Commençons par les remerciements à Marina, Amarescence, cat240, Lou Celestial et Melfique pour leurs reviews, ainsi qu'à :
Zinee : Déjà, un grand merci pour ta review, et de me suivre avec autant de ferveur (c'est très loin de m'embêter comme tu peux le deviner). Crois-moi, des questions, il y en aura encore à se poser ! Si je ne donne pas les réponses trop tôt... Le suspense, c'est tout un art, et je ne suis pas forcément plus douée dans ce domaine que d'autres personnes ! Mais chhhhtt. Pour te répondre, oui, j'écris mes chapitres avec beaucoup d'avance pour être sûre de ne pas tomber en panne et vous faire lambiner pendant trois mois (ça m'est déjà arrivé et je sais que ça ne fait pas plaisir). A un moment, pour cette fic, mon grand maximum a été seize chapitres d'avance. Mais en ce moment, j'atteins la quarantaine en bonne forme. Et il y en aura encore... Je trouvais intéressant d'utiliser la formule de l'extrait du chapitre suivant histoire d'accrocher un peu plus le lecteur (ça peut plaire ou pas, mais libre à lui d'y jeter un œil). Je l'avais déjà retrouvée dans une autre fic et ça m'avait plu.
Sinon, je constate avec beaucoup de plaisir que ma fic commence à être suivie très régulièrement (au niveau des stats ça bat tous mes anciens records) : j'espère tout de même que ce n'est pas pour rire de mes maladresses syntaxiques et scénaristiques, et qu'en somme ma fic reste appréciable pour vos yeux chastes.
Bonne lecture !
Chapitre 29 – Aller plus haut
Pour aller plus haut, aller plus haut
Où l'on oublie ses souvenirs
Aller plus haut, aller plus haut
Se rapprocher de l'avenir.
Aller plus haut – Tina Arena
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Meryl, pour la première fois, se sentit heureuse tandis que les boules de neige fusaient autour d'elle, lancées au hasard, sans destination précise. Elle entendait des rires d'enfants mais ne pouvait savoir clairement d'où ils venaient. Elle se contentait de tourner sur elle-même, ressentant une joie à nulle autre pareille. Jamais elle n'avait été si euphorique de toute son existence. C'était comme si, enfin, on la laissait goûter un moment de félicité.
Il lui semblait que Hope s'était tenue à ses côtés quelques instants avant de la laisser, disparaissant comme les autres au milieu de la bataille qui s'engageait. Aucune boule n'atteignait Meryl. Elle ne sentait en tout cas pas la moindre sensation glacée sur son corps. Elle ne sentait même pas le froid. Elle écarta les bras, un sourire épanoui sur ses lèvres fines. Elle tournait toujours sur elle-même, au point d'aller toujours plus vite, et peut-être de s'envoler…
L'atmosphère changea. Ses pieds ne touchaient plus le sol, mais elle se sentait sereine, car elle savait qu'elle ne craignait rien, qu'elle se contentait de flotter. Son environnement était d'une douceur ténébreuse. Puis, progressivement, des lampes s'allumaient dans le lointain, qui ressemblaient aux boules de neige qu'elle voyait voler plus tôt. Mais ce n'étaient ni des lampes, ni des boules de neige, c'étaient…
Autour d'elle, des corps bougeaient. Mais ce n'étaient pas des silhouettes humaines. Elle s'aperçut alors qu'il s'agissait de balles, du moins ce qui y ressemblait, qui tournaient autour d'elle dans une course effrénée et infinie, nullement troublée par les aléas de la gravitation. Émerveillée, elle essaya de les toucher, mais une force quelconque l'en empêcha ; il lui sembla qu'elle n'avait pas le droit de le faire. Mais ses yeux continuèrent de suivre les astres, jusqu'à percevoir un autre mouvement, qui arrivait dans sa direction à toute vitesse. Elle tourna la tête, et vit cette fois une forme diffuse, traînant derrière elle un long ruban de flammes. Elle la reconnut bientôt : c'était une femme, et ses yeux s'embuèrent de larmes en la reconnaissant. Son visage était flou, Meryl ne la distinguait pas vraiment, mais elle savait que c'était elle. Elle l'appela, folle de joie, mais l'autre se contenta de la regarder en silence, avant de s'exclamer, d'une voix forte et désincarnée : « Reviens, petite étoile ! »
Elle ouvrit brusquement les yeux, mais ne revint pas immédiatement à elle. Au-dessus d'elle, Ted était penché, une main posée sur son épaule, un peu trop proche à son goût. Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle poussa un grognement et dit, d'un ton acide :
« Je te prierai de t'éloigner de moi. Immédiatement.
