Chapitre 29 : La déchéance d'un roi.

Tous, nous restions quelques instants interdits face à la demande que formulait Raiponce au travers de Kay. Même si cette dernière était légitime. J'avais promis à ma pauvre cousine la tenue d'un procès pour son père qui allait devoir répondre de ses actes. L'idée de devoir cependant nous replonger dans toute cette histoire, ces événements si douloureux, alors que nous venions de conclure au renouveau des royaumes me fit sentir à quel point j'étais fatiguée. De fait de mes insomnies répétées qui cette fois vont je pense disparaître mais surtout du fait que ni les uns ni les autres n'avions dormi depuis près de deux jours.

-Monsieur le chancelier, en plus de la ratification, veuillez je vous prie m'apporter les documents que nous possédons relatifs aux lois de Coronna.

-Vous les avez ici, sur cette étagère Madame ! Fit le chancelier d'une voix montrant un certain agacement.

-Monsieur le chancelier depuis combien de temps êtes vous en charge de ce poste ? Demandais-je innocemment

-Dix ans Madame !

-Quelle loyauté, dommage que vous nous montriez un caractère si peu aimable, j'aurai sans doute pu ainsi que ma sœur vous promouvoir au prestigieux poste du trésor au vu de vos états de service, mais bon n'en parlons plus fis-je en haussant les épaules laissant le chancelier ruminer son mécontentement et ajoutant à Kay : Bien Dîtes à la princesse Raiponce qu'il nous faut le temps d'organiser le procès, il se tiendra demain à l'aube.

-Madame, je me permets d'insister. La princesse Raiponce a été catégorique, elle l'exige immédiatement. Sauf votre respect je n'aurai jamais osé croire qu'une jeune femme si raffinée puisse avoir des colères aussi violentes, même face à de telles circonstances.

-Vous avez eu vent des événements de la nuit Kay ?

-Si fait Madame, j'ai d'ailleurs pris l'initiative d'envoyer des hommes à la recherche des corps du prince ainsi que du roi des Iles du Sud. Et, au vu de la détermination de la princesse de Coronna j'ai cru bon, en votre nom de faire se réunir sur l'heure la haute cour de Justice.

-Vous avez fait quoi ?

-En trente ans de service auprès de ses Majestés d'Arendelle j'ai eu l'occasion d'être confronté à des temps de crise diplomatiques importants. Ces événements en prennent la tournure aussi ai-je agis selon mon code de conduite. Toujours agir dans l'intérêt de notre monarque bien aimé. Fit mon majordome avec une révérence.

-Vous avez raison sans doute. Vous avez bien fait Kay ! Je vous en remercie. Répondis-je finalement.

-Dois-je aller querir la princesse de Coronna à la cour de sa Majesté.

-Ses Majestés Kay, il faudra vous habituer à servir deux souveraines désormais. Dis-je en prenant le bras d'Anna. Et non je vous en remercie je m'en chargerais moi-même, mais vous pouvez prévenir les gardes du donjon de transférer le prisonnier pour son jugement. Et prévoyez aussi un second trône pour Anna. Ensuite, veillez à transmettre au plus vite que la tenue de notre congrès qui aura lieu dans dix jours sera l'occasion de sacrer les nouvelles souveraines d'Arendelle.

-Dois-je faire prévenir à ce sujet les autres grands dignitaires Madame ? Fit Kay qui ne se laissa pas surprendre.

-Surprenez-moi, mais je doute qu'ils puissent monter une délégation et venir en aussi peu de temps.

-Madame, permettez moi de vous dire que vous sous-estimez les capacités d'action de vos services diplomatiques. C'est un honneur que de transmettre vos ordres…ainsi que les vôtres princesse Anna.

Mon brave majordome après une révérence prit congé sans ajouter un mot ni même s'interroger sur ma volonté de placer avec moi sur le trône d'Arendelle ma cadette et je me félicitais d'avoir la chance qu'un homme si dévoué puisse être à notre service. Par ailleurs nous aussi suivîmes son exemple et prîmes congé de la chancellerie laissant mon ministre régler les actes royaux d'Arendelle et des Iles du Sud. Je ne saurais dire si mes compagnons discutaient entre eux je m'étais plongé dans la lecture de quelques lois de Coronna qui se révélaient être particulièrement intéressante en vue du procès qui s'annonçait mais finalement, Victoria me tira de ma lecture en posant sa main sur mon épaule.

