Merci beaucoup pour vos reviews ! Je suis vraiment ravie que mon histoire continue de vous captiver, j'étais un peu effrayée qu'avec le changement de rythme et de décor chalet/grotte l'intérêt s'effrite... Bon de toute façon ce n'est pas un problème puisque que ce soit pour 2 ou 20 lecteurs, je continuerai d'écrire cette fic, vu que je l'écris avant tout pour moi :) Bref, merci beaucoup de suivre cette fic et bonne lecture ! :)

Pour ceux qui commencent un peu à perdre le fil de l'histoire :

Le Glee Club est parti en vacances pendant une semaine et alors que ç'aurait dû être l'occasion de se revoir une dernière fois, ils se retrouvent tous à ramper dans le noir, au sens propre comme au sens figuré du terme. Santana et Quinn manquent de s'étriper à chaque fois que leurs regards se croisent mais personne ne comprend grand-chose à tout ça si ce n'est qu'il s'agit de Santana et Quinn. Puck en veut à Blaine et Blaine veut faire de son mieux, tandis que Mike observe leurs disputes à répétition sans se départir de son calme olympien. Brittany est plus intelligente que ce que tout le monde ne le pensait mais malgré tout, cela ne les aide pas beaucoup à s'en sortir. Quinn a giflé Sam mais ils n'en ont toujours pas reparlé et Santana a encore du mal à s'accepter, ce qui est très étrange puisqu'on a vu dans les flashbacks qu'elle avait tendance à faire du rentre-dedans à Quinn à l'époque où elles pouvaient encore se voir en peinture. Avec toute cette agitation, Rachel a fini par oublier sa rupture avec Finn alors que Finn lui est encore fou amoureux d'elle... et bien décidé à la reconquérir, que ce soit ici ou plus tard. Tina s'est défoncé le pied dans un trou et elle fait office de sixième sac, tandis que de son côté Quinn trouve encore toutes les excuses possibles pour ne rien dire à Rachel des sentiments qu'elle nourrit à son égard. Heureusement, Puck veille au grain et il se pourrait bien qu'il précipite les choses avec sa délicatesse légendaire. Artie est calé bien tranquille devant son écran d'ordinateur, Kurt est porté disparu et Mercedes un peu aussi. N'oublions pas non plus de mentionner que Finn est chef de l'expédition aux côtés de Brittany mais qu'il est si perturbé par toute cette pagaille qu'il n'est plus d'une grande utilité. Quant à Puck il veut prendre les choses en main mais il le fait à sa façon et ce n'est pas forcément mieux. Ah, et avons-nous précisé que Quinn est folle amoureuse de Rachel depuis trois ans ? Mais c'est un détail de moindre importance... And here's what you missed on glee !

Playlist :

No Return - God Is An Astronaut
Now - Goldmund
Even Though I'm A Woman - Seeker Love Keeper
Hello Zepp - Charlie Clouser
Eternal Sunshine Of The Spotless Mind Theme - Jon Brion
Abandon - Clint Mansell
Apocalypse Please - Muse
Scatman (Piano Cover) - Scatman John
Masterpiece Theatre I - Marianas Trench


« On se met là... » lâcha Puck en indiquant le large boyau qui s'ouvrait devant eux.

Ils ne ralentirent pas et s'y engouffrèrent en file indienne.

« Attendez, dit précipitamment Quinn. Ne nous enfonçons pas trop profondément. »

Ils s'arrêtèrent tous d'un coup, désorientés.

« Il devait y avoir trois couloirs, » murmura Brittany en fronçant les sourcils.

S'accrochant aux bretelles de son sac, elle fit trois pas en avant. Santana voulut lui dire de revenir mais sa voix se bloqua dans sa gorge.

« Il devait y avoir trois couloirs. » répéta Brittany.

Elle se retourna et la lumière de son casque les éblouit tous.

« J'ai dû me tromper... bredouilla-t-elle. Je suis en train de me tromper, je n'ai aucune idée d'où on est...

- L'important c'est que nous savons où est la sortie, s'empressa de dire Quinn. Tant que nous ne bougeons pas d'ici, nous n'avons pas besoin de savoir où nous sommes exactement.

- Il faudrait peut-être qu'on contacte Artie, » proposa anxieusement Blaine.

Personne ne réagit et les échos de leurs voix se perdirent loin d'eux. Bien malgré elle, Rachel tendit l'oreille, à la recherche d'autres hurlements ou de grattements suspects. Aucun autre son que celui de sa propre respiration ne lui parvint et machinalement, elle s'accrocha un peu plus à la main de Quinn. La présence de la blonde tout contre elle la rassurait plus qu'elle ne voulait bien le comprendre.

Finn était plus fort, et plus grand, et plus familier... mais Quinn était la cheerleader qu'elle avait toujours crainte pour son absence de pitié, mais aussi admirée pour son assurance et l'aura de confiance qu'elle dégageait. La blonde n'était plus comme cela aujourd'hui et les pansements qui s'accrochaient obstinément à son visage égratigné accentuait le changement qui s'était opéré en elle, mais de façon ridicule peut-être, sa présence rassurait tout de même un peu Rachel.

« Je ne sais pas si Artie pourra faire grand-chose pour nous, marmonna Sam en jetant un regard inquiet en direction de la salle qu'ils venaient de quitter.

- Vu qu'il a la carte de la grotte, il pourrait nous aider, insista Blaine.

- Ça ne sert à rien, l'interrompit abruptement Puck. On veut aller nulle-part de toute manière.

- Pour le prévenir de notre situation alors.

- Il entend déjà tout avec nos micros, » fit remarquer Mike d'un air vigilant.

Ils se turent. A l'entrée du couloir, les stalactites se faisaient de nouveau plus humides et gouttaient sans discontinuer. Les clapotis qui résonnaient malicieusement auraient pu facilement leur cacher le moindre bruit indiquant un quelconque mouvement de la part des créatures.

« On est encore trop exposés, dit soudainement Santana. On peut se faire avoir autant par ici, que par là. »

La panique des derniers instants semblait s'être volatilisée, comme étouffée par une soupape. Seules leurs respirations précipitées et les regards qu'ils se jetaient les uns aux autres trahissaient l'état d'esprit précaire dans lequel ils se trouvaient tous.

Située le plus au bout de la file indienne, Quinn ne pouvait s'empêcher de scruter l'obscurité qui s'ouvrait à sa droite avec un intérêt malsain. Des yeux luisants pouvaient se braquer sur elle à tout instant, une gueule effrayante s'ouvrir pour lâcher un long cri à glacer le sang. Mais son attention était irrésistiblement attirée par la pénombre de la salle.

Son cœur s'affolait douloureusement dans sa poitrine mais elle ignorait ses battements erratiques pour se concentrer sur la présence des autres à ses côtés, rassurante, et sur le contact de la main de Rachel dans la sienne, étrangement familier.

Elle ne put s'empêcher de se dire que leurs doigts s'emboîtaient parfaitement bien et au regard qu'elles échangèrent, la brune paraissait penser la même chose.

« L'avantage de ce tunnel c'est qu'on est serrés, dit Brittany après un moment de réflexion inquiétée. Ils peuvent venir de moins d'endroits à la fois.

- Devant et derrière, c'est déjà bien suffisant, » grommela Puck en fixant le tunnel qui s'ouvrait juste devant la pétillante blonde.

Dans un murmure, Tina demanda à Mike de la déposer par terre. Elle voyait bien que le garçon commençait à s'essouffler. Après un moment d'hésitation, il s'exécuta.

« Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Santana. On attend ou on se tire ?

- On attend, répondit aussitôt Quinn. Il faut que les secours viennent nous chercher.

- Peut-être qu'ils ne viendront pas, répliqua aussitôt Santana. Ça fait tellement longtemps qu'on attend, c'est louche.

- On ne sait pas combien de... créatures il y a, intervint Finn. On ne peut pas avancer, ce serait trop dangereux.

- Je ne traverserai pas toute la grotte avec ça autour de nous, c'est hors de question, » ajouta Quinn.

Et elle sentit Rachel qui se crispait contre elle.

« Pensons de façon logique, dit Mike. Déjà, on ne sait pas si elles nous veulent du mal.

- C'est clair que ces hurlements c'était pour nous souhaiter la bienvenue, grommela Santana, acide.

- Elles ont peut-être juste peur, insista Mike. L'important, c'est de ne pas s'éloigner d'ici. Les secours viendront, peu importe quand, mais ils viendront. On est un grand groupe, on a des piolets, on a de la lumière... Il ne peut rien nous arriver.

- A moins qu'ils soient une petite centaine, fit remarquer Santana. Affamés de chair humaine.

- Santana, gémit Rachel. Arrête, s'il-te-plaît. »

La jeune femme tourna les yeux vers elle. Elle observa un instant la façon dont la petite brune s'accrochait à Quinn, puis, à contre-cœur, elle murmura :

« Excuse-moi. J'essaye simplement de rester réaliste. Je ne voulais pas te faire peur. »

Rachel secoua lentement la tête de droite à gauche pour lui signifier que ce n'était rien de grave.

Brittany revint vers eux, réajustant son gros sac sur ses épaules.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait alors ? » demanda impatiemment Puck.

Il jouait d'une main agitée avec son piolet et Quinn le voyait qui serrait la mâchoire pour s'empêcher de perdre son calme.

« Voilà ce que je propose, » dit Mike après un moment de silence.

Tous tournèrent la tête vers lui. Avec son calme apparent, il avait toute leur attention.

« On ne peut rien faire d'autre qu'attendre. Alors autant faire ça bien. Le tunnel est juste assez grand pour qu'on puisse se ranger deux par deux. C'est ce qu'on va faire. Mais pour ne pas avoir de mauvaises surprises, on mettra un d'entre nous à chaque bout. Comme ça, on verra autant qu'on peut le voir avec cette obscurité. Et... je propose que ce soit Puck et moi.

- Ça marche, dit aussitôt le garçon à la crête. Je veux bien taper de la créature. »

Les autres s'entreregardèrent, incertains.

« Vous n'avez pas peur ? demanda Brittany après un instant.

- Je suis plus énervé qu'effrayé, crois-moi. » répondit aussitôt Puck.

Les yeux bleuâtres se tournèrent vers l'autre garçon. Mike se contenta de hausser les épaules, l'air de dire que s'il ne se portait pas volontaire, personne d'autre n'oserait le faire. Ils avaient tous complètement la trouille, c'était un fait.

« Bon, d'accord, finit par dire Brittany. Mais ne faites pas n'importe-quoi, d'accord ? »

Elle adressa son expression inquiète aux deux, mais tous devinèrent qu'elle s'en faisait surtout pour l'impulsivité de Puck. Celui-ci ne répondit pas et se contenta de rejoindre Quinn à l'entrée de la salle, tandis que de son côté Mike se plaçait devant la pétillante blonde, face au couloir béant.

Les hurlements ne semblaient être plus qu'un rêve à présent. Rien n'avait changé autour d'eux. La grotte était toujours aussi sombre, l'atmosphère toujours aussi étouffante, l'attente toujours aussi insupportable. Ils devaient patienter, c'était tout.

D'abord tous aux aguets, ils ne voulurent pas baisser leur garde. Malgré son pied qui l'élançait, Tina restait obstinément debout, s'appuyant d'une main tremblante sur l'épaule de Sam. Malgré le sommeil que son cauchemar l'avait empêchée de trouver, Santana se tenait bien droite à côté de Brittany, lui jetant de temps en temps un regard brûlant, comme si la jeune femme pouvait se volatiliser à tout instant. Leurs regards se croisaient alors inévitablement et, toujours, Brittany lui répondait par un sourire rassurant. Mais au fond de l'azur de ses yeux, Santana n'avait aucun mal à déceler la panique, la confusion, la culpabilité.

La force avec laquelle Rachel s'accrochait à sa main commençait à faire sérieusement souffrir Quinn. Les ongles frémissants s'étaient enfoncés dans sa peau et elle pouvait sentir le poids de la brunette, qui s'appuyait désespérément contre elle, à la recherche d'un réconfort qu'elle ne pouvait lui donner. Mais elle ne disait rien. Quinn ne disait rien parce-qu'elle ne voulait pas lâcher Rachel. Elle ne voulait pas la lâcher, tout simplement. Elle ne voulait pas la lâcher parce-qu'elle aimait sentir ces doigts palpitants de vie dans les siens, elle aimait avoir l'impression égoïste de contribuer au semblant de sang-froid que Rachel trouvait en elle. Elle ne voulait pas la lâcher non plus parce-qu'elle savait que si elle le faisait, Finn attendait. Il s'appuyait péniblement contre le mur d'en face, à quelques mètres d'elles, et paraissait ployer sous le poids de l'abattement. Quinn avait remarqué qu'il ne se montrait plus aussi stupidement insistant avec Rachel, mais elle ne voulait pas la lâcher pour autant. Elle lui était utile pour une fois, elle faisait autre chose que son malheur.

De plus Quinn était terrifiée. Et elle ne voulait plus que les autres fussent témoins de son émotion. Elle avait ravalé ses sanglots incontrôlables, elle avait étouffé cette peur viscérale. Elle ne voulait pas que les autres sachent et elle avait besoin de Rachel pour cela.

Peut-être que n'importe-qui d'autre aurait fait l'affaire. La main de Sam était plus rugueuse et plus grande, mais Quinn se serait sentie tout autant rassurée. Quant à Rachel, elle s'était raccrochée à la première main qu'elle avait trouvée. Elle se raccrochait toujours à la première main qu'elle trouvait.

Mais en attendant, en cet instant, ce n'étaient que Rachel et Quinn. Et les autres avaient beau exister à côté d'elles, c'était Quinn qui avait attrapé la main de Rachel et Rachel qui continuait de s'y agripper comme si sa vie en dépendait. C'était ainsi.

Ils se relâchèrent progressivement. La première fut Tina, qui abandonna face à son pied récalcitrant. Elle poussa un gémissement étranglé et vacilla. Percevant sa souffrance, Sam l'accompagna jusqu'au sol avec douceur, puis se laissa tomber à côté d'elle avec un soupir las. Elle lui adressa un sourire reconnaissant un peu crispé. A partir de là, aucun d'eux ne chercha plus à résister. Il ne s'agissait que d'attente de toute manière, n'est-ce pas ? Leur occupation ne changeait pas.

