Pairing _ Drago Malefoy & Hermione Granger. O.C. & O.C. multiples...

Genre _ Romance/Famille/Suspens.

Rating _ M. -Oui, direct cette fois... On ne va pas se voiler la face.

Disclaimer _ L'Univers & les Personnages Adultes appartiennent à JK Rowling. Je ne prends en compte ni le tome 7 (l'épilogue) ni les dernières informations données par l'auteure -au sujet de son école américaine, par exemple...

Note de l'Auteur _ Coucou à tous ! :D -encore dans les temps cette fois ci, c'est un miracle ! Merci à tous pour vos nombreux reviews :D (Je devrais donner des coups de pieds plus souvent -enfin bon, il reste 1 chapitre + épilogue, alors je vais me contenter de vous faire confiance pour que vous le fassiez de vous-mêmes... xD)

Meredith96 : Merci beaucoup pour le review ! Réactions d'Olivia & Mia dans ce chapitre, alors j'espère que ça te plaira...

Margaux : Merci beaucoup ! Et bienvenue parmi les non-manchots :P (Et tu sais, un simple "je suis toujours ton histoire avec plaisir", ça fait déjà beaucoup même quand tu ne sais trop quoi dire... ^^ L'important c'est juste de laisser une trace.) Du mal à les cerner ? :) Pourquoi donc ? Ah ah, je ne sais pas si la fin de cette fic pourrait être considéré comme complètement happy ou bad ending en fait... Mais j'espère que ça te plaira ! Merci beaucoup pour tes compliments :D (& à bientôt j'espère !)

Marine : Merciiiii ! :D Oui ! ça fait du bien d'enfin les voir réunis & qu'ils mettent enfin les choses à plat définitivement... Avec Liv, tu me diras si tu as trouvé ça mignon alors ah ah ! Pareil pour Mia :) Et pour l'épilogue, un très très très léger bond dans le temps... Mais vous devriez avoir quelques infos quand même :) J'espère que ça te plaira.

Guest : Merci beaucoup :D Et merci aussi de t'être lancée & ne t'inquiète pas, elle sera très bientôt complète :D Et j'espère que ça te plaira alors & que tu ne regretteras pas de t'y être mise :D

Romane : Merci beaucoup pour ton (tes... xD) reviews ! Mais voyons, je ne pouvais pas mettre tant de retrouvailles dans un seul & même chapitre, ç'aurait été trop gentil... J'aime être un peu sadique quand même ! Merci merci merci :D Oulààààà, si tu as déjà oublié l'alihostelle c'est inquiétant xD C'est la maladie de Lucius donc c'est lui qui l'a contaminé ;) Et allez, encore deux semaines avant de dire au revoir... !

Lily : Merciiii :D Et bienvenue alors ! Merci Merci ! Je suis très heureuse que les histoires que tu as lues de moi jusque là t'aient plu :) Et non, pas d'autres projets de fanfictions... Sous les Cendres sera ma dernière longue fic en tout cas -mais tu dois encore avoir de la lecture ! :D

Fanny : Merci beaucoup ! (Et ne t'inquiète pas, tu as dit ce qu'il fallait !) Et Olivia n'est pas si violente voyons ! xD (bon, je pense que si en vrai...) et tu n'attendais la conversation que depuis 2 chapitres ? Pas depuis plus encore ? :P Pour le Quidditch, réponse dans le prochain chapitre -même si...

Merci encore à tous :D Et j'espère vraiment n'avoir oublié personne une fois de plus... xD

Bonne lecture à tous !


Sous les Cendres

Chapitre 28


And if somebody hurts you, I wanna fight

But my hands been broken, one too many times

So I'll use my voice, I'll be so fucking rude

Words thy always win, but I know I'll lose

- Tom Odell – Another Love -


La vue était digne d'une comédie romantique stupide, et Ash espérait presque qu'Olivia, malgré sa flagrante irritation, y soit sensible. Évidemment, la jeune fille n'avait jamais vu le moindre film, ce qui l'empêcha certainement de constater ce qu'il avait lui-même sous les yeux. Il l'avait entraînée jusqu'au toit du palace brésilien, et le ciel tout entier semblait s'exposer sous leurs yeux. Ils volaient si haut au-dessus du sol que les nuages ne pouvaient leur cacher les étoiles, ils flottaient tout simplement à quelques dizaines de mètres au-dessous d'eux, dissimulant les lumières encore allumées de l'école.

Et il y avait la lune, encore ronde quelques jours auparavant, qui semblait presque lui sourire, penchée là, accrochée au ciel d'encre.

Il voyait les deux terrains de Quidditch encerclés de gradins mouvants. Côte à côte, ils offriraient aux spectateurs d'assister à deux matchs à la fois, jusqu'à la grande finale. Les délimitations semblaient vagues, la chute serait probablement mortelle… Enfin, il avait entendu dire qu'un filet invisible protégerait les joueurs en cas d'incident, mais il avait prévu de ne pas lâcher son balai. S'écraser à des dizaines de kilomètres dans une jungle ne le tentait pas le moins du monde.

Il chassa ses idées morbides pour jeter un coup d'œil en coin à Olivia qui, assise sur les tuiles rougeoyantes, regardait droit devant elle sans ciller. Il put déceler les frissons sur ses bras, et –en un geste qu'il n'aurait sans doute fait pour personne d'autre- retira sa veste pour la poser sur ses épaules. Elle n'eut pas la moindre réaction, et il poussa un bref soupir défait.

Il s'était attendu à ce qu'elle boude un peu. Après tout, il était encore parti. Mais elle était la seule à qui il avait pris le temps d'offrir une réelle explication, la seule qui aurait pu –aurait - comprendre les raisons de son départ. La seule, semblait-il, à refuser volontairement de le faire.

Évidemment, il n'avait pas imaginé une seule seconde qu'elle lui saute dans les bras pour l'embrasser à pleine bouche, ou autre fantasme créé par son esprit surexcité par sa présence. Mais n'aurait-elle néanmoins pas pu être au moins un peu heureuse de le voir ?

« Olive…

- C'est Olivia. », corrigea-t-elle froidement.

Il se laissa tomber près d'elle, autant pour contrôler la force avec laquelle ses jambes avaient flanché à l'énonciation de cette réponse que pour se rapprocher. Pour créer un contact avant qu'elle ne parvienne définitivement à saper la confiance qu'il avait envers elle –envers eux.

« Écoute, je comprends que tu m'en veuilles, murmura-t-il après un court silence trop lourd. Mais j'avais toutes les raisons de partir et tu le sais, je…

- Non.

- Quoi, non ?

- Non, tu n'avais aucune raison valable de t'en aller encore, répliqua-t-elle en se tournant vers lui. Tu as décidé de partir parce que c'était facile, parce que fuir te vient naturellement, et parce que tu es un trouillard, c'est tout. »

Il resta stupéfait quelques secondes de trop. Par la rage perçante dans sa voix, bien plus profonde qu'il n'avait osé l'envisager. Par ses mots et tout ce qu'ils sous-entendaient –être traité de trouillard par la fille la plus sublimement brave qu'il connaissait lui fit physiquement mal. Et pire que cela, par l'émotion qui brillait dans ses yeux.

Il avait prédit son agacement. Il avait prédit sa colère même. Il avait prédit sa déception, encore plus.

Il n'avait pas une seule seconde prédit sa douleur. Il se retrouva un instant incapable d'y faire face, de réagir, de dire un seul mot, parce qu'il n'était simplement pas préparé à cela.

Il l'avait blessée. Elle. La forte, la courageuse, l'invincible Olivia Molly Weasley.

Non, pas invincible, de toute évidente. Il se morigéna de ne pas avoir songé que son départ puisse lui faire du mal. Il avait imaginé les réactions de Drago, d'Hermione, de Mia –même si rien n'avait pu le préparer à celle de sa sœur, finalement. Il savait à quel point il les blesserait en s'en allant, mais avait été sûr qu'ils s'en sortiraient, que ça n'aurait au bout du compte pas tant d'importance…

Olivia, c'était toute une autre histoire. Peut-être parce qu'elle était si franche, si féroce en apparence. Peut-être parce qu'elle lui plaisait tant pour toutes ces raisons qu'il n'avait pas voulu voir le reste –sa naïveté, sa fragilité dès que cela les concernait.

Elle était la fille qui semblait prête à venger chaque souffrance qu'on lui avait causé, et il s'en voulut instantanément d'être celui qui la faisait souffrir en échange.

« Quel sombre abruti je fais, grommela-t-il en enfouissant son visage entre ses paumes avant de les retirer aussi vite. Je… Je suis désolé, Olive.

