Chapitre 29 : De bien faciles proies…
Le soleil brillait relativement fort lorsque Tempérence émergea. La voiture était arrêtée. Elle s'en inquiéta et se leva maladroitement, caressant son ventre fortement arrondi – c'était atroce, il avait encore grossi. Maintenant elle donnait l'impression d'être enceinte de bientôt neuf mois – qu'est-ce que ce serait dans une semaine ?
Elle tira un peu sur le rideau et vit que Chamio était en train de payer un homme : elles étaient dans une station-service. Elle observa les alentours, puis décida de sortir prendre un peu de chaleur. Marcher sur le macadam et en plein vent fut une bénédiction.
Chamio lui sourit quand elle la vit, et l'ouie de Tempérence lui permit d'entendre ce qu'elle disait :
- Ah justement voici mon amie dont je vous parlais.
- Bah elle a l'air plutôt éveillée, hein…
- Oui enfin tout à l'heure elle a vraiment fait un malaise assez violent, je vous assure. Si vous pouviez m'aider à la convaincre qu'elle doit se faire hospitaliser – enfin vous imaginez, à terme et décidée à accoucher dans un camping-car, c'est terrible.
- Temperence arriva dans la boutique et entra immédiatement dans le jeu :
- Si tu es encore en train de comploter pour que j'aille à l'hôpital, tais-toi donc et retournons dans la voiture !
- Ah vous voyez ! S'exclama Chamio – quoiqu'en lui servant un coup d'œil impressionné.
- Mais enfin, Mademoiselle, fit le vendeur, en sortant de derrière son comptoir. Votre cousine a raison, ce n'est vraiment pas…
La future maman lui sourit et lui intima l'ordre de se taire, et de s'ouvrir la paume. Elle se nourrit copieusement, tandis que Chamio prenait dans les rayons de la petite station service tout ce qui lui passait par l'esprit, en sifflotant : des biscuits, des salades, du gaz, des couvertures.
- Tu fais quoi ? Lui demanda Tempe après avoir hypnotisé le vendeur, qui s'occupait de nettoyer désormais son comptoir en chantonnant.
- Bah tu vas lui effacer la mémoire, nan ? On peut bien partir sans payer, ça nous fera économiser notre argent pour le reste du voyage…
- Euh… J'ai encore jamais fait ça.
- Allez, insista Chamio. Pour moi ?
- Je… C'est pas très légal.
- Ah parce que tu crois que boire la moitié de son sang, c'est légal ? S'étonna Chamio.
Tempe étudia sa jeune amie avec une certaine perplexité, puis elle haussa des épaules, l'air de dire « hm, pas faux ». Elle ordonna au monsieur de ne pas se souvenir comment toutes ces courses avaient disparu, puis les deux jeunes femmes partirent en riant.
- On est où, là ? Demanda Tempérence en s'étirant avec délectation.
- A Ferentino – juste après Rome. On sera à Naples dans deux heures environ. Désolée mais je tombais tellement de fatigue, que tôt ce matin j'ai du m'arrêter et dormir un chouia.
- Oh t'as pas à t'excuser, c'est tout à fait normal…
Elles montèrent à nouveau en voiture, puis Chamio proposa :
- En fait, je me demandais si ça valait pas le coup de prendre une nuit d'hôtel pour ce soir, dans laquelle on resterait jusqu'à 17h seulement. Juste histoire de bien dormir pendant quelques heures cet aprem, de se doucher, de se régaler, et de repartir rechargées à donf, pour la croisière de 18h…
- C'est une super idée, obtempéra Tempe. Par ici, ou à Naples ?
- Naples c'est côtier. Dans le coin, non ?
- Oui. Dès qu'on croise un endroit qui nous tente ?
- Ça marche…
- Est-ce que le téléphone a sonné ?
- A ton avis ? Se lamenta Chamio. J'ai failli répondre la dernière fois tellement que les sonneries me paraissaient désespérées. (Voyant que Tempe s'emparait du petit engin) Hey, interdiction de déprimer après, hein ?
- Ne t'inquiète pas. Je vais bien. Il faudrait vraiment qu'il m'annonce un divorce pour me bousiller le moral. Et encore, je crois que je serais prête à passer le reste de mon existence à élever ces bouts de choux en solitaire ! Sourit Tempe en caressant son ventre. Enfin, il aurait quand même un droit de visite bien sûr…
- C'est charitable, rit Chamio.
