Disclaimers : Aucun des personnages de cette histoire ne m'appartient, pas plus que l'intrigue en elle même, création de Stephenie Meyer. Je ne revendique donc aucun droit sur la trame de cette fiction, ni sur certains dialogues, qui sont tirés de la version française de « Twilight ».
Remerciements : A tous ceux qui ont lu le chapitre précédent, qu'ils l'aient apprécié ou pas. A mon correcteur, toujours aussi présent. A mon jury de bac de français ;).
Note de l'Auteur : Je crois que ce chapitre était prévu il y a trois semaines… Je m'excuse du retard, mais pas du contenu ;). En fait, je ne sais pas encore à l'heure où j'écris ces mots ce qu'il va contenir exactement, donc… Bref, je n'ai rien à dire, et je me contente d'écrire mon chapitre. Point. Ah, si. Beaucoup de gens m'ajoutent dans leurs favoris sans jamais avoir laissé le moindre commentaire. Je voudrais savoir pourquoi ça vous plait, pourquoi ça ne plait pas, aussi, histoire de rectifier des trucs. Histoire d'être encore plus critique envers mes propres textes !
Je tournai les talons, sans ajouter un mot, et elle me suivit, tout aussi silencieuse. Etonnamment, ce silence n'était pas pesant, plutôt comme un paix qui se serait instaurée entre nous, nous permettant de réfléchir, chacun de notre coté. Nous permettant de préparer ces moments de discussion qui nous appartenaient déjà.
Ses pieds se posaient sur le sol, appuyant à peine sur le parquet. Cependant, j'aurais pu, au milieu des pas de tous les lycéens, reconnaître leur chemin, et l'emprunter à mon tour. Je pouvais sentir la tension qu'elle ressentait, sans pour autant tenir à la montrer. Ses poings étaient serrés, serrés à quelques centimètres de son corps, et je ne pouvais m'empêcher de laisser glisser mon regard sur eux, cherchant à les détendre d'un seul coup d'œil.
Son souffle se joignait au mien tandis que nous fendions la foule des lycéens toujours amassés dans les couloir. J'essayais d'adapter mon pas au sien, mais, bien souvent, je la sentais faire des efforts pour suivre mes foulées. J'aurais voulu poser ma main sur ses épaules, sur son dos, et montrer à tous ceux qui nous fixaient que peu m'importait. Tous les yeux étaient posés sur nous, curieux pour certains, haineux pour d'autres… incontestablement suspicieux.
Je fixai le sol devant moi, pour ne pas avoir à m'intéresser à aucune de leurs pensées, à aucun de leurs esprits. Garder en moi, pour seule conversation, celle de Jessica. Celle de Bella, à plus d'un titre.
Je pouvais sentir leur présence. Leur présence, à quelques mètres de moi. Leurs regards, dépourvus de compréhension. Je ne pouvais les voir, mais je savais. Je vivais avec eux depuis trop longtemps. Eux quatre, assis dans la pièce d'à coté. Je ne pouvais les ignorer, mais je le devais, si je voulais paraître un tant soit peu normal… détendu.
Rapidement, nous prîmes notre place, sa place dans la file des élèves attendant pour manger. Les yeux de Rosalie me vrillaient le dos, mais je ne tenais pas à me retourner, à lui faire ce plaisir. Je savourais ce moment, remettant à plus tard les explications.
Mes regards glissaient vers Bella, qui jouait silencieusement avec la fermeture de son blouson. Ses yeux restaient baissés, comme gênés. Mes mains s'agitèrent, et je remplis rapidement un plateau de nourriture, tentant de deviner ce qui lui plairait. Mes sens humains avaient disparu depuis trop longtemps pour que je puisse décider pour elle, pour que je puisse me rappeler du goût des choses. Tout était trop différent de l'époque à laquelle je mangeais encore.
Elle me fixa avec circonspection tandis que je faisais glisser le plateau vers la caisse et sortait mon porte feuille.
-Qu'est-ce que tu fais ? Ce n'est pas pour moi, tout ça ?
