Bonjour à tous!
Non, vous ne rêvez pas, je suis bel et bien de retour! Je suis désolée de ne pas vous avoir tenus au courant des raisons de cette absence, je m'en veux un peu croyez le bien... Certains d'entre vous ont pu en savoir un peu plus en allant chercher l'information sur mon blog mais, pour la plupart, vous deviez plutôt être en train de chercher un sorcier vaudou pour me faire payer ce silence radio. Alors voila, tout cela est très simple: mon ordinateur a complètement planté cet été et mon disque dur est mort (RIP disque dur), emportant avec lui tous mes écrits (en cours et inédits, dont le livre que j'étais en train de rédiger). Le choc fut vraiment dur à encaisser, et j'ai baissé les bras (cela m'était déjà arrivé il y a de cela un an ou deux, mais les conséquences avaient été moins dramatiques).
Bref, j'ai vraiment cru que je ne continuerais pas. Il faut savoir que je suis entrée en master cette année et que la charge de travail (sans parler de la pression constante) est incroyable. Je croule sous le boulot. Et cette année est décisive pour moi puisque ce sont mes résultats de première année de master qui conditionneront mon entrée en deuxième année, et donc la poursuite de mes études. Bref, c'est pas la joie. Je me suis donc sérieusement demandé s'il était bien sérieux de continuer d'écrire au risque que cela empiète sur mes études. Puis j'ai pensé que je n'avais pas le droit de vous laisser en plan. J'ai toujours dit que je n'abandonnerais pas mes fictions et je tiens à tenir ma parole.
C'est pourquoi me voila! Il m'a fallut du temps, des heures de tergiversions, des "pourquoi pas" et des "certainement pas", mais finalement j'ai décidé de m'y remettre pour de bon! Je dois bien avouer que cela me manquait...
Voila, j'espère que vous me pardonnerez ce faux pas. Je remercie ceux et celles qui m'ont encouragée, qui m'ont assuré qu'ils patienteraient le temps qu'il faudrait, que ce soit sur ce site ou sur les autres où je publie. Sans vous, j'aurais probablement laissé tomber définitivement! Merci beaucoup donc. Et pardon.
Deux nouveaux chapitres s'offrent à vous, j'espère qu'ils vous plairont. J'ai un peu du mal à m'en satisfaire, mais peut être suis-je un peu rouillée. Ou peut être que je suis devenue plus exigeante ces derniers mois. A vous de juger!
A bientôt!
Quand la glace se fissure...
J'entendis des voix autour de moi lorsque je me réveillai. Mais ce n'était pas possible, mon esprit me jouait des tours, ce ne pouvait pas être ces voix-là. Pourtant… Pourtant l'odeur qui m'environnait m'était terriblement familière elle aussi. Mais… Je ne pouvais me résoudre à laisser la pensée qui me chatouillait s'exprimer. C'était tout simplement impossible. Non, cela ne se pouvait tout simplement pas.
- Elle ne se réveille toujours pas, ça commence à devenir inquiétant, dit une voix féminine.
- Tu m'étonnes, je sais pas ce qu'il lui a fait prendre, mais il a mis la dose si tu veux mon avis !, grommela une voix masculine en retour.
- Ne dis pas ça, on n'est même pas sûrs que…, commença la jeune femme.
- Arrête, tu ne crois pas toi-même à ce que tu dis, la coupa l'autre. Ce n'est pas une coïncidence. Et puis, il y a ces marques.
- Je sais bien, mais…, insista la douce voix d'un air gêné.
- C'est Sasuke le responsable, décréta l'homme. Ça ne peut être que lui.
A la mention du nom de Sasuke, mes yeux s'ouvrirent brusquement. Deux visages étaient penchés sur moi. Deux visages que je ne m'attendais pas à voir à mon réveil. Comme quoi mon esprit ne m'avait pas joué des tours. Ces voix, c'étaient bien celles d'Hinata et Naruto. Et cette odeur, c'était celle de la chambre de ce dernier.
- Regarde, elle s'est réveillée, dit Hinata d'un ton enjoué. Sakura ? Ça va ?
- Mmh…, répondis-je à grand peine. Qu'est-ce que je fais ici ?
