A/N : Bon…je sais que là c'était mon pire affront en terme de deadlines…Hélas, un léger symptôme de la page blanche, mêlée à de gros problèmes personnels de mon côté m'ont empêchée d'écrire. Aujourd'hui, étant un peu moins amorphe qu'à l'habitude, j'ai été capable de mettre à jour. J'espère que ma mauvaise passe arrivera bientôt à une fin…mais pour le moment, je ne peux rien vous garantir.
Désolé s'il reste plus d'erreurs qu'à l'habitude, disons que j'ai fait une révision un peu en diagonale ^^'
Je tiens tout de même à vous remercier toutes, en ordre chronologique ^_^ : Cynthia, Fleur-fane, Serleena, Anae, Athena, Kagome 78, Oban-Witch et Sakuya! Je sais que c'était long! De plus, malheureusement, par empressement de mettre à jour, je ne ferai pas de commentaire perso, mais j'en ferai sans faute, tout en longueur et en détails, au chapitre 30!
Chapitre 29 : L'acte de foi
L'odeur des conifères… et les pommes de pins éparpillés partout dans les sentiers, c'était exactement comme dans ses souvenirs…
Une région qu'il n'avait plus visitée depuis longtemps…une région beaucoup trop tranquille et ennuyeuse pour qu'il n'y porte la moindre attention.
Et pourtant, en ces lieux il avait perdu une partie de son innocence…
Le petit garçon sortit la tête du buisson pour observer sa mère. Il savait qu'il devait rester loin d'elle s'il ne voulait pas se faire repérer. Mais il devait quand même sortir la tête de sa cachette de temps à autre, question de ne pas la perdre de vue.
Il la suivait maintenant depuis de nombreuses heures, il commençait à être épuisé. Mais tant pis, il devait savoir, coûte que coûte.
Du plus loin qu'il se souvienne, sa mère devait toujours, de temps à autre, quitter le château pour une journée entière. Elle partait à l'aube, une coupe d'or blanc toute bossée à la main, et elle ne revenait jamais avant le crépuscule. Ni elle, ni son père, n'avait voulu lui dire ce qu'elle faisait pendant cette journée entière. On se contentait de lui chuchoter qu'elle devait accomplir des devoirs de reine et qu'elle reviendrait vite.
Mais comme tous les petits garçons, il était curieux. Et désormais suffisamment grand pour découvrir la vérité. Bien sûr, son père et la servante se faisaient habituellement un malin devoir de le surveiller, mais aujourd'hui, ni l'un ni l'autre ne l'avaient vu sortir en catimini.
Oh, il avait pensé à tout! Il avait amené quelques provisions avec lui, et même une épée, au cas où un méchant youkai s'en prendrait à lui. Mais jusqu'à présent, c'était plutôt tranquille, son seul souci étant de ne pas alerter sa mère en pillant sur une pomme de pin qui ferait crac! Il y en avait partout, durant cette saison.
Il sauta hors du buisson pour suivre la trace de sa mère, et vit qu'elle se dirigeait vers les montagnes, maintenant toutes près, à sa droite. Le petit garçon était excité, il n'avait jamais visité ces lieux auparavant…Les montagnes éternelles, c'était leur nom.
«Dame Sasori!», s'exclama une voix masculine et grave. Le petit garçon sursauta, et se planqua derrière un arbre pour observer la scène.
Un homme avec une grosse barbe hirsute, une respiration sifflante et une arme rouillée se planta devant la femme, qui resta de marbre.
«Dame Sasori, vous avez entendu mes prières!», s'exclama l'homme avec une joie contagieuse.
«J'ai senti ton odeur écœurante de mon château. Sérieusement, vous ne vous lavez jamais, les humains?», rétorqua-t-elle avec irritation.
«Oh…ma Dame…je suis désolé!»
Le petit écarquilla les yeux. Humain? Il n'avait jamais vu d'humains! Mais qu'est-ce qu'un humain pouvait bien faire ici?
«Pas d'excuses, je n'ai pas le temps pour ça. Que me veux-tu, mortel?», s'enquit froidement la femme.
«J'ai mis tant d'années à conquérir mes terres! Et maintenant, mes frères veulent m'empoisonner pour en prendre possession! Je ne supporterai pas une telle trahison, je dois avoir l'immunité contre leurs attaques! De cette façon, mon règne sera sans fin, ma Dame! J'ai besoin de ce qu'il y a dans votre coupe!»
«…Je vois…», dit-elle avec nonchalance. Elle s'approcha de l'homme et lui tendit la coupe. «Alors, buvez…»
L'homme la saisit.
«Une dernière chose…», souffla-t-elle. L'homme ne l'écouta pas et but son contenu d'un trait.
«Idiot…il fallait attendre», dit-elle avec ennui.
«Qu'est-ce qu'il y a?», rétorqua-t-il avec impatience.
«La coupe décidera si tu mérites le don des kamis. Si tu n'en est pas digne, tu mourras», dit-elle avec un sourire cruel.
Au moment même où elle terminait sa phrase, l'homme porta ses deux mains à sa gorge et tomba lourdement sur le sol. Aucune souffrance, aucune agonie, il n'y avait plus un son, même pas celui de sa respiration bruyante.
«Tu peux sortir, maintenant, Sesshomaru!», s'exclama la femme.
Horrifié, le petit garçon sortit de sa planque, et lança un regard indigné à sa mère.
«Comment as-tu su?», s'exclama-t-il, frustré de s'être fait prendre les mains dans le sac.
«Ce n'est pas de ta faute, mon petit…ton odorat n'est pas encore assez développé», dit-elle d'une voix doucereuse. «Un jour, toi-aussi…tu seras aussi doué que moi!»
«Et comme papa?», dit le petit garçon en s'approchant de sa mère.
«Non…lui n'est pas très doué. La preuve…il t'a laissé venir jusqu'ici», répliqua-t-elle avec un sourire coin. Elle prit son jeune fils dans ses bras.
«Qu'est-ce qui est arrivé au monsieur?», s'enquit Sesshomaru en regardant le corps inerte avec de grands yeux inquiets.
«Il est mort», répondit sa mère.
Il écarquilla les yeux. «Qu-quoi? Mais il est…était vivant il y a à peine…»
«Tu ne me crois pas? Va voir par toi-même, mon chéri», dit-elle en le posant sur le sol.
Le petit Sesshomaru ravala sa salive et s'approcha du corps.
«Touche son visage…», lui dit sa mère.
Il s'exécuta…et regretta rapidement de l'avoir fait. Le visage était déjà froid et ses traits déjà durcis. Il enleva rapidement ses mains et recula de quelques pas. C'était la première fois que Sesshomaru était confronté à la mort.
«Mais…comment?»
«Tu vois mon petit…C'est mon devoir de donner une potion magique aux humains qui me la demande…C'est pour cela que je dois parfois quitter le château. L'ennui, c'est qu'ils sont si faibles qu'aucun d'entre eux n'arrivent à la boire sans mourir!»
Sesshomaru regarda la coupe, d'un air horrifié.
«C'est une potion empoisonnée?»
«Non mon petit…C'est de l'eau de vie, censée rendre l'humain qui la boit éternel. Mais tous les humains qui me l'ont demandé sont morts…car ils sont des moins que rien, des faibles qui méritent juste de mourir…»
«Mais…comment peuvent-ils mourir si c'est de l'eau de vie? Je ne comprends pas, maman!»
«Il n'y a rien à comprendre», dit-elle avec un sourire narquois. Elle ramassa la coupe qui était tombée sur le sol. Il restait un peu de liquide à l'intérieur.
«Tu veux essayer?», s'enquit-elle calmement.
«Qu-quoi? Non!», s'exclama-t-il avec effroi.