Je la regardais en souriant, alors que les lycéens se faisaient curieux autour de nous. Le ton de Bella n'était pas des plus encourageants, loin de là, et ses traits ne reflétaient pas le moindre contentement. Mon sourire s'agrandit, et je résistai à l'envie d'éclater de rire en voyant ses yeux lancer des éclairs.
-Non. La moitié m'est destinée, bien sur.
Pas un sourire n'éclaira son visage, pas un regard. Je payai rapidement, avant de soulever le plateau d'une seule main. Un froncement de sourcils de Bella me décida à poser ma main gauche sous le plateau à son tour, et je m'approchai d'une table quasiment vide.
Nous nous installâmes à son bout, et je vrillai mes yeux dans ceux de Bella, tandis qu'elle gardait les mais sous la table, serrées. Elle baissa le regard et retint son souffle durant quelques instants. Quand elle expira, j'inspirai, pour ne pas manquer une seule seconde, une seule trace de sa présence. Son cœur battait vite, trop vite. Je poussai le plateau dans sa direction, plus pour l'occuper que par réel souci. Plus pour voir, pour entendre la réaction de son cœur. Pour savoir si… Savoir, simplement.
-Sers-toi.
Elle releva la yeux et me fixa quelques instants. Le coin de sa bouche se releva, et je sentis mon propre souffle s'accélérer tandis que ses yeux redevenaient clairs… Trop clairs. Trop brillants. Son sourire s'agrandit, en même temps que les battements de son cœur se calmaient. Je me reculai sur ma chaise, alors qu'elle se penchait sur la table. Son odeur m'envahissait, et je n'étais pas prêt. Pas encore. Pas… Du tout.
-Je serais curieuse de savoir comment tu réagirais si quelqu'un te mettait au défi de manger.
Je retins mon souffle tandis que ses doigts bougeaient, délicats, autour d'une pomme. Ses yeux, toujours fixés sur moi, étaient rieurs. Je ne pouvais pas, même pour elle. Je ne pouvais pas risquer quelque chose qui pourrait… dont je ne connaissais pas les conséquences. Je ne pouvais pas accepter qu'un élément aléatoire gâche tout, tout ce que j'avais essayé de bâtir. Emmett m'avait déjà proposé le pari… Et j'avais refusé. Pouvais-je accorder à Bella ce que j'avais refusé à mon frère ? Une marque de confiance, oui, c'est ce que ça signifiait. Mais je ne savais pas si j'en étais capable… Il y avait trop de danger à…
Ses sourcils se haussèrent, comme si elle attendait une réponse de ma part. Je soupirai. Il ne pouvait y avoir… il pouvait y avoir, plutôt. Derrière moi, je pouvais sentir les regards de mes frères et sœurs, toujours plus interrogateurs. Aucun avertissement ne venait d'eux, et il était certains qu'ils avaient entendu la proposition de Bella. Je la fixai une nouvelle fois.
-La curiosité est un vilain défaut.
Mes yeux posés sur les siens, je me saisis d'un morceau de pizza. Je ne pus retenir une seconde d'appréhension. Je posai mes dents sur la part. Elle me fixait toujours.
Enfonçai mes dents.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Me persuadai que ce n'était rien, rien d'autre que… Que ce n'était rien.
Ses sourcils se froncèrent, interrogatifs.
Arrachai le morceau de pâte.
Son cœur se remit à battre plus fort, plus vite.
Mâchai. Rapidement.
Un haussement de sourcils, étonné.
Avalai ma bouchée.
Un demi-sourire apparut sur ses traits. Avant de s'élargir.
Je posai la part de pizza. Soupirai. Le goût était… A la hauteur de mes espérances.
Je m'efforçai de lui retranscrire ce que cela signifiait pour moi. Il m'importait qu'elle sache, qu'elle comprenne. Qu'elle apprenne.
-Si quelqu'un te mettait au défi de manger de la terre, le ferais-tu ?
-C'est déjà arrivé. Et ce n'est pas si terrible.
Je ris, doucement. Il n'y avait que Bella, que ma Bella pour avoir une telle réponse. Sur ses traits se peignit à son tour une expression de joie, qui ne tarda cependant pas à disparaître. Je repris la parole, alors que ses yeux se baissaient de nouveau. Pour qu'elle les relève. Pour qu'elle me laisse les contempler plus de quelques secondes de suite.