-Comme si tu me faisais peur, vieille furie, » ricana t-il, en s'exécutant néanmoins.
Il y avait longtemps qu'il n'avait pas utilisé ce surnom, et elle n'aimait pas l'entendre dans sa bouche. Il lui rappelait la haine qu'il avait éprouvée envers elle lors de leur toute première rencontre.
« Tu marmonnais dans ton sommeil, j'essayais de savoir ce que tu disais, lui fit-il finalement remarquer.
-Ah oui ? »
Elle se sentit un peu honteuse qu'il l'eût surprise à dormir. D'ailleurs, de quel droit s'était-il permis d'entrer dans l'infirmerie alors qu'elle était assoupie ?
« J'espère que tu n'es pas malade, parce qu'on ne va pas te laisser prendre du repos pendant un moment.
-Ah bon ? Et pourquoi donc ? » demanda t-elle, intriguée.
Il prit une grande inspiration. Il avait fait des pieds et des mains pour convaincre Neville du bien-fondé de son idée, même s'il comprenait très bien le scepticisme de ce dernier. Après tout, il prenait le risque qu'elle se retournât contre lui, puisque son allégeance était toujours tournée vers le camp adverse… Mais il devait tirer profit de la relation qu'il avait avec elle et lui montrer qu'il lui faisait confiance. Restait néanmoins à la surveiller en permanence après cette annonce…
« Neville a un plan. Pour libérer les Enfants du Pensionnat, je veux dire. »
Elle n'eut étrangement aucune réaction sur le coup. Elle se contenta de le scruter.
« Et ?
-Très bientôt, on partira à Winchester, pour mener une attaque surprise. Et j'ai proposé que tu sois des nôtres. »
Il la vit hausser les sourcils, visiblement troublée.
« Mais pourquoi ? A l'origine nous sommes ennemis. Pourquoi me ramener là-bas ? Pour vous débarrasser de moi ? Ou pour me décrédibiliser davantage à leurs yeux ? Tu ne crois pas aussi que c'est imprudent, qu'à tout moment je peux me retourner contre vous ?
-Non, ce n'est pas exclu. Mais… Pour être franc, je pensais qu'on pouvait se servir de toi comme appât. »
Il avait dit cela d'un ton qui se voulait détaché, mais il était nerveux, et il y avait de quoi : elle avait presque envie d'éclater de rire à cette annonce. Quelle naïveté ! Lui dire en face qu'il comptait se servir d'elle ! Sachant qu'elle était capable de les empêcher d'aller au bout de leur projet…
« Comme tu es direct, fit-elle remarquer, un sourire trahissant difficilement son ironie.
-Mais au moins je suis sincère. Et de toute façon, tu n'aimais pas non plus vraiment les surveillantes, non ?
-Je ne les détestais pas non plus, et il n'empêche qu'elles sont mes consœurs. Quant à miss Goldheart, j'ai une dette envers elle.
-Une dette ? Et de quel type ?
-Tu as oublié, petit Rebelle ? La fois où toi et ton ami avez voulu me faire du mal.
-Ah ça… Juste une farce. »
Il la vit se pincer les lèvres, et préféra ne pas s'attarder sur le sujet.
« Et donc, si tu la revois, tu vas devoir te retourner contre nous, pas vrai ?
-Et pourquoi pas ?