- Super. Si c'est tout ce que tu avais à me dire, je vais retourner me coucher. Peut-être que tu l'as oublié, mais nous avons tous des matchs importants à jouer demain, alors… »

Elle n'eut pas le temps de faire mine de se redresser. D'un mouvement à la fois aussi vif que brutal, comme s'il rattrapait un souaffle sur le terrain, il l'agrippa par la taille et la cloua littéralement au toit. Furibonde, elle plaqua ses mains contre son torse pour le repousser, mais ne parvint pas à le faire bouger d'un millimètre.

« Lâche-moi, sombre abruti ! »

Il crut voir l'ombre d'un sourire flotter sur ses lèvres, mais les ombres dans ses yeux n'avaient pas disparu. Il avait besoin de les faire s'en aller, autant qu'il avait eu la nécessité d'exprimer chaque pensée qui l'avait torturé durant ces dernières semaines à Hermione et Drago, à ses parents.

« Je suis vraiment désolé de t'avoir fait de la peine. Ce n'est pas ce que je voulais, d'accord ?

- Tu ne m'as pas fait de peine. »

D'accord, si elle voulait la jouer comme ça, il pouvait très bien le gérer. Ou du moins s'y essayer. D'un geste tendre, il repoussa une mèche d'un roux vif qui s'était échappée à cause du vent et il la sentit frémir, malgré la veste trop large qui l'entourait. Les ombres étaient toujours là, mais au moins avait-il l'assurance que cela fonctionnait toujours au moins. Que cela fonctionnerait toujours.

« Tu as raison, j'ai eu peur quand j'ai commencé à me rappeler de tout, admit-il tout bas. Mais… C'était énorme, Olive. J'avais l'impression de devenir dingue. J'avais toutes ces images qui me tourneboulaient le cerveau, et ces sensations aussi qui faisaient valdinguer tout ce que j'avais ressenti pour ma famille jusque-là… Tout allait trop vite, si vite que je n'arrivais pas à suivre le mouvement, comme si… Comme si je chutais d'un balai en plein match, à deux mètres de toi, et que tu ne me rattrapais pas cette fois. »

Il la vit blêmir légèrement et ses tâches de rousseur parurent tout à coup si vives qu'il fut tenté une fois de plus de les compter du bout des lèvres. Merlin, il avait eu de meilleurs fantasmes que ça avant de la rencontrer, n'est-ce pas ? Mais celui-ci lui convenait pour le moment… Même s'il était bien conscient que le moindre contact de ses lèvres sur elle lui tirerait un très mauvais coup.

« Lâche-moi… », chuchota-t-elle de nouveau.

Cette fois, il obéit. Il pressentait qu'elle ne tenterait pas de s'en aller, à moins qu'il ne devienne naïf. Elle se redressa, retrouvant une posture plus correcte à l'instant même où ses mains quittèrent sa taille, et il regretta un bref instant d'avoir rompu le contact en la voyant redevenir maitresse d'elle-même.

« Olive…

- Arrête. Je… Je comprends pourquoi tu es parti, mais… Tu aurais dû rester.

- Il m'a fallu du courage pour partir, bredouilla-t-il bêtement, espérant que cela changerait l'opinion soudain bien négative qu'elle semblait avoir de lui. J'aurais voulu rester, avec eux, avec toi, mais j'avais besoin de vivre ça tout seul.

- Alors en plus d'être un trouillard, tu es égoïste. »

Il lâcha un petit rire sans joie. Sans doute avait-elle raison. Sans doute avait-il agi de manière irréfléchie et insensible. Mais après tant d'années à vivre seul, à ne pas avoir à se soucier de quiconque d'autre que lui, qui aurait pu réellement lui en vouloir ?

Même elle ne le pouvait pas apparemment, puisqu'elle ajouta vivement, la voix tendue à se briser :

« Désolée. Je… Tu ne te rends pas compte de tout ce que tu as provoqué en t'en allant !

- J'en ai une vague idée.

- Vraiment ? Alors tu sais que tout le monde t'a encore cherché ? Que tout le monde s'est encore inquiété ? Que ta mère a dû quitter sa classe en plein cours en réalisant qu'elle allait fondre en larmes ? Que Mia a failli tuer Nicholas Harper, que Julian a été viré de l'équipe pour cela pendant plus d'un mois parce qu'il a décidé de s'accuser à sa place ? Qu'ils ont rompu ?

- Non, je… »

Personne ne lui avait parlé de la rupture, ni d'à quel point Mia avait déraillé. Et l'envie de voir sa sœur fut tout à coup si puissante qu'associée à la soudaine brûlure de la culpabilité qu'elle réveillait en lui, il eut du mal à respirer.

« Est-ce que tu sais que j'ai été incapable de jouer le match suivant ta disparition ? Incapable, Ash ! Je… J'étais là, sur le terrain, et j'étais si furieuse, si en colère, si… »

Il ferma douloureusement les yeux en voyant les siens briller de quelque chose qui ressemblait un peu trop à des larmes. Une litanie de « Non, non, non » résonna brutalement à son esprit, alors qu'il prenait conscience de ce qu'il lui avait fait. Il avait inconsciemment brisé sa promesse. Il l'avait poussée à faire passer le Quidditch après lui.

Et si cela avait pu avoir le moindre sens romantique, si cela avait pu constituer une preuve quelconque de ses sentiments pour lui, ça n'aurait pas eu la moindre importance : leur relation ne pouvait simplement pas fonctionner comme celles des autres. Leur couple, si tenté qu'il existe encore, ne pouvait passer avant leurs rêves ou les en détourner d'une quelconque façon.

« Je n'ai pas réussi à rattraper le moindre souaffle, face à des poursuiveurs si pathétiques qu'un gamin de cinq ans aurait dû en être capable ! cracha-t-elle, comme toujours furieuse de s'être laissée faiblir. Si on n'avait pas eu tant de points d'avance, si les autres équipes n'avaient pas été aussi nulles, on aurait été éliminés du tournoi ! Éliminés parce que je… J'étais incapable de penser à autre chose qu'à toi. Toi, qui pouvais être blessé, seul, mort même à ce que j'en savais ! J'aurais pu perdre un tournoi important pour moi, essentiel même, à cause de toi ! A cause de… nous. »

Il s'efforça à rouvrir les yeux pour la regarder, et eut la confirmation qu'il redoutait tant. Elle pleurait. A cause de lui. A cause d'eux. Il avait involontairement tout fichu par terre, et il lui semblait que réparer ce qu'il venait de briser –sa promesse, tout simplement- prendrait bien davantage de temps qu'il n'en avait, sur ce toit, à l'abri du reste du monde. Il aurait voulu lui faire d'autres promesses, lui jurer qu'il ne partirait plus désormais, que tout serait normal après ce tournoi, et qu'il n'aurait plus aucun moyen de la détourner de son rêve. Mais il n'avait aucun moyen d'être sûr de pouvoir tenir cette promesse, quoi qu'il fasse, quoi qu'il désire. Alors il resta silencieux alors qu'elle poursuivait, comme pour l'abattre :

« Et je sais que c'est en partie de ma faute, en fait. Je devrais être assez forte pour rester concentrée quoi qu'il arrive ! Et je l'étais ! Je l'ai toujours été avant que tu débarques et que tu… Tu as tout changé, d'accord ? Et tu passes ton temps à le faire, et je n'arrive pas à gérer tout ce que ça entraîne. Alors si je suis censée ressentir ça, constamment, si ça doit me rendre angoissée, distraite et toutes ces autres choses qui m'ont fait perdre ma concentration ces derniers mois, je… »

Il attendit le couperet, l'ayant vu venir depuis de longues minutes déjà. Le « Je ne peux pas être avec toi. ». Il avait longtemps cru que son passé les briserait, qu'elle prendrait peur à cause de toutes ces valises qu'il traînerait toute sa vie parce que lui-même continuait à les craindre… Il s'était imaginé qu'elle fuirait mille fois entre sa lettre de confessions trop intimes et ses nombreux aveux lors de leur dernier week-end passé ensemble.

Mais au final, c'était lui qui la faisait abandonner. Pas son passé, pas les drames qui avaient jalonnés son existence. Lui. Lui et ses décisions. Lui et ses peurs. Lui et ses besoins stupides. Lui tout seul. Il ne pouvait accuser personne, ni reporter la faute sur elle… Il aurait pu dire qu'elle était trop folle de Quidditch, évidemment, mais comment aurait-il critiqué ce qui faisait d'elle, elle, justement ? Ou accuser le reste du monde, son passé de l'avoir poussé à prendre ces décisions.