Seuls Mike et Puck restèrent sur leurs pieds. Puck était toujours agité par cette même hargne, cet esprit de vengeance un peu incompréhensible aux yeux de Quinn, qui l'observait d'un œil dubitatif alors qu'il lui tournait le dos et faisait courageusement face au reste de la salle si inhospitalière et inquiétante. Si la blonde s'était tournée vers Rachel et si dans un murmure, elle lui avait demandé pourquoi Puck paraissait si remonté alors qu'ils n'avaient pas grand pouvoir sur la situation, la petite brune lui aurait sans doute donné la réponse qu'elle cherchait.

Le Glee Club était sa famille. Comme tout un tas de frères et sœurs agaçants qu'il aimait bien taquiner. Mais c'était sa famille. Cela l'était devenu au fil des années. Et, de la même façon qu'il s'était battu avec ce footballeur qui s'était moqué de Santana le lendemain de l'incident des vestiaires, il n'avait pas l'intention de laisser une quelconque créature, aussi inoffensive fût-elle, toucher à un seul cheveu des membres du Glee Club.

C'était niais. C'était niais et invraisemblable. Puck restait Puck. C'était niais, alors le garçon à la crête ne l'avouerait jamais. Et c'était invraisemblable, alors Quinn n'y pensa pas un seul instant.

De toute façon, elle ne tourna pas la tête et ne posa pas la question à Rachel. Alors elle continua de se demander pourquoi Puck se montrait si furieux envers cette menace invisible, puis, après cinq longues minutes de réflexion frustrante, elle arrêta d'y penser. Puck était à fleur de peau, c'était tout.

« J'en ai vraiment marre de cet endroit... » soupira Santana en se laissant aller contre Brittany.

Leurs casques se heurtèrent avec un petit claquement et elle soupira de plus bel.

« J'ai envie de t'embrasser... grommela-t-elle.

- J'ai envie de te faire un câlin, » répondit Brittany.

Elles échangèrent un regard et la brune enroula une main autour de la cuisse de sa copine.

« Tu ne continues pas de croire que tout est de ta faute, hein ? » demanda Santana dans un murmure.

La blonde ne répondit pas. L'anxiété se refit insistante dans le cœur de l'autre.

« Britt...

- Ne t'inquiète pas, répondit-elle machinalement. Le plus important pour l'instant, c'est de sortir. »

Santana comprit qu'il était inutile d'insister. Elle exerça une légère pression sur la cuisse de la blonde et ne dit plus rien.

S'il arrivait plus qu'une simple blessure au pied à n'importe-lequel d'entre eux, elle avait conscience que cela détruirait Brittany. Elle ne voulait pas envisager une telle possibilité mais... les choses pouvaient réellement dégénérées, n'est-ce pas ?

Elle ne savait pas si elle avait plus peur pour elle-même ou pour Brittany. Ce sentiment d'impuissance était en tous les cas extrêmement angoissant... et frustrant.

« Artie, si tu nous entends -et tu as intérêt à nous entendre-, j'espère sincèrement que les secours de Kurt sont pas loin d'ici... » marmonna Sam en se frottant le visage d'une main las.

A côté de lui, Tina tressaillit tout juste. Son pied l'élançait de plus en plus et elle avait un mal fou à le cacher à ses camarades. Ils n'avaient pas besoin d'autres problèmes. Elle se demanda ce qu'il advenait d'Artie dans cette petite salle du chalet. Elle devinait qu'il faisait de son mieux pour maîtriser sa panique. Malgré la sécurité et le confort de la construction, elle se fit la réflexion que sa situation était peut-être aussi intenable que la leur. Elle jeta un regard à Mike, qui, appuyé contre un des murs glissants du couloir, continuait de faire le guet, attentif. Contrairement à Puck qui le remuait toutes les trois secondes, de plus en plus agité, il avait déposé son piolet à ses pieds.

En face d'elle, Finn examinait ses baskets d'un œil éteint. Le garçon était quasiment transparent depuis l'annonce de Quinn. Il n'avait plus aucune idée de ce qu'il fichait ici. Plus les minutes passaient, et plus il se faisait l'effet d'un idiot. Relevant la tête, il contempla Rachel à la dérobée. Complètement recroquevillée sur elle-même, celle-ci s'accrochait à Quinn comme à une bouée de sauvetage. Ç'aurait dû être lui. Ç'aurait dû être lui la bouée de sauvetage. Mais il faisait n'importe-quoi. Plus aucun de ses souhaits n'avait d'importance. Il voulait simplement sortir. Il voulait sortir, et alors il pourrait mettre les choses au clair avec Rachel et se demander s'il faisait vraiment ce qu'il voulait de sa propre vie. Il pourrait se demander s'il était vraiment l'idiot qu'il se donnait l'impression d'être.

Soudain, un bruit sourd retentit à leur droite, du côté de la salle. Puck se figea et brandit son piolet devant lui. Étouffant un hoquet, Rachel se détacha brusquement Quinn, et la blonde trouva sa main et tout son côté gauche soudain bien glacés. Brittany et Santana relevèrent la tête d'un même mouvement, et Mike se détourna avec précaution de la zone qu'il était chargé d'observer.

Ils restèrent aux aguets, et pendant un moment d'horreur, Blaine eut l'impression que son cœur battait avec la force de féroces roulements de tambour dans sa poitrine.

Les faisceaux de leurs lampes ne portaient pas suffisamment loin et ils s'efforçaient d'attendre sans céder à une émotion trop violente.

Sam commençait à se demander s'ils n'avaient pas rêvé lorsqu'un autre bruit sourd résonna. Ce fut un mince soulagement pour lui lorsqu'il se rendit compte qu'il paraissait venir d'aussi loin que le premier.

« Qui va là ? cria brusquement Puck.

- Qu'est-ce que tu fais ? paniqua Rachel.

- Tu devrais brandir une pancarte avec des guirlandes, ça ira plus vite, » siffla Santana.

Le garçon les ignora. Quinn jeta un regard à Rachel. Celle-ci s'était complètement ramassée sur elle-même et se serrait en frémissant contre Sam. Le blond s'était légèrement redressé et attendait, anxieux.

« On n'a pas peur de vous ! poursuivit Puck. Alors ramenez-vous, bande de parasites !

- Mais qu'est-ce que tu fiches, bon sang ? murmura précipitamment Quinn.

- Nos respirations résonnent déjà suffisamment comme ça ici, grogna Puck. S'ils voulaient nous repérer au bruit qu'on fait, ils auraient pu depuis longtemps déjà.

- Ce n'est pas une raison pour... »

Un autre bruit sourd suivit, et ils sursautèrent tous. Il était plus fort que les deux précédents mais toujours aussi loin.

« Qu'est-ce qui se passe, bon sang... » couina Rachel.

Sam lui attrapa machinalement le bras pour la calmer.

« Est-ce que ça provient du cercle ou est-ce que c'est plus vers l'entrée de la salle ? demanda Tina en fronçant les sourcils.

- On s'en fiche, murmura Finn, pourvu que ça ne vienne pas vers nous. »

Ils en oubliaient de respirer. Un courant d'air froid sembla passer entre eux et seuls les martèlements inlassables de gouttes d'eau invisibles répondirent à leur inquiétude.

« Je ne veux pas mourir... murmura Rachel d'une voix blanche.

- Nous n'allons pas mourir... » répondit mécaniquement Quinn.

Mais l'autre ne l'entendit pas et enfouit la tête dans le torse de Sam.

« Vous êtes sûrs que c'est une bonne idée de rester ici, bien en vue à l'entrée du couloir ? » demanda Mike après un long moment de silence.

Tous, excepté Puck, se tournèrent vers lui.

« Tu crois pas que ce serait mieux que tu fasses le guet au lieu de poser ce genre de questions inutiles ? grommela Santana en jetant un coup d'œil inquiet en direction de l'obscurité.

- Je fais le guet, dit calmement Mike. Mais je me pose simplement la question. Peut-être qu'on devrait avancer un peu plus en profondeur. Dans le pire des cas, Artie connaît le moindre de nos faits et gestes, il trouvera bien un moyen de prévenir les secours s'ils ne nous trouvent pas à l'emplacement prévu.

- Je trouve que tu parles beaucoup d'un coup, » murmura Quinn en fronçant les sourcils.

Le garçon se contenta de lui adresser un sourire placide.

« On ne sait pas ce qui nous attend si on s'enfonce encore plus, répliqua aussitôt Santana. Cette grotte fourmille peut-être de monstres assoiffés de sang et en continuant, il y a pas mal de chance qu'on se jette dans la gueule du loup.

- La gueule du loup, elle est derrière nous, rectifia Mike.

- Elle est de tous les côtés, s'énerva Santana. On est complètement cernés, on a aucun pouvoir sur notre situation. »

Mike soupira et n'insista pas. La jeune fille lui adressa un dernier regard irrité avant de reporter son attention devant elle.

« Mike n'a pas tort, dit Quinn après un long moment de silence.

- Oh et vas-y que je te contredis, grogna Santana en levant les yeux au ciel.

- Je ne dis pas ça pour le plaisir d'aller contre toi, rétorqua Quinn sans s'énerver. Je dis que nous sommes quand même exposés par ici. Plus loin, il y aura peut-être un endroit où nous pourrons nous mettre à l'abri.

- On ne sait pas du tout ce qu'il y a plus loin, intervint Finn d'une voix incertaine.

- Pardonne-moi Hudson, mais est-ce qu'on t'a sonné ? » siffla Santana.

Le garçon braqua sur elle un regard soudain furieux.

« J'essaye simplement de dire ce que j'en pense, pas la peine de me parler comme ça.

- On se passera bien de tes commentaires, lui balança la brune. Ils sont aussi utiles que toi depuis qu'on est coincés ici.

- Et toi à chaque fois que tu ouvres la bouche tu ne fais qu'aggraver les conflits, s'énerva Finn.

- Peut-être que mon franc-parler ne plaît pas à certains, mais au moins il sert à quelque-chose.

- Tu crois sincèrement que critiquer tout ce qu'on fait ça sert à quelque-chose ?

- Au-...

- ARRETEZ ! » rugit Tina.

Les deux opposants se turent et tournèrent aussitôt la tête vers elle, désemparés.

« S'il-vous-plaît. » s'empressa-t-elle d'ajouter avec plus de calme.

Elle avait le souffle court et son visage empourpré brillait doucement à la lueur de leurs lampes.

« Tina ? s'inquiéta Brittany. Ça va ? »

La concernée posa un regard un peu vitreux sur elle.

« Ce serait mentir que de dire que ça va, déclara-t-elle avec un sourire crispé. Mais tout ce que je veux c'est que les secours viennent. Ne vous en faites pas pour moi.

- Tu transpires carrément, fit remarquer Sam, perplexe.

- Je transpire parce-qu'on étouffe ici, répondit-elle en s'essuyant machinalement le front avec la manche de sa combinaison. On transpire tous.

- Tina, intervint Mike. Si tu as mal, tu peux-...

- Je vais bien ! » s'exclama-t-elle avec impatience.

Il eut un mouvement de recul, surpris par son éclat de voix. Elle détourna les yeux et soupira, lasse.

« Je veux juste que les secours viennent, répéta-t-elle. Alors ce serait bien qu'on arrive à les attendre sans s'étriper. »

Finn et Santana marmonnèrent des excuses et retombèrent dans leur mutisme. Rachel se carra confortablement contre Sam et Quinn se replia sur elle-même, essayant de prendre son mal en patience.

Plic, ploc.

Plic, ploc.

Plic, ploc.

Les clapotis étaient comme l'hypnotique tic-tac de l'horloge du salon des Fabray. Quinn entendit à peine le ''bip-bip'' si familier de la montre de Mike et s'efforça de rester en éveil. Mais ses paupières se faisaient plus lourdes et la forme de Blaine en face d'elle de moins en moins nette. Elle serra les dents et se redressa, s'appuyant contre la paroi derrière elle. L'humidité de celle-ci ne tarda pas à imprégner tout le derrière de son débardeur. Avec un frémissement, elle referma sa combinaison jusqu'au col et, jetant un coup d'œil machinal en direction de Rachel, elle la vit qui s'agrippait toujours avec la même anxiété à Sam.

Elle avait raison. La brunette attrapait toujours la première main qu'elle trouvait.

Quinn la détailla encore un instant, puis sourit d'un air absent et détourna le regard.

C'est alors qu'un autre bruit sourd retentit, et un courant d'air glacial leur siffla au visage, semblable à un avertissement. Saisie d'une impulsion, Quinn se leva tant bien que mal, vacillant sur ses jambes engourdies.

« Nous ne pouvons pas rester ici. » annonça-t-elle dans un murmure.

Comme pour lui donner raison, un grondement terriblement proche couvrit les protestations qu'émettait déjà Santana.

« Nous ne pouvons pas rester ici. » répéta Quinn d'un ton plus alarmiste.

Ils ne réagissaient pas et la fixaient avec des yeux ronds.

« Vous m'avez entendue ou pas ? » s'agaça-t-elle.

Sa voix se brisa sur le dernier mot.

« On doit attendre les secours... » dit très lentement Brittany.

Un grattement terrifiant résonna non loin d'eux et Puck enfonça son piolet dans la paroi à sa droite avec une sauvagerie furieuse.

« Il y a quelque-chose à côté... gronda-t-il. Il y a quelque-chose à côté. »

Il retira l'instrument et quelques éclats de roche roulèrent à ses pieds.

« Quinn a raison, grommela-t-il sans se retourner. On doit se tirer. Je sens qu'il y en a des proches de nous. »

Le fait qu'il se refusât à dire clairement qu'il parlait des mystérieuses créatures rendait ses propos un peu confus mais ils avaient tous compris.

« On ne peut pas bouger, répliqua Brittany. Il faut qu'on attende les secours. On ne sait pas ce qu'il y a après.

- On devrait contacter Artie, intervint Blaine. Il a le plan.

- Je ne sais pas dans quel sac j'ai remis le récepteur, s'empressa de chuchoter Sam. On les a tous mélangés dans la panique.

- On ne va pas rester plantés là. » rétorqua Quinn, de plus en plus irritée.

Elle se tenait toujours debout et ils l'observaient tous de leurs positions assises.

« Je refuse de me laisser mourir ici, reprit-elle avec véhémence. Je refuse d'attendre ici qu'elles viennent nous chercher.

- Tu as dit que nous n'allions pas mourir, murmura Rachel d'une voix incertaine.