-J'aurais du m'y attendre.
Cela eut l'effet escompté, et elle me regarda avec un demi-sourire qui ressemblait plus à une grimace. Je me retins de rire, par respect pour elle. Je basculai mon regard de quelques centimètres vers la gauche. Fronçai les sourcils. Non. Pas encore. Pas pendant ces moments que nous partagions. Je secouai la tête, pour voir une expression de surprise sur le visage de Bella. Je la regardai en souriant. Souriant. Ou presque. Un sourire faux, oui. Un sourire teinté d'amertume, amertume envers ceux qui ne nous laissaient pas, ne nous laisseraient pas un moment de simplicité à partager. Il était temps. Il était temps de révéler à Bella ce qu'elle ignorait. Mais aussi de comprendre, à mon tour.
-Jessica examine le moindre de mes gestes. Elle te détaillera le tout plus tard.
Son soupir. Si doux, si mélancolique. Un soupir tel que je n'en aurais plus. Un soupir qui confirmait ce que je savais déjà. Ce qu'elle ne voulait pas s'avouer. En souriant, je lui tendis la part de pizza à laquelle je ne touchai plus. Les yeux encore, et de nouveau, rieurs, elle la prit en souriant. Et le mien, ce sourire auquel j'avais tant travaillé, ce sourire qui à présent, depuis que je l'avais rencontrée, faisait partie de ma personne… Ce sourire s'évanouit. Je n'avais pas le droit. Je n'aurais jamais du.
Je m'apprêtai à tendre la main. Tendre la main et empêcher l'irréparable. Je n'en étais pas, je n'en étais plus capable.
Je regardais sa main, si blanche, si souple… Sa main à elle, se lever délicatement, serrant à peine la nourriture… Sa main, son poignet, perpendiculaire à son bras… Appel d'air soudain, son odeur qui arrive jusqu'à moi… Bouger.
Ses lèvres s'étirer, lentement, délicatement, comme si elle allait sourire. Comme si elle allait vivre, vivre enfin. Comme si elle allait rire, pour moi seul.
Sa bouche s'ouvrir, juste assez pour croquer, enfin, dans sa part… Sa bouche s'ouvrir, comme si elle était heureuse, elle. Sa bouche s'ouvrir, sur quelque chose. Quelque chose que j'avais touché avant elle. Je n'avais pas le droit. Elle n'avait pas le droit.
Je la regardais faire, lentement, comme paralysé. Je ne savais pas, je ne savais plus où je me trouvais. Je ne faisais que la regarder, la regarder, elle, encore, toujours. La regarder avaler ce que j'avais… J'avais mordu dedans. Mes dents. Je n'aurais pas du lui proposer, non. J'étais dangereux. Trop dangereux pour elle. Pour nous.
Mes dents. Je n'aurais jamais du la laisser entrer en contact avec quelque chose que j'avais mordu. Jamais, non, pas tant que je ne serais pas sur que…
La mordre à distance, la regarder avaler mon venin. Mon poison.
Je ne savais pas, je ne pouvais pas savoir si m'attaquer à cette innocente part, cet aliment inerte avait libéré, bien malgré moi, ma nature. Libéré mes sens, ces sens. Libéré mes armes, que j'avais essayé de cacher, desquelles j'avais essayé de la protéger. Cette arme.
J'étais en face d'elle, et elle se tenait en face de moi. Innocente. Ses mains avaient d'elles-mêmes mené à sa bouche cette partie de moi que je refusais. Le danger. Ce danger que je constituais.
Mais paralysé.
Incapable de faire le moindre geste, le moindre geste ni pour la sauver ni pour la protéger. Pour l'emmener loin des regards. Pour me protéger.
Je la regardais.
Lentement.
Longuement.
Mon cœur ne battait plus. Le sien battait pour deux, suivant un rythme que j'aurais moi-même emprunté. Le rythme que je lui aurais donné, inconsciemment.
Je ne respirai plus. Par peur. Par besoin. Je ne savais plus que lui dire, je ne savais plus que faire. Je ne pouvais plus rien faire sauf l'observer. Une observation. Longue.
Rien.
Rien.
Pas la moindre douleur apparente.