Il s'était cependant promis d'agir en adulte désormais. De cesser de fuir, de se mentir à lui-même, de faire de mauvais choix. Il l'avait fait trop tard, peut-être. Et il était fichu désormais, parce qu'aucune fille ne pourrait lui faire sortir Olivia Weasley de la tête avant des années, à moins d'un sacré miracle.

« Je ne veux plus jamais, jamais tu m'entends, être amoureuse. »

Il se figea. Quoi ? Le mot retentit dans sa tête alors qu'il se répétait ce qu'elle venait de dire. Amoureuse ? Bêtement, il s'entendit répliquer, comme si sa bouche prenait le contrôle de son cerveau aux abonnés absents.

« Parce que tu es amoureuse ?

- J'étais. »

Elle redressa le menton en un signe de défit, l'incitant à déclarer le contraire ce qu'il s'efforça de ne pas faire. Parce qu'elle, Olivia Molly Weasley, était amoureuse de lui. Elle n'avait pas dit l'aimer, ç'aurait paru aussi prématuré qu'inquiétant à ses yeux.

Hope lui avait dit qu'elle l'aimait. Il avait été incapable de lui répondre, figé par la peur de ce que ces mots pouvaient bien signifier de contraintes et d'espoirs. Maisie l'avait dit une fois ou deux aussi, comme mécaniquement alors qu'ils couchaient ensemble, comme si ces mots n'avaient de sens que si on leur en offrait.

Mais ce « amoureuse » lui paraissait… Parfait. Sans trop d'attentes, sans trop de restrictions, sans trop de quoi que ce soit. Il visait juste, précis, complet. Et il lui donnait envie de sourire, parce qu'après des semaines à répondre à toutes les questions qui tournaient dans sa tête –à son sujet, au sujet de Jem, du loup, de sa famille…- une seule était restée :

« Que se passe-t-il entre Olive et moi ? »

Elle avait été sa « meilleure copine », dans une vie qui lui semblait encore bien distante. Il avait eu à cœur de lui prouver sa valeur, de la faire rire quand elle se blessait, de lui révéler tout ce qu'il ne pouvait habituellement dire qu'à Poggy.

Elle était devenue… Sa concurrente autant que sa confidente, son amie autant que sa petite-amie. Elle était devenue la fille à laquelle il n'avait pu s'empêcher de penser pendant des semaines, quel que soit son degrés d'épuisement, quoi qu'il lui en coûte de regrets.

Et s'il ne pouvait penser qu'il l'aimait sans se sentir un peu nauséeux, ça, il pouvait le dire.

Il sentit un sourire grimper sur ses lèvres alors qu'elle s'empourprait sous son regard. Il savait qu'il prenait un risque, mais au pire des cas, seule sa fierté souffrirait, et peut-être la bulle d'espoir qu'il sentait enfler dans sa poitrine.

Il ne savait pas grand chose au sujet du sentiment amoureux, mais il était presque sûr qu'il ne disparaissait pas d'un seul coup. Que sa réaction au contact de son corps, comme la rougeur délicate sur ses joues prouvaient qu'elle avait beau être furieuse contre lui, qu'il l'avait peut-être blessée, mais que cela ne changeait absolument rien au reste.

Alors, sans pouvoir contenir l'enthousiasme naïf qui perçait dans sa voix, il clama en souriant :

« Oh ! C'est dommage… Parce que moi, je le suis. Amoureux de toi.

- Hein ? »

La réponse était faible, ridicule, totalement à côté de la plaque. Olivia savait qu'elle aurait dû dire tout autre chose d'un peu plus construit, même pour dévoiler sa surprise. Un vrai mot, peut-être ? Un « Pardon ? », un « Quoi ? » même aurait fait l'affaire. Et si elle avait été dans un roman, elle aurait probablement répliqué d'un « Plait-il ? » d'une classe folle, mais désuète qui aurait poussé Ash à croire qu'elle se fichait éperdument de ce qu'il venait de dire.

Ça aurait dû être le cas, d'ailleurs. Ne serait-ce que pour effacer l'affreux sourire qu'il avait désormais accroché à sa bouche, mais aussi parce qu'elle s'était promis d'être forte et déterminée. Que quoi qu'il puisse dire ou faire, elle suivrait ses bonnes résolutions.

Elle était bien partie, pourtant. Se rappeler tout ce qu'elle avait éprouvé après son départ, avant qu'elle ne se mette à jouer si mécaniquement qu'elle en effrayait tous les joueurs, l'avait aidé à tenir le choc, à lui en vouloir encore. Malgré son sourire qu'elle voulait embrasser, malgré sa tignasse de nouveau longue dans laquelle elle voulait passer les doigts, malgré son envie, quasi-irrésistible, d'écouter tout ce qu'il avait à dire, d'entendre un récit complet de chaque minute qu'il avait passé loin d'elle.

Mais maintenant…

« Je suis amoureux de toi, répéta-t-il avant de rire, comme si lui-même trouvait cela aussi déplacé qu'incroyable. Et si tu osais en douter, c'est aussi la première fois de ma vie que je dis ça à quelqu'un, Olive. Encore une première fois. Et encore avec toi. »

Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Elle avait prévu de le gronder encore, de l'accabler même parce qu'elle savait qu'ainsi, il préférerait la fuir –il était doué pour ça, après tout. Elle avait des milliers de choses à lui dire, des milliers de choses qui n'étaient ni gentilles, ni romantiques… Aucune ne paraissait convenir à cet instant. Absolument aucune.

Elle n'aurait jamais dû admettre qu'elle était amoureuse de lui –enfin, avait été, se corrigea-t-elle. Elle aurait mieux fait de n'inclure aucune note positive dans son discours, elle aurait dû savoir qu'il s'y raccrocherait.

Elle n'aurait jamais dû le suivre sur ce toit.

Rester dans son lit, visualiser le match du lendemain, se répéter qu'elle allait s'en sortir, que tout irait bien… Voilà comment c'était censé se passer. Mais comme toujours, il avait tout chamboulé. Et désormais, elle n'arrivait plus à décider de si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Mauvaise, lui hurlait sa tête.

Excellente, s'enthousiasmait le reste.

Mais sa bouche, elle, restait résolument silencieuse. Elle ne pouvait pas lui répondre. Elle entendait ses promesses tourner en boucle dans sa tête, elle s'entendait lui raconter l'histoire de sa mère qui avait abandonné l'un de ses rêves, elle entendait sa propre voix qui répétait encore et toujours qu'elle devait penser Quidditch, respirer Quidditch, vivre Quidditch.

Cette petite voix qu'il était le seul à pouvoir faire taire. Cette petite voix qu'elle refusait de laisser s'en aller…

Il parut comprendre qu'elle ne répondrait rien, qu'elle en était incapable, et le sourire faiblit un peu avant de se reformer, un peu moins réel, un peu plus Malefoyen aussi. Son envie de savoir ce qu'il avait vécu ces dernières semaines lui coupa le souffle, mais elle resta muette, parce que s'intéresser à lui prouverait des choses qu'elle n'avait pas le droit d'admettre.

« Tu me répondras quand tu voudras, d'accord ? »

La voix d'Ash ne flancha pas. Il avait l'air si nonchalant, comme si attendre une réponse à une déclaration était tout à fait normal, qu'elle eut soudain envie de le pousser pour le faire tressaillir –sans doute l'aurait-elle fait si la possibilité d'une chute n'avait pas été mortelle. Il se releva d'un mouvement, rattrapa son balai et grimpa dessus, l'air bien plus sûr de lui désormais.

Peut-être que sa réponse se lisait sur son visage, après tout. Peut-être la pourchasserait-il éternellement jusqu'à ce qu'elle l'admette. Ou peut-être lui laisserait-il tout le temps qu'il lui faudrait. Elle ne savait même pas ce qui serait pire.

« Tu t'en sortiras pour redescendre toute seule ? »

Si elle avait laissé passer cette histoire de veste, malgré son envie de lui dire qu'elle n'était pas si fragile, elle n'allait certainement pas répondre à cette question qui sous-entendait qu'elle n'était pas capable de s'en sortir sans aide. Il rit sous son regard furibond, et l'espace d'une seconde, ce fut comme si rien n'avait changé. Il la testait, il la cherchait… Et elle tombait dans le panneau, sans le moindre regret.

« Question stupide ! », sourit-il avant de lui faire un clin d'œil.