«Alors, je vais essayer pour toi…», dit-elle en portant la coupe à ses lèvres.
«Non! Maman! Non NON NON!», hurla-t-il, tout en tambourinant les jambes de sa mère. Elle but le reste du liquide et lui montra sa coupe vide.
«MAMANNNN!»
«Ne t'en fais pas mon petit! Je suis youkai, tout comme toi! Nous…on est fort, rien ne peut nous arriver avec une toute petite eau de vie!», dit-elle tout sourire.
«V…vraiment?», s'enquit-il, en ravalant ses larmes.
«Vraiment, mon poussin», dit-elle en balayant une larme qui s'était faufilée sur la joue de son fils. «Cette histoire avec la coupe, c'est une obligation que j'ai. Tu dois laisser maman y aller sans poser de questions…»
«Mais pourquoi y aller si tous les humains meurent?»
«C'est ce que les kamis veulent, mon chéri. Ils croient qu'un jour…un humain pourra survivre à l'eau de vie…»
«Est-ce que ça existe, un humain comme ça?», demanda-t-il, tandis que sa mère le prenait de nouveau dans ses bras.
«Hélas, je ne crois pas. Les humains sont faibles et éphémères comme des insectes. Tout peut les tuer, même un petit courant d'air. C'est pour ça que tu ne dois jamais être amis avec les humains. Ils meurent si souvent que tu ne cesserais jamais d'être triste…»
«Papa dit que les humains sont des créatures comme les autres et qu'il faut les respecter même s'ils sont moins forts que nous…», répondit Sesshomaru.
«Papa a tort mon poussin. Les humains sont des nuisances et des nuisances seulement. Jamais, les youkais ne doivent s'affilier à eux…tu m'entends, Sesshomaru?»
«Sesshomaru?»
«…»
«Sesshomaru!»
Tiré de ses sombres rêveries, le youkai tourna finalement la tête vers son interlocutrice.
«Alors…à quoi ça ressemble, un mariage youkai?», s'enquit Rin innocemment, tout en poursuivant sa marche sur la plaine verdoyante.
«Ta question est vague, Rin. Les mariages youkais sont très diversifiés…tout dépendant de l'espèce…», expliqua Sesshomaru.
«Alors à quoi ça ressemble, un mariage de Inu youkais?»
«Il n'y a pas seulement l'espèce, il y a aussi le statut social qu'il faut prendre en considération…»
Rin poussa un soupir d'exaspération.
«Argh! Je voulais juste savoir à quoi ressemblera notre mariage!», lança Rin, avec une fébrilité qu'elle n'arrivait plus à cacher.
«Alors il fallait le préciser…», rétorqua Sesshomaru avec son éternelle neutralité.
«Baka! Vous faites exprès!»
«Tu n'es même pas encore la Dame de l'Ouest, et tu t'accordes déjà le droit de me traiter d'idiot?», s'enquit Sesshomaru, en levant un sourcil.
«Si vous étiez si brillant, vous auriez compris le sens de ma question dès le début!»
«Je t'ai déjà dit que je n'aime pas les vouvoiements…», rétorqua-t-il.
Rin ravala son agacement, elle avait réellement l'impression que Sesshomaru se faisait un malin plaisir à se payer sa tête.
«Mais vous l'avez dit vous-même : je ne suis pas encore la Dame de l'Ouest…Comment pourrais-je oser une telle familiarité?», questionna Rin avec un brin de malice dans la voix.
Sesshomaru décida d'ignorer ce commentaire.
«…J'avais saisi le sens de ta question dès le début Rin. Hélas, je devais trouver un moyen de t'apprendre l'étiquette youkai…»
«Étiquette…youkai?», s'enquit Rin avec confusion.
«Oui. Puisque tu passeras la reste de ton existence à côtoyer des youkais membre de la noblesse, il est désormais pertinent que tu connaisses certains principes…»
«Comme?»
«Ne jamais allonger inutilement une conversation. Pour tous les youkais d'une puissance respectable, la communication est un outil pratique, et n'est utilisé qu'en cas de nécessité. Débuter une conversation d'agrément avec un puissant youkai sera insultant pour ton interlocuteur…tout comme les formulations floues qui nécessitent plusieurs précisions…»
«Oh…alors…toutes ces années, je vous ai insulté des milliers de fois sans le savoir?», s'enquit-elle avec une mine penaude.
«…Cette étiquette s'applique en public, cela ne s'applique pas nécessairement aux conversations privées…»
«Alors…vous dites que les conversations informelles sont seulement autorisées entre personnes très proches l'une de l'autre?»
«Entre un mari et une femme, un parent et son enfant, par exemple…»
«Et entre amis?»
«L'amitié est une notion humaine. Les youkais n'ont pas des amis, mais ils ont des alliés…»
«Oh…», souffla Rin, impressionnée par toute l'information apprise en si peu de temps. Cela expliquait beaucoup de chose. Selon les standards humains, Sesshomaru semble froid et hostile, mais dans les faits, son comportement est tout à fait normal, voire bien perçu par les autres youkais.
«Cela commence à me faire peur maintenant. Vos invités youkais vont penser que je suis une femme insipide et impolie. Je risque de vous faire honte…»
«Bien sûr que non Rin. Ils seront tous obnubilés par ta beauté…»
Rin haussa un sourcil. «Mais, les femmes youkais sont très belles aussi, non?»
«Le soir de notre union, personne ne pourra te surpasser. Tu seras habillée d'une robe de soie de Chang'An, blanche comme la neige…», débuta Sesshomaru, l'air presque rêveur.
«Et…je vais avoir un chignon, et…quelques fleurs pour ornementer tout cela, n'est-ce pas?», s'enquit Rin, tout sourire.
«…Bien sûr, tout ce que tu veux, Rin», dit Sesshomaru, l'air songeur. «Quelles sont tes fleurs préférés?», s'enquit-il soudainement.
Rin sembla un peu pris de court par sa question. «Il y a beaucoup de sortes que j'aime…Mais, j'aime beaucoup les lilas, et les anémones aussi…»
«Alors, des lilas et des anémones ce sera. Partout, pour décorer l'hôtel de cérémonie et la salle du banquet…»
«Mais, il n'y a pas d'anémones à ce moment de l'année. Ce sont des fleurs d'automne!», s'exclama Rin.
«Est-ce un défi?», s'enquit-il.
«Bien sûr que non! C'était une simple affirmation!», répliqua Rin, gênée. «Mais…si jamais vous éprouvez de la difficulté à en trouver, j'aime aussi les fleurs d'abricotiers, elles sont très jolies!»
«Hmmm…alors les lilas, anémones et fleurs d'abricotiers ce sera», rétorqua Sesshomaru.
«Aah…ce que vous pouvez être têtu!», s'exclama Rin, qui retint un rire.
«…Avec toute la soie, la dentelle et les pétales, tu seras la plus belle, ils t'admireront, Rin…»
«Vous parlez de qui quand vous dites « ils »? Vous vassaux?»
«Les vassaux, les alliés, ils seront en tout plusieurs centaines…»
«Je croyais que vous n'aimiez pas être entouré d'autant de gens…», observa Rin, en haussant un sourcil.
«Cette fois-ci sera différente. Je veux que tous mes confrères puissent te voir, et entendre ton histoire… ils comprendront alors ma décision», expliqua Sesshomaru.
«Mon…histoire…», murmura Rin, l'air songeuse.
«Une jeune humaine qui part à la guerre dans les montagnes glacés…qui part à la guerre aux côtés de youkais, de surcroit, et qui survit aux multiples tentatives d'assassinats en plus de libérer une reine d'une horrible malédiction…»
«Je…je n'en ai pas fait tant…Sesshomaru-sama…j'ai seulement…fait ce qu'il fallait, je crois…», murmura-t-elle, en sentant ses joues prendre quelques couleurs. Elle n'avait pas l'habitude de recevoir autant de compliments!