- Eh bien j'ai menti, répondit âprement Quinn. Je n'en sais rien. Aucun de nous ne le sait. De la même façon qu'on ne sait pas ce que ces espèces de... choses nous veulent. Mais pas du bien si vous voulez mon avis. »

Ils continuaient de la dévisager sans mot dire. L'animation qui saisissait soudain la blonde les plongeait tous dans un mutisme étonné. Ils avaient tous pris l'habitude de la voir si calme et si placide... Ils avaient presque fini par oublier qu'elle avait été capitaine des Cheerios à un moment donné.

C'était étrange de la voir ainsi révoltée et Rachel ne put s'empêcher de froncer les sourcils, un instant déboussolée.

« On ne sait pas ce qui nous attend après, insista Santana. Ça peut être encore pire que ce qui bouge derrière nous. Ça peut être... encore bien pire. »

Quinn et elle s'entreregardèrent longuement.

« Qu'est-ce qu'on fait alors ? demanda finalement la blonde.

- Je te suivrai si je savais ce qu'il y a après, » répondit Santana, et l'hostilité qu'elle réservait habituellement à son ancienne amie n'était perceptible nulle-part dans le ton de sa voix.

Quinn la détailla encore un instant, puis tourna les yeux vers Brittany et lâcha un soupir tendu.

« Britt ? » l'interpella-t-elle à mi-voix.

La pétillante blonde la regarda, hésitante.

« Je t'obéirai, promit Quinn. Si tu penses qu'on doit rester ici, on restera ici. Je ne vais pas prendre mes jambes à mon cou et partir toute seule au fin fond de cette caverne, ce serait du suicide. »

La lueur calculatrice qui brillait au fond de ses yeux intrigua Sam. Elle lui rappelait soudain la fille avec qui il était sorti en premier lieu. Précautionneuse, méthodique... mais extrêmement fascinante.

« Je pense qu'on doit rester ici, finit par dire Brittany, et elle essaya d'ignorer cette petite voix dans sa tête qui lui soufflait que les autres ne prenaient plus son avis au sérieux. Je le pense... mais peut-être que Finn n'est pas d'accord. »

Le concerné se redressa pour la dévisager, un peu désemparé. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui demande son avis. Après tout, il n'assurait pas vraiment depuis que tout partait en vrille.

« Si tu penses qu'on ne doit pas bouger... bredouilla-t-il. Je le pense aussi... »

Brittany acquiesça lentement, encore un peu incertaine, puis reporta son attention sur Quinn.

« Alors on va rester, d'accord ? »

La blonde se fit violence pour ne pas protester, lui sourit avec docilité et se rassit lentement. Puck grommela quelque-chose mais il n'en dit pas plus, ayant vraisemblablement fait le choix de faire confiance à Brittany lui aussi. Blaine remua à sa place, mal à l'aise, et Sam enfouit la tête dans ses mains, épuisé. Avec un soupir, Santana attrapa la main de la pétillante blonde et ne la lâcha plus.

Ils retombèrent dans un silence pesant.

Peut-être auraient-ils dû faire le plus de bruit possible pour dissuader ces êtres inconnus qui rôdaient quelque-part. Peut-être auraient-ils dû à peine respirer et éteindre toutes leurs lampes afin de se fondre telles des formes noirâtres dans les parois suintantes. Mais Puck ne criait plus après un ennemi invisible. Et aucun d'eux n'aurait eu la force de se trouver dans une complète obscurité, même s'il en allait de leur propre sécurité.

C'était bien vrai alors. Ce qu'on voyait dans les films, dans les livres. Ces héros actifs et courageux, qui luttaient jusqu'à leur dernier souffle pour ce qu'ils croyaient être juste ou simplement pour leur propre vie... ils n'existaient pas.

Ils n'avaient jamais existé.

Ils n'existeraient jamais.

Quinn savait que les valeurs ne voulaient plus rien dire à partir du moment où l'être humain se trouvait acculé. Elle savait aussi que peu importe à quel point elle pouvait se battre, elle n'aurait jamais tout ce qu'elle souhaitait, bien qu'elle fût prête à donner n'importe-quoi en échange. Elle avait eu tant de souhaits, tant de rêves. Aimer un garçon, retrouver sa grande sœur, revoir son père, avoir de nouveau l'impression d'être heureuse.

Se sentir normale.

Certains étaient morts et enterrés. D'autres n'étaient toujours pas abandonnés. Quinn n'avait pas besoin de se demander lesquels.

Mais ce qu'elle savait à présent, c'était qu'ils n'étaient que des proies dans ce sordide endroit. Elle ne se rendrait pas sans s'être battue bien entendu, mais une horde de monstres aurait pu déferler à cet instant sur eux sans qu'ils puissent rien contre cela. Peu importe le nombre de piolets, peu importe le nombre de paroles vociférées, peu importe le nombre de prières.

C'était la vie en un sens, non ?

Le sens des réalités qui l'aiguillait soudainement ne lui faisait pas vraiment de bien. Mais lorsqu'il venait et lui mettait toutes ces idées terriblement pessimistes, toutes ces pensées terriblement noires à l'esprit, elle ne cherchait pas à le repousser. Il y avait longtemps qu'elle avait arrêté. Il fallait simplement attendre que cela passe. Ce moment d'abattement n'était qu'une passade. Elle devait le supporter. De la même façon que leur enfermement ici prendrait fin d'ici quelques heures.

C'était ainsi. Non ?

Quinn s'efforça de garder un air neutre et de patienter. Même si ses cheveux complètement ébouriffés réduisaient son champ de vision, elle devinait Rachel qui frissonnait à moins d'un mètre d'elle. Elle pouvait presque la voir en train de se raccrocher à Sam.

Si les choses tournaient réellement mal, la petite brune pourrait-elle seulement le supporter ? Paradoxalement à sa confiance en elle, à son obstination, à son enthousiasme naturel... elle était si fragile. Quinn, quant à elle, ne ressentait rien d'autre que de la résignation à l'idée d'un dérapage. Ils n'avaient plus aucun pouvoir, cela, elle en était sûre. Mais peut-être aussi que le dérapage avait déjà eu lieu. Les hurlements, stridents, effrayants, horrifiants... Cela n'avait rien de normal. Mais à présent, ils paraissaient tout droit sortis d'un rêve, et si Quinn n'avait pas été tout à fait sûre de sa propre clarté mentale, elle aurait fini par douter, elle le savait.

Une petite voix lui souffla qu'ils avaient tort de se relâcher ainsi. Les hurlements n'avaient pas été là pour simplement les effrayer un peu... Ils signifiaient plus que cela.

Ils auraient dû se comporter en dociles mammifères et faire ce que leur instinct leur dictait, à savoir prendre la fuite. Mais où ? C'était bien cela le problème.
Même s'ils l'avaient voulu, même s'ils avaient eu l'intelligence d'envisager cette possibilité, ils n'auraient pas pu sortir du puits par leurs propres moyens. Ils n'auraient rien pu faire. Le tunnel était bougé, le puits trop éloigné et inatteignable... et le reste du chemin trop inconnu. Mais plus Quinn y réfléchissait, plus elle se demandait s'ils avaient fait tout ce qu'il fallait.

Elle essaya de penser logiquement. Elle essaya de se détacher du groupe qu'ils formaient pour réfléchir en observatrice objective. Avaient-ils fait tout ce qu'ils pouvaient ?

Quelque-part, malgré sa résignation, elle avait du mal à croire que leurs possibilités d'action puissent être aussi réduites.

Elle ferma les yeux.

C'était ridicule.

Toute l'année, elle n'avait fait que se brider et se ratatiner pour que le temps passe le plus vite possible. Pour que ses années au lycée prennent finalement fin. Pour que cette douleur lancinante disparaisse.

Et maintenant qu'ils étaient dans une situation alarmante, elle ressentait l'irrépressible besoin d'agir ?

Rends-toi à l'évidence, Quinn Fabray. Tu n'as jamais été une femme d'action. Ce que tu préfères, c'est laisser les choses se faire toutes seules. Quitte à ce que ta situation s'aggrave. Et quand ça ne marche pas, tu t'en vas. Tu pars. Tu fuis. C'est comme ça. Tes années de capitaine des pompom-girls sont passées, tu n'as plus besoin de faire semblant. Assume ta passivité.

N'importe-quoi.

Elle rouvrit les yeux et contint un sifflement agacé.

Son acharnement, ça n'avait jamais été du flan. Elle était une Fabray. Peut-être pas la plus conforme, peut-être pas la meilleure. Mais il avait fallu de l'acharnement pour arriver à faire tout ce qu'elle avait fait. Si elle avait été passive, si elle avait été faible, elle se serait faite mangée toute crue par Santana dès le début de leur scolarité. Or, elle avait pu lui tenir tête. Elle continuait de lui tenir tête. Tant bien que mal, certes... mais c'était mieux que rien.

Elle se mordit la lèvre. Est-ce qu'elle pouvait seulement s'en vanter ?

Est-ce qu'elle pouvait seulement se vanter d'être aussi têtue que Santana ?

Alors que Santana avait eu besoin d'elle ? Alors que Santana continuait d'avoir besoin d'elle ? Alors qu'elle-même aurait eu besoin de Santana en de nombreuses occasions ?

Les choses auraient été tellement différentes si elles avaient su se parler... Quinn n'était pas encore prête à se l'avouer mais quelque-part dans un coin de sa tête, elle le savait. Et elle savait que Santana en était également consciente. Elles le savaient toutes les deux.

Mais quelle importance maintenant.

Elle arrêta d'y songer.

Plic, ploc.

Plic, ploc.

Plic, ploc.

« J'ai envie d'un chocolat chaud. » dit brusquement Rachel.

Aussitôt tirée de ses pensées, Quinn tourna la tête pour la fixer avec désarroi.

« Est-ce que je viens d'entendre ce que je viens d'entendre ? demanda Santana avec une moue dubitative.

- Si tu as entendu que j'avais envie d'un chocolat chaud, alors oui Santana, tu as bien entendu.

- Rachel... C'est une blague ?

- Non. Je suis très sérieuse... » répliqua la concernée en affichant un air de défi.

Elle lâcha Sam, se rassit correctement et croisa les bras sur sa poitrine.

« J'ai envie d'un chocolat chaud. Avec un peu de crème fouettée et un marshmallow sur le dessus. »

Quinn battit des paupières. Rachel paraissait si terrifiée une minute plus tôt... était-ce vraiment elle ?

« Mes papas m'en faisaient souvent... poursuivit la brunette. Quand j'étais petite... et un peu moins après. Mais ils m'en faisaient souvent. Ils m'en font souvent. »

Santana retint un grognement et darda sur elle un regard assassin.

« On est au fin fond d'une grotte. Peut-être en danger de mort. Coincés en tous les cas. Et tu as envie d'un chocolat chaud ? »

Rachel acquiesça frénétiquement. Quinn fronça le nez. Ce n'était pas elle. Qu'est-ce que cette étrange fille avait fait de Rachel ? Elle avait si peur quelques instants plus tôt, elle n'avait pas rêvé tout de même...

« Juste une tasse, la rassura la petite brune. Je n'en demande pas plus. Je sais qu'on meurt de chaud dans ce couloir, mais ça me réchaufferait le cœur de pouvoir en boire une là tout de suite. Sincèrement, ça vous ferait du bien à tous, j'en suis sûre.

- Ce qui me ferait du bien, ce serait de sortir d'ici, soupira Tina.

- Tu dis ça parce-que tu n'as jamais goûté au chocolat des Berry, » répliqua aussitôt Rachel.

Elle se retenait tant bien que mal d'exploser en paroles pour vanter ce fameux chocolat chaud. Quinn esquissa un sourire.

Si.

C'était bien Rachel.

« C'est juste un chocolat chaud, grommela Santana. Ça ne peut pas être si extraordinaire que ça. »

La brunette lui jeta un regard outré.

« Je n'arrive pas à croire que tu puisses refuser si catégoriquement la possibilité qu'un chocolat chaud puisse être exceptionnel. C'est le cas pourtant. Et c'est pour ça que j'ai envie d'une tasse maintenant. Sinon, j'aurais bien pu dire que je voulais un café ou un thé... ou une soupe à la tomate.

- J'aime bien la soupe à la tomate, » dit Brittany avec un sourire.

Santana lui jeta un regard noir, agacée qu'elle participe à la conversation insensée de l'étoile du Glee Club, et le sourire de la pétillante blonde ne fit que s'élargir.

« Peu importe, conclut Rachel. J'ai envie d'un chocolat chaud. J'en ai terriblement envie. Maintenant que j'y pense, ce n'est pas forcé que ce soit celui des Berry. N'importe-lequel fera l'affaire. Avec ou sans marshmallow. Avec ou sans crème fouettée. »

Quinn fronça les sourcils. Rachel était adorable, vraiment. Mais là elle commençait à être un peu agaçante.

Ils se trouvaient dans une situation précaire, bon sang.

La plupart d'entre eux frissonnaient encore de peur.

« Il n'est même pas obligé d'être chaud en fait, poursuivit Rachel d'un air pensif. Je veux bien froid. Oui froid, ça me changerait bien d'ici, on étouffe vraiment, ça devient insupportable. Un bon chocolat. Voilà. Mais un chocolat chaud, ça me plairait quand même mieux. Avec un marshmallow... ou deux...ou trois. Oh mon Dieu, est-ce que ce serait faire une folie que d'en prendre trois ? »

Blaine la dévisageait avec perplexité. Se retournant brièvement, Mike lui adressa un sourire amusé qu'elle ne remarqua pas, toute absorbée qu'elle était dans ses rêves de chocolat chaud avec trois marshmallows.

« Oh et puis peu importe, décida-t-elle. Une tasse. Une énooooorme tasse. Avec trois morceaux de guimauve. Et beaucoup de crème fouettée. Énormément de crème fouettée. Je crois que vu ce qu'on a vécu ces dernières heures, je mérite amplement ça. Même-...

- Je t'en ferai un. » la coupa abruptement Quinn.

Rachel se figea et tourna lentement la tête vers elle.

« Pardon ? balbutia-t-elle.

- Je t'en ferai un, répéta Quinn. Quand on arrivera au chalet, je t'en ferai un et je mettrai autant de marshmallows que tu veux. Mais par pitié, tais-toi. »

Rachel papillonna des yeux, désemparée.

« Vraiment ? » murmura-t-elle.

Du coin de l'œil, Quinn remarqua le rictus narquois de Santana.

« Ce n'est qu'un chocolat chaud, grommela-t-elle. Je peux bien t'en faire un, ça ne me tuera pas.

- Il n'y a pas de guimauve au chalet, intervint Sam. J'ai vérifié tous les placards et le grenier. Ils n'en ont tout simplement pas. Idem pour la chantilly.