-Ah, voilà qui est ennuyeux…
-Je ne veux pas apporter plus d'ennuis qu'il n'en est nécessaire. A l'heure actuelle, le Seigneur en personne a lancé des troupes à ma recherche. J'ignore pourquoi j'ai tellement d'importance à Ses yeux, et je ne peux pas le savoir puisque vous me gardez emprisonnée ici, sans doute parce que les Rebelles sont trop heureux de détenir quelque chose qu'Il veut. Miss Goldheart a sans doute eu des ennuis à cause de nous, et je ne sais pas dans quel état je retrouverai le Pensionnat au retour… Je… Je ne me sens pas le courage de retourner là-bas alors que je suis sans doute la cause de grands bouleversements. »
Ted hocha la tête. Il comprenait aussi que Neville répugnât à emmener Meryl pour une mission aussi dangereuse, à présent qu'il savait plus de choses sur elle, la nature de son sang, son importance pour le Seigneur… Les informations parvenaient lentement, mais il envisageait peut-être qu'en attaquant le Pensionnat, il ferait d'une pierre deux coups : et ils délivraient les enfants, et il se permettait d'interroger la directrice pour qu'elle leur en révèle davantage sur la jeune fille.
Mais un voile opaque paraissait masquer le passé de Meryl. Elle-même ne savait rien de sa naissance, uniquement les informations nécessaires. Elle leur avait dit, longtemps auparavant, à lui et ses camarades : « Vous n'avez que vos noms pour chercher. » Elle aussi avait la possibilité de le faire, mais était-ce seulement son vrai nom, quand on y pensait ? Et si le Seigneur n'avait pas poussé la prudence à en inventer un autre pour la fillette qu'il avait recueillie ? Qui était vraiment Meryl ?
C'était la question que tous se posaient depuis un long moment et à laquelle personne ne trouvait de réponse. Mais Neville doutait qu'elle se trouvait en petits morceaux épars entre les mains des différents serviteurs du Seigneur.
« Meryl, tu ne veux pas savoir ce qu'il te veut, sans prendre le risque de te faire capturer ?
-Et si, justement, j'ai envie de me laisser capturer ?
-Tu n'es pas honnête quand tu me dis ça. Je sais bien qu'au fond de toi, tu doutes. Luna me dit d'ailleurs que cela dure depuis très longtemps, vu l'âge des Joncheruines qui t'embrouillent le cerveau (son ton avait légèrement grimpé sur la fin, comme il avait du mal à conserver son sérieux en disant ces mots).
-Tu ne vas pas croire ses sornettes ?
-Je commence à connaître Luna, elle ne dit jamais les choses sur un coup de tête. Tu n'as pas toujours adhéré aveuglément aux préceptes du Seigneur, non ? »
Elle resta silencieuse. La vérité était qu'elle ne savait pas. Avec quelque ironie, elle songea qu'à l'heure qu'il était, son cerveau devait être entièrement dévoré par les Joncheruines que Luna était seule à voir. Évidemment, quand elle était petite, elle était trop jeune pour s'intéresser aux questions idéologiques et à la politique naissante du Nouveau Ministère. Elle avait peu de souvenirs de cette époque, seulement qu'elle était déjà solitaire et peu disposée à partager les jeux de ses camarades. Corin avait été son unique compagnon, mais il avait fini par mourir – c'était ainsi, tout ce à quoi elle s'attachait était destiné à être éphémère. Son arrivée au Pensionnat avait été un dépaysement total l'été de ses onze ans, et elle avait mis un moment à s'habituer à l'atmosphère étrange du lieu. Elle se souvenait, elle était seule et pleine d'espoir à l'idée, peut-être, de changer de vie. Avec elle, d'autres orphelins s'étaient déjà vus assigner leur chambre, et ils avaient lié connaissance, tentant de s'entendre dans la mesure du possible. Mais lorsque les autres Enfants de Héros, ceux venant de familles renommées autant que ceux des classes inférieures qui avaient encore une famille, étaient arrivés, les choses s'étaient modifiées. Le faible lien qui l'unissait aux autres s'était de nouveau brisé, et cela parce qu'elle s'était éloignée, de honte et de peur aussi. Les groupes d'amis s'étaient formés, solidifiés, la laissant bloquée à l'extérieur, dans son monde solitaire. Et les choses ne s'étaient pas arrangées quand Helena Yaxley et ses amis étaient venus la voir, un jour, pour lui jeter au visage qu'ils savaient qui elle était et qu'ils lui feraient vivre un enfer à cause de cela. Et lorsque la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre, tout le monde s'était tenu éloigné d'elle comme si elle avait la peste, jugeant qu'il n'était pas bon de la fréquenter. Seuls les professeurs et les surveillants l'approchaient sans peur, mais ceux-là encore étaient mesquins, la traitant presque comme un animal de foire – sans compter que certains savaient sûrement quelque chose de plus. Une seule personne, un jour, pourtant, avait retiré le masque de méchanceté qui s'animait sur le visage de tous et lui avait parlé en face, comme à une égale. Une belle surveillante à la peau noire, qui l'avait très vite surnommée sa « petite étoile »…