Pas la moindre réaction.
Pas le moindre geste.
Un calme hors de propos.
Un calme hors de danger.
Je me refusais à penser ces mots.
Elle n'avait rien, non.
Elle n'avait rien, pas la moindre trace de souffrance sur ses traits. Pas la moindre affliction dans ses gestes. Toujours aussi précis. Calmes. Mesurés.
Elle n'était pas atteinte.
Pas cette fois.
J'avais été imprudent.
Au moment où je me sentais le plus sur de moi. j'avais laissé mes émotions passer au-dessus de mes droits. Je ne devais plus, plus jamais m'autoriser une telle chose.
Elle était sauve.
Mais je ne savais pas pour combien de temps.
Je ne savais pas si, un jour, je pourrais lui expliquer. Lui expliquer quoi que ce soit de mes erreurs. Si elle comprendrait. Un jour.
Mais si nous n'avions pas beaucoup de temps… Que ce fut à cause de l'un ou de l'autre… A cause de moi ou cause d'elle… Il fallait des réponses. Maintenant. Tant que nous en avions le temps.
-Alors comme ça, la serveuse était jolie ?
Peine à contrôler ma voix. A ne plus avoir peur. Peine à me dire… A lui parler, normalement. Sachant qu'elle ignorait tout, tout du conflit qui venait de se dérouler en moi. être décontracté, Edward. Etre naturel. Difficile. Engager un sujet sur lequel j'avais les questions, et encore. Elle avait les réponses. Entières. Tellement plus à l'aise, en position de force que moi…
-Tu ne t'en es pas aperçu ?
Ses yeux s'étaient relevés, mais à peine. Assez pour que je les voie. Pas assez pour que je les comprenne. Que je la comprenne.
-Non. J'étais distrait par autre chose.
Elle n'était pas sotte, non. Loin de là. Elle comprit, ou du moins elle dut saisir le sous-entendu. Elle l'ignora, se contentant d'un demi sourire qui me glaça.
-La pauvre.
Je soupirai, alors qu'elle baissait les yeux. Une fois de plus. Non pas gênée. Simplement… Simplement elle-même. Je fronçai les sourcils, l'observant avec plus de prudence.
-Une des choses que tu as dites à Jessica me… Perturbe.
Je ne faisais que chuchoter, attirant les regards étonnés autour de nous. Bella était penchée en avant, pour mieux saisir mes mots. J'étais dans la même position, plus par recherche de sa présence que par réel besoin. Elle soupira à son tour, et son souffle fit voleter les cheveux épars devant son visage. J'observai quelques instants les mèches qui virevoltaient, avant de me recentrer. De la regarder, elle.
Elle fronçait les sourcils, plus dépitée qu'exaspérée.
-Je ne suis pas étonnée que certains détails t'aient déplu. Ça t'apprendra à écouter aux portes.
-Je t'avais prévenue.
-Et moi, je t'avais prévenu qu'il était préférable que tu ne saches pas tout ce que j'ai dans la tête.
Et, Bella, si j'en ai besoin ? Si savoir, comprendre, te comprendre est tout ce dont j'ai besoin ? Si tes pensées, si tes sentiments sont plus… sont plus importants que tes désirs ?
J'avais raison. Je devais savoir… Pas tout, non. Je devais savoir, assez pour être à l'aise, assez pour qu'elle le soit aussi. L'empêcher de se faire du mal.
Ne pas lui dire cela. En dire trop, peut-être. Mentir, pour la laisser maître de sa vie. Mentir, pour ne pas qu'elle sache comme je la protégeai.
-Certes ? mais tu as tort. Je tiens vraiment à connaître tes pensées. Toutes. Sans exception. C'est juste que… Il y a des choses que tu ne devrais pas penser.
-Tu coupes les cheveux en quatre.
-Laissons tomber, ce n'est pas ce qui importe pour le moment.
-Qu'est-ce que c'est alors ?
Comme un espoir dans sa question. Mon espoir, ou le sien ?
-Tu crois sérieusement être plus attachée à moi que je ne le suis à toi ?
-Tu recommences.
-Quoi ?
-A m'éblouir.
