Fin de la Partie
« Nimpo ! Kama Itachi !
-Nimpo ! Hane no Sempuu ! »
Une fois de plus, les deux techniques se fracassèrent l'une contre l'autre, contribuant à détruire un peu plus le paysage.
Deux fines silhouettes quittèrent précipitamment leur position pour se mettre à couvert. L'une portait une nagitana, d'amples vêtements et était suivie de près par un volatile de couleur sombre, l'autre tenait un gigantesque éventail et portait un bandeau protecteur frappé de l'insigne du village caché du Sable.
Elle est plus coriace que je ne le pensais… Se dit Temari en risquant un bref coup d'œil derrière le rocher où elle s'était dissimulée. Elle a réussi à m'entraîner hors de la forêt, afin d'utiliser ses techniques sans être gênée par la végétation et pour éviter les effets secondaires de mes attaques. Ça s'annonce difficile…
Temari jeta un regard autour d'elle. Le théâtre de son affrontement avec la kunoichi de l'Akatsuki était passé d'une forêt millénaire à un plateau rocailleux sur lequel serpentaient plusieurs cours d'eau irriguant la vallée en contrebas. Les abris ne manquaient pas, grâce aux innombrables affleurements rocheux qui trouaient l'herbe rase à chaque pas, mais elle perdait la possibilité d'utiliser le décor ravagé par ses techniques de vent pour attaquer l'adversaire.
Temari joignit ses mains et esquissa quelques signes.
Nimpo : le vent indiscret.
Un petit courant d'air baigna la zone, lui rapportant tous les sons. Temari entendit de plus en plus distinctivement une respiration hachée, située à environ vingt mètres au nord d'elle.
Bien. Elle aussi fatigue donc un peu, à la longue…
Son ennemie s'était avérée retorse et pleine de surprises. Elle avait une affinité particulière avec son oiseau qui n'était pas sans rappeler celle unissant le clan Inuzuka de Konoha à ses chiens, et de plus elle était une spécialiste du genjutsu. Temari l'avait appris à ses dépens au cours de l'affrontement : pour chaque attaque que la kunoichi lui portait, il y avait une chance sur deux pour que ce ne soit qu'une illusion et que la vraie version de la technique soit exécutée dans son dos.
« Hhhh… Hhhh… Ah, hhhh… »
La respiration de son adversaire était décidément très irrégulière. Elle pouvait l'entendre nettement à présent, et le bruit du souffle douloureux lui remplissait les oreilles
Soit c'est un piège, soit elle commence à lâcher prise…
La respiration devenait de plus en plus forte, et semblait à présent venir de tous les côtés à la fois. Temari écarquilla soudain les yeux et frappa du poing sur le rocher derrière elle.
M… ! Genjutsu !
Elle essaya de clarifier ses pensées, de retrouver l'origine exacte du bruit, en vain. Le concert de halètements avait un ton hypnotique.
Un piège, en fin de compte. Combien d'atouts a-t-elle encore dans sa manche ? Ragea la kunoichi du Sable en silence.
Temari ferma les yeux, et sentit la direction d'où venait le vent. Elle déplia son éventail de sorte à le mettre face au vent.
Mais elle a peut-être commis une erreur… Le fait qu'on soit en terrain découvert n'est pas un problème pour moi, bien au contraire : mes techniques en seront renforcées !
Un léger frémissement, et son éventail commença à danser autour d'elle, comme doté d'une volonté propre et comme si la main qui le tenait ne faisait que l'accompagner. Le vent commença à souffler très fort, tourbillonnant autour du roc derrière lequel elle s'était abritée.
Temari interrompit quelques secondes sa danse et composa le sceau final.
« Nimpo ! Sugi no Mai : La Plainte du Simoun »
Silyuna Wakihe se tenait tranquillement adossée à un rocher, les yeux fermés, concentrée sur le son illusoire qu'elle diffusait dans toute la zone.
Ça devrait suffire à la leurrer. D'ici peu, elle se ruera sur un point au hasard, ou bien elle craquera à cause du bruit et ce sera encore plus simple…
Sur son épaule, sa pie émit un jacassement dubitatif.
« D'accord, ce ne sera pas aussi simple que ça. Je reconnais que cette gamine a du cran et qu'elle ne m'a pas laissé de répit depuis le début de son attaque, ça te va ? »
Le volatile hocha la tête et commença à remettre son plumage en ordre. Les Wakihe s'étaient rendus compte au fil des générations que leurs oiseaux attachaient beaucoup d'importance à l'impartialité et au jugement objectif des choses, allez savoir pourquoi. Une histoire d'équilibre, chose importante pour qui veut voler, sans doute.