« Si tu le souhaites, tu peux m'appeler... »
Elle leva brusquement la tête vers Ted, qui sursauta, s'étant habitué depuis longtemps à la voir plonger dans une sorte d'apathie lorsqu'elle réfléchissait. Surpris, il ne comprit pas immédiatement ce qu'elle lui dit, dans une précipitation qui lui faisait mâcher ses mots. Lorsqu'il lui demanda de répéter, elle reprit son calme et apaisa son souffle, avant de murmurer, comme si cela lui coûtait :
« Qu'attendez-vous donc de moi ? »
~oOo~
Katie toussait beaucoup, ces derniers temps. Shani commençait à s'en inquiéter. Tandis qu'elle ramenait la mince couverture trouée jusqu'au menton de sa protégée, elle tâtait son front, vérifiant que la fièvre ne montait pas. Elle avait déjà essayé de savoir si ce n'était pas ce qu'elle craignait ; mais c'était encore trop tôt pour avoir une réponse, alors elle priait pour ce que ne fût pas le cas. Elle s'attendait néanmoins à ce que cela arrive. Le maître l'avait elle-même très souvent abrutie avec des drogues qu'il osait appeler potions lorsqu'ils se retrouvaient, cela dans le but de disposer d'elle comme il le voulait. Mais Katie ne semblait pourtant pas en avoir besoin : elle était déjà frêle et vulnérable, et considérait toujours Nott comme le sauveur envers qui elle devait payer ses dettes, quelles qu'elles fussent. Et ce comportement révoltait Shani, qui avait pourtant petit à petit perdu l'espoir de ramener Katie à la raison. Après s'être fait sévèrement réprimander par le maître, elle avait compris que son poids ne pesait rien dans la balance, et s'était rendu compte de son impuissance. Tout ce qu'elle pouvait faire était réparer les dégâts et prévenir le danger.
« Isis, as-tu des médicaments ? » demanda t-elle, machinalement, à sa fille qui veillait de temps à autre avec elle.
Cette dernière acquiesça et se leva pour aller en chercher. Il y avait au moins quelques privilèges que les prisonniers pouvaient obtenir, c'était de posséder les moyens de se soigner par eux-mêmes, à condition qu'ils fussent sages.
Le maître avait au moins la grande mansuétude de céder des remèdes lorsque ses précieux prisonniers étaient malades, afin de ne pas les perdre et de ne pas être obligé d'en racheter. Shani utilisait ceux qui avaient le mérite de faire baisser légèrement la fièvre pendant une heure. Il valait mieux cependant qu'ils ne fussent pas vomis immédiatement après.
« Ça va mieux ? » demanda t-elle, d'un ton doux, en se penchant sur Katie une fois que la manœuvre fut faite.
La jeune fille acquiesça et se cala plus confortablement sous sa couverture. Ce qu'elle est brûlante, songea Shani. Cela était aussi dû au fait que n'étant pas ici depuis longtemps, elle n'était pas encore habituée au climat du lieu et aux précautions à prendre, surtout lorsqu'on était aussi légèrement vêtue qu'un Elfe de Maison.
Shani n'était pas une sorcière, à l'origine. Avant d'être capturée par les sorciers, elle ignorait même jusqu'à leur existence, et son cas n'était pas le seul, semblait-il, même si parmi les esclaves moldus, certains avaient été mariés ou amis avec des personnes de ce monde, affirmant ainsi qu'ils n'étaient pas tous mauvais. Mais Shani en doutait, n'ayant connu que l'infamie et les atrocités que ces gens étaient capables de commettre. La présence de certains sorciers, de ce qu'elle avait compris « nés-moldus » ou « sang-mêlé », avait néanmoins relativisé son jugement. Elle avait fui son pays dans l'espoir de vivre libre, mais était tombée dans un piège par mégarde, comprenant trop tard qu'une nouvelle dictature naissait, que personne n'avait jamais soupçonnée avant. Il fallait dire que les sorciers tenaient à cœur de ne pas révéler leur existence, jusqu'au coup d'État de celui qu'on appelait « le Seigneur » sans oser même prononcer son véritable nom. Cela semblait dû à une superstition ancienne, puisque les gens avaient pris l'habitude de ne jamais le mentionner, et même de le faire connaître à ceux qui ne savaient rien de cet homme. On savait seulement qu'il ne fallait jamais blasphémer à son sujet sous peine d'une punition sévère, le maître lui-même étant un de ses vassaux.
