En ces temps d'angoisse personnelle, je me décharge sur vous, cher lecteurs. D'où le second cliffhanger du mois XD
Et une petite parenthèse pour dire que la série des Fever d'où est issue la citation de ce chapitre a été traduite en français et que je la recommande chaleureusement parce qu'elle est vraiment géniale. je pense qu'elle rend mieux en VO et elle est destiné à un public adulte, mais franchement c'est le genre de livres qu'on ne peut plus lâcher une fois dedans.
Fini le blabla, place à Severus et Harry
Enjoy & review
Nobody looks good in their darkest hours. But it's those hours that make us what we are.
Karen Marie Moning – Faefever
Personne n'est séduisant dans leurs heures les plus sombres. Mais ce sont ces heures qui font de nous ce que nous sommes.
Karen Marie Moning – Faefever
Chapitre 29 : Darkest Hours
Une fois n'était pas coutume, Severus ne faisait pas de cauchemars. Certes, son rêve était plutôt étrange étant donné qu'il était question d'une plage, d'un vendeur de glace et d'un sombrero géant, mais, en ce qui le concernait, tout rêve qui ne comportait pas de personnes en train de hurler était un bon rêve. Il ne comprit pas bien d'où venaient les coups – du sombrero ou du vendeur de glace ? – avant d'émerger du sommeil.
Quelqu'un tambourinait à sa porte.
Il lui fallut ciller plusieurs fois et se passer une main sur le visage avant de bien intégrer ce fait et, en conséquence, de quitter son lit et de se précipiter vers l'entrée pour voir où était le feu. Tout en passant sa robe de chambre et en en nouant la ceinture, il ouvrit le portrait. Nul besoin de dire qu'il ne s'attendait pas à trouver son double.
Il eut à peine le temps de rattraper l'adolescent avant que celui-ci ne s'écroule, tellement il était essoufflé.
« Harry... » murmura son double, la respiration sifflante.
N'avait-il pas dit au gamin de ne pas le faire appeler s'il était malade ? Il l'avait vu se gaver de sucreries pendant le festin. Il avait vu aussi la sortie précipitée que le garçon avait faite vers les toilettes. S'il s'était rendu malade, ce n'était pas son problème.
Mais cela justifiait-il la course folle de son double dans tout le château ? Pour un simple mal de ventre ?
L'inquiétude s'insinua dans chaque pore de son être.
« Parle. » ordonna Severus, sans aucune pitié pour l'adolescent plié en deux devant lui. Il l'aurait secoué comme un prunier pour des informations s'il n'avait pas été certain de déclencher une crise de panique. Maintenant encore, il détestait qu'on l'empoigne. L'ombre de Tobias le poursuivrait jusqu'à sa tombe.
Son double s'accrocha au montant du portrait pour se redresser.
« Malade. » lâcha le garçon, tentant de reprendre son souffle. « Empoisonné. Bézoard. »
Empoisonné ?
Quelque chose de glacé ruissela en lui, venant enrober son cœur avant d'aller se loger dans ses tripes. Son rythme cardiaque s'accéléra considérablement tandis que l'angoisse lui tordait le ventre. Il ne prit même pas la peine de réfléchir à qui ni au pourquoi, à peine eut-il la présence d'esprit de saisir le poignet de son double et de fermer le portrait d'un coup de pied, avant de se diriger vers la cheminée et de la traverser.
Il n'avait pas besoin du Snape de quinze ans pour se souvenir d'où étaient les dortoirs mais il le laissa le précéder, anxieux de ce qu'il y trouverait.
La pièce semblait figée.
Il n'y avait pas d'autres mots.
Lestrange et MacNair se trouvaient sur un côté, aussi terrifiés que des Sang-Purs s'autorisaient à le laisser paraître. Slughorn se tenait debout au milieu du dortoir, emmitouflé dans sa vieille robe de chambre élimée dont il ne s'était jamais séparé, et fixait le Survivant avec horreur.
Paradoxalement, il aperçut Harry en dernier. Et comprit immédiatement qu'il ne s'agissait pas d'un empoisonnement. Pas au sens classique.
Le corps du garçon était tendu à l'extrême, chaque muscle contracté. Ses mains agrippaient la couverture comme s'il avait tenté de s'y rattraper, son dos était légèrement cambré, sa nuque totalement en extension et ses yeux...
Ce fut la vue du rouge qui dansait dans ses prunelles qui le sortit de sa stupéfaction.
Le regard du gamin était rivé à celui de Slughorn. Rompre la connexion aurait pu s'avérer risqué pour le Professeur mais Severus n'en avait strictement rien à foutre et n'hésita pas une seconde à pousser l'homme du chemin pour s'agenouiller au chevet du garçon-qui-avait-survécu-pour-rendre-sa-vie-impossible.
« Harry. » appela-t-il fermement, cherchant une quelconque réaction dans son regard.
Il n'y eut rien. Pas même le plus petit sursaut de son esprit.
Plus terrifié qu'il ne l'avait jamais été, mais réticent à l'admettre, Severus réfléchit à toute vitesse.
« Saevus. » balbutia Slughorn dans son dos. « Attention, il est... »
Possédé.
« Taisez-vous. » siffla Severus.
L'école entière n'avait pas besoin de connaître les dessous de l'affaire. Il s'occuperait plus tard de la mémoire de Slughorn.
« Sortez les autres d'ici. » ordonna-t-il. « Laissez-nous. »
« Mais peut-être qu'Albus... » protesta le vieil homme.
« Je suis parfaitement capable de régler le problème. » coupa Severus. « Sortez. Maintenant. »
Il n'attendit pas. A ce stade, attendre se révélerait nettement plus dangereux que le pire des scénarios.
Il renforça ses propres boucliers, planta son regard dans celui du garçon et poussa. Il recula aussitôt.
Il s'enfonçait dans la tête du gamin comme dans du beurre, il n'y avait aucune résistance. Et aucun esprit dans lequel fouiller.
