Bonsoir à tous,

Je sais, ce texte n'est pas de saison, mais … Mais ça n'empêchera pas de le déguster, n'est-ce pas ? ; ) Je vous souhaite en tout cas une très bonne lecture !

Commande de : Lililala

Couple choisi : Sirius/Severus

Mot choisi : Fraise

Indication en plus : Dernière année de Harry à Poudlard, les deux sont donc adultes

Rating : K

Disclaimer : la plupart des lieux et personnages sont la propriété de J.K. Rowling, je ne me fais donc pas d'argent avec (et en plus je réponds aux commandes gratuitement, moi la cupide de service, alors !)

Dédicace : Un joli couple que j'ai eu beaucoup de plaisir et de tendresse à découvrir. Merci à toi pour cette commande, tu m'as permis d'explorer (d'inventer) encore une des facettes de Rogue, personnage toujours si fascinant et attachant, à sa façon … Je suis toujours dans un premier temps surprise quand on me demande de le mettre avec un des Maraudeurs, mais à l'écriture ça semble presque si évident … J'aime ces jolies surprises que procure l'écriture –et j'espère que tu aimerais celles que te procurera peut-être cette lecture !

Place au texte …


Mettez-vous aux fraises !

La tempête de neige faisait à présent rage au dehors de l'école. Les flocons s'abattaient silencieusement sur les vitres fermées, comme s'ils voulaient pénétrer dans la pièce pour en faire disparaître toute chaleur.

Prudemment, Severus se releva et ferma le loquet de sécurité. Il testa la résistance de la fenêtre, mais celle-ci était bien fermée. L'esprit tranquillisé, il retourna à son bureau, ravivant au passage le feu dans la cheminée d'un petit coup de baguette.

Une fois assis, il tourna lentement une cuillère dans sa tisane brûlante, et observa pensivement les différentes pièces de bois colorés qui jonchaient sa table. Il ne savait pas vraiment par où commencer, mais une chose était sûre, il fallait commencer !

Soupirant, il reposa sa cuillère sur la soucoupe de sa tasse, et attrapa entre l'index et le pouce une petite boule rouge, qu'il leva à hauteur de ses yeux fatigués.

« Bon, ça on va dire que c'est le ventre … »

Il mit la pièce de côté, puis en choisit une autre précautionneusement. Un petit bâton coloré de rouge et de noir fut désigné par le professeur de Potions comme étant « certainement une jambe … ou peut-être un bras. », et mise de côté elle aussi. Il continua son tri un moment, puis jugea qu'il avait assez de pièces pour commencer son travail.

Jetant un bref coup d'œil à la pile de devoirs qui lui restait à corriger pour la rentrée, il poussa un profond soupir, et posa son menton sur une de ses mains.

« Comme si j'avais le temps pour ces enfantillages, alors que toutes ces copies m'attendent … »

Il dut lutter contre une envie grandissante d'expédier ses corrections -comme il le faisait honteusement parfois, en mettant des A à tous les Serpentards, et des C à tous les Gryffondors-, et se rappela que faire chaque chose en son temps était bien plus avisé.

Il reporta alors de nouveau son attention sur ce casse-tête : c'était impératif qu'il termine avant ce soir, mais …

« Je ne sais même pas à quoi est censé ressembler un « Père Noël » ! Alors comment est-ce que je pourrais réparer cette fichue petite figurine … » se désola-t-il, secouant la tête avec affliction.

Malgré ses hésitations, il prit son courage à deux mains, et empoigna deux pièces de bois colorées parmi celles qu'il avait mises de côté, et tenta de les assembler. Mais les puzzles n'avaient jamais été le fort de Severus Rogue. Les potions, oui il connaissait ; la légilimancie, il maîtrisait aussi ; sans compter l'art de l'espionnage … mais tout cela ne lui était malheureusement d'aucune aide dans ce cas précis, à son grand désarroi !

Entendant les cloches de Poudlard sonner 20h, il se dit qu'il n'avait de toutes façons plus le temps de tergiverser.

« Advienne que pourra … » murmura-t-il, décidé, tout en attrapant d'un geste convaincu le tube de colle posé près de lui.

Vingt minutes plus tard, Severus, ravi, finissait d'accrocher les dernières décorations dans le petit sapin qui illuminait un coin de ses appartements. Il se recula de quelques pas, et admira son œuvre. Bien qu'un peu bancal, l'arbre scintillait de jolies lumières, qui embellissaient cette pièce parfois si austère.

Satisfait, l'homme se retourna ensuite pour allumer quelques chandelles de-ci de-là, et disposa sur la table centrale quelques biscuits dans un plateau, et déboucha la bouteille de whisky Purfeu, 30 ans d'âge, qu'il avait volé dans les caves de Lucius lors d'une de ces réunions rasoirs de Mangemorts au manoir Malefoy. Il gardait ce cru exceptionnel pour les grandes occasions, et aujourd'hui en était une.