« Il me manque. »
La voix, faible, résonna pourtant comme un son retentissant dans la chambre vide. Shani ressentit un élan de pitié pour cette pauvre jeune fille qui n'avait plus sa tête. Celle-ci n'arrêtait pas de parler de lui, murmurant sans cesse son espérance de le voir revenir, lui qui faisait attention à elle, qui s'occupait si bien d'elle… La femme ne ressentait que du dégoût pour cet homme, mais elle laissait Katie parler, songeant qu'il ne s'agissait que d'un délire passager, qu'à son réveil, elle vivrait de nouveau dans la peur du maître… Mais avait-elle seulement eu une fois peur du maître ? Non, et cette absence de haine avait même suscité les soupçons des autres esclaves vis-à-vis d'elle. Certains n'étaient pas dupes, et Shani entendait les rumeurs qui circulaient entre les groupes quand la jeune fille n'était pas là, qui l'avaient concernée une dizaine d'années auparavant : le mot « putain », notamment, était dans toutes les bouches, en tout cas celles des personnes les moins avisées. D'autres préféraient garder leurs distances sur le sujet, mais il n'était pas rare qu'on tentât d'extorquer des informations à Shani, à Isis voire même à la principale concernée.
« Tu n'as pas besoin de lui pour le moment, Katie. Tu dois te remettre toute seule, parce qu'il ne peut pas te guérir. »
Katie poussa un long gémissement, semblable à celui d'un animal blessé, avant que son corps ne fût pris d'un brusque soubresaut. Shani passa une main sous sa tête et redressa légèrement l'oreiller de fortune qu'elle avait pu obtenir, afin d'offrir un certain confort à sa protégée.
« Il ne faut pas penser à lui. C'est lui qui te rends malade. Si tu l'oublies, tu guériras. »
Elle espérait que ces mots eussent un effet positif. Après tout, si Theodore Nott réussissait à manipuler cette enfant aussi facilement, Shani se disait qu'elle pouvait faire de même, même si elle ne possédait pas le don de persuasion du maître et qu'elle était beaucoup trop diplomate pour être capable de marteler des doctrines dans l'esprit des autres.
« Alors je resterai malade longtemps, pas vrai ? »
Elle arrêta un moment tout mouvement, prise par surprise. La seule phrase intelligible qu'avait prononcée Katie. Et dans son regard, il y avait comme une joie mauvaise qui l'inquiéta.
« Tu ne comprends pas, Shani… Je ne peux pas l'oublier. C'est trop tard, maintenant.
-Cesse de parler, cela vaudrait mieux…
-Je dis ce qui est, et c'est vrai. Tu ne dois pas t'inquiéter, je suis… »
Elle s'arrêta de parler, le temps de retenir sa respiration pour faire passer la toux qui lui montait au nez.
« … Je suis contente, au fond. Il m'a sauvée, c'est tout ce qui compte. Et puis, il a tellement confiance en moi, je ne voudrais pas le décevoir…
-Le décevoir pour quoi ? »
Shani sentit son sang battre contre ses tempes, attendant une révélation.
« Il m'a dit que ça devait rester entre nous, alors je ne vais rien dire. »
Le sourire de Katie, à ce moment, était plein de candeur.
« Mais si je le rends heureux, ma dette sera payée.
-Quelle dette ? Il profite de toi ! » s'exclama t-elle, brutalement. Elle en avait assez d'entendre ces énormités.
A ce moment, elle s'aperçut de la présence d'Isis, qui les regardait avec dans ses grands yeux noirs une lueur de frayeur mêlée de curiosité. Et elle eut un haut-le-cœur en croisant ses yeux, aussi pointa t-elle la porte du doigt à sa fille, pour lui indiquer de sortir. Celle-ci se leva, un peu déçue de ne pouvoir continuer à suivre cette étrange conversation.