Où était-il ? Détruit ? Impossible, il sentait encore la présence du Seigneur des Ténèbres et il n'y avait pas plus de traces de lui que d'Harry. Un esprit ne disparaissait pas ainsi. Même quelqu'un ayant reçu le baiser d'un Détraqueur pouvait être soumis à la Legilimencie, il restait un esprit vide à défaut d'une âme. Là, il n'y avait rien. Vide. Que du vide.
Peut-être que Slughorn avait marqué un point. Dumbledore serait certainement plus apte à régler le problème. Mais le temps où Severus pouvait se tourner vers son mentor pour prendre les décisions à sa place était révolu. C'était à lui de décider, à présent. A lui, de faire les bons choix pour protéger Harry.
Et son instinct lui dictait que la garçon était encore là, quelque part...
Il lui suffisait de le trouver.
Plus prudemment, il pénétra à nouveau dans la tête du garçon. A nouveau, il ne perçut aucune trace de lui. Il n'y avait rien qu'une coquille vide. Pas de souvenirs, pas d'impressions, absolument rien. Il s'enfonça plus loin, chercha jusqu'à repérer l'empreinte caractéristique du Seigneur des Ténèbres.
La chose était tellement répugnante qu'il faillit perdre sa concentration et se retirer. Il avait toujours détesté la manière dont le mage noir envahissait son esprit, le déchirait et le fouillait à sa guise. Certes, Severus était meilleur Occlumens, mais cela n'empêchait jamais le contact. Il suffisait d'être touché par l'esprit du Seigneur des Ténèbres pour comprendre que l'homme était démoniaque. Son esprit était visqueux.
Il aurait tout donné pour éviter une nouvelle confrontation de ce type. En l'occurrence, il n'avait pas le choix. Il fonça vers la noirceur qui s'attardait dans les coins et attaqua.
Il passa au travers – ce qui n'était pas censé être possible. La sensation était la même que le mur de la plate-forme 9 ¾, il s'était préparé à entrer en contact avec un autre esprit qui sur ce plan aurait dû être solide, et avait traversé un pan de brume, une illusion.
Il n'eut pas le temps d'analyser cette anomalie. A peine celui de réaliser être tombé dans un piège. Il tenta de reculer, de sortir de la tête de Potter avant de terminer dans les griffes du Seigneur des Ténèbres, mais sans grand espoir. Et, de fait, quelque chose se saisit de lui et chercha à l'attirer ailleurs. Cela ressemblait à un tentacule, un tentacule rattaché à un esprit, qui, comprit-il au bout de plusieurs secondes, n'appartenait pas à un mage noir. Il reconnut l'empreinte. Cela faisait des mois qu'il s'échinait à lui enseigner comment contrôler son esprit.
Severus ne comprenait rien à ce qui se passait, ça n'aurait pas dû être possible. Harry le forçait à se déplacer il ne savait où et, plus ils s'enfonçaient à l'intérieur de l'esprit du Survivant, plus l'homme pouvait sentir son soulagement et sa terreur. La présence du Seigneur des Ténèbres s'accrut.
Il tenta de freiner le garçon mais rien y fit. Tout à son soulagement de voir apparaître le Professeur, le gamin refusait de l'autoriser à s'échapper. La chose en devint douloureuse et Severus cessa de lutter, non sans horreur.
Le fil qui le reliait à son corps physique était tellement fin qu'il en aurait hurlé. C'était dangereux, beaucoup trop dangereux.
La Legilimencie n'impliquait pas d'un esprit qu'il quitte son corps, il se projetait mais demeurait majoritairement ancré là où était sa place originelle. Se hasarder si profondément dans la tête de quelqu'un d'autre n'était pas recommandé. C'était même amplement prohibé.
Finalement, au bout de plusieurs secondes d'une lente agonie, il fut oppressé par un sentiment de panique qui ne lui appartenait pas – bien que ses impressions actuelles soient similaires – et, brusquement, il se retrouva dans un endroit d'un blanc éclatant qui ne semblait connaître ni haut, ni bas, ni droite, ni gauche.
Son attention se porta sur les deux silhouettes plantées à côté d'une tache constituée de ténèbres pures.
« Professeur. » souffla Harry, avec soulagement.
Avant de courir le rejoindre.
Incrédule, Severus leva les mains et ferma les poings, avant de les rouvrir. Il ne pouvait pas avoir de forme corporelle dans l'esprit de quelqu'un d'autre. Pas à moins que...
« Ton âme est décidément bien trop populaire à mon goût. » lâcha le Seigneur des Ténèbres.
Le gamin s'accrocha à son bras.
« Sortez-moi de là. » supplia Harry.
S'il avait pu, il aurait reculé lui-même. Il n'avait rien à faire à l'intérieur de l'âme de Potter. Ils n'avaient rien à faire à l'intérieur de l'âme de Potter. Une âme était fragile.
« Un serviteur. » siffla le Seigneur des Ténèbres, en inclinant la tête. « Une autre Marque qui est à moi sans l'être... »
Severus ne connaissait que trop bien cette expression. Cela signifiait que le mage noir avait trouvé une énigme susceptible de l'amuser quelques heures.
« Occlude. » ordonna-t-il, se tournant vers le garçon.
Complètement effrayé, ce dernier secoua la tête.
« J'ai essayé ! » se défendit le gamin. « Il contrôle tout ! »
Comme pour confirmer ses paroles, un craquement de mauvais augure retentit.
« Tout ne tardera pas à s'effondrer. » murmura le Seigneur des Ténèbres, d'un ton menaçant. « Sais-tu ce qu'il arrive à un corps privé d'âme ? »
La perspective semblait le réjouir, ce qui ne l'étonnait pas outre-mesure.
