main se posait sur son ventre rond.
Le voir si heureux, si ému, la toucha au plus profond d'elle-même. Sous le coup de toutes ces émotions qui se mêlaient, elle sentit son cœur se serrer et les larmes lui monter aux yeux. De bonheur. De soulagement après tout ce qu'ils venaient de vivre.
Il caressa tendrement sa joue, l'embrassa de nouveau.
- Tu avais raison … c'est le plus merveilleux des cadeaux de Noël …
- Tu es content alors ? demanda-t-elle, presque timidement, comme si elle pouvait réellement imaginer qu'il ne le soit pas.
Il la regarda avec toute la tendresse dont débordait son cœur.
- Content ? Kate …, je suis …, je ne sais pas, il n'y a pas de mot …. Chaque jour, je me dis que tu fais de moi le plus heureux des hommes … Et le jour suivant, tu me rends plus heureux encore …
Il vint l'embrasser de nouveau, goûtant ses lèvres avec tendresse, la serrant contre lui à n'en plus finir.
- Mais … et toi ? Tu ne sais pas alors ?
- Non, sourit-elle. C'est ton cadeau, mon cœur …
- Je ne vais pas pouvoir garder le secret, Kate … c'est trop …, répondit-il, écartant doucement une mèche de cheveux qui courait le long de sa joue.
- Je sais …, sourit-elle. Mais pour l'instant, c'est ton cadeau, d'accord ? C'est juste pour toi.
- Je meurs d'envie de te le dire ….
- Je me doute … mais chut …, fit-elle posant un doigt sur ses lèvres. Savoure ton cadeau … Tu me le diras plus tard …
Elle se blottit dans ses bras, et enfouit son visage dans son cou, tandis qu'il la serrait contre lui, caressant doucement ses cheveux. Maintenant qu'il savait, elle mourrait d'envie de savoir elle-aussi. Mais elle voulait qu'il ait ce privilège d'être le seul à savoir, c'était son cadeau. Une petite part d'elle-même se disait que ce devait être un garçon, à en voir l'émotion de Rick, mais pour l'instant, elle n'avait aucune certitude. Il serait tout aussi heureux si c'était une fille.
Appartement de Lanie, New-York, 9 h du matin.
Il voulait se lever avant elle, mais sans mettre le réveil à sonner, ce qui était impensable le matin de Noël et l'aurait réveillée elle-aussi, si bien qu'il n'avait pas dormi de la nuit. Il avait pris sa décision, ce qui ne l'empêchait pas de s'être inquiété alors qu'il aurait dû dormir paisiblement. Il se remémorait ce que Castle lui avait dit hier soir, ce qu'il lui avait confié sur ses craintes lorsqu' qu'il avait fait sa demande à Beckett, le fait qu'il ait eu peur de la perdre pour toujours si elle disait non. Il ressentait la même chose ce matin en se levant, mais il ne pouvait plus vraiment faire marche arrière. Il était sûr de lui. Il allait lui demander, et comme l'avait dit Castle, même si elle refusait, au moins, elle saurait. Elle saurait qu'il avait cru en eux, qu'il l'aimait au point de vouloir qu'elle soit sa femme, lui qui avait toujours craint le moindre engagement.
Il avait rejoint la cuisine pour préparer le petit-déjeuner, dressant sur un plateau les tasses de café, quelques toasts, et une rose rouge. Il allait la retrouver dans la chambre, gardant au fond de sa main l'écrin avec la bague, quand il la vit apparaître dans l'entrebâillement de la porte, l'air encore ensommeillée. Son cœur s'emballa. Il n'avait pas prévu que les choses se passent ainsi. Elle devait être au lit, et lui prendre le temps de se préparer psychologiquement. Il ne devait pas lui montrer qu'il était stressé, mais elle le connaissait si bien, qu'elle allait s'en apercevoir en un quart de secondes. Il délaissa son plateau sur la table, dissimulant l'écrin dans sa main, pour s'avancer tout sourire, prenant son air le plus détendu possible.
- Hey ma belle, fit-il tendrement, posant sa main dans le creux de son dos pour l'attirer contre lui.
- Bonjour … Tu es déjà debout …, murmura-t-elle, enlaçant ses bras autour de son cou pour l'embrasser.
- Oui … Je t'ai préparé le petit-déjeuner …
- Oh, c'est mignon, Javi, fit-elle en apercevant le plateau.
Il la prit par la main pour l'entraîner vers la table, et tira la chaise pour qu'elle s'asseye, et s'installa à côté d'elle. Il s'était dit qu'il valait mieux qu'elle soit assise quand il lui ferait sa demande. Sait-on jamais. Il la regarda prendre la rose pour humer le parfum.
- Bien dormi ? demanda-t-il.
- Hum … oui … Et toi ?
- Oui, mentit-il, avec un sourire.
Il réalisait combien Castle et Ryan avaient eu raison en lui disant qu'il ne pouvait pas improviser. En y ayant pourtant réfléchi toute la nuit, il ne savait déjà plus comment s'y prendre. Intérieurement, il tenta de se calmer. Il voulait faire les choses simplement. Il était persuadé qu'il n'y avait pas besoin de faire dans l'extravagance pour demander Lanie en mariage. Il la savait déjà séduite par cette simple rose rouge. Et il espérait que ce qu'il allait dire achèverait de conquérir son cœur. Il avait pensé à chacun des mots qu'il lui dirait. Il fallait juste qu'il parvienne à se lancer.
Lanie sentait que Javi n'était pas comme à son habitude. Il était si mignon, un peu hésitant, presque intimidé devant elle. Elle savait qu'il allait lui faire sa demande, maintenant, d'ici quelques secondes, ce qui l'attendrissait bien davantage encore.
- Lanie, je …, commença-t-il, timidement.
Elle prit sa main dans la sienne, avec un sourire, comme pour l'encourager, plongeant ses yeux dans les siens avec douceur. Savoir qu'elle avait compris le rassura, mais il venait tout juste de commencer, il avait encore tout un discours à déclamer à sa belle. Il sourit, tentant de se détendre.
