Coucou ! Comme le nom du chapitre l'indique, il y aura nombre de révélations. J'espère que vous suivrez et que vous ne vous perdrez pas en chemin. J'ai un peu peur face à la dose d'infos. Je l'ai écrit trois fois, et à chaque fois je n'étais pas satisfaite. Mais bon, je ne peux pas le réécrire mille fois non plus. Un jour, il faut faire des choix. Voilà, voilà... Sorry s'il ne plaît pas.

Sinon, autre petite remarque : je n'ai plus tellement d'écrire. Il m'est difficile de caser dix heures d'écriture en cinq heures de temps libre. Je vais du coup être obligée de ralentir ma publication. J'avais commencé par des chapitres de trois pages par semaine, mais me voilà finissant avec des chaps de dix pages et plus. Je vais donc devoir publier toutes les deux semaines. Mille sorry. (cependant, si j'ai fini un chapitre plus tôt, je vous le publierai le plus vite possible)

Bref, passons aux réponses !

L'Oubliée : Coucou ma licorne sans dignité ! Comment tu vas ? Le chameau va bien, lui. Sinon... Oui, je crois que mon dessin est de te tuer... Mais je suis moins sadique que toi quand même ! Moi, c'est ponctuellement. Sinon, ta menace me terrifie, t'as pas idée ! Bref, je suis ravie que tu ais adoré le chapitre précédent. Je pense que tu peux commencer à me comprendre, je n'ai jamais confiance en mes écrits, et c'est grâce aux encouragements et aux bottages de fesses de ma best friend que je publie... Bis ma licorne. Ton chameau.

Yourfirstfan : Alors, que te dire à part un grand merci ? Tu es toujours là pour moi, ma best friend. Tu me bottes toujours les fesses au moment où j'en ai besoin et me réconfortes si je vais mal. C'est plus que de la chance que de te pouvoir te considérer comme ma meilleure amie. Sinon, sujet récurrent : notre folie. Et bien c'est une chance de l'avoir, car lorsque l'on regarde comme la vie est difficile, un peu d'amusement de peut pas faire de mal, n'est-ce pas ? Sinon, t'as utilisé « mignons » ! Enfin ! Depuis le temps que je l'attendais, celui-là ! En bref, étant donné que je te parle beaucoup quand je te vois et que par conséquent je ne sais quoi dire, je te remercie de ta review, de me dire ce que t'en penses. Tu es la meilleure. Merci de toujours être là. Mille besos.

Darkklinne : Merci pour tes reviews. Je t'ai déjà dit nombre de choses en MP, et je pense inutile de me répéter. Tes mots m'ont fait du bien en tout cas. De même, ton message sur les lecteurs fantômes m'a remis le cerveau en peu en place et fait comprendre la présence de certaines choses plus importantes, je pense. Elle m'a permis de prendre conscience de la grande chance que je possédais d'avoir une telle communauté. Une communauté à qui je parle beaucoup, d'ailleurs. En bref, merci pour une nouvelle fois. Bien à toi. juliefanfic

milyi : Ah, ma Miss ! Je suis contente que cela t'ait plus. Mais chapitres sont en effet différents les uns des autres, mon esprit étant une véritables fourmilière... (allez chercher l'insecticide!) PS : sorry pour une humour un peu vaseux, mais c'est le soir et je suis fatiguée de ma semaine. La fatigue me fait toujours un effet bizarre. Je suis sinon contente que les sentiments d'Elenna envers son enfant sonnaient juste. Je n'en ai pas moi-même, et j'ai encore plus que le temps, alors j'ai tenté par ce que je pensais le plus réaliste... Gros bisous doux ma Miss, avec du bon caramel en supplément. Lady Julie.

pope081112 : Tu étais impatiente, et bien voilà le suivant ! Il m'a fait un peu galérer, même beaucoup en fait, mais je l'ai finalement pondu ! Sinon, je te remercie sincèrement pour tes compliments. Ils me vont droit au cœur, vraiment. Tu ne doutes peut-être pas de moi, mais chez moi c'est plutôt l'inverse. Tu me donnes un petit coup de stresse supplémentaire, et j'espère que ce chapitre sera à ton goût. Bien à toi. juliefanfic.

CHAPITRE 29 : REVELATIONS

Elenna les regarda. Tous les deux. Son cœur palpitait rapidement dans sa poitrine, son souffle était anarchique, les larmes lui montaient aux yeux. Sa petite sœur. Sa petite sœur avait été enlevée, mais ils n'avaient rien fait ! Comment avaient-ils pu ? Eux qui leur avaient juré protection, eux pour qui tuer quelque Orcs ou Uruk-Hais était plus que chose aisée. Son cœur meurtri, rempli de colère, de peine, de souffrance, la déchirait de l'intérieur. Une perlé salée vint s'écouler le long d'un sillon de ses précédentes larmes. Elerinna était plus qu'une sœur pour elle. Elle était une fille. Ne l'élevait-elle pas depuis ses quatre ans ? Elle l'avait bordée le soir, lui avait chanté des berceuses pour s'endormir, s'était occupée d'elle quand elle était malade, l'avait prise avec elle quand des cauchemars l'avait assaillie. Alors oui, les liens qui les unissaient étaient plus forts qu'une simple affection entre sœurs. Elle l'aimait de tout son cœur, d'un amour inconditionnel. Alors, la savoir en danger, souffrant peut-être parmi ces créatures la mettait dans une rage folle. Dans une peine intense aussi. Mais alors qu'on aurait pu la secourir, on l'avait laissée. Et à présent les responsables se tenaient devant elle. Le fait qu'ils soient des Valar ne comptait que bien peu pour elle à présent. Fussent-ils Eru en personne, elle n'aurait pas réagi de manière différente. Les regardant tout deux, elle prit à peine le temps de les détailler. Kementári était toujours de vert vêtue tandis qu'Aulë se tenait à ses côtés, une main glissée dans la sienne, vêtu d'un habit de forgeron. Relevant la tête, refusant de la courber comme tous les Elfes présents, qui face à ces divinités devenaient de simples serviteurs, rôle qu'Elenna leur refusait à eux deux, elle parla d'une voix tranchante, blanche, qui ne laissait passer que sa fureur :

« -Pourquoi ne l'avez-vous pas sauvée ?! Vous qui êtes selon chacun de grandes divinités ! Vous, pour qui une poignée d'Orcs représente un simple en-cas ! Vous l'avez laissée, sans défenses, âgée de neuf ans à peine ! Comment avez-vous pu ?! Vous ne valez guère mieux qu'eux !