« Tu dois me faire confiance. » lâcha Severus, refusant de céder à la panique. « Pleinement. Plus pleinement que tu n'as jamais fait confiance à personne. »
Harry ne prit même pas le temps de réfléchir avant de hocher la tête, prêt à tout pour sortir de là. A l'intérieur de l'esprit du garçon, ses défenses à lui étaient minimes. Elles suffiraient à peine à protéger le mince filament qui le reliait à son propre corps. S'ils voulaient éjecter le Seigneur des Ténèbres, le Survivant devrait lui laisser contrôler les siennes. Il n'était pas certain que ce soit faisable.
« Établissons quelques règles... » siffla le mage noir. « Toi, tu réponds à mes questions. »
Harry s'effondra au sol en hurlant.
Severus tenta de le contrer, de reprendre le contrôle de ce qui aurait dû être à Harry, mais il n'y parvint pas. Le Seigneur des Ténèbres était partout, recouvrait tout. Et il n'avait pas le pouvoir de s'emparer de ce qui n'était pas à lui, il n'avait pas la puissance de Dumbledore ou de son autre Maître.
Finalement, les cris se transformèrent en gémissements et, avec un sourire satisfait, leur ennemi se tourna vers lui.
« Et toi, tu attends patiemment ton tour. »
Ils devaient sortir de là.
Il s'exhorta au calme. Il avait vécu des situations bien plus critiques et en était toujours revenu vivant. Paniquer ne le mènerait qu'à faire une erreur. Il ne pouvait se permettre de faire une erreur lorsque la vie d'Harry était en jeu.
« Qui es-tu ? » demanda négligemment le Seigneur des Ténèbres. Il garda le silence quelques secondes puis émit un bruit moqueur. « Harry le Survivant. Voilà un nom bien curieux. »
Le gamin n'avait pas ouvert la bouche. Combien de secrets laisserait-il échapper si ses pensées étaient accessibles au mage noir ? Severus hésita puis sacrifia un peu de ses propres protections pour voiler l'esprit de son élève. Cela n'arrêterait pas le Seigneur des Ténèbres mais ce n'était pas ce qu'il espérait.
« Un sorcier bien doué que ton Professeur, Harry... » remarqua négligemment l'homme.
Le gamin se redressa légèrement, la mâchoire contractée et les poings serrés.
« Il va vous botter le cul. » grinça le Gryffondor.
Information peu pertinente.
« Le fameux Professeur Prince. » continua le Seigneur des Ténèbres, en ignorant le garçon. Une chance. « Certains de mes amis ont beaucoup à dire à son sujet... »
Malfoy en tête, aucun doute.
Severus resta immobile et toisa le mage noir, sachant qu'il détestait ça.
« Que cherchez-vous ? » s'enquit-il.
Ils ne résoudraient pas cette situation par des méthodes de Gryffondors inconscients. Cela requérait de la diplomatie, du sang-froid et le doigté d'un Serpentard. Négocier. Voilà ce qu'il fallait faire : négocier.
« Qui es-tu ? » répliqua le Seigneur des Ténèbres.
Il y eut un nouveau craquement quelque part au dessus d'eux. Harry lâcha un gémissement de douleur et Severus renonça à un peu plus de sécurité pour renforcer ce qui pouvait l'être de ses propres boucliers.
« Saevus Prince. » lâcha-t-il, sans hésitation.
« Mensonge. » siffla le mage noir. « Je ne t'ai pas Marqué, et pourtant tu portes mon empreinte. Comment ? »
Le cœur de Severus s'accéléra dangereusement. Que révéler ? Qu'ils venaient du futur ? Dangereux. De plus, il ne fallait pas négliger le serment inviolable qui le liait à Dumbledore. Il avait juré de ne pas se mettre à son service tant qu'ils seraient à cette époque, chose qui lui serait inévitablement demandée
« Pas de réponse ? » reprit le Seigneur des Ténèbres. « Peut-être pourrais-tu m'expliquer, alors, ce qu'est ce garçon ? Quel est ce piège ? La dernière idée de Dumbledore ? »
« Un piège ? » répéta Severus, sans comprendre.
Le piège venait de lui. C'était lui qui les retenait prisonnier ici.
Les yeux rouges se posèrent sur Harry, haineux. S'ils avaient pu tuer...
Par réflexe, il posa une main sur l'épaule du gamin, autant pour établir une protection bien futile que pour rassurer l'adolescent.
« Il est humain. » déclara le mage noir, en se déplaçant. Il se rapprocha de la tache ténébreuse qui suintait ses ténèbres. Severus ne comprenait pas ce que ça faisait là. « Aucun humain ne peut servir de vaisseau, c'est impossible. »
Humain ? Vaisseau ?
« Comment me l'as-tu arrachée ? »
La question résonna à l'intérieur de son crâne, si forte qu'il manqua s'écrouler. Le gamin attrapa son bras et s'y accrocha, les yeux clos et le teint pâle.
« S'il vous plaît. » supplia Harry, d'une voix rauque.
Pour le garçon, la souffrance devait être insupportable, songea Severus. Il aurait dû tenter autre chose mais il ne pouvait s'empêcher de fixer la tache noire avec une horreur croissante. Ceci n'avait rien à faire là. Ceci n'appartenait pas à ce Seigneur des Ténèbres. Il devinait les racines, elles étaient anciennes, bien trop pour être apparues dans les dernières minutes. De plus, même le meilleur des Legilimens n'aurait pu accomplir une telle chose. C'était impossible, tout simplement impossible.
« Prends le contrôle. » exigea-t-il, se détournant du mage noir et de ce fragment d'âme qui n'avait rien à faire là.
Harry secoua la tête. « Je n'y arrive pas. »
« J'exige des réponses ! »
Ignorant la douleur, Severus obligea le gamin à le regarder dans les yeux. Il sentait l'âme palpiter de plus en plus faiblement sous ses piètres protections, le danger était réel.
« Tout ça t'appartient. » affirma-t-il, aussi fermement que possible. « Je ne peux pas récupérer le contrôle, mais toi si. Tout t'obéira. Trouve la source et utilise la. »
La souffrance du Survivant était presque palpable.
