Chapitre 29 : Équilibre.

Famille Abarai, quelques années plus tard...

- MAMAN !!!!!
Joyuki frisa dangereusement la syncope et sentit tous les poils de son corps se hérisser. Des pas martelèrent le plancher jusqu'à la salle de bain où la mère de famille coiffait sa chevelure devenue longue et une personne fit son entrée en fracassant la porte.
- Maman ! Dis à Kimo de me rendre mon livre où je l'émascule !
- Ça veut dire quoi « émascule » ? demanda la lointaine voix de l'aîné à son jumeau.
- Ça veut dire qu'elle va te priver de ce qui fait actuellement de toi un homme, répondit Yumi de sa voix tendre.
- Ukki, je t'ai déjà dit d'arrêter de faire ce genre de menaces... soupira Joyuki.
- Je le menace si je veux ! Il m'a piqué mon livre !
- Je te l'ai emprunté, nuance ! se défendit le plus âgé en arrivant dans la salle de bain à son tour, histoire d'organiser sa défense.
- Ouais bah tu me l'as emprunté alors que j'étais en train de le lire !
- Nanananana.
- Mamaaaaaan ! Dis quelque chose !
- Quelque chose ! répondit la matriarche, un gros sourire aux lèvres.
Les épaules de la plus jeune des Abarai s'affaissèrent de consternation. Forcément, si la matrone s'y mettait... Et son crétin de frère qui se marrait comme une baleine !
- J'en ai marre de lui, Maman ! hurla Ukki en donnant un coup de coude dans le plexus de Kimo, histoire de lui faire fermer sa grande gueule.
- Ukki, tu le sais que ton frère est con, alors pourquoi tu continues de faire attention à lui ? lâcha laconiquement Joyuki en relevant ses cheveux de ses mains pour essayer une nouvelle coiffure.
- Hey ! Protesta Kimo.
- Vu sous cet angle... Fit Ukki.
- Et toi Kimo, tu le sais que ta sœur est hystérique, alors pourquoi tu continues à la titiller ?
- J'SUIS PAS HYSTERIQUE !!!!
- Nan, la preuve ! rit Kimo.
Joyuki soupira :
- Prenez un peu de la graine de Yumi vous deux. Il est sage, LUI.
- Pfff... le poète en herbe... lâcha Kimo, un peu jaloux du talent de son frère.
Car Yumi était incontestablement un artiste, quels que soient les domaines. Écriture, peinture, musique, il excellait dans tout et s'épanouissait pleinement à travers les arts. Il était calme, intelligent, et incroyablement cultivé sur tout ce qui touchait à la littérature, les poèmes, et mêmes les films, que sa mère lui avait fait découvrir sur Terre. Tout le contraire de son frère qui n'ouvrait jamais un bouquin et à qui la onzième division faisait les yeux doux à l'approche de la période de recrutement...
- Famille de têtes à claques ! lâcha Ukki en partant.
- J'ai rien fait moi... gémit Yumi.
- Où tu vas, ma puce ? demanda Joyuki.
- Chez oncle Byakuya ! Lui au moins, il me comprend !
Et elle claqua la porte. Sa mère soupira. Ukki avait indéniablement hérité de son côté soupe au lait et franc, mais elle tenait tout le reste de son oncle avec qui elle s'entendait à merveille. Longs cheveux noirs jusqu'aux hanches, yeux bleus et finesse des traits, Byakuya ne pouvait pas la renier. Au niveau du tempérament, elle était du même sérieux que le Kuchiki, du moins quand son frère n'était pas dans le coin... Elle était béate d'admiration depuis sa plus tendre enfance devant l'illustre capitaine, et le courant passait très bien entre eux. Byakuya lui prêtait sans cesse ses livres qu'elle dévorait littéralement, et cela entraînait fort souvent de longs débats philosophiques entre eux. Il n'était même plus rare qu'Ukki passe la nuit au manoir pour continuer de discuter avec son oncle plutôt que de rentrer supporter son andouille d'aîné. Étonnamment, elle était aussi très proche de son père, depuis son plus jeune âge également. Dès qu'il y avait un pansement à mettre ou un bisou à faire, c'était pour Papa. Papa était grand beau et fort, mais pas autant que Tonton, fallait quand même pas pousser. Tonton, c'était LE meilleur !