Temperence écouta les trois (seulement trois !) messages dans l'ordre.
Aujourd'hui, à 5h23
« Chamio, c'est Jane. Alec vient de me dire qu'il était lancé à ta poursuite, et que tu aurais quelque chose à voir avec la disparition de Temperence – c'est une plaisanterie, j'espère ? Rappelle-moi sur le champ. »
- Oh oh, fit Temperence. Jane t'a laissé un message, elle a l'air furax.
- Normal, bailla Chamio d'un air parfaitement zen. Je vais en avoir pour mon grade quand elle va me mettre la main dessus…
Aujourd'hui à 7h57
« Temperence… (C'était Marcus. Il avait l'air particulièrement anéanti) Je… Je suis à Volterra. J'ai vu l'état dans lequel se trouvent nos appartements. Lea m'a expliqué ce qui s'était passé… Et je suis allé étudier l'un des humains réservés à votre attention. Ma Douce, je suis tellement, tellement navré. Je n'avais aucune idée que Gregia se montrerait aussi belliqueuse, elle avait l'air curieuse et ravie de vous rencontrer quand je suis parti – je n'ai senti aucune haine en elle, alors, juste… Son caractère insatiable et farfouilleur. Mais ce matin, lorsque je lui ai demandé des explications… J'ai pu percevoir toute la puissance de son ressenti à votre encontre. J'ai été subjugué de ne pas l'avoir détecté plus tôt. Elle… Vous devez comprendre, qu'elle est la mère d'Aro. Et de ce fait… Egalement la mère de Didyme. (Tempe se figea sous ce rapprochement. Oui, évidemment.) En outre, sa souffrance et sa jalousie sont encore très grandes, à votre encontre. Mais rien de ceci, n'excuse la sournoiserie de son comportement, qui en plus de mettre votre vie en danger, aurait pu fortement nuire à celle de nos enfants. Je vous en prie, rappelez-moi, laissez-moi une chance de m'excuser, et surtout de m'assurer que vous allez bien. Je suis tellement inquiet. (La jeune femme sourit jusqu'aux oreilles, soulagée) Aussi… J'envoie Demetri à votre recherche. (Tempe sursauta et servit à Chamio un regard paniqué). Je serais comblé, que vous puissiez me donner de vos nouvelles, de votre propre chef. Je vous aime. »
- Oh nan. Nan, nan, nan, nan, nan.
- Quoi ? Quoi ? S'inquiéta Chamio.
- Il a envoyé Demetri. Marcus, a envoyé Demetri à nos trousses.
- Han ? Sursauta la jeune télekynésiste. Oh alors là, on est dans la mouise jusqu'au cou. On aurait jamais du s'arrêter ! Il était à quelle heure ce message ?
- Huit heures.
- Ca fait 4h ? Rooohhhh, il doit être juste derrière ! C'est la MERDE ! Tu sais à quoi il ressemble ? Paniqua la jeune télékynésique.
- Oui bien sûr. Pas toi ?
- Nan. Nan je l'ai jamais rencontré. Tout ce que je sais de lui, je l'ai entendu dire par Jane, ou ma famille.
- Ah, alors il ne connait pas ton Ténor ?
Mon… ? Euh... Non. Non.
- Alors dépose-moi ici, tout de suite. Sauve ta vie, lui assura Tempérence.
- Quoi ? Tu plaisantes ? Fit Chamio. Je vais pas te laisser, là toute seule au milieu de l'autoroute ?
- Il va me retrouver d'une minute à l'autre, de toute façon ! Sauve ta vie à toi, je t'en conjure !
- Mais Tempérence, de toute façon Jane et Alec ont fait le rapprochement entre la Chamio du bijoutier, et ta kidnappeuse – combien de temps tu crois qu'ils vont mettre à me retrouver, eux ? Et puis Alec a raison, Aro lira forcément tes pensées, et alors il enverra ses troupes à ma recherche dans tous les cas…
Tempe étudia la réflexion et se tint le front entre deux doigts :
- Roh, je suis tellement navrée de t'avoir impliquée là-dedans….
