Les étoiles de l'orage
Chapitre 28 : Pas là pour vous
Disclaimer : Comme si tout le monde n'était pas encore au courant…
Tous les personnages, animaux, objets, lieux, créatures etc…appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement (lieux) et d'autres que j'ai crées. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.
Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.
Mrs Bennett reposa sa plume et relut sa lettre depuis le début. Elle ne comportait que quelques lignes…quelques lignes qui lui avaient demandé presque une heure de réflexion. Et elle n'était toujours pas satisfaite.
En dire trop était dangereux…ne pas en dire assez l'était également. Elle soupira et repoussant plume et parchemin au loin, elle enfuit la tête entre ses bras. Une larme inattendue perla à ses cils et glissa lentement le long de sa joue…
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Roberto s'éveilla en sursaut, et une plume tomba de son bureau où il s'était endormi. Sans y prêter attention, il se leva et fit visuellement le tour de la pièce. Il aurait juré que quelqu'un avait voulu l'éveiller …mais il était seul dans sa chambre.
Un frisson parcourut sa nuque. Que les autres fois aient pu être des hasards, des coïncidences ou de simples tours joués par son imagination, cela était bien possible. Mais ce soir, il avait bel et bien senti que quelqu'un lui frôlait le bras. Et ce n'était probablement pas accidentel : une personne désireuse de ne pas se faire remarquer aurait eu bien assez de place pour se mouvoir sans le toucher.
Il inspira profondément pour refouler l'angoisse qui menaçait de le paralyser. Si un intrus, même protégé par une cape d'invisibilité, avait voulu entrer, il avait dû nécessairement passer par la porte. Or en regagnant sa chambre, il avait pris soin de la verrouiller et d'y appliquer plusieurs sorts.
Il appuya sur la poignée…et sentit son cœur manquer un battement. La porte était déverrouillée.
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Une longue silhouette vêtue de noir longeait les murs silencieusement. Son pas rapide avait quelque chose de saccadé, comme quelqu'un pour qui chaque mouvement aurait été un effort considérable. Il finit par s'arrêter et s'appuyant contre le mur, leva les yeux vers la lune. Sa clarté laiteuse éclaira un visage pâle, crispé, dans lequel de grands yeux noirs semblaient implorer le pardon du ciel.
Ou sa force…
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« Quand nous avons tout vu, tout vécu, que nous reste-t-il ? Lorsque la vie semble s'être déchaînée pour nous, dans tous ses états, même les plus extrêmes ? Lorsque le pire et le meilleur de l'homme se sont reflétés dans nos yeux ? Lorsque enfin, nous avons le sentiment que quoi qu'il arrive, le temps se déroulera à présent sans que nous n'ayons aucune influence sur lui ?
Au moment de se poser des questions, de se dire « Ai-je bien fait ? », de chercher encore quelque chose à faire pour modifier un avenir qui se jouera sûrement sans nous, et que l'on ne trouve plus rien, au moment d'oser regarder en arrière sans baisser les yeux… Peut-être à ce moment-là faut-il savoir s'arrêter. S'arrêter, et laisser à d'autres le soin de jouer la partie. S'arrêter, mais avant s'assurer qu'ils auront les meilleures cartes possibles. S'arrêter, et enfin oser se dire : « J'ai fait tout ce qu'il y avait à faire, je ne peux plus rien faire de plus. » Oser voir cette vérité, et quitter la scène en paix… »
Extrait d'une lettre de Mariette Rösle à un correspondant inconnu, datée de quelques mois avant sa mort.
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Roberto crispa sa main sur sa baguette, et ouvrit brutalement la porte. Aucun mouvement ne vint troubler la faible clarté émanant du couloir. Par mesure de sécurité, il augmenta encore la lumière d'un simple mouvement de la main.
Un faible courant d'air le fit soudain frissonner. Il se retourna immédiatement et vit la fenêtre entreouverte. Un instant plus tôt elle avait été fermée, et le volet hermétiquement clos…
Il prit une profonde inspiration pour dominer la sensation de panique qui menaçait de le submerger. Il y avait eu des bruits de sorciers ayant reçu des visites étranges lors de la première guerre…personne n'avait rien vu, mais le lendemain ils avaient été retrouvés morts…
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La silhouette noire ferma les yeux, semblant prier pour une ultime aide. Puis elle disparut dans la nuit sans témoins.