« Écoute, Katie, je l'ai connu avant toi, et je sais ce qu'il veut, et de quoi il est capable. Il te tuera sans remords dès qu'il n'aura plus besoin de toi. Il a bien failli le faire avec moi, et avec Isis aussi, même si elle ne s'en souvient pas. Je l'ai vu assassiner des gens sous mes yeux, ici même, dans ce manoir, simplement parce qu'ils ne pouvaient plus accomplir leurs tâches correctement. Et il disait ensuite, je le dis mot pour mot, à leur sujet : « débarrassez-moi de ça » comme s'ils étaient une saleté sur sa moquette. Ce type est une ordure sans cœur, incapable d'éprouver du bonheur. Il n'a même jamais ressenti de l'amour pour personne. Alors je te le dis en face : ce n'est sûrement pas toi qui vas changer ce qu'il est, puisqu'il est déjà pourri à l'intérieur. »
Elle espérait avoir fait naître une lueur de compréhension dans les yeux de Katie, mais il n'y avait rien à faire. Katie se contenta de lui faire un minuscule sourire indéchiffrable. Puis elle se replongea sous sa couverture et, après quelques toux successives, chercha une position confortable pour trouver le sommeil.
Encore une fois, elle ne retiendrait pas un traître mot de la leçon.
~oOo~
Pétrifiée, Helena regarda les deux hommes qui lui faisaient face, la considérant d'un air affable tout ce qu'il y avait de plus irritant. Il était impossible de deviner l'expression de son visage, qui pouvait être aussi bien surprise que furieuse. Elle avait juste besoin de digérer la nouvelle, et son père la connaissait suffisamment bien pour être sûr qu'il lui faudrait un certain temps avant de réagir vraiment.
« Vous… êtes vraiment sûrs ? N'est-ce pas un peu trop tôt ? »
L'homme à côté de Yaxley lança un regard éloquent à son hôte, puis haussa les épaules. L'invité était longiligne, nonchalant, portant fièrement le bouc tandis qu'il gardait ses mains croisées sur ses genoux, dans une position efféminée qui ne manquait néanmoins pas de charme. Il se dégageait toutefois de lui une sensation de malaise, ce qui n'était guère étonnant quand on savait qui il était.
« Il a insisté auprès de moi, » dit-il, le ton neutre. Mais on pouvait deviner une forme de sourire dans cette dernière phrase, une sorte d'ironie doublée de jubilation.
Helena pointa sur lui un regard vif, et il eut un mouvement brusque. Ces yeux lui rappelaient désagréablement une personne de sa connaissance, dont il préférait oublier l'image à présent qu'elle avait disparu de sa vie. Mais l'idée seulement de devoir l'affronter de nouveau ne le réjouissait guère, même s'il savait que ce n'était pas lui qui profiterait de cette opportunité, si elle était saisie par la jeune femme.
« Ce n'est guère étonnant, je ne suis pas dupe. Cela fait quelques temps qu'il devenait de plus en plus… protecteur avec moi. Mais je n'ai pas besoin d'un chaperon. J'allais lui demander d'arrêter ces marques… d'attention. »
Elle avait la même façon de parler que son père, et ce dernier sourit. Toujours à hésiter face à un mot qu'elle savait mal choisi, mais utilisé tout de même avec une pointe de moquerie. Sa fille était exceptionnelle. Nul doute qu'elle ferait une grande Héroïne, lorsqu'elle atteindrait l'âge mûr.
« Je lui transmettrai le message, à condition que vous me donniez votre réponse avant. A moins qu'il ne doive venir vous voir en personne ?
-Qu'il vienne, donc. S'il veut être digne de moi, autant cesser de se défiler et d'envoyer des hiboux à sa place. Est-il derrière la porte ? »
Un peu vexé d'avoir été comparé à un hibou, l'homme ne croisa pas de nouveau le regard moqueur de Yaxley et secoua ses épaules d'un geste fataliste, montrant qu'il ne savait pas. On ne le traitait pas de la sorte, il était tout de même un membre de la haute société, son nom de famille ayant fait ses preuves dans les précédentes années.