- Ce n'est pas un problème, murmura Quinn. J'irai à la ville la plus proche et j'en achèterai.

- Ce serait vraiment te déranger pour rien, s'empressa de dire Rachel. Je peux très bien me contenter d'un simple chocolat chaud sans-...

- Très bien, mais alors par pitié, Rachel, arrête de parler de ça... » la supplia Quinn à mi-voix.

La petite brune la contempla encore un instant d'un air hébété, puis acquiesça et détourna les yeux.

« Mais je ne suis quand même pas la seule à avoir envie de quelque-chose ici... déclara-t-elle d'une petite voix après quelques secondes de silence.

- Rachel ! » grondèrent-ils en chœur.

Elle se ratatina et esquissa une moue boudeuse, marmonnant qu'elle n'ouvrirait plus la bouche jusqu'à ce qu'ils soient sortis d'ici si c'était ainsi.

« Moi j'aurais bien envie d'une bière devant une partie de Call of Duty, » dit soudainement Puck.

Il leur tournait toujours leur dos alors qu'il faisait le guet, mais ils n'eurent aucun mal à imaginer le sourire en coin qu'il arborait.

« Ah, vous voyez que j'étais pas la seule... » grommela Rachel sans se départir de son air vexé.

Santana leva les yeux au ciel.

« Moi j'aimerais bien pouvoir m'étendre dans un lit... » dit Tina avec un sourire.

Des gémissements approbateurs accueillirent sa déclaration.

« Moi... » commença Sam, et pendant un instant il resta songeur.

Ils attendirent, silencieux.

« J'aimerais simplement revoir le soleil, » conclut-il avec un hochement de tête.

Quinn ne put s'empêcher de sourire.

« C'est tout ? » demanda Santana, perplexe.

Sam acquiesça.

« Il y en a qui veulent un chocolat chaud, moi je veux le soleil.

- Le soleil ? Bouche de Mérou, tu me déçois. »

Sam la gratifia d'un haussement de sourcils moqueur.

« Sentir sa chaleur et sa lumière sur ma peau, le voir là suspendu dans le ciel... insista-t-il d'un air exagérément sérieux. C'est déjà suffisant.

- On est d'humeur poète, aujourd'hui ? demanda Mike.

- Toujours, » répliqua Sam.

Santana ne dit plus rien mais ne se départit pas pour autant de son expression perplexe.

« J'aimerais pouvoir faire un câlin à Lord Tubbington. » dit brusquement Brittany.

Elle avait longuement réfléchi à sa réponse et c'était celle qui la satisfaisait le plus. A vrai dire, il y avait aussi l'envie de faire un câlin à ses parents et à sa petite sœur, celle de manger une soupe à la tomate ou encore même celle d'avoir un moment d'intimité avec Santana...

Mais c'était ce qu'elle voulait répondre.

Et cela arracha un sourire aux autres.

« J'aimerais bien faire un câlin à Lord Tubbington moi aussi... » dit Blaine avec un sourire.

Santana le jaugea d'un air dubitatif, puis parut s'accommoder de sa réponse et haussa les épaules.

« J'aimerais pouvoir jouer au ballon... murmura Finn en se grattant machinalement l'arrière du crâne.

- J'aimerais pouvoir courir... ajouta Mike. J'ai mal aux jambes à force de rester tout serré ici.

- J'aimerais simplement pouvoir sortir d'ici, grommela Santana. Et là au moins je pourrai faire tout ce que je veux... »

Brittany lui tapota doucement le pied avec un léger sourire.

Quinn se demanda ce qu'elle aurait bien pu dire. Elle n'avait pas l'intention de répondre et elle savait de toute façon que les autres ne chercheraient pas à insister. Mais qu'aurait-elle pu vouloir ? Elle n'était pas du genre à se satisfaire d'un chocolat chaud ou du câlin d'un chat. Elle n'avait jamais été comme cela. Elle jeta un regard de côté à Rachel. Celle-ci s'était de nouveau laissée aller contre Sam et contemplait Finn d'un air absent tandis qu'il farfouillait dans sa sacoche.

Elle aurait aimé sortir d'ici, c'était vrai. Mais elle aurait aussi aimé trouver le courage de parler. Pour dire à Santana qu'elle s'en voulait, pour dire à Rachel qu'elle l'aimait et pour dire à Sam qu'elle s'excusait.

Elle réfléchit encore un instant et intercepta soudain le regard curieux que lui jetait Blaine. Peut-être qu'ils s'attendaient à ce qu'elle réponde après tout. Elle haussa un sourcil dissuasif mais ce fut au tour de Finn de la fixer avec insistance.

« J'aimerais dormir. » laissa-t-elle finalement échapper avec agacement.

Du coin de l'œil, elle vit Santana qui secouait lentement la tête de droite à gauche, une expression exagérément atterrée plaquée sur le visage. Puck soupira bruyamment et même si cela pouvait passer pour un simple soupir d'ennui aux yeux des autres, elle sut qu'il s'adressait à elle.

Quoi ? Elle n'allait pas tout dire à Rachel maintenant. Ç'aurait été ridicule.

Et puis elle n'avait rien demandé à Puck. Elle avait été claire sur le fait qu'elle ne voulait plus qu'il intervienne.

Cependant, sa réponse devait être véritablement ridicule car au scepticisme de ses camarades répondit un ricanement malicieux. Et leur sang se glaça parce-qu'il provenait de la salle qu'ils avaient fuie une heure plus tôt.

« Pour l'amour de Dieu... » murmura Santana d'une voix tremblante.

Rachel agrippa de nouveau Sam et machinalement, Quinn se leva pour regarder par-dessus l'épaule de Puck.

« Dites-moi que j'ai rêvé, s'il-vous-plaît... » bredouilla la brunette, terrifiée.

Le garçon à la crête ne cria rien à leur ennemi invisible et se contenta de rester là, en alerte. Son cœur s'affolait bien malgré lui dans sa poitrine.

Un autre ricanement répondit au premier, à l'opposé, plus à droite.

« On est en train de devenir fous, balbutia Blaine. On ne peut pas entendre ça. Ce n'est pas possible.

- Les animaux ça ne ricane pas... » grommela Finn en essayant de garder son calme.

Mais il était blanc comme un cachet.

Quinn continuait de scruter l'obscurité. Elle aurait voulu détourner les yeux mais une fascination morbide l'en empêchait. Sans vraiment s'en rendre compte, elle s'avança de quelques pas, se mettant presque à la hauteur de Puck.

« Q !» siffla Santana.

Mais la blonde ne l'entendit pas et resta bien campée sur ses jambes, à un pas du jeune homme. Elle avait laissé ses deux piolets posés à côté de Rachel. Puck ne la remarqua pas, ou ne trouva peut-être pas nécessaire de la faire reculer.

Mike s'efforçait de ne pas détourner les yeux de son poste d'observation mais il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards inquiets en direction de la salle obscure.

Un troisième ricanement sembla se moquer de son attitude peu rassurée. Il parut résonner de façon si brusque et si violente qu'ils sursautèrent tous. En vérité, il ne s'agissait que d'un petit rire aigu et sec.

C'était bien assez.

« Je préférais Gollum... » grommela Santana, de plus en plus irritée par leur impuissance.

Brittany serrait convulsivement sa main. Tournant légèrement la tête, elle vit qu'elle gardait malgré tout une expression relativement impassible.

« Je veux sortir d'ici... » gémit Rachel.

Leurs lampes ne percevaient toujours rien. Et quelque-part, ils en étaient soulagés.

Un autre ricanement résonna dans le silence pesant. Il était effroyablement proche en comparaison des précédents. Machinalement, ils se tassèrent tous en direction du reste du couloir. Il n'y avait bien que Quinn et Puck qui continuaient d'observer l'obscurité, hésitant entre vigilance et terreur.

« Mais ils nous narguent en plus ces... »

La voix de Santana mourut dans sa gorge.

Sam prit une grande inspiration et Finn se frotta nerveusement le bras.

« Je veux sortir d'ici... » répéta Rachel.

Brusquement, un rire plus rapide résonna juste au-dessus de Quinn et Puck, au niveau du plafond de la salle. La blonde attrapa machinalement le bras du garçon et ils échangèrent un regard. Aucun d'eux n'osait lever la tête.

Quinn chercha un encouragement dans le regard verdâtre du jeune homme mais elle n'y trouva que des lueurs vacillantes. Elle serra les dents et la mâchoire de Puck se crispa.

« Il faut que je regarde... » lui souffla-t-elle.

Le garçon ne réagit pas mais elle eut l'impression qu'il secouait imperceptiblement la tête pour l'en dissuader.

« Il faut que je regarde... » dit-elle encore, comme pour se persuader elle-même de la nécessité de ce geste.

Une colère froide sembla transparaître dans le regard de Puck et elle ne comprit pas très bien sa source. Agrippant toujours le bras du garçon, elle se força à compter mentalement jusqu'à trois.

Elle avait dépassé cinq lorsqu'elle se décida enfin à lever le nez.

Sa tête lui parut terriblement lourde et elle se fit violence pour ne pas fermer les yeux. Sa lampe balaya lentement l'obscurité, puis vint se fixer sur une stalagmite qui émergeait non loin de là. Enfin, le rai lumineux effleura le plafond lointain et le souffle de Quinn se bloqua un instant dans sa gorge.
Il n'y avait rien.

Elle scruta la roche sombre, et le rayon jaunâtre de la lampe de Puck vint se joindre au sien.

Les autres derrière eux brûlaient tous de savoir s'ils voyaient quelque-chose mais ils étaient trop tétanisés pour oser formuler leur question à voix haute.

« Dis-moi que je ne suis pas aveugle et qu'il n'y a rien... » murmura Quinn.

Son souffle paniqué effleura la joue de Puck. Il ne répondit pas mais elle n'osa pas baisser les yeux pour voir l'expression qu'il affichait.

« Il n'y a rien... » grogna-t-il finalement.

Un froissement retentit à leur droite et il se retourna brusquement.

« IL N'Y A RIEN ! » hurla-t-il à l'espace vide d'où était venu le bruit.

Quinn le dévisagea un instant, puis balaya l'obscurité d'un regard attentif. Son attention revint vers Puck, et elle avisa le piolet qui frémissait entre ses mains crispées. Le garçon avait du mal à ne pas le lâcher.

Quinn s'efforça de maîtriser sa respiration et fit lentement volte-face. Elle riva aussitôt les yeux sur Brittany, ignorant le teint cadavérique de Rachel.

« Il faut qu'on parte d'ici... dit-elle en essayant de ne pas trop balbutier. On est tous au bord de la crise de nerfs. »

Brittany paraissait hésiter entre la simple anxiété et la panique totale.

« On doit attendre les secours. » fit remarquer Blaine d'une voix mécanique.

Quinn détourna un instant les yeux pour le contempler avec attention. Le garçon tremblait de la tête aux pieds.

« Je sais... murmura-t-elle. Mais ils peuvent venir nous chercher un peu plus loin. Nous ne sommes pas en sécurité ici. »

Santana avait autant envie de prendre ses jambes à son cou qu'elle mais elle grommela malgré tout :

« On est sécurité nulle-part, Q. Et si on s'enfonce encore plus dans cette maudite grotte, on signe peut-être notre arrêt de mort. »

Quinn fronça les sourcils. Elle essayait de réfléchir clairement à la situation mais son esprit était complètement engourdi par l'angoisse.

« Nous avons des armes, déclara-t-elle finalement. Nous avons des couteaux et des piolets. Nous avons des crochets et des cordes. Nous avons des fusées de détresse. Nous ne sommes pas démunis. Nous pouvons prendre le risque de nous enfoncer un peu plus sans que cela nous expose.

- Au lieu de partir, nous pourrions peut-être allumer une fusée et la lancer sur... sur eux... » bredouilla Rachel.

Quinn baissa les yeux sur elle et l'observa un instant. La brune paraissait si terrifiée, si paniquée qu'elle eut envie de s'agenouiller pour la prendre dans ses bras. Mais elle se contint.

« Je ne pense pas que cela soit une bonne idée... intervint Finn.

- Mais ça pourrait les effrayer, insista Rachel en le fixant d'un air suppliant.

- Ou les énerver... » opposa Finn en fronçant les sourcils avec désolation.

Ils frissonnèrent tous. Derrière Quinn, Puck écumait toujours, pointant son piolet de tous côtés.

« Nous ne savons pas où ils sont... dit Tina d'une voix incertaine. Nous ne savons pas ce qu'ils sont. Nous ne devrions pas faire n'importe-quoi.

- Mais nous devons faire quelque-chose, gémit Rachel. Nous n'allons pas nous laisser faire comme ça.

- ''Se laisser faire'' ? répéta Santana, dubitative. On n'a pas le choix, Rachel, on est à leur merci. C'est leur territoire ici. »

Rachel écarquilla les yeux et la fixa avec désarroi.

« Calmez-vous, s'empressa de balbutier Quinn. On ne sait rien sur ce que ces... machins sont. Ça ne sert à rien de se monter la tête avec des histoires. Nous ne sommes pas dans un film d'horreur.

- Ah. Pourtant c'est l'impression que j'ai depuis un certain temps, ironisa Santana. Les hurlements, les rires bizarres... Ça y ressemble vaguement tout de même. »

Quinn l'ignora et reporta son attention sur sa copine.

« Brittany... murmura-t-elle. Il faut qu'on prenne une décision. »

La blonde resta silencieuse, regardant Quinn sans vraiment la voir.

« D'accord, dit-elle finalement. Mais on ne doit pas faire n'importe-quoi. On doit tous rester groupés et vous devez m'écouter. »

A sa grande surprise, ils hochèrent tous la tête, obéissants.

« On va essayer de trouver un endroit un peu moins inquiétant et là on prendra le temps de contacter le chalet pour être sûr qu'Artie est informé de notre situation. On ne devra pas trop s'éloigner parce-que si on doit encore rester là quelques heures, ce serait bien que l'on revienne au puits quand il fera jour. C'est compris ? »

Sa voix avait été un peu hésitante mais ils répondirent tous par l'affirmatif. Dans un silence inquiet, ils se redressèrent, prirent leurs sacs et attrapèrent leurs piolets.

Quinn se retourna brièvement pour voir ce qu'il en était de Puck et elle le vit qui s'attardait encore aux environs de la salle, à la recherche d'un ennemi indiscernable.

« Puckerman ! » l'appela-t-elle avec impatience.

Il lui jeta un regard furtif puis reporta presque aussitôt son attention sur l'obscurité qui lui faisait face.