Avec un petit sourire en coin, il se servit un verre, et fit danser le vin dans la coupe, se délectant de la simple vision de ce mordoré à l'odeur amère et si prometteuse … Il huma l'alcool, puis reposa le verre. Ce serait pour plus tard …

Avant toute chose, les cadeaux. Il alla chercher sous son lit deux paquets, qu'il déposa sous le sapin, une lueur mélancolique dans le regard. Il resta un instant agenouillé devant l'arbre, perdu dans ses pensées. Puis, voyant que dehors la tempête de neige redoublait, il alla chercher une cape plus épaisse, qu'il enfila sur son dos en frissonnant. L'homme n'était pas quelqu'un de frileux d'ordinaire, bien trop habitué à la fraîcheur humide des cachots pour craindre un courant d'air, mais cet hiver se montrait particulièrement mordant cette année.

Par précaution, il raviva une deuxième fois le feu dans l'âtre, puis attrapa un livre abandonné un peu plus tôt sur son bureau. Severus s'installa confortablement dans son vieux fauteuil rapiécé -mais dont, pour rien au monde, il n'aurait pu se séparer (c'était celui que lui avait offert Dumbledore pour sa nomination au poste de professeur des Potions, voilà des années de cela). Il se laissa aller dedans, soulagé de pouvoir détendre ses articulations que le temps passant rendait douloureuses.

Avec un grand soupir de satisfaction, il laissa son regard parcourir lentement la pièce, passant du sapin décoré, à la cheminée chaleureuse, pour s'arrêter sur la table où quelques friandises attendaient. Enfin, il tourna une page de son livre et se dit :

« Enfin une soirée tranquille, sans ces affreux morveux pour me gâcher l'instant … Je vais enfin pouvoir me détendr … »

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'on tambourina énergiquement à sa porte.

« Oh non ! » grinça Rogue, exaspéré. « C'est pas vrai ! »

Il resta un moment assis, espérant secrètement que son visiteur tardif renonce. Mais les coups redoublèrent, avec encore plus de force.

« Si c'est un élève, je l'avada-kedavrise … » lâcha le professeur entre ses dents, tout en se relevant de son fauteuil et en y redéposant son ouvrage. « Et rien à battre de la trêve de Noël ! »

Le visiteur, de l'autre côté, ne se montrait guère patient, puisqu'il frappait toujours avec violence sur le pauvre battant de bois, dont Rogue se demandait avec inquiétude s'il tiendrait le coup.

« Et si c'est ce crétin de Potter, je fais un malheur … Par Salazar, dans quelques mois il passe ses ASPICs et je ne le vois plus de ma vie ! Tchao l'enquiquineur de service … » chuchota-t-il avec une lueur sadique dans le regard, tout en ouvrant la porte.

Mais c'était un autre genre d'enquiquineur qui venait lui rendre visite ce soir-là …

Rogue n'eut pas le temps de dire « veracrasse » que des lèvres humides et chaudes se posaient doucement sur les siennes, lui volant un baiser taquin mais délicieux.

Tandis que l'autre fermait les yeux, se laissant aller à ce baiser, Severus les ouvrait grands, encore sous le choc. Il se recula d'un pas, et fronça les sourcils :

« Franchement … tu pourrais dire bonjour, avant ! »

Le rire franc et spontané de Sirius Black fut la seule réponse qu'il obtint à cette remarque, avant que le parrain dudit « crétin de Potter » ne se glisse dans la pièce -faisant fi du fait qu'il n'y avait pas été explicitement invité. Visiblement habitué au manque de savoir-vivre de son collègue, Rogue referma la porte -à clé- derrière eux en poussant un soupir.

« Je ne t'attendais plus, Sirius, tu sais … »

« Je m'en doute. » fit l'autre en se retournant et en affichant un semblant de moue peinée, que ses yeux malicieux démentaient beaucoup trop. L'ancien maraudeur fit quelques pas dans la pièce, et souligna : « Mais me voilà ! Je t'avais bien promis de passer la soirée avec toi, non ? » Sans laisser à l'autre le temps de répondre, il ajouta : « Sinon, je te connais, tu aurais passé ton Noël seul, à déprimer, en te saoûlant de whisky en bouquinant un ouvrage aussi rasoir que stérile … »

« Merci pour ce charmant tableau … » grinça Severus, tout en allant ranger son livre, et en sortant un deuxième verre pour servir son acolyte.

Les yeux rieurs, Sirius lança un petit regard à l'autre, avant de s'avancer jusqu'au sapin pour y déposer un paquet. Quand il se releva, il déclara, surpris :

« Tu ne m'as pas attendu pour décorer le sapin ? »

Toujours amer, Rogue répondit : « Comme je te l'ai dit, je ne pensais plus que tu viendrais … »

« Je t'avais dit que je serais sûrement un peu en retard … » fit l'autre désolé, accompagnant toutefois ses paroles d'un petit haussement d'épaules désinvolte. Il continua à admirer la décoration, tandis que Severus rajoutait quelques friandises sur la table.