« Lord Voldemort n'est pas un être à ignorer. » s'énerva le mage noir.
La pression s'accentua au point qu'il dut serrer les dents pour ne pas se trahir. Harry était clairement sur le point de s'écrouler, ce qui, ici, serait catastrophique.
« Très bien, très bien... » marmonna-t-il, pour lui-même.
Le gamin n'était pas en état de faire quoi que ce soit et pourtant, c'était bel et bien à lui d'agir. Une nouvelle attaque du Seigneur des Ténèbres, visiblement pressé d'obtenir les réponses qu'il cherchait, les projeta tous deux à quelques mètres l'un de l'autre. L'âme entière se mit à trembler, le fragment ténébreux laissa échapper un sifflement de mauvaise augure.
Avec une horreur croissante, il réalisa que c'était vivant. Cette chose pulsait avec la régularité d'un cœur.
Harry se remit à hurler, rendant inutiles les interrogations répétées du Seigneur des Ténèbres.
Severus était habitué aux cris des suppliciés. Il savait que la seule raison pour laquelle le mage noir s'en prenait au garçon et non à lui était son espoir de le voir réagir. Un homme était prêt à tout pour sauver un ami ou un membre de sa famille. Révéler quelques secrets était un prix bien dérisoire contre la survie d'un être cher.
Sa couverture, l'Ordre, la protection de Potter... Tout ça était toujours passé avant un quelconque confort personnel. Il aurait vendu n'importe qui pour s'assurer que ces informations restent hors de portée de son Maître, il fallait admettre également qu'il n'avait pas tellement d'amis à sacrifier. Et pourtant... Et pourtant, les informations, les secrets, se bousculaient sur le bout de sa langue et seul un effort conscient l'empêchait de tout jeter au feu.
Il n'aurait jamais pensé qu'entendre le gamin être torturé serait si insupportable.
Chaque cri le remplissait de colère, de haine même, et comme en réponse à ses émotions trop puissantes, tout se mit à trembler plus fort.
Par désespoir, il tenta d'accéder à sa magie mais, sans surprise, échoua. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu le loisir de saisir sa baguette pour régler un problème ou même pour se battre. Avant ses dix-sept ans. Cela aurait aussi bien pu être dans une autre vie...
Un plan se forma rapidement dans son esprit, un plan tellement stupide qu'il ne pouvait être que la conséquence des hurlements d'Harry. S'il parvenait à distraire le mage noir quelques secondes... Assez longtemps pour que le garçon se reprenne...
Énormément de sorciers étaient perdus lorsqu'on leur ôtait leur baguette. Peu d'entre eux auraient seulement envisagé de recourir à des méthodes plus Moldues. Ce n'était pas leurs coutumes.
Severus avait grandi dans un quartier mal famé où savoir jouer de ses poings était une nécessité. Il n'avait jamais considéré la violence physique qu'avec mépris et dégoût, cela lui rappelant trop Tobias, mais il n'avait jamais non plus été assez idiot pour ne pas s'armer de tout ce qui pourrait l'aider.
En conséquence, et décision prise, il fonça. Il fallut que son corps entre brutalement en contact avec celui du Seigneur des Ténèbres, dans un tacle approximatif, pour qu'il se rende compte que son attitude était attribuable à celle d'un Gryffondor. Ce qui le poussa, sans doute, à davantage d'audace. Qu'est-ce qui distrairait plus efficacement le mage noir que devoir lutter contre lui ? Il en profita donc pour réaliser un vieux rêve.
Ce fut avec une satisfaction intense que son poing entra en contact avec l'absence de nez de son Maître. Surpris, le mage noir ne réagit pas avant que sa main entre en contact avec son visage pour la deuxième fois.
Mais c'était déjà trop tard.
La concentration du Seigneur des Ténèbres rompue, rien n'empêchait Harry de regagner le contrôle.
Il avait douté des capacités du gamin, il avait eu tort. Alors que le Seigneur des Ténèbres le repoussait et se préparait à lui faire payer son impudence, il y eut un nouveau craquement assourdissant. Excepté que cette fois, le mage noir n'en était pas responsable.
La blancheur qui les entourait gagna en intensité jusqu'à devenir éblouissante. Aveuglé, Severus leva la main pour protéger ses yeux. Il y eu un cri, puis plus rien.
« Harry ? » appela-t-il avec hésitation.
N'obtenant aucune réponse, il tenta de percer l'éclat insoutenable de la lumière. La tache ténébreuse était toujours là, toujours aussi menaçante, mais le Seigneur des Ténèbres semblait avoir été chassé. Il n'y avait aucune trace du garçon.
Peut-être avait-il été éjecté en même temps que le mage noir ? C'était logique si c'était l'esprit de ce dernier qui l'avait guidé jusque là... Dans ce cas, Harry avait réintégré son corps physique et lui ferait bien de faire de même avant de rester coincé ici pour l'éternité.
Lentement, prudemment, il ferma les yeux et se concentra sur le mince fil qui le rattachait à lui-même. Ce ne fut pas aussi difficile que ce qu'il aurait cru. Bientôt, il fut de retour en terrain plus familier : l'esprit du garçon. Souvenirs, émotions, tout était là... Apparemment intact.
Il rompit la connexion et, une fois bien à l'abri dans sa propre tête, ne perdit pas une minute à Occluder. Ainsi barricadé à l'intérieur de lui-même, il affronta aussi sereinement que possible le regard plein de détresse du garçon.
« Est-ce qu'il est parti ? » demanda Harry. L'épuisement et la terreur se disputaient dans sa voix.
Toute trace de rouge avait disparu de ses prunelles.
« C'est terminé. » affirma-t-il, sans en être parfaitement certain.