- Je sais qu'on a souvent plaisanté tous les deux sur le mariage qui n'était pas fait pour nous, se lança-t-il, et qu'on était bien ainsi, sans penser au lendemain, profitant simplement de l'instant présent … Et on a bien profité, souvent profité …
Elle sourit, approuvant du regard, caressant doucement sa main. Elle savait que Javi n'était pas un grand bavard, surtout en matière de sentiments, et le moindre de ses mots la touchait profondément, parce que justement, il avait pris soin de les choisir juste pour elle.
- Parfois, trop souvent, on s'est éloignés l'un de l'autre … à cause de nos peurs, à cause … de la vie …. A chaque fois, être loin de toi a été douloureux … Mais à chaque fois, on a su rebondir, simplement parce que, même si on a eu du mal à construire une relation stable, même si toi et moi on est un peu des handicapés de l'engagement … je t'aime …
- Et je t'aime aussi …, ajouta-t-elle, le regardant avec cette intensité qui le faisait fondre.
Il sourit. Il l'aurait bien embrassée tout de suite, mais ce n'était pas encore fini. Le plus dur restait à faire.
- J'ai vu Ryan se marier … et je me suis souvent moqué de lui, fit-il avec un sourire, mais une partie de moi l'enviait. Et j'ai vu Beckett et Castle se marier … et, j'ai commencé à comprendre l'importance d'avancer à deux, d'avancer avec toi, chérie. Ensemble, on a enfin atteint cet équilibre qui nous manquait tant auparavant.
Il baissa les yeux vers leurs mains, enlacées, s'apprêtant à entamer la partie la plus difficile de sa déclaration.
- L'an passé, quand j'étais dans cet immeuble en feu, avec Ryan … j'ai cru que je ne m'en sortirai pas …, que je ne te reverrai plus, et que jamais je ne pourrais te dire tout ça, que jamais tu ne saurais que … je t'aime plus que tout, que je veux t'avoir près de moi pour le reste de ma vie.
Elle sentit l'émotion empoigner son cœur, et les larmes lui monter aux yeux. Il lui faisait la plus belle des déclarations. Elle n'aurait pu rêver plus joli moment.
- Je veux continuer à avancer, avec toi, ensemble … Veux-tu être ma femme ? demanda-t-il tendrement, en la regardant dans les yeux.
Elle sourit, au bord des larmes, sans parvenir à dire quoi que ce soit. Il fallait qu'elle dise oui, mais il était si craquant, si touchant, qu'elle ne parvenait pas à trouver les mots. Il vit qu'elle était émue, et son sourire ne pouvait que vouloir dire oui, mais il fallait qu'elle le dise.
- Javi …, sourit-elle, tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
Ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait dire, et encore moins ce qu'elle devait dire. Elle vit une lueur d'inquiétude dans ses yeux, et s'empressa de le rassurer.
- Oui … Javi. Oui, je veux être ta femme.
Il resta interdit une fraction de seconde, comme s'il ne réalisait pas, sentant son cœur se mettre à battre la chamade, ses yeux brillants de larmes.
- Javi … J'ai dit oui …, fit-elle en souriant, se penchant pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
- Tu as dit oui …, répéta-t-il, peinant à réaliser.
- Oui, j'ai dit oui …, insista-t-elle, caressant sa joue.
- Tu es sûre ? Parce que bon tu sais …
- La bague, bébé …, l'interrompit-elle, impatiente, pour le ramener sur terre.
Il réalisa qu'il était si heureux qu'il en avait oublié la bague, et la sortit de son écrin. Il prit doucement sa main dans la sienne. Elle sentit qu'il tremblait. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, si ému, si touché, si attendrissant. Elle le regarda lui passer la bague au doigt, savourant cette sensation qu'elle n'aurait jamais imaginé connaître un jour.
- Elle est magnifique … absolument magnifique …, sourit Lanie en admirant la bague de fiançailles à sa main.
- Tu as dit oui …, répéta-t-il encore.
- Il va falloir t'y faire !
Elle rit, passant ses bras autour de son cou, pour venir l'embrasser, alors qu'il la serrait contre lui, caressant doucement son visage. Il avait les yeux encore brillants de larmes.
- Tu pensais que je dirais « non » ?
- J'avais peur …, reconnut-il, le mariage et toi … Tu ne vas pas réaliser tout à coup et faire marche arrière ?
- Jamais, le rassura-t-elle. Je t'aime, et j'ai envie d'être ta femme de tout mon cœur.
Il sourit, l'embrassant tendrement, remerciant intérieurement Castle, qui lui avait dit qu'il ne pouvait pas se priver du bonheur de l'entendre dire « oui », par peur qu'elle dise « non ». Oui, prendre le risque valait le coup. En ce matin de Noël, il était heureux comme il ne l'avait jamais été.
Loft, New-York, 9 h du matin.
Autour du canapé, chacun avait ouvert ses cadeaux, dans une ambiance chaleureuse. Martha et Alexis, toutes guillerettes, planifiaient déjà, calendrier en main, le week-end où elles pourraient profiter de ce week-end en thalassothérapie que le Père-Noël venait de leur offrir, Martha tentant même de convaincre Jim des vertus de l'eau sur l'élasticité de la peau, passé un certain âge. Rick profita que tous étaient occupés pour apporter à Kate, assise dans le canapé, en train de lire le quatrième de couverture du roman offert par Martha, son dernier cadeau, le sien, encore au pied du sapin.
- Joyeux Noël, fit-il en souriant, lui tendant le paquet.
- Merci …, sourit Kate, en se saisissant de la boîte.