Je tournai la tête vers Naruto, qui m'observait avec un mélange de soulagement et de colère. Il ne semblait pas décidé à m'adresser la parole. Hinata dût parvenir à cette conclusion également, car elle m'expliqua :
- Des policiers t'ont trouvée dans le parc, Sakura, il y a près de deux heures... Heureusement, Minato a été mis au courant tout de suite et, d'après la description que les policiers lui ont donnée, il a tout de suite deviné que c'était toi. Après qu'un médecin ait assuré que ta vie n'était pas en danger, il a décidé de te ramener ici. Tu as eu de la chance, il a pris ta défense en assurant que tu ne prenais pas de drogues de ton plein gré et que tu avais dû être droguée de force. Son statut de maire lui a permis de te sortir d'affaire mais… Je crois qu'il attend quand même une explication de ta part.
- A quoi bon, franchement…, grogna Naruto dans sa barbe.
- Naruto !, le réprimanda Hinata dans un souffle.
Une fois de plus, je croisai le regard de mon meilleur ami. Ses yeux étaient si brillants de rage que je ne pus retenir un frisson de crainte. Je l'avais rarement vu dans cet état. Cela me rappelait le jour où il s'était battu avec Sasuke, juste devant le lycée.
- Naruto, je…, commençai-je.
- Non, Sakura, c'est toi qui va m'écouter pour l'instant, me coupa-t-il. Je n'arrive pas à croire qu'une fille intelligente comme toi, mille fois plus intelligente que la majorité du lycée, ait pu se laisser avoir. Je ne sais pas ce que Sasuke t'a fait prendre, ni comment il a réussi à te convaincre de le prendre, mais tu me déçois. Je pensais que tu étais au-dessus de ça. Que ça, au moins, je n'avais pas à m'en inquiéter. Je croyais que je pouvais te faire confiance pour ne pas tomber si bas. Mais finalement tu es comme toutes ces filles qui sont prêtes à tout pour plaire à leur mec, quitte à mettre leurs vies en danger. Au fond, tu ne mérites même pas le mouron qu'on se fait pour toi. Tu veux me faire plaisir ? Maintenant que t'es réveillée, habille-toi et casse-toi, ça me fera des vacances. J'en peux plus de te voir.
Il se leva et quitta la pièce, indifférent aux regards réprobateurs de sa petite amie. Et bam ! Qu'est-ce que tu dis de ça, Sakura ? C'est assez dur à entendre ? Je demeurai bouche bée, profondément blessée. Ces mots… Je ne pouvais croire que Naruto les ait prononcés. De plus, le ton qu'il avait employé était froid, distant, comme si je n'étais qu'une étrangère à ses yeux, une pauvre junkie qu'il ne voulait plus voir souiller son intérieur. Il venait de me répudier.
- Naruto, attends !, m'exclamai-je, au bord du désespoir. Ce n'est pas du tout ce que tu t'imagines, je peux tout t'expliquer !
Il revint en trombe, j'en déduisis qu'il n'était pas parti loin.
- M'expliquer ?, ricana-t-il. Inutile de te creuser la tête pour trouver un mensonge qui tienne la route, je ne croirai pas un mot de ce que tu me diras. J'en ai marre, Sakura, tu comprends ? Tu agis comme une enfant, tu te fiches des conseils des autres, tu n'écoutes rien ! Maintenant que tu t'es bien ramassée, tu espères quoi ? De la compassion de notre part, un peu plus de compréhension ? Tu penses que je vais m'asseoir ici bien tranquillement pendant que tu me dépeins encore un Sasuke plus blanc que neige, que tu l'écartes de toute responsabilité et que tu inventes quelque chose pour expliquer ton état ? Qu'est-ce que ce sera, cette fois ? Tu as trébuché dans le parc, toute seule ? Tu es restée endormie si longtemps parce que tu étais fatiguée ? Tu vas même me dire que tu n'as pas pris de came ?
- Je n'ai rien pris, je te jure…, murmurai-je d'un ton peu assuré.
- Et voilà !, s'emporta-t-il d'un ton exaspéré. Franchement, c'est bon, épargne ta salive, ça me fatigue d'avance de t'écouter.
Une boule de chagrin bloquait ma voix, je fus donc incapable de rétorquer quoi que ce soit. Hinata me regardait avec pitié, ce qui n'avait rien de réconfortant, mais elle ne fit rien pour prendre ma défense. Elle ne pria pas Naruto d'écouter ce que j'avais à dire, elle garda le silence, ses yeux nacrés braqués sur moi.
- Tant que t'auras pas compris que tu fais n'importe quoi, je ne veux rien entendre, je me fous de ce que tu as à me dire, conclut Naruto. Reviens me voir quand tu auras réfléchi.
C'était dur. Dur parce que je comprenais sa réaction mais que je savais qu'elle n'était pas justifiée. Dur parce que si je lui avais tout expliqué dès le départ, les choses auraient été différentes. Il s'apprêtait à quitter la pièce à nouveau lorsque je me décidai. Mes amis étaient tout ce qu'il me restait désormais. Je ne me sentais pas la force de vivre sans eux.