« Faîtes-le entrer, et je veux que l'on parle seul à seule. »
Yaxley fit signe à son invité de se lever et ce dernier s'exécuta, s'inclinant sèchement face à la jeune fille sans même lui faire de baisemain. Mais elle s'en moquait, visiblement. Dans ses yeux, une lueur dansait, d'excitation et de curiosité aussi.
Les deux hommes ouvrirent la porte qui se referma aussitôt après leur passage, et Helena se retrouva seule. Elle avait quelques minutes pour penser à ce qu'elle venait d'apprendre. Un mariage… Si tôt ? Elle n'avait que dix-sept ans, après tout… Son prétendant était bien hâtif. C'était pourquoi elle avait l'intention de s'entretenir avec lui de cette étrange farce.
La porte s'ouvrit de nouveau, et il se retrouva sur le seuil, un sourire assuré aux lèvres. Elle avait été tellement habituée à le voir toutes ces années qu'elle ne l'avait jamais vraiment remarqué, mais elle s'apercevait à présent que ce qui avait attisé son intérêt pour lui dès le départ était son extravagante confiance en lui, qui l'avait séduite d'une certaine manière. Il allait faire un compagnon, voire un vassal fidèle, et elle l'avait soigneusement sélectionné pour qu'il devînt son ami.
Il ressemblait à son père, avec son fin visage ovale, un peu anguleux, sa mâchoire virile et ses cheveux châtains volontairement négligés. Son regard était calculateur et alerte, tout comme celui d'Helena. Ils avaient nombre de points communs, mais jamais au grand jamais elle n'aurait pensé à voir en lui un… un… Un époux.
« Alors ? Quelles sont tes justifications ? »
Le sourire de l'autre s'élargit d'autant plus, et Helena se sentit dérangée. A présent qu'ils étaient seuls, tous les deux, sans une tierce personne comme Theodora, elle prenait enfin le temps de s'attarder sur lui, le dévisageant comme jamais, avide de connaître ses raisons et ses sentiments.
« Il me semble que la plus évidente parmi toutes est l'amour inconditionnel que je te porte depuis des années, Hel', lui dit-il, d'une voix qu'il voulait la plus douce possible, mais sans vraiment de succès.
-Mais cela ne suffit pas. N'oublie pas qu'il y a aussi cette histoire d'alliance entre les familles de sang pur, qui est notre raison de nous battre et d'exister. As-tu pris cette décision de ton propre chef ou tes parents y ont-ils concouru ?
-Tu es la seule femme que je connaisse véritablement, Hel', à part Thea. Mais Thea n'est pour moi rien de plus qu'une amie, et elle est beaucoup trop sage pour que je me contente d'elle… Ce qu'il me faut, c'est un caractère fort, comme le tien. Tes états d'esprit sont de vrais trésors pour moi, et je suis conscient que j'en aurai besoin pour l'avenir, pour grandir et m'épanouir… J'ai pris cette décision seul, parce que je sais qui tu es. Quant à mon père, je doute qu'il t'apprécie assez pour choisir lui-même ce mariage, au vu de l'expression que j'ai vue tout à l'heure sur son visage. »
Il paraissait amusé à ce souvenir, comme si voir Rabastan Lestrange fulminer était un spectacle suffisamment exceptionnel pour qu'on s'en amuse.
« Je ne veux que toi, Helena Yaxley, parce que tu m'es destinée. Nous formerons un couple qui se soutiendra et s'utilisera, cela ne te plaît-il pas ? Tu m'aideras à dorer de nouveau le blason de ma famille et je serai pour toi le plus fidèle des serviteurs, qui serai à tes ordres en toutes circonstances et quelle que soit ta demande. Je veux que tu portes mon nom en ayant dans l'esprit que c'est lui qui te permettra d'accomplir des exploits jusqu'alors seulement imaginés. Et tu deviendras sans doute… L'autre femme, la seconde guerrière ayant jamais œuvré pour le Seigneur. »
Au fur et à mesure de ce discours, Helena se sentit de plus en plus troublée, et tressaillit à l'allusion évidente faite à la tante défunte de Caelius, la sorcière qu'elle admirait. Puis un sourire, minuscule d'abord, se forma sur ses lèvres, semblable à celui d'un enfant à qui on offrirait des sucreries. Enfin, l'idée fit son chemin dans sa tête, et s'avéra de plus en plus avantageuse et séduisante.