Soudain, Silyuna grinça des dents. Un bruit ignoble, entre le hurlement d'une bête aux abois et un sifflement suraigu lui déchirait les tympans Puis son rocher encaissa un choc violent qui le fit trembler comme une dent déchaussée, et une rafale de vent très violente l'enveloppa, manquant de la faire chuter.
Encore une technique de vent ? Et pas une petite, en plus… Elle a vraiment de la ressource, celle là.
Sa pie siffla de façon indignée et alla se mettre à l'abri dans les replis de la tunique de sa maîtresse.
« Urgh ! » Silyuna se baissa vivement après qu'une bourrasque aie fait voler en éclat le bloc de pierre situé à quelques mètres d'elle et qu'un éclat lui aie éraflé la joue.
Non seulement les vents m'assourdissent et dissipent mon genjutsu, mais en plus ils sont tranchants ! C'est impossible de bouger dans ces conditions, que cherche-t-elle à la fin ?
C'est à ce moment que Temari sauta par-dessus le rocher, l'éventail à la main, et tournant sur elle-même fracassa la pierre, juste à l'endroit où se trouvait la tête de Silyuna.
La nagitana de la Kunoichi de l'Akatsuki jaillit de sa manche et un féroce corps à corps s'engagea. Mais alors que Silyuna luttait sans arrêt contre le vent, et n'esquivait que d'extrême justesse ses rafales les plus dangereuses, Temari virevoltait agilement, sans gêne apparente, dansant au rythme de la plainte lugubre du vent.
Ça devient dangereux au sol, portons le terrain sur un autre plan !
Etendant ses bras, Silyuna se laissa emporter par le vent, ses larges manches faisant office d'ailes, et gagnant rapidement de l'altitude.
Elle jeta un bref coup d'œil derrière elle : montée sur son éventail, Temari la poursuivait, surfant sur le vent avec la même dextérité qu'elle.
« Tu n'abandonnes donc jamais, pas vrai ? s'écria Silyuna, sa voix portant à peine à cause du vent.
-Un certain crétin me fait confiance pour couvrir ses arrières, répondit Temari en amorçant un looping pour éviter la rafale de shurikens transformés en moineaux, je ne peux pas vraiment le décevoir !
-On est deux, dans ce cas », fit Silyuna comme pour elle-même, virant sur l'aile pour engager la suite du ballet aérien.
Au même moment, quelques kilomètres plus loin, dans une clairière de la forêt.
Deux hommes se tenaient debout dans la clairière.
L'un, assez mince, était adossé à un arbre et l'autre, plus grand et épais, était arc bouté contre lui. Aucun des deux ne faisait un mouvement.
Autour d'eux, la clairière en disait plus long qu'un roman sur la violence de l'affrontement qui venait de se produire : certains troncs arboraient des entailles semblant avoir été faites par une hache ou une sorte de scie circulaire, à moins qu'il ne s'agisse de coups de griffes d'une bête géantes et particulièrement agressive. D'autres étaient criblés d'impacts, de petites fléchettes dont suintait un liquide qui faisait se flétrir l'écorce, ou encore de brûlures sans doutes dues à un parchemin explosif.
Le plus grand des deux hommes portait au bras gauche une sorte de gantelet de bois, couvert d'inscriptions bizarres, et de pièces tarabiscotées. Au bout des doigts se trouvaient de longues lames effilées, qui étaient plantées dans le bois de l'arbre tout autour de la tête de l'autre protagoniste. A l'exception d'une, celle du majeur, qui était fichée dans sa gorge.
Kamisharo Tanta s'autorisa un imperceptible soupir. Il avait enfin réussi à ferrer sa proie. Le jeune jônin, probablement du clan Nara de Konoha, lui avait donné du fil à retordre : toujours en mouvement, ne passant jamais à l'attaque sans plan de repli, ne révélant sa position qu'au moment critique… Il avait dû, pour le coincer, développer la quasi-totalité des pièges et capacités de sa marionnette.
Le match s'était décidé lorsque, à la faveur d'un des rares « bras de fer » de leur duel, il avait lâché sur le jeune homme des mini-marionnettes scarabées qui s'étaient fixées à lui pour le vider de son sang. Ça l'avait suffisamment distrait et ralenti (le temps qu'il s'en débarrasse en les faisant exploser) pour que Kamisharo puisse l'acculer et le finir.