« Mais il peut recommencer. » paniqua le Survivant. « Il peut... »
« Je ne le pense pas. » coupa fermement Severus. « Pénétrer dans l'âme d'une personne... Cela a dû consumer énormément de ses pouvoirs. Il ne ré-attaquera pas dans l'immédiat. »
Merlin savait que lui-même était complètement éreinté. La magie noire exigeait toujours son dû et on ne se promenait pas impunément dans une âme autre que la sienne.
Prenant appui sur le lit, il se releva, notant que ses genoux ne le faisaient pas assez souffrir pour qu'il soit resté longtemps dans la même position. L'absence de Dumbledore ou de Pomfresh suggérait que Slughorn n'avait pas été suffisamment alarmé pour prévenir la Médicomage. La conclusion la plus probable était qu'il n'était resté dans la tête de Potter que quelques minutes, en dépit du fait qu'il ait l'impression d'y être resté dix ans.
« Je crois... Je crois qu'il a fait un rituel. » lâcha Harry, en se recroquevillant sur lui-même. « Il a parlé de Samhain... Des cœurs humains... »
Severus grimaça. Samhain, la nuit de tous les possibles, la nuit où le voile entre les vivants et les morts se déchiraient... L'ingestion de cœurs humains durant le rituel du Samhain aurait sans doute gonflé les pouvoirs du Seigneur des Ténèbres... Il doutait qu'en temps normal, le mage noir aurait été capable de se frayer un chemin jusqu'à l'âme du garçon. Excepté si cette chose qu'il avait aperçue était...
« Viens. » décida-t-il brusquement.
Il ne pouvait pas laisser le gamin ici. Même s'ils étaient en sécurité pour l'instant... Impossible. Il ne serait pas tranquille tant qu'il ne pourrait pas l'avoir sous les yeux au besoin.
Harry ne discuta pas, il se redressa, les traits contractés par la douleur, et s'appuya contre la tête de lit dès qu'il fut pris de vertiges.
Il lui fallait des potions, nota Severus. Un décontractant musculaire, probablement quelque chose pour calmer son estomac et une autre pour la migraine qui devait lui vriller la tête aussi efficacement que celle qui s'était logée dans son crâne.
Sans même réaliser ce qu'il faisait, le Professeur s'empara de la robe de chambre qui avait été jetée en travers du lit et aida le garçon à l'enfiler. Quand ce fut fait, il attrapa son bras, attentif à ne pas lui faire mal, et l'aida à se lever. Les jambes du gamin semblaient être faites de coton. Il peinait à mettre un pied devant l'autre et n'avançait que grâce à l'aide de Severus.
Ce furent ainsi qu'ils atteignirent la salle commune et dérangèrent le débat entre le Snape de quinze ans et Slughorn. L'un semblait déterminé à prévenir Dumbledore, l'autre argumentait que le Professeur Prince était le mieux placé pour aider. MacNair et Lestrange étaient simplement perdus.
Severus ne perdit pas de temps avec ce petit groupe. Il déposa Harry sur un fauteuil, et entreprit, très simplement, de modifier leurs souvenirs. Quatre Stupefix et quatre Oubliettes plus tard, il soutint à nouveau le garçon, fournit à Slughorn une explication valable et se dirigea vers la cheminée avec autant de nonchalance que possible. Il espérait juste que personne n'avait remarqué son empressement à ramener le Survivant dans ses quartiers.
Harry n'était pas particulièrement lourd mais, lui, n'était pas particulièrement en forme. La cheminette ne l'aida pas à regagner son équilibre déjà fragile et ils n'eurent pas fait deux pas en dehors de l'âtre qu'ils s'écroulaient tous les deux sans que ni l'un ni l'autre n'eut pu dire qui avait trébuché sur le pare-feu qu'il avait si distraitement écarté un peu plus tôt.
Ils restèrent par terre quelques secondes, regagnant chacun leur souffle. Le choc les heurta à peu près au même instant mais Severus fit appel à ses boucliers pour contrer ses effets. La panique, la terreur, le soulagement... Tout ça pouvait attendre.
Harry se mit à trembler et se replia contre le fauteuil le plus proche.
Se forçant à agir avant de devoir gérer une crise de panique – ce à quoi le garçon semblait avoir une tendance exagérée – il passa sur ses pieds, récupéra certaines potions et s'assura que le gamin les avale. Une fois certain que le Survivant ne s'écroulerait pas, il se retira dans la cuisine et fit bouillir de l'eau. Il s'accorda les trois minutes nécessaires au liquide pour atteindre le point d'ébullition.
Les mains bien à plat sur le plan de travail, les bras tendus et la tête baissée, il s'efforça de réguler sa respiration. Les avertissements répétés de Pomfresh selon lesquels le stress finirait par le tuer ne lui semblaient plus si ridicules. Rarement auparavant avait-il été plus terrifié. Pire, ce n'était pas pour sa vie qu'il avait craint. Et cela emmenait tout un tas de questions gênantes qu'il préférait ne pas considérer.
Harry allait bien. Ils étaient tous les deux sains et saufs, c'était ce qui importait. Mais ils étaient passés près. Trop près.
La bouilloire se mit à siffler, interrompant son monologue intérieur. Avec des gestes brusques mais précis, il entreprit de préparer deux tasses de thé.
Ils étaient en guerre, se morigéna-t-il. Il avait toujours su que ce ne serait pas simple. Il avait toujours su que tôt ou tard, il devrait perdre la vie pour sauver celle de Potter. Sauf que ce n'était pas ce qui le dérangeait. Ce n'était pas l'idée de se sacrifier pour Harry qui le perturbait mais plutôt le fait qu'il y ait des raisons de le faire. Quelle était l'existence de ce pauvre gamin ? Il rebondissait de danger en danger plus rapidement qu'un vif d'or.
Tel était le lot de chacun dans l'existence.