- Et si je te disais que je ne verrai plus Sasuke ?, demandai-je d'une voix triste. Si je te disais que, lui et moi, on n'aura plus aucun contact à partir de maintenant ?
Il s'arrêta, se tourna vers moi. La suspicion hantait ses larges yeux bleus. Il ne me croyait pas.
- Si c'était vraiment le cas, si ce que tu viens de me dire ne contenait de serait-ce qu'une once de vérité, alors ce serait différent, dit-il avec prudence. Mais, si tu n'es peut être pas encore accro à la drogue, je sais que tu es complètement dépendante de lui. Pour le moment, je vois bien que tu serais incapable de te passer de lui.
- Volontairement, tu as raison, admis-je en me redressant. S'il ne tenait qu'à moi, peu importe ce que tu penses et ce que pensent les autres, je resterais avec lui. Sur ce point, je suis complètement d'accord avec toi.
Mes deux amis gardèrent le silence, attendant la suite. Les quelques secondes qu'ils m'accordèrent me permirent de me remémorer les événements de la veille, l'arrivée de Madara et de Pain, les coups que ce dernier m'avait assénés, la terrible décision, sans appel, du vieil Uchiwa. Je me souvins de la lueur de satisfaction qui éclairait les yeux durs de ce dernier lorsque Pain m'avait emmenée sous le regard impuissant de Sasuke. Mon cœur se serra à la pensée de ce qu'allait être ma vie sans lui. Le simple fait d'être loin de lui à cet instant était une torture. Qu'allais-je devenir si la situation ne s'améliorait pas ? Combien de temps allais-je devoir me passer de sa présence ? Je connaissais déjà la réponse : des semaines, voire des mois. Une autre possibilité, que je préférais éviter d'envisager pour le moment, était que je ne le reverrai jamais. J'étais d'une nature très optimiste autrefois, pourtant les événements auxquels j'avais été confrontée avaient quelque peu réprimé ce trait de mon caractère. Je ne pouvais m'empêcher de penser à ce qu'il pouvait arriver de pire : si Sasuke mourait, ou si c'était moi qui perdais la vie, je n'aurais plus jamais le moindre espoir de le revoir. Ce n'était pas comme si nous allions rester tranquillement chez nous en attendant que les choses s'arrangent, non, nous allions tous deux faire face au danger. Un danger qui pourrait s'avérer fatal pour l'un d'entre nous.
Malgré mes efforts pour les retenir, je ne tardai pas à sentir des larmes de désespoir couler le long de mes joues. J'aurais voulu que Sasuke soit là pour que je puisse lui dire au revoir, souder mes lèvres au siennes, emprisonner ses doigts et ne plus jamais le lâcher, quitte à mourir ainsi, blottie contre lui. J'aurais souhaité qu'on me laisse une dernière occasion d'effleurer sa peau, rien que pour avoir la chance d'emmener ce souvenir avec moi. J'aurais aimé que l'on m'accorde une seconde de plus à ses côtés, une seconde que j'aurais étirée jusqu'à l'infini, le regard plongé dans le sien.
- Sasuke, il…, commençai-je entre deux sanglots. Enfin, disons que nous…
- Quoi, il t'a jetée ?, fit Naruto d'un air outré.
- Naruto, laisse-la parler, je t'en prie !, s'irrita Hinata en lui donnant une tape sur la tête. Ce que tu peux être énervant !
L'entendre s'adresser ainsi à Naruto, devant qui elle n'osait même pas lever la voix quelques semaines plus tôt, avait quelque chose de comique. J'étais heureuse qu'une telle complicité se soit installée entre eux. Pourtant, cela ne suffit pas à me rendre le sourire.
- Il ne m'a pas jetée, niai-je en tentant de retenir mes larmes. Peut-être que cela aurait été mieux s'il l'avait fait d'ailleurs. Non, c'est simplement… Nous ne pouvons plus nous voir, c'est tout. Cela nous est… en quelque sorte, interdit.
- Je comprends rien, dit Naruto en haussant les épaules.
- Que veux-tu dire par « interdit » ?, demanda Hinata, dubitative.