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Roberto referma sa porte et la verrouilla, mécaniquement aussi bien que magiquement. Puis, fixant la fenêtre, il lui intima mentalement l'ordre de se refermer. Il vit alors que, contrairement à ce qu'il avait cru au premier abord, le volet n'était pas ouvert. Il ne ressentait plus non plus cette sensation d'une présence étrangère…ne sachant comment l'interpréter, il se força à surmonter l'angoisse qui menaçait de le paralyser. Faisant quelques pas, son regard accrocha une tache blanche au sol.
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Elane reposa sa tasse à demi pleine sur la table, fixant le vide d'un air absent. Elle aurait aimé parler à quelqu'un…quelqu'un qui l'aurait écouté, puis rassurée non pas en l'accablant de mots consolants, mais en parlant sérieusement avec elle. Un confident. Un ami…
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L'homme en noir apparut comme sorti de la nuit même, toujours courbée en deux par la douleur. Il tenta de se redresser en agrippant la barrière du perron, avant de tendre la main vers la porte. Ses doigts tremblants effleurèrent la poignée, il murmura quelques mots et dans un effort surhumain, il parvint à déverrouiller et pousser le battant. Il pénétra silencieusement dans le hall et referma avec effort la porte derrière lui. S'il avait cru venir un jour chercher refuge ici…
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Quelques pétales jonchaient le sol. Roberto se baissa doucement et ramassa délicatement les deux fleurs. Des myosotis blancs…Etait-ce la marque de son mystérieux visiteur ? Si visiteur il y avait bien eu… Et que signifiait ce geste ?
Un lointain souvenir remonta à la surface. Un froid après-midi d'automne…la voix de sa grand-mère…les myosotis dans sa main…. Le myosotis avait une signification précise…Ne m'oubliez jamais…
C'était cela. Cette fleur servait à demander qu'on se souvienne de quelqu'un…
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L'homme serra les dents sous l'effet de la douleur avant de descendre quelques marches. Il ne vit pas le rai de lumière sous la porte...il l'entrebâilla.
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Elane releva la tête et vit la porte s'entrouvrir.
- Qui va là ? demanda-t-elle.
Un homme vêtu de noir pénétra alors dans la pièce. Elane voulut répéter sa question plus fort, mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge. La silhouette en noir releva la tête pour la fixer de ses deux yeux couleur d'onyx.
-Seigneur…murmura-t-elle.
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Roberto donna un coup de poing rageur dans son oreiller et implora silencieusement le ciel, les nymphes, les fées ou quiconque voudrait bien avoir pitié de lui, de lui accorder le sommeil. Juste quelques heures…quelques heures pour oublier.
Il se recoucha sur le dos en soupirant et contempla le plafond. Comment en suis-je arrivé là ? Ces derniers jours, toute notion de raison et de bon sens avait déserté sa vie…
Il était allé coucher dans sa salle de classe. Là, devant son bureau, il avait étalé une couverture sur le plancher, et s'était recouvert d'une autre. Cette situation est tellement ridicule, tellement désespérée…même quelqu'un animé des pires intentions n'aurait pas l'idée de venir me chercher ici…
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-Professeur Rogue…murmura Elane.
Ce dernier repoussa sa capuche en arrière d'un geste qui contenait encore des traces de dignité, malgré la grimace de couleur.
-Et bien ? dit-il de sa voix lente et froide. Qu'allez-vous faire maintenant ?
-Ce que je vais faire ? répéta-t-elle.
-Oui…qu'allez-vous faire ? Chercher quelques-uns de vos amis, sous le faux prétexte de m'aider, avant qu'ils puissent venir assister à ma déchéance ? Le terrible, le menaçant, le si antipathique et si douteux Severus Rogue…réduit à venir chercher protection dans la maison d'un ennemi décédé ?
Sa voix enflait tel un grondement à mesure que les mots coulaient de sa bouche.
-C'est cela que vous voulez ? finit-il par hurler. Mais allez-y ! Faites donc !! De toute façon…
Mais il ne put continuer : le fouet de la douleur lui fit à nouveau courber l'échine. Respirant difficilement, il observa à travers le rideau de ses cheveux noirs la pâle silhouette d'Elane, qui s'était doucement levée.
- J'aurais espéré que vous ne me croyiez pas capable d'une telle bassesse, dit-elle d'une voix voilée.
Elle s'approcha lentement et resta à quelques pas de lui. Malgré lui, Severus baissa les yeux un bref instant. Puis soudain, il se courba en deux et tomba à terre.
Un bref instant Elane demeura interdite, puis elle se précipita auprès de la forme prostrée.
-Oh professeur Rogue…qu'est-ce que ce monde a donc fait de vous…murmura-t-elle.
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Le pied de Wladeck heurta sa table de chevet. Dans l'obscurité, il articula silencieusement un juron pour ne pas réveiller les autres occupants endormis de la chambre.