Il s'assit près d'elle, et la regarda, impatient, déballer méticuleusement son cadeau. Elle prit le temps de déchirer le papier, puis ouvrit doucement le couvercle, découvrant une multitude de petits biscuits soigneusement déposés dans du papier de soie violet. Ces biscuits lui rappelèrent instantanément ceux que faisait sa mère pour toute la famille le matin de Noël. En un instant, elle la revit, dans la cuisine, après l'ouverture des cadeaux, s'affairer pour modeler les petits gâteaux, en y mêlant, tantôt du gingembre, tantôt de la cannelle et de la vanille. Elle pouvait presque sentir encore l'odeur des biscuits cuisant dans le four, mêlée à celle du sapin qui embaumait la maison. Mais ces biscuits avaient aussi pour elle le goût de ce premier week-end où elle les avait préparés pour Rick. Un délicieux week-end gravé à jamais dans son cœur, où elle avait savouré pour la première fois le bonheur simple et enivrant d'être avec lui, à chaque instant du jour et de la nuit. Ce week-end-là, chacun de ses mots, chacune de ses caresses, chacun de ses sourires l'avaient définitivement rendue folle amoureuse de lui. Elle savait la tendresse particulière qu'il éprouvait lui aussi pour ce premier week-end. Et ces petits biscuits, c'était finalement un peu comme leur madeleine de Proust. Sans même y goûter, ils en connaissaient la saveur, celle de leurs discussions, de leurs éclats de rires, de leurs baisers, de leurs étreintes passionnées ce week-end-là.
Elle leva les yeux vers lui avec un grand sourire, heureuse et étonnée qu'il ait eu cette idée si touchante. Il sut immédiatement, à cette lueur dans ses yeux qu'il adorait, qu'elle était heureuse, et qu'elle comprenait sans qu'il ait besoin de mots pour lui expliquer, comme souvent.
- Merci, mon cœur … C'est adorable …, fit-elle, touchée et attendrie, en s'avançant pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
- Lis le petit mot … avant de goûter, répondit-il avec un sourire.
Elle prit le petit morceau de papier, enfoui sous quelques biscuits, et lut à voix basse les quelques phrases que Rick avait écrites : « Joyeux Noël, ma chérie. Chaque biscuit contient un message, juste pour toi. Ne les mange pas tous d'un seul coup … ou bien je ne saurais plus où donner de la tête pour t'offrir tous les cadeaux qu'ils contiennent. »
- Tu as mis quelque chose à l'intérieur ? s'étonna-t-elle, avec un sourire enchanté, tant cette idée d'un mystère à découvrir lui plaisait.
- Oui … à chaque fois que tu en mangeras un, tu découvriras un petit message …
- Oh, Rick …, c'est absolument génial ! lança-t-elle.
- Je sais, oui, sourit-il, fièrement.
Elle se pencha pour l'embrasser de nouveau, prenant son visage doucement entre ses mains.
- Je t'aime …, lui murmura-t-elle tendrement.
- Moi-aussi, je t'aime …
Ils se sourirent un instant, seul au monde dans leur bulle de bonheur, puis Kate observa de nouveau ces biscuits qu'elle avait bien envie de goûter, autant par gourmandise, que pour découvrir un des messages de Rick.
- Je comprends pourquoi mon prince charmant est fatigué. Tu as dû passer la nuit à faire ces biscuits ? lui fit-elle, l'imaginant cuisiner en pleine nuit, juste pour lui faire plaisir.
- Une bonne partie de la nuit, oui. Mais pour voir ce si joli sourire, je peux veiller toutes les nuits.
Elle sourit, radieuse, avant de reprendre :
-Et cette histoire de Ferrari c'était pour les ingrédients ?
- Oui … les gars m'ont été d'un grand secours, répondit-il avec un sourire.
Ce cadeau correspondait tellement à ce qu'il était et ce qu'elle aimait chez lui. Il avait pensé à tout : au doux souvenir de sa mère que lui rappelleraient les biscuits, au délicieux souvenir de ce week-end qu'ils chérissaient tous deux. Il avait pris soin de la surprendre, encore et toujours, par ces messages dissimulés au cœur des biscuits.
- Par contre, garde les biscuits juste pour toi, reprit-il avec un petit sourire. Parce que … les messages …
- Quoi les messages ? s'étonna-t-elle, s'attendant surtout à ce qu'il lui ait écrit quelques-uns des mots doux dont il avait le secret.
- C'est vraiment juste pour toi. Tu verras …
- Il y a des messages coquins ? demanda-t-elle, séduite à cette idée, devinant ce qu'il essayait de lui faire comprendre à demi-mots, sans vouloir trop en révéler.
Il la regardait avec son petit air malicieux et fier de lui, qui voulait tout dire.
- Il y a des petits mots doux … Il y a des questions aussi …
- Des questions ? s'étonna-t-elle.
- Oui …, sourit-il. Et peut-être des petites propositions coquines … mais je ne t'en dis pas plus.
- Si on goûtait alors ? proposa-t-elle, en prenant un biscuit, impatiente d'en savoir plus sur les mystères de ces biscuits.
- Oui. A tes risques et périls …, sourit-il. Prie pour ne pas tomber sur celui où je parle de te … Non, rien. Tu verras bien !
Elle cassa en deux le biscuit pour en tirer le petit morceau de papier que Rick avait glissé à l'intérieur, et lut à voix basse ce qui était écrit. « Notre premier baiser : un petit commentaire Lieutenant Beckett ? ».
- Tu es très malin …, constata-t-elle, avec un sourire.
- Moi ? Non ! fit-il, avec son air innocent.
Elle savait fort bien à quoi faisait référence ce premier message qu'elle venait de lire. Leur premier baiser, ce n'était pas celui qu'elle lui avait donné lorsqu'elle l'avait rejoint au loft le soir où elle avait décidé de laisser parler son cœur. C'était celui qu'ils avaient échangé lors d'une enquête, un jour, pour faire diversion. Il mourrait d'envie de savoir ce qu'elle avait pensé et ressenti ce jour-là, mais elle s'était toujours bien gardée de lui dire.
- C'est mon cadeau mais je crois qu'il te profite à toi-aussi …Tu vas apprendre des informations croustillantes ! lança-t-elle en riant.