Évidemment, je ne pouvais l'expliquer. Je ne pouvais même pas leur expliquer pourquoi je me devais de taire la vérité. Tout ce que je pouvais éventuellement faire, c'était laisser des bribes d'informations leur parvenir, de façon à ce qu'ils puissent appréhender au mieux la situation dans laquelle je me trouvais. Or, je ne savais pas comment présenter les choses. J'étais incapable de déterminer quelle part de mon histoire je me devais de cacher et quelle part je pouvais laisser filtrer. Le secret faisait désormais partie de moi, il s'était imprégné dans chacun de mes neurones, dans le moindre de mes gestes. Il demeurait bien gardé au fond de moi, attaché solidement. Bien qu'étant sa geôlière, je ne trouvais pas les clefs pour le libérer.
- Je ne peux pas..., murmurai-je à mi-voix. Je ne peux rien vous dire, je suis désolée.
Le visage de Naruto, qui s'était quelque peu déridé, adopta de nouveau une expression sévère et fermée. De toute évidence, ma réponse ne lui convenait pas. Malgré tout, c'est avec calme qu'il s'exprima :
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ?, demanda-t-il entre ses dents.
- Rien, fis-je, catégorique, en le regardant droit dans les yeux. Il n'a rien fait.
Alors, Naruto bloqua ma mâchoire dans sa main et, indifférent au cri de protestation que je poussai, fit pivoter ma tête vers le miroir accroché à son mur. Je vis une jeune femme maigre, aux traits tirés, aux cheveux décoiffés et au teint pâle. Je ne reconnus pas ses yeux verts, autrefois pétillants de joie, lorsque je croisai son regard. Sans le moindre éclat, l'innocence les avait complètement désertés. Durs, froids et exempts de la plus petite lueur d'espoir, ils semblaient davantage appartenir à un animal traqué qu'à un être humain. Je levai la main vers ce visage qui était le mien, aussi incroyable que cela puisse paraître. Combien de kilos avais-je perdu, au juste ? Six ? Sept ? J'avais l'air d'un cadavre ambulant. J'avalai ma salive avec difficulté. Mon regard se posa alors sur la large ecchymose qui recouvrait ma pommette ainsi qu'une partie de ma joue droite. Instinctivement, j'effleurai le bleu du bout des doigts. Ainsi marquée, j'avais tout d'une femme battue. Je comprenais mieux la réaction de mes amis. Oui, beaucoup mieux. S'ils s'étaient eux mêmes trouvés dans le même état, j'aurais probablement réagi de la même façon. Pourtant...
- Je t'assure que Sasuke n'y est pour rien, assurai-je tout en sachant que ce n'était pas la bonne chose à dire.
- Vas-y, continue de te foutre de ma gueule !, s'énerva Naruto en me lançant un regard chargé de mépris. Ou alors je me trompe ? Peut-être que tu arrives à te convaincre toi-même que ce que tu dis est vrai ? Si c'est le cas, c'est encore plus grave que ce que je pensais.
- Sakura..., intervint Hinata en déposant une main apaisante sur l'épaule de Naruto. Tu comprends bien que... Nous savons que tu étais chez Sasuke hier soir. Ta mère l'a dit à Minato lorsqu'il l'a appelé pour lui dire que tu étais ici. Je sais que tu aurais préféré qu'on ne lui dise rien mais c'est ta mère et... Franchement, si tu ne nous écoutes pas, elle est la seule qui puisse encore t'empêcher de faire n'importe quoi.
- N'importe quoi, hein..., répétai-je. C'est marrant que tu dises ça alors que c'est précisément ce que je me tue à ne pas faire. Et le fait que j'ai été ou non chez Sasuke ne change rien, il n'y est pour rien dans tout ça. On était juste... On avait...
Je ne pus prononcer un mot de plus. La douleur me broyait la gorge, le cœur, le cerveau. Je me sentais écrasée par un poids immense, le poids de la culpabilité et du regret. Dans un élan de désespoir, conscient du peu de temps que nous pouvions encore espérer passer ensemble, Sasuke avait craqué. Son comportement n'avait pas été des plus exemplaires, il s'était montré dur et brutal. Mais, moi qui le connaissait si bien, j'aurais dû comprendre que cela cachait plus qu'un sentiment de manque. Le manque n'était apparu que plus tard, lorsqu'il s'était senti déchiré entre le besoin de m'avouer que nous allions être amenés à nous séparer et son désir de profiter du temps qui nous était encore imparti. Il n'avait pu aller au bout d'aucune de ces deux volontés. De mon côté, je n'avais rien fait pour l'encourager dans un sens ou dans l'autre. Pourquoi n'avais-je pas insisté pour connaître la nature de la conversation qu'il avait entretenue avec Orochimaru ? Pourquoi ne l'avais-je pas poussé à se confier à moi ? L'idée ne m'avait qu'à peine effleurée. Et, tandis qu'il se morfondait seul, incapable de m'annoncer la nouvelle, je n'avais rien trouvé de mieux à faire que de lui reprocher son besoin soudain de se shooter. Je l'avais abandonné, laissé là à son sort, à ses pensées, ses démons et ses peurs. Seul dans sa misère. Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Alors que je tenais enfin l'occasion de lui rendre un peu de tout ce qu'il m'avait donné jusqu'à présent, je l'avais laissé tomber. Une fois de plus, le sacrifice, c'était lui qui l'avait fait. En acceptant mes reproches sans broncher, il avait fait preuve d'un self-control incroyable. Il aurait pu tout me balancer à la figure, il aurait pu hurler, me reprocher mon égoïsme, mais non. Il s'était contenté d'un rail de coke. Et m'avait laissée partir.