D'un coup de pied, il s'éleva dans les airs et tourna autour d'elle un instant, comme un oiseau prêt à fondre sur sa proie. Sans doute savait-il qu'elle ne se laisserait pas prendre pas le rôle de la proie bien longtemps, puisqu'il finit par s'éloigner. Et la laissant là, aussi seule et perdue qu'elle l'avait été durant sa trop longue absence, il disparut sur quelques mots qui firent grimper un irrépressible sourire sur ses lèvres :

« A bientôt sur le terrain, Olive qui n'a peur de rien ! »


Ash tremblotait dans sa tenue de Quidditch, frigorifié. Les avantages de jouer sur des terrains délimités seulement par magie –tels que la magnifique vue, ou le côté surréaliste du jeu sans réel sol sur lequel s'appuyer- avaient été rapidement effacés. Une demi-heure de jeu contre Fuoco Fatuo, l'équipe italienne, avait suffi à Ash et ses coéquipiers pour constater que la hauteur créait bien des désagréments, le premier étant qu'à une telle altitude, il faisait si froid qu'il s'était senti rabougrir de seconde en seconde. Il avait même momentanément regretté que Keegan se soit fait porter pâle pour qu'il puisse jouer à sa place…

Ou du moins l'avait-il grommelé après cette difficile demi-heure de jeu, avant qu'il ne parvienne à reprendre le contrôle de ses doigts gourds pour marquer quelques buts. La victoire éclatante de son équipe l'avait d'ores et déjà qualifiée pour les Quarts de Finale, et ils avaient tous été transporté d'enthousiasme en quittant le terrain. Ils ne savaient pas encore quelle équipe ils affronteraient ensuite, mais Fox priait pour qu'il ne s'agisse ni du Japon –qui avait éliminé l'équipe Sud-Africaine en douze minutes de jeu, après avoir marqué cinq buts sans en encaisser un seul- ni des Wizzall Black, l'équipe Néo-Zélandaise invaincue jusqu'alors.

Avant de pouvoir jouer, ils avaient assisté à deux matchs en parallèle, dont un où Poudlard avait littéralement broyé l'équipe des Iles Salomon. Impressionné, il avait suivi des yeux une Olivia qui ne faiblissait jamais, quelle que soit la puissance des souaffles qui fonçaient sur elle. Il l'avait vue grimacer parfois en réceptionnant la balle, mais elle se reprenait si vite qu'il était probablement le seul à remarquer qu'il lui arrivait d'avoir mal.

Il redoutait presque d'avoir à l'affronter sur le terrain depuis leur conversation nocturne. Il lui semblait qu'ils devraient d'abord régler leurs problèmes personnels avant de pouvoir se faire face, mais sans doute l'ignorerait-elle jusqu'à la fin du Tournoi… Et s'ils se retrouvaient à jouer l'un contre l'autre, il prévoyait un bain de sang.

« Ash ? T'es bleu, tu sais ? »

Il esquissa un sourire grelottant à l'adresse de Fox qui n'était pas dans un meilleur état que lui. En arrivant au Brésil, il avait été ravi de découvrir l'incroyable lieu où se déroulerait le Tournoi. Désormais, il regrettait amèrement les terrains au sol et la chaleur.

« T'étais pas censé faire… tu-sais-quoi ? » ajouta son meilleur ami quelques minutes plus tard.

Ash jeta un coup d'œil au cadran brisé de sa montre –il avait reçu un cognard dessus une heure auparavant, et n'avait pas encore pris le temps de la réparer. Son poignet, bleu, semblait aussi amoché que l'objet, et il mit quelques secondes avant de réussir à s'en détourner pour lire l'heure. Évidemment, il était en retard. Il était toujours en retard.

« Je file, grimaça-t-il avant de quitter les gradins où il s'était installé, le temps de jauger la concurrence. Tu me raconteras... Et observe bien le grand brun là ! Le poursuiveur. Il a l'air traitre.

- Je note. Bon courage, mec ! »

Ash lui tapota l'épaule en remerciement avant de filer en direction du château. Pour se faire, il dût prendre son balai –sans quoi aurait-il été forcé de grimper dans l'un des étranges véhicules créés pour faire la navette entre l'école et le terrain, et il refusait d'entrer dans ce qu'il appelait désormais « Le Phallus Géant ».

Il ne lui fallut qu'une dizaine minute pour retrouver le couloir qu'il avait parcouru la veille, et en arrivant à la porte, il prit conscience de la tension dans son corps et de l'énorme nœud qui remplissait sa gorge. Il inspira plusieurs fois, conscient de l'importance du moment. Il n'avait simplement pas le droit de se planter. Pas avec elle. Il pouvait l'aider, il pouvait arranger les choses, il en était persuadé, mais pour cela, il devait… être parfait, tout simplement. Ce qu'il n'était et n'avait jamais été.

Il s'efforça courageusement à toquer à la porte, priant pour ne pas dire de bêtises, ni détériorer encore davantage une situation déjà compliquée. Il entendit des voix derrière le battant et carra les épaules, prêt à encaisser le choc que son père, que Drago, lui avait prédit la veille.

Ce fut ce dernier qui apparut, un petit rictus un peu nerveux serrant ses lèvres. Il s'effaça pour le laisser passer, et parut pousser un soupir de soulagement en le voyant entrer. Comme s'il avait craint qu'il ne tourne les talons et disparaisse… Sans doute imagineraient-ils tous le pire un moment, après toutes les frayeurs qu'il leur avait faites.

« Désolé pour le retard, je me suis laissé distraire par les matchs…

- Je t'ai vu jouer, répondit simplement Drago, apparemment fier. Ce but au moment même où l'attrapeur a eu le vif d'or aurait dû être compté !

- Va expliquer ça à ce crétin d'arbitre, bougonna Ash en réponse avant de déclarer : L'important, c'est qu'on ait gagné. Je suis pressé d'être au prochain match…

- Alors lequel de tes coéquipiers va se faire porter pâle cette fois ?

- Fox, pour que Keegan puisse jouer aussi… On n'a pas encore envisagé la suite, par contre. Si on arrive en Finale, je suppose qu'aucun d'eux ne voudra me laisser sa place, et je comprendrai.

- On a plus qu'à prier pour qu'Hollywood fasse une mauvaise chute, alors… » railla Drago avec un sourire mauvais.

Ash retint un rire. Il y avait pensé, en effet, et c'était la seule option qu'il espérait désormais. Néanmoins, il leur restait un match de quart de finale à gagner. Et un autre de demi-finale s'il y parvenait. La chute d'Hollywood devrait attendre. Le sourire de Drago s'effaça finalement alors qu'il l'entrainait vers l'autre bout de l'immense pièce.

Ash sentit un poids tomber sur sa poitrine lorsqu'il aperçut le regard las de sa mère, mais il focalisa rapidement son attention sur la silhouette qui lui tournait le dos, assise sur l'un des nombreux fauteuils du coin salon. Elle fit volte-face un instant plus tard.

Il vit ses yeux d'un brun semblable à celui de leur mère s'écarquiller de surprise, et l'émotion visible qui l'étreignit se répercuta en lui comme un boomerang.

Mia avait maigri. Dix bons kilos qui n'avaient pourtant pas été superflus auparavant semblaient s'être évaporés, et ses traits tirés par la fatigue rendaient ses pommettes saillantes. Ses yeux paraissaient trop grands pour son visage. Et elle-même lui parut brusquement si frêle qu'il se sentit de nouveau grand frère au lieu de petit. Ses cheveux, trop longs, formaient un chignon défait au-dessus de sa tête, et ses vêtements devenus trop larges pendaient aussi lamentablement que ses quelques mèches fuyantes autour d'elle.

Il n'eut pas le temps de faire un geste qu'elle atterrissait contre son torse. Instinctivement, il ramena ses bras autour d'elle, la serrant alors qu'il la sentait trembler si fort que sa seule option lui semblait être de l'enlacer davantage. Il caressa tendrement ses cheveux, la laissant pleurer tout son saoul, ignorant la vague de culpabilité qui menaçait de le faire vaciller. Il ne pouvait plus penser à lui, désormais, pas en cet instant où elle seule comptait.

« Mia, ça va… chuchota-t-il contre son oreille, avant de la repousser suffisamment pour qu'elle puisse voir son visage. Je suis là, tu vois.

- Ils… Ils ont dit que tu te souvenais… »

Sa voix se brisa sur ce dernier mot qu'il peina à comprendre, et il hocha la tête, remerciant silencieusement leurs parents d'avoir préparé le terrain. Au moins n'aurait-il pas à tout lui expliquer, même s'il estimait qu'elle méritait bien d'avoir droit à quelques informations supplémentaires de sa part. Cependant, il n'eut pas l'occasion de lui en offrir qu'elle murmura soudain, les sanglots brisant sa voix :

« Tu dois me détester maintenant… »

Il en resta coi, quelques secondes, et vit Drago et Hermione échanger un sombre regard à quelques pas de là. Pourquoi aurait-il dû la détester ? C'était à elle de lui en vouloir. C'était lui qui avait disparu, avait provoqué tant de drames dans sa petite vie… C'était lui, la cause de son mal-être, et certainement pas le contraire.