-Elsa, Ton majordome a parlé qu'il s'occupait des corps. Si tu veux bien, je vais te laisser ici et vais les rejoindre. Il me faut les voir.

-Bien sur ! Allez y. Répondis-je n'osant repenser à cette vision d'horreur que j'avais eu en voyant Hans se lâcher dans le vide et quelques secondes plus tard entendre le bruit de l'impact au sol, alors qu'elle s'éloignait accompagnée d'Emma et Viktor.

-Tu ne trouves pas que tu as été sévère avec le chancelier ? Me glissa Anna pour me tirer de ma rêverie

-Pardon ? Oh non ne t'en fais pas c'était pour le motiver, et le secrétaire au trésor veut aspirer à une retraite paisible. Fis-je entraînant ma cadette vers les appartements de ma cousine.

Aucune de nous deux ne parla le temps de rallier la chambre de Raiponce et je vis que ma cadette était pensive tout à coup. Peut être mesurait-elle la charge qu'il allait dans les prochains jours peser sur ses épaules, sentait-elle tout à coup le poids de la couronne sur sa tête quoi qu'il en soit elle me parut étonnamment calme, alors que nous entrions dans la chambre de Raiponce qui nous accueillit avec un regard noir, berçant son petit Pascal qu'elle avait enveloppée dans une des chemises du pauvre Eugène. En maugréant elle finit par accepter de nous suivre. Je laissais cependant Anna s'en occuper, restant quelques instants dans la pièce je me mis à la fenêtre, observant le ciel blanc. Je ressentais une certaine fatigue, le manque de sommeil sans doute. Mais je me devais de remplir cette tache qu'Arendelle me confiait. Ce royaume qui m'a accueilli, où je me sentais chez moi malgré des origines je le savais désormais étrangères. Anna l'avait dit, je devais protéger le royaume, et cela commençait par ramener une nouvelle fois l'été. Levant mes bras, ma neige qui avait à nouveau recouvert le royaume commençait à fondre à vue d'œil, laissant apparaître haut dans le ciel le soleil. Ses chauds rayons caressaient mon visage me redonnant un peu d'énergie pour une journée qui s'annonçait longue avant que je ne puisse enfin m'accorder un temps de repos. Allons, il nous fallait tout d'abord régler ce procès, aussi je me mis à mon tour en marche, rejoignant rapidement Anna qui attendait devant la salle accompagnée de ma cousine. Cette dernière conservait un visage fermé, ne desserrant pas la mâchoire et alla au plus vite s'installer dans la salle d'audience, juste avant que l'on annonce notre entrée à ma sœur et moi. La salle naturellement se leva, sauf Raiponce qui restait assise, détournant son regard à notre passage, la douleur lui faisait sans doute perdre la notion des réalités et je ne me formalisais pas pour cela. Tout ce que je voulais, c'était un procès rapide, mais dans les règles ! Je tachais d'écouter les débats avec attention, même si je sentais que c'était beaucoup plus difficile pour ma cadette qui semblait s'ennuyer ayant visiblement déjà pris sa décision concernant la culpabilité de l'accusé. Finalement, arriva le moment où avant de rendre justice je me devais d'interroger l'accusé.

-Ludwig levez-vous ! Ordonnais-je

-C'est altesse je vous prie !

-Il suffit ! Pas ici ! Dans cette salle vous n'êtes pas roi ! Mais accusé de haute trahison envers la couronne d'Arendelle ! Contentez-vous de répondre à mes questions ! Avez-vous participé à un complot visant à provoquer un coup d'état en Arendelle ?

-Cela n'était pas de mon fait ! Mon frère a exercé sur moi un chantage.

-Précisez vos dires! Ordonnais-je

-Lui soutenait ne pas être au courant mais je suis sur qu'il fut le responsable de l'enlèvement de ma fille !

-Comment ? Lançais-je en même temps qu'Anna alors que Raiponce était plus outrée que jamais.

-J'ai compris qu'il menait une double vie, alors pour corriger cela je l'ai fait épouser la princesse d'Arendelle

-Vous considériez ma mère comme un simple calcul politique ?! Lança ma cadette outrée

-C'est plus complexe que ça, il y avait aussi de graves questions politiques dans un contexte de conflit pour Arendelle et…

-Peu importe, nous ne sommes pas ici pour refaire l'histoire du royaume ! Pourquoi ce chantage ? Coupais-je souhaitant terminer ce procès.