- Bon, attends. Gardons notre calme. Le principal problème, dans cette histoire, avant c'était Gregia… Maintenant, c'est Demetri car on ne peut pas le semer, contrairement à Alec. Correct ?
- Oui.
- Ok. Et bah on a qu'à neutraliser Demetri.
- Pardon ? Fit Tempe en haussant un sourcil. On parle de Demetri Volturi. D'un Vampire doué d'un don. Je ne peux pas, le neutraliser.
- Moi je peux. Je peux lui briser le cou. Je l'ai déjà fait une fois, sur un nouveau-né qui avait essayé de me bouffer. J'ai juste besoin de me concentrer sur lui un chouia – même pas besoin qu'il soit près de moi. On n'aura qu'une seule occasion de le faire par contre : la première fois qu'il me verra, lorsqu'il ne s'y attendra pas.
- Oh, là c'est dangereux, c'est super dangereux… S'alarma Temperence. Demetri est quelqu'un de relativement fier, il ne te le pardonnera jamais !
- On a une autre option ?
- … On pourrait rentrer de notre propre chef.
Chamio l'observa en ouvrant de gros yeux, puis elle alla se garer sur le bas-côté :
- Attends… Tu veux rentrer ? S'étonna-t-elle une fois le moteur coupé.
- Le dernier message de Marcus, il… Il dit qu'il est à Volterra, et qu'il me croit maintenant. Qu'il est navré…
- Mais Gregia, elle, elle est encore là-bas ?
- Mais peu importe, tant que lui y est aussi…
- Tu es sûre de cela ? C'est de la mère d'Aro dont on parle. Tu veux pas plutôt qu'on trouve un coin un peu isolé, et qu'on lui dise où on est, pour qu'il te rejoigne et que tu puisses vérifier que ce qu'il dit est vrai ? Histoire de jouer la sécurité ?
Tempe l'observa avec intérêt :
- Si, c'est une bonne idée.
- On se le trouve, cet hôtel ? Suggéra Chamio en fronçant du nez.
- Oui.
Elle redémarra, jetant de frénétiques coups d'œil dans le rétroviseur. Alors Tempe réalisa qu'elle n'avait pas encore écouté le troisième message :
Aujourd'hui à 11h45 (c'était pendant qu'elles étaient chez le garagiste).
« Temperence, c'est Demetri. Tu as un Lycan aux basques. Cela fait une heure que je sens sa trace autour de ton ténor. Surtout quoiqu'il arrive, ne t'arrête pas. Continue, je vais te retrouver à temps ».
- Oh nan mais c'est pas vrai, se lamenta Temperence.
- Quoi encore ? S'inquiéta à nouveau Chamio.
- C'est Demetri. Il dit qu'on a un Lycan aux basques, et qu'on peut surtout pas s'arrêter.
- … C'est quoi un Lycan ?
- Un lycan c'est… Oh MON DIEU !
Chamio reporta son regard sur la route, juste à temps pour voir un énorme loup aux dents longues comme des scies, mordre dans le capot du camping-car.
Elles firent un vol plané au-dessus de lui en hurlant.
Tandis qu'elles étaient encore dans les airs, Temperence se cramponna à son ventre d'une main, et au tableau de bord de l'autre. Chamio, elle, tendit les bras à l'horizontal et le véhicule resta en suspension un moment. Puis il redescendit lentement se poser sur le sol. Alors elle lança une gifle virtuelle au loup qui s'approchait de la portière en se léchant les babines, et l'animal vola à plusieurs mètres :
- PRENDS LE VOLANT ! Hurla-t-elle à Tempe en sortant.
La femme enceinte, le cœur battant à trois cent kilomètres à l'heure, lui obéit, obnubilée par le combat qui prenait place devant ses yeux. Chamio faisait quelques pas protecteurs devant le véhicule, et renvoyait paître systématiquement le Lycan, qui lui grognait et hurlait de plus belle sa rage et sa faim. Lorsqu'enfin Tempérence parvint à faire à nouveau tourner le moteur, le Lycan fit un bond prodigieux en sa direction… Alors Chamio fit un geste de ses deux mains, comme si elle resserrait un noeud invisible : un « crac » atroce se fit entendre, et la nuque de l'animal se tordit – puis il retomba lourdement au sol.
La jeune télékynésiste s'appuya contre la portière, épuisée et terrorisée. Tempe sortit et alla la prendre dans ses bras :
- Ca va, tu n'as rien ?