« Et d'ailleurs, pourquoi tu as mis tant de temps à … »

« Merlin, Rogue, ton Père Noël à une main à la place de l'œil et trois jambes ! Et … des bois de rennes lui sortent du derrière ! » Il pouffa et se tourna vers son camarade : « Tu ne te serais pas un peu loupé en réparant les décos, dis ? »

Rogue se drapa de tout ce qui lui restait de dignité, et répliqua vertement :

« Et bien, je n'ai jamais prétendu être un spécialiste en réparation de bibelots en bois … Et puis, tu avais dit qu'on le ferait ensemble, et comme tu n'arrivais pas … » Il toussota et détourna la tête, ignorant la rougeur qui envahissait lentement mais sûrement ses joues : « Je voulais que tout soit prêt pour quand tu serais là. »

Il sentit les bras de Sirius l'enlacer doucement, et il se raidit un instant. Severus avait encore parfois du mal à se laisser aller à la tendresse de l'autre, et s'en montrait encore parfois gêné. Il avait passé tant d'années dans la solitude de ses cachots et dans le renoncement à une compagnie autre que lui-même, qu'il n'avait pas encore la spontanéité de son compagnon.

Mais Sirius n'avait jamais reproché à Rogue sa froideur ni sa timidité. Il aimait la compagnie de cet homme, lui qui n'avait plus grand monde non plus pour remplir sa vie. Tout en posant sa tête sur le dos de Severus, il jeta un petit coup d'œil aux deux paquets qu'avait déposé Rogue avant qu'il n'arrive. L'un d'entre eux lui était destiné.

L'autre … l'autre était un cadeau symbolique. Que tous deux faisaient maintenant depuis trois ans, à ceux qui n'étaient plus. Un cadeau pour les disparus.

Pour qu'ils ne disparaissent jamais totalement.

Et pour qu'eux deux se rappellent aussi chaque fois la chance qu'ils avaient d'être encore là.

Ensemble.

Mais, bien décidé à ne pas laisser la nostalgie l'envahir et les engloutir tous deux, l'ancien maraudeur reprit alors son expression la plus malicieuse, et murmura au creux de l'oreille de son compagnon, le sentant alors frissonner tout contre lui :

« Tu as eu raison … la pièce est magnifique. Et pour tout t'avouer, j'adore ton hybride de Père Noël/Renne/androïde ! »

Oubliant de demander ce qu'était un « androïde », Severus se dégagea doucement de l'étreinte, et s'exclama, faussement vexé, et réellement touché de la tendresse de l'autre :

« C'est ça, moque-toi ! J'aurais voulu t'y voir aussi … »

« Oh, mais ça aurait été splendide si ça avait été moi qui l'avait fait … »

« Quelle modesti … »

Ne laissant pas l'autre finir, une fois de plus, Black poursuivit, tout en farfouillant dans le grand manteau enneigé qu'il avait laissé tomber en arrivant -et qui gouttait maintenant consciencieusement sur le parquet des appartements du maître des Potions :

« Mais j'avais bien mieux à faire ! Je préférais donc te laisser, ma petite femme, t'occuper du foyer pendant que j'allais chercher … ça ! » s'écria-t-il triomphalement, tout en brandissant une boîte toute cabossée.

Croisant lentement les bras sur son torse, Rogue prit son air le plus sévère, de cette même expression qu'il adressait à ses élèves Rouge et Or dans ses mauvais jours -autrement dit, son air habituel.

« Sirius Black, vos blagues plus que douteuses passaient encore du temps de notre scolarité, mais j'aime à croire que nous sommes maintenant des adultes assez mûrs pour … »

« … faire plein de choses super cochonnes et super excitantes, oui, promis ! Mais en attendant, j'aimerais que tu ouvres ça. » fit-il en tendant la boîte à un Severus visiblement peu enthousiaste à la prendre. « J'ai eu du mal à en trouver, mais … »

Il embrassa la joue de Rogue, et ajouta dans un murmure, tout en posant sa tête sur son épaule pour le regarder ouvrir ce présent :

« Mais après tout c'est Noël … la saison des miracles. »

A présent intrigué -et, même s'il ne l'avouerait jamais, touché de l'attitude de son compagnon-, Severus prit la boîte et l'ouvrit. A l'intérieur se nichaient une petite dizaine de fraises, certes pas bien grosses, mais encore assez appétissantes.

Levant les yeux vers Sirius, l'homme fit :

« Tu … tu t'es souvenu que j'aimais ça ? »

L'ancien maraudeur se détacha de son compagnon, assez pour le regarder dans les yeux. Il sourit doucement, puis lui prit le visage entre les mains, et l'embrassa doucement, longuement.

Longuement.

Puis il reposa sa tête sur son épaule, et chuchota :

« Joyeux Noël Severus. »

La tempête de neige s'était enfin calmée, dehors.