Un grand merci à ceux qui ont pris le temps de lire et de suivre cette histoire jusqu'au bout. Déjà plus d'un an que je travaille dessus. Ça va vraiment faire bizarre de ne plus avoir un chapitre à terminer. Voici donc l'épilogue, pour lequel j'ai d'ailleurs beaucoup d'appréhension. Il y a certaines prises de risque de ma part, je ne sais vraiment pas si cela va plaire à tous. La principale surprise de dernière minute, résulte de beaucoup de demandes que j'ai reçues à ce sujet, sur le site où je publie la version anglaise de cette fanfiction. J'y ai longtemps réfléchi et après mure réflexion, j'ai décidé de tenter le coup.
Je tiens à dire que cette fin ne correspond en aucun cas à celle que je verrai réellement pour le jeu, ou le commandant Shepard. Je me suis permis de prendre beaucoup de liberté, et de m'amuser en écrivant ce dernier chapitre. Aussi, il est je le crois, totalement à l'opposé de l'envisageable. L'objectif n'était pas de me fixer à mon opinion en tant que joueuse de Mass effect, mais bien de sortir de mes sentiers battues et d'expérimenter. Tout est un peu tourné en dérision, à la rigolade, pour tenter de clore ce récit sur une note d'humour. En espérant que cela vous plaira !
Massalia: J'ai justement dit que je n'étais pas adepte des fins avec "10 gosses et un saut dans le temps de 15 ans", donc ce n'est pas ce que j'ai fait ici. =) Pour ce qui est de Liara, il me semble que le fait qu'elle soit courtière en information n'est un secret pour personne. C'était son boulot sur Illium dans ME2, enfin je ne suis plus certaine, étant donné que ça fait un bon bout de temps que je n'y ai pas touché. J'ai pris garde à ne pas mentionner son activité en tant que courtier de l'ombre. Cela dit, il est fort probable que je me trompe, si tel est le cas, j'en suis navrée.
Épilogue:
29/09/2187 :
Une foule considérable s'amassait dans les larges couloirs, des officiers tentaient de se frayer un passage dans ce bazar quotidien. On se bousculait, on s'excusait, avant de reprendre sa route et de disparaître à une autre extrémité. Chacun vaquait à ses occupations, un inconnu parmi tant d'autres. Des dizaines d'hommes et de femmes, qui ne s'étaient sans doute jamais adressé la parole, faute de temps, ou de raison particulière tout du moins. Au travers de grandes baies vitrées, qui parcouraient pratiquement toute la distance des allées intérieures, on pouvait apercevoir les rives de la Baie des Anglais. Une vue prenante, devant laquelle quelques-uns prenaient parfois le temps de s'attarder. Plusieurs bâtiments sortaient ainsi de terre, reliés les uns aux autres pour ne former plus qu'un, le QG de l'Alliance de Vancouver.
Il y régnait toujours un certain empressement, beaucoup de choses s'y passaient en même temps. D'innombrables services à différents étages, dispersés aux quatre coins de cette sorte de cité militaire. Elle avait dû être totalement reconstruite, les moissonneurs s'étaient largement occupés de la réduire en cendres. Près d'un an et demi après la fin de cette guerre, elle avait presque récupéré sa grandeur d'antan, après des mois de travaux ininterrompus. Ce n'était qu'un des innombrables bâtiments et sites à rebâtir sur terre, ou partout ailleurs. Il faudrait encore quelques années et même plus, pour que tout ce qui avait été par le passé, soit de nouveau et sous un nouveau jour.
De son siège, le major Kaidan Alenko observait l'estrade avec attention, ses mains liées l'une à l'autre. Derrière lui, toute une rangée de chaises se tenait, de même qu'à sa droite, sur sa gauche se trouvait une sorte d'allée centrale, qui le séparait encore d'une nouvelle succession de sièges. La plupart étaient occupées par des officiers en uniforme, ce qui formait une vague bleue tout le long de l'assemblée. La place à côté de lui restait vacante, comme quelques autres dans la salle, qui continuait d'ailleurs de se remplir.