D'où venaient ces élans de pitié et, par les couilles de Merlin, d'affection ? Il ne s'attacherait pas à Harry Potter. C'était une règle qu'il s'était imposé dès qu'il avait accepté d'assurer sa protection. Fils de Lily Evans ou pas, il ne tomberait pas dans ce piège là à nouveau. Que le garçon s'accroche à lui tant qu'il voulait, cela il pouvait l'accepter, c'était souhaitable même, il pourrait mieux le manipuler. Pour sa propre protection. Mais lui ? Lui s'attacher à un autre être humain ? Ridicule. Il n'avait ni ami, ni famille et c'était très bien ainsi. Il ne s'attacherait pas.
Il était un peu tard, se moqua une voix qui ressemblait à s'y méprendre à celle de Lily. Ce n'était pas de l'affection, s'entêta Severus, c'était agir en adulte responsable. Tout adulte responsable se serait soucié de la survie d'un élève sous sa garde.
Et de sa santé.
Ainsi que de ses habitudes alimentaires déplorables.
Probablement aussi de son bien-être.
Rien d'extraordinaire à ça. McGonagall en aurait fait tout autant. Flitwick et Chourave de même.
Depuis quand agissait-il avec un sentimentalisme identique à celui de ses collègues ?
Cela avait été plus simple quand Harry n'avait été qu'un nom sur une liste. Le visage de James Potter et l'attitude arrogante de son père. Qu'il avait été facile d'éviter les yeux de Lily lorsque le garçon n'était qu'insolence...
Mais ici... Ici il n'avait d'autre choix que d'apprendre à le connaître. Il était trop évident, à présent, qu'Harry n'était pas James. Ne l'avait jamais été, au final. Harry n'avait jamais formé une bande de voyous pour s'en prendre aux plus démunis...
S'emparant des deux tasses, il mit un terme à ses pensées dérangeantes et retourna dans le salon.
Le gamin n'avait pas bougé de là où il l'avait laissé. Appuyé contre le fauteuil, il était toujours assis par terre, les jambes pressées contre son torse, le menton sur les genoux et le regard perdu dans les flammes qui s'élevaient des bûches. Il hésita un instant à exiger de l'adolescent qu'il prenne place sur le canapé, afin qu'ils puissent avoir une conversation civilisée, puis renonça. Il était trop fatigué et pas assez vieux pour que s'asseoir à même le sol soit une épreuve.
Attentif à ne pas renverser le liquide brûlant, il s'installa à côté du garçon-qui-avait-survécu et lui tendit sa tasse.
« Je le sens encore. » lâcha Harry, en guise de remerciement. « Là. »
Le garçon posa la main sur son torse, au niveau de son cœur. Immédiatement, Severus repensa à ce fragment qui n'avait rien à faire là et frissonna. Inconsciemment, ses yeux se posèrent sur la cicatrice couverte de sang séché.
« Qu'est-ce que c'est ? » plaida le garçon, en le délivrant finalement de la seconde tasse. « Il est en moi. Je le sens. Mais il n'est pas dans ma tête, il est parti. Il est parti, n'est-ce pas ? »
L'angoisse était palpable mais il ne savait pas comment l'apaiser pour la bonne et simple raison qu'il n'était pas certain d'avoir les bonnes réponses.
Aucune des explications qu'il avait en tête n'était satisfaisante. Ou réjouissante.
« Essaye d'occluder. » exigea calmement Severus.
Mettre un rempart entre l'esprit du garçon et cette chose le temps qu'il parvienne à en découvrir la nature semblait une prudence nécessaire.
« Avec quoi ? » marmonna Harry. « L'eau ne marche pas. Ça ne l'a pas retenu une seconde. »
Il manqua perdre son calme. Vraiment. Il se serait sûrement mit à le rabrouer s'il n'avait pas remarqué la façon dont le gamin fixait les flammes. Soudain, ça le heurta... Il aurait dû le noter plus tôt... Combien de fois, Harry s'était-il assis dans cette pièce, perturbé par une chose ou une autre ? Et qu'avait-il fait à chaque fois ? Il avait contemplé le feu avec application.
C'était logique. Totalement logique. Les vieilles légendes voulaient qu'on attribue un élément à chaque Fondateur. L'air à Serdaigle, la terre à Poufsouffle, l'eau à Serpentard et la flamme à Gryffondor.
Harry n'avait jamais été un véritable Serpentard, pas au fond. Il aurait dû y penser plus tôt.
« Les flammes. » trancha Severus. « Visualise-les. Utilise-les. »
Le garçon le dévisagea avec incertitude mais fit ce qu'il demandait. Quand il tenta de pénétrer dans son esprit, non sans une légère appréhension, il fut accueillit par un mur de feu. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver comment passer au travers, mais dès que Potter s'aperçut de la faille, il renforça les flammes. Severus poussa davantage, attendant que l'adolescent le contre, mais brusquement, toute défense tomba et il quitta l'esprit du gamin.
« Je... Je ne peux pas.. » souffla le Survivant, en attrapant son crâne des deux mains.
S'il en jugeait par la grimace de douleur, ils ne pourraient pas s'occuper de ses boucliers avant quelques jours. Ce n'était pas grave, en soi. Il doutait que le Seigneur des Ténèbres retente une percée de sitôt. Quant à la chose... elle avait été là avant sans présenter de risque majeur...
« Je ne veux pas que ça recommence. » supplia Harry. « Je n'ai jamais eu aussi mal de ma vie... Aussi... peur. »
« Il n'y aucune raison que cela se reproduise. » décréta sincèrement Severus. Pas s'ils étaient vigilants. « De plus, tu es capable de le contrer, à présent. Tu sauras quoi faire. »
Le garçon secoua la tête.
« J'ai essayé et essayé. » expliqua le Gryffondor. « J'étais tellement en colère... J'ai essayé de m'en servir. »
« La colère est un déclencheur efficace. » jugea-t-il. « Ce n'est pas différent de la création d'un Patronus. Il te suffit de... »
« Ça ne marchait pas. » coupa Harry. « La colère, la haine... C'est ce qu'il utilise. J'ai cru... J'ai cru qu'il allait vous détruire. »
C'était très certainement ce qui serait arrivé si le gamin n'avait pas repris le contrôle au moment où il l'avait fait.