Si les êtres de race elfique ne purent s'empêcher de pousser des exclamations de surprise, des cris à moitié étranglés sous l'horreur de l'entendre dire chose pareille, ce qui pour l'instant la désintéressait au-delà du possible, elle regarda ses interlocuteurs. Le visage du Vala ne laissait rien passer. Il avait un masque lourd, et malgré toutes ses tentatives pour le comprendre, elle n'y parvint pas. Seule peut-être une légère lueur de colère, mais de tristesse également pointait dans ses yeux d'un brun chaud. Mais elle vit cependant bien plus de choses sur le visage de Yavanna. Une perle scintillante roulant le long d'une de ses joues, les yeux presque fermés, elle put lire une grande tristesse sur son visage. Presque autant qu'elle-même en avait. Et s'ils étaient responsables du kidnapping d'Elerinna, le cœur de la jeune femme ne pouvait rester de glace face à la souffrance de celle qu'elle avait un temps considéré comme une grande amie, une protectrice d'entière confiance. Elle fit sans même le voir un pas dans sa direction. Il n'avait jamais été dans sa nature, et cela ne le serait jamais, de laisser la douleur envahir les autres sans tenter de les aider. Elle sentit soudainement quelqu'un apparaître à ses côtés. La chevelure brune d'Isil lui apparut finalement et lorsqu'elle la regarda, elle sut lire en elle une mise en garde. Elle, la jeune guerrière qui avait peur du courroux des êtres divins de ce monde, venait de s'avancer vers la personne qui risquait le plus de le subir, prenant par-là même, le risque d'en souffrir à son tour, pour la simple raison qu'elle voulait aider son amie. Car elle la connaissait, elle savait quelle jeune femme elle était, elle dont les mots pouvaient dépasser ses profondes pensées sous la colère. Elenna lui adressa un pauvre sourire, avant de retourner son attention vers les Valar.

-Pourquoi ? redemanda-t-elle.

La Valië, délaissant son mari, commença à avancer vers elle. Et malgré tous les sentiments violents qui se bousculaient en elle, elle ne put s'empêcher de remarquer la grâce avec laquelle elle marchait. On aurait presque dit qu'elle dansait. Lorsque sa protectrice fut face à elle, la jeune Elfe la regarda dans les yeux. Les pupilles bleutées qui semblaient sans fond tellement elles avaient vécu, étaient remplies d'une chose qu'Elenna ressentait aussi, la douleur. Une douleur teintée de colère également. Elle ne put détacher son regard. Elle était comme hypnotisée. Elle plongeait dans les abîmes de souvenirs de Kementári, cette femme qui en avait tant vu. Mais elle sentit finalement la douce main de la Valië se poser sur son visage. Elle caressait sa joue de son pouce, lui adressant en même temps un sourire triste. Elenna fut tentée de s'y reposer, de se laisser oublier un instant, mais elle ne pouvait pas. Pas tant que sa sœur n'était pas à nouveau en sécurité. Alors, repoussant la main de Yavanna, elle recula finalement d'un pas, vacillant sous la douleur de sa cheville, mais continua de la regarder dans les yeux.

-Pourquoi ? répéta-t-elle.

Le doux visage de son interlocutrice s'affaissa légèrement avant de se relever une lueur de colère sourde dans le regard. Et avant qu'elle ait pu lui demander la moindre chose, son époux l'avait rejointe. Il la regarda quelques instants avant de parler, sa voix teintée d'amertume.

-Morgoth créa, fut un temps, des boucliers, afin de nous empêcher d'accéder à certaines choses de son choix. Il pouvait les bouger à sa guise, et s'en servait fréquemment. Mais ensemble, tous les Valar réunis, nous pouvions les détruire facilement. Mais à deux seulement, cela se révèle mission vaine et impossible. Ces boucliers ne furent cependant jamais cités, nous ne souhaitions en ébruiter l'existence.

En quelques phrases, Aulë avait réussi à capter l'attention de tous les soldats. Les résonnements des sabots de plusieurs cavaliers parvinrent à la conscience d'Elenna, mais elle les occulta, car s'ils avaient été d'ennemis, sans nul doute que les guerriers auraient réagi violemment, or ce n'était pas le cas, ils s'occupaient simplement de panser les blessures, de vaquer à de simples occupations ou pour les plus curieux, d'écouter le Vala. L'elleth prit la parole, quelque chose tiltant dans son esprit.

-Mais Morgoth, ce ne peut-être lui en ce moment-même qui plaça un bouclier. Seul Sauron est un Ennemi, en ces temps. Si cela avait été Morgoth, nous l'aurions senti.

-Sans nul doute, répondit Kementári d'une voix douce. Mais ce ne peut être effectivement lui car il a été banni des cercles de ce monde depuis longtemps maintenant. Il ne reviendra pas avant la fin de cette Terre. Tu as raison, en disant que seul Sauron est l'Ennemi en ce moment. Mais sache qu'avant, il fut un lieutenant du Noir Ennemi. Il dut avoir appris ce sortilège à ses côtés.

Tout d'abord surprise d'apprendre le sort de celui qui fut un véritable fléau, celui de part qui les monstruosités qui courraient sur Arda avaient été créées, elle sentit finalement le désespoir poindre dans son cœur. Une larme amère roula le long de sa joue avant qu'elle n'abatte un coup de poing sur sa cuisse dans un geste rageur, vacillant dangereusement par la même occasion. Elle finit cependant par retrouver un équilibre un peu plus correcte, occultant du mieux qu'elle le pouvait sa blessure, avant que la vérité ne la frappe violemment. Elerinna et elle, après avoir vécu tant de douleur, n'avaient-elles pas droit au bonheur ? À la paix ? Mais maintenant, outre le fait de savoir que sa petite sœur était aux mains de créatures monstrueuses, c'était le fait d'apprendre qu'elle ne pourrait probablement pas la sauver, un bouclier étant en place, qui la détruisait de l'intérieur ! Pourquoi le destin s'acharnait-il à ce point ?

-Le destin des enfants d'Aredhel ne fut jamais facile, murmura Yavanna d'un ton souffrant de tristesse et culpabilité. Peut-être est-ce de notre faute, nous qui voulions tant un enfant...

Un long soupir résonna, et le regard de la Valië sembla perdu dans le vague, en proie à des souvenirs. S'approchant doucement de son épouse, Aulë posa une main réconfortante sur son épaule, avant qu'elle n'appuie sa tête sur son puissant torse. Lui baisant le front, il finit par lever les yeux vers la jeune femme avant de lui dire :

-Ne désespère pas, petite Elfe. Car chaque chose possède une faille. Et le bouclier que créa Morgoth en possède plus d'une.

Elenna leva les yeux vers lui et plongea son regard bleuté dans les yeux bruns sans âge du Vala. Son regard ne transpirait que l'honnêteté. Alors, sinueusement, l'espoir commença à revenir à son cœur. Elle refusa cependant de l'écouter. Elle ne voulait plus espérer pour souffrir plus par la suite. Aulë, qui semblait lire dans ses pensées profondes, eut un sourire sans joie. Il avança d'un pas, souhaitant aller vers elle, vers il abandonna et serra plus fortement sa femme avant que cette dernière ne se sépare de lui.

-Quels sont ses failles, alors ? demanda Elenna. Car s'il empêche les Valar même d'y pénétrer, comment nous, nous pourrions le franchir ?

Soupirant, le Vala eut cette fois un véritable sourire. Un sourire un peu triste, mais rempli d'espoir.

-Ce n'est pas tout à fait exacte, reprit-il. Les Valar ne peuvent franchir ce barrage que s'ils ont des intentions pacifiques, ce qui ne fut pas notre cas, tu t'en doutes... Enfin, si Yavanna et moi-même souhaitons prendre une autre forme pour surveiller Elerinna, la protéger, s'occuper d'elle, nous le pourrions. De même, ce barrage n'agit pas sur les Elfes, et les autres races d'Arda. Morgoth ne les craignait pas lorsqu'il créa le bouclier.