« Mia… De quoi est-ce que tu parles ? répondit-il donc, espérant qu'elle trouverait une explication qui ne le pousse pas encore davantage à culpabiliser.

- De… De moi. J'étais horrible avec toi, et c'est de ma faute ! Tu aurais le droit de me détester ! Tu peux le dire, tu aurais raison ! Je me déteste ! Je… Je suis tellement désolée, je… »

La voix céda, comme un fil tendu finalement tranché, et il lui sembla la voir rapetisser à vue d'œil. Il ne parvint pas immédiatement analyser ses mots, préoccupé avant tout par l'état dans lequel elle était –physiquement décharnée, mentalement fêlée. État dont il était de toute évidence la cause, quoi qu'elle puisse dire.

Puis il comprit.

Sous le choc, il resta là, ses bras naturellement serrés autour d'elle, à se demander comment il avait pu passer à côté, comme les nombreux flashs de son passé ne l'avaient pas immédiatement conduit à la conclusion qu'il venait de faire. Merlin, avait-elle passé toutes ces années à s'en vouloir pour ça ?

Nerveusement, il passa sa main sous son menton, l'obligeant à relever les yeux. Il tremblait lui aussi, conscient qu'il se devait de peser ses mots, de les choisir avec précision, et qu'à la moindre erreur, il lui ferait encore plus de mal. Ou pire, qu'elle ne le croirait pas.

Alors il commença comme il aurait aimé qu'elle le fasse si les rôles avaient été inversés. Car quoi qu'il ait bien pu se passer dans leurs vies, quel qu'ait été leurs existences bien différentes, ils souffraient exactement de la même façon. Culpabilisant pour des choses dont ils n'étaient pas responsables. Bourrés à craquer du besoin viscéral d'être compris malgré tout, pardonnés même. Et partagés entre ce qu'ils avaient été, ce qu'ils auraient dû être, ce qu'ils étaient devenus. Identiques malgré leurs différences. Comme avant.

« Je me souviens que tu passais ton temps à me donner des ordres, que tu me pinçais, que tu te moquais de moi… (Il entendit Drago jurer, mais n'y prêta pas garde.) Je me souviens de la petite dictatrice que tu étais avec nous tous, et de mon besoin malgré tout cela de te faire plaisir. Je me souviens que tu voulais toujours attirer l'attention de papa, que tu ne supportais pas qu'il s'intéresse plus à moi, que tu étais d'une jalousie maladive.

- Ash, chuchota Hermione en s'avançant, mais il ne lui laissa pas l'occasion de l'interrompre.

- Et je me souviens des spectacles de marionnettes que tu faisais avec des peluches au pied de mon lit. Et de toi me racontant des histoires, parfois pour me faire peur, mais pas que. Et du coup de poing que tu avais envoyé à Galaad un jour après qu'il se soit moqué de moi parce que je m'étais fait pipi dessus après qu'il ait essayé de me faire peur. Je me souviens que tu me défendais constamment contre les autres, comme si tu voulais être la seule à pouvoir m'embêter. Je me souviens à quel point tu réussissais à vite te faire pardonner quand tu réalisais que tu m'avais vraiment fait de la peine. Et tu sais de quoi je me rappelle aussi ? »

Elle secoua la tête, tout doucement, et il essuya les larmes qui coulaient sans discontinuer sur ses joues blêmes.

« Je me souviens à quel point je t'aimais, quoi que tu puisses me faire subir. Et je me souviens d'à quel point j'étais en colère contre toi quand je t'ai dit que je ne t'aimais plus et qu'à quel point j'avais envie de ravaler ces mots après en m'éloignant parce que maman répétait constamment… Tu te souviens ?

- Qu'on est frère et sœur, et que même en étant très fâchés, on ne devait jamais arrêter de s'aimer.

- Oui, exactement, sourit-il en y repensant. Merlin, Mia… Je ne le pensais pas. Je ne l'ai jamais pensé.

- C'est de ma faute… bredouilla-t-elle sans cesser de pleurer.

- Non. C'est de la faute de Lucius Malefoy. De Fenrir Greyback. Et… Et sûrement un peu de la mienne, gamin stupide de quatre ans et demi qui a suivi un inconnu alors qu'il avait les parents les plus méfiants de l'univers. Mais ta faute ? Non, certainement pas.

- Mais je… »

Il lui fit les gros yeux et elle se tut, lâchant un son à mi-chemin entre le sanglot et le rire, et il se demanda comment elle avait pu vivre avec ce poids pendant tant d'années. Et pire, s'il pourrait réellement l'en débarrasser en lui répétant constamment qu'elle n'était pas responsable, parce qu'il était évident qu'elle ne l'était pas.

Il se souvenait du jour de sa disparition, de la colère qu'il avait éprouvée à son égard, des mots qui avaient dépassé sa pensée. Même à l'époque, il s'en était rendu compte, sans doute parce que chaque dispute entre ses parents se concluaient par un « Je t'aime », même s'il était assorti à des noms d'oiseaux. Qu'à l'époque, les « Je t'aime » étaient prononcés au moins une fois par jour, par son père, par sa mère, par Mia et même par lui.

Alors, sans plus hésiter, conscient qu'il avait autant besoin de le prononcer qu'elle de l'entendre, il s'acharna à effacer les derniers mots que Jeremy Théodore Malefoy avait dits à sa grande sœur. Il n'était peut-être pas capable de les dire à Drago ou à Hermione, il n'aurait peut-être jamais l'occasion de le faire avec Olivia… Mais Mia les méritait, plus que quiconque. Et au fond, il les méritait peut-être un peu lui aussi.

« Je t'aime, Mia. »


Ils avaient réussi à se débarrasser de leurs parents. Ils n'avaient pas eu beaucoup d'efforts à faire, Drago ayant du travail –il ne pouvait malheureusement pas se contenter de trainer dans sa chambre continuellement- et Hermione une pile de copies à corriger. Installés dans le petit coin salon, ils avaient réussi à se faire servir un tas de choses à grignoter, et Ash essayait de ne pas fixer trop durement Mia qui n'avait clairement pas d'appétit.

Elle évoquait les cours à Poudlard depuis une bonne demi-heure, et il parvenait à l'écouter avec attention, s'attardant sur des détails auxquels il n'avait jusque-là pas prêté la moindre attention. Sans doute était-ce stupide de s'angoisser autant qu'elle au sujet des ASPICS alors même qu'il avait loupé en beauté ses examens –il en aurait la certitude quand il recevrait ces notes, évidemment, mais il ne se faisait pas d'illusions. Contrairement à elle, il se fichait un peu de ne pas réussir à obtenir une moyenne incroyable. Pour jouer au Quidditch, il n'en avait pas réellement besoin, même si Hermione le convaincrait probablement du contraire sans trop de difficultés.

« Tu sais ce qu'il y a de pratique à m'avoir comme frère ? l'interrompit-il alors qu'elle déblatérait des propos sans queues ni têtes au sujet de son examen d'Histoire de la Magie.

- Dis-moi.

- Je suis nul en cours, et dyslexique. Ce qui signifie que tu seras toujours la tête de la famille ! Toujours ! »

Il répéta ce mot d'une façon volontairement dramatique et sourit en l'entendant rire. Au moins parvenait-il à la sortir de sa torpeur. Elle avait toujours les yeux un peu humides, et il lui semblait qu'elle était à fleur de peau, sans doute de façon continuelle désormais. Drago et Hermione avaient dit qu'elle « voyait quelqu'un », expression à traduire par un évident « faisait une thérapie », et il se demandait si cela changeait quelque chose, sans pour autant oser poser la question.

« J'espère juste avoir de bonnes notes, conclut-elle finalement avec un petit rictus embarrassé. J'ai passé les sept dernières années à m'acharner en cours… Je refuse d'envisager un échec pour quelques semaines compliquées.

- Je suis sûre que tu as réussi, l'encouragea-t-il. Après tout, tu es Amélia Malefoy, et… Hermione Granger est ta mère !

- La tienne aussi, je te rappelle.