-Eh bien, peu de temps après le mariage en Arendelle j'ai enfin compris quelle fut sa seconde personnalité, c'était pendant notre quête de la fleur d'or. Le roi des Iles du Sud cherchait à nous bloquer par ses émissaires, mais nous l'avons trouvé, et là j'ai compris de qui il s'agissait. Mais alors que Raiponce naquit, elle me fut enlevée par une vieille folle, à la solde de mon frère !

-Comment osez-vous vous défendre au travers de mon enlèvement ?! Hurla Raiponce au milieu de la salle d'audience, terrifiant son petit qui se mit à pleurer.

-Silence dans la salle ! Ordonnais-je d'un ton impérieux. C'est à la cour d'interroger l'accusé

-De toute manière Quentin avait avoué que personne ne connaissait son secret au moment de la naissance d'Elsa, il va falloir trouver mieux que ça ! Ajouta Anna qui commençait à prendre son rôle de juge de plus en plus au sérieux.

-Et il ne vous est pas un seul instant permis de penser à l'hypothèse qu'il ait pu vous cacher, ou vous transformer la vérité pour ne pas dire vous mentir ? Lui un homme qui toute sa vie n'aura eu de cesse de mentir et trahir ? Répliqua Ludwig qui ne se laissait pas démonter par l'attaque de ma cadette.

-Fusse-t-il un menteur et un tricheur il est toujours chose aisée que de se défendre en accusant un mort qui ne pourra donc contredire vos accusations. Répondis-je non pour vouloir défendre Quentin dont le souvenir m'était fort désagréable malgré la parenté mais surtout pour soutenir ma cadette.

-Il est vrai, mais les parchemins retrouvés sur le corps de Mère Gothel émanant du Royaume des Iles du Sud donnent malgré tout du poids à mes propos vous en conviendrez mesdames mes juges. Répliqua-t-il.

-Arrêtez tout de suite avec ce ton condescendant ! Vous êtes ici je vous le rappelle en tant qu'accusé de très graves crimes à votre place j'éviterais toute provocation à l'égard de mes juges ! Lançais-je furieuse.

-Si vous êtes si peu capable je ne puis rien pour vous me répondit-il d'un ton de défi

-Faîtes encore une seule réflexion de ce type et je vous fais remettre aux fers jusqu'à la fin de l'audience ! Nous pouvons tout à fait terminer ce procès et prononcer le verdict sans vous !

-En admettant que cela fut vrai, que cette Mère Gothel fût à la solde du roi des Iles du Sud, une fois que vous l'aviez découvert pourquoi ne pas l'avoir dénoncé ? Vous êtes roi après tout ! Et quel rapport avec les chefs d'accusations qui pèsent sur vous ? Nous coupa ma cadette dont je fus surprise qu'elle fût à ce point concernée par sa tache de juge.

-Je ne l'ai pas dénoncé car c'est au moment où nous avons retrouvé Raiponce qu'il s'est mis en relation avec moi. Là je n'avais plus de doute, je savais qui il était, entre temps d'autres preuves s'étaient accumulées. Mais en me rencontrant, je ne pouvais pas le jour des retrouvailles de Raiponce avec le peuple de Coronna le faire arrêter. Si je suis coupable d'une chose c'est bien de cela. Et il aura su se montrer convaincant !

-Convaincant ? Dans quel sens ?

-Il n'a pas cherché à nier qui il était, même s'il ne le disait pas explicitement.

-Ce qui veut dire ? Demanda Anna qui je pense comme moi et le reste de la salle ne voyaient pas trop où Ludwig voulait en venir.

-Je savais, il savait que je savais, mais aucun ne le disait.

-Et quel rapport avec ce qui nous intéresse en ce lieu. Je dois vous dire que cette histoire ne m'intéresse guère, et si vous n'avez rien d'autre à nous dire en lien avec ce qui vous accuse je préfère que les débats soient clos et que les délibérations sur votre sort commencent sans plus tarder ! Lança Anna.