Notre discussion de la veille me revint en mémoire, et je clignai des yeux, rapidement. J'eus l'impression de sortir d'un rêve, un rêve silencieux. Les bruits des lycéens qui, jusque là, ne m'étaient pas parvenus, me remplirent les oreilles comme un immense brouhaha. Comme une marée de son, enfin arrivée à destination. Je secouai la tête, rapidement, et tentai de me re-concentrer.
-Oh. Désolé.
-Ce n'est pas de ta faute. Tu ne peux pas t'en empêcher.
Je souris, tandis que ses sourcils se fronçaient de nouveau.
-Tu réponds à ma question ?
-Oui.
Je soupirai. Un peu trop fort, certainement. Elle me regarda, un nouveau sentiment dans les yeux. Un sentiment que je lui interdisais, et que je lui interdirai toujours. Non, Bella. Non. Je ne veux pas que tu aies peur. Jamais. Ni de moi, ni de quoi que ce soit d'autre. Je ne veux pas que tu doutes, non plus. Je ne pas voir de l'incompréhension dans tes yeux. Seulement du calme, du calme et de la joie.
-Oui, tu réponds à ma question, ou oui, tu estimes tenir plus à moi que l'inverse ?
-Oui, je suis plus attirée par toi que tu ne l'es par moi.
Absurde.
Absurde, Bella.
J'avançai ma main, doucement, dans sa direction. Mais elle avait une nouvelle fois baissé les yeux. De honte, de tristesse cette fois. Je la regardai, ces larmes que je ne pouvais pleurer perlant à mes yeux.
-Tu as tort.
Plus pour moi que pour elle, ce nouveau murmure. Je ne savais même pas si elle l'avait entendu, si elle l'avait perçu. Elle releva cependant la tête, doucement. Un ersatz de sourire se peignit sur ses traits. Douloureux. Inconscient.
-Tu n'en sais rien.
Je grimaçai. Oui. Certes. Je ne savais pas. Je ne pouvais pas savoir ce qu'elle éprouvait. J'arrivais à peine à comprendre mes réactions… Il n'était pas possible, pas imaginable que… que des émotions pareilles tiennent chez elle. Trouvent leur place dans un corps comme le sien. Un corps d'humain. Une telle force de sentiments dans une telle fragilité physique… J'aurais pu en rire. C'était inconcevable. Oui, tout simplement inconcevable.
-Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
Ses yeux hésitèrent quelques instants. Miroirs de son esprit, pour quelques secondes… A peine le temps que je voie. Que je comprenne.
-Laisse moi réfléchir…
Je souris, et elle détourna les yeux.
-Disons que…
Mon souffle. Le retenir. La laisser parler.
-Sans parler de certains signes évidents…. Il me semble parfois…
Ne pas l'interrompre.
-Je ne suis pas sure de ce que j'avance, je ne lis pas dans les pensées des autres, moi, mais bon, j'ai l'impression que, derrière chacune de tes paroles, il y a un message caché. Qui est que tu essaies de couper les ponts.
Maintenant. Intervenir.
-Bien vu.
Respirer.
-Mais c'est exactement là que tu te trompes. Car…
Autre chose. Avant. Ressurgir.
-Qu'entends tu par « signes évidents » ?
Froncement de sourcils.
Battement de cils.
Innocent.
-Il suffit de me regarder. Je suis d'une banalité effrayante. Enfin, sauf quand il s'agit de passer à coté de la mort ou d'être si maladroite que ça frôle le handicap. Comparée à toi…
Description.
Inexacte.
Incomplète.
-Tu ne te vois pas de façon très claire.
Lier mes pensées pour lui faire comprendre. Lier les quelques mots éparpillés de mon esprit pour en faire un tout. Son tout.
-Je reconnais que tu es irrécupérable pour ce qui est de te fourrer dans les ennuis, mais tu es apparemment restée hermétique aux réactions de tous les types de ce lycée le jour de ton arrivée.
Je ne respirai plus déjà depuis quelques instants. Peur qu'elle ne me croie pas. Je me flagellai mentalement. Bien sur qu'elle devait me croire. Bien sur qu'elle me croirait. Elle savait que je savais. De manière, de source sure.
-Tu mens.
Non. Elle ne me croyait pas. Si… imprévisible. Etonnante, mais… Agaçante.