Les pas des autres résonnaient déjà dans le couloir étroit tandis qu'ils se regroupaient. Sam portait Tina avec précaution et Rachel avait attrapé la main de Blaine.

« Puckerman ! » répéta Quinn d'une voix sèche.

Il ne réagit pas du tout cette fois-ci. Elle s'approcha d'une démarche lente, agrippant tant bien que mal ses deux piolets d'une main moite.

Le débardeur noir du garçon était couvert de sueur et il frémissait, se balançant d'un pied sur l'autre, en alerte. Quinn se stoppa à un pas de lui, à sa gauche.

« Puckerman... » l'appela-t-elle plus doucement.

A cet instant, un nouveau ricanement résonna devant eux. Leurs lampes perçaient l'obscurité du mieux qu'elles pouvaient mais aucun mouvement n'était visible entre les concrétions. Doucement, et un peu effrayée de ce que pourrait être la réaction du garçon, Quinn avança une main pour l'enrouler autour de son bras. Elle sentit aussitôt les veines qui palpitaient sous la peau et la tension qui crispait les muscles fatigués.

« Puck... souffla-t-elle. On doit y aller... »

Il tourna lentement la tête vers elle et la fixa avec égarement.

« J'aimerais bien pouvoir les voir... » grommela-t-il en fronçant les sourcils.

Quinn le contempla avec intensité, se laissant un instant absorbée par le vert agité de ses iris.

« Moi aussi... » finit-elle par souffler.

Il n'essaya pas de se dégager et elle en profita pour raffermir sa prise autour de son bras frémissant.

« Si ça se trouve en s'enfonçant comme ça, on va rendre les choses encore pires... » marmonna-t-il.

Quinn soutint son regard orageux.

« On va faire attention, murmura-t-elle. Ce n'est simplement pas bon pour nous de rester ici. Regarde-toi. »

Puck s'examina d'un coup d'œil rapide. Il tremblait comme une feuille. Il revint à l'expression attentive de Quinn. Il y avait une étrange douceur dans ses yeux.

Cela lui rappela ce moment où ils s'étaient retrouvés devant la couveuse de Beth, après l'accouchement. Il y avait vraiment cru à l'époque.

« Allez, viens... » lui glissa-t-elle, et elle le tira doucement par le bras.

Il se laissa faire, docile. Les autres s'étaient déjà éloignés de quelques mètres et elle le força à accélérer. Il ne protesta pas, la suivant avec l'air hébété d'un enfant qui vient de faire une bêtise, et elle continua de le tenir fermement par le bras tandis qu'ils s'empressaient de rejoindre les autres.

...

...

« Si on m'avait dit qu'il suffisait de revenir là où tout a commencé pour te trouver, je me serais épargné bien des efforts... » s'exclama Puck.

Son ton narquois n'eut pas l'effet escompté et la silhouette perchée sur la borne de parking en face de lui ne bougea pas d'un millimètre. Son rictus s'évanouit et il s'arrêta un instant, les bras ballants.

« Yo, Fabray, tu me réponds quand je te parle ? » lança-t-il encore.

Il crut voir les épaules de la jeune femme s'affaisser sous l'effet d'un soupir et le vent estival couvrit presque sa réponse indifférente.

« J'ai entendu. »

Elle ne daigna pas tourner la tête vers lui cependant. Il enfonça les mains dans ses poches et s'avança d'une démarche nonchalante.

« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda la blonde.

- Je viens chercher le ballon que m'a offert le coach Beiste pour mon diplôme, expliqua-t-il en indiquant l'entrée du lycée d'une main. Je l'ai oublié dans mon casier. »

Il ne sut pas vraiment si elle avait entendu ou même si elle écoutait, car elle ne réagit pas.

« Et toi ? s'intéressa-t-il après un instant de silence. Qu'est-ce qui te prend de rôder dans un endroit pareil pendant les vacances ? »

Il s'avança encore et se stoppa juste devant le banc, observant un instant le profil impassible de Quinn.

« Je ne sais pas... » finit-elle par murmurer.

Il haussa un sourcil perplexe.

« Au fait, comment ça se fait que tu sois introuvable depuis la remise des diplômes ? Tout le monde a essayé de te contacter plusieurs fois, tu sais. »

Quinn tourna à peine la tête et le fixa de ses yeux vides. Le cœur de Puck rata un battement et il eut un mouvement de recul.

« Je ne sais pas quoi faire... » dit-elle en reportant son attention sur le bâtiment à l'allure triste.

Le soleil émergea d'entre deux nuages et éclaira ses cheveux ébouriffés d'un vif éclat doré. Ils remuaient au rythme de la brise, et c'était le seul élément de sa silhouette qui paraissait un tant soit peu vivant. Pour le reste, elle ressemblait en tout point à une statue.

« De quoi tu parles ? » demanda Puck, dubitatif.

Après un moment d'hésitation, il s'assit sur le banc, veillant bien à ne pas effleurer ne serait-ce que la jupe de la blonde.

« Tu devrais aller chercher ton ballon, répondit-elle laconiquement.

- Ce n'est pas la question que j'ai posée, » fit-il remarquer.

Il lui jeta un regard de côté et il aperçut la moue agacée qu'elle retenait presque. ''Presque'' parce-que son visage était loin d'être expressif. La personne que Quinn avait été semblait s'être repliée quelque-part dans un coin de son esprit, pour ne laisser que cette enveloppe inanimée au-dehors.

Il ne saisissait pas très bien ce qui la mettait dans un tel état.

Elle secoua lentement la tête, comme pour lui signifier que peu importe la réponse qu'elle lui donnerait, il ne comprendrait pas.

« C'est la déprime post-remise des diplômes, c'est ça ? » lança-t-il d'une voix moqueuse.

Elle baissa les yeux vers lui et le fixa sans mot dire.

« Pardon pardon, s'empressa-t-il de s'excuser en levant les mains en signe de défense. Je disais juste ça pour détendre l'atmosphère. »

Elle soupira et releva la tête.

« C'est vrai que ça rend un peu triste, reprit-il en se laissant paresseusement aller contre le bois abîmé. On a passé quatre ans là-dedans et puis d'un coup... plus de repères. C'est un peu perturbant, ouais, mais on s'habitue. Pour moi à la limite ce sera pas trop dépaysant vu que je vais travailler avec le père de Kurt. »

Il lui avait donné cette information en espérant qu'elle y réagisse, mais il s'aperçut que c'était un échec à son air lointain.

Il tapota un instant le banc d'une main impatiente.

« Et toi ? demanda-t-il finalement en tournant la tête vers elle. Tu vas aller étudier dans une espèce d'université ou un truc dans le style ? »

Les yeux de Quinn semblèrent chercher quelque-chose dans la forme imposante du lycée.

« Genre Oxford ou Harvard ? » ajouta-t-il avec un sourire narquois.

Il avait eu envie de la taquiner sur son titre de major de promo depuis la remise des diplômes mais il n'en avait jamais vraiment eu l'occasion jusque-là.

La réaction à laquelle il s'attendait ne vint pas cependant, et il se fit la réflexion que ce moment qu'il avait attendu avec tant d'impatience était bien décevant au final.

« Va chercher ton ballon, » répéta Quinn d'une voix creuse.

Puck la dévisagea un instant, puis détourna la tête en soupirant avec agacement.

« Toujours à faire des mystères, hein ? grommela-t-il. T'étais pas aussi coincée avant... même pendant ta grossesse. »

Elle le lorgna aussitôt d'un regard froid. Il sourit avec nonchalance, ravi d'avoir enfin réussi à attirer son attention.

« Va chercher ce ballon et laisse-moi tranquille... » murmura-t-elle en continuant de darder sur lui ses yeux figés.

Il haussa les épaules et se leva lentement.

« Dommage. J'aurais voulu discuter une dernière fois avec toi avant que nos chemins se séparent... mais bon. »

Il se retourna pour la détailler un instant. Elle ne daigna pas croiser son regard.

« Sache que t'es toujours aussi belle en tout cas... » laissa-t-il échapper avant de tourner les talons.

Il marcha pendant quelques secondes en direction du lycée, les mains toujours enfoncées dans ses poches. Il songea à cette pompom-girl froide et indifférente qui s'était transformée en étrangère. Il se demanda si c'était à cause de ce qu'il s'était passé quelques mois plus tôt avec Beth.

Puis il s'arrêta net.

Il ne pouvait pas feindre la nonchalance à ce point. C'était peut-être la dernière fois qu'il voyait la blonde.

Il fit vivement volte-face et croisa aussitôt le regard un peu désemparé de Quinn.

« Tu veux passer chez moi ? Genre prendre un verre ou je sais pas ? »

Elle le fixa avec méfiance.

« En toute innocence. » ajouta-t-il dans un réflexe.

Il le regretta aussitôt parce-que ça le rendait encore plus suspicieux... alors que ses intentions étaient tout sauf malveillantes.

Quinn, de son côté, continuait de le dévisager en silence. Le vent soufflait légèrement autour d'eux, charriant des arômes lointains de violette.

« D'accord... » finit-elle par dire d'une voix lente.

Elle sauta avec agilité à bas de son banc. Puck eut du mal à cacher sa surprise. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle accepte.

« On va d'abord chercher ton ballon ? » demanda-t-elle en venant se mettre à sa hauteur.

Son visage avait repris un peu de couleurs. Elle paraissait soudain plus impassible qu'absente.

« Euh... ouaip... » bredouilla le garçon.

Il détourna les yeux et reprit la direction du bâtiment qui se dressait devant eux, trébuchant au passage. Cela arracha un haussement de sourcils fabrayique à Quinn.

...

...

« Quand est-ce qu'on va contacter Artie ? demanda Rachel d'une voix inquiète. Il faudrait quand même qu'on sache où on va. »

Quinn et Puck les rejoignaient tout juste alors qu'elle terminait sa phrase.

« Dès qu'on trouvera un bon endroit... » répondit Brittany en se retournant pour lui adresser un doux sourire.

Rachel hocha lentement la tête, pas franchement rassurée, et s'agrippa de plus bel à la main de Blaine. Devant eux, Sam portait Tina tant bien que mal. Le sol de plus en plus irrégulier et glissant lui donnait du fil à retordre mais il serrait les dents et s'efforçait de rester sur ses jambes.

« C'est une vraie patinoire... gémit-il alors qu'il manquait de trébucher et d'envoyer du même coup Tina manger la poussière.

- Tu devrais peut-être me reposer, proposa celle-ci en le lorgnant d'un œil angoissé.

- Non, non... marmonna-t-il aussitôt. Et puis ça va, tu es légère.

- Tu n'auras qu'à me soutenir d'un bras, insista-t-elle. Là si tu tombes, on tombe tous les deux... et pour être sincère, je n'ai pas très envie qu'on se brise deux côtes chacun...

- Oh tout de suite les exagérations, lança Santana devant elle. On croirait entendre Rachel !

- Je suis là, intervint la brunette.

- Je sais, » répliqua Santana.

Rachel se tut, un peu vexée.

Le mouvement qui animait de nouveau le groupe et la proximité qu'ils maintenaient entre eux les avaient un peu tous rassurés. Puck cependant, croyait toujours entendre des ricanements derrière lui. A chaque fois, il se faisait violence pour ne pas se retourner, et se concentrait plutôt sur Quinn à côté de lui. La jeune fille le guidait toujours à l'aide de sa main et paraissait étonnamment calme. Mais son sang-froid apparent ne déteignait pas sur le jeune homme et des frémissements parcouraient régulièrement sa colonne vertébrale.

Il se sentait observé.

« Ça va ? » lui demanda la blonde dans un murmure, finissant par remarquer son trouble.

Il la dévisagea furtivement, puis reporta son attention devant lui.

« Puck ?... » insista-t-elle, et elle fronça les sourcils.

Il secoua la tête, obstinément muet. Elle lui jeta un dernier regard avant de laisser tomber.

Soudain, le frémissement qui le parcourut tout entier fut plus perturbant que les autres et il eut la certitude qu'ils étaient suivis. Ne pouvant se contenir plus longtemps, il fit vivement volte-face. Le faisceau de son casque accrocha deux orbites vides et une silhouette squelettique, mais ce fut si bref, si fugace, que son cœur eut tout juste le temps de faire un saut périlleux dans sa cage thoracique. La seconde d'après, le rai lumineux n'éclairait plus qu'un morceau de couloir vide.

« Puck, qu'est-ce que tu fais ? » s'agaça Quinn.

Puisqu'il n'avançait plus et puisqu'elle ne consentait pas à le lâcher, elle fut forcée de s'arrêter elle aussi.

Le garçon l'entendit à peine et jeta des regards de tous côtés, à la recherche de la créature. Son piolet se faisait étonnamment lourd dans sa main crispée.

« Puckerman... » gronda-t-elle.

Son regard désorienté suivit la direction empruntée par ses yeux bouillonnants.

« Qu'est-ce que tu regardes ? »

Les bruits de pas émis par les autres s'éloignaient déjà. Trop au goût de Quinn, mais elle ne pouvait pas laisser le jeune homme. Qui savait quelles bêtises il était capable de faire, tout seul et sous l'effet du stress...

Elle s'efforça de ne pas paniquer et fit de son mieux pour comprendre ce qui gênait Puck. Reportant son attention sur son visage luisant de sueur, elle aperçut la lueur vigilante qui brillait au fond de ses pupilles.

« Tu en as vue une ? » chuchota-t-elle avec lenteur.

Machinalement, ses doigts se resserrèrent autour du bras du garçon. Il ne répondit rien mais c'était tout comme.

« On ne peut rien dire aux autres... souffla-t-elle presque aussitôt. Ça les ferait paniquer.

- Alors qu'est-ce qu'on va faire ? gronda Puck sans pour autant détourner les yeux de la pénombre.

- Il faut qu'on continue.

- On va se faire manger.

- Il n'y en avait qu'une, n'est-ce pas ? Nous sommes beaucoup plus.

- Alors justement, faisons demi-tour et revenons où nous étions. »

Comme pour se moquer de sa déclaration, un ricanement lointain se fit entendre. Ils frissonnèrent tous les deux.

« Hé, dépêchez-vous ! » s'exclama Brittany devant eux.

Ils firent aussitôt volte-face. Se rendant enfin compte de leur absence, le reste du groupe s'était arrêté à une vingtaine de mètres de là. Tous les yeux étaient rivés sur eux, un peu hébétés.

Quinn tira fermement Puck en avant et s'il résista pendant quelques secondes, il abandonna bien vite et la suivit sans plus s'y opposer.