-Anna ? Demandais-je

-Bien sur si la Reine Elsa avec qui je partage la présidence de ce tribunal est de mon avis, cela va sans dire. Termina-t-elle

-Hum…J'ai toujours pour la justice souhaité laisser s'exprimer pleinement l'accusé. Je ne veux pas que l'on dise que cela ne fut pas le cas pour ce procès. Aussi pour ma part j'accepte d'avoir un peu de patience face à votre récit, mais je partage l'avis d'Annan hâtez-vous d'en venir aux points qui nous intéressent faute de quoi il est en effet envisageable sur proposition d'Anna que nous en restions là ! Répondis-je toujours plus troublée par l'attitude d'Anna qui semblait transformée, semblant prendre la mesure de la charge.

-Eh bien c'est là que le chantage a pleinement commencé. C'était le mariage de Raiponce…

Ludwig tachait de nous noyer dans des détails inutiles et commençait à détailler les décors mis en place à Coronna ainsi que la qualité de la robe porté par Raiponce à l'occasion de ce mariage. Pour la première fois depuis que l'on m'avait couronné, j'avais arrêté d'écouter une personne qui était en train de s'entretenir avec moi et laissais mon esprit fatiguée par le manque de sommeil divaguer et surtout s'arrêter sur ma pauvre cousine, le visage marqué par le chagrin mais aussi par la colère. Elle était passablement scandalisée d'entendre son père reparler de son mariage alors qu'elle venait de perdre son époux.

-Vous comptez vraiment que nous terminions ce procès ! Lança Anna d'une voix colérique me sortant de ma rêverie

-Il allait me dénoncer ! Répondit alors Ludwig à la hâte pour empêcher ma cadette d'ordonner la fin du procès.

-Ah, peut être auriez-vous dû commencer par là ! Vous dénoncer à propos de quoi ? Attention, je veux des réponses claires et concises faute de quoi nous mettrons un terme à ce procès ! Répliqua Anna, que j'approuvais d'un hochement de tête.

-Il allait dénoncer mes agissements. Dire que j'avais forcé la reine d'Arendelle à l'épouser pour lui conférer deux royaumes !

-N'est ce pas ce que vous avez fait ? Répondis-je d'une voix sèche de nouveau pleinement concernée par la fin de l'audience.

-Non aucunement ! Je vous le dit ça n'était pas mon but ! Mais il ajoutait aussi que j'achetais ainsi la paix à Arendelle. Terminant une guerre que j'aurais moi-même provoqué pour que nous puissions exercer notre influence ici.

-La Grande Guerre des montagnes ? C'est de votre faute ?! Lançais-je me remémorant mes leçons, où enfant on m'avait enseigné que cette guerre, terminée quelque temps avant ma naissance avait été extrêmement couteuse en richesses et en hommes pour notre royaume, et qu'aujourd'hui encore, nous ne savions pas l'origine du conflit.

-Non je vous le garantis non je ne suis en rien responsable de cette guerre ! Je vous demande de me croire ! Répliqua Ludwig soudain mal à l'aise, craignant sans doute que les charges qui pèsent contre lui ne s'alourdissent

-C'est vous qui en parlez pourtant ! Dit Anna d'un ton sévère.

-Je veux dire, il allait faire courir cette rumeur. Vous avez vu il était capable de grandes manipulations ! Cela aurait pu conduire nos pays au désastre.

-Vous nous juger donc influençables ! Répliquais-je d'un ton de défi.

-Je n'ai pas dit ça ! Mais il m'a manipulé moi, m'a ait prendre peur alors que c'était un jour heureux pour mon royaume. Et outre son silence il voulait passer un marché avec moi, de sorte que si je ne lui causais pas de soucis et qu'éventuellement je lui apportais une aide logistique je pourrais récupérer quelques richesses en Arendelle. Je vous jure cela ne m'intéressait pas particulièrement. EN revanche il me proposait aussi de m'aider à remonter la généalogie d'Eugène Fizterbergh. Afin de prouver qu'il n'était pas qu'un bandit mais possédait une lignée quelque peu plus digne d'une princesse.

-Quoi ?! S'emporta Raiponce qui se leva avant de s'avancer vers le box où était installé son père ! Toi ! Comment oses-tu ?! Tu n'as jamais approuvé ce mariage donc ? Il n'était pas assez bien pour toi ?! Pas assez de prestige ! C'est pour ça que tu as comploté ! N'as pas hésité à le laisser mourir ! Monstre ! Hurla-t-elle.