-Fais moi confiance, ne serait-ce qu'une fois.
Une seule fois, je sus sur de ce que j'avance.
-Tu es tout sauf ordinaire.
-En tout cas, ce n'est pas moi qui cherche à couper les liens.
Tu n'as rien compris, Bella. Je ne peux pas t'en vouloir.
-Ça me donne raison, justement ! C'est moi qui tiens le plus à toi, parce que si j'arrivais à m'éloigner de toi… Si partir était la solution, je serais prêt à souffrir pour t'éviter de souffrir… De mourir !
Mourir.
-Ne crois-tu pas que j'en ferais autant à ta place.
Je ris. Des adolescents naïfs.
Nous nous disputions pour savoir lequel d'entre nous aimait le plus l'autre…
Aimait… Peu m'importait, à vrai dire. Du moment que ce mot nous reliait.
-Tu ne seras jamais à ma place.
Non, en effet.
Tu n'auras jamais à me sauver de la mort.
-Hélas, te sauver la vie commence à ressembler à une occupation à plein temps… qui exige ma présence permanente à tes cotés.
Elle semble s'offusquer, et les ailes de son nez blanchirent.
Je me retins de ne pas rire.
Serrer les lèvres.
Serrer les lèvres, Edward !
-Hé, personne n'a essayé de me tuer, aujourd'hui !
-Pas encore.
Elle grimaça.
-Certes.
Je retins un mouvement de la main visant à montrer ma supériorité. Elle était assez frustrée comme cela.
-J'ai une autre question.
-Je t'écoute.
Je serrai les lèvres. Par gêne, cette fois.
Voilà.
Ce que j'aurais du demander à Alice.
Ne pas laisser le présent prendre le pas sur l'avenir.
Pourquoi n'avais-je pas pensé à cela avant…
Certes, l'idée m'était venue cette nuit, alors que je m'enfonçai dans les bois, mais…
Alice…
Te voir.
Te demander.
Ne pas craindre un refus, ne pas craindre une peine.
Ne pas craindre une réponse négative.
Le regard de Bella se fit interrogateur.
-Tu…
Alice me fixait, mais sans laisser son esprit libre. Je grimaçai, avant de reprendre une expression… Presque neutre.
-Tu as vraiment besoin d'aller à Seattle ce week-end, ou ce n'était qu'une excuse pour éconduire tes admirateurs ?
Je l'avais dit. Je l'avais laissée libre de décider pour moi, pour nous.
-Je te signale que je ne t'ai toujours pas pardonné le coup de Tyler. C'est ta faute s'il est persuadé que je serais sa cavalière au bal de fin d'année.
-Oh, il aurait bien trouvé le moyen de t'inviter sans mon intervention. J'avais juste envie d'observer ta réaction.
Elle ouvrit la bouche, choquée.
-Si moi, je t'avais proposé de m'accompagner à la soirée, m'aurais tu évincée ?
-Sans doute pas.
Demi-sourire. Elle me préférait à tous ces… adolescents boutonneux.
-Mais j'aurais annulé plus tard en prétextant un coup de froid ou une cheville tordue.
Je haussai les sourcils.
-Pourquoi ?
-Tu as beau ne m'avoir jamais vue en cours de sport, tu peux deviner tout seul.
Elle prenait bien sa maladresse. Je souris, avant de changer de sujet.
-Réponds moi. Es-tu décidé à te rendre à Seattle ou accepterais tu que nous fassions autre chose ?
-Je suis ouverte à toutes les propositions. Néanmoins, je voudrais que tu m'accordes une faveur.
-Oui ?
-Tu me laisseras conduire ?
-En quel honneur ?
Elle développa sa théorie, passant par toutes les critiques de ma conduite et les réactions de sa famille. Enfin, de son père.
-Tu tiens à cacher à ton père que tu passes ta journée en ma compagnie ?
-Avec Charlie, en dire peu c'est déjà en dire trop. Où comptes tu m'emmener ?
-Il fera beau, donc j'éviterai de me montrer en public… Mais tu pourrais venir avec moi. Si tu veux.
-Et tu me montreras à quoi tu as fait allusion ? A propos du soleil ?