- Et attends d'avoir découvert le reste …, répondit-il, d'un air plein de sous-entendus.
- Je dois te répondre alors ? demanda-t-elle, prête à jouer le jeu, tellement ce cadeau la séduisait.
- Tout à l'heure, quand on ne sera que tous les deux … Il y a des oreilles indiscrètes qui nous entourent, sourit-il désignant d'un regard Martha, Alexis et Jim, occupés à étudier le programme du séjour en thalassothérapie.
Elle lui tendit la moitié du biscuit, et ensemble, ils croquèrent chacun dans leur madeleine de Proust.
- C'est délicieux …, fit-elle, avec un murmure de plaisir, reconnaissant le doux parfum de la cannelle.
- Aussi bons que ceux de ta maman ?
- Presque, répondit-elle avec un sourire. Mais ceux d'une maman sont irremplaçables.
- Tout dépend de la maman …, fit-il avec une petite moue, en jetant un regard vers sa mère.
Elle sourit, amusée par sa grimace, comme d'habitude.
- Mais ma mère n'aurait jamais eu l'idée d'y glisser des messages, ajouta-t-elle, surtout de cette nature …
- J'ai hâte que tu découvres les suivants …, ça va être chouette ...
- Chouette … Hum … Pour toi ou pour moi ? fit-elle dans un sourire.
- Nous deux …, avoua-t-il, on partage tout, non ? Tu peux bien partager ton cadeau de Noël avec moi …
A ce moment-là, le téléphone de Kate posé sur l'îlot central bipa indiquant l'arrivée d'un message. Elle alla s'en saisir, et ouvrit le message de Lanie, souriant aussitôt. Elle se rapprocha de Rick, pour lui montrer le message. Il sourit à son tour, découvrant la photo de la main de Lanie, bague au doigt, et les quelques mots l'accompagnant : « J'ai dit oui ! ».
- C'est génial …, fit Rick.
- Oui …, je suis tellement heureuse pour eux. J'ai hâte que Lanie me raconte !
- En tout cas, je t'avais dit … on peut faire fortune dans le conseil matrimonial !
Ils éclatèrent de rire tous deux.
Bureau de Castle, loft, 13 h 30
La matinée de Noël s'était écoulée paisiblement autour d'un long petit-déjeuner, de joyeuses discussions et d'éclats de rire, tous les cinq partageant le plaisir de cette bulle chaleureuse en famille, comme si le monde s'était arrêté de tourner dehors. En tout début d'après-midi, Jim était reparti, heureux, remerciant les uns et les autres pour ce Noël si joyeux.
Rick était maintenant assis dans son fauteuil, devant son ordinateur. Pendant que Kate prenait sa douche, il passait en revue nonchalamment les mails qu'il avait reçus au cours de ces deux derniers jours afin de vérifier qu'il n'avait rien manqué d'important.
- Papa, fit Alexis, en entrant dans son bureau, emmitouflée dans son manteau, comme si elle s'apprêtait à sortir. J'y vais …
- Ah … tu sors ? s'étonna Rick.
- Oui. Avec grand-mère, on s'est dit que vous auriez besoin d'un peu de repos Kate et toi …
- C'est gentil, chérie, mais on peut se reposer avec vous à nos côtés, sourit-il, sachant très bien qu'Alexis lui dissimulait la vraie raison de sa sortie.
- Bon, j'avoue on a toutes les deux des trucs de prévu …
- Le jour de Noël ? s'étonna-t-il. Ma mère et ma fille sont des courants d'air !
- Grand-mère vient de partir. Et moi je vais retrouver Cody …, expliqua-t-elle, tout à fait banalement.
- Hum … le prof de philo …, murmura-t-il, l'air songeur.
- Oui.
- Cody …
- Quoi Cody ? lui lança-t-elle, sentant qu'il avait pris son ton sceptique qu'elle ne lui connaissait que trop bien.
- Rien, répondit-il simplement, avec un sourire, histoire de se rendre tout de suite bien plus agréable.
Depuis l'affaire Pi, il prenait sur lui, et cela lui demandait parfois de fournir un effort surhumain. Mais il avait compris qu'il était tout à son avantage de laisser sa fille mener sa vie sentimentale comme elle l'entendait. Il avait réalisé que peut-être il allait trop loin dans son immixtion dans ses relations, et surtout qu'il pouvait la perdre. Perdre la relation de complicité qui les unissait, et qui déjà s'estompait du fait qu'elle devenait adulte. Il avait souffert de la voir capable de l'exclure de sa vie, pas définitivement, certes, mais tout de même. Depuis sa rupture avec Pi, Alexis avait traversé une période un peu moins sereine, et il s'était bien gardé de tout commentaire. Il la laissait dorénavant évoluer, observant de loin. Mais cette histoire de professeur de philosophie le tracassait malgré tout. Et il avait beau faire des efforts, son instinct protecteur reprenait parfois le dessus sans même qu'il ne s'en aperçoive.
- Si, Papa. Je connais cet air …, répondit sa fille, en gardant le sourire.
Elle savait combien celui lui coûtait de la laisser grandir, et qu'il faisait de son mieux. Elle savait aussi qu'il avait souffert de l'affaire Pi, et le jugeait moins sévèrement quand il se mêlait, malgré tout, de sa vie.
- Cody et toi, vous …, commença-t-il, s'arrêtant immédiatement, pour ne pas se montrer trop inquisiteur.
- On ?
- Non, rien. L'époque me manque où tu me racontais tes histoires de cœur et requérais mes précieux conseils, expliqua-t-il en soupirant.
- Papa … je ne suis plus une petite fille …
- Malheureusement …, mais heureusement aussi, admit-il.
- Ah tu vois ! lança-t-il satisfaite.
- Bon alors, raconte-moi …, continua Rick, avec son sourire enjôleur.
- Papa …, soupira sa fille. On commence tout juste à sortir ensemble.
Il ne dit rien, quêtant la suite des informations.