Le sentiment doux qu'elle réprimait franchit tout de même les barrières qu'elle lui avait imposées. Les Elfes ne craignaient pas ce blocage. Ils pouvaient ainsi sauver sa sœur. Enfin... Encore fallait-il qu'une armée elfique accepte de se battre pour un seul individu. Mais les elfings n'étaient-ils pas rares et importants ? S'ils refusaient de se battre, Elenna ne savait ce qui se passerait. Elle refusait que quelque mal puisse être commis à Elerinna. Elle ferait tout pour que cela n'arrive pas. Mais elle attendait un enfant. Pouvait-elle réellement risquer sa vie alors que son bébé dépendait d'elle ?

Elle fut sortie de ses pensées lorsque les bruits des cavaliers qui s'étaient approchés se fit plus fort. En vérité une sorte de brouhahas résonnait dans la clairière. Se retournant, la jeune Elfe finit par tressaillir violemment. Elle ne remarqua pas le sourire qui apparaissait sur le visage de Kementári, son esprit étant abasourdi devant le nombre de soldats elfiques qui débarquaient. Car ce n'étaient ni une centaine, ni deux centaines de guerriers qui venaient d'envahir l'ancien espace du champ de bataille, mais bien quelques milliers. Toute une armée à vrai dire. Trois voir quatre bons mille. Bien sûr, ils ne pouvaient tous tenir au même endroit, et ils s'étaient dispersés dans la forêt, certains arme à la main, cherchant la moindre trace d'un ennemi survivant.

Tout d'abord déroutée par ce flot d'arrivants, Elenna ne remarqua pas tout de suite la chevelure blonde d'une personne lumineuse. Elle aurait dû pourtant. Mais quand son regard se porta vers cette personne, ce ne fut pas un, pas de deux, mais de nombreux ratés qu'eut son cœur. Ses yeux s'embuèrent et des perles salées coulèrent le long de son visage. Son cœur se mit à tambouriner plus fort que jamais dans sa poitrine. Il lui semblait qu'il s'apprêtait à en sortir. Car, vêtue telle une grande guerrière, portant un fin diadème d'argent, se tenait une personne qu'elle ne pensait jamais voir ou du moins revoir. Ses longs cheveux blonds légèrement ondulés, ses yeux bleus azur, son doux visage, rien n'avait changé. Sauf peut-être son regard qui semblait avoir vu mille choses à présent, dénotant le temps passé sur cette terre.

Elenna ne se précipita toutefois pas vers elle. Elle avait commencé par se dépêcher dans sa direction de quelques enjambées, le choc anesthésiant la douleur de sa cheville un temps, mais elle ne pouvait plus faire un pas. Elle était pétrifiée, ne savait plus comment réagir. Elle l'avait cru morte pendant tellement de temps, avait pleuré si douloureusement sa mort, qu'elle ne pouvait la croire ici. Elle avait pourtant su par Haldir qu'elle était vivante, qu'elle allait bien, mais comment aurait-elle dû réagir ? Aurait-elle dû courir dans ses bras, l'enlacer ? Mais elle ne pouvait pas. Pas maintenant. Le choc était trop grand. Mais outre cela, elle se sentait amère aussi. Car la douleur qu'elle avait ressenti au fond d'elle-même avait été d'une rare violence. En une soirée elle avait tout perdu. Tout. Aussi, si la joie de la voir était grande, elle se sentait incapable de réagir pour l'instant. Elle savait que ce ne serait pas elle qui ferait les premiers pas. Elle ne pouvait simplement pas.

Il s'écoula ainsi quelque secondes pendant lesquelles aucune d'entre elles ne fit un geste. Mais Elenna vit soudain sa sœur avancer d'un pas hésitant vers elle. Elle ne bougea pas. Les larmes de son visage roulant lentement, une par une, et à travers sa vision quelque peu brouillée, elle vit que des perles scintillantes coulaient le long des joues de celle qui avait été une partie de son âme toute son enfance. Elle arriva bientôt à sa hauteur. Lorsqu'une main douce se posa sur son visage et que du pouce son aînée essuya ses larmes, elle se laissa à la caresse de sa sœur. Son cœur lui soufflant tant d'émotions qu'elle était incapable de les déchiffrer.

-Princesse des Bois, l'entendit-elle murmurer.

Ce fut peut-être l'entente de ce surnom qu'elle lui avait donné après qu'elles soient restées dans la cabane dans les bois, mais ses blocages se déverrouillèrent. Quand des bras l'enlacèrent, elle fit de même. Elle sentit avec plaisir que l'odeur de fruits de bois de sa sœur n'avait pas changé malgré tout ce temps. Cinq ans, cela faisait cinq ans qu'elles ne s'étaient plus vues. Que la jeune femme n'avait pu serrer son aînée. Et cela faisait encore plus de temps pour cette dernière. Des millénaires s'étaient certainement écoulés, et à la vue de la sagesse qui semblait irradier d'elle, cela semblait plus que probable.

-Galadriel, murmura la jeune femme doucement, comme une prière.

-Petite sœur, répondit-elle. Cela fait tant de temps.

Elenna s'écarta légèrement, mais elle vacilla sous la douleur de sa cheville qui la lançait plus que fortement. Galadriel fut cependant prompte à réagir et elle lui saisit le bras avant de l'aider à se stabiliser. La jeune elleth vit alors que son aînée s'apprêtait à héler un guérisseur, mais elle l'en empêcha d'un simple mouvement de la main. Elle n'était pas gravement blessée, et cela pouvait attendre. Les explications de circonstances étaient plus urgentes.

-Comment ? demanda la jeune Elfe à sa sœur.

-Je ne le sais pas moi-même, répondit-elle franchement avant de tourner son regard vers les Valar. Mais eux le savent.

Elenna tourna son regard également. Toutes les réponses. Ils avaient promis toutes les réponses à ses questions. Et elle comptait bien les avoir. Cela faisait bien trop longtemps qu'elle était ignorante. Et c'était bien pire pour Galadriel. Prenant une profonde inspiration, elle releva la tête vers ses protecteurs elle leur demanda, ou plutôt leur ordonna d'un ton qui ne souffrait aucune réplique :

-Expliquez-nous.

Elle vit au visage pincé d'Aulë qu'il ne semblait pas avoir l'habitude qu'on le commande, et qu'il devait détester ça aussi. Elle ne s'en soucia que peu, finalement. Elle voulait des réponses, et elle les aurait. Ses possibles remords avaient été atténués par la disparition d'Elerinna. Elle vit Kementári soupirer longuement, comme si une partie finale mais terriblement importante avait été engagée. Il sembla à Elenna qu'elle devenait mal à l'aise. Elle regarda sa sœur, qui se tenait tout à côté d'elle, mais malgré toute la sagesse des longues années de son aînée, elle ne lut en elle que de la confusion. Ce fut finalement le Vala qui prit la parole en premier.

-Quelques temps avant l'Éveil des Elfes, Yavanna et moi-même commencions à ressentir un besoin. Quelque chose d'important nous manquait. Nous avions tant d'amour à donner, mais celui-là ne semblait pas vouloir se diriger vers les autres races. Non, c'était quelque chose de bien plus profond. Je crois que je compris ce qu'il nous manquait quand je façonnai les Nains. Notre amour voulait s'en aller vers un enfant. Nous ressentions ce besoin irrépressible d'être parents.