Une relative pagaille s'installait alors dans la salle d'audience, le prisonnier ne devant son intégrité physique qu'à la seule intervention des gardes qui tachaient de maintenir ma cousine qui continuait de hurler, réclamant justice et châtiment pour son père ! La situation ne faisait que s'envenimer alors que j'entendais les différentes personnes dans la salle s'exprimer alors que le jury se sentait assez mal à l'aise face à cette situation qui devenait de plus en plus complexe. La peine de Raiponce s'était transformée en colère. Une colère qui la menait même à la haine une haine qui allait forcément se transformer en souffrance. Je ne pouvais la laisser ainsi plonger de ce côté très obscure.

-Assez ! Criais-je en créant des pics de glace séparant les protagonistes, le silence se fit alors instantanément et tous me regardaient. Je tachais alors de poursuivre d'une voix ferme, ne masquant pas mon agacement : J'en ai assez entendu ! Et je ne puis tolérer que cette salle d'audience se transforme en pugilat ! La séance est levée ! Gardes emmenez le prisonnier ! Je demande au jury de se réunir dans la salle de délibération où nous statuerons sur votre sort Ludwig !

Aucun ne broncha, sans doute apeuré de m'avoir vu user de mon pouvoir de glace dont je savais aujourd'hui que je ne me séparerai jamais. La salle se visa rapidement alors que Ludwig était raccompagné en cellule. Raiponce, elle était raccompagnée par quelques gardes et Kay pour tenter de la calmer. Pour nous il n'était pas question cependant de nous reposer, de longues heures de délibérations nous attendaient. Anna et moi en effet nous rendîmes dans la salle des délibérations où il nous fallu écouter pendant de longues heures nos juristes spécialistes tenter de s'accorder sur quelques détails légaux. Je voyais qu'Anna, même si elle souhaitait pleinement s'investir commençait à trouver le temps long, regardant le soleil déjà descendre dans le ciel, une longue journée de procès s'achevait, et notre manque de sommeil ne faisait que croitre. Pour ma part j'en profitais pour feuilleter à nouveau l'exemplaire de la chancellerie à propos des lois de Corona, relisant celle qui avait particulièrement attirée mon attention. A peine avais-je terminée ma lecture que ma sœur explosa.

-Bien messieurs ça suffit, j'en ai assez de vos débats sans fins. Je n'ai même plus le sentiment que vous parlez à propos de la culpabilité ou non du prévenu, mais davantage de diplomatie, c'en est assez. Il faut le vote maintenant ! Une question simple : Ludwig de Coronna s'est-il rendu coupable de haute trahison envers la couronne ? Si oui y a-t-il des circonstances atténuantes ?

-Princesse Anna, comprenez que nous ne pouvons pas répondre de manière exact à cette question tant que tout les détails diplomatique-juridiques ne sont pas examinés. D'ailleurs j'attire votre…

-Il suffit ! Coupais-je le technocrate qui allait repartir dans un interminable monologue. Votez, répondez aux questions !

-Bien, si tel est votre désir altesse. Fit l'homme quelque peu déçu alors que tous prenaient plume et papier pour inscrire leur choix.

Je les regardais inquiète voter. Je savais qu'à la suite de leur réponse, nous devrions Anna et moi prendre acte. Je craignais qu'ils décident de le déclarer non coupable au nom du sauvetage de la diplomatie. Non, Raiponce ne le supporterai certainement pas. Mais d'un autre côté, l'autre réponse m'effrayait tout autant car nous devrions alors Anna et moi choisir quelle sentence devons nous lui infliger. Je me sentais impuissante alors que je regardais le premier juré comptabiliser les votes.

-Alors, quel est votre verdict ?

-Eh bien votre Altesse…Voilà…Aux deux questions, le jury a répondu à l'unanimité…Coupable. Fit l'homme mal à l'aise avant de poursuivre d'une voix précipité. Altesse nous savons ce qu'il est prévu et je vous demande de considérer éventuellement une possibilité d'évi…

-Je ne veux pas de vos conseils. Messieurs, nous avons pris connaissance de votre verdict, veuillez nous laisser ma sœur et moi, le temps pour nous de décider.

-Madame je me permets d'insiter et vous rappeler que nos relations diplomatiques pourraient…

-Je vous ai demandé de sortir, merci. Me contentais-je de répondre d'une voix calme.