- Je l'aime bien, et pas juste parce qu'il est craquant, expliqua-t-elle avec un sourire. Mais tu n'en sauras pas plus …
- Il n'est pas un peu trop …, ajouta-t-il, n'osant révéler le fond de sa pensée.
- Vieux ? fit Alexis, comprenant bien évidemment ce qui pouvait tracasser son cher père.
- Voilà, bizarrement je cherchais le mot …
- C'est un homme, et je suis une femme …
- Stop ! Je ne veux plus rien savoir ! lança-t-il en se bouchant les oreilles.
Elle rigola, et il la regarda, attendri.
- Tu sais, reprit-il, de son ton sérieux. Un jour, ma fille, qui est sacrément intelligente et perspicace, m'a dit que si un homme la rendait heureuse, je devrais me réjouir pour elle, car c'était tout ce qui comptait. Alors je me réjouis … un peu …
- Surprise, elle le regarda avec un sourire, comme si elle ne croyait pas à la vérité de ce qu'il disait.
- Non, mais sérieusement, chérie, je suis content de te voir sortir de nouveau et t'amuser.
- Mais ? fit-elle, attendant la suite.
- Quoi ? Mais ?
- Papa, il y a toujours un « mais » avec toi …, fit-elle comme une évidence
- Non, non … pas de « mais » …, assura-t-il.
- Hum …, murmura-t-elle en lui déposant un baiser sur la joue. Je file alors …
Elle commença à s'éloigner vers la porte, mais son père ne put se retenir de lui glisser une dernière petite chose.
- Dis-moi, une relation prof-élève, c'est bien légal tout ça ? lui lança-t-il sceptique.
- A plus tard, Papa ! lança-t-elle, sans même se retourner ni répondre à sa question.
- A plus tard …
Il esquissa un sourire, en regardant la jeune femme que sa fille était devenue, quitter son bureau, d'un pas léger, presque virevoltante, toute heureuse d'aller retrouver son prétendant.
Il tenta ensuite de se replonger dans la lecture de ses mails, mais son esprit était irrémédiablement attiré par l'image de ce petit garçon que, d'ici quelques mois, il pourrait prendre dans ses bras. Il en avait rêvé. Il n'imaginait pas pouvoir être plus heureux un jour, et pourtant, à chaque fois, un nouveau bonheur venait le combler. Certes, pour contrebalancer la félicité dans laquelle il évoluait avec Kate, il leur arrivait régulièrement des événements angoissants, parfois traumatisants. Mais il était si heureux, et aujourd'hui, rien ne pourrait ternir ce bonheur-là.
La vision de Kate, passant la porte, tout juste vêtue d'une nuisette, le tira subitement et délicieusement de ses songes.
- Tu rêvais ? demanda-t-elle, souriante, en s'approchant de lui.
- Un peu …, répondit-il, en la contemplant.
C'était le début d'après-midi, et elle ne s'était pas habillée. Il se réjouissait à l'avance de ce qu'elle avait derrière la tête. Il observa ses jambes nues, jusqu'à ses cuisses, sur lesquelles retombait légèrement le tissu vaporeux de sa nuisette. Ses yeux suivirent la courbe de son ventre rond, pour se poser sur sa poitrine, généreuse, ses épaules, son sourire envoûtant.
Sans rien dire, elle vint s'asseoir à califourchon sur ses genoux, passant ses bras autour de son cou.
- J'ai entendu Alexis …, elle est sortie ? demanda-t-elle.
- Oui, sourit-il. Je crois qu'on est seuls … tous les deux … pour un bon moment …
Elle sourit, comprenant parfaitement le sous-entendu, tandis qu'il posait ses mains sur sa taille pour l'attirer plus près de lui. Il devinait qu'elle était nue sous sa nuisette, et il n'en fallait pas plus pour mettre tous ses sens en émoi. Il sentait son délicieux parfum de cerise, la douceur de ses bras contre son cou, et ses yeux qui le dévoraient amoureusement. Elle le rendait fou quand elle faisait ça, si sensuelle et envoûtante. Il savait qu'elle avait envie de lui.
- Tu veux savoir ? demanda-t-elle, en plongeant ses yeux dans les siens.
- Savoir ?
- Ce que j'ai pensé de notre premier baiser …, répondit-elle, approchant sa bouche de la sienne, happant ses lèvres langoureusement.
Il l'a laissa l'entraîner dans ce baiser fougueux, glissant sa main dans sa nuque pour mieux savourer la passion qu'elle intimait à la caresse de leurs bouches et de leurs langues. Instantanément, son désir s'emballa, et il sentit cette sensation si délicieuse envahir tout son ventre. Doucement, ils reprirent leur souffle dans un soupir de plaisir.
- Je veux savoir depuis des années, Kate …, sourit-il, faisant glisser sa bouche dans son cou.
- Tu crois qu'aujourd'hui je vais tout te dire ? fit-elle, tout en inclinant la tête pour faciliter les baisers de son homme.
- C'est Noël … alors tu es obligée de dire la vérité …, murmura-t-elle, caressant de ses lèvres et de sa langue la peau douce de son cou.
Elle émit un gémissement de plaisir, enfouissant ses mains dans ses cheveux, pour presser son visage contre son cou. Lentement, il fit glisser sa bouche jusqu'à sa joue, puis ses lèvres, qu'il goûta de nouveau, jouant avec sa langue à taquiner la sienne.
- Dis-moi …, reprit-il, la regardant tendrement, caressant son bras d'un doigt glissant sur sa peau nue.
- Tu me diras aussi ce que tu en as pensé alors ? répondit-elle, entreprenant de déboutonner sa chemise
- Si tu es gentille …, dit-il doucement, faisant glisser la bretelle de sa nuisette, tout en effleurant son épaule.
Elle sourit. Elle était si belle et désirable. Il sentait combien elle avait envie de l'exciter, de le rendre fou de désir, et il adorait ça.