- Ouais, mais je suis déjà super doué sur un balai ! On ne peut pas tout avoir ! »

Elle leva brièvement les yeux au ciel avant de l'interroger sur le fonctionnement du tournoi, et il s'empressa de lui expliquer comment il avait pu s'incruster dans l'équipe. Pour la Finale, Birdie avait pris la décision étrangement contestée de remodeler l'équipe en fonction des performances des joueurs durant les manches précédentes, mais également selon leurs notes. Ratz, par exemple, s'était trop laissé perturber par le tournoi pour poursuivre, alors que Blondie, lui, avait perdu tous ses moyens sous la pression et l'importance du jeu. Parmi les juniors, le constat avait été plus douloureux encore, et Birdie avait fait de son mieux pour constituer une bonne équipe. Malheureusement, en ce qui concernait le poste de Poursuiveur, ils étaient quatre à faire l'affaire : Hollywood, Fox, Keegan et lui. Il avait été absent trop longtemps, avait commis trop d'erreurs, pour qu'elle le choisisse en priorité. Sans le soutien de Fox et Keegan, sans doute n'aurait-elle jamais accepté de l'envoyer en Finale.

« Et dans ce cas, tu serais venu nous voir en Angleterre ? demanda-t-elle soudainement, comme si cela allait de soi.

- Oui, je suppose… Je ne sais pas quand, mais j'aurai fini par le faire. Avoir une date butoir a juste rendu les choses plus faciles, admit-il en détournant le regard, honteux du manque flagrant de cran qu'il démontrait en ce qui concernait sa famille. Plus… réelles, je suppose.

- Et… qu'est-ce qui va se passer maintenant ? »

Elle le regarda, de l'angoisse plein les yeux, et il faillit se mettre à promettre mille choses qu'il n'avait pas l'assurance de pouvoir jurer. Certes, il avait déjà une idée précise de ce qu'il voulait faire de l'été qui se profilait, d'où il espérait le passer, et avec qui… Mais il s'était juré de leur en parler à tous les trois, de leur dire comment il imaginait la suite désormais et quelles limites il préférait conserver. Ensemble. Pas juste lui et Mia.

« Je… Je préfèrerais qu'on en discute avec pa… avec… avec nos parents, si tu veux bien.

- Oh… Bien sûr. »

Il lut la déception dans ses yeux et s'empressa de lui prendre la main avant de la serrer, essayant par ce simple geste de la rassurer, alors même qu'elle semblait tout à coup prête à s'effriter. Il se demanda où était passée la Mia Malefoy qu'il avait rencontrée à son arrivée à Poudlard quelques mois auparavant, et à quel point cette Mia-là avait été un masque et comment il aurait pu s'en rendre compte plus tôt. Puis, il songea brièvement que même leurs parents étaient passé à côté, ou du moins qu'ils n'avaient rien pu faire pour arranger les choses. Sans doute n'en aurait-il pas été davantage capable.

« Uhm… Et toi ? Qu'est-ce que tu comptes faire, après ? Enfin, si j'ai le droit de poser la question, évidemment !

- Je… Smethwyck, ma psy, elle… Elle m'a proposé plusieurs pistes assez sympas à envisager. Pour faire court, elle pense que j'ai trop de mal à me défaire du masque de la fille parfaite que j'ai porté pendant plus de la moitié de ma vie, et que papa et maman, quoi qu'ils puissent faire ou dire, sont une partie du problème. Enfin, ce n'est pas de leur faute ! C'est moi ! C'est moi qui me mets une pression incroyable sur les épaules, et qui m'acharne à satisfaire tout le monde... Elle pense que partir pourrait me faire du bien. »

Il se stupéfia à ces mots. Partir ? Elle voulait partir ? Mais partir où et combien de temps ? Et pourquoi ? Pourquoi maintenant, précisément, alors même que… Il ravala les millions des questions qui s'acharnaient contre la barrière de ses lèvres, la laissant poursuivre à son rythme alors même qu'il maudissait cette satanée Smethwyck qu'il ne connaissait pourtant même pas.

« Elle dit que passer du temps ailleurs, seule, sans le regard de papa et maman ou de quiconque que je tente instinctivement de rendre heureux pourrait me faire du bien, pourrait me permettre de découvrir… Qui je suis ou qui je veux être. »

Il sentit ses joues s'enflammer alors même qu'un sursaut de culpabilité lui sautait au visage. Merlin, il ne pouvait pas lui en vouloir, après tout. N'était-ce pas exactement ce qu'il avait voulu faire ? Et n'avait-il pas décidé de s'en aller exactement pour les mêmes raisons ? Certes, il n'avait pas eu besoin d'un psychomage pour le lui dire, il avait pris sa décision seul, mais cela ne rendrait pas les choses plus faciles. Il aurait été égoïste de lui demander de rester, de la pousser à faire exactement ce qu'elle avait fait toute sa vie : s'oublier pour les autres. Pour lui. Alors il se contenta de sourire et demanda, en essayant de chasser le poids qui lui pesait soudain sur l'estomac :

« Et donc, tu partirais où et quand ? Et… pour faire quoi ?

- Elle a pas mal de contacts un peu partout dans le monde, elle a énormément voyagé et elle pense que le mieux pour moi, pour le moment, ce serait de ne pas trop créer d'attaches, de me focaliser sur moi au lieu des autres… Quoi qu'il en soit, elle connaît tout un tas de gens, que ce soit dans le milieu médical, ou botanique, sans compter des journalistes, des écrivains, des hommes politiques aussi, même si je dois avouer que je préfèrerai éviter ce genre de boulot ! Elle m'a dit qu'il me suffisait de choisir quelque chose, un truc qui pourrait m'intéresser et paf ! Son nom suffira à ouvrir des portes. Je ne serai sûrement que l'assistante d'assistantes, je servirai des cafés ou découperai un million de bulbes pour je-ne-sais-quelle-raison, mais…

- Tu serais ailleurs. Occupée. Et…

- Et je découvrirais le monde ! C'est à la fois… enthousiasmant et effrayant ! Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui… »

Ce ne fut qu'un murmure, mais il ne mentait pas. Il savait pertinemment ce qu'elle éprouvait. Il ressentait exactement la même chose à l'heure actuelle. Un mélange de joie, d'impatience, d'espoirs, et de peurs plus étourdissant que les montagnes russes. Mais ses raisons n'auraient pu être plus différentes. Elle redoutait de partir. Il redoutait de rester.

« Alors, tu as des pistes précises, ou…

- Elle m'a donné une liste de plusieurs noms et postes que je pourrais tenir quelques semaines ou quelques mois selon mon intérêt. Il y en a un qui m'intéresse, mais c'est… C'est en Équateur, et il y a la barrière de la langue et tout ça. C'est dans une école. Ils manquent de professeurs, et elle connaît le Directeur. Je n'enseignerais pas, évidemment, je serais juste là pour aider, mais… Je crois que ce serait un milieu intéressant. Si je pouvais, je vivrais à Poudlard !

- Ok, on est donc sûrs que sous le masque, il y a quand même une petite intello !

- Eh ! gronda-t-elle avant de faire mine de le frapper. J'aime l'ambiance, c'est tout ! Tu es à l'aise sur un balai, moi je le suis pour… Apprendre ou… Je n'en sais trop rien. Je crois que ça ne me dépayserait pas trop. Ce serait bien pour commencer. »

Il comprenait trop bien ce qu'elle voulait dire. N'avait-il pas fait un long arrêt à Salem, le seul endroit où il s'était senti à sécurité, sur la route qui l'avait conduit jusque-là ? Il acquiesça donc, avec un enthousiasme qu'il était loin de ressentir.

Il était heureux pour elle, évidemment. Mais il n'avait pas prévu qu'elle s'en irait. Son plan incluait sa présence. Et il n'avait aucun droit de l'obliger à suivre ce plan. Il n'avait simplement pas le droit d'être égoïste à ce point, peu importait ce que ça pourrait bien lui coûter, et à quel point cela modifiait l'image qu'il s'était faite des mois à venir. Alors il l'interrogea, lui demandant des détails sur ce fameux poste.

Pourtant, presque malgré lui, alors qu'il l'écoutait parler, il ne put s'empêcher de l'interroger sur un point qui le troublait un peu trop et qu'il avait jusque-là évité. Au départ parce qu'il n'était pas sûr de pouvoir en parler devant leurs parents, et ensuite parce qu'il craignait un peu sa réaction.

Mais l'idée de son départ le poussa à céder à sa curiosité, à envisager tous les effets que cela aurait sur lui, comme sur le reste des gens qui tenaient à elle. Il y avait Sienna, évidemment. Et aussi le garçon si éperdument amoureux de sa sœur qu'il n'osait même pas imaginer ce que son départ provoquerait en lui. Un garçon qui n'était manifestement pas au courant des projets de Mia et qui ne les apprécierait certainement pas.

« Et Julian, est-ce que tu vas lui dire ? »


Drago avait l'habitude des soirées mondaines, des discours grandiloquents des hommes politiques et autres situations qu'il avait appris à subir avant même de savoir marcher. L'aristocratie anglaise n'avait rien à envier à la politique internationale, mais heureusement être devenu un adulte avait ses avantages, le principal étant qu'il finissait toujours pas trouver un moyen de fuir tout ce beau monde.