Je regardais les jurés s'en aller. Tous étaient des magistrats compétents, certains exerçaient leur art depuis des années, peut être même avant ma naissance, et tous semblaient craindre la décision qu'il allait falloir prendre, sans doute craignant le pire et les répercussions que cela aurait à l'internationale. Anna quant à elle me regardait fixement, s'asseyant auprès de moi, elle approcha le papier sur le quel nous étions censées écrire la sentance. Elle semblait calme et déterminée, je peinais à croire qu'elle réussisse à mesurer le poids de notre responsabilité en ayant un visage ne transpirant aucune anxiété.

-Bien Elsa, coupable de haute trahison, notre loi est assez explicite la dessus il me semble. Alors allons y et finissons en !

-Oui la loi est claire. Admis-je, sachant parfaitement ce qu'elle indiquait. Mais dans la réalité ça n'est pas toujours aussi limpide.

-Excuse-moi Elsa, mais ici non, c'est écrit dans nos lois, nous n'avons pas à tergiverser trop longtemps. Ce procès n'a que trop duré !

-Pour cette sentence, rien n'est jamais simple Anna !

-Elsa, la loi est faite pour ça ! Nous devons rendre justice, faire respecter nos lois ! Raiponce ne comprendras pas que nous n'agissions pas ainsi.

-Anna, tu n'es plus dans le jugement, tu es dans le ressenti. Tu te bases par rapport à la victime, tu te sens proche d'elle. Nous ne pouvons nous le permettre nous devons juger de manière impartiale.

-Eh bien de manière impartiale la loi est claire justement Elsa ! Se défendit ma sœur qui perdait patience.

-La loi s'interprète. Surtout dans de pareils cas, et regarde celle-ci de Corona. Le roi passe un pacte avec son peuple, s'il est amené à le trahir, nuire à son intérêt, ou est reconnu coupable de crime, le conseil des pairs du royaume doit procéder à son arrestation et se réunir pour statuer sur sa déchéance. Le souverain est alors contraint à abdiquer et restera assigné à résidence dans l'attente de la décision de son successeur de le juger où le relâcher. Il nous suffit de le bannir et le remettre à Coronna en tant que prisonnier ?

-Sauf que c'est Arendelle qui le juge pas Coronna !

-C'est Coronna qui a été sa victime aussi avec la mort d'Eugène.

-Oui et nous l'avons jugé coupable, coupable en Arendelle, où les lois du royaume d'Arendelle s'appliquent ! Elsa voyons nous n'allons pas débattre ! Tous savent ce qu'il en est, tous attendent la sentance. Ce serait absurde que de ne pas suivre nos propres lois

-Tu penses que c'est si facile donc ? Eh bien tiens Anna ! Fis-je, récupérant la main de justice présentée au milieu de la table et lui mettant dans les mains.

-Qu'est ce que tu fais ?

-D'ici peu tu seras reine toi aussi, et toi aussi tu rendras pleinement justice alors autant t'habituer, te voilà parée de la main de justice. Voici le document et la plume ! Vas-y ! Prends la décision ! Condamnes le selon ce que tu juges ! Répliquais-je.

Je plaçais le papier sous les yeux de ma cadette ainsi que la plume dans sa main droite. Pour la première fois elle semblait muette. C'était assez peu courageux de ma part que de me déresponsabiliser face à cette décision mais il fallait qu'Anna comprenne, qu'elle puisse prendre la mesure de l'importance de sa décision. Anna restait là sans rien dire, la main tremblante, tenant sa plume en suspens au dessus du papier.

-Alors Anna, ça n'est pas si simple. Dis-je comme pour l'encourager.

-Elsa, c'est à toi de remplir ce papier de toute façon. Se défendit ma sœur.

-Non Anna, je veux ta décision. C'est ça l'exercice du pouvoir. Répondis-je simplement.

Je continuais de dévisager ma sœur qui prit une grande inspiration et finalement de sa belle écriture bouclée commença à griffonner le papier. Elle ne ma laissa cependant pas le temps de lire qu'elle le plia et apposait le sceau royal avant de me tendre le papier avec un regard de défi qui me mettait mal à l'aise. Tous furent à nouveau convoqués dans la salle d'audience alors que la nuit commençait déjà à tomber. J'avais entre les mains le sort de Ludwig de Coronna, et alors que nous rentrions à nouveau dans la salle d'audience, sans savoir ce qui avait été décidé, j'allais devoir lire la décision prise, et les conséquences qu'elle engendrerait. Le greffier me fit sortir de ma rêverie lorsqu'il nous annonça. Anna prit la parole, respectant les règles en vigueur et interrogeant l'accusé s'il voulait ajouter une dernière parole avant le verdict, ce qu'il ne fit pas.