-Quelque chose ne va pas ? demanda soudain une voix basse.
Harry. Ne dort-il donc jamais ? se demanda Wladeck.
- Tout va bien, chuchota-t-il en réponse.
- Tu es resté debout tard ? demanda Harry, en prenant soin de ne pas réveiller les autres.
- Disons qu'ils m'ont offert une bouteille de whisky…je l'ai ramenée ici puis je me suis dit que je pouvais bien m'offrir un petit plaisir. Tu en voulais ?
Il entendit Harry pouffer.
- Si je dois disparaître demain, au moins je n'aurais pas vécu pour rien, conclut Wladeck.
Bien plus tard, Harry aurait l'occasion de se demander si Wladeck, si mystérieux, avec sa sensibilité tellement différente de celle des autres, ne savait pas déjà… Si quelque part dans son esprit ne se trouvait pas déjà la prémonition de ce qui allait lui arriver…
Peut-être avait-il déjà perçu le changement. Peut-être l'avait-il précédé…peut-être à ce moment était-il déjà loin d'eux …Déjà trop avancé dans ces temps sombres…
…
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Elane sentit Rogue tressaillir alors qu'elle baignait la dernière coupure de son front. Il battit des paupières avant d'ouvrir les yeux. L'eau claire se mêla dans le lac noir…Sans crainte, sans hâte, mais avec douceur et respect.
Severus tressaillit à nouveau. Une vague sensation de bien-être envahissait sa tête embrumée et se diffusait dans tout son être. Lorsqu'il parvint à ouvrir les yeux, il croisa un regard neutre. Ni froid ou hostile, comme il en avait l'habitude, mais sans inquiétude ou signe de compassion excessive.
- J'ai réussi à vous administrer un peu de potion anti-douleur alors que vous étiez inconscient, mais il serait peut-être préférable que vous en repreniez, finit-elle par dire.
Elle se détourna. Severus se rendit alors compte qu'elle était l'une des rares personnes à avoir accepté son regard comme celui d'un égal. Elle ne le craignait pas. Mais il n'était pas un de ses amis non plus. Cette pensée lui fit l'effet d'un coup de fouet.
Il ne devait pas se laisser aller à la faiblesse mais trouver la force de jouer son personnage jusqu'au bout. Et pourtant, il eut été si reposant de poser un instant le masque…
De toute façon, songea-t-il avec mélancolie, ce qu'il y a derrière serait peut-être encore pire pour vous…
Il la vit préparer une tasse de thé fumante avant de revenir avec la potion annoncée.
-Ce thé a des vertus réconfortantes…du moins fera-t-il passer le goût de la potion et vous réchauffera.
Il acquiesça. Elle n'avait pas osé évoquer réellement un besoin de réconfort quelconque…D'une certaine façon il lui en était reconnaissant : il aurait alors été obligé de se montrer rude envers elle …or il n'en avait pas envie.
Elle lui donna la cuillère de potion en main, évitant le geste trop maternel de la lui porter à la bouche qui, elle le sentait, aurait brisé cet équilibre fragile, puis elle lui apporta la tasse de thé.
-Prenez-en aussi, dit-il.
Sans sembler déconcertée, elle se versa également une tasse et s'assit sur une chaise, à côté de la banquette où elle l'avait allongé. Pour la première fois il remarqua alors la couverture sur lui.
-Pourquoi faites-vous cela ? demanda-t-il.
- Je n'attends rien de vous en échange si c'est cela que vous craignez. Je ne vais pas me mettre à éprouver une inquiétude de tous les instants pour le héros tragique que vous êtes, ni à chercher votre amitié, ni vous jurer que je serai toujours là, quoi qu'il arrive. Ce qui ne veut pas dire non plus que vous êtes obligé de vous montrer caustique et impoli…
Elle l'avait très bien compris, se rendit-il compte. Tous les détours, toute l'ironie voire la méchanceté qu'il pourrait employer ne l'empêcheraient de voir clair dans son jeu…Et pourtant elle ne cherchait pas l'affrontement. Elle ne cherchait pas son respect non plus …que voulait-elle alors ?
Rien. C'était la seule réponse possible. Il n'y avait aucune préméditation dans ses paroles et ses actes. Il ne pouvait donc l'affronter, car il n'y avait de jeu à deviner et à doubler. Severus aurait pu tout simplement en rester là, mais quelque chose le poussait à poursuivre la conversation, malgré son état de faiblesse à la fois physique et mentale.
Dans ce cas je n'essayerai pas.
Elle leva les yeux vers lui.