« J'ai cru que j'allais... Que vous... » bafouilla le garçon, avant de fermer étroitement les yeux et de baisser la tête.
Instinctivement, Severus posa la main sur son bras. Pour attirer son attention, rien d'autre.
« Je ne suis pas mort. » déclara-t-il simplement, refusant d'analyser le drôle de contentement qu'il éprouvait. Personne ne s'était inquiété pour lui depuis longtemps, c'était tout.
« Les gens meurent. » lâcha Harry, en recommençant à fixer les flammes.
« Généralement, oui. » commenta Severus, légèrement sarcastique.
« Non, je veux dire... » souffla tristement le garçon. « Autour de moi. Ils meurent. »
« Ineptie. » gronda-t-il. « Tout le monde meurt un jour, Potter. C'est la nature, point. Si tu penses que tu as une influence sur cela, alors tu es encore plus égocentrique que je ne le pensais. »
C'était sec. Chaque mot cinglèrent l'air autour d'eux. Il aurait pu être plus compréhensif. Après tout, ce n'était pas si étonnant que le gamin pense cela. Ses parents, Quirrel, Diggory...
Il aurait pu être plus compréhensif s'il n'avait pas pensé à Lily.
« On dit que les sombrals apportent la mort. » insista le Survivant. « Peut-être que je suis comme eux... Peut-être que... »
« J'ai tué énormément de personnes. » coupa Severus. « La sœur ou le frère de quelqu'un. Leur parent ou leur enfant. Si l'un de nous apporte la mort, Harry, c'est moi. »
Il espérait qu'il saisirait la différence.
Mal à l'aise, il détourna la tête. Il ne repensait jamais à ses crimes passés. Ou à ceux qu'il était obligé de commettre pour pouvoir continuer à espionner. Les visages étaient gravés mais demeuraient flous, soigneusement enfouis sous une tonne d'autres souvenirs.
Voilà une autre raison pour laquelle il ne s'attacherait pas au garçon, la plus importante peut-être. Il n'était pas un homme bien. Il ne méritait pas de s'attacher à quelqu'un.
« Peut-être que c'est cette chose, alors... » murmura Harry, en portant à nouveau la main à son cœur.
Severus ouvrit la bouche, s'apprêtant à lui promettre qu'ils allaient l'en débarrasser mais la referma sans avoir émis un son. Depuis quand consolait-il spontanément le gamin ? Mentir ne lui ferait aucun bien.
« C'est à lui, hein ? » pressa Harry.
Il commit l'erreur de croiser son regard. Il ne pouvait pas cacher la vérité aux yeux de Lily. Jamais.
« Oui. » admit-il.
La signature magique ne pouvait pas être confondue avec une autre. Un fragment de l'âme du Seigneur des Ténèbres s'était logé à l'intérieur de celle d'Harry, probablement cette nuit fatidique à Godric's Hollow.
« Dumbledore... Dumbledore dit que je peux parler Fourchelang à cause de ma cicatrice. » reprit le garçon. « Est-ce que... »
« Je l'ignore. » l'interrompit Severus. « Je ne suis pas certain de sa nature. »
Le bout d'âme était-il actif ? Mort ? Capable d'influencer le gamin ? Il n'en savait rien. Il n'avait jamais entendu parler d'une chose pareille. Il ne connaissait pas grand chose aux âmes mais était bien persuadé que deux âmes ne pouvaient pas cohabiter dans le même corps. Pourtant, il était presque certain d'avoir lu quelque chose sur la possible division d'une âme... C'était noir, très noir... La description du rituel l'avait rebuté malgré son intérêt pour les arts noirs et il n'avait pas creusé plus loin.
« Peut-être que c'est comme ma cicatrice. » suggéra Harry. « Juste... à l'intérieur ? Peut-être que ce n'est pas important. »
Pas important, il en doutait. Il y avait un livre tout au fond de la Réserve, dans le coin destiné à l'usage des Professeurs uniquement... Plus il y pensait, plus il était certain que le fragment d'âme avait un lien avec ce rituel... Quel était le but ? Former un... Non, il ne se souvenait plus du mot. L'effet... Prolonger sa vie ? En divisant son âme ? Cela n'avait pas grand sens...
Il lui fallait vérifier.
« Je vais à la bibliothèque. » déclara Severus, en prenant appui sur la table basse.
Il n'était pas prêt aux deux mains qui agrippèrent son bras, le ré-attirant au sol. Son genou n'apprécia pas le contact brutal avec la pierre.
« Non ! » protesta le garçon, un éclat de panique dans le regard.
« As-tu cinq ans ou quinze ? » grogna-t-il, en frottant sa jambe.
Ça lui apprendrait à l'autoriser à se vautrer par terre au lieu d'utiliser les fauteuils.
« Je ne veux pas rester seul. » plaida Harry. « Restez avec moi. »
Severus hésita. L'espace d'une seconde, il envisagea même d'accéder à sa requête. Mais la curiosité et l'appréhension le dévoraient. Plus vite, ils seraient fixés sur ce qui résidait véritablement dans l'âme de Potter, le mieux cela serait. Il savait où était le livre, il savait à peu près ce qu'il cherchait...
« Je n'en ai pas pour longtemps. » lui assura-t-il, en se dégageant de la poigne de fer du Gryffondor.
« Je viens avec vous. » insista alors l'adolescent.
Il était vraiment irritant, parfois...
« Je ne te porterai pas sur trois étages et je doute que tu sois en état de, seulement, atteindre la porte. » se moqua le Professeur. « Allons, je ne serai pas long. Il ne se passera rien en mon absence. »
Le regard vert se planta dans le sien.
« Je ne veux pas être seul. » avoua honteusement le gamin. « S'il vous plaît... »
Il fronça les sourcils.
« Peut-être devrais-tu aller te coucher. » suggéra-t-il.