Certains des Elfes présents détournèrent le regard et leur attention, ne souhaitant piétiner sur leur vie privée, mais d'autres cessèrent leurs activités, captivés par les paroles d'Aulë. La main d'Elenna avait glissé sans même qu'elle s'en aperçoive vers celle de sa sœur. Elles se regardèrent avant de tourner à nouveau leur regard vers les Valar.

-Nous nous mîmes à prier Eru Iluvatar, reprit Yavanna. Il finit par répondre à notre prière. Il nous accorda notre vœux le plus cher, mais nous prévint que des dangers menaceraient notre enfant. Il nous demanda une nouvelle fois si nous le souhaitions toujours.

-Et nous le souhaitions plus que tout, continua le Vala. Alors, quand vint l'Éveil des Elfes, une magnifique elfing, à peine plus grande qu'un nourrisson nous fut confiée. Nous l'aimâmes plus que tout, il s'agissait de notre fille.

-Aredhel nous emplissait de fierté, et nous en éprouvons toujours autant, murmura doucement la Valië.

Elle n'eut pas le loisir de continuer. La jeune femme enceinte l'avait stoppée, réellement surprise par une chose. Une chose qui ne sembla toutefois pas marquer son aînée.

-Aredhel ? Mais n'est-ce pas le nom de notre grand-mère ?

Elenna la vit alors sourire doucement, en même temps que son mari. Ses prunelles bleutées exprimaient une rare tendresse, et son cœur s'en émut. Elle sentit la réponse avant même qu'elle ne lui soit donnée, mais elle avait besoin de l'entendre. Car au fond d'elle-même, elle refusait de le croire.

-Oui, répondit-elle. Votre grand-mère.

Les deux sœurs en restèrent abasourdie, même si l'elleth enceinte fut celle qui était la plus choquée. Ainsi, la protectrice qu'elle avait côtoyée, celle qui lui avait sauvé la vie, était en quelque sorte sa propre arrière-grand-mère ? C'était... En vérité elle n'avait pas les mots. Incroyable, irréelle, impossible, semblaient être les seules possibilités pour décrire la situation. Elle regarda alors les Valar d'un œil nouveau. Ils étaient de sa propre famille. Peut-être pas de chair et de sang, mais c'était tout comme. Ceci expliquait peut-être leur attachement à prendre soin des descendants d'Aredhel, les réflexions de Kementári, après qu'elle se soit battue au Gouffre de Helm lui revinrent en mémoire, également. Elle lui avait dit ressembler à son aïeule, avoir la même force de caractère. Elenna s'était toujours demandée d'où elle pouvait la connaître, et à présent cela lui semblait d'une terrible simplicité. Les indices avaient été semés tous le long du chemin, tant par les pensées, par certains dires de Yavanna que par la protection qu'elle lui offrait. Comment avait-elle pu être aveugle tout le long ? Elle aurait dû reconnaître la Valië qu'elle était. Sa mère ne l'avait-elle pas décrite comme une grande femme vêtue de vert ? Et ses nombreux pouvoirs, peu étaient ceux à en être doté ! Elle n'avait su lire ces signaux pourtant évident, et à présent que la vérité entière commençait à lui être dévoilée, elle n'en revenait pas. Elle regarda alors Galadriel. Ses nombreuses années avaient dû lui permettre nombre de choses, dont celle d'apprendre à se composer un masque impassible. Elle ne sut en effet déchiffrer son visage, elle qui savait tant le faire par le passé. Cela, il fallait l'avouer, la chagrinait. Elle aurait aimé retrouver la même personne qui avait partagé son enfance, mais cela ne semblait pas être le cas. Elle avait changé. Irrémédiablement changé. Elle n'était pas sûre que leur complicité ait survécu à tous les bouleversements survenus dans leur vie.

« Peut-être n'a-t-elle pas survécu, retentit une voix douce dans sa tête tandis qu'un poids se faisait sentir dans son corps, dans son cœur. Mais je suis certaine que nous pourrions y remédier.

La jeune femme sursauta, surprise. Elle s'aperçut bien vite cependant que cela venait de son aînée. Comment cela était-il possible, elle l'ignorait. Mais si ses mots lui apportaient un léger réconfort, elle devait avouer qu'elle trouvait cela assez désagréable, qu'on puisse lire ainsi ses pensées, et y répondre.

Je l'espère, répondit-elle.Mais ne fais plus ça, je t'en pris. Je n'aime pas que l'on entre dans ma tête...

Il y eut quelques instants de silence avant qu'une réponse ne lui parvienne.

Je ne le ferai plus, promit Galadriel d'un ton navré. Tu me vois désolée. Je ne pensais pas à mal. »

Elle détourna les yeux au moment-même où Aulë reprenait le récit.

-Si nos frères et sœurs furent heureux pour nous, et considérèrent Aredhel comme de leur propre parenté, Melkor, lui, fut dans une grande colère. Il jugeait les autres races comme inférieurs et pour lui, votre grand-mère n'aurait jamais dû exister. Nous comprîmes alors qu'elle était en danger. Car Morgoth ne rêvait que d'une chose, finit-il en colère mais triste et amer également, la détruire.

Le cœur des deux ellith se serrèrent. L'histoire ne s'annonçait pas rose. Loin de là. Elenna savait comment cela se terminait pour son aïeule, elle l'avait vu dans rêves. Mais cela ne l'empêchait pas de rester scotchée aux paroles de ses protecteurs. Car si le parcours se trouvait jonché de morts, elle avait besoin de savoir comment tout en était arrivé là. C'était essentiel. C'était une part d'elle-même, une part de ses origines qu'elle ne pouvait occulter.

-Aredhel grandit, continua la Valië. Elle devint une jeune femme fabuleuse. Elle tomba finalement amoureuse d'un jeune Elfe, Eressëa. Notre fille n'avait vu que la beauté de Valinor, avait grandi en ne songeant qu'à faire le bien autour de soi. Aussi, quand elle vit cet ellon taciturne et solitaire, elle alla vers lui. Nous regardions cela d'un œil scrutateur. Il s'agissait de notre fille, et nous voulions son bonheur. Mais nous dûmes nous apercevoir qu'un amour puissant les avait liés à jamais. Ils finirent par se marier, sous la bénédiction de tous. Du temps passa, et votre mère, Earwen, finit par naître.

Un léger sourire naquit sur les lèvres de la jeune femme enceinte, mais elle ne regarda pas Galadriel, et ne put dire si c'était aussi son cas. Elle ne doutait pas de l'amour qui avait unit sa grand-mère et son grand-père. Même dans les pires situations, des choses bien se produisaient. Mais son sourire finit par la quitter. La mort s'abattrait bientôt, elle le sentait. N'avait-elle pas vu la mort de son aïeule, attaquée avec sa mère par des Orcs ? Comme répondant aux pensées de l'Elfe, Aulë parla à nouveau.

-Mais si elle et sa famille vivaient sur Valinor, en relative sécurité, la colère et la rancune de Melkor ne cessait de croître. Il était certes emprisonné, mais sa haine le rendait puissant. S'il avait souhaité la destruction d'Aredhel, il souhaitait à présent celle de ses futurs descendants de la même façon. Il transmit ses pensées aux immondes créatures qu'il avait créées. Ces dernières partirent vers Valinor...

