- C'est délicieux, s'exclama Merida, après sa première bouchée de pain d'épice.
- Succulent, renchérit Mulan qui retrempait son morceau dans son thé fumant.
Belle aurait rougi comme une tomate si ses pommettes n'avaient pas été de couleur indigo.
- C'est une recette de ma mère, indiqua-t-elle, un sourire éclairant son visage à l'un des plus beaux souvenirs qu'elle avait de Colette en dehors de leurs longues heures de lecture.
Bien qu'elle soit devenue noble, cette dernière était née roturière. Les épousailles avec Maurice s'étaient faites par amour. Sa grâce et sa bonté avait sur conquérir le c?ur de leurs sujets en plus de celui du Seigneur d'Avonlea et ses origines peu flatteuses avaient rapidement été reléguées aux oubliettes.
Par contre, la Châtelaine, n'avait jamais renié ses origines et avait mis un point d'honneur à traiter le personnel du domaine - de la cuisine aux garçons d'écuries - avec le respect dû à tout être humain. Elle avait également transmis ses valeurs à sa fille et veillé à ce qu'elle se rappelle exactement d'où venait la partie maternelle de son ascendance.
- Ne dis pas à Granny que j'ai dit ça mais, il aurait plus de succès que le sien à la fête des mineurs, confessa Ruby en soufflant sur sa tasse pour éviter de se brûler la langue, avant de prendre une gorgée.
Ariel pour sa part, réchauffait ses mains autour du récipient de faïence contenant le liquide presque bouillant.
Son regard croisa celui de Belle après qu'il se soit attardé un peu trop longuement sur la tasse ébréchée, posée sur la table parmi le set complet, restée vide.
- On pourrait peut-être inviter Rumplestiltskin à se joindre à nous, suggéra la rouquine.
- Avec tout notre bavardage, il doit savoir que nous sommes arrivées, commenta Merida.
La jeune Princesse du clan DunBroch avait un faible pour celui qu'elle avait retenu captif lorsque son c?ur était la propriété d'Emma Swann. Même s'il lui avait assuré à plus d'une reprise qu'il ne lui tenait pas grief pour les actes qu'elle avait posés contre son gré, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de culpabilité.
Belle fronça les sourcils. D'habitude, il venait au moins saluer les personnes qui passaient le pas de la porte de la cabane, avant d'opérer un retrait plus ou moins discret.
À bien y réfléchir, tout à sa préparation culinaire, elle ne l'avait pas entendu rentrer et il n'était pas venu souper ce soir.
Prise d'une soudaine panique, elle céda à l'impulsion du moment et sans explication, abandonna ses convives pour aller s'assurer qu'il était bien dans sa chambre.
- Rumple ? appela-t-elle après avoir frappé doucement.
Seul le silence lui répondit.
Elle se mordilla la lèvre inférieure, signe de sa nervosité grandissante et réitéra les coups un peu plus fort.
Peut-être dormait-il déjà ?
Il était assez tard, les filles attendaient toujours le levé de la lune pour s'aventurer dans les bois, afin que Ruby puisse être assurée de sa transformation potentielle avant de rejoindre la Ténébreuse. Condition sine qua non à leurs rencontres. Ainsi, Éric ne devenait pas fou d'inquiétude pour sa Petite Sirène.
Tant pis !
Elle avait besoin d'en avoir le c?ur net. Un mauvais pressentiment taraudait ses intestins, titillant ses sens et son intuition.
Tentant de calmer l'agitation qui menaçait de s'emparer d'elle, Belle entrebâilla la porte pour vérifier sa présence dans la bâtisse.
- Rumple ? s'enquit-elle à nouveau, pénétrant plus avant dans l'espace privé qui était celui de son mari.
Aucune réponse ne lui parvint.
Agacée par l'inconfort que lui procurait l'ignorance, elle appuya sur l'interrupteur pour inonder l'endroit de lumière.
La pièce était vide.
Pivotant sur ses talons, elle entra pratiquement en collision avec Ariel et Ruby qui arrivaient en sens inverse depuis la cuisine, suivies de près par Mulan et Merida.
- Est-ce que tout va bien ? questionna l'ancienne créature marine, détectant un signal de détresse chez son amie.
- Oui ... Non ... Je ... Rumple n'est pas là ! balbutia-t-elle tout en se dirigeant vers la porte fenêtre qui donnait sur la terrasse.
Il ne pouvait pas être encore dans le hangar à cette heure tardive. La température devait à peine atteindre les moins cinq degrés Celsius et il n'y avait aucun moyen de préserver la chaleur dans ce maudit cagibi.
Elle l'avait vu ajouter une couche de vêtements après l'autre, en fonction de la météo, au fur et à mesure que l'automne avait fait place à l'hiver au c?ur de la forêt.
Sans attendre, elle passa à l'extérieur et fut accueillie par une bise glaciale qui la fit frissonner dans son chemisier de coton blanc à manches longues, même si la Ténébreuse ne craignait pas les conditions météorologiques.
- Rumple ! cria-t-elle en direction du lieu de retraite de son époux.
Aucune ampoule n'était allumée dans la remise et son c?ur se mit à cogner de plus en plus vite.
- Rumple ! s'époumona-t-elle, encore et encore, en proie à l'affolement à présent.
Rien ne bougea dans la nuit froide et silencieuse.
- J'y vais, assura la voix de Merida à sa droite, s'avançant à découvert.
Ses amies s'étaient réunies autour d'elle sous la pergola, bravant le vent du nord, son attitude incohérente les alertant et l'inquiétude s'affichant sur son visage, même sous ses traits modifiés par la malédiction.
L'aînée du Clan DunBroch quitta la plate-forme qui constituait la terrasse de bois surplombant la rive du lac, bordant le chalet par le côté sud - zone interdite à Belle - et ne fit pas plus de quelques mètres avant d'étouffer un juron dans une langue étrangère, qui résonna bizarrement sous l'effet de son accent prononcé. Ses boucles rousses voletèrent dans le vent, alors qu'elle s'accroupissait dans la poudreuse, agitant les bras en tous sens dans de grands gestes pour balayer les cristaux de glace qui se solidifiaient en touchant terre.
Mulan et Ruby la rejoignirent en un instant, tandis que Belle restait, impuissante, à la limite de la bulle qui délimitait sa liberté.
- Oh Mon Dieu ! souffla Ariel en posant sa main droite sur l'un des poignets cintrés de cuir de son amie dans un geste d'apaisement inconscient.
- RUMPLE ! hurla Belle quand son cerveau tétanisé eut réussi à décoder que la masse informe sur le sol gelé était le corps inerte de l'homme qu'elle aimait, enseveli sous la neige.