- J'ai d'abord été … surprise …, commença-t-elle.
- C'était pour détourner l'attention …, sourit-il, savourant la caresse de ses mains qu'elle faisait glisser sur son torse.
- Oui, bien-sûr … , répondit-elle en souriant, comme si elle n'y croyait qu'à moitié.
Elle fit tomber sa chemise derrière ses épaules, et il l'aida à l'en débarrasser.
- C'était à la fois doux …. , continua-t-elle, déposant un baiser sur son torse, et … excitant ….
Au contact de la langue, et de la bouche de sa muse glissant sur sa peau, il sentit tout son bas-ventre se tendre. Son envie d'elle le fit frissonner, tant il devenait douloureux de patienter. Elle était suffisamment maligne pour émoustiller ses sens par de subtils et presque imperceptibles mouvements du bassin contre le sien, et par ses regards langoureux qui trahissaient l'envie qu'elle avait de lui. Il posa les mains sur ses cuisses, les remontant doucement jusque sa taille, sous le tissu de sa nuisette, constatant avec plaisir qu'elle était effectivement nue. Il posa ses mains sur ses fesses et la pressa contre lui. Elle gémit légèrement contre la peau, de son torse, ce qui l'excita plus encore.
- C'était excitant ? Si j'avais su …, murmura-t-il d'une voix souriante, sans cesser de caresser ses fesses d'une main, remontant l'autre doucement dans son dos.
- C'était un peu comme braver un interdit … terriblement envoûtant …
Il sentit sa langue glisser sur lui avec douceur. Sur son cou, où elle déposa des petits baisers. Sur son torse, où elle vint titiller et mordiller ses tétons. A son tour, il gémit de plaisir.
- Si je ne m'étais pas contrôlée …, ajouta-t-elle, remontant doucement sa bouche vers son cou, tout en embrassant tout son torse de caresses.
- A ce point-là ? sourit-il, posant sa main sur sa joue pour attirer sa bouche à la sienne.
A la façon dont elle lui avait rendu son baiser ce jour-là, il avait senti qu'il ne la laissait pas indifférente, loin de là. Cela n'avait duré que quelques secondes, mais elle l'avait embrassé passionnément, avec désir. Evidemment, la flic qu'elle était avait vite écourté les choses, mais il avait goûté à un délice dont il ne pourrait plus se passer, et elle-aussi, il l'avait vu dans ses yeux, même si jamais ils n'en avaient reparlé. Elle lui avouait aujourd'hui ce qu'il supposait déjà, mais l'entendre l'avouer était tellement agréable.
- Si tu savais …, chuchota-t-elle, effleurant ses lèvres de la pointe de sa langue. Et toi ?
- Je te l'ai dit ce jour-là, répondit-il, faisant glisser ses mains sous sa nuisette, de sa taille jusque ses cuisses, s'attardant sur ses fesses, encore et encore. C'était divin … J'ai rêvé de pouvoir recommencer des mois durant …
Elle sourit, savourant la chaleur de ses mains sur elle, l'excitation qui l'envahissait.
- Et maintenant, tu es toute à moi … je peux t'embrasser encore et encore, tant que j'en ai envie … je peux te faire l'amour inlassablement … Tu es ma femme.
Il se jeta furieusement sur sa bouche, et l'embrassa langoureusement. Durant quelques secondes, ils se laissèrent emportés par cette envie furieuse, dans des murmures de plaisirs impatients, leurs mains caressant tout leurs corps avec gourmandise.
Quand ils reprirent leur souffle, Kate se leva, prenant Rick par la main pour l'amener à se lever à son tour. Il la laissa prendre l'initiative, sentant qu'elle en avait envie. Il la regarda, les yeux noirs de désir, défaire la ceinture de son pantalon, le faire glisser sur ses jambes, puis répéter le mouvement avec son boxer. Elle caressa lentement son sexe durci de désir, tout en embrassant son torse, faisant glisser sa langue petit à petit jusqu'à son ventre. Tous ses muscles se tendaient sous l'effet de ses baisers humides. Il enfouit sa main dans ses cheveux, accompagnant le mouvement de sa tête. La caresse qu'elle s'apprêtait à lui donner le faisait frémir d'avance. Il ferma les yeux quelques secondes, s'enivrant de la langue de Kate jouant avec son nombril, de la douceur gourmande de sa bouche sur son ventre. Enfin, il sentit ses doigts s'enrouler autour de son sexe, sa langue s'y poser, sa bouche l'enserrer dans la chaleur humide de ses lèvres. Il se cambra et souffla son nom dans un gémissement de plaisir, quand avec douceur, elle joua à varier les caresses et la pression de sa bouche sur son sexe. C'était là la sensation la plus agréable qui soit, l'une des plus excitantes aussi. Les mains enfouies dans ses cheveux, il accompagnait chacun de ses mouvements. De temps en temps, elle lui jetait un œil coquin, comme pour se délecter de son plaisir, et l'intensifier encore. Voir le plaisir qu'elle prenait à l'exciter ainsi était euphorisant. Quand sans cesser de faire glisser sa langue sur son sexe, elle le regardait furtivement ainsi, il avait toutes les peines du monde à se contrôler. Mais elle le connaissait si bien. Elle savait jusqu'où aller. Elle adorait sentir sous sa langue son sexe durcir de plaisir, tout son bassin se tendre, lorsqu'elle intensifiait les mouvements de sa main, mêlés à ceux de sa bouche, ses doigts s'emmêler dans ses cheveux quand il luttait pour ne pas se laisser emporter par le plaisir furieux qui grondait en lui. L'entendre gémir de plaisir, murmurer son nom quand son corps se crispait, l'excitait elle-aussi. Elle alla jusqu'à la limite ultime, jusqu'à ce qu'il la supplie d'arrêter. Alors doucement, elle adoucit ses caresses, embrassa l'intérieur de sa cuisse, et se redressa. Sans attendre, il embrassa avec avidité cette bouche qui lui avait donné tant de plaisir, tout en la soulevant pour l'asseoir sur son bureau. Il la débarrassa rapidement de sa nuisette, s'arrachant à sa bouche, pour embrasser tout son corps. Les mains fermement posées sur sa taille, il plaqua son bassin contre le sien, lui faisant sentir à quel point il la désirait.