Le grand ninja détourna brièvement son regard du visage agonisant de sa victime pour observer les environs. Ils étaient assez calmes.
J'espère que ça s'est bien passé pour Syliuna… Et pour Filno aussi. Qui devrais-je aller assister en premier ?
Il reposa ses yeux sur le cadavre épinglé au tronc. Ou plutôt à la liasse de parchemins explosifs incandescents qui l'avaient remplacé.
Instinctivement, Kamisharo bondit en arrière, en position de parade.
Rien ne se produisit.
Une feinte ?
Une intense explosion le jeta à terre, sonné, tandis qu'une douleur dévorante embrasait son bras. C'est-à-dire le moignon qui lui restait après la destruction de sa marionnette par la douzaine de parchemins collés le long de son bras.
Il voulut se relever, mais se figea, inexplicablement paralysé. Il baissa les yeux et vit son ombre partir en direction d'un arbre voisin, de derrière lequel sortit Shikamaru Nara.
« Kagemane no Jutsu… réussite ! annonça-t-il, un petit sourire aux lèvres.
-Toi ? Comment t'y es-tu pris ? Je t'ai cloué à cet arbre !
-Ah, pardon. Tu m'as effectivement plaqué contre le tronc, levé ton bras recouvert de ta machine diabolique pour me finir, et tu as transpercé de part en part mon clone. Nuance.
-Mais c'est impossible ! Je te tenais ! Je l'aurais senti !
-Pas avec ma technique de Téléportation par les Ombres. Quant à mon clone d'ombre, je l'avais créé avant le combat, juste dans l'éventualité où je n'aurais plus d'échappatoire. Ça aura payé de tanner Naruto pour m'enseigner cette technique, même si je ne peux en faire qu'un seul…
-C'est ma défaite, finit par reconnaître Tanta au bout de quelques minutes de silence.
Shikamaru ne répondit pas, mais renforça sa prise.
-Cependant, comme tu commences à t'en douter, le fait que tu m'aies battu ne signifie pas forcément que je sois hors jeu… Moi ou mes équipiers ! »
Shikamaru bondit en arrière pour éviter une gigantesque racine qui s'abattit en faisant trembler le sol.
Kamisharo remua aussitôt les doigts de sa main droite, et tous les morceaux épars de sa marionnette, toutes les munitions qu'il avait tirées se rassemblèrent en un même point, formant une sorte de boule hérissée de diverses choses tranchantes et piquantes, pourvue d'une mèche se consumant à une vitesse intéressante.
Toujours en l'air, Shikamaru chercha un abri, sans succès. La mèche disparut, et la bombe explosa, disséminant ses projectiles mortels dans toute la clairière. Mais pas sur Shikamaru, qu'un écran de sable avait protégé.
« Ça fait la deuxième fois que je te sauve la vie, fit une voix atone non loin de lui, après qu'il soit retourné au sol. Ça devient lassant.
Shikamaru eut un imperceptible sourire.
-La mission est-elle finie ? demanda-t-il en se retournant vers Gaara.
-Oui. Sasuke Uchiwa a encore une fois refusé de revenir et s'est échappé avec Orochimaru et Kabuto.
-Ils ont fui ? fit-il, surpris.
-Oui. La présence de plusieurs ninjas de haut niveau, de deux bijuus et l'état de santé d'Orochimaru les ont forcés à battre en retraite.
A ce moment, Temari et Tenten atterrirent dans la clairière.
-Tiens, qui revoilà, lança la kunoichi blonde avec un sourire en coin. Pas encore mort de trouille ?
-On a fait ce qu'on a pu, pourtant, répliqua Shikamaru, sur le même ton.
-Tenten, intervint Gaara, où est l'adversaire de ma sœur ?
-Elle a fui peu de temps après mon arrivée, après avoir reçu une sorte de signal, répondit la tireuse d'élite de Konoha. On ferait bien de rejoindre les autres, à présent, vous ne croyez pas ?
-On n'a plus rien à faire ici, en effet », approuva Shikamaru en jetant un dernier regard dans la direction supposée où s'était éclipsé Kamisharo Tanta.
Sur un signe de Gaara, les quatre ninjas retournèrent aux ruines du palais d'Orochimaru.