«…et qui reste modeste malgré tout…», poursuivit Sesshomaru.
Il s'arrêta soudainement et fixa l'horizon. «Nous y sommes…»
Rin lui lança un regard inquisiteur.
«Pour le moment, je ne peux pas aller plus loin…»
«Oh…», souffla-t-elle, soudainement nerveuse, elle regarda dans la même direction que Sesshomaru et vit une chaine de petites collines verdoyante, avec quelques zones d'arbres fleuris, ça et là. Ces petites montagnes aux allures bucoliques…étaient les monts Hateshinai.
Rin grimpa sur Ah Un et regarda à l'horizon avec un air incertain, elle s'assura que sa lame était bien là, près d'elle, juste au cas.
«Les instructions sur tes lettres étaient plutôt imprécises…Mais je soupçonne que tu sois attendue au pied du plus grand Mont, celui à l'extrême gauche, celui qui est couvert par les nuages… Si elles sont ailleurs, elles te repèreront de toute façon, tu n'auras qu'à les attendre…»
«D'accord», murmura Rin.
«Sans aucun doute, ceci est la dernière épreuve, celle qui mettra fin à tous les tourments que tu as dû subir…»
Rin réfléchit un instant…Les tourments…à quel moment avaient-ils débuté?
C'était il y a très longtemps déjà. Dès le jour où elle avait su que sa relation innocente avec Sesshomaru ne pouvait être éternelle, et qu'elle devait faire un choix. Elle avait fait le choix de ne plus être un fardeau et de retourner parmi les siens. Or, le destin en a décidé autrement. Le Shikon no tama l'a forcée à devenir une femme et à retourner auprès de celui à qui elle appartient, afin de vaincre leur ennemi commun, celui qui perturbait leur quiétude respective, seulement pour se rendre compte qu'après tous les dangers, toutes les aventures, rien ne serait plus jamais comme avant. Le fait de frôler si souvent la mort les avaient rapprochés comme jamais et désormais…une vie séparée l'un de l'autre est devenue inconcevable.
Rin regarda les montagnes, c'est tout ce qu'il restait, ces satanées montagnes. Toute son enfance, elle avait rêvé de pouvoir passer sa vie avec l'élu de son cœur. Maintenant que ce rêve était sur le point de se concrétiser…elle se sentait à la fois très près et très loin du but. Elle tourna la tête vers Sesshomaru. Elle sut qu'il avait lu l'inquiétude dans ses yeux.
«Alors…c'est le moment de se dire au revoir?», s'enquit-elle avec hésitation.
«Non, ce ne sera pas nécessaire, je te rejoindrai très vite», répondit Sesshomaru, dans l'espoir de la rassurer. Il s'approcha de Rin et captura ses lèvres avec les sienne, comme s'il s'agissait d'un moyen ultime pour lui insuffler du courage.
Rin profita du moment de tendresse pour le serrer contre elle. Elle ne cherchait même pas à le cacher, elle avait peur…mais lorsqu'elle rompit le baiser, le youkai remarqua que la détermination était revenue dans ses prunelles.
«Alors, à très bientôt, Sesshomaru-sama»
«Oui, et très bientôt, tu ne seras plus autoriser à me prendre pour un sama», rétorqua-t-il, avec un brin d'amusement dans les yeux.
Rin lui sourit, amassa tout son courage, et s'envola vers son destin.
…
Sesshomaru… Rin avait l'impression qu'il était toujours à côté d'elle. Son parfum était toujours sur sa peau et le goût de ses lèvres reposait encore sur les siennes. Désormais, quoiqu'il advienne, elle savait que son aura la suivait partout, l'identifiant ainsi comme une proche du puissant youkai (et ce qui expliquait sans doute le calme plat depuis le début de son parcours solitaire).
Décidément, ce genre de détail n'allait pas passer inaperçus auprès de la Dame mère. Rin ne pouvait s'empêcher de se poser la question. Comment allait-elle réagir? Que savait-elle de sa relation avec Sesshomaru? Sa mère savait-elle qu'il était sur le point de marier à une humaine?
Rin essaya de chasser le doute de son esprit. Ah Un planait désormais au dessus des Monts Hateshinai. Il descendait doucement vers la terre ferme, mais Rin était incapable de voir s'il y avait déjà quelqu'un au sol. Des nuages épais embrouillaient sa vision. Rin comprit rapidement que la Dame mère et Negaeri avaient peut-être élu refuge ici à cause du climat imprévisible, qui nuisait aux sens aiguisés de Sesshomaru. Les nuages et les rafales de travers permettaient sans doute aux fugitives de se cacher aisément.
Rapidement...beaucoup trop rapidement, Rin sentit Ah Un se poser sur la terre ferme. Elle regarda autour d'elle avec surprise. Ce qu'elle avait cru être des nuages était en fait une brume à couper au couteau. Sa vision était réduite à néant. L'inquiétude s'empara d'elle. Elle dégaina sa lame par précaution et fit quelques pas vers l'avant, mais l'incertitude ne dura qu'un instant.
«Rin...», souffla un voix étrangement familière.
L'interpelée se retourna abruptement et reconnut Negaeri. Les mêmes yeux améthyste, les mêmes cheveux sombres et la même allure noble. Elle n'avait définitivement pas l'allure d'une hors-la-loi. Et pourtant...
«Je lis la crainte dans tes yeux...N'aie pas peur Rin. Quoique tu en penses, je ne veux pas te faire de mal» continua-t-elle.
«Alors, pourquoi m'avoir convoqué ici?», s'enquit Rin, d'un ton anormalement glacial. Elle avait encore un peu de difficulté à croire que la femme devant elle lui avait fait frôler la mort.
Negaeri lui répondit avec un sourire chargé de mélancolie.
«Je sais ce que tu penses de moi. Tu es sans doute persuadée que mes intentions à ton égard n'étaient que mauvaises...»
«J'aurais aimé croire l'inverse. Je n'avais pas l'impression que vous étiez une ennemie», répliqua Rin, en essayant de camoufler sa déception.
«Je sais, je sais...les apparences doivent te sembler accablantes...», répondit la youkai. «Mais ta première intuition était la bonne, Rin. Mes intentions sont beaucoup plus complexes qu'elle ne le paraissent...ou du moins...elles ont évolué au fil du temps. Tu vois...au début, j'avais la simple instruction de t'assassiner, car la Dame mère craignait que tu aies une influence néfaste sur son fils. Or, après t'avoir rencontrée...ton âme m'a intriguée. Je ne comprenais pas en quoi tu pouvais réellement avoir une influence si néfaste sur Sesshomaru, puisque tes intentions me semblaient innocentes. Tu n'as jamais convoité le trône de l'Ouest, et il était évident que tu minimisais les contacts avec lui, afin de sauver les apparences.»
«Selon vous, quelles apparences essayais-je de sauver si mes intentions n'étaient qu'innocentes?», s'enquit Rin.
«Hmm...Rin, ne joue pas les ignorantes. Même en début de mission. Il était évident que quelque chose se tramait entre toi et le seigneur...», répondit Negaeri, légèrement amusée.
«Alors, pourquoi aviez-vous une opinion favorable à mon égard?», questionna Rin, qui fit mine d'ignorer son visage en train de rougir.
«Rin...As-tu seulement idée du nombre de relations illégitimes qu'entretient habituellement un seigneur youkai?»
«Heuu...»
«Elles sont habituellement très nombreuses, et les maîtresses ne courtisent pas les seigneurs par pur hasard. Elles convoitent toutes un statut d'importance. Évidemment, plusieurs seigneurs profitent justement de leur statut pour élargir leur nombre de courtisanes...ce qui permet au dit seigneur d'assouvir tous ses désirs, quels qu'ils soient...»