- Qu'est-ce que c'est que ce monst…
Elles se turent en voyant l'animal, mort, reprendre forme humaine. La forme d'un asiatique – assez jeune.
- Oh mon dieu, fit Chamio. C'est… C'est un gamin ? Je… Je viens de tuer un….
- C'était devenu un monstre. Il faut vite…
Tempérence sentit une déflagration parcourir son ventre, comme un pressentiment plus violent que la moyenne, qui en plus de lui faire dresser les poils sur les bras, lui fit également accélérer ses battements cardiaques. Elle observa les alentours, et soudain une superbe créature aux longs cheveux blonds ondulés s'avança. Et aux yeux jaunes dorés, particulièrement hypnotisant.
- Samantha, souffla Temperence.
Alors une horde de loups-garous sortirent des bois et commençèrent à marcher aux côtés de Samantha.
- Une amie à toi ? Devina Chamio en déglutissant. On dirait une barbie.
- C'est une vampire qui bosse pour des loups-garous, cela fait un bail que le clan la cherche pour lui tordre le cou… Souffla Tempe en avisant les alentours à la recherche d'une issue, paniquée.
- Te voilà enfin, à ma merci, siffla la femelle vampire en avançant d'un air félin. Tous ces longs mois, à t'attendre, à te pister, puis à devoir renoncer… Et te voilà, sans défense… Prête à… Payer, pour la mort, du maître…
Chamio attrapa la main de Temperence et soudain, un bouclier transparent les enroba. Les animaux et leur leader féminin stoppèrent net, surpris. Puis Samantha, en un battement de cil, se retrouva face aux deux humaines et martela la sphère.
- Oh purée, elle est rapide celle-là ! S'exclama la jeune télékynésiste.
- Noooon ! Hurla de rage la femelle vampire en martelant le bouclier invisible.
Temperence sursauta à chaque coup, puis elle avisa son amie :
- C'est toi qui fais ça ? Ça va tenir ?
- Suffisamment longtemps pour que Demetri nous rejoigne. J'espère.
Samantha redressa la tête en entendant cela, et elle émit un feulement qui fit réagir la meute de loups autour d'elle : ils se déchaînèrent tous sur la sphère protectrice, qui se mit à produire des « bong » bruyants. Chamio plissa les yeux sous la violence du bruit, mais Temperence tomba à genoux :
- Ahhhh, cria-t-elle en se cachant les oreilles.
- Tempe ? S'inquiéta la jeune humaine.
Les coups gagnèrent en puissance, Tempe se mit à pleurer de douleur, et son ventre se mit à remuer également. Comprenant que les enfants souffraient de ce chahut, Chamio concentra son esprit sur la sphère et la fit reculer – les loups furent projetés en arrière.
Hélas, l'effort fut tel qu'elle gémit de fatigue, elle aussi. Elle commença à trembler. Samantha eut un sourire mauvais, qui curieusement ne se finit pas dans un rire comme on aurait pu le croire. A la place, elle reçut en pleine face une forme obscure et extrêmement rapide, qui la fit valdinguer à plusieurs mètres de là. Chamio et Temperence, toutes les deux à genoux, relevèrent la tête, surprises.
Demetri était en train de passer à tabac la vampire aux yeux jaune, tandis que Felix, arrivé quelques secondes plus tard seulement, s'en donnait à cœur joie sur les loups-garous. Puis Jane et Alec apparurent, suivis par Marcus qui s'approcha et se heurta immédiatement à la bulle protectrice.
Lorsqu'elle vit les jumeaux, Chamio ferma les yeux de soulagement :
- J'ai cru que vous n'arriveriez jamais…
- Et elle ose, me dire ça, grogna Alec en essayant de s'approcher – la sphère le tint en respect.
Tempe se redressa difficilement et essaya de faire un pas vers Marcus, puissamment soulagée de le voir, mais la bulle ne flancha pas de l'intérieur non plus.
- Tu veux bien baisser ça ? Demanda-t-elle. C'est mon mari, explicita-t-elle à Chamio en désignant Marcus.
- J'essaie, ça fait deux minutes que j'essaie – j'arrive pas, marmonna Chamio en expirant longuement. Attends, laisse-moi juste un peu me calm… (Un hurlement de loup retentit au loin, et elle fronça les sourcils). Ca va bien, tout va très bien, se répéta-t-elle.