La poitrine d'Elenna se compressa douloureusement, pressentant les choses mauvaises qui ne tarderaient pas à se dérouler. Quand elle regarda Kementári, elle vit que les yeux de cette dernière brillaient. Elle semblait lutter contre les larmes. Elle vit son protecteur serrer la main de sa femme tout en lui adressant un tendre sourire de réconfort. La jeune elleth savait au fond de son cœur la suite. N'en n'avait-elle pas rêvé une partie ? Lorsqu'elle se tourna vers son aînée, elle vit que cette dernière avait le visage blême. Ses yeux semblaient également perdus dans le vague, mais transperçaient également les Valar de part et d'autre. C'était difficile à expliquer, à saisir, mais elle comprit que Galadriel lisaient en eux. Ce qu'elle avait dû voir ne devait pas être tendre, car ses traits se crispèrent tandis que ses yeux se plissaient. Elle finit par capter le regard d'Elenna, et quand ce fut fait, la jeune Elfe ne sut comment, mais quelque chose se passa entre elles. Une chose qu'il s'était déroulé nombre de fois avant. Sans un mot, sans un geste, elles se comprirent. Elenna avait su avant même qu'Aulë ne continue son récit ce qui s'était passé. Et quand il ouvrit la bouche pour parler, elle sentit les doigts de son aînée buter contre les siens, et elle ferma sa main, emprisonnant à nouveau celle de sa sœur.

-Nous ne nous attendions pas à cette attaque. Erresëa, Aredhel et Earwen étaient partis seuls, pensant pique-niquer ensemble, partager un moment en famille. Erresëa se sacrifia pour permettre à notre fille et petite-fille de s'enfuir. Mais les immondes créatures les poursuivirent. Une bataille s'engagea, tandis qu'Aredhel tentait de sauver sa fille. Yavanna fut la première à savoir ce qu'il se passait, la nature l'en informant. Elle se dépêcha sur les lieux, mais ils étaient déjà trop tard. Earwen se trouvant désormais orpheline, nous l'élevâmes.
Elenna sentit ses yeux la brûler. Elle fut prise d'un frisson aussi. Elle avait toujours vécu avec sa mère, avait partagé beaucoup de choses avec elle, même si un lien fusionnel avait été créé entre elle et son père. Mais jamais, au grand jamais sa parente ne lui avait conté son passé. Et à présent qu'elle en prenait connaissance, une envie terrible d'étreindre cette dernière pour lui effacer toutes ses peines venaient la saisir. Elle ne savait comment elle avait fait pour garder la tête hors de l'eau, pour pouvoir vivre aussi normalement. Mais cela expliquait certainement une partie de la tristesse qui voilait le regard saphirs de sa mère. Sa mère pour qui rire était bien plus rare que pour le reste de sa famille. Comme en communion avec ses songes, sa protectrice reprit la parole.

-Earwen grandit et devint une belle jeune fille. Mais elle allait mal. Elle se reprochait la mort de sa mère malgré toutes nos paroles. Mais vint ce jeune homme. Ce fut lui qui fit les premiers pas vers elle. Il avait à cœur de la faire sourire. Il était quelqu'un dont la joie de vivre était communicative, et refusait de laisser quelqu'un se morfondre. Mais ce ne fut pas chose aisée que de la faire changer. Et nombre de fois il s'y mordit les doigts. Mais pas à pas, Earwen retrouva une bonne humeur. Cela commença par les projets douteux et plus farfelus les uns que les autres qu'il lui soumettait. Nombre de fois nous fîmes les aveugles. Car si nous n'apprécions pas forcément leurs idioties, dont la principale fut de colorer en bleu les cheveux de Tulkas, quelque chose de terriblement suicidaire faut-il avouer, ce après quoi ils furent coursés avant d'arriver chez nous essoufflés, continua-t-elle amusée, cela redonnait goût à la vie à notre petite fille. Nous pouvions fermer les yeux. Ils ne faisaient, après tout, rien de bien méchant. Quelques années passèrent, et ils finirent par se marier.

Yavanna fit alors une pause, regardant son époux dans les yeux. Puis, un sourire léger et un peu triste fleurit ses lèvres.

-Cet Elfe, votre père, continua-t-elle en fixant Galadriel et Elenna, se nommait Amandil, et avait un jumeau au tempérament bien plus calme.

Le visage que fit sa sœur parut comique à ce moment-là à l'elleth, mais elle ne put rire car les paroles échangées étaient graves. Elle fut réellement saisie lorsque son aînée ouvrit la bouche et la referma, la regardant avant de porter son regard vers le loin, l'elleth enceinte ne comprenant pas ce qu'elle regardait, avant de retourner son attention vers les Valar, de secouer la tête et de demander avec hésitation :

-Cirth ?

Lui offrant un grand sourire, la Valië hocha la tête de manière affirmative. Mais si Galadriel savait à présent, Elenna elle, restait toujours dans le floue, et elle n'aima pas cela :

-Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ?

-Cirth est le père d'un ami. J'avoue que la ressemblance était grande, mais je n'en avais jamais fait plus attention.

Ce qui se passa à l'instant dans son esprit, la jeune femme ne le sut. Un bien grand choc en vérité. Elle fut quelques secondes incapable de pensées cohérentes, la seule qui survenait était une incompréhension totale. Puis, la vérité la frappa. Son père avait eu une jumeau. Elle avait un oncle. En même temps, pourquoi cela aurait-il dû l'étonner, elle ne connaissait que très peu le passé de ses parents. Mais il fallait avouer qu'elle ne les avait imaginés avec des frères ou des sœurs. Que de Dieu ! Cela faisait beaucoup en peu de temps à diriger, et son esprit était saturé, semblant ne plus pouvoir comprendre quoi que ce soit. Mais le fait qu'il soit de sa propre parenté réussit tout de même à percer les brumes de sa conscience.

-Par Eru, murmura Elenna qui n'y croyait pas tellement.

-Nous avons donc un cousin, déclara doucement Galadriel tandis qu'un sourire fleurissait son visage.

La jeune elleth, quant à elle, papillonna des yeux quelques secondes avant de secouer la tête afin de revenir à elle-même, puis elle offrit une esquisse de sourire tremblant à celle qu'elle considérait comme une partie de son âme, un temps. Se pouvait-il que cela soit possible ? Il semblait bien que oui. Une sorte de rire naquit au fond d'Elenna. Elle n'avait pas la moindre idée d'où il pouvait provenir, mais il semblait bien présent. Ce n'était pas tellement un rire amusé, mais plutôt une expression de sa nervosité. Car, son cousin et son oncle, les avait-elle croisé sans les connaître en ne leur accordant pas d'intention ? Car il fallait se douter, elle ne les aurait certainement pas reconnu. Enfin, peut-être aurait-elle été frappée par le jumeau de son père tout de même. Mais cela n'avait pas été le cas. Tout en soupirant, alors qu'elle mourrait d'envie de demander plus de précisions à sa sœur, elle retourna son attention vers les Valar, le cœur serré face à la suite de l'histoire.