Je fermai les yeux, incapable d'éprouver autre chose que du dégoût envers moi-même. Je me sentais prise de vertiges. Naruto et Hinata me parlaient mais leurs mots semblaient flotter autour de moi, incapables de m'atteindre. Leurs paroles me semblaient vaines, dénuées de sens et de légitimité. Comment espéraient-ils me faire croire que leur vision de ma relation avec Sasuke était meilleure que la mienne ? Comment pouvaient-ils s'imaginer être les détenteurs de la vérité sur ce que je faisais de bien et de mal alors que ma vie n'avait rien d'aussi manichéen ? Tout aurait été tellement plus facile s'il avait suffit de faire ce qui était « juste » et « bien » pour nous en sortir. Qu'était-ce que la justice et le bien, au fond ? La justice n'aurait-elle pas voulu que les cinq hommes qui m'avaient violée soient arrêtés, jugés et enfermés ? Le bien ne sous-tendrait-il pas que j'avoue à Madara ma responsabilité dans la mort de deux de ses hommes, afin d'éviter que Sasuke ne subisse les conséquences de mon silence ? Oui, tout cela aurait pu arriver. Tout cela aurait dû arriver, selon la morale humaine et ses beaux discours. Mais cela n'était pas arrivé. Simplement parce que la morale et son bagage de justice et de bien n'est qu'entrave dans le monde dans lequel j'évoluais depuis quelques temps. Un boulet au pied. Dans ce monde, il n'est question que de survie. Un instinct primaire très fort qui renvoie la morale et tout le reste au rang de bagatelles, de superflu. Si j'espérais survivre dans ce monde, il fallait que je me forge une armure dans le même métal que les autres combattants. Et cette armure était faite de sang, de trahison, d'égoïsme et d'opportunisme.
Étrangement, cette conclusion me redonna un peu de force. Ce n'était pas en pleurant que j'allais m'en sortir. Ce ne seraient sûrement pas mes larmes qui me ramèneraient Sasuke. Si je voulais me sortir de cette affreux bourbier dans lequel je m'étais empêtrée, il fallait que je trouve le courage de le faire et je n'en trouverais aucun en m'apitoyant sur mon sort. Qu'importe ce que j'avais fait et ce que j'aurais dû faire. Ce qui importait, à présent, c'était ce que j'allais faire ensuite. Il fallait que je me donne les moyens de survivre et de réussir. Séchant mes larmes, je redressai la tête et carrai les épaules.
- J'ai des choses à faire, dis-je en quittant le lit avec un entrain soudain. Merci de m'avoir accueillie chez toi, Naruto.
Ce dernier posa un regard dur sur moi, qui me fit l'effet d'une flèche en plein cœur. Hinata me regardait toujours avec cette expression inquiète mêlée de pitié. Je détestais qu'ils m'observent de cette façon, cela m'était insupportable. Quand cesseraient-ils de me juger à travers ces yeux-là ? Je soupirai, leur tournai le dos et m'apprêtais à sortir lorsque je pris conscience que je ne pouvais me résoudre à les quitter ainsi. Non, décidément, je ne pouvais pas. Si je passais cette porte sans me retourner, je n'en finirais pas de le regretter. Il était temps de mettre ma fierté de côté et de faire ce que je désirais par dessus tout maintenant que Sasuke m'avait été enlevé.
- Dites..., commençai-je en m'arrêtant soudain.
Je me fis violence pour me tourner face à eux, les poings serrés. Cela me coûtait de leur demander cela, pourtant je savais que c'était la seule chose qu'il me restait à faire.