- Nous sommes en sécurité maintenant, l'encouragea en effet Tempe en allant lui prendre une main. Tu peux baisser ta garde.
- Oui, oui… Oui… C'est ça, je suis en sécurité. Tout va bien, les lycans sont partis. Nous sommes… En sécurité, cernées par des vampires furax et assoiffés, tout va bien.
Chamio haussa un sourcil sceptique, et croisa le regard confus de Tempe. Celle-ci éclata de rire :
- D'accord, je vois le problème. Si tu veux, je sors seule ?
- Nan sérieusement j'arrive pas à la baisser, même pour toi…
Felix et Demetri revinrent, particulièrement fiers d'eux.
- Celle-là ne nous posera plus de problème, se réjouit le pisteur en tendant la tête décapitée de Samantha à Marcus, qui se contenta de fixer la sphère protectrice d'un air légèrement impatient.
Le garde Volturi de 2m de haut du saisir qu'il y avait un problème car il se rua sur la sphère – qui tout à coup gagna en puissance et en épaisseur.
- Oui, alors lui, il aide pas du tout, souffla Chamio.
- Felix, Demetri, Jane, Alec – reculez. Tous. Rentrez dans les fourrés, ordonna Marcus d'une voix calme.
Chamio s'attendait à voir Jane et Alec protester ou s'impatienter – mais contre toute attente, l'ensemble du groupe recula. Bientôt, elle ne les vit plus du tout. Ce type avait une sacrée autorité sur son équipe !
- Chamio, c'est cela ? Fit Marcus.
L'humaine posa son regard sur le grand vampire devant elle :
- Oui, souffla-t-elle avec une mimique intimidée.
- Je vous remercie, de ce que vous avez fait pour ma femme. A n'en pas douter, vous lui avez sauvé la vie – et plus d'une fois. Je m'engage personnellement, à ce qu'aucun mal ne vous soit fait, par notre clan.
- Je sais, insista Chamio en secouant la tête, que vous pouvez penser cela. Mais je sais aussi que vous ne pouvez aucunement le garantir. Aro, est le chef de ce clan. Et j'ai déjà poussé au plus loin les limites de la clémence de Jane et Alec – je n'arrive juste pas, à baisser cette barrière, car je sais que ma vie est en danger comme jamais – c'est instinctif, je ne le maitrise pas du tout…
Marcus eut un petit sourire clairvoyant :
- Vous êtes dès cet instant sous ma protection, et vous y demeurerez longtemps après que nous soyons arrivés à Volterra. Et je peux vous assurer, qu'Aro vous prendra sous la sienne dès qu'il aura fait votre connaissance.
Temperence étreignit la taille de Chamio :
- Nous ne pouvons pas rester trop longtemps ici, Tempe. S'il te plait. Fais-nous confiance.
- Je vous fais confiance – je te jure, répondit son amie. Mais je…. C'est là (elle désigna son cœur), ça coince, je suis terrifiée et je ne sais pas pourquoi, c'est pire de minute en minute… C'est comme si…
- Comme si quoi ?
- Un danger approchait, percuta alors Chamio. En fait, c'est pire depuis que les autres se sont éloignés…
Tempe adressa un regard à son mari, qui fronça les sourcils et fit un petit geste de la main. Felix, Demetri, Alec et Jane apparurent aussitôt.
- L'instinct de Chamio est très développé, récita Jane d'un air pourtant mécontent. Si elle pressent une menace autre que la nôtre, c'est qu'il y en a une. Nous ne l'avons tout simplement pas encore identifiée.
- Demetri ? Demanda Marcus, sceptique.
- Je ne sens rien, répondit le pisteur en fixant Chamio d'un air indéchiffrable. Personne en approche…
Alec s'avança vers Chamio :
- Qui crois-tu suffisamment puissant pour parvenir à tous nous mettre KO, hm ? Demanda-t-il.
- Ca, c'est dans l'hypothèse où je serais suffisamment stupide pour croire que vous essaierez de me protéger.
- Je pense que je peux arriver à briser cette sphère, si on me laisse essayer, suggéra Felix d'un air faussement détaché.