-Que c'est-il passé ? demanda-t-elle. J'ignorais venir de ce monde il y a peu de temps encore. Et je ne comprends toujours pas comment j'ai pu grandir et vivre là-bas, alors que je suis originaire d'ici. Car si nos parents nous ont toujours conté les histoires de la Terre du Milieu, nous les avons toujours considérées, et ils nous ont encouragées dans cette voie, comme des récits fictifs sortant de leur imagination. Et même si nos origines peuvent me permettre de comprendre enfin pourquoi nous avons eu cette éducation si différente des autres enfants, je ne comprends toujours pas comment nous avons pu passer d'un monde à l'autre et de l'autre monde au premier. Il doit y avoir une raison car à mon avis cela ne se fait pas sur un coup de tête. J'ai besoin de comprendre celle-ci...

-Morgoth, même après la mort d'Aredhel ne cessa de vouloir la fin de sa lignée, soupira Aulë, entrant dans ses explications. Il envoya des troupes contre eux. Amandil et Earwen y réchappèrent de peu. Mais bientôt, notre petite fille attendit un enfant. Nous savions que que l'Ennemi ne reculerait devant rien pour les détruire...

-... Eru Iluvatar, dans sa grande mansuétude, nous vint alors en aide, continua Kementári. Il leur proposa un choix. Ils pourraient vivre dans l'Autre Monde, mais ils ne pourraient revenir sur les Terres Immortelles qu'au moment de leur mort et jamais ils ne pourraient fouler le sol d'Arda. Pour leurs futurs enfants, cela serait différent toutefois. Car à l'heure de votre mort, vous retourneriez en Terre du Milieu, et vous ne les rejoindriez que plus tard. Afin de se décider, ils purent voir la vie qui vous attendrait sur Arda. Ainsi, ils virent vos enfants, vos petits-enfants aussi. Leur décision, malgré les sacrifices que cela apporterait, dont la mortalité durant votre exil, fut d'accepter. Ils ne voulaient que votre sécurité, et auraient été prêts à se damner pour vous protéger. Ils eurent à peine le temps de dire au revoir à ceux qu'ils aimaient. Nous eûmes à peine le temps de serrer Earwen dans nos bras qu'ils étaient partis. La suite, vous la connaissez mieux que nous.

Les Elfes qui avaient cessé de bouger et avaient écouté avec attention les Valar, peu nombreux car la plupart connaissait le respect de le vie privée, reprirent leurs activités. Mais Galadriel et Elenna restèrent quelques instants stoïques. Ce fut finalement son aînée qui reprit le rapidement ses moyens, lorsqu'Astaldo apparut, s'inclinant devant les divinités avant de faire de même envers elles et d'annoncer avec force qu'il allait aider Aldaron à organiser l'armée et qu'il envoyait un messager à Haldir pour lui expliquer la situation. Son aînée acquiesça gravement et il partit. Mais l'esprit d'Elenna redevint lourd. Les sentiments de peur qu'elle ressentait pour Elerinna lui revinrent violemment. Elle ne pouvait croire qu'il lui arrive quelque chose de mal. Elle n'était pas sûre de supporter la culpabilité, la douleur que sa mort lui causerait. Elle dont l'esprit avait déjà souffert plus que de raison. Elle commença alors à bouger à nouveau, faisant quelques pas maladroits, vacillant quelque peu sous l'élancement de sa cheville, mais elle garda tout de même un bon équilibre.

-Je ferais voyage auprès d'Elerinna, annonça Kementári. Sous la forme d'un oiseau. Je veillerai à ce que rien de mal ne lui arrive. »

L'image d'un magnifique oiseau blanc aux yeux de saphir s'imposa à l'esprit de la jeune elleth. Celui qui l'avait aidé à sortir de l'emprisonnement de Saroumane. Elle savait qu'il s'agissait de sa protectrice. Cela la rassura un peu. Elle pourrait veiller sur elle afin de la préserver des dangers qu'elle encourrait. Elle inclina alors la tête, l'air grave. Aulë les regarda en même temps que sa femme, et tous deux leur adressèrent un sourire avant de disparaître tel un mirage.

Elenna regarda encore quelques instants l'endroit où ils s'étaient tenus. Elle n'était plus capable de pensées cohérentes. Elle avait tout appris vite, peut-être trop vite. Cela lui semblait irréelle. Était-ce seulement possible qu'elle ait appris toutes les vérités qui lui étaient cachées ? Qu'elle ait retrouvée la sœur qu'elle avait longtemps cru morte ? Qu'elle ait découvert des membres de sa parenté ? Mais que parmi ces choses, elle venait de perdre la plus chères à ses yeux ? Elerinna ? Se pouvait-il réellement qu'elle ait rêvé ? Que la mort de Calan ne fut qu'un cauchemar ? Les douleurs de son corps semblaient lui dire que non, que tout faisait parti d'une réalité terrible. Que tout ce qu'elle venait de vivre n'était pas le fruit d'une imagination trop fertile. Et cela lui fit mal. Elle avait besoin de temps, de solitude. Elle devait remettre ses pensées au clair. Elle devait comprendre ce qui venait de se passer. Sa tête était embrouillée, elle avait l'impression qu'elle allait exploser. Avait-ce été une bonne idée que de demander à ce tout lui soit révélé ? Peut-être, peut-être pas. Peut-être aurait-elle dû attendre, aussi. Elle sortit cependant de ses pensées lorsqu'elle sentit le lourd poids du regard de Galadriel sur elle. La détaillant, cette dernière finit par soupirer tout en lui disant :

« -Il faut que tu vois un guérisseur Elenna. Tu resteras à Caras Caladhon lorsque l'armée partira. Tu y seras plus en sécurité. Le Seigneur Elrond ainsi que ses soldats viendront en ces lieux afin de protéger la ville tant que nous serons partis.

-J'irai avec vous, trancha l'elleth. Je ne laisserai pas cette armée partir sans moi ! J'élève Elerinna depuis que vous avez disparu ! Je l'aime comme une fille, Galadriel ! Vous ne partirez pas sans moi. Cinq ans que je m'occupe d'elle, je ne l'abandonnerai pas aujourd'hui.

-Cinq ans est un battement de cils, petite sœur. Tu t'en apercevras bien vite. Mais tu resteras ici. Et cela, qu'importe ce que tu pourras dire. Tu attends un enfant, Elenna. Ta place n'est plus à la bataille. Ma parole fait fi d'autorité ici. Tu ne risqueras pas ta vie, m'as-tu comprise ?

-Cinq ans n'est pas un battement de cils, répliqua la jeune femme. Pas quand tu as vécu ce que moi j'ai vécu. Le temps paraît long, bien plus long que tout. J'ai élevé Elerinna. Je l'ai consolée, l'ai aidée à apprendre à lire, lui ai appris tout ce que les parents nous avaient appris,j'ai subvenu du mieux que je le pouvais à ses besoins. Elle est toujours passée avant tout. Je me serai damnée, si cela aurait pu l'aider. Elle est ce que j'ai de plus précieux. Je ne dis pas que je vais participer à la bataille, aux combats. Je dis que je vous accompagnerai. Quand vous vous battrez, je me retirerai, mais je serai là quand Elerinna sera délivrée !