Ukki soupira de soulagement en arrivant devant la maison Kuchiki. Elle s'arrêta sur le seuil, profitant du calme environnant et de la beauté du jardin au coucher du soleil. Bon sang, ce que c'était tranquille ici... Pourquoi ne pouvait-elle pas vivre là toute l'année, hein ?
- Oncle Byakuya ? Appela-t-elle en arrivant devant le bureau du sus-nommé.
On lui ouvrit bientôt.
- Ah, c'est toi, Ukki.
- Je te dérange pas au moins ?
- Aucunement. Entre.
Byakuya adorait sa nièce. Quand il l'avait vue à la naissance, il avait été soulagé de constater la ressemblance frappante qu'il y avait entre eux. Ça lui avait donné la sensation d'être toujours là, au creux de la famille Abarai, même si ce n'était pas lui en personne, il y avait comme sa marque, et jamais on ne pourrait l'oublier. Outre cela, Ukki était une enfant calme et silencieuse comme il les aimait. Rien à voir avec l'insupportable Yachiru, seul modèle de mioche qu'il avait eu jusque là. Plus surprenant, il s'entendait aussi bien avec Yumi. Très posé, son sens artistique plus qu'éveillé intéressait beaucoup son oncle. De combien de toiles avaient-ils parlé tous les deux ? Non, celui avec lequel le Kuchiki avait beaucoup de mal était Kimo. Bruyant, maladroit, et franchement pas vif. Son neveu ne repartait jamais de sa demeure sans avoir cassé quelque chose, et le Kuchiki avait de plus en plus de mal à ne pas craquer. Heureusement que les deux cadets n'étaient pas comme lui...
- Kimo est un vrai crétin, se plaignit Ukki en s'affalant sur un canapé.
- Ce n'est pas une nouveauté, lâcha Byakuya.

La benjamine rit.
- Quelles misères t'a-t-il encore causées ?
- Il m'a piqué le livre que tu m'as prêté ! Maman est même pas intervenue.... J'ai l'impression que ça l'amuse que Kimo m'embête !
- Ta mère est ainsi, tu n'y peux rien.
- Je sais... Mais zut ! J'aurai bien voulu continuer de lire moi ! Toute façon, y'a qu'ici que je suis tranquille... J'aimerai vivre avec toi, Papa et Yumi ici toute l'année ! Et p'tet Maman, si elle est sage...
Byakuya roula des yeux :
- A ta naissance, j'aurais parié que tu aurais bien du mal à couper le cordon avec ta mère.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Et bien... J'ai toujours songé que les relations mère/filles étaient les plus profondes... Mais au final, tu es bien plus attachée à ton père.
- C'est normal, Papa est génial ! Presque autant que toi !
Elle soupira, s'allongea complètement sur le canapé :
- Je peux rester ici ce soir ?
- Bien sûr, tu es ici chez toi.
- Merci !
- Je vais faire préparer ta chambre.
- T'es le meilleur, oncle Byakuya !
Le noble sourit discrètement en quittant la pièce.

Certes, tout n'avait pas été rose jusqu'au jour d'aujourd'hui. La famille avait essuyé plus d'une dispute, plus d'une épreuve. Yumi avait failli mourir à ses six ans, d'une maladie rare et était encore fragile de santé. Kimo s'était retrouvé au milieu d'un massacre entre Hollow et Shinigamis et avait frôlé la mort. Mais tous étaient passés outre cela, et chaque épreuve n'avait fait que les rapprocher davantage. Il y a quelques années, une femme avait même débarqué en faisant passer son enfant roux pour celui de Renji. Après plusieurs semaines houleuses, il avait été prouvé que la femme n'était pas psychologiquement stable et que le fils avait autant de lien avec Renji que Joyuki avec Ichimaru.

Byakuya pénétra en son salon. Dire que maintenant, ils en étaient tous là. Ukki passait les trois quart de son temps avec lui. Yumi était un neveu agréable et Kimo... restait lui-même... Le Gotei Treize avait triomphé d'Aizen, et les petits s'épanouissaient...
Le visage du noble s'assombrit quelques secondes. La seule ombre à son tableau paradisiaque était sûrement le fait que ce.... ce.... cette andouille nationale de Shinigami remplaçant, Kurosaki Ichigo pour les intimes, ait réussi à lui arracher la main de sa sœur adoptive, également connue sous le nom de Rukia. Même après dix années de mariage, il n'arrivait pas à comprendre ce qu'on pouvait trouver de plaisant chez un.... un.... chez un énergumène pareil !
Kuchiki s'exhorta au calme. Ichigo avait le don de l'énerver à son simple souvenir.... Foutu beau-frère. Et en plus, ce saligaud n'en ratait pas une pour l'appeler à tous les coins de rue par « beau-frère Byakuya » Beau-frère Byakuya... C'était d'un grotesque... Heureusement que le rouquin lui avait donné deux adorables neveux et nièces, c'était déjà ça...

Il franchit le pont, regardant de loin Ukki lire en se dirigeant machinalement vers sa chambre. Ce que Renji lui avait dit quelques années auparavant revint en sa mémoire. Le tatoué avait vu juste. Il pouvait être heureux, même si Joyuki avait fondé sa famille, même si Rukia avait épousé un imbécile de première catégorie.
Oui, pour la première fois depuis longtemps, Byakuya était heureux. Et il était visiblement destiné à l'être pendant encore longtemps, auprès de cette famille qui s'agrandissait, et de cette mère de famille qui, malgré les années, continuait de l'appeler « Onii-chan ».

FIN.