- Non, grogna Tempe. Chamio, fit-elle en se tournant vers son amie, sincèrement ? Essaie de te concentrer. Je veux sortir – j'en ai, besoin – insista-t-elle en désignant Marcus d'un signe de la tête.
La jeune femme ferma les yeux en acquiesçant. Elle expira longuement. Les secondes passèrent, et elle sentit l'étau de peur autour de son cœur mener un combat interne à l'issue incertaine. Alors tout à coup, Demetri dit :
- Attendez.
Elle rouvrit les yeux. Tout le monde fixait le pisteur, qui lui fronçait, les sourcils en direction des bois.
- Quelqu'un vient, annonça-t-il alors. Quelque chose. Rapide…
- Je l'entends, fit soudain Marcus en se plaçant devant la sphère de manière protectrice.
- Jillian, souffla Demetri d'un air alarmé qui ne lui était absolument pas usuel.
- Pardon ? Sursauta Tempe en s'approchant autant qu'elle le pouvait.
- Encore ? Siffla Jane. C'est la deuxième fois que Santiago le laisse s'échapper !
- Il est là, grogna Demetri d'une voix sombre, et il n'est pas seul.
Marcus jeta un coup d'œil navré à son épouse, qui lui transmit son inquiétude et sa confusion d'un silence perdu.
- Je suis, tellement désolé, ma Douce, souffla-t-il à son attention. J'ai tout essayé, pour vous protéger de cela.
Felix grogna :
- On attend bien gentiment qu'ils arrivent, ou on va les accueillir ?
- Option deux, feula Demetri, prêt à en découdre sur le champ.
- Alec, ordonna Marcus, reste avec elles et empêche qui que ce soit en pleine possession de ses sens, de s'approcher de la sphère. Jane, avec nous.
La petite blonde obtempéra et adressa un regard indéchiffrable aux deux humaines. A mi-chemin entre le « vous allez morflez » et le « soyez prudentes, surtout... ».
La scène qui s'en suivit fut de toute confusion. Trois Lycans apparurent – ils étaient énormes, vraiment. Celui à leur tête aurait pu réduire Felix en miettes d'un coup de patte. C'est d'ailleurs ce qu'il essaya de faire, mais au lieu de s'en effrayer, le Volturi poussa un hurlement bestial, l'air franchement ravi de trouver un adversaire à sa taille.
Demetri et Marcus s'étaient tous les deux rués sur un autre Lycan, tout aussi gros, mais apparemment extrêmement rapide. A en juger par ses mouvements, c'était d'avantage que de la vitesse d'ailleurs : il semblait capable d'anticiper tous les gestes de ses adversaires.
Le troisième, plus petit mais plus gros, était en train d'avancer en pignant vers Jane, qui elle reculait lentement. A priori son don de souffrance fonctionnait sur l'animal, mais pas à 100%.
C'était une première.
Demetri valdingua contre Felix, qui tomba au sol – les deux eurent juste le temps d'effectuer un roulé-boulé dans un sens différent avant que le chef de meute ne plante ses crocs dans le sol.
Tempe se couvrit la bouche en criant lorsque Marcus entama un bras le corps avec l'animal rapide, qui le poussa à toute allure vers le ravin.
- MARCUS ! Hurla Tempe.
Contre toute attente, ce fut le loup qui se tourna vers elle – le vampire lui asséna un coup de poing spectaculaire qui fit geindre l'animal. Celui-ci se redressa lentement, ses yeux plus haineux que jamais, se léchant les babines d'un air mauvais, tout en faisant des cercles autour de Marcus.
Alors Tempe se raidit.
- Qu'est-ce que… Fit-elle.
- Quoi ? S'inquiéta Chamio.
- Ce… Ce loup… Je… Je crois que je le connais, il… Son esprit sonne comme familier…
Chamio vit les traits de Temperence passer de l'incrédulité à la terreur. La jeune humaine se tourna vers Alec, qui l'observait d'un air plein de compassion – cette expression, était aussi une grande première chez lui. Alors il dit :
- Navrée, Temperence. Nous avons fait tout ce que nous avons pu, pour l'en empêcher.
- Noooon, hurla la jeune femme en se masquant la bouche.
- C'est ton cousin ? Percuta Chamio en recoupant les différentes informations entendues depuis le début de leur voyage, et en avisant le loup-garou d'un air mortifié. Le dit Jillian ?