Sa sœur aînée baissa la tête tout en soupirant. C'est que l'elleth pouvait être aussi buté qu'un âne quand elle avait une idée en tête. Et en vérité, c'était bien plus qu'une idée, mais un besoin. Elle devait être là pour l'elfing. Elle n'avait su la protéger convenablement. Son inefficacité l'avait conduite à être capturée. Il fallait qu'elle se fasse pardonner, qu'elle se pardonne à elle-même.

-Même si tu te tenais en arrière, tu serais en danger, déclara Galadriel. Tu ne viendras pas avec nous. Je suis navrée. Tu es enceinte, ma sœur. Je ne te laisserai courir aucun danger. Le Seigneur Elrond devrait arriver d'ici demain ou après-demain. Je l'avais prévenu du pressentiment que j'avais, et il aquitté Imladrispour la Lothlorien depuis un moment déjà. Je l'ai informé de la situation nouvelle. Celeborn et moi-même sommes les souverains de ces lieux, ma sœur. En notre absence, je compte sur toi pour accueillir convenablement le mari de ma fille. Je te fais confiance. Je ne pourrai le demander qu'à Haldir et toi. Je placerai ma vie et mon honneur entre vos mains.

Le cœur d'Elenna se fit amer. Mais elle dut avouer que sa sœur avait certainement raison. Elle ne pouvait mettre son enfant en danger. Et une armée allait se diriger vers sa sœur. Que pourrait-elle offrir de plus ? Elle s'en voulut alors doublement. Elle s'en voulait de ne pouvoir aider sa petite sœur, et elle s'en voulait de souhaiter les rejoindre alors que faire ceci mettrait son bébé en danger. Son enfant dont la vie dépendait d'elle. Elle l'avait souvent négligé ces derniers temps. Cela ne pouvait plus continuer. Elle allait être mère. Elle se devait de le protéger. Alors, elle finit par acquiescer par un simple mouvement de tête. Un mouvement de tête qui lui fit bien plus mal qu'elle ne pouvait l'avouer. Galadriel s'en aperçut et passa une main sur sa joue avant qu'elle ne se dérobe à sa caresse. Son aînée lui adressa alors un dernier regard, une légère douleur voilant ses yeux d'azur, avant de partir.

Elle resta debout quelques instants, sans bouger, et lorsqu'elle prit la résolution de trouver un guérisseur pour son pied, elle sentit un bras passer sous le sien tandis qu'on la dirigeait vers une tente montée pendant qu'elle parlait avec ses grands-parents. Grands-parents... Cela lui semblait étrange, encore plus par le fait qu'elle ait considéré Kementári comme une amie. Elle se sentait encore abasourdie face à sa parenté. Tournant la tête pour voir qui l'aidait, elle tomba sur un Elfe auquel elle ne s'attendait pas.
Grand, les cheveux argentés tout comme ses yeux, portant une riche tunique et de belles armes, se tenait l'homme dont elle avait rêvé. L'homme qui s'était amusé avec Elerinna en lui ébouriffant les cheveux.

-Je vous ai vu dans mes rêves, dit-elle. Vous vous occupiez de ma petite sœur.

-En effet, acquiesça-t-il. Je me suis occupé d'Elerinna. Mais il est impossible de ne pas aimer cette enfant. Vous l'avez bien élevée, vous savez ? Car malgré toutes ses facéties, elle reste une petite fille polie et très agréable.

Le cœur d'Elenna se gonfla de fierté. C'était la première fois qu'on lui faisait une réflexion sur l'éducation de sa petite sœur. Elle était heureuse qu'on trouve cette dernière bien élevée. Elle avait toujours fait du mieux qu'elle pouvait, et avait souvent eu peur de se tromper.

-Je manque cependant de courtoisie, reprit l'Elfe. Je suis le Seigneur Celeborn, époux de votre sœur Galadriel.

Dire qu'Elenna à ce moment-là était sur les fesses aurait été un euphémisme. Elle stoppa en effet ses pas, et regarda la bouchée bée le Seigneur, assimilant une chose à laquelle elle ne s'attendait vraiment pas : devant elle, ou plutôt à côté, se tenait l'époux de son aînée. Elle n'eut, durant une minute entière, un mal fou à l'accepter, ce qui sembla inquiéter Celeborn. Mais un rire, sortit de nul part, naquit finalement dans la poitrine de l'elleth. La secouant de toute part et lui tiraillant ses membres meurtris, mais elle ne pouvait se calmer pour l'instant. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas été dans cet état.

-Je suis navrée, dit-elle entre deux secousses. Je crois que c'est nerveux... Bon sang, le mari de ma sœur ! Si je m'y attendais... Par Eru ! Mon Dieu !

Ce ne fut que quelques minutes plus tard qu'elle se calma enfin, sous l'œil amusé du Seigneur de la Lorien, qui comprenait enfin d'où Elerinna tenait son caractère. Elle essuya une larme qui avait roulé le long de sa joue et finit par grimacer, la douleur dans sa cheville la tiraillant grandement. Elle adressa ensuite un sourire d'excuse à Celeborn et lui dit doucement :

-Désolée pour cette attitude qui n'était pas très polie, mais il faut dire que ma surprise fut de taille. Je ne m'attendais pas à rencontrer l'époux de Galadriel maintenant.

-Ce n'est rien, lui assura l'Elfe. Je pense pouvoir vous comprendre. Et puis vous êtes jeune et avez reçu beaucoup de réponses dans un cours laps de temps. Il est normal que vos réactions soient... imprévisibles.

-Imprévisibles ? demanda l'elleth avec un sourire. J'aurai plutôt dit mal polies et non appropriées à la situation.

-Ne vous fustigiez pas pour si peu, déclara le seigneur. Ce fut rafraîchissant de vous voir rire. Mais venez donc, des guérisseurs se trouvent dans la tente et pourront soigner votre cheville. »

Hochant la tête, le sourire d'Elenna finit peu à peu de disparaître. Elle se sentait coupable de rire alors que sa sœur encourrait un grave danger. Elle ne pouvait être heureuse si sa sœur ne le pouvait pas. Lorsqu'elle atteignit la tente, une jeune femme vint à leur rencontre. Portant une bande de tissus blanc sur le bras, comme cinq autres Elfes, signalant qu'elle était guérisseuse, elle s'inclina respectueusement vers eux avant de les conduire à une chaise. Elenna avait remarqué que ses yeux s'étaient écarquillés lorsqu'elle s'était aperçue qu'elle attendait un enfant, mais à vrai dire elle ne s'en formalisa que peu. Elle en avait pris l'habitude, chacun des guerriers qui l'avaient vu depuis qu'elle était partie d'Edoras ayant eu la même réaction, de façon plus ou moins prononcée d'ailleurs. Lorsque Celeborn eut un signe de tête respectueux et annonça qu'il prenait congés, elle le remercia de l'avoir aidée et lui offrit un pauvre sourire, bien loin de celui d'il y a quelques instants.