« On ne dit rien... » dit-elle dans un murmure.

Il n'eut même pas envie de grommeler une protestation et haussa sèchement les épaules.

« Évitez de vous éloigner comme ça, les morigéna Brittany. Je vous ai dit qu'on devait rester ensemble... »

Ils ne réagirent pas et se contentèrent de rejoindre le groupe avec placidité. Quinn répondit au regard anxieux de Rachel par un sourire machinal et Puck refusa de faire attention à Finn, qui le dévisageait d'un air interrogatif.

Ils reprirent leur route. Ils ne savaient pas de quelle longueur était le couloir ni même sur quoi il débouchait et le ''bip-bip'' de la montre de Mike ne leur donna pas de plus amples indications là-dessus. Connaître l'heure ne leur était pas d'une grande utilité.

« Artie... murmura Brittany d'une voix hésitante. Ne t'inquiète pas, on s'éloigne juste un peu de la salle parce-qu'il y a des bruits bizarres là-bas. Que cela ne t'empêche pas de nous envoyer des secours, d'accord ? »

On aurait dit une petite fille qui demandait un bonbon à la confiserie du coin. Et malgré l'inquiétude, malgré l'angoisse, malgré la fatigue, Santana ne put s'empêcher de sourire à la vue de ce visage si étrangement intimidé.

Rachel quant à elle avait lâché la main de Blaine depuis longtemps, car elle sentait qu'en s'accrochant ainsi à lui, elle ne faisait qu'accroître l'angoisse du garçon.

Celui-ci n'était déjà pas très rassuré, alors il était inutile de lui ajouter un poids en plus.

Tout à coup, le couloir sembla s'élargir devant eux. Les murs s'écartèrent, le plafond s'éleva au-dessus de leurs casques poussiéreux et le sol se fit moins humide. Ils pouvaient facilement s'aligner à quatre à présent et ils ne se gênèrent pas pour le faire, le groupe se resserrant ainsi davantage.

Bizarrement, ils avaient l'impression de pouvoir mieux respirer dans cette partie de la grotte. Ils étaient toujours enfermés, ils étaient toujours coincés, mais quelque-part l'air se faisait moins étouffant. Cela arracha un sourire un peu nerveux à Rachel et elle leva le menton pour inspirer une grande bouffée d'air.
Son sourire se figea à l'instant où ses yeux rencontraient les pupilles laiteuses de la créature suspendue juste au-dessus d'elle. Son cerveau enregistra le corps maigre et suintant, les griffes enfoncés dans la paroi rocheuse, la tête difforme et effrayante... et elle eut pendant une affreuse seconde l'impression de succomber à un arrêt cardiaque.

Elle mit plusieurs instants à comprendre que le hurlement qui résonnait soudain dans le large boyau était le sien. Un vent de confusion souffla aussitôt sur le groupe et suivant son regard, ils levèrent tous la tête. Leurs cris se bloquèrent dans leurs gorges.

Lâchant Puck, Quinn s'empressa de se placer derrière Rachel, de l'attraper par la taille et de poser une main sur sa bouche pour étouffer le hurlement qui continuait de s'échapper de sa bouche grande ouverte. La brunette se débattit, cédant tout à fait à la panique qui grondait depuis longtemps, tapie au fond de son cœur. Et peu importe combien Quinn appuyait sa main contre sa bouche, peu importe combien elle la serrait au niveau de la taille, elle ne voulait pas se calmer.

« Chut... Chut... » lui glissa la blonde à l'oreille dans un murmure suppliant.

L'agitation de Rachel contrastait avec le calme mortel qui régnait sur le groupe. Tous gardaient les yeux levés vers la créature accrochée au plafond, juste au-dessus d'eux, et ils essayaient de bouger le moins possible... espérant peut-être stupidement que cela la ferait partir.

1...

2...

3...

Soleil !

L'étrange bête avait la tête tournée vers eux, mais elle était complètement immobile. A croire qu'elle était morte.

« Rachel... murmura Quinn. S'il-te-plaît, je t'en prie... »

La brune lui donna un violent coup de pied dans le genou et si elle se courba un instant, serrant les dents sous l'effet de la douleur, Quinn ne la lâcha pas pour autant.

« Rachel, articula-t-elle péniblement. Rachel, calme-toi, s'il-te-plaît. S'il-te-plaît... »

La peur lui comprimait le cœur avec force et elle faisait de son mieux pour ne pas s'effondrer.

« Bon sang, Q, grogna Santana d'une voix blanche. Fais-la taire.

- Je fais ce que je peux... » répondit la blonde avec désespoir.

Progressivement, l'acharnement que Rachel mettait à se débattre diminua. Les cris qu'étouffaient Quinn sous sa main se transformèrent en gémissements ; ses jambes cessèrent de se mouvoir et devinrent molles et flageolantes. Quinn raffermit sa prise autour de sa taille, car elle sentait que si elle la lâchait maintenant, Rachel tomberait au sol comme une poupée de chiffon.

« Elle est morte ou bien ? demanda Sam dans un murmure.

- La ferme, Evans... » grommela Santana.

Hébétée, Quinn mit plusieurs secondes à comprendre qu'ils ne parlaient pas de Rachel.

« On devrait peut-être partir très lentement et très précautionneusement... proposa Mike avec un calme un peu désemparant.

- Ta gueule, Jackie Chan... »

Santana s'était plaquée contre la paroi derrière elle, essayant de mettre le plus de distance possible entre le dérangeant quadrupède et elle. Percevant son angoisse et ayant aussi du mal à contrôler la sienne, Brittany attrapa sa main tant bien que mal de ses doigts tremblants.

Le regard de Puck restait rivé sur les orbites grands ouverts. Ces yeux globuleux et blanchâtres qui paraissaient tous les traverser de part-en-part tout en ne les voyant pas vraiment le mettaient mal à l'aise. Mais son piolet semblait peser trois tonnes dans sa paume frémissante et il était incapable de lever le bras, totalement paralysé.

Quinn continuait de tenir Rachel. Lorsqu'aux tremblements qui la secouaient, elle réalisa que la jeune fille sanglotait silencieusement, complètement anéantie par la vague de panique dont elle venait d'être la victime, elle la serra doucement contre elle, appuyant sa tête sur son épaule.

« Ça va aller... lui chuchota-t-elle d'une voix frémissante. Ça va aller, Rachel, ne t'inquiète pas... »

Plus elle regardait la créature accrochée au plafond, plus Santana avait la nausée. Peut-être parce-que la bête était réellement immonde, peut-être parce-qu'elle-même était terrifiée, peut-être parce-que le parfum d'inconnu que cet individu non-identifié dégageait était beaucoup trop étourdissant. En tous les cas, elle faisait de son mieux pour ne pas s'effondrer. En façade du moins. Elle essayait de ne pas bouger et de ne pas faire de bruit, et elle s'accrochait à la main de Brittany avec le désespoir d'une noyée.

De toute manière, qu'y avait-il d'autre à faire ?

« On ne va quand même pas rester plantés là jusqu'à ce qu'elle nous tombe dessus, si ? s'inquiéta Finn dans un murmure.

- Elle est peut-être morte, » insista Sam en lorgnant la chose d'un œil de plus en plus curieux.

Bizarrement, sa peur s'était volatilisée à la vue de la créature. Que pouvait faire ce petit sac d'os contre eux tous ? Ou même contre lui tout seul ? Il n'y avait rien à craindre. Cela deviendrait problématique s'il y en avait plus, cela ne faisait aucun doute... mais jusqu'à preuve du contraire, il n'y en avait qu'une seule de rivée au-dessus de leurs têtes.

Les autres, en revanche, ne semblaient pas du même avis.

Il n'y avait bien que Mike, Quinn et Rachel qui restaient relativement indifférents à la créature. Mike parce-qu'il était toujours drapé dans cet admirable calme olympien à la limite de la sociopathie. Quinn parce-que tout ce qu'elle voyait c'était cette petite brune effondrée dans ses bras et qu'elle essayait de rassurer en lui murmurant des paroles qu'elle ne comprenait qu'à moitié. Rachel parce-qu'elle avait complètement craqué. Autrement, les membres restants du Glee Club avaient tous leurs lampes orientées en direction de la chose suspendue au-dessus d'eux, et aucun d'eux n'osait bouger ne serait-ce que d'un millimètre de peur que le mouvement des lumières n'éveille quelque-chose en elle.

Mais Sam commençait à s'impatienter, Tina à avoir du mal à respirer, Santana à vaciller de plus en plus, alors ils étaient bien forcés de prendre une décision.

« Qu'est-ce qu'on fait ? murmura Blaine en coulant un regard anxieux en direction de Brittany.

- On devrait peut-être revenir à l'entrée du couloir... proposa Finn. Les secours sont peut-être là.

- S'ils étaient là, on les aurait entendus. » fit observer Santana.

Comme d'un commun accord, ils se turent tous. Seuls les sanglots à peine perceptibles de Rachel perturbèrent leur silence attentif, mais peu importe à quel point ils tendirent l'oreille, ils n'entendirent aucune voix humaine.

« Il est deux heures passés, soupira Sam. Ils mettent un peu trop de temps, je trouve. »

Personne ne réagit à sa remarque.

« C'est peut-être un piège, finit par dire Brittany à mi-voix. Elle s'est mise là pour nous forcer à faire demi-tour.

- C'est un machin tout flasque, Britt... » grommela Santana en se faisant violence pour ne pas détourner les yeux de la chose en question.

Sa nuque commençait à lui faire mal.

« Je serais même étonnée que ça ait un cerveau... conclut-elle.

- Ça me paraîtrait logique, laissa échapper Mike.

- Bref, grinça-t-elle. Ce que je veux dire c'est que ce... truc... machin... enfin ce que je veux dire c'est que ça ne peut penser. Il n'y a que nous qui pouvons faire ça. Sans vouloir t'offenser, Frankenteen. »

Celui-ci entendit à peine sa pique, trop distrait par l'appréhension qui le tétanisait.

« Il faudrait qu'on contacte Artie pour savoir où ils en sont, proposa Blaine.

- On ne sait pas dans quel sac est l'émetteur, répliquèrent-ils tous dans un chuchotement.

- On a notre temps. On peut tout déballer... insista-t-il en fronçant les sourcils. Et comme ça s'ils ne sont pas loin, on saura si on doit continuer ou revenir en arrière.

- On s'était mis d'accord pour trouver un coin un minimum rassurant, objecta Santana. Si je ne m'abuse, ça l'est pas tellement ici. Si on commence à tout déballer et que ce truc se réveille ou nous tombe dessus... »

Elle ne termina pas sa phrase et se contenta de frissonner en esquissant une moue dégoûtée.

« On parle et elle ne réagit pas, » dit Puck.

Il avait enfin réussi à maîtriser sa stupéfaction et intervenait pour la première fois depuis qu'ils s'étaient tous arrêtés net.

« Donc on pourrait faire un peu plus de bruit sans que ça change quelque-chose, nan ?

- Je préfère ne pas prendre le risque personnellement... » grogna Santana d'un ton méfiant.

Ils retombèrent dans un silence tendu. Les sanglots de Rachel s'étaient calmés et elle ne disait plus rien, blottie contre Quinn. Aucune des deux n'osait lever les yeux.

« Y a pas de danger, insista Puck. Est-ce qu'on l'a vue faire juste un petit mouvement depuis qu'on l'a remarquée ? Elle bat même pas des paupières.

- Peut-être parce-qu'elle en a pas... » grinça Santana, et elle se sentit encore plus nauséeuse qu'auparavant.

Puck leva lentement son piolet, saisi par la curiosité.

« Qu'est-ce que tu fiches ? » s'inquiéta Finn en se retournant pour le dévisager.

Le mouvement de sa lampe jeta une ombre inquiétante sur la créature, toujours aussi inanimée. Puck stoppa son geste et adressa un froncement de sourcils à son ami.

« Je regarde si y a une quelconque raison de stresser... » expliqua-t-il en haussant les épaules.
Il laissa cependant son bras là et attendit d'entendre d'autres protestations. Mais personne ne dit rien.

« Alors je le fais ou pas ? » demanda-t-il avec impatience.

Après quelques secondes d'incertitude, des murmures anxieux l'encouragèrent. Il raffermit sa prise autour du piolet et le leva un peu plus. Le métal de l'outil scintilla doucement à la lueur des lampes, puis s'immobilisa à quelques centimètres du corps visqueux et maigrelet.

Incapable d'en supporter plus, Santana détourna la tête. Brittany avisa son teint verdâtre, inquiète.

Il ne se passa rien.

Puck esquissa un sourire victorieux. Il était aussi soulagé que les autres du manque de réaction de la bête.

« Ah bah vous voyez que ce machin peut-... » s'esclaffa-t-il en enfonçant légèrement la pointe de son piolet dans la chair blanchâtre.

La bouche jusque-là à peine visible sur le visage inexpressif s'ouvrit aussitôt et un long hululement, semblable à celui qu'ils avaient entendus auparavant, les fit tous sursauter. Cédant à la panique, Santana hurla des injures d'une voix suraiguë, tandis que Rachel se dégageait avec précipitation de l'étreinte de Quinn.

« C'est quoi ce bordel ? » cria Sam.

Puck n'hésita qu'une fraction de seconde. Il ramena son bras en arrière et le releva presque aussitôt, tranchant la tête de la créature d'un geste précis et efficace. Ils se tassèrent tous contre les parois de la caverne alors qu'elle tombait entre eux avec un bruit sourd et flasque.

Au hurlement strident et effrayant succéda un silence encore plus terrifiant, et ils s'entreregardèrent tous, blancs comme des linges.

« Qu'est-ce que tu viens de faire, Puckerman, bon sang ? siffla Santana d'une voix tremblante.

- J'allais pas la laisser nous gueuler comme ça dessus, » répliqua celui-ci en essuyant la pointe de son piolet sur la semelle de sa basket.

Il paraissait tout juste ébranlé. Presque satisfait de son réflexe même.

« Mais... Mais... » bredouilla Rachel en mettant les mains devant sa bouche.

Elle fixa un instant la tête qui gisait à leurs pieds, puis releva les yeux, écœurée.

« Mais tu vas attirer les autres... » lâcha-t-elle dans un gémissement.

En face d'elle, Quinn avait du mal à contrôler sa respiration.

« Pourquoi est-ce qu'ils viendraient d'un coup ? demanda Mike. On fait tellement de bruit quoi qu'on fasse, s'ils avaient voulu nous chercher, ils l'auraient-...