Il était clair que le gamin était épuisé aussi bien physiquement que mentalement. Sans parler de l'état de choc dans lequel il devait se trouver et l'inquiétude d'avoir un bout du Seigneur des Ténèbres ancré en lui...
L'expression du Gryffondor était frappante. De la terreur mêlée à de l'angoisse sous sa forme la plus pure.
« Je suis persuadé qu'il ne ré-attaquera pas ce soir, Harry. » soupira-t-il. « Tu es en sécurité. »
« Parce que vous êtes là. » répondit le garçon, sans réfléchir.
Développement intéressant.
Pas nécessairement positif.
« McGonagall est... Il l'a tuée. » lâcha finalement Potter, en refusant de le regarder en face. « Je l'ai vu avant... Avant... C'était réel ? Est-ce qu'elle est... Est-ce que... »
Sa voix se brisa et le gamin se racla la gorge.
« C'était réel. » affirma le Gryffondor, une seconde plus tard. « Je sais que ça l'était... »
Incapable de faire autre chose, Severus le dévisagea avec incrédulité. McGonagall ne pouvait pas être morte. Elle ne mourrait pas en 75. Ce n'était pas ainsi que les événements se déroulaient... Sans doute, s'était-il trompé... Sans doute, était-elle tout simplement assommée ou...
Les visions.
Il se pouvait que Potter ait raison que la cicatrice ne soit qu'une manifestation physique du fragment... Les visions venaient donc de là...
Sa Marque... Le Seigneur des Ténèbres avait comparé sa Marque à une autre, une qui serait à lui sans l'être... Oh, Severus savait pertinemment ce qu'était la Marque... De la magie noire au plus pur sens du terme, un contrat magique qui le liait à son Maître. Un reflet de lui incrusté dans sa peau, dans ses nerfs... C'était la raison pour laquelle elle réagissait à son nom, pourquoi elle pouvait tuer le serviteur en l'empoisonnant de son venin s'il le choisissait... Ce n'était évidemment pas son âme qu'il confiait à chaque Mangemort, mais son pouvoir qui semblait sans limite...
En d'autre termes, un joli collier qui permettait de les distinguer comme les chiens qu'ils étaient.
Sa Marque était donc similaire au fragment... Elle l'avait brûlé quelques fois depuis qu'ils étaient arrivés ici, mais jamais aussi fortement qu'à leur époque, comme si elle captait quelques résidus. Cela ne l'avait pas particulièrement inquiété, songeant que si Potter avait des visions de ce Seigneur des Ténèbres, il était logique que sa Marque réagisse à l'appel...
Cependant, les conclusions étaient plus sombres dans le cas de Potter. Cela signifiait que le fragment était actif, vivant.
Une part du Seigneur des Ténèbres vivait en Potter.
Sous le choc, il se rassit totalement.
« Elle a reçu un Avada. » expliqua Harry. « Je ne veux pas être seul. S'il vous plaît. »
Il lui fallut quelques secondes avant de comprendre de quoi parlait le gamin. Plusieurs autres avant de se résoudre à dire quoi que ce soit. Brusquement, l'envie de céder à l'adolescent le prit à la gorge. Rester là, enfouir la tête sous un coussin et prétendre que rien n'était arrivé, qu'il n'avait pas eu une révélation déterminante...
Albus était-il au courant ? Savait-il ? Tout cela faisait-il parti de son plan ?
« Professeur ? » appela le garçon, avec inquiétude.
Non... Non, il devait savoir. Il devait savoir et dès maintenant.
« Je n'en ai pas pour longtemps. » répondit-il, d'un ton morne. « Envoie-moi ton Patronus s'il y a un problème. »
« Je n'arriverais pas à jeter un Patronus. » marmonna le gamin.
Il boudait. Une part du Seigneur des Ténèbres vivait en lui et il boudait. Incroyable.
Cependant, une part de lui – la part qui n'était pas muette d'horreur – comprenait parfaitement le dilemme du Gryffondor. Il était totalement compréhensible que l'enfant ne veuille pas rester seul. A sa place, il ne l'aurait probablement pas voulu non plus...
Et encore... Le garçon ne savait pas que...
Non, décidément, il devait savoir, connaître l'ampleur exacte du désastre.
« Spero Patronum. » lâcha-t-il, rassemblant tous les souvenirs de Lily qu'il put trouver.
La biche s'échappa de sa baguette, aussi brillante que toujours. Harry la fixa, les yeux écarquillés.
« Maman... » souffla-t-il.
La biche se dirigea vers lui et se planta à ses côtés, baissant la tête jusqu'à ce qu'il puisse la toucher.
Severus en profita pour se lever, certain que son Patronus resterait tel qu'il était jusqu'à son retour. Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, ce sort n'était pas si difficile pour lui. Lily était tout ce qui l'avait jamais rendu heureux.
« Envoie-la moi, si tu en as besoin. » ordonna-t-il doucement.
Harry l'observa quitter la pièce mais revint rapidement à la contemplation du Patronus. La biche était sereine, une gardienne vigilante. Combien de temps se passa-t-il avant que le portrait ne grince à nouveau ? Pas si longtemps sans doute...
Ce n'était pas Snape-Prince...
… mais il n'en fut pas surpris.
C'était presque logique. Parce qu'après l'un venait l'autre, non ? C'était toujours ainsi.
« Bonsoir, Harry. » salua le Directeur, sans aucun entrain.
Harry ne répondit pas. Il n'y avait rien à répondre, rien d'autre à faire que regarder la biche jusqu'à en être ébloui, jusqu'à ce que cela soit une excuse aux larmes qui roulaient sur ses joues.
Il n'avait pas la force d'affronter une autre légende, ce soir là.
Il n'avait pas la force de mentir encore.
Pas avec ce poids lové contre son âme, dans son âme.
Il n'avait pas besoin de Dumbledore pour savoir ce qui l'attendait.
Il allait mourir.
C'était aussi simple que cela.