Elle avait terriblement envie, qu'il lui fasse l'amour, là, tout de suite, sur son bureau. Elle gémit au contact de sa bouche et de sa langue qui dévoraient ses seins, de ses doigts qui caressaient l'humidité de son sexe, faisant déferler en elle un plaisir incontrôlable. Ni l'un ni l'autre ne contrôlaient plus rien, se laissant totalement emportés par le plaisir des sens.
- Rick … fais-moi l'amour …, chuchota-t-elle, posant ses mains sur ses fesses pour l'attirer plus près d'elle encore.
Sentir son sexe si dur caresser le sien la rendait folle de désir.
- Ici ? fit-il doucement de sa voix chaude, grisée par l'envie.
- Oui …, murmura-t-elle, alors que déjà, d'un geste précipité, il envoyait promener tout ce qui se trouvait sur son bureau, dans le dos de Kate.
Il se jeta sur sa bouche, fougueusement, tout en soulevant légèrement son bassin pour la pénétrer. Elle prit appui sur ses mains, les posant sur le bureau dans son dos, alors qu'il allait et venait doucement en elle. Il la contemplait, pressant son bassin contre lui au rythme des impulsions qu'il donnait. Il accéléra le rythme, l'entendant gémir, murmurer son nom, encore et encore. Il voulait la faire jouir ainsi, juste avec son sexe, sans la caresser davantage. Elle ne le quittait pas des yeux. Il se nourrissait de son plaisir. Il se retira lentement, pour la pénétrer de nouveau, plus doucement encore, intimant des mouvements à peine perceptibles. Il savait combien elle pouvait être sensible à cette douceur. Plus il ralentissait, plus elle gémissait. Il la vit se mordiller la lèvre, et dut contrôler plus que jamais l'envie qui le ravageait, tant cette vision l'excitait. Il la vit commencer à fermer les yeux, à rejeter la tête en arrière, à onduler du bassin pour le sentir plus profondément et intensément en elle. De nouveau, il accéléra le rythme, jusqu'à sentir tout le corps de sa muse se tendre autour de son sexe. Enfin, elle s'abandonna complètement au plaisir de cette jouissance qui s'emparait de son corps. En un instant, les gémissements ultimes de Kate, la tension de tout son corps brûlant de plaisir, l'emportèrent à son tour, et il se libéra de cette envie fulgurante, s'enfonçant plus loin encore en elle, dans un long râle de plaisir.
Elle se redressa doucement, enroulant ses jambes autour de sa taille, alors qu'il l'enlaçait pour la serrer dans ses bras. Ils restèrent ainsi quelques secondes, haletant, transpirant, grisés par le plaisir qui faisait encore frémir leurs corps.
- Dis-moi … tu avais mangé un de mes biscuits au gingembre ? demanda Rick avec un sourire, déposant un baiser sur sa tempe, sans desserrer son étreinte.
- Non …, même pas …, fit-elle en riant, la tête enfouie dans son cou.
- Tu n'as pas froid ? s'inquiéta-t-il, caressant son dos.
- Si … un peu …
- Viens, fit-il, la prenant par la main, pour l'entraîner vers la chambre.
Deux heures plus tard …
Elle savourait le bonheur simple de ce moment. Etre au lit, en pleine journée, avec son homme, endormi près d'elle, qui se remettait de sa dure nuit de labeur, et de leurs ébats passionnés, tandis qu'elle lisait, pas vraiment concentrée, le roman policier que Martha lui avait offert pour Noël. Elle ne pensait plus qu'au bébé. Elle voulait savoir maintenant que Rick savait. Elle qui avait toujours tenu à avoir la surprise, ne pouvait plus résister à la tentation de savoir elle-aussi, de partager cette heureuse nouvelle avec lui. Elle aurait pu aller regarder le contenu de l'enveloppe, mais elle voulait que ce soit lui qui le lui dise. Il en mourrait d'envie.
Elle fut ravie de constater qu'il ouvrait enfin les yeux, et posa son livre sur la table de chevet, avant de se tourner vers lui, en appui sur le coude.
- Tu joues à la Belle au bois dormant aujourd'hui …, le taquina-t-elle avec un sourire.
- Ce n'est pas de ma faute, c'est l'endorphine …, sourit-il.
- Ah oui ?
- Tout à fait … trop de plaisir … c'est épuisant … même pour le prince charmant que je suis.
Elle sourit, regardant son air encore endormi, alors qu'il s'asseyait dans le lit.
- Tu lisais ? demanda-t-il.
- Un peu …, répondit-elle. Le livre que ta mère m'a offert …
- Qu'est-ce que c'est ? fit-il, n'ayant pas vraiment fait attention à tous les cadeaux qu'elle avait reçus.
Elle attrapa le livre pour le lui montrer, s'amusant à l'avance, de la tête qu'il ferait en découvrant le roman en question.
- « Peur sur New-York », Alex Conrad …, lut-il sur la couverture, avec scepticisme.
Elle faillit éclater de rire, tant il avait pris un air circonspect.
- Ma mère t'a offert ce bouquin ? Elle se moque de moi, non ? s'étonna-t-il, avec une petite moue.
- Pourquoi ? Je croyais qu'Alex Conrad était toujours ton protégé …
- Hum … oui, mais offrir à ma muse le bouquin d'un autre auteur de polar … c'est de la provocation, non ?