«…Mais ce n'est pas le cas de Sesshomaru», observa Rin, qui avait franchement, beaucoup de misère à s'imaginer Sesshomaru entouré d'un harem.
«Évidemment…cette règle ne s'applique pas du tout à lui. Votre relation semble en être une de bons sentiments, ce qui est normal. Plusieurs seigneurs sont tombés amoureux d'une courtisane. Cette histoire n'est pas nouvelle…»
«Mais c'est peut-être ça qui inquiète la mère de Sesshomaru…»
«Non, je ne pense pas que vos sentiments soient sa source d'inquiétude. Habituellement, les youkais considèrent l'amour comme une variable inutile, ils ne choisissent pas leur épouse en fonction des sentiments qu'ils éprouvent», expliqua Negaeri. « Je crois que le détail particulier qui a dérangé la Dame mère, est le fait que Sesshomaru a dérogé à cette loi. Il refuse de te voir comme une simple courtisane…»
«Je n'aurais pas accepté d'être vu comme tel. J'aime trop Sesshomaru pour n'être qu'une…courtisane dans l'ombre. C'est la raison pour laquelle je voulais partir…», expliqua Rin.
«Ce petit détail…c'est très important Rin. C'est cette volonté d'avoir l'exclusivité qui a frustré la Dame mère, à mon humble avis. Après tout, même Izayoi n'avait pas essayé de prendre Inu Taisho pour elle seule…»
«…Mais…je n'ai pas essayé de m'accaparer Sesshomaru ! En quittant, je voulais simplement m'assurer que je ne l'empêche pas de se trouver une femme !»
«C'est ta perception, Rin. Mais les Inu youkai sont très possessifs. Lorsqu'ils s'entichent d'une femme, il l'aime habituellement jusqu'à la mort, qu'elle soit mortelle ou non. En le quittant, —à deux reprises— tu croyais que tu allais cesser d'être une distraction, mais c'est tout l'inverse qui s'est produit…»
Rin écarquilla les yeux, l'air sidérée. Elle se sentait soudainement idiote. En essayant de diriger Sesshomaru vers le droit chemin, elle n'avait fait que l'inverse !
«Est-ce que tu comprends maintenant, Rin ? Pour éviter les foudres de la mère, il aurait fallu que tu te contentes du statut de servante ou de maîtresse. Ton comportement —sans même que tu en sois consciente— était le signe que tu revendiquais beaucoup plus…»
«…Mais je n'ai jamais été qu'une simple servante pour Sesshomaru. Lui non plus n'aurait pas accepté que je ne sois qu'une simple domestique ou courtisane…», murmura Rin, comme pour essayer de se justifier.
«Alors, dans ce cas, la confrontation était inévitable», répliqua la youkai. «Heureusement pour toi, je ne crois pas que tu sois aussi banale que tu ne le crois. Quoiqu'en penses les youkais ou les humains, tes intentions étaient pures, les kamis l'ont remarqué…»
«Que voulez-vous dire ?», s'enquit Rin.
«Contrairement à ce qui m'a été ordonnée, lors de la mission vers le Nord, je ne me suis pas contentée d'exécuter les ordres de la Dame mère, car hélas, cette dernière tend à manquer un peu de sagesse...»
«J'avais l'impression que vous aviez un grand respect pour la mère de Sesshomaru... »
«Les opinions de la Dame ne m'importe plus...Elle s'est déjà trompée suffisamment de fois», rétorqua Negaeri dans un chuchotement, comme si elle craignait qu'on ne l'entende.
«Trompée ?»
«Oui… Sesshomaru ne t'a pas parlé des raisons pour lesquelles nous t'avons convoqué ici, n'est-ce pas ?» s'enquit Negaeri, l'air grave. «Alors, je devrai le faire…»
Rin ravala sa salive. Sesshomaru savait-il réellement plus de choses qu'elle ? Si oui, pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Se contentant de lui dire qu'elle n'entendrait que des mirages ?
«Humains et youkais sont deux espèces distinctes. L'une est mortelle, l'autre est immortelle. Évidemment, les humains rêvent d'avoir la puissance et l'immortalité des youkais. Mais le destin n'est juste qu'en de rares exceptions…les humains sont faibles, et ils doivent faire avec cette fatalité…Cependant, il y a exception…», dit Negaeri, avec sérieux.
Rin se contenta de l'écouter, mais elle ne savait que faire de toutes ces histoires. Était-ce un simple moyen de faire diversion ? Elle posa instinctivement une main sur la poignée de Shiraha.
«Une responsabilité est attribuée à tous les milles ans à une différente prêtresse youkai. On m'a déjà conféré cette tâche par le passé, mais aujourd'hui, cette responsabilité incombe à Dame Sasori …», débuta Negaeri avec une mine sombre.
«Quelle responsabilité ? De quoi parlez-vous ?», s'impatienta Rin. Elle pensait à Sesshomaru qui l'attendait, elle ne comprenait plus rien à cette histoire…
«Rin, est-ce que tu connais la signification de « Hateshinai » en langues anciennes ?», questionna la youkai. «Hateshinai signifie « éternel ». À chaque mille ans, un lieu est rebaptisé avec le nom Hateshinai. Ce lieu est nécessairement sur le territoire de sa gardienne…Raison pour laquelle les Monts Hateshinai sont actuellement sur les terres de l'Ouest…»
«Alors…vous êtes en train de dire que la mère de Sesshomaru est en ce moment…gardienne de l'éternité ?», s'enquit Rin. «Qu'est-ce que cela signifie ?»
«Les youkais sont par leur puissance, choyés. Cependant, les kamis leur ont conféré la responsabilité de choyer les humains dans le mérite», expliqua Negaeri. «À tous les milles ans, un humain reçoit l'éternité en cadeau. Nous croyons qu'aujourd'hui, c'est à toi que revient ce cadeau, Rin…»
Rin écarquilla les yeux. «Qu-quoi ? Mais pourquoi ?»
«Ai-je réellement besoin de t'expliquer, Rin ?»
«Mais quand v-vous dites « nous ». Vous parlez de vous et de la mère de Sesshomaru ?»
«Non, hélas, je ne peux pas parler de la mère de Sesshomaru ! Même si elle est la gardienne, elle ne souhaite que ta mort ! Je parlais de moi, bien sûr, et de Sesshomaru, puisqu'il t'a laissé t'aventurer seule jusqu'ici…»
Rin était à bout de souffle. Sesshomaru savait-il réellement de quoi il était question ? Elle pensa de nouveau à ce qu'il lui avait dit, plus tôt le même jour…
«…Je veux que tous mes confrères puissent te voir, et entendre ton histoire…»
«Mon…histoire…»
«Une jeune humaine qui part à la guerre dans les montagnes glacés…qui part à la guerre aux côtés de youkais, de surcroit, et qui survit aux multiples tentatives d'assassinats en plus de libérer une reine d'une horrible malédiction…»
«Je…je n'en ai pas fait tant…Sesshomaru-sama…j'ai seulement…fait ce qu'il fallait, je crois…»,
Rin avait alors cru qu'il ne faisait référence qu'au passé lorsqu'il parlait de « son histoire », mais peut-être parlait-il de l'issue finale? Peut-être souhaitait-il faire d'elle une créature semi-divine avant de la présenter à ses vassaux?
Un doute persista dans son esprit. Si Sesshomaru avait réellement cru qu'elle pouvait recevoir le don d'immortalité, pourquoi lui avait-il dit de ne pas écouter Negaeri et la Dame mère? Pourquoi lui avait-il dit qu'elles ne parleraient que de pures illusions?