- Oh toi avec ton tempérament de mollusque, la ferme ! » le coupa Santana.

Elle semblait au bord de l'hystérie.

Mutiques, Sam et Tina examinaient tour à tour le corps et la tête, essayant de savoir à quel genre d'être vivant ils avaient affaire. Sam se serait cru dans un mauvais remake du Seigneur des Anneaux, Tina quant à elle avait la glaçante impression d'avoir atterrie en plein milieu de ce maudit film d'horreur qu'ils avaient eu la merveilleuse idée de visionner juste avant leur départ pour la grotte.

« Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? demanda Santana à Puck, oubliant qu'elle se répétait.

- Parce-qu'on ne va pas se laisser faire ! grommela-t-il.

- Ce n'est pas une question de se laisser faire ou pas, siffla-t-elle. On n'est pas au lycée, c'est pas celui qui se fera le plus remarquer qui gagnera !

- Tu me prends pour un con ou quoi ?

- Alors pourquoi tu as fait ça ? On devrait se faire tous petits pour pouvoir voir enfin ces imbéciles de secours qui ne se ramènent toujours pas, et au lieu de ça tu-...

- TOUT LE MONDE VOULAIT VERIFIER, D'ACCORD ? rugit-il. On pouvait pas savoir ! »

Ils se fixèrent en chiens de faïence, essayant chacun de maîtriser leur colère.

« On devrait retourner en arrière, proposa Finn d'une voix hésitante. C'est la meilleure chose à faire. »

A cet instant, un hurlement lointain retentit derrière eux, suivi presque aussitôt d'une série de hululements stridents et menaçants.

« Bon ok, ça suffit... grogna Puck. On se tire ! »

Finn esquissait déjà un mouvement pour faire volte-face mais il l'attrapa par l'épaule et le tira en avant.

« Pas par là, imbécile. » grommela-t-il en le poussant devant lui.

Les autres membres de l'expédition ne réagirent pas et se contentèrent de le dévisager avec désarroi.

« Qu'est-ce que vous attendez ? » s'énerva-t-il.

Comme pour lui donner raison, une nouvelle cacophonie de cris résonna, se répercutant de façon glaçante sur les parois du couloir. Ils n'en attendirent pas plus pour prendre leurs jambes à leur cou et laissèrent la créature décapitée sans plus de remord derrière eux.

Sam faisait de son mieux pour trottiner avec Tina dans ses bras, mais il dut finalement se rendre à l'évidence : il n'allait pas assez vite et en plus il était déjà épuisé. A bout de souffle, il ralentit progressivement et s'arrêta. Les autres s'éloignaient déjà au petit trot, mais se retournant et voyant les deux en difficulté,

Mike vint aussitôt vers eux.

« Mike... bredouilla Sam. Je n'y arrive pas, je ne sais pas comment faire... »

L'autre les dévisagea un instant, une lueur d'anxiété transparaissant dans son regard habituellement si serein.

« Prends-moi sur ton dos, dit soudainement Tina.

- Dépêchez-vous ! » entendirent-ils crier, et ils virent le groupe qui ralentissait pour les attendre.

Une série de ricanements leur parvint. Elle provenait toujours d'aussi loin mais cela ne les empêcha pas de frissonner.

« Prends-moi sur ton dos ! répéta Tina d'un ton pressant. J'aimerais bien courir mais j'ai le pied en compote, alors désolée.

- Il n'y a que toi pour t'excuser d'être blessée... murmura Mike.

- Ça n'a pas d'importance ! Sam, fais comme si j'étais un sac.

- Mais si je te tiens par le pied-...

- Sam ! »

Le blond s'exécuta précipitamment et s'efforça, avec l'aide de Mike, de bien l'installer sur son dos. Tina contint plusieurs hoquets de douleur mais fit de son mieux pour ne rien laisser transparaître, et quelques secondes plus tard, ils rejoignaient les autres avec empressement.

Ils avançaient du mieux qu'ils pouvaient, courant à une allure régulière, mais l'étroitesse du couloir, l'obscurité qui n'était rompue que très brièvement par l'éclat de leurs lampes et le sol irrégulier rendaient la chose difficile.

Une nouvelle salve de hurlements les incita à presser le pas et Sam dut puiser dans ses dernières forces pour tenir le rythme, avec toujours Tina sur son dos. Mais la peur lui donnait des ailes et il n'avait pas l'intention de s'effondrer pitoyablement.

Soudain, les rais lumineux en constant mouvement qui les guidaient dessinèrent les contours de trois larges boyaux devant eux.

« Les trois couloirs ! » cria Brittany d'une voix essoufflée.

Mais ils l'entendirent tout juste et ne ralentirent pas.

« A gauche ! cria Quinn.

- A droite ! s'exclama Puck en même temps.

- Non, attendez ! Allons tout droit ! » s'écria Brittany.

Mais la confusion régnait sur le groupe et elle ne fit que s'accroître avec les ricanements suraigus qui retentirent loin derrière eux. La pétillante blonde s'arrêta à l'entrée du couloir du milieu, égarée, et elle eut tout juste le temps de voir la forme vague de Puck qui disparaissait à droite.

« NON ! PUCKERMAN ! » hurla Santana.

Mais un hululement couvrit son cri.

« Finn ! » s'écria Brittany.

Le garçon la regarda avec hébétement.

« Suis-le ! lui demanda-t-elle. Il ne faut pas qu'il aille là-bas tout seul ! »

Le jeune homme n'hésita qu'une seconde avant de hocher la tête d'un air mi-décidé mi-anxieux et de disparaître dans le boyau.

« Où est Mike ? » s'inquiéta Tina.

Perchée sur Sam, elle tournait la tête de tous côtés.

« Il est parti à gauche... » annonça Quinn d'une voix hachée.

Pliée en deux à l'entrée du tunnel en question, elle reprenait son souffle tant bien que mal.

« Bon sang, mais pourquoi tout le monde se disperse ? » siffla Santana, furieuse.

Un insupportable sentiment d'urgence leur compressait la poitrine.

« Et Blaine ? » demanda Rachel en écarquillant des yeux paniqués.

Brittany jeta un regard à la brunette, puis se tourna vers Santana.

« Il faut que tu accompagnes Mike... lui glissa-t-elle hâtivement.

- Quoi ? bredouilla la brune. Non, il est grand et il a un sac avec lui, il peut très bien se débrouiller seul.

- Il ne faut pas qu'on se disperse, mais si on en laisse un seul c'est encore pire, insista Brittany en la fixant avec intensité.

- Pourquoi moi ? articula-t-elle péniblement.

- Sam a Tina et Rachel... est Rachel, lui souffla la blonde.

- Quinn peut bien y aller, » rétorqua Santana en pointant un doigt tremblant en direction de sa rivale.

La concernée était encore trop occupée à récupérer et ne fit même pas attention à elle.

« Tu as préparé l'expédition avec moi, tu sais un peu mieux à quoi t'attendre... murmura Brittany.

- Bien sûr que non, répliqua Santana. Je ne savais pas qu'on allait avoir des bestioles, je ne savais pas qu'on allait changer d'itinéraire, je ne savais pas que-...

- Tu es courageuse, San.

- Pas ici. Il est hors de question que je me sépare de toi. »

Brittany laissa échapper un soupir tendu et attrapa les mains de la brune.

« Je ne peux pas laisser Sam et Tina y aller seuls. Finn est avec Puck. Moi je vais avec eux. Toi tu vas avec Mike. »

Santana secoua la tête de droite à gauche en dardant sur elle un regard revêche.

« On n'a pas le temps d'en discuter, San. S'il-te-plaît. S'il-te-plaît. »

Santana prit une grande inspiration et s'efforça de maîtriser son stress. Elle était absolument terrifiée.

« Je ne veux pas y aller seule, chuchota-t-elle finalement. Tu prends mon sarcasme pour du courage mais-...

- Tu ne seras pas seule. Tu vas vite retrouver Mike. »

Un autre bruit lointain, semblable à un tapotement, les fit frémir toutes les deux.

« Je ne veux pas... » gémit Santana.

On eût dit un enfant effrayé par le fantôme qui se serait caché dans son placard. Brittany lui sourit d'un air rassurant et exerça une légère pression sur ses mains moites.

« Je ne veux pas te laisser, je ne veux pas... balbutia Santana. Je ne veux pas.

- Si le sac de Mike contient le récepteur, demandez à Artie si un autre itinéraire permet de rejoindre le couloir du milieu, dit Brittany en articulant chaque syllabe. Sinon, revenez en arrière pour le prendre ici.

- Britt... S'il-te-plaît. »

Elles s'entreregardèrent.

« Les filles, intervint Sam en jetant un regard en arrière. On devrait se dépêcher là, peut-être.

- San... » murmura Brittany.

L'ex-HBIC leva la tête pour un instant fixer le plafond suintant et reprendre ses esprits, puis elle reporta son attention sur la pétillante blonde.

« Si je ne te revois pas en un seul morceau, je te tue. » grommela-t-elle.

Brittany l'observa un instant sans mot dire, puis lui sourit avec douceur. Saisies par la même impulsion, elles avancèrent la tête pour s'embrasser. Leurs casques se heurtèrent presque aussitôt avec un bruit sec. Après un soupir irrité, Santana lâcha dans un murmure :

« Je t'aime... »

Elle ne parvint pas à se débarrasser de son expression revêche, mais Brittany perçut la vulnérabilité qui se cachait derrière, et si elle n'y réagit pas de vive voix, la réponse brillait au fond de ses yeux.

« Les filles ! » s'exclama Sam.

Santana lui jeta un regard agacé, mais lâcha malgré tout les mains de Brittany et recula d'un pas.

« Allons-y ! » s'exclama la pétillante blonde en faisant signe aux autres.

Sam raffermit sa prise autour des chevilles de Tina et s'engagea précipitamment dans le tunnel. Rachel ne bougea pas, toujours aussi paniquée, et Brittany dut l'attraper par la main pour qu'elle consente enfin à remuer.

Se retournant pour suivre le couloir emprunté par Mike, Santana se trouva face à une Quinn complètement perdue.

« Qu'est-ce que tu fous là ? siffla-t-elle. Suis-les ! »

La blonde la contempla d'un air sonné.

« Q ! Vas-y ! »

Un grattement résonna dans le tunnel à présent dépourvu de toute autre présence humaine que la leur et elles tournèrent la tête d'un même mouvement. Il n'était pas assez lointain au goût de Santana, alors, sans se donner le temps d'hésiter, elle attrapa Quinn par le poignet et la tira avec elle en direction du couloir de gauche.

« Qu'est-ce que tu fais ? murmura la blonde d'une voix éteinte. Je croyais que je devais-...

- Ils sont déjà loin, répliqua Santana en la tirant avec un peu plus de force pour la forcer à courir. Viens avec moi, ça vaudra mieux. »

Et elle ne dit pas qu'elle la prenait aussi avec elle parce-qu'elle ne voulait pas être seule.

Quinn la suivit docilement, et Santana ne la lâcha pas un seul instant tandis qu'elles couraient dans le couloir. Elles s'aperçurent bien vite que celui-ci se rétrécissait au fur-et-à-mesure de leur progression et Santana fut un instant saisie par l'effroyable pensée qu'il s'agissait sans doute d'un cul-de-sac. Elle n'aurait pas la force de revenir en arrière, même en ayant Quinn avec elle.

La blonde de son côté s'efforçait d'assimiler tous les événements qui venaient de se produire. Son hébétement l'empêchait de réfléchir correctement et elle serait sans doute restée seule à l'entrée des trois boyaux si Santana ne l'avait pas emmenée de force avec elle.

Ils étaient tous séparés. En trois groupes. Sans savoir où chacun d'eux allait. Pour ne rien arranger, Quinn avait encore l'impression d'entendre des hurlements loin derrière elles. Menaçants et moqueurs.

Qu'était-il en train d'arriver ?

Son sac pesait lourd dans son dos, et elle serrait machinalement les deux piolets dans sa main libre. Elle avait mal aux pieds, à la tête. Au cœur. Elle se souvenait confusément du moment de panique de Rachel, comment elle s'était efforcée de la calmer, comment elles étaient restées serrées l'une contre l'autre sans vraiment faire attention aux autres, qui essayaient de voir si la créature était bien vivante ou non.

Et maintenant Rachel était ailleurs. Le pressentiment qu'elles ne se reverraient peut-être pas étouffa un instant Quinn, et elle se concentra sur sa course pour ne pas suffoquer. L'air entrait en brûlant dans ses poumons, sa vue s'obscurcissait à intervalles réguliers sous l'effet de l'épuisement et elle essayait de suivre l'allure de Santana tant bien que mal.

Elles ne devaient pas s'arrêter où ils viendraient les prendre.

Et il leur fallait aussi retrouver Mike. Mike.

Saisie par une brusque impulsion, Quinn détourna les yeux du sol bosselé et hurla le prénom du garçon.

« Qu'est-ce que tu fais ? grogna Santana en enfonçant les ongles dans sa peau.

- Il faut qu'il sache qu'on le cherche... répondit Quinn.

- Tout le monde va le savoir avec tes cris ! » s'agaça la brune.

La blonde se tut et continua à courir.

Elle n'arrivait plus à penser clairement.

...

...

« C'est hors de question... »

Santana contempla un instant l'air froid qu'elle affichait, puis leva les yeux au ciel.

« Depuis quand est-ce que je t'ai demandée ton avis ?

- Tu m'as demandée d'intervenir en sa faveur et je dis non. » rétorqua Quinn en lisant les plis de son uniforme de Cheerio avec soin.

Santana rangea le reste de ses affaires dans son casier sans rien ajouter.

« Tu sais que ça va rien changer, hein ? finit-elle par lancer avec indifférence. J'arriverai à lui faire obtenir une audition, j'ai pas besoin de toi pour ça. »

Quinn essaya de se contrôler une minable fraction de secondes, puis jeta sa serviette au sol et se dirigea à grandes enjambées vers Santana. Celle-ci ne la remarqua pas jusqu'à ce qu'elle claque la porte de son casier juste sous son nez.

« Hé ! protesta-t-elle en dardant sur la jeune blonde un regard mi-surpris mi-agacé.

- J'ai dit non, » siffla Quinn.

Santana ramassa le tee-shirt qu'elle avait lâché sous l'effet de la stupéfaction et elle jaugea sa camarade de la tête aux pieds.

« Calmos, Q, grinça-t-elle en faisant volte-face. T'es pas ma mère. »

Elle se dirigea vers les douches. Quinn lui emboîta précipitamment le pas.