- Est-ce qu'on ne pourrait pas..., commençai-je. Je veux dire... Vous voulez bien qu'on oublie tout ça ? Je... De toute façon, je ne verrai plus Sasuke, peu importe les raisons. Alors on pourrait... On pourrait tout simplement faire comme s'il ne s'était rien passé ? Naruto, je sais combien ça a dû être difficile pour toi, alors... Peut-être que, maintenant, on pourrait, en quelque sorte... se réconcilier, non ? Pour que tout soit comme avant ?
Je me sentis rougir. Je détestais quémander son amitié alors que je n'avais rien fait pour la perdre. J'aurais préféré qu'il me tende la main le premier, au lieu de me balancer toutes ces affreuses paroles à la figure. Mais je préférais plier l'échine, pour cette fois, si cela pouvait m'apporter un peu de réconfort. Or, nul ne pouvait m'en apporter à part lui. J'adorais Hinata, Kiba, Shikamaru et Ino, mais je pouvais me passer de leur amitié quelques temps. Naruto, c'était différent. Je me sentais plus forte lorsqu'il était à mes côtés, avec son éternel sourire qui semblait dire en permanence « Ne t'inquiète pas, tout se passera bien ». Ce sourire, je n'en avais jamais eu besoin comme aujourd'hui. Il représenterait le premier maillon de la solide chaîne avec laquelle j'avais l'intention de me raccrocher à la vie.
- Rien ne sera comme avant, Sakura, soit pas naïve, lâcha Naruto en secouant la tête.
Mon cœur se serra. Oui, il avait raison. Rien ne serait plus jamais comme avant, pas après tout ce que nous avions traversé, pas tant que Sasuke serait absent et que nous ne serions pas réunis, tous les trois, soudés comme nous l'étions autrefois, avant que le destin nous éparpillent comme des feuilles dans le vent.
- Mais je veux bien te laisser une chance, poursuivit mon ami avec un demi-sourire. Si c'est ce que tu veux.
Je ne pus résister à mon envie de lui sauter dans les bras. Il poussa un cri de protestation lorsque je le serrai contre moi avec toute la force dont j'étais capable. Je murmurai un « merci », le relâchai et posai mes lèvres sur sa joue. J'embrassai également Hinata qui souriait, émue, et elle m'enlaça avec chaleur. Puis, alors que je m'apprêtais à partir pour de bon, j'entendis une voix derrière moi.
- Ah, tu es réveillée, bien.
Cette voix me donna des frissons. J'allais en prendre pour mon grade. Lentement, je pivotai vers la porte. Minato, le père de Naruto et accessoirement le maire de Konoha, se tenait dans l'encadrement de la porte. Mais il n'était pas seul. A ses côtés se tenait ma mère, droite et sévère, ses traits ensommeillés défaits par l'inquiétude. Mon regard effleura le réveil posé sur la table de chevet de Naruto. Il affichait trois heures quarante-deux du matin. Bien que la situation ne s'y prêta pas, je ne pus m'empêcher de penser qu'à peine trois heures me séparaient de ma dernière image de Sasuke. Pourtant j'avais l'impression que cela datait d'une autre époque.
- Bonjour, maman..., murmurai-je.
Elle ne répondit pas, se contentant de poser des yeux horrifiés sur mon visage. Par réflexe plus qu'autre chose, je levai la main vers mon bleu dans une vaine tentative de le dissimuler à son regard. Mais elle se précipita sur moi et écarta mes doigts d'un geste vif. Puis, elle recula d'un pas et, avec froideur, me demanda :
- C'est Sasuke qui t'a fait ça ?
- Non !, m'écriai-je avec ferveur, agacée que la question revienne sans arrêt.
- Alors, qui ?, s'enquit-elle avec colère. Si ce n'est pas lui, qui c'est, hein ?
- J'imagine qu'elle ne le sait pas elle-même, pas vrai, Sakura ?, questionna Minato d'une voix calme.
Je tournai la tête vers lui, surprise, et je ne fus pas la seule. Naruto posa sur son père un regard interloqué, Hinata ouvrit de grands yeux étonnés et ma mère pivota vers lui si vite que je ne perçus qu'à peine son mouvement.
- J'attendais que nous soyons avec Sakura pour vous le dire, expliqua Minato à ma mère d'un ton d'excuse. Le médecin qui a examiné Sakura quand nous l'avons découverte m'a envoyé le résultat de ses analyses et il s'avère que, contrairement à ce que l'on croyait, il n'y a aucune trace de drogue dans son sang.
- Ah !, fis-je avec un sentiment de victoire. Quand je vous disais que...
- Mais, en revanche, il a pu déterminer que quelqu'un l'avait endormie, poursuivit Minato sans me laisser le temps de terminer ma phrase. Avec du chloroforme.