-Messieurs les jurés, quel est votre verdict ? Demanda-t-elle d'une voix impérieuse.

-Aux deux questions, le jury déclare l'accusé Ludwig de Coronna…Coupable. Fit le premier juré d'une voix balbutiante alors que la salle faisait silence et que tous les regards se posaient sur moi.

-Votre altesse ?

-Pardon ? Fis-je précipitamment

-Nous attendons votre jugement. Me souffla le greffier.

- Oui bien sur, Ludwig de Coronna levez-vous ! Ordonnais-je et tout en le dévisageant, j'ouvrais le fameux pli contenant son sort. D'une voix tremblante alors je me mis à le lire. « La cour vous déclare coupable de haute trahison envers la couronne d'Arendelle, ainsi que de complicité de meurtre. Aucune circonstance atténuante n'a été retenue. Aussi en conséquence je vous condamne… » Je m'arrêtais un instant le temps de prendre une inspiration, prête à découvrir la sentence d'Anna. Je baissais les yeux et poursuivis : Je vous condamne au bannissement perpétuel d'Arendelle. Vous serez donc reconduit au titre de prisonnier jusqu'à Coronna où vous serez remis aux autorités. Déclarais-je

J'étais soulagée de la décision prise, alors que Raiponce poussait un hurlement de rage. La salle fut alors rapidement évacuée sans que je n'aie rien à dire. Ludwig était emmené sans un mot sans son cachot. Demain à la première heure il embarquerait dans la cale d'un de nos navires militaires en direction de Coronna. Je me sentais comme dans un état second, mais je réussi à voir qu'Anna elle aussi était avachi sur son trône comme moi. Au bout de quelques minutes, toutes les deux, sans échanger une parole nous nous levâmes et quittâmes la salle d'audience. Je tombais de fatigue ainsi qu'Anna et notre volonté était sans doute à toute les deux de retrouver nos lits. Mais au hasard des couloirs, Raiponce nous attendait furieuse.

-Vas te coucher Anna je m'en occupe. Dis-je d'un ton las, ayant pitié pour ma cadette qui ne se fit pas prier.

-Comment as-tu pu me faire ça ?! Lança Raiponce outrée.

-Nous avons fait ce qu'il nous semblait juste.

-Ce qui vous semblait juste ? En plus tu te moques de moi ? Et ce qu'il m'a fait ? Et Eugène qui en a payé le prix ? La justice a été faite ? S'emporta Raiponce.

-Ca n'était pas à nous de le juger pour cela. Répondis-je calmement.

-Pas à vous ? Alors à quoi a servi cette mascarade ? Demain il va rentrer et voilà tout est terminé ? C'est ainsi que vous me considérez toi la reine d'un pays qui n'est pas le tiens et ta greluche de sœur même pas fichue de rester plus d'un an sans se faire transformer en glaçon ?

- Calme-toi Raiponce s'il te plait. Il n'est pas question que cela s'arrête comme tu dis. Ce sont les lois de ton royaume que nous avons privilégiées. C'est à Coronna de faire justice.

-Allô j'appelle Elsa ! Il est le roi ! C'est lui la loi !

-Justement non. C'est cette loi qui nous a orientés. Répondis-je en lui tendant le papier. Il va revenir à Coronna au titre de prisonnier, reconnu coupable de crime. Nous joignons les conclusions du procès. Il sera déchu de son titre. Tu vas donc devenir la souveraine de Coronna. Ca sera alors à toi de décider du sort qu'il mérite et par toi, Coronna. Seulement prends garde ma chère. La justice n'est pas à prendre à la légère. Ne te laisse pas, le jour où tu le jugeras envahir par tes propres émotions. Cela fera de toi une grande reine, et Eugène, de là où il est pourra être fier de voir sa femme régner de manière admirable. Conclus-je, laissant à Raiponce les papiers.

-Je pars également demain à la première heure et je veux qu'Arendelle fasse rapatrier le corps d'Eugène au plus vite ! Se contenta-t-elle de répondre avant de me laisser seule dans le couloir, au milieu des peintures des anciens souverains d'Arendelle, dont une qui me mettait en colère.