Vega avait passé sa main à travers le faisceau d'ouverture et la pièce s'était ouverte à lui. Il était passé par quelques rangées à la recherche d'un visage familier, dans l'espoir de ne pas se retrouver seul, entouré de parfaits inconnus. Sur le troisième rang en partant de la droite, il avait ainsi aperçu Kaidan, qu'il s'empressait déjà de rejoindre. Sans aucune question, il se laissait tomber sans ménagement sur la chaise, ébranlant au passage tous les sièges de la chaine formée. Le second spectre humain avait alors lancé un regard presque méprisant sur lui, la place était peut-être déjà réservée.
-Ouf, juste à temps, déclara-t-il, à la recherche de son souffle.
-Vous pouviez partir plus tôt. Cela vous aurait évité de faire la course, mais la ponctualité n'est peut-être pas votre fort.
-Excusez-moi major, j'ai tenté d'attraper la première navette disponible, dans les maigres délais dont je disposais pour venir ici. D'Arcturus jusqu'à la terre, on n'imagine pas la trotte que ça fait.
-Arcturus?
-Vous n'êtes pas au courant, c'est là-bas que se passe ma formation N7. Shepard y a été dans le temps.
-C'est qu'après tout ce temps que vous avez passé à faire trainer cette affaire. J'avais pensé que vous aviez changé d'avis au sujet de cette formation.
-Non, jamais de la vie, mais disons qu'avec la dernière mission qui nous a bouffé des mois. Je les ai fait attendre, je dois avouer que j'ai moi-même pensé qu'ils n'allaient pas me reprendre. Mais avoir bossé pour le commandant Shepard, ça vous ouvre pas mal de portes. Et surtout quand vous êtes dans l'équipage qui vient tout juste de démanteler un sacré réseau terroriste, qui emmerdait particulièrement l'Alliance.
-Ça roule pour vous alors.
-On peut dire ça, qui plus est, il y a des demoiselles absolument charmantes là-bas.
Kaidan esquissa un léger sourire.
-Et vous, ça fait deux mois et demi que je ne vous ai pas croisé. Vous devenez quoi? On m'a raconté que vous aviez repris votre ancien job.
-Un peu tout et rien, je suis à la tête d'escouades de jeunes biotiques, en tant qu'instructeur. On enchaîne quelques missions, en ce moment je suis posé sur ce Point Zéro pour les rares perms.
-Point Zéro, bordel mais ce n'est pas la porte à côté ça non plus ! Vous faites comment pour… Après tout, elle bosse sur la Citadelle, maintenant… ha je vois, je suis désolé.
-Désolé pourquoi, je ne vous suis plus là ? Demanda Kaidan, de nouveau perplexe.
-Je comprends pourquoi elle n'est pas avec vous maintenant, tout s'explique. Mais ce n'est rien major, vous pouvez m'en parler. Je ne pourrai pas vous dire que vous méritez mieux qu'elle, parce que ce serait vous mentir. Mais sachez qu'il y a plein de poissons dans la mer!
-Où voulez-vous en venir?
-Je suis en train de vous consoler, bon sang. Après tout vous-vous êtes fait larguer.
-Mais absolument pas, s'emporta-t-il à présent, où avez-vous vu ça? Nous sommes à une cérémonie de remises de médailles. Shepard est sur la liste, c'est pour cela qu'elle n'est pas à côté de moi !
-Oh… Dans ce cas, faites comme si je n'avais rien dit.
-Alors comme ça, vous jugez que je ne mérite pas Shepard….?
-N'abordons pas les sujets qui fâchent, major.