Il n'avait pas vraiment apprécié, il y a quelques années, qu'Alex Conrad traîne autour de sa muse pour le besoin de ses romans policiers. Un temps, il avait même vu en ce jeune auteur, un voleur de muse. Certes, il avait compris qu'il était allé un peu trop loin, et que ce pauvre Alex Conrad n'avait pas vraiment tenté de lui prendre sa muse, mais qu'il essayait simplement de se documenter. Kate lui avait tendrement affirmé qu'elle n'était la muse que d'un seul écrivain. Lui. Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'être un peu jaloux de tout écrivain entrant en relation de près ou de loin avec sa muse. Et sa chère mère le savait très bien. Ici ou ailleurs, elle n'aurait de cesser de l'exaspérer, et de le provoquer gentiment.
- Ce n'est qu'un roman, mon cœur … Je suis ta muse, mais je peux lire d'autres romans policiers que les tiens, non ?
Il eut l'air de réfléchir, comme s'il cherchait vraiment la réponse.
- Seulement si tu trouves que les miens sont les plus géniaux …
Elle éclata de rire.
- Tu sais bien que je suis ta première fan … depuis toujours. Tu es le maître du polar dans mon cœur.
- Bon, je préfère ça, sourit-il, lui rendant le livre. Et comment tu trouves « Peur sur New-York » ?
- J'ai à peine lu le début … mais, pour l'instant, ça manque un peu de dynamisme …
- Comment ça « ça manque de dynamisme » ? J'ai retravaillé tout le début avec Alex ! On y a passé des heures ! s'exclama-t-il.
- Ah … oui, non, mais j'aime bien en fait …, fit-elle en riant.
Il la regarda, totalement dépité, et elle rit de plus belle.
- En plus, je n'étais pas concentrée sur le bouquin, je ne pensais qu'à une seule chose.
- A quoi ?
- Dis-moi …, fit-elle en souriant.
Il esquissa un large sourire, heureux de pouvoir partager ce qu'il savait avec elle. Il n'aurait pas pu garder ainsi le secret bien longtemps. Il aurait fini par faire une gaffe.
- A ton avis ? fit-il, histoire de faire durer le suspense, malgré tout.
- Je ne sais pas ! Dis-moi ! insista-t-elle, impatiente.
Il glissa sa main sous la couette pour caresser son ventre.
- C'est un garçon, Kate, annonça-t-il, tout sourire, plongeant ses yeux dans les siens pour y lire son bonheur.
Elle sourit, radieuse, tout en posant sa main sur la sienne, sur son ventre. Elle était aux anges. Son désir le plus profond, fruit d'envies plus ou moins conscientes, était exaucé. Elle rêvait de donner un fils à Rick, et ce petit bonhomme était là dans son ventre.
- Un garçon …, fit-elle, songeuse, comme si elle peinait à réaliser.
- Oui. On va avoir un petit garçon, ma chérie, répondit-il en caressant son ventre. Tu es heureuse ?
- Oui, répondit-elle avec un grand sourire, avant de l'embrasser. J'ai hâte de voir sa petite bouille maintenant …
- Hum … quatre mois à patienter …
Ils restèrent tous les deux songeurs quelques secondes, simplement heureux, imaginant ce petit garçon bien au chaud dans le ventre de Kate, se reposant après tout ce qu'il avait vécu récemment.
- Je viens de penser à quelque chose …, fit Kate en soupirant.
- Qui y'a-t-il ?
- Je viens de réaliser l'enfer qui m'attend … s'il tient de toi …, expliqua-t-elle, avec un sourire.
- Il tiendra sûrement de moi, c'est mon fils, affirma-t-il fièrement en riant. Tu peux t'y préparer. Il va nous en faire baver.
- Tu crois ? fit-elle, prenant un air inquiet.
- Ma mère te racontera …, tout ce que tu ignores encore …, répondit-il, s'amusant à la taquiner.
- Ah bon ? Il y a encore des choses que j'ignore ?
- Oh … trois fois rien …, sourit-il. Mais avec un peu de chance, il tiendra peut-être plus de toi … Tu devais être sage toi … sauf quand tu arrachais la tête de tes poupées …
Ils éclatèrent de rire, tous les deux.
- Tu imagines le mélange de nous deux …, fit-elle, songeuse.
- On aurait dû y penser avant …, répondit-il, prenant un air inquiet.
- Jordan avait raison, le mélange va être détonnant ! lança Kate en souriant.
- Détonnant oui, mais il va être si mignon …, ajouta Rick, attendri.
- Et intelligent …, ajouta Kate.
- Et costaud comme papa …, précisa Rick, avec un large sourire.
- Et pragmatique comme maman bien-sûr …
- Euh … pas trop quand même …
Ils rirent de nouveau, imaginant le petit garçon que serait leur bébé, puis Kate attrapa la boîte posée sur la table de nuit, là où personne n'était censé venir en dérober un, et prit un biscuit.
- Un biscuit pour fêter cette bonne nouvelle ? proposa-t-elle avec un sourire.
- Avec plaisir …
Elle le cassa en deux, pour lui en donner un morceau. Il l'engloutit en deux secondes, alors qu'elle dépliait le petit morceau de papier pour le lire.
- Alors ? fit-il, curieux.
- Je vois que tu étais inspiré cette nuit …, sourit-elle, avec un petit ravi. Tiens …
- Oh Oh ! Intéressant ! C'est un de mes préférés ! lança-t-il, en lisant à son tour, tout excité.
- Il faut vraiment que je cache la boîte … Si ta mère tombe sur un biscuit de ce genre …
- Elle fera une attaque je pense, rigola-t-il.
Sans attendre, il se pencha pour l'embrasser, tendrement, et fit glisser sa main, jusque-là sagement posée sur son ventre, entre ses cuisses, commençant à la caresser doucement, éveillant de nouveau son désir, et le sien par la même occasion.
- Tu es sûr que tu vas pouvoir assurer ? Tu es si fatigué …, le taquina-t-elle entre deux baisers.
- Moi ? Fatigué ? Jamais ! s'exclama-t-il en riant.
Elle sourit, le regardant disparaître sous la couette, pour lui offrir avec plaisir, le cadeau qu'elle venait de découvrir à l'intérieur de son biscuit de Noël.
FIN