- Du chloroforme ?, demanda Hinata d'une petite voix. Qui ferait ça ?
- C'est ce que j'aimerais savoir, dit Minato en me lançant un regard interrogateur.
Naruto m'attrapa par le bras et me fit pivoter vers lui. Ses yeux se plantèrent dans les miens.
- Tu as dit que que tu ne pouvais plus voir Sasuke, dit-il avec sérieux. Tu as dit que cela vous était désormais interdit, ce sont tes mots. Qui vous l'a interdit ? Est-ce que c'est ce type qui t'a cognée ?
Je me mordis la lèvre. Je ne pouvais rien dire. Je secouai la tête pour le lui faire comprendre.
- Sakura, tu n'as pas à protéger quelqu'un qui te traite de cette façon, argua ma mère avec douceur. Qui que ce soit, tu dois nous le dire si tu te sens menacée.
- Je ne le protège pas, grommelai-je. Vous ne pourriez rien faire de toute façon.
- Sakura, la police pourrait sûrement..., commença Minato en posant une main sur mon épaule.
C'était le mot tabou. Je ne voulais entendre aucune parole naïve sur l'aide que pourrait m'apporter la police. J'écartai la main du père de Naruto d'un geste et le considérai avec colère.
- La police ?, ricanai-je. Où était-elle quand j'avais besoin d'elle, il n'y a pas si longtemps ? Qu'a-t-elle fait pour moi lorsque j'étais dans ce lit d'hôpital, terrorisée à l'idée que mes agresseurs passent la porte ? Franchement, vous croyez vraiment que la police puisse m'être d'un quelconque secours ? Elle ne fera rien, et vous le savez parfaitement.
Minato afficha un air gêné. J'avais tapé dans le mille. En tant que maire, il n'avait malheureusement qu'un pouvoir limité sur les forces de l'ordre, même si leur chef devait lui rendre des comptes de temps en temps, mais il n'était pas dupe. Mon affaire n'avait rien d'unique. Ce n'était pas la première fois qu'un crime demeurait impuni faute de preuves. Pourtant, il savait tout comme moi que, dans mon cas, ce n'était pas les preuves qui avaient manqué. Même s'il ne pouvait rien faire, il savait parfaitement qu'une affaire de pot de vin gangrenait le bras de la justice dans cette ville.
- Je comprends ton amertume à ce sujet, concéda-t-il, mais cela ne signifie pas que tu doives régler tes problèmes toute seule. Tu n'es encore qu'une adolescente et...
- Je ne suis peut être qu'une adolescente, mais je m'en sors très bien, grognai-je.
- Ma chérie..., supplia ma mère d'une voix pleine de sanglots. Dis nous ce qu'il se passe, je t'en prie. Je n'en peux plus de te voir comme ça, tu te rends compte comme c'est dur de te voir un peu plus mal chaque jour, sans pouvoir rien faire pour t'aider ?
Tiens, je me demandais quand elle comptait sortir la carte de la culpabilité. J'avalai ma salive, touchée. Une fois de plus, je fus tentée de tout déballer. Cela m'aurait fait du bien, probablement. Mais je ne pouvais toujours pas me permettre d'entraîner mes proches là-dedans. Pourtant, quelque chose me disait qu'ils étaient bien partis pour tout découvrir tout seuls.
- Bon..., dit Minato face à mon silence. Il faut au moins que l'on t'emmène à l'hôpital. Le fait que l'on t'ai endormie pourrait signifier que tu aies subis des... Enfin, qu'on t'ait...
- Non, personne ne m'a touchée, si c'est ce que vous voulez savoir, assurai-je en haussant les épaules. Ça, au moins, j'en suis certaine.
- Tu connais donc bien l'identité de celui qui t'a abandonnée dans le parc, déclara Naruto en croisant les bras d'un air bougon.
- Je la connais, confirmai-je en soutenant son regard.
- Et c'est ce type qui t'aurait interdit de voir Sasuke ?, demanda-t-il.
- Ça se pourrait, répondis-je évasivement.
Quatre paires d'yeux se posèrent sur moi avec un mélange de colère et d'impuissance. Mal à l'aise, je pris une grande inspiration. Il fallait que les choses soient claires une bonne fois pour toutes.
- Je comprends votre inquiétude, je me mets à votre place et j'imagine que ça doit être dur, dis-je avec tout l'aplomb dont j'étais capable. Mais il faut que vous compreniez, vous aussi. Je ne peux rien vous dire. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est juste que... si je vous dis quoi que ce soit, le danger ne sera pas moins grand pour moi, mais il sera beaucoup plus grand pour vous. Alors, dans votre intérêt tout comme le mien, il vaut mieux que vous ne sachiez rien. Je vous promets que ça va s'arranger. Je fais ce que je peux pour...