Kaidan tenta de ravaler sa colère, tout en portant son attention sur tout autre chose. Vega ne ressentit cependant aucune gêne. Ils demeurèrent chacun de leur côté, sans échanger un regard, avant qu'un autre acolyte ne vienne briser le silence. C'était Moreau, installé à l'autre extrémité de la rangée, il n'était pas seul. L'IA d'une Normandy se tenait à son côté, regardant dans le vague. À force de grandes gesticulations dans leur direction, il était enfin parvenu à attirer leur attention. Et Vega les invitait maintenant à les rejoindre, d'un geste de la main. Posé à la droite de James, Joker salua amicalement le major, faisant fi du protocole.
-Et v'là que Shepard reçoit une énième étoile de Terra, il y en a qui ont vraiment de la chance. J'étais là moi aussi pour ce réseau, d'accord je n'étais sur le terrain, mais derrière les commandes. Je considère que ça compte.
-Vous êtes frustré de ne pas recevoir de récompense, Joker? Avoir été blanchi, ça devrait largement vous suffire, remarqua Vega. Puis une étoile de Terra, vous en avez déjà reçu une à la fin de la guerre, comme nous tous.
-Et alors, c'était un travail d'équipe, on devrait tous être logé à la même enseigne.
-Je vous en prie, Shepard a morflé pendant des mois pour s'en remettre. Vous ne pourriez pas faire preuve de bonne foi et estimez qu'elle le mérite.
-Ce n'est pas faux… Oh, puis de toute façon j'avais la flemme de me raser, alors je n'aurais pas eu fière allure sur l'estrade pour la recevoir, cette récompense. Ça ne valait pas le coup !
-Si vous le dites… Et vous avez vraiment pu passer incognito comme ça, avec IDA?
-Bien sûr que oui, IV d'aide à la mobilité, vous ne connaissez pas ma vieille astuce?
Vega haussa les épaules.
-J'ai croisé Shepard devant le hall, toujours avec une attelle au bras, mais elle avait l'air bien portante.
Fin juillet, Shepard avait pu quitter l'hôpital, son état jugé satisfaisant. Elle était cependant suivie de très près, une fois par mois elle devait passer une visite médicale. Afin de s'assurer que tout était en place, que son corps s'adaptait toujours aussi bien à ses implants cybernétiques. Lawson avait déjà repris la route, pour s'en retourner à ses projets personnels, son aide n'étant plus requise.
-Je l'ai entraperçue également. Je sais qu'elle a eu quelques difficultés à s'alimenter, des suites de son accident et de son traitement. Mais quand même, elle a peut-être un peu trop forcé sur la bouffe. On dirait bien qu'elle est prise d'embonpoint.
-James…
-Vous êtes vraiment irrécupérable, lieutenant, déclara le major. Ça n'a rien à voir!
-Pourquoi vous le prenez pour vous, Major? De toute manière comme on dit, il n'y a que la vérité qui fâche!
-Ne vous inquiétez pas lieutenant, d'après ma base de données, la corpulence de Shepard ne suggère rien de tel. La démarche du commandant, ainsi que la courbe prononcée de son abdomen sont symptomatiques d'une grossesse. D'après mes calculs, la gestation en serait approximativement à 16 semaines, ce qui correspond au début du second trimestre, répondit IDA, paraissant parfaitement détachée.
-Et là, tu vas finir ta phrase par un « c'est une blague »! N'est-ce pas, IDA?
-Je ne comprends pas le sens de la question, Jeff. Je ne plaisante absolument pas. Ce constat me semblait évident. Le dégoût que provoquaient certains aliments chez le commandant, ainsi que ses nausées à répétition, était déjà pour moi un indice révélateur.
Le temps c'est subitement arrêté de tourner, alors que deux mâchoires menaçaient de tomber. Les deux lieutenants ont alors posé les yeux sur Alenko.
-Et tu ne t'es peut-être pas demandé si ça ne devait pas rester secret, s'ils n'étaient pas au courant?! Grommela Kaidan, à l'attention d'IDA.