Helena… Lestrange. Je m'appellerai Helena Lestrange… Cela est beau, ce nom me va comme un gant.
Elle voulait devenir une guerrière et se faire remarquer du Seigneur. Et pour cela, quoi de mieux qu'une alliance avec la famille en qui Il avait le plus confiance depuis la dernière guerre ? Il lui prêterait plus attention, et elle s'efforcerait de Le satisfaire au mieux pour Lui prouver son adoration inconditionnelle. Pour Lui et la valeur du sang tant défendue au cours des années.
« Tu serais prêt à te sacrifier, pour moi ? » demanda t-elle, très doucement.
Il eut l'air heureux qu'elle lui posât cette question. Lentement, précautionneusement, il se plaça en face d'elle et posa un genou en terre, lui prenant la main. Elle commença à trembler, mais ce n'était pas d'appréhension. Plutôt d'impatience et de répulsion. Elle n'avait pas l'habitude qu'on la touchât ainsi.
« Sais-tu que dans ma famille, il est de tradition que les hommes se soumettent à leurs femmes ? Alors pourquoi ne ferais-je pas de même avec toi ? Je suis ton serviteur, Helena Yaxley, et j'en fais la demande solennelle : acceptes-tu de m'épouser ? »
C'était la première fois qu'il utilisait son nom entier. Il ne l'avait jamais appelée que par le diminutif habituel, des années auparavant. Elle sut alors que quelque chose avait changé, et que peu importe le choix qu'elle ferait, leur relation avait pris un autre tournant, jusqu'alors non soupçonné. Elle n'avait jamais vu Caelius que comme son vassal, son camarade…
Elle ne l'aimait pas, pourtant. Pas en tant qu'homme. Elle ne tomberait jamais amoureuse de lui, elle le savait. Elle se consacrerait tout entière à ses idéaux. Mais lui le savait, et même si elle sentait sa passion et son futile débordement de sentiments dans ses jolis discours, il était prêt à s'engager dans cette voie – il en était d'ailleurs l'initiateur – et lui offrait une chance inespérée, cadeau de noces.
« Dans ce cas, j'accepte. »
Il lui fit un sourire resplendissant, et elle soutint son regard, lui rendant son sourire. Mais il y avait l'habituelle lueur d'intérêt dans ses yeux, qu'il repéra et à laquelle il répondit par un baiser sur son front tandis qu'il se relevait.
Pour l'anecdote : Hel est une déesse des Enfers de la mythologie nordique, fille de Loki. Elle est chargée d'accueillir les morts dans le Royaume de Niflheim. Je vais faire comme si j'avais choisi le prénom volontairement pour ça, hein... Pourquoi l'ai-je choisi, au fait ? Parce que j'avais eu une vague pensée pour l'actrice... ?
Dans le prochain chapitre
« C'est ici, donc ? » demanda Neville, à Ted et à Meryl. Seul le garçon acquiesça, et l'homme prit le temps d'examiner le bâtiment miteux ressemblant à un vieillard voûté, sur les hauteurs.
« Ce que c'est lugubre, marmonna Luna, comme une simple constatation. Mais cela ne l'empêchait pas de frissonner, à cause du froid ou de l'appréhension, les deux peut-être.
-Exact. Je ne sais pas de quand date cette ruine, mais je n'irai pas vivre là-dedans, » grogna Neville, en gardant sa poigne serrée autour du bras de Meryl. Des souvenirs revenaient à cette dernière, du tout premier jour où elle avait transplané ici avec l'Héroïne pour avoir un entretien privé avec la directrice et se familiariser à son nouvel habitat.
Non, ce n'était pas aujourd'hui que j'allais vous dire qui est le personnage mystérieux du chapitre précédent, mais vous avez quelques petits indices ici en plus, et vous en aurez d'autres par la suite.
J'interdis donc toute tentative d'assassinat ou de torture quelles qu'elles soient (oui, Lou Celestial, tu es en partie visée : je tiens à mes pieds).
Ce chapitre était court, c'est vrai, mais je comblerai aisément cette lacune avec le prochain qui vous demandera un poil plus de temps à le lire.
Bon, le passage de fin est sans doute cliché, mais ces deux personnages pourraient faire un malheur ensemble, qui sait ?