«…Je…je ne sais pas s'il est réellement pertinent que je sois immortelle. Je suis humaine, et ma durée de vie m'importe peu. Tout ce que je veux, c'est être avec lui jusqu'à la fin…», murmura Rin.
«N'y a-t-il pas autre chose que tu désire…Rin?», s'enquit la youkai en haussant un sourcil.
«L'ennui…c'est que si je reste avec lui jusqu'à la fin, quelqu'un devra nécessairement souffrir, et ce sera lui, puisque je serai la première à mourir. Ce sera atroce!…Vous vous rappelez sans doute…Sesshomaru a perdu la vie sur les Terres du Nord…», expliqua Rin.
«Oui…je me rappelle…», répliqua simplement Negaeri en fermant les yeux, se remémorant ce terrible événement. «C'était une véritable tragédie…»
«Oui…Alors je ne préfère même pas imaginer ce que Sesshomaru ressentira, dans quelques décennies, lorsque je mourrai. Je voulais mourir avec lui au Nord, quand je l'ai perdu. J'imagine que ce sera la même chose pour lui, mon tour arrivé…Et je ne veux pas cela…Je ne veux pas qu'il mette fin à tout à cause de moi…»
«…Alors…tu voudrais lui survivre?», résuma Negaeri. «Pour son bien et le bien de son empire?»
«…Oui…», murmura Rin, qui comprenait désormais où Negaeri voulait en venir. Mais elle pensa de nouveau aux mots de Sesshomaru, la veille.
«Elles ne t'offriront que des mirages Rin…Peu importe quelle sera leur offre, il serait sage de refuser»
«Mais qu'arrivera-t-il si j'accepte? Quels sont ces mirages duquel vous me parlez?»
«Je ne suis pas certain de ce qu'elles te diront…Mais saches que ma mère tue systématiquement tous les mortels qui s'approchent d'elle. Toi et l'autre garçon Kohaku, êtes les seules exceptions…Cependant, je ne crois pas qu'elle sera aussi clémente la prochaine fois…»
«Alors viens avec moi Rin, et réclame ce qui te reviens de droit», dit Negaeri, avec détermination.
«Negaeri-sama…», débuta Rin avant de la suivre. «Est-ce réellement si facile? Je me présente devant la Dame mère, et elle va m'accorder l'immortalité auprès de son fils, même si elle souhaite ma mort?»
La youkai lui jeta un regard sombre. «Évidemment, c'est un peu plus complexe que cela. Mais si tu fais preuve d'honnêteté et de détermination devant elle, elle n'aura nul autre choix que de céder…Maintenant, suis-moi avec ta monture. La demeure de la gardienne est dans les nuages…»
Rin prit son courage à deux mains à s'envola avec elle, parmi la brume opaque. Heureusement, Ah Un était très doué pour retrouver son chemin. Rin allait le renvoyer sur la terre ferme dès son arrivée et il pourrait alors aller chercher Sesshomaru. Si piège il y avait, il pourrait arriver à temps…
N'est-ce pas?
…
Sesshomaru observa avec hargne la brume qui envahissait désormais l'ensemble des Monts Hateshinai, comme s'il espérait que la férocité de son regard allait lui permettre de faire disparaître le mauvais temps qui allait sans l'ombre d'un doute nuire à sa tâche.
Il était désormais impatient, il ne savait plus depuis combien de temps il était ainsi, installé dans un bosquet, à attendre un signe de Rin. Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis son départ et depuis...aucun signe de vie. Évidemment, cela le guidait vers deux possibilités.
La première était simplement que leurs inquiétudes s'étaient avérées fausses et que Rin pouvait se débrouiller toute seule…
La deuxième possibilité, la plus réaliste: Rin avait rencontré des difficultés qui l'empêchaient de communiquer avec lui, ce qui complexifiait grandement les choses, puisque Sesshomaru serait alors obligé de partir à sa recherche à l'aveuglette. Oh bien sûr, il pourrait probablement retracer l'odeur de Rin...mais jusqu'à un certain point...la brume et le vent avait sûrement déjà dissipé sa trace.
Sesshomaru était donc là, seul et indécis. Il détestait cette situation. Le temps filait et il craignait que plus d'inaction de sa part ne l'empêche de sauver Rin, qui faisait peut-être face à un terrible danger. Mais, en même temps, si tout se déroulait normalement et qu'il se présentait de façon impromptue, cela risquait non seulement de faire échouer la capture de sa mère et de Negaeri, mais aussi de mettre Rin en danger.
Il secoua la tête et se leva d'un bond. S'en était trop, il ne pouvait plus attendre. Et de toute façon, sa priorité était la sécurité de Rin. Mieux valait laisser filer les fugitives et s'assurer que Rin soit mise en sécurité le plus rapidement possible que d'avoir à retracer les deux fautives avec le corps inanimé de sa protégée dans ses bras.
Soudain, alors qu'il pressa le pas vers les montagnes, l'horreur le frappa. Pour la première fois, une odeur distincte s'était frayé un chemin jusqu'à lui...L'odeur du sang. Beaucoup de sang.
Il s'envola à toute vitesse, à la trace de l'odeur ferreuse qu'il haïssait au plus haut point.
...
Sur le dos d'Ah Un, Rin suivait docilement Negaeri...haut dans les nuages. Après plusieurs minutes, elle vit enfin le château de Dame Sasori...
Plus que jamais, Rin était terrifiée. Qui croire? Negaeri ou Sesshomaru? La réponse aurait été simple...si Sesshomaru ne lui avait pas envoyé des messages si contradictoires!
Rin soupira...Sesshomaru était probablement aussi confus qu'elle. Il ne pouvait certainement pas ignorer que sa mère avait un tel pouvoir. Cependant, il croyait sans doute que sa mère allait attirer Rin avec son pouvoir et ensuite en profiter pour l'assassiner, s'assurant ainsi qu'une humaine ne prendrait pas le pouvoir de l'Ouest.
Et il y avait la lettre de Sesshomaru...Comment Sasori allait-elle réagir? Si ses intentions étaient réellement mauvaises, cette lettre ne pouvait pas la laisser de marbre...
Rin regarda en dessous d'elle...des nuages à perte de vue, Elle avait un terrible pressentiment. Décidément, dès son arrivée, elle devait trouver un moyen de renvoyer Ah Un à Sesshomaru...
...
«Ahhhh, la voilà celle dont tout le monde parle!», s'exclama une voix mélodieuse.
La Dame mère semblait avoir attendu Rin avec impatience, lui laissant à peine le temps de se poser avant de s'approcher d'elle.
Même avec sa taille adulte, Rin trouva la Dame très grande et majestueuse. Ses longues nattes argentées balayaient son visage mince et pâle. Elle ressemblait toujours autant à son fils...
«Le dragon aussi est là! Toujours le même...mais le petit vert est absent...», observa-t-elle, apparemment déçue que Jaken soit absent. Elle posa une main sur le visage de Rin et le rapprocha d'elle, afin de l'inspecter scrupuleusement.
«Je vois...l'humaine a beaucoup changé...les humains changent si vite, je trouve», dit-elle, sans même adresser un mot à Rin, comme s'il s'agissait d'une poupée de chiffon.
Rin ignorait quoi dire. Franchement...elle ne s'attendait pas à recevoir CE genre d'accueil de son bourreau.
«Ton nom est Rin, n'est-ce pas?», s'enquit-elle finalement.
«...Oui...»
La youkai recula légèrement pour avoir une meilleure vue d'ensemble de son interlocutrice.
«...Je ne croyais pas qu'elle deviendrait une aussi belle femme… Elle est jolie, pour une humaine, n'est-ce pas?», dit-elle, en tournant son attention vers Negaeri.