- Assez de blabla, me coupa Naruto. Pas la peine d'essayer de nous endormir avec des paroles rassurantes. Qu'est ce que tu m'as demandé tout à l'heure ? De faire comme s'il ne s'était rien passé ? Mais il ne s'agit pas seulement de Sasuke, il s'agit aussi de toi. T'as vu dans quel état tu es ? Et tu nous demandes de ne rien faire, de te laisser te démerder ? Pour qui tu me prends ? Je ne te laisserai pas tomber et, si tu ne veux rien me dire, alors je te suivrais partout et je finirai par découvrir ce que tu nous caches. Ce n'est pas comme ça que tu as fini par savoir, pour Sasuke ? A l'époque, tu te fichais pas mal de savoir si tu te mettais en danger en lui venant en aide !
- Justement, tu as vu où ça m'a menée ?, m'exclamai-je en levant les yeux au ciel.
- Et alors ?, s'énerva-t-il. Tu vas me dire que si c'était à refaire, tu laisserais Sasuke dans sa merde ?
Je gardai le silence, prise de court. En fait, je n'y avais pas vraiment réfléchi. Si la chance m'était donnée de revenir en arrière, prendrais-je les mêmes décisions ? Foncerais-je tête baissée comme je l'avais fait, tout en sachant ce qui m'attendait ? C'était un vaste sujet de réflexion dans lequel j'avais peur de me noyer si je m'y plongeais un peu trop, aussi préférai-je l'ignorer.
- La question ne se pose même pas, dis-je avec mépris. Je ne peux pas effacer mes erreurs. Par contre, je peux faire en sorte de ne pas en commettre d'autres. Et vous entraîner avec moi en serait une, justement.
- C'est un choix qui n'appartient pas qu'à toi, Sakura, hasarda Hinata de sa petite voix. C'est un peu de notre ressort aussi, tu ne crois pas ?
- Non, parce que vous ne savez rien de tout ça, contrai-je. Vous ne savez même pas que vous ne voulez pas savoir.
- Mais..., commença Naruto.
- Stop, coupa Minato. Je crois que ça suffit. Tout cela ne nous mènera nulle part. Je crois qu'il est juste bon que Sakura sache que, quand elle sera prête, elle saura où trouver des oreilles attentives.
Ma mère donna l'impression de s'étrangler. Elle devint toute rouge et explosa :
- Je ne vais pas attendre jusque là, Minato ! Je ne laisserai pas ma fille à la merci de je ne sais quel taré sous prétexte qu'elle se croit suffisamment grande pour régler ses problèmes sans l'aide de personne ! Aujourd'hui, vous l'avez trouvée endormie dans le parc, sans autre vêtement que sa chemise de nuit ! Qui sait ce qui aurait pu lui arriver ? Et qui sait ce qui pourrait encore lui arriver ? Je ne vais pas attendre qu'on la retrouve morte dans un coin sordide de Konoha pour m'inquiéter ! Je suis déjà à bout de nerfs et...
Elle plongea son visage dans ses mains, les épaules agitées de sanglots. Sa douleur, je pouvais la ressentir physiquement. C'était une véritable torture. Je dus une fois de plus me convaincre qu'elle pourrait souffrir encore davantage, voire mourir, si je ne gardais pas le silence. Cette fois, cependant, l'argument ne me parut plus aussi solide. Lâchement, je préférai détourner le regard.
- Viens, maman, dis-je en lui prenant la main et en l'attirant avec moi vers la porte. Merci, Minato, merci pour tout. Naruto, Hinata...
Je me tournai vers mes amis. Tous deux me regardaient, plus tristes que la mort. Une fois de plus, mon cœur saigna. Je me forçai néanmoins à esquisser un semblant de sourire, avant de lâcher :
- On se voit demain en cours.
Puis, ma mère et moi quittâmes la maison des Uzumaki sans un regard en arrière. Parvenue à la maison, je constatai que quelqu'un – Sasuke ou Itachi, probablement – avait déposé mon sac d'affaires devant la porte. Je l'attrapai et le serrai contre moi, anéantie. Puis, lorsque ma mère ouvrit la porte d'entrée, je me précipitai dans ma chambre sans prendre le temps de l'embrasser. Pelotonnée sous mes draps, je passai la majorité de la nuit à pleurer, pleurer et pleurer encore.