Cette fois, il prétexta avec un sourire goguenard qu'il devait rejoindre son épouse dans sa chambre. Le ministre qui lui faisait face, et qui venait d'un quelconque pays dont il n'avait jamais entendu parler jusqu'alors, lui fit un clin d'œil et le laissa s'échapper, sans savoir qu'il n'avait pas d'épouse. Juste une Hermione. Et c'était bien suffisant.

Mais ce n'était pas cela qui le poussait à quitter les lieux –en dehors de son overdose de discours politiquement corrects. Il avait laissé Hermione et les enfants seuls depuis plus d'une heure et il lui tardait de les rejoindre. Il parcourut les couloirs sans trop voir où il allait, mais n'eut pas le temps d'atteindre la porte que celle-ci s'ouvrit d'un seul coup.

« Ash ?! s'étonna-t-il en voyant apparaître l'adolescent. Tu t'en vas déjà ?

- J'étais censé rejoindre Fox et les autres à la cantina.

- Oh. Uhm… très bien. Alors…

- Je peux rester si tu veux ! »

Ash haussa doucement les épaules en faisant cette proposition, et Drago fut brièvement tenté d'accepter, avant de se morigéner : il se refusait d'envahir la vie de l'adolescent. Il secoua donc la tête avant de demander, un peu maladroitement :

« Peut-être que je peux t'accompagner… Je te laisserais seul avec tes amis, bien entendu, mais j'aimerais qu'on puisse discuter un moment, toi et moi. Sans ta mère et Mia, si ça te convient. »

Ash fronça brièvement les sourcils, l'air troublé par cette précision, puis il acquiesça et referma la porte derrière lui. En silence, ils avancèrent dans le couloir, avant que Drago ne parvienne à lancer la conversation, redoutant d'aborder le sujet qui l'avait conduit à suivre son fils. Il évoqua Mia, et Ash parut à la fois inquiet et soulagé, comme si l'état de sa sœur le troublait autant qu'eux. Puis, n'y tenant plus, Drago finit par s'arrêter net.

Ash se figea à son tour et lui adressa un regard surpris, se demandant apparemment ce qui n'allait pas. Drago jeta un coup d'œil rapide alentour, s'assurant qu'ils étaient seuls en cas de réaction violente de la part de l'adolescent –il n'allait certainement pas laisser quiconque écrire des atrocités sur son loup-garou de fils une fois de plus. Et finalement, il se lança :

« C'est à propos de Lucius. »

Ash recula d'un pas et enfouit violemment ses mains dans ses poches, comme pour ne pas montrer qu'il avait instinctivement formé des poings, prouvant par là qu'il était loin d'avoir mis cette histoire derrière lui. Puis, sans lui laisser l'occasion d'expliquer la situation, il gronda, comme si le loup s'acharnait soudain à parler à sa place :

« Je suis désolé que tu ais assisté à ça.

- Assisté à quoi ?

- A sa mort. Je… J'aurais préféré que tu ne me vois pas comme ça. Et que tu ne me vois pas faire ça. Mais le fait est que c'est moi, et je n'y peux rien ! Alors…

- Ash, arrête ! Ce n'est pas du tout de cela dont je souhaitais te parler. »

L'adolescent lui adressa un regard à la fois suspicieux et plein d'espoirs et Drago se demanda si ce n'était pas justement le sujet qu'ils auraient dû aborder avant tout. Poussant un bref soupir, il se tourna vers une porte-fenêtre, à quelques mètres de là, et fit signe à Ash de le suivre. S'ils devaient discuter de cela, mieux valait ne prendre aucun risque de se faire surprendre.

A l'extérieur, l'air frais des hauteurs sembla apaiser Ash qui s'appuya à la rambarde en inspirant à fond, l'air nauséeux. Sans doute ses souvenirs le hanteraient-ils toujours un peu, mais Drago refusait qu'il se laisse aller à croire qu'il était jugé pour cet acte en particulier. Ainsi, pesant ses mots avant autant de douceur que possible, il annonça :

« Avant que tu te transformes, mes mains serraient le cou de mon père. (Ash se crispa, mais ne releva pas les yeux.) J'étais prêt à le tuer. J'étais conscient de ce que je faisais. Je ne suis pas un loup-garou. Mais… Je voulais qu'il meurt. Le fait est que sans ton intervention, j'aurais son sang sur les mains, et je crois que les choses auraient été bien plus faciles ainsi. Je regrette que tu l'aies tué. Non pas parce que cela me dégoûte, ou que je pense que tu as commis une erreur… Mais parce que j'aurais voulu être celui qui a débarrassé le monde de sa présence. J'aurais voulu te venger, venger notre famille, me venger. Tu comprends ? »

Ash détacha son regard de l'immensité du ciel, et se tourna vers lui, étonnamment blême. Puis il hocha la tête, une fois, puis une autre avant de détourner les yeux, comme incapable de soutenir son regard. Alors, enfin, Drago admit ce qui l'avait poussé à demander ce conciliabule avant tout.

« Est-ce que tu te souviens du jour où tu m'as demandé de l'argent pour Olivia ?

- Oui… acquiesça Ash avec un rictus, apparemment embarrassé.

- Et de ce que je t'ai dit à propos de l'héritage des Malefoy ? »

Cette fois, Ash le regarda de nouveau, ayant sans doute senti une nouvelle tension dans sa voix alors qu'il imaginait déjà la réaction qui s'en suivrait. Ash hocha la tête une fois de plus, cette fois sans parler, et Drago se lança, avec l'impression d'être sur le point d'asséner une nouvelle claque à un garçon qui en avait déjà trop subi.

« Tu hérites de tout.

- Pardon ?

- La fortune du coffre Malefoy. Le Manoir. Il… Il t'a tout légué. »

Ash resta stupéfié et Drago s'approcha d'un pas, se demandant s'il n'aurait finalement pas dû compter sur la présence d'Hermione avant de se lancer dans cette discussion. Sans doute aurait-il mieux valu qu'elle soit là, afin d'apaiser Ash comme elle semblait si aisément le faire. Une grimace étrange déforma le visage de l'adolescent, et Drago craignit soudain qu'il ne craque, qu'il ne s'effondre en pleurs ou…

Ash éclata de rire. Un rire sans joie, un peu fou, passablement hystérique. Un rire qui fit apparaître des larmes aux coins de ses yeux et une rougeur furieuse sur ses joues. Un rire qui sembla sortir sous une impulsion de stupeur plus que par humour. Puis, entre deux hoquets, il parvint à articuler :

« Tu te fiches de moi, pas vrai ?!

- Non…

- C'est une putain de blague ! Il… Je… »

Le rire se tarit, et Ash parut nauséeux tout à coup. Il inspira profondément, la tête penchée en arrière, et frotta brusquement ses poignets en un mouvement étrange que Drago essaya de ne pas analyser, conscient qu'il ne ferait que s'énerver davantage inutilement.

« Je n'en veux pas, gronda finalement le jeune homme entre ses dents serrées. Je ne veux pas d'une seule mornille venant de lui.

- C'est une grosse somme, mon grand. Une somme colossale même.

- Je ne veux pas être riche, pas comme ça, pas grâce à lui. Je… Je n'en veux pas. T'as qu'à le prendre, toi ! De toute façon, il me prenait pour toi, alors !

- C'est ton nom qu'il a mis sur son testament, Ash, expliqua calmement Drago, essayant d'apaiser la fureur évidente qui se dégageait du garçon. Enfin, celui de Jem. A ce moment-là, il était conscient de ce qu'il faisait.

- Alors il a juste décidé de venir me torturer un peu plus outre-tombe ?! C'est une blague, ce n'est pas possible, je… Donne-le à quelqu'un, fais-en ce que tu veux, je n'en ai pas besoin ! »

Drago hésita une seconde. Une petite voix lui suggérait de ne pas insister davantage, mais il savait pertinemment que le sujet devrait être évoqué une fois de plus un jour ou l'autre. Il n'avait absolument aucune légitimité sur le coffre Malefoy, son père s'en était assuré. Il ne pouvait rien faire pour en débarrasser Ash, à moins de braquer Gringotts. Il ne pouvait pas se contenter d'abandonner.