« Et puis ça fait déjà pas mal de temps qu'elle traîne avec nous, qu'est-ce que ça changerait ? lança-t-elle sans se retourner.

- Qu'elle traîne avec toi, » rectifia Quinn avec âpreté.

Santana haussa les épaules et attrapa le shampooing qu'elle avait laissé traîner dans un coin. Lorsqu'elle se redressa, elle se trouva de nouveau nez-à-nez avec Quinn, qui la fixait sans ciller, les mains sur les hanches.

« Écoute, Q, commença Santana d'un ton un peu moins nonchalant. Je ne voulais pas qu'elle rejoigne les Cheerios au départ. Mais elle le veut vraiment et puis... les acrobaties qu'elle est capable de faire nous propulserons sans doute au sommet du classement pour les Nationales. C'est un bon point pour elle et pour nous. Alors... s'il-te-plaît... »

Habituellement, elle aurait préféré s'arracher la langue plutôt que de prononcer ce dernier mot mais face à l'attitude inébranlable de Quinn, elle n'avait pas la choix.

« … parles-en au coach. Tu es sa capitaine, elle te fait confiance.

- Justement, je ne veux pas perdre sa confiance en ayant le culot de lui demander d'auditionner exceptionnellement une fille qui vient tout juste d'arriver au lycée, » rétorqua Quinn avec aplomb.

Santana la scruta un instant, à la recherche du mensonge dans ses paroles. Elle laissa finalement tomber et lui tournant le dos, reprit la direction des casiers.

« Tu ne gagneras que sa confiance quand elle verra ce que Brittany peut apporter à l'escouade, insista-t-elle. Et ça nous fera une alliée de plus dans cette équipe de charognes, penses-y. »

Quinn secoua frénétiquement la tête de droite à gauche et la suivit d'une démarche hâtive à travers les douches aux murs carrelés et blanchâtres.

« Tu as toujours dit que c'était nous deux. Que nous étions seules contre toutes. Il n'a jamais été question de recruter parmi les premières années pour nous apporter du soutien. Nous nous débrouillons très bien toutes seules. Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas continuer comme ça ? Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que Brittany intègre l'équipe ? »

Santana lui jeta un regard par-dessus son épaule.

« Parce-que c'est mon amie. Et parce-que je suis convaincue qu'elle peut nous être d'un grand soutien, que ce soit à nous ou à toute l'équipe pour les Nationales. »

Quinn croisa les bras et se laissa tomber sur un banc. Elle observa Santana d'un œil glacial tandis que l'adolescente composait le code de son casier pour y glisser sa bouteille de shampooing.

« Je ne comprends toujours pas comment tu peux être amie avec cette écervelée, lâcha-t-elle avec mépris.

- Ne l'appelle pas comme ça, gronda Santana en la vrillant d'un regard menaçant.

- Tu sais très bien que c'est la vérité, rétorqua Quinn d'un air mauvais. Elle se fera bouffer en trois jours si jamais elle parvient à rejoindre l'escouade. Trop bonne, trop conne.

- Elle n'est pas conne ! » s'exclama Santana, furieuse.

Quinn haussa un sourcil sceptique, satisfaite d'avoir provoqué une telle réaction chez son amie.

« Arrête de parler d'elle comme ça, siffla Santana. Si tu ne veux pas m'aider, très bien, je me débrouillerai toute seule. Mais ce n'est pas une raison pour la traiter de cette façon.

- C'est ce qu'on fait avec tout le monde, répliqua Quinn en se levant vivement sous l'effet de la frustration qui l'agitait. Manger ou être mangé, c'est comme ça que ça fonctionne ici !

- Pas avec elle ! répliqua Santana. Elle est des nôtres, Q, et tu vas devoir l'accepter, peu importe à quel point le dédain que tu as pour elle est important !

- Ça fait des semaines que je la supporte ! Ça fait des semaines qu'elle te suit comme un petit chien, je n'en peux plus ! Seules contre toutes, tu te souviens ? »

Santana la dévisagea un instant, puis secoua la tête avec un dédain à peine dissimulé, attrapa son sac et prit la direction de la sortie.

« On peut être à trois contre toutes... » laissa-t-elle échapper sans se retourner.

Quinn serra les poings et essaya de se faire une raison.

Elle pouvait supporter Brittany. Elle pouvait la soutenir chez les Cheerios. Elle pouvait faire tout cela, cela ne changeait rien au fait qu'elle était capitaine des pompom-girls et en passe de devenir la fille la plus populaire du lycée.

Mais elle ne pouvait pas lui céder Santana. C'était son alliée chez les Cheerios. Elle gardait ses arrières. Elle avait eu l'idée du slushie pour RuPaul, elle l'avait défendue contre Tania.

Quinn ne voulait pas la partager avec Brittany.

« On fonctionne en tandem ! s'exclama-t-elle après un moment de lutte. On est un duo, San, et on marche très bien comme ça ! Si on introduit Brittany dans l'équipe, on devra faire attention à elle en plus et... et on se dispersera trop ! Tania en profitera sûrement pour me planter un couteau dans le dos ! »

Santana ne se trouvait plus qu'à une dizaine de mètres des portes, mais elle se stoppa net en entendant ces paroles. Se retournant lentement, elle contempla un instant la blonde d'un air impassible.

« Alors c'est ça ? demanda-t-elle. Tu as peur que je te délaisse ? Quinn Fabray a peur d'être délaissée ? »

La blonde battit des paupières d'un air hébété, avant de se ressaisir aussitôt.

« J'ai peur de perdre mon poste de capitaine à cause de ta stupidité, rétorqua-t-elle avec froideur. Il est hors de question que ça m'arrive, que ce soir pour toi ou pour n'importe-qui d'autre. »

Un rictus narquois fendit le visage de Santana. Quinn savait bien qu'elle n'était pas dupe.

« Tu as peur que je te délaisse, » répéta-t-elle, de plus en plus amusée.

Quinn poussa un soupir ostensiblement irrité.

« Je ne voudrais pas que tu te retrouves au pied de la pyramide, c'est tout, grinça-t-elle.

- Le coach a le pouvoir de prendre cette décision, pas toi, rectifia Santana d'un air moqueur.

- Elle la prendra sûrement quand elle s'apercevra que tu n'es plus aussi efficace qu'avant.

- Brittany ou pas, je serai toujours aussi efficace, déclara Santana avec morgue.

- Pas si je décide du contraire, » dit Quinn en reposant machinalement les mains sur ses hanches.

Santana fronça les sourcils, mi-perplexe mi-narquoise, et s'avança lentement vers la blonde.

« J'arrive pas à croire que tu puisses être capitaine tout en étant incapable de me mentir... » murmura-t-elle d'un air ébahi.

Quinn ne répondit pas.

« Tu crois sincèrement que je vais te laisser... comme ça ? » demanda Santana en se stoppant à deux mètres d'elle.

Quinn soutint son regard mais ne réagit pas.

« Je sais que je suis fourbe... mais à ce point... » ajouta Santana avec un haussement de sourcils.

La blonde s'efforça de maintenir sa façade.

« Après tout, ce serait idiot de se mettre la capitaine à dos... » conclut sa camarade avec nonchalance.

La mâchoire de Quinn se crispa et l'autre la dévisagea, satisfaite de sa petite blague.

« Espèce de-... siffla la jeune Fabray.

- Alors tu demanderas au coach ? la coupa abruptement Santana.

- Non, » siffla Quinn.

Santana pencha la tête sur le côté et la scruta avec attention. Quinn fit de son mieux pour ne pas ciller. Après un long moment de silence, la brune murmura :

« Je sais que je passe mon temps à dire que je reste avec toi par obligation, à dire que c'est nécessaire parce-qu'autrement, on se fera toutes les deux bouffer par les autres. Je sais que je fais semblant d'être prête à me retourner contre toi à la moindre opportunité. Mais... »

Elle serra les dents et lâcha avec réticence :

«... tu as de l'importance pour moi. Peu importe à quel point tu peux être coincée, frigide et calculatrice... »

Quinn la regarda avec dureté mais elle ne broncha pas, gardant son air sérieux.

« … tu comptes pour moi, Q. On est entrées chez les Cheerios ensemble. On est allées au camp de cheerleading cet été ensemble. On est un tandem, tu as raison. Et ce n'est pas l'arrivée de Brittany chez les pompom-girls qui va changer ça. »

Quinn haussa les épaules avec une indifférence feinte.

« On est les Head Bitches In Charge, poursuivit Santana en la gratifiant d'un sourire en coin. Personne ne peut rien contre nous. Tu es la capitaine, et je suis ton second, et ça le restera jusqu'à la fin du lycée. C'est comme ça, c'est tout. Alors te fais pas de bile, Q, ok ? »

L'expression du visage de la blonde ne changea pas. Mais à l'intérieur, la jalousie qu'elle s'efforçait de ne pas ressentir face au rapprochement des dernières semaines entre Brittany et Santana s'était étouffée avec les paroles de son amie.

« Maintenant que ça, c'est réglé... reprit celle-ci en feignant de nouveau la nonchalance. Tu vas m'aider pour Brittany ? »

Quinn eut un mouvement de recul et la scruta un instant d'un air inébranlable.

« Non, répéta-t-elle finalement. Tu te débrouilleras toute seule. Et si tout ce blabla, c'était pour ça, alors tu peux aller te-...

- Bon sang ! » jura Santana avec irritation.

Elle recula et jaugea Quinn, une lueur calculatrice dans les yeux. La blonde lui renvoya son regard, puis souriant d'un air impassible, lui tourna le dos et attrapa son sac.

Sans plus faire attention à Santana, elle prit la direction de la sortie. L'autre s'empressa de venir se mettre à sa hauteur, se creusant les méninges pour la convaincre.

Alors qu'elles sortaient des vestiaires, sa bouche s'étira en un rictus narquois.

« Et si je te récompense en nature ? »

La main de Quinn se crispa sur la bandoulière de son sac.

« Tu ne vas jamais arrêter, hein ? lâcha-t-elle, embarrassée.

- Pas tant que tu auras ce genre de réactions ! » jubila Santana.

Quinn lui jeta un regard noir mais ne put retenir un sourire.

...

...

Une silhouette surgit devant elles et leurs cœurs eurent un raté. Elles s'efforcèrent de ralentir sans se casser la figure.

« Du calme, ce n'est que moi... » murmura Mike en les fixant avec attention.

Santana grommela une injure à son attention, une main sur la poitrine. Quinn dégagea brusquement son poignet et avec un haut-le-cœur, s'éloigna précipitamment pour vomir.

Sa camarade fronça le nez et détourna les yeux, dégoûtée.

« J'ai attendu parce-que je ne voyais personne venir, expliqua le garçon. Où sont les autres ?

- On s'est tous complètement dispersés, » expliqua Santana avec agacement.

Elle ne l'avouerait jamais, mais la présence de Mike avait quelque-chose d'étrangement rassurant.

A quelques pas de là, Quinn avait appuyé une main sur la paroi humide et pliée en deux, attendait que la nausée qui lui retournait l'estomac s'en aille enfin.

Mike fronça les sourcils.

« Ils vont bien au moins ?

- Ouaip. Enfin je suppose, répondit Santana en haussant les épaules. Il faut qu'on essaye de les rejoindre. Alors soit on retourne en arrière, soit on a le récepteur et on peut demander à Artie s'il y a un autre chemin possible.

- Et... elle va bien ? murmura Mike en jetant un regard furtif à Quinn.

- C'est sans doute le bacon qui passe pas, » déclara la jeune femme d'un air désabusé.

Quinn marmonna une insulte à son encontre mais Santana l'ignora royalement et reporta son attention sur Mike.

« Il y a un tunnel derrière, expliqua le garçon. On pourrait se mettre là et déballer les sacs pour voir un peu. Ça m'a l'air sûr.

- Bah on n'a pas trop le choix de toute façon... » soupira Santana.

Mike hocha la tête et il repartit devant. Sa lampe éclaira aussitôt un trou à quelques mètres de là. Il était assez large pour qu'ils y entrent tous à quatre pattes et en file indienne. Il ressemblait désagréablement à celui qu'ils avaient emprunté avant qu'il ne s'écroule.

Santana frissonna et détourna les yeux pour voir ce qu'il en était de Quinn.

« Bon, Fabray, s'impatienta-t-elle, tu as fini de gerber ? »

La blonde se redressa et se retournant, la fusilla du regard. Du moins elle essaya, car ses yeux étaient vitreux et éteints. Elle était pâle comme un mort.

« La grossesse de Quinn Fabray, le retour ! » s'exclama Santana d'un air moqueur.

La blonde n'eut même pas la force de serrer les dents et lui emboîtant le pas, sortit un mouchoir de sa sacoche pour s'essuyer méthodiquement la bouche.
Mike s'était assis à côté du tunnel et avait posé son chargement devant lui. Quinn lâcha son propre sac et elle se laissa tomber à côté du garçon avec difficulté.

« Ça va ? lui demanda-t-il en la scrutant avec attention. Tu veux quelque-chose contre le mal de ventre ? »

La blonde secoua lentement la tête et s'agenouillant face à Mike, Santana lui glissa :

« Elle serait au seuil de la mort qu'elle te dirait non. Alors sors ta trousse de secours. »

Quinn la contempla d'un air assassin mais Santana l'ignora et attrapa son sac pour commencer à fouiller dedans. La blonde accepta la gourde et le cachet qui lui tendait Mike sans broncher cependant.

« On a combien de gourdes au juste ? demanda Santana en posant une trousse de secours à côté de celle que le garçon avait tirée de son sac.

- Deux, dit-il en continuant de chercher d'un air absorbé.

- Je crois que j'ai ton sac, annonça Santana. Avec toutes les ampoules de rechange et machin... C'est pratique dis donc, du coup si les autres ont des problèmes de lampe ils sont dans la mouise.

- On ne devait pas se séparer, croassa Quinn d'une voix rauque.

- Cause toujours, répliqua Santana. Dès qu'on se revoit, il faut qu'on répartisse tout ça. Tiens, Chang. » ajouta-t-elle en lui mettant une poignée d'ampoules dans les mains.

Mike ne dit rien et les rangea dans une des poches de son sac, veillant bien à ne pas les entrechoquer.

« Ah, et voilà le communicateur. » annonça Santana d'un air triomphant.

Et elle le tendit aussitôt au garçon.

Quinn se laissa aller contre la roche humide, encore mal en point, et les observa d'un œil éteint tandis que les deux se rassemblaient autour de l'appareil.

Cela allait-il seulement changer quoi-que-ce-soit ?