-Vous la bas ! Appelais-je à un serviteur.

-Votre Altesse ?

-Ce tableau ? Je veux qu'il soit enlevé ! Je veux que toutes les peintures représentant Quentin VI soient enlevées ! Et vous ferez aussi transmettre ma volonté de faire retirer la grande tombe du roi qui est à côté de la reine d'Arendelle.

-Votre altesse…Commença le pauvre serviteur.

-Non pas de question c'est un ordre ! Je veux que tout soit réglé au plus tard demain soir. Coupais-je.

Je prenais immédiatement congé de ce serviteur qui ne devait sans doute pas comprendre mais je n'en avais que faire. Il était inutile que je me justifie. Avec ce procès qui venait de finir de m'épuiser je contribuais à la déchéance d'un roi. Là je comptais bien en déchoir un second. Un monarque que je souhaite effacer de ma mémoire et de ma vie. Il n'était plus roi, il n'était plus mon père, il n'était qu'un montre ! Un meurtrier ! Cette pensée m'habita alors que je retrouvais mes appartements et passait une tenue de nuit. Je me posais alors dans mon grand lit, heureuse de le retrouver, mais les images de ces derniers jours ne cessaient de tourner dans a tête et il m'était impossible de trouver le sommeil qui me fuyait depuis si longtemps. Je tentais de me vider l'esprit. Pensant aux propos d'Anna, un renouveau. Oui c'est ce qui m'attendait, mais ma seule volonté n'était pas suffisante alors que finalement j'entendis un petit grattement à la porte. Je n'eus pas le temps de répondre que celle-ci s'ouvrir sans bruit laissant apparaître dans l'embrasure ma cadette vêtu de sa classique robe de chambre anis. J'avais l'impression de revivre l'épisode où elle était venue me réconforter après mes terreurs nocturnes. Mon dieu comme ce temps me semble lointain alors que c'était il y a quelques jours !

-Tu ne dors pas Anna ? Demandais-je

-Non, je n'y arrive pas. J'ai besoin d'une présence. S'excusa-t-elle.

-Celle de ton époux n'est pas suffisante. Pourtant vous devriez avoir beaucoup de chose à dire…et faire !

-Non ce n'est pas ça Elsa. Kristoff ne pourrait pas comprendre. Enfin, on en a bien touché un ou deux mots. Il s'est voulu rassurant, mais ça n'a pas changé grand-chose.

-Je vois. Fis-je attendrie, invitant ma sœur à s'asseoir dans mon lit à mes côtés.

-Tu vois Elsa, l'amour de Kristoff, celui d'Emma m'aide. Mais je n'arrête pas de penser à cette journée. Fit-elle en s'installant à son aise.

-Ah oui ?

-C'est pendant le procès que je l'ai compris. Et si je n'étais pas faite pour être reine ? Après tout je suis la deuxième née !

-Princesse Anna d'Arendelle. Voilà qui tu es. Lui répondis-je en lui prenant les mains.

-Oui voilà une princesse pas une reine.

-Tu es la princesse d'Arendelle. La seule de sang qui plus est. On ne nait pas reine, on le devient. Tu es née pour apporter de la joie autours de toi Anna. Tu feras une grande reine.

-Comment peux-tu en être si sure ? Je n'ai pas ton aisance.

-Non tu en as bien davantage ! Tu l'as déjà prouvé ! Tu es venue me chercher pour sauver le royaume la première fois. Tu m'as sauvé la vie plusieurs fois. Et aujourd'hui, tu as prouvé que tu étais déjà une grande reine en jugeant avec sagesse, sans laisser parler des émotions, mais seulement ton cœur. D'ici quelques jours, la princesse Anna d'Arendelle va devenir la reine Anna Ière. Et elle sera une merveilleuse souveraine. Dis-je en posant ma tête sur l'oreiller, caressant les cheveux d'Anna qui en avait fait de même.

-J'essaierais.

-Promets-moi Anna de ne jamais oublier qui tu es. Ma sœur, et la reine. Répondis-je doucement, sentant la fatigue m'envahir, je posais ma tête contre celle d'Anna qui trouvait le sommeil et à mon tour, tenant la main de ma cadette je sombrais dans les bras de Morphée…