-Ou plutôt je ne prendrai pas la peine d'essayer, je suis suffisamment fatigué comme cela.
Elle retint un petit sourire, appréciant le compliment implicite. Cette conversation commençait à l'intéresser. Mais il y avait un autre point qu'elle devait tout d'abord éclaircir…
-Que vous est-il arrivé, pour que vous reveniez ainsi ?
Le visage de Rogue, qui semblait presque détendu un instant auparavant, se referma instantanément. Plus que jamais.
-Je ne vois pas en quoi…
-…cela me concerne ? Moi, je pourrai vous dire pourquoi : nous savons tous les deux où vous étiez cette nuit, ce que vous faisez pour l'Ordre. Apprenez que je vous ai déjà vu crisper votre visage après avoir fait un geste rapide, vous raidir pour dissimuler le fait que vous boitiez.
- Sachez que je n'ai pas de comptes à vous rendre, Miss Rösle ! cracha Rogue
Ils se dévisagèrent, les yeux de Rogue étincelants, ceux d'Elane aussi sombres qu'un ciel d'orage.
Je ne suis pas votre élève, professeur, et je ne l'ai jamais été. Vos regards sombres ne me rappellent pas de mauvais souvenirs, votre attitude froide ne m'impressionne pas et quant à vos sarcasmes ….apprenez, monsieur Rogue, que j'ai déjà vécu pire. Je n'ai rien à vous prouvez, vous n'avez pas de compte à me rendre. Mais reconnaissez que si je n'avais pas été là…
Elle laissa sa phrase en suspense.
-Vous ne me devez rien. Vous pouvez dès demain aller vous jeter du haut de la plus haute tour de Poudlard, cela vous regarde. Je n'en ferai pas un drame personnel…mais même votre fantôme ne pourra m'empêcher de m'en souvenir comme un drame humain. Et vous pouvez bien user de toute votre ironie, vous ne parviendrez pas à me faire dire que c'est la perte de quelqu'un d'utile à l'ordre que je déplorerai.
Il y eut un silence. Tous deux savaient que s'il ne répondait pas…ils n'auraient plus rien à se dire.
- J'étais chez Voldemort. Il s'ennuyait et était vaguement agacé…nous étions plusieurs avec lui mais quand les autres sont partis…j'ai eu droit à une leçon de combat particulière. Quelle chance ! Combattre avec le maître en personne…et savoir qu'il ne me tuera pas : mes autres talents peuvent encore lui servir. Ma valeur est celle de l'outil que je représente…
Le silence…deux regards baissés…la nuit enveloppant les premiers pas hésitants vers la confiance…
Curieusement, ce fut Rogue qui releva les yeux le premier, observant de côté le visage pâle qui lui faisait face. En attente. Avec respect. Et presque …dans la crainte d'un jugement.
Pourquoi n'en avez-vous pas parlé plus tôt ? Vous auriez dû nous le dire….vous auriez pu nous le dire… Quelle inconscience …quelle fierté… Et finalement…
-Je peux peut-être vous aider…
Rogue se redressa.
- … du moins si vous m'y autorisez, ajouta-t-elle.
Il garda le silence.
-Vous ne voulez pas entendre parler d'amitié… ce n'est pas ce que je cherche. Le mot sympathique vous impressionne…parlons d'une alliance. Un travail commun. D'égal à égale.
Il ne répondit toujours pas. Silencieusement, elle alla poser leurs deux tasses sur l'évier avant de revenir vers la banquette. Rogue se redressa et parvint à se mettre debout face à elle. Le faible éclairage créait des ombres sur son visage fatigué, émacié. Usé…
La longue main féminine, si fine et blanche, s'approcha de la silhouette noire, lentement, comme pour ne pas effrayer un animal blessé. Et le miracle se produisit : les longs doigts nerveux se glissèrent sous les siens.
En un geste fluide et élégant, Rogue porta sa main à ses lèvres avant de la laisser doucement glisser.
Seriez-vous par hasard un gentleman, professeur ?
Je pense avoir appris à apprécier la valeur des gens que je rencontre…
Bon ben je sais que j'ai mis un temps fou (hum!) à ajouter ce nouveau chapitre…j'espère mettre moins de temps pour le suivant ! J'ai beaucoup hésité, j'ai longtemps envisagé d'abandonner cette fic…et finalement j'ai décidé de la remanier pour lui donner encore une chance. J'ai beaucoup évolué depuis que je l'ai commencée… je pense que ça va se sentir.
Dites-moi ce que vous en pensez…si vous voulez que je continue les reviews sont plus importantes que jamais !
Merci à vous pour m'avoir lue.