-J'en reviens pas, IDA le savait avant vous tous…
Médusés qu'ils étaient d'apprendre cette nouvelle et surtout aussi subitement. La stupéfaction laissait place à un silence gêné. Ce qui devait rester entre Shepard et Alenko, avait à présent éclaté au grand jour. Bien trop pétrifiés pour réagir, ils ne s'aperçurent même pas de l'arrivée du premier spectre humain sur l'estrade, afin de recevoir sa récompense.
15/10/2187 :
Shepard marchait à vive allure dans l'un des couloirs du secteur des ambassades de la Citadelle, visiblement pressée. Elle venait tout juste de quitter son bureau, non loin de celui de l'ambassadeur humain, et de l'administration de l'Alliance qui s'était établie à ce niveau, il y a peu. Le commandant était déjà décoiffé, ce n'était pas faute d'avoir vainement tenté de faire tenir ces courtes mèches de cheveux derrière ses oreilles. Au détour d'un couloir, elle salua rapidement trois turiens d'un signe de la main, visiblement quelques-unes de ses connaissances. Ceux-ci lui répondirent d'un signe de tête respectueux, avant de reprendre leur conversation là où ils l'avaient laissé.
Méditant sur ce qu'elle allait bien pouvoir dire lors de sa prochaine audition, elle n'avait plus réelle conscience du monde qui l'entourait. Aussi, il lui fallut un certain instant, pour entendre les interpellations dans son dos. Le commandant ralentit quelque peu le rythme de sa marche, pour permettre à son acolyte de la rattraper.
-Shepard !
-James!
-Vous avez un moment à m'accorder.
-Si vous arrivez à parler tout en marchant, oui. Je dois me rendre à une session avec le conseil. Et j'ai bien peur d'être déjà en retard.
-Ne vous inquiétez pas pour moi, ce n'est pas une petite course qui va m'essouffler, renchérit-il.
-Au fait, mes félicitations, j'ai appris que vous aviez été promu au grade de lieutenant-commandant.
-Alors vous étiez au courant ?!
-Pour sûr, croyez-le ou non, je reste informée.
Shepard esquissa un large sourire, tandis qu'elle appuyait sur l'interrupteur de l'ascenseur. Ils étaient à présent face à face. James ne put alors s'empêcher de poser les yeux sur cette rondeur, encore surprenante à ses yeux. Et qu'elle tentait visiblement de dissimuler derrière une veste bien trop ample pour elle, aux couleurs de l'Alliance (soit celle de l'uniforme de cérémonie). Cela n'échappa d'ailleurs pas au spectre, qui en avait à présent l'habitude.
-Allez-y, posez des questions si vous en avez, lâchez-vous.
-A vrai dire… Je ne sais pas trop quoi dire.
-Voyez-vous ça, c'est plutôt surprenant venant de vous.
-En fait si, vous voyez je vous l'avais dit. « Pouf Maman Shepard », bien le pouf madame, il est finalement arrivé. J'avais raison, admettez-le. (cf chapitre 6, conversation entre Shepard et Vega)
-C'est vraiment stupide.
Les portes de l'ascenseur s'entrouvrirent enfin, ils en profitèrent pour s'y engouffrer.
-Dites-moi, tout ce que vous portez, ce n'est pas trop lourd pour vous ? Je peux vous débarrasser le temps du trajet.
-Oh, Vega, je vous en supplie. J'ai déjà le même à domicile, je n'ai vraiment pas besoin que vous agissiez comme Kaidan. Je ne suis pas en sucre, je ne suis pas plus différente que d'habitude. Oubliez tous ces vieux clichés sur la femme enceinte, merci.
-D'accord, d'accord…
Vega resta un instant à fixer le sol, les mots lui manquaient, l'atmosphère était étrange.
-Vous allez bien, enfin je veux dire… Vous êtes okay, avec tout ça?
-Je ne vais pas vous mentir, ce n'était absolument pas prévu. Et si au départ j'avais pu choisir, ça ne serait certainement pas arrivé. Moi en mère, on le voit tout de suite comme une bonne blague. Les mômes, tout ça… Ça n'a jamais été mon truc. J'y ai pensé parfois, c'est évident, tout le monde se pose la question au moins une fois dans sa vie.