« Le fait est que je ne pourrais pas gérer cette histoire, même si je le voulais, Ash. C'est à toi de le faire. Si tu veux le redistribuer, l'offrir à des associations peut-être ? Quoi que tu souhaites en faire, tu vas devoir prendre ces décisions tout seul, en tout état de cause…

- Je ne peux pas faire ça. Je… Je ne veux plus rien avoir à faire avec toute cette histoire, d'accord ?! Ce n'est pas… Ce n'est pas juste ! Il est mort ! Il ne devrait pas avoir encore l'opportunité de débarquer dans ma vie comme ça et… »

Ash lâcha un juron et envoya un inutile coup de pied sur la rambarde. Il semblait pressé de s'échapper, de se défouler sur quelque chose, n'importe quoi, et Drago regretta momentanément de ne pas pouvoir lui offrir un moyen d'y parvenir. Puis, le jeune homme inspira profondément et se redressa d'un seul coup, comme pour mieux affronter la situation. L'air glacial, il demanda :

« On parle de combien exactement ? Des centaines de gallions ? Quelques milliers ?

- Des centaines de milliers, admit Drago sans exagérer. Je n'ai pas le chiffre exact, mais la dernière fois que je suis allé dans le coffre, il y a… une vingtaine d'années maintenant, c'était astronomique. A moins qu'il ait tout dilapidé, il y a assez pour vivre plusieurs vies sans faire très attention.

- D'accord. Je… Je suppose que je pourrais le donner à des gens.

- Et le Manoir ? »

Ash ferma douloureusement les yeux, et Drago comprit qu'il se souvenait de tout ce qu'il avait vécu entre les murs de ce lieu maudit en le voyant ravaler difficilement sa salive.

« J'aimerais le détruire brique par brique, pierre par pierre…

- Je t'aiderai avec joie, ne put s'empêcher de sourire Drago. Cependant, sache que l'endroit à plusieurs siècles d'histoire derrière lui, et que nombre de sorciers pourraient te traiter de fou à cette idée…

- J'ai combien de temps pour me décider ?

- Toute la vie. »

Il disait vrai. Ash pouvait très bien laisser le coffre là où il était, sans s'en préoccuper. Il pouvait laisser le Manoir subir les années, les intempéries, des envahisseurs même. Mais il savait aussi que l'existence même de ce poids suffirait à alourdir les épaules déjà chargées du jeune homme qui voudrait mettre cette histoire derrière lui au plus vite.

Ash se laissa retomber contre la rambarde, comme assommé, et Drago regretta un instant d'avoir abordé le sujet, tout en étant conscient qu'il n'aurait pas pu l'éviter éternellement. Puis, l'adolescent acquiesça, comme pour lui-même, comme pour se donner le courage d'envisager une option raisonnable, d'y réfléchir sérieusement. Et enfin, la voix pleine d'un mélange assourdissant de regrets et de colère mêlées, il finit par murmurer :

« Je te donnerais ma réponse avant la fin de l'été. »


Si l'idée de faire se dérouler deux matchs en parallèle jusqu'aux demi-finales avait paru être une excellente idée à Ash la veille, ce jour-là, il maudissait cette organisation qui le torturait. Tout avait commencé une heure auparavant, lorsqu'il avait compris qu'en plus de jouer contre l'équipe Américaine d'Hartford –équipe qui les battait continuellement aux tournois nationaux- il allait devoir subir les réactions déchainées du public brésilien.

En effet, sur le terrain d'à-côté, l'équipe Brésilienne jouait. Et comme si ce n'était pas suffisant d'entendre crier et huer sans rapport avec les actions du match qu'il s'acharnait à gagner, il devait aussi subir une pression dont il aurait souhaité se passer.

L'équipe du Mont Roraima affrontait Poudlard.

Il avait observé l'entrée sur le terrain des joueurs qu'il connaissait si bien. Harper, qu'il aurait bien voulu dévorer à la prochaine pleine lune, Julian qui paraissait si désespérément à côté de la plaque… et Olivia, toujours aussi déterminée, toujours aussi forte. Elle lui avait adressé un regard sombre depuis son poste avant que les deux arbitres ne sifflent simultanément le début des matchs.

Il avait mis quelques secondes de trop à entrer dans le jeu, et ne parvenait simplement pas à cesser de lui jeter des coups d'œil à intervalle régulier. Il lui suffisait de s'approcher de son côté du terrain pour se laisser distraire. Avant tout parce qu'il lui avait dit être amoureux d'elle et qu'elle n'avait toujours pas réagi, plus de vingt-quatre heures plus tard. Mais aussi parce qu'il pouvait lire la douleur sur son visage lorsqu'elle rattrapait les souaffles.

Elle ne semblait pas blessée. Les joueurs brésiliens étaient juste monstrueux. Leurs balais semblaient prêts à céder sous leur poids, et s'il n'avait pas eu la certitude absolue que le monde sorcier n'était pas particulièrement friands des anabolisants et autres drogues, il se serait posé des questions. La force avec laquelle les poursuiveurs envoyaient les souaffles en direction d'Olivia lui provoquait des sueurs froides.

« Oh ! hurla soudain Hollywood en lui fonçant dedans. T'as oublié pour quelle équipe tu joues, abruti ?! Arrête de mater, et concentre-toi ! »

Ash s'efforça d'obéir, parce que pour une fois qu'Hollywood disait quelque chose d'intelligent, il se sentait bien obligé de le faire. Il adressa un clin d'œil à Keegan qui semblait un peu perdu tout à coup, et le poussa à rentrer dans le jeu, comme il se devait de le faire.

Il parvint à marquer deux buts après s'être enfin réveillé. L'équipe d'Hartford était douée, mais ils s'étaient tous améliorés durant le tournoi : Keegan était rapide comme une flèche et capable de se faufiler partout, Hollywood, aussi insupportable soit-il, se défendait très bien sur un balai, et lui… Il n'avait jamais accumulé autant de points qu'au cours des derniers mois.

Il était conscient qu'Olivia l'avait bien aidé : elle s'entrainait comme une folle furieuse, mais parvenait à des résultats plus que probants, et sous ses conseils –ou plutôt ses ordres s'il devait être honnête- il avait fait des progrès.

Y songer l'obligea à lui jeter un énième regard en coin. Elle venait de laisser passer un souaffle et paraissait aussi furieuse que mal à l'aise. C'était sans doute la première fois de sa vie qu'il la voyait transpirer autant : son visage était rougi par l'effort et ses cheveux collaient à sa peau alors qu'elle peinait à retrouver son souffle.

Il reçut un cognard dans le bras et s'efforça à se reconcentrer, essayant de ne pas songer à l'état dans lequel elle se trouverait si Poudlard perdait le match. Soutenu par leur public, l'équipe brésilienne semblait suffisamment exaltée pour aller contre les pronostics évidents.

Il commença à avoir froid alors que la nuit envahissait le terrain. Il laissa son regard s'accrocher à la lune, l'espace d'une seconde, avant de marquer un énième but. Il priait pour que Zeke attrape le vif d'or, afin qu'ils en finissent : il n'avait pas envie de passer une heure à dégeler ses doigts, comme la veille.

Une clameur s'éleva soudain, sans doute en réaction à un événement sur le terrain d'à-côté et il espéra que l'attrapeur Brésilien n'avait pas mis fin au match. La dernière fois qu'il avait vérifié, le score était bien trop serré pour que Poudlard l'emporte.

Il ne mit qu'une seconde à comprendre que les cris n'étaient pas des cris de victoire, mais d'horreur.

Et une de plus à focaliser son attention toute entière sur les buts qu'était censée protéger Olivia.

Olivia qui n'était plus là.

Il vit un éclair roux dans la pénombre de la nuit, bas, bien trop bas pour qu'elle ait encore son balai avec elle. Bien trop bas pour que ce soit normal.

Bien trop bas pour que quiconque de sensé puisse s'imaginer interrompre sa chute.


Note _ *fuis pour éviter les pastèques !*

Petites questions _ 1. Avez-vous aimé les retrouvailles entre Ash & Olivia ? Et non, un "je t'aime" c'était trop tôt les concernant ah ah... :P ; 2. Pensez-vous qu'Olivia va vite pardonner à Ash ? :P ; 3. Soulagés des retrouvailles entre Ash & Mia ? 4. Pensez-vous qu'elle va aller mieux désormais & que pensez-vous de ses projets d'avenirs ? ; 5. Que va faire Ash de ses millions à votre avis ? :) ; 6. Est-ce que vous voulez me tuer pour cette fin ? :P Et qu'envisagez-vous pour la suite ? ; 7. Est-ce que ce chapitre vous a plu ? :D

Dans le prochain (et dernier) épisode _ Une chute, de la douleur, un truc de Gryffondor, des résultats, une famille, des larmes, de la peur, de la gêne, de l'injustice, des conditions, un remake, une star, une finale, une discussion difficile, un vœu, et un discours. :)

Des bisous !

Bewitch_Tales.