«La beauté de Rin surpasse même celle de plusieurs youkais», observa Negaeri.
«Ah tu sais...En général, les humaines ne sont pas moins belles que les youkais...mais, leur beauté est éphémère, hélas!», s'exclama la Dame mère avec amusement.
Rin était arrivée depuis seulement deux minutes, et déjà, elle n'arrivait plus à la supporter. Tout cet enthousiasme artificiel et cette hypocrisie lui donnaient envie de vomir.
«Dis-moi…l'humaine…»
«Rin…», rappela la principale intéressée.
«Ah oui…bien sûr…j'oubliais! Tu sais…on perd parfois la mémoire avec l'âge!», s'exclama-t-elle avec amusement. «Rin…au cours des dernières années, tu as voyagé avec mon fils, n'est-ce pas?»
«Oui…depuis 8 ans, pour être plus précise…»
«Ah oui…le temps passe si vite, n'est-ce pas?», répliqua la Dame Mère. «Maintenant, j'ai une question qui me brûle les lèvres depuis longtemps...»
«Je vous écoute», répliqua Rin qui fit de son mieux pour camoufler son irritation. La youkai se tenait à côté de la monture, une main sur la tête de Un, ce qui —bien évidemment— empêchait Rin de renvoyer la monture sans que la principale intéressée ne remarque la supercherie.
«…Quelle genre de relation entretien-tu avec mon fils?»
«…Vous connaissez sans doute la réponse…», répondit Rin avec prudence.
«Bien sûr que non! Sesshomaru vient si rarement me visiter…ce fils ingrat!», s'exclama-t-elle, imitant plutôt mal le sentiment d'outrage. «Il y a quelques rumeurs qui courent...et je suis inquiète, j'ai impression que les erreurs d'Inu Taisho sont responsables de oui dires très dommageables pour la réputation de mon fils…»
«Vous parlez sans doute des rumeurs à l'effet qu'il entretiendrait une liaison avec moi», rétorqua Rin, qui instinctivement, posa sa main sur sa lame.
La youkai haussa un sourcil, apparemment surprise que Rin soit aussi directe. Rapidement, elle se camoufla de nouveau derrière un sourire poli, sa façon à elle de battre en retraite derrière une armure de glace.
«En effet, il y a…beaucoup…de cancans à ce sujet…», dit-elle avec un calme dangereux. Elle lâcha finalement la tête de Un et retourna lentement vers son trône, d'une démarche si gracieuse qu'on dirait qu'elle flottait sur le sol étincelant, comme pour rappeler à l'humaine qu'elle n'était pas du même univers qu'elle…qu'elle n'était qu'une vermine dans son splendide manoir du ciel.
«Ce ne sont pas des cancans», lança Rin, sur un ton de défi. «Sasori-sama…Sesshomaru et moi, nous nous apprêtons à nous marier»
La youkai éclata de rire. Sa voix claire raisonna quelques instants avant que le silence n'envahisse de nouveau le castel. Elle se retourna ensuite pour regarder Rin, ses yeux jaune chargés de rage.
«…C'est une blague…n'est-ce pas?», s'enquit-elle avec irritation.
«Je n'ai jamais été aussi sérieuse, Sasori-sama…»
Elle abandonna l'idée de s'asseoir sur son trône et s'approcha lentement de Rin…Comme une fauve qui s'apprête à bondir sur sa proie.
«Tu es consciente que les youkais ne s'associent pas avec les humains, non?», débuta la youkai. «Ou du moins…quand ils s'y abaissent…Ils ne sont jamais assez fou pour faire de leur humaine leur femme officielle. Ce serait souiller leur lignée…Sesshomaru a peut-être les mêmes points faibles que son père, mais je ne crois pas qu'il soit prêt à le surpasser en stupidité…»
«Si vous ne me croyez pas, posez-lui la question vous-même, ma Dame…», poursuivit Rin. «Il sera ici très bientôt…», lança-t-elle, en essayant de refouler sa nervosité. Évidemment…il ne pourra jamais venir si Rin ne se débarrassait pas de Ah-Un…mais ça…la dame mère n'avait pas besoin de savoir!
«Oh? Ah bon? Pourtant, je ne sens pas son odeur dans les parages…», répondit la youkai avec froideur.
«Comment feriez vous pour détecter son odeur avec tous ces épais nuages pour brouiller les pistes. Il est peut-être beaucoup plus près que vous ne le pensez..», rétorqua Rin avec la même impassibilité.
«Negaeri…as-tu remarqué la présence de Sesshomaru quand tu étais au sol?», s'enquit Sasori. Rin serra les dents.
«Je n'ai pas un odorat aussi fin que vous, ma Dame…», répondit calmement la vassale, ne voulant apparemment pas être impliquée dans leurs altercations.
«Mais tu ne l'as pas remarqué…n'est-ce pas?»
«Non…je ne l'ai pas remarqué dans les parages. Rin était seule avec sa monture…», avoua-t-elle, regrettant presque de briser le bluff de Rin.
«Je vois…» souffla la youkai. «Alors…ou bien Sesshomaru a trouvé une façon magique de camoufler son odeur et il attend le moment parfait pour me sauter à la figure. Ou bien…il ignore que tu es ici…Ce qui serait très plausible, puisque s'il avait su les intentions de la petite Rin, il n'aurait probablement pas été assez idiot pour la laisser s'aventurer toute seule…»
Rin se tut. La Dame mère avait presque vu juste, mais elle n'allait certainement pas lui accorder. En ce moment, c'était inutile de laisser Ah Un partir, l'ennemie était trop proche et vigilante. Elle pourrait le traquer trop aisément.
«Tu sais…tu m'as presque eue…petite humaine. Au fond, tu n'es pas si idiote, …Je dirais même que tu es plutôt intelligente. L'ennui, c'est que je suis plus brillante que ton bien-aimé…Sesshomaru est comme son père. Si puissants…mais pourtant, ils ont le don de se mettre dans des situations complètement impossibles…ils sont trop peu perspicaces, beaucoup trop émotifs et impulsifs…Ils gaspillent leur talent avec un tas d'idioties…», dit-elle avec une espèce d'exaspération mélodramatique, en posa le dos de sa main contre son front.
Si la situation n'avait pas été aussi grave, Rin aurait sans doute été amusée par cette observation…les termes «impulsif» et «émotif», ne collaient pas vraiment à Sesshomaru…mais il est vrai que comparé à sa mère…
Rin jeta un regard de biais à sa monture. Ah Un…il n'était pas idiot, même s'il ne parlait pas la langue des humains, elle l'avait toujours soupçonné de comprendre tout ce qui se disait. Il la regardait calmement, mais elle pouvait jurer qu'elle l'entendait dire : «Aller…dis-moi d'y aller et je me chargerai du reste…je suis ta seule chance, laisse moi au moins essayer…»
Sasori sembla lire la conversation silencieuse entre Rin et sa monture et s'approcha lentement.
«Dis-moi…c'est le dragon qui t'a guidée jusqu'aux Monts?», s'enquit la Dame mère.
«Non…c'est Sesshomaru lui-même…je vous ai déjà dit qu'il arrive!», s'impatienta Rin.
«Bien sûr…j'aurais dû m'en douter…il va peut-être réussir à nous retrouver à cause de l'odeur pestilentielle du dragon…il se croyait malin…», murmura la Dame mère. «Dommage…il ne trouvera qu'une carcasse»
Avant que Rin ne puisse réagir, la youkai abattit ses griffes empoisonnées sur Ah Un, qui lança un cri bestial de douleur.
«NON! AH UN!», paniqua Rin.
Le dragon s'envola pour s'éloigner de la youkai et essaya ensuite de l'attaquer de ses flammes bleutées, mais elle l'esquiva aisément, lui lançant du même coup un sourire narquois.
