PROMPT : Pigeons
Harry avait profité du fait que tout le monde dormait encore pour s'éclipser et aller s'installer dans le petit parc face à Square Grimmaud. Il nourrissait les pigeons d'un air absent, légèrement inquiet. Compte tenu de l'heure matinale, les environs étaient déserts.
Ils étaient tous à peine arrivés la veille que Severus avait été appelé par Voldemort. Harry avait échangé un regard inquiet avec Drago et le jeune homme n'avait pas pu fermer l'œil, attendant le retour du maître des potions.
Il avait décidé de prendre un peu l'air avant que l'attente ne le rende fou. Il ne se souvenait que trop bien des tortures de la dernière fois. Et il espérait que personne à Poudlard n'avait remarqué ses allées et venues dans les appartements du maître des potions. Il ne voulait pas être la cause de souffrances pour son professeur.
Finalement, il émietta son dernier morceau de pain et se leva, fatigué. Il pourrait peut être préparer le petit déjeuner pour s'occuper. Et espérer que Severus serait rentré pour en profiter. Ou tout du moins, qu'il serait en état d'en profiter.
Il traversa la rue et se glissa dans la maison endormie, en silence. Puis il se dirigea vers la cuisine et commença à préparer le repas, bien décidé à s'occuper les mains et l'esprit.
Soudain, il entendit du bruit et se précipita, arrivant dans l'entrée juste à temps pour réceptionner un Severus titubant. Il nota que son professeur s'appuyait lourdement sur lui, mais il ne fit pas le moindre commentaire. Il allait faire comme si la situation était normale. Il le conduisit sans un mot vers la cuisine, et l'aida à s'installer sur une chaise. Puis, il sortit d'un placard une fiole de potion anti-douleur. Il posa la fiole devant l'homme sur la table et retourna préparer le déjeuner, lui tournant le dos volontairement. Il savait que le professeur Rogue ne voudrait pas être surpris dans un moment de faiblesse et que le mieux était de se comporter comme si tout allait bien.
Severus leva un sourcil surpris mais resta silencieux, se contentant de boire la potion en grimaçant.
Sans un mot, Harry posa devant lui un mug de café bien chaud et le sucrier. Puis, il reprit sa préparation du petit déjeuner, ne laissant transparaître son inquiétude que par de légers coups d'œil à la dérobée.
Quelques minutes plus tard, l'homme qui n'avait rien perdu du manège de son élève, grogna, agacé.
- Potter. Posez votre question qu'on en finisse.
Harry sursauta et se tourna vers lui, avec un air coupable sur le visage. Puis, il soupira et s'installa face au maître des potions.
- Vous allez bien, Monsieur ?
Severus fronça les sourcils avant de répliquer d'un ton acide.
- Êtes-vous sûr que c'est ce que vous vouliez me demander, Monsieur Potter ?
Il croisa le regard plein d'inquiétude de son élève et se figea. Le gamin semblait réellement inquiet. Il était cerné et nerveux, comme s'il avait passé la nuit à l'attendre. Mais Severus oublia rapidement cette possibilité. Ce n'était juste pas envisageable. Pas après la façon dont il l'avait traité tout au long de ces années.
Harry hocha la tête et baissa les yeux.
- J'avais peur que… Que vous soyez encore torturé, Monsieur.
Severus soupira en se frottant le visage. La longue nuit qu'il venait de passer se faisait sentir et lui embrumait l'esprit.
- Je sais ce que je fais, depuis le temps. Vous avez dormi ?
Harry s'empourpra et détourna le regard.
- Je vous attendais, Monsieur.
Le professeur de potions se leva en grimaçant légèrement, puis posa une main sur l'épaule de Harry. Il prit un ton paternel, bien loin de sa façon de parler habituelle.
- Allez dormir, Potter. Reposez-vous quelques heures. Tout va bien, et nous sommes en sécurité ici. Tous.
- Mais… S'il vous rappelle…
- Ça n'arrivera pas. Pas tout de suite. Allez dormir, Potter. Sans discuter.
Harry hésita puis abdiqua sous le regard noir.
- Oui Monsieur.
Severus observa le jeune homme monter lentement à l'étage, comme si le poids du monde reposait sur ses épaules. Ce qui était le cas, en un sens. Le maître des potions avait un sentiment étrange. C'était la première fois que quelqu'un s'inquiétait de cette façon pour lui. Personne n'avait jamais passé la nuit à l'attendre, personne n'avait jamais pris la peine de l'accueillir et de lui donner une potion anti-douleur pour être sûr qu'il irait bien.
C'était également la première fois qu'il avait envie de protéger quelqu'un de cette façon, depuis Lily. Que ce sentiment soit pour son fils semblait après tout un juste retour des choses. Et pour la première fois, Severus pensa que Harry tenait décidément bien plus de sa mère que de son père.
Il sursauta surpris en entendant quelqu'un rire doucement. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas fait attention et n'avait entendu personne approcher. Il se tourna brusquement et tomba sur le visage rieur d'Emmeline. Il se renfrogna en se détendant légèrement mais elle le connaissait elle aussi depuis longtemps.
- Tu as l'air pensif, Severus.
Il grogna, refusant de répondre. Emmeline avait été amie avec Lily, et il savait qu'elle avait la même obstination que son amie. Elle continua, ignorant sa réaction.
- C'est un brave gosse.
- Le portrait de ses parents, je sais. Tout le monde le dit.
Emmeline gloussa.
- Pas tant que ça. Il a le visage de James, mais il a son propre caractère. Tu le saurais si tu l'avais traité normalement…
- Je vois qu'il s'est plaint.
- Il n'a rien dit. C'est ton filleul qui m'en a parlé.
Après un dernier sourire et un clin d'œil, elle sortit de la pièce, le laissant seul.
Le maître des potions but le café préparé par son élève et secoua la tête. Ce fichu gamin le rendait dingue. A chaque fois qu'il pensait l'avoir cerné, il se montrait surprenant. Déstabilisant. Il aurait préféré en rester à sa première impression et continuer à détester la pâle copie de son ancien ennemi.
Apprendre que Drago avait parlé avec Emmeline de la façon dont il traitait Potter le laissait perplexe. Il ne comprenait pas pourquoi son filleul prenait soudain la défense de celui qui avait été son rival…
Severus termina son café et posa le mug dans l'évier avec un soupir, avant de se décider à aller s'allonger. Il avait besoin de repos après la nuit qu'il venait de passer.