Une dizaine de minutes plus tard, on lui affirmait que sa cheville était cassée, ce dont elle se doutait et elle n'avait nul besoin de guérisseur pour le savoir, le craquement et la douleur le lui prouvant largement, et on lui composa une attelle de fortune mais particulièrement robuste. Quand elle sortit de la tente, refusant l'aide des personnes qui se proposèrent, elle marcha vers le bord du camp, cherchant à s'éloigner des Elfes. Elle avait besoin de se trouver seule. Elle avait besoin de faire le vide. Alors, elle franchit les limites de la clairière, s'enfonçant plus profondément dans les bois. Elle ne risquait rien, tous les possibles ennemis avaient été tués. Elle ne s'aperçut d'où ses pas la menaient que lorsque la puanteur des lieux se fit forte. L'odeur de la mort flottait dans l'air. Lorsqu'elle reconnut où elle se trouvait, elle vacilla. C'était là que s'étaient joués la capture d'Elerinna, la mort de Calan. Et bien qu'il n'y ait plus trace du moindre cadavre, elle sentait en son cœur un terrible poids. Mais elle ressentait également au plus profond de son être, qu'elle devait y aller. Que sinon, elle ne serait jamais en paix avec elle-même. Elle ne fit attention au sang noir qui salissait le sol, ni aux branches d'arbres cassées, à la nature piétinée. À l'instant, elle chercha le corps de son amie. Le corps de sa fidèle jument qui avait perdu la vie.

Son cadavre, elle ne le trouva pas. Peut-être était-ce mieux, mais à la place, sur une grande pierre lisse posée au pied d'un arbre, était gravé en elfique : « Calan, Fidèle destrier du Rohan et Amie des Elfes ». L'émotion qui lui saisit la gorge à ce moment-là lui fit monter les larmes aux yeux. Et tout en s'affaissant au sol, en caressant la stèle de celle qui fut sa monture, des perles salées se mirent à rouler sur ses joues, témoins de sa douleur.

« -Pardonne-moi mon amie, murmura-t-elle. J'aurai dû faire plus attention... Tu n'aurais jamais dû perdre la vie.

Elle resta longtemps là, à se reprocher ce qui s'était passé. Elle ne vit pas le ciel s'obscurcir. À vrai dire, son âme souffrait et elle n'aurait pas même remarqué l'arrivée d'un oliphant détruisant tout sur son passage, avant que lui-même ne fut sur elle. Il lui semblait qu'elle ne pouvait plus penser, que chaque songe rationnel l'engloutissait pour la ramener de force à la réalité. Une réalité qui la faisait souffrir. Car si son cœur était heureux de retrouver son aînée qu'elle avait longtemps cru perdu, la perte de son amie, la disparition d'Elerinna pesait bien plus. Elle aurait aimé disparaître un instant, ne plus souffrir. Sentant peut-être le désarrois de sa mère, où alors était-ce un coup du destin, l'enfant niché en son sein se mit à bouger. À travers ses larmes, Elenna eut un sourire. Et tout en posant une main protectrice sur son ventre, elle déclara doucement :

-Pardonne-moi toi aussi. Je n'aurai pas dû te négliger à ce point ces derniers temps. C'est fini, je te promets. Je tâcherai de veiller sur toi comme j'aurai dû le faire depuis le début.

Elle resta encore là un long moment, ne se rendant pas même compte que les Elfes s'étaient mis à sa recherche. Elle s'était coupée du monde pour un temps. Mais un Elfe aux yeux gris avait compris où elle se trouvait. Il s'en doutait. Il savait que c'était probablement comme cela qu'il réagirait s'il était dans sa situation et si Celebren avait perdu la vie. Lorsqu'elle l'aperçut, baigné dans la lumière des étoiles, elle le crut irréel. Mais quand il s'approcha et qu'elle remarqua de qui il s'agissait, elle s'aperçut que ce n'était pas un songe.

-Tu devrais rentrer au camp, Elenna, murmura-t-il doucement. Tu as besoin de te reposer.

-Je ne peux me reposer, Astaldo, dit-elle doucement avec un pauvre sourire. Pas quand mon esprit est en douleur. Je n'arrive plus à penser, à savoir quoi dire, quoi faire. Je ne sais comment je devrai réagir. J'ai mal et je suis perdue, confessa-t-elle à voix basse.

L'ellon s'approcha alors d'elle et s'accroupit à ses côtés. Puis, prenant sa joue dans sa main, la caressant de son pouce, il la regarda longuement, avant de lui adressa un sourire rassurant.

-Alors ne cherche pas comment réagir, dit-il. Laisse-nous te guider, t'aider. Mais je peux t'assurer une chose. Je ferai tout mon possible pour sauver Elerinna.

-Je ne sais pas s'y je survivrai si jamais malheur s'abattait sur elle, déclara-t-elle tristement tandis qu'une larme franchissait la barrière de ses yeux.

-Malheur ne s'abattra pas sur elle, assura Astaldo. Elle compte pour moi au même prix que tu es une personne importante et chère à mon coeur... Je ne laisserai rien lui arriver, Elenna. Je t'en fais la promesse. »

L'elleth lui adressa un sourire avant de se réfugier dans ses bras. Elle savait qu'elle n'était plus seule à présent. Elle qui s'était retrouvée orpheline, à élever sa petite sœur seule, se trouvait maintenant une famille, de sang et de cœur aussi.

Elle se laissa reconduire au camp, et remarqua à peine les soupirs de soulagement que poussèrent les soldats. Au fur et à mesure qu'ils avançaient direction du feu où se regroupaient les soldats qui resteraient en Lorien, elle aperçut Isil. Cette dernière dont le regard portait vers les flammes, avaient les yeux vagues, perdus dans des pensées lointaines. Mais quand elle finit par se retourner, elle remarqua la jeune femme et lui fit signe de s'installer près d'elle. Accompagnée d'Astaldo, elle s'exécuta. Aucune parole ne fut échangée tout le long. Seuls des regards tenaient place de dialogues. Et quand le guerrier repartit pour préparer Celebren, elle ne lui adressa qu'un signe de tête et une main sur le cœur, tandis qu'il faisait le même chose.

Quand dans des bruits de martèlements de sabots, de tintements d'armures aussi, le groupe s'éloigna, ceux à cheval devant et ceux à pieds derrière, Elenna ne pipa mot. Mais ils étaient tellement nombreux, quatre bons mille à vue d'œil, que l'espoir naquit à nouveau dans son sein. Sa petite sœur avait une réelle chance de s'en sortir. Quand elle aperçut à l'avant Galadriel, portant une armure des plus magnifiquement ouvragée, se tenant à côté de son époux qui avait fière allure, elle ne put retenir un pincement au cœur. Sa sœur s'était faite une vie ici. Elle y semblait heureuse. Elle était quelqu'un. Elle, elle n'était pour l'instant qu'une étrangère qui ne connaissait pas grand chose encore. Une intrus en quelque sorte. C'était ainsi qu'elle se sentait même si les regards que lui lançaient les autres démentaient ses pensées. Quand elle capta le regard azuré de son aînée, elle lui répondit par un simple hochement de tête. Et bientôt, la clairière sembla vide, privée de nombreux combattants. Elle s'allongea alors, serrant sa cape salie contre elle. Le lendemain un bon brin de toilette s'imposerait. Mais en ce moment-même, cela ne la dérangeait pas plus que ça. Seule peut-être l'odeur de la mort et du sang séché l'indisposait. Elle finit, au bout de longues heures, par s'endormir d'un sommeil agité, ne pouvant même dans ses rêves occulter les souvenirs de sa journée.