-Oui. En même temps, si tu… as peur d'être seule avec moi, je préfèrerais que tu n'ailles pas à Seattle sans escorte. Je tremble à la perspective des dangers qui t'attendent dans une ville de cette taille.
Hyperbole à peine… Décelable.
Elle s'offusqua, et je ris.
-Phœnix est trois fois plus vaste que Seattle ! Et elle s'étend…
-Sauf que les Parques n'ont jamais entendu parler de Phœnix. Je serais plus rassuré si je te gardais à l'œil.
-Tu as de la chance. Etre seule avec toi ne me rebute pas.
-Tu devrais quand même prévenir Charlie.
-Pourquoi diable ?
-Histoire de me donner une bonne raison de te ramener vivante !
Elle… Si inconsciente…
-Je prends le risque. Changeons de sujet.
-De quoi veux tu parler ?
Ma voix avait claqué, agacée. Elle… Je ne parvenais pas à comprendre.
-Pourquoi avoir choisi les Goat Rocks, ce week end ? Charlie prétend que ce n'est pas un endroit où randonner, à cause des ours ?
Surprise.
Elle ne pouvait pas.
Non.
Sans rire.
Elle…
-Tu veux dire que tu… Des ours !
Je ris.
-Tu devrais savoir que la saison n'est pas encore ouverte.
Je ne pus m'empêcher de rentrer dans son jeu.
-Et si tu avais lu les textes de loi avec soin, tu aurais constaté que cela ne concerne que la chasse avec des armes.
-Des ours…
Je ris.
-Emmett préfère les grizzlys.
-Mouais…
elle me fixa avec animosité.
-Et toi, quel est ton mets favori ?
Je haussai les sourcils.
Elle me provoquait ?
-Le puma.
-Ah…
Je ris. Elle voulait savoir…
-Naturellement, nous veillons à ne pas perturber l'environnement en pratiquant une chasse abusive. Nous essayons de nous cantonner à des endroits où la population de prédateurs est trop abondante, quitte à nous déplacer fort loin. Il y a certes abondance de cerfs et d'élans dans les parages, qui conviendraient très bien… Mais où serait l'intérêt et l'amusement ?
-Où, en effet ?
-Emmett adore le début du printemps. Les ours sortent tout juste d'hibernation, et n'en sont que plus irritables.
-Quoi de plus drôle qu'un grizzly furieux.
Ses yeux étaient vagues. Un peu trop, d'ailleurs. Je me re-concentrais.
-Dis moi ce que tu penses vraiment.
Elle releva les yeux.
-Je t'en prie.
-J'essaie de… De vous imaginer. Ça me dépasse. Comment faites vous… Sans armes ?
-Nous en avons.
Je souris.
-Simplement, pas de celles qui sont prises en compte lors de l'élaboration des textes de lois. Tu as déjà vu un ours attaquer à la télévision ? ça donne une assez bonne idée d'Emmett en pleine action.
Elle regarda Emmett, derrière moi, et je m'esclaffai. De la … Peur.
-Ressembles tu à un ours, toi aussi ?
-A un puma, plutôt, d'après ce que disent les autres. Nos préférences sont peut-être révélatrices de nos comportements.
Ou d'un certain… Cannibalisme. Elle sourit. Moi aussi.
-Est-ce un chose à laquelle j'aurais le droit d'assister ?
Bella.
Moi.
Moi.
Bella.
Ma proie.
Moi.
Ma proie.
Bella.
Non.
-Certainement pas !
Trop fort.
Elle recula.
-Trop dur à supporter pour moi ?
-Si ce n'était que ça, je t'emmènerai dès ce soir. Tu as vraiment besoin d'une bonne dose de frousse. Rien ne te serait plus salutaire.
-Alors pourquoi pas ?
Non.
Jamais.
-Plus tard. Nous allons manquer le début des cours.
Je me levai, mon sac sur l'épaule.
Elle me suivit.
-Plus tard, donc.
Animé de sentiments contradictoires, je commençais à marcher.
-Stupeur et Tremblements. Ininterrompus. Je suis la fiction la plus longue sur Twilight en français. Prière de respecter une minute de silence pour mes doigts endoloris. -