«Non! Ah Un, sauve-toi!», hurla Rin.
«Negaeri, tue-le», ordonna Sasori.
«Hum…ma Dame…»
«Maintenant!»
«Sauf votre respect, je crois que de tuer véritablement la monture ici risque d'attirer des ennuis. Le sang de dragon a une odeur si forte qu'elle risque de percer les nuages. Mieux vaut le laisser s'enfuir…»
«C'est une mauvaise blague, n'est-ce pas?», s'énerva la youkai, en ne quittant jamais le dragon des yeux, il était déjà en train de s'éloigner. «Il va retourner à Sesshomaru!»
«Il ne pourra pas, il est empoisonné…il mourra avant», observa Negaeri, en marchant avec nonchalance vers l'humaine. Malgré la gravité de la situation, Rin la remarqua instantanément. Elle n'avait pas à comprendre pourquoi elle s'approchait d'une telle façon d'elle.
«Vous l'avez atteint mortellement…», poursuivit Negaeri, à l'intention de sa suzeraine.
«Alors, suis-le jusqu'au sol et achève-le», rétorqua Sasori. «Sesshomaru n'est peut-être pas si loin, nous courrons un risque en le laissant s'échapper de la sorte…»
…
Sesshomaru vola du plus vite qu'il ne le pouvait, suivant l'odeur du sang qui devenait de plus en plus pestilentielle.
Il était désormais capable d'identifier à qui appartenait ce sang. C'était celui d'Ah Un, ce qui était un terrible signe. S'il était blessé, c'était signe que Rin était réellement en danger.
Il fonça avec hargne dans la brume qui brouillait désormais sa vision, à toute vitesse. Ce que Rin avait prit environ une heure à franchir, il l'avait fait en cinq minutes. Il ne pouvait pas se permettre de perdre plus de temps, la vie de sa dulcinée était en jeu.
Il retrouva finalement Ah Un, pathétiquement allongé sur le sol, couvert de sang. Il semblait atteint mortellement, des traces de griffes mutilant son corps. Sesshomaru fronça les sourcils, il savait qui était l'auteur de cette boucherie.
«Ah Un», dit-il simplement.
Le dragon leva paresseusement la tête et aperçut son maître. Il connaissait ses intentions, il savait que Sesshomaru ne pouvait rien faire pour lui. Cela lui importait peu, sa volonté était la même que celle de Sesshomaru. Il leva la tête et pointa avec son museau le ciel brumeux. Il pointait les nuages en haut du troisième mont. Le youkai ne voyait rien d'intéressant dans cette direction, mais il savait que c'était sa seule chance. Il s'envola dans cette direction, sa silhouette filait du plus vite qu'il le pouvait à travers les nuages, découpant la brume épaisse.
…
«Negaeri n'ira nul part!», s'énerva Rin. Sasori lui jetta finalement un œil, et fut horrifiée par la vision qui se présentait à elle.
Rin avait attrapé Negaeri et tenait une lame familière sur sa gorge.
«Vous laissez Ah Un filez, sinon…elle meurt!», menaça Rin.
«Tu n'en serais pas capable…», rétorqua la Inu-youkai, qui commençait à perdre patience. Comment se faisait-il qu'elle n'avait pas remarqué cette supercherie de l'humaine? Tout se faisant…franchement trop facilement…
«Elle a essayé de me tuer elle-même, vous croyez que je ferais preuve d'une telle merci?», répliqua Rin, avec une détermination qui commençait à intimider la youkai.
«Negaeri, comment as-tu pu manqué de vigilance de la sorte!», s'énerva la inu youkai. «Sale traîtresse, tu l'a laissé t'attraper, n'est-ce pas?»
«Sasori-sama…si vous voulez mener à terme votre plan, il faut donner tout de suite la coupe à Rin. Sesshomaru a probablement déjà détecté l'odeur de sa créature…s'il ne peut pas nous repérer, il pourra néanmoins s'approcher», rétorqua Negaeri, ignorant volontairement la question de la Dame mère.
Soudainement, Rin eut confiance. Elle avait elle-aussi l'impression que Negeari n'était si idiote. En s'approchant de Rin, elle lui avait donné l'opportunité de négocier avec la Inu-youkai.
«Negaeri…s'il sait que nous sommes…»
«Nous aurons amplement le temps de fuir, si vous vous exécutez tout de suite…»
«Je n'aime pas l'idée de quitter mon château comme une bandit…»
«Quel choix avons-nous, Sasori-sama? Empêchez-le au moins de marier une simple mortelle…»
La Dame mère parut soudainement résignée, tourna les talons et disparut dans son château. Elle revint quelques instants plus tard, avec une coupe de métal argenté.
«Petite, tu peux laissez Negaeri. Je n'ai plus le temps de courir après ton dragon, de toute façon…», dit-elle froidement.
Rin libéra Negaeri, et fixa la Dame mère, la tête haute.
«Alors, tu es venue pour obtenir la potion d'immortalité, n'est-ce pas?», s'enquit la Inu youkai.
«Non, je ne savais même pas de quoi il était question avant que Negaeri ne m'explique», rétorqua Rin. «Je suis ici principalement parce que vous m'aviez conviée…»
«Hmmm, ah bon? Venir ici sans savoir pourquoi, c'était un peu téméraire de ta part, non?», dit-elle avec amusement.
«…J'ai déjà affronté pire danger», se contenta de répondre Rin.
«Mais, tu dois bien désirer cette potion. Sinon…pourquoi avoir suivi Negaeri?»
«J'y ai vu l'opportunité de devenir une épouse respectable pour Sesshomaru», expliqua Rin. «Je ne veux pas cette potion par intérêt personnel ou par peur de mourir. Je n'ai pas peur de la mort, j'ai seulement peur des conséquences de ma mort dans un monde d'immortels. Je ne veux pas nuire à Sesshomaru en devenant sa femme. Je souhaite qu'il puisse régner sur ses terres et qu'il puisse accomplir tous ses projets, quels qu'ils soient…»
«Même si tu deviens immortelle, tu ne seras pas youkai, en es-tu consciente?», s'enquit Sasori.
«Oui, mais cette perspective ne m'inquiète pas. L'enfant d'Inu Taisho…Inu-Yasha, a prouvé à de maintes reprises qu'il a une puissance équivalente à celle des youkais, notamment grâce à l'héritage de son père. Sesshomaru dépasse désormais Inu-Taisho en puissance. Je ne doute pas que son fils, même hanyou, pourra régner dignement sur les Terres de l'Ouest…Sasori-sama, cette histoire de potion d'immortalité ne fait que prouver que youkais et humains ne sont pas destinés à toujours vivre aussi hermétiquement l'un de l'autre. Sesshomaru aussi me l'a prouvé. Il pille délibérément sur sa fierté et sa soif de puissance, car il veut pouvoir être avec moi… J'ai longtemps cru que j'étais son maillon faible. Mais désormais, j'ai de bonnes raisons de croire qu'en étant à ses côtés, je lui permettrais de maximiser sa puissance. Si vous souhaitez ce qu'il y a de mieux pour votre fils et son empire, vous allez m'accorder l'immortalité», expliqua Rin, avec une incroyable détermination. Elle n'était plus une chétive humaine. Elle était une guerrière, une femme puissante, une reine. Sasori fut légèrement prit de court par cette aura de confiance qui émanait d'elle. Ne sachant plus que dire, elle se contenta des simples formalités.
«Ces paroles sont joliment assemblées…surtout pour une paysanne humaine, je dois dire. C'est peut-être dû à une influence que Sesshomaru a eue sur toi, qui sait? Cependant, ce n'est pas moi qui prendra la décision de t'accorder ou non l'immortalité. C'est la coupe elle-même qui choisit de façon autonome qui mérite d'être immortel... La décision de prendre ce risque t'appartient»
«Que m'arrivera-t-il si la coupe juge que je ne suis pas digne?», s'enquit instantanément Rin. Sasori sourit.