- C'est impossible, pleura Temperence en avançant vers la bulle. Laisse-moi sortir, aboya-t-elle à l'intention de Chamio qui secoua énergiquement la tête.
- T'es malade ? Il te boufferait en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
- Correct, s'empressa d'approuver Alec. Quoiqu'il arrive, ne baisse pas cette sphère, Chamio.
- Laissez-moi lui parler, s'entêta Tempe. JILLIAN !
Le loup ne se retourna pas, mais il sauta sur Marcus – les deux roulèrent, et le loup mordit violemment le vampire à la taille. Un « Crac » se fit entendre tandis qu'une grimace de souffrance apparaissait sur les traits de Marcus, juste avant qu'il ne soit projeté dans le ravin.
- NOOOOOOOON ! Se déchaîna Tempe.
Alec fit sortir une vapeur tranquillisante de ses mains au moment même où Demetri se jetait sur Jillian.
Au loin, un couinement se fit entendre, suivi d'un crac : Felix venait de parvenir à tordre le coup du premier des trois animaux. Il sortit un briquet de sa poche et y mit le feu. Une flamme gigantesque qui dépassa vivement les arbres.
Il se dirigeait sur l'animal de Jane lorsque Tempe cria :
- Felix, MARCUS !
Le vampire embrassa la scène du regard et cessa de sourire.
- Dans le fossé, il a basculé, je t'en prie ! Pleura Tempérence.
Le garde se figea de stupeur, puis fonça sur les abords de la falaise. Ce qu'il vit le fit grimacer, puis, avisant avec regret le combat de Demetri, il sauta dans le vide.
Jillian, entouré de la vapeur d'Alec, s'agrippa à Demetri et les fit rouler au sol. Alec pesta et stoppa son pouvoir – Demetri resta inconscient, allongé au sol, tandis que Jillian fonçait sur la sphère. Alec essaya de faire à nouveau appel à sa vapeur, mais elle ne fut pas assez rapide – Jillian le jeta contre Felix qui remontait avec Marcus sur l'épaule. Les trois vampires basculèrent à nouveau.
Au loin, Jane venait de se mettre à courir vers Demetri, qui reprit ses esprits juste à temps pour réceptionner un louveteau obèse et aux babines dégoulinantes de baves et de terre.
C'est à cet instant, le plus inopportun qui soit, que la sphère protectrice de Chamio trembla puis disparut.
Chamio et Temperence échangèrent un regard paniqué.
- Oh merde, fit Chamio, j'ai plus d'énergie.
- Cours ! Cria Tempe en détalant vers les bois.
Les deux jeunes femmes se ruèrent vers les arbres aussi vite qu'ils purent – ce qui demeura relativement lent – immédiatement talonnées par Jillian qui hurla à la mort.
Elles approchaient d'un tronc lorsque le grondement derrière elle devint vraiment trop bruyant : elles se retournèrent et crièrent en voyant les crocs du loup s'ouvrir au moment où il sautait vers elles.
Alors une masse noire – totalement noire comme la nuit – surgit de derrière Tempérence et Chamio, et sauta au cou du loup garou en poussant un cri de rage, les faisant rouler tous les deux. A priori c'était également un vampire, à la peau sombre, et aux longs cheveux tressés.
- Oh la vache ! S'écria Chamio.
- Santiago, soupira Temperence avec gratitude, avant de tomber à genoux en se tenant le ventre.
Elle gémit si fort que Chamio parvint à détacher son regard de la silhouette sombre qui menait un combat acharné contre le dernier loup garou vivant – Demetri et Jane venait de détruire le deuxième.
Felix et Alec arrivèrent en renfort – Marcus gisait inconscient près du vide.
Tempe se mit à pleurer de douleur, son ventre bougeant et cognant dans tous les sens.
- Marcus, appela-t-elle seulement, inquiète, avant de sombrer.
- Tempe ? Cria Chamio, inquiète.
Elle attira le corps de la jeune femme enceinte dans ses bras, mais celle-ci avait perdu connaissance. Sur son front, de la transpiration. Dans sa poitrine, un faible battement cardiaque. Dans son ventre, un concerto de protestations. Sur son visage, une grimace de pure souffrance physique et morale.