«Elle n'est pas idiote, cette humaine!», dit-elle à l'intention de Negaeri. Elle se tourna de nouveau vers Rin. «Oh, tu sais, aussi surprenant que cela puisse paraître…beaucoup d'humains omettent malheureusement de poser cette très importante question avant de caler la potion! Et bien…si la coupe juge que tu n'es pas digne, tu mourras instantanément. Au nombre de bosses sur la coupe, tu peux juger par toi-même quel est le taux de succès!»
En fixant la coupe, Rin se mit soudain à douter. Elle fronça les sourcils.
«Sasori-sama. Vous êtes en partie impliquée dans cette histoire. Vous êtes la mère de Sesshomaru, ma mort aurait une incidence directe sur vous…»
«Je sais…cela signifierait sans doute qu'il ferait son deuil et qu'il se trouverait éventuellement une youkai digne d'intérêt…si seulement il en est capable…»
«Non…je ne crois pas», souffla Rin. Elle retira un papier de son obi. «Avant de poursuivre, il est dans votre intérêt de prendre connaissance de ces informations.
Intriguée, elle saisit le message. Elle haussa rapidement un sourcil.
«Oh! Tiens tiens! C'est l'écriture de mon fils! Alors…il sait qu'elle est ici…»
Mère,
Devant toi se tient la future Dame de l'Ouest. Quoique tu en dises, je sais que tu as un pouvoir de vie ou de mort sur elle.
Saches, avant de prendre ta décision, que Rin est la seule qui peut aspirer au titre de Dame de l'Ouest. Si, d'une façon
ou d'une autre, tu es responsable de sa mort, tu as ma parole : notre puissante lignée s'éteindra de façon prématurée.
Je suis certain que tu ne veux pas être l'auteure d'une pareille calamité.
Si le sort de l'Ouest t'importe réellement, tu prendras tes responsabilités et tu feras un choix éclairé.
Mes sincères salutations,
Ton dévoué fils.
La Inu youkai écarquilla les yeux, n'arrivant pas à croire ce qu'elle était en train de lire.
«Dévoué fils? Ma parole, quel dévoué fils ferait une telle menace à sa mère! Est-il en train de menacer d'attenter à sa propre vie si l'humaine meurt?»
«J'avais cette même préoccupation quand j'ai lu ces lignes, Sasori-sama. Sachez que lorsque j'ai confronté Sesshomaru à ce sujet, il s'est simplement contenté de me dire qu'il était parfois un grand fataliste et que pour lui la vie ne revêt pas un caractère sacré», murmura Rin, question de jeter de l'huile sur le feu. «Vous comprendrez donc que je ne suis pas l'unique personne à qui incombe la décision de prendre oui ou non, cette potion»
La Inu-youkai sembla soudainement désespérée. Elle tourna les talons et alla s'asseoir sur son trône.
«Que faire?», s'enquit-elle dans un murmure. «Si je lui donne la potion, nous sommes tous morts…y compris mon fils! Non…non…Je ne peux pas!», dit-elle en déposant la coupe sur son accoudoir.
«Dame Sasori…si je puis me permettre…», débuta Negaeri.
«Qu'est-ce que tu veux?», rétorqua-t-elle sèchement.
«Pourquoi êtes-vous à ce point convaincue que Rin n'est pas digne?»
«Negaeri, ne sois pas idiote! Tous les humains qui la prennent meurent! Si je lui donne, c'est l'équivalent d'un suicide collectif!»
«Ma Dame…les réelles méritants son rares…mais pour chaque règne, il y a une personne qui est digne. Il y en a toujours une…»
«Et qu'est-ce qui peut me confirmer que c'est cette va nu pied?», questionna la Inu Youkai.
«Sasori-sama…comparez-la aux autres humains insipides qui vous ont demandé la potion. Ne croyez-vous donc pas que Rin est différente?»
«Différente, certes…mais rien ne me dit que c'est réellement l'élue. Qui sait…peut-être serait-il préférable de la tolérer comme reine mortelle? Au moins, elle aurait le temps de faire un fils à Sesshomaru…»
«Ma Dame…j'ai déjà occupé votre fonction, il y a longtemps de cela, alors que j'habitais d'autres terres. J'ai assez d'expérience pour savoir que vous vous trompez quand vous dites que vous n'avez aucune responsabilité dans le choix de la coupe. C'est vous qui la portez, ma Dame. Si la coupe sent que vous avez confiance en la jeune fille, elle prendra certainement votre point de vue en considération…»
Sasori jeta un regard sombre à sa vassale. «Tu es sûre de ce que tu dis?»
«Oui, ma dame. Votre jugement importe, je peux vous le confirmer.»
La Inu youkai hocha alors la tête et elle se leva d'un bond.
«Alors c'est quitte ou double. Ou bien nous sommes toutes sauvées, ou condamnées…», dit-elle en s'approchant de Rin. Elle lui tendit la coupe. «Rin…j'espère que tu me donneras raison…»
Rin regarda la coupe, sidérée. Sasori-sama venait-elle d'avouer qu'elle la croyait capable d'obtenir l'immortalité. Elle jeta un regard de biais à Negaeri, qui lui lança un regard assurant et un hochement de tête.
Sasori et Negaeri…qu'avaient-elles à gagner si elle mourrait? Rien…sauf leur propre mort?
Rien…elles n'avaient rien à gagner. Elles étaient actuellement condamnées. Tôt ou tard, Sesshomaru allait les trouver et les terrasser, Rin le savait.
C'était exactement comme la mère de Sesshomaru venait de dire. Il n'y aurait pas de demi-mesures. Ou bien tout le monde meurt, ou bien tout le monde survit.
Rin eut soudainement confiance. Non…Sesshomaru ne l'aurait jamais laissé venir jusqu'ici s'il n'avait pas cru en elle. Sesshomaru n'était pas comme ça. Sesshomaru est un être logique. En fait, il ne l'aurait sans doute même pas laissée s'approcher les Monts Hateshinai s'il avait une seule raison, dans son fort intérieur, de douter d'elle.
Non pas par volonté, mais bien par confiance, Rin prit la coupe. L'acte de foi ultime. Elle but la coupe…
Après quelques instants, elle laissa la coupe tomber par terre…et elle s'effondra sur le sol.
…
Le youkai se posa sur le sol de marbre. Une femme…sa femme… était inerte, sur le sol glacé. La coupe pleine de bosses, qu'il avait vue dans son enfance, était vide à côté d'elle. Il ne daigna même pas jeter un œil aux fugitives.
Horrifié, Sesshomaru fixa Rin. La passion furieuse qui envahissait son regard d'ambre à son arrivée s'était évanouie, laissant place à une mélancolie fantomatique, l'âme d'un guerrier terrassé, qui a perdu sa guerre.
De quelques pas lourds, il s'approcha de Rin, et se mit à genoux à côté d'elle. Il balaya les mèches brunes qui couvraient son visage. Et il écarquilla légèrement les yeux.
Il remarqua que le front de Rin était toujours tiède…et elle respirait difficilement…mais elle respirait encore.
Elle n'était pas morte…pas encore…
…
Fin de chapitre!
Ne me tuez pas, même si je sais que plusieurs d'entre vous en ont envie. Là, à moins d'un autre drame personnel, ce n'est pas des menteries, le prochain chapitre arrivera un peu plus rapidement que celui-ci, car il ne sera plus court qu'à l'accoutumée. De plus, ce sera entièrement du point de vue de Sesshomaru. Je voulais faire quelque chose du genre avant la fin!