-Et?
-L'idée me plaisait, mais je ne me suis jamais vue comme telle. Est-ce que j'en serai capable, il y a toujours des doutes. Qu'est-ce que ça donnera, le commandant Shepard? Je ne sais pas si tout ce j'ai fait, est quelque chose dont-on peut être fier.
-Cela ne fait aucun doute, Shepard. Vous avez assuré d'un bout à l'autre, bordel ouvrez les yeux. Vous avez sauvé la galaxie, à plus d'un titre. Vous ferez une chouette maman, j'en suis persuadé.
-C'est gentil de votre part.
-Non, mais surtout avec l'oncle Vega, il n'y aura jamais de problèmes.
Shepard haussa les épaules.
-Au fait, il paraîtrait que vous visez le siège d'ambassadeur humain.
-Où avez-vous entendu ça, je n'en ai jamais parlé.
-Ha, ce sourire il veut tout dire. Écoutez, moi tout ce que je sais, c'est que la place vient de se libérer.
-Plus d'un an qu'il cherchait un remplaçant pour Udina, ils se sont enfin décidés à nommer un nouveau conseiller. Le plus simple était encore de choisir l'ambassadeur. Il paraissait visiblement net, de plus ce n'était pas un ancien soldat de l'Alliance. Ce qui par les temps qui courent, est une véritable bénédiction.
-Comment ça?
-Le conseil tremble de peur, vous savez pourquoi, Gladius Humanitas, les fameux agents infiltrés au sein de l'Alliance. Ils craignent pour leur peau, ce qui est normal. Il faut le temps de laisser couler. Mais pour le moment, tout ce qui a un rapport avec l'Alliance, est un sujet sensible. Il ne fallait pas que la personne nommée, soit une taupe potentielle, si vous voyez ce que je veux dire. Lui, il avait le profil, ça faisait déjà un an qu'il tenait le poste et collaborait étroitement avec le conseil. Bref, l'homme idéal, je ne sais pas encore vraiment ce qu'il vaut mais…
-Ce ne sera jamais pire qu'Udina.
-J'espère que vous avez raison.
-Mais je ne comprends toujours pas, Shepard… Vous-même, vous-vous êtes toujours décrite comme un soldat et rien d'autre. Et maintenant, vous-vous lancez dans la politique.
-Anderson était un soldat lui aussi, et pourtant ça ne l'a pas empêché de passer outre son aversion pour la politique. S'il y a une chose que j'ai comprise, c'est qu'il y a besoin de gens comme nous dans ce monde-là, Vega. J'ai l'influence, je connais leurs petits stratagèmes, leurs manigances, je peux y arriver. Après tout, je suis bien parvenu à unir toutes les forces de la galaxie une fois, dit-elle sur le ton de la plaisanterie.
-Pour une fois que votre notoriété peut vous servir. Vous marchez sur les traces d'Anderson.
-Peut-être bien oui…
« Vous êtes arrivé au Présidium » Déclara une voix via l'intercom de l'ascenseur.
Shepard reprit à nouveau sa marche rapide sous les cerisiers en fleur du Présidium.
-Au fait, ce n'est pas que pour ça que je suis venue vous voir, Shepard.
-Je vous écoute.
-Je crois qu'il doit y avoir une erreur, parce que j'ai été affecté aux commandes du Normandy.
-Non, il n'y a pas d'erreur, je peux vous l'assurer, parce que ça vient de moi.
-Shepard!
-Vous êtes là seule personne à qui je puisse confier le Normandy, sans crainte. Vous avez le profil du job, quoi que vous pensiez. J'avais à peu près votre âge, quand Anderson m'a laissé aux commandes du SR-1.
-Mais…
-Vous voulez vraiment qu'ils partent aux mains de n'importe qui ?
-Non…
-Alors, j'en conclus que vous acceptez.
-Une offre comme celle-là, je crois que même si on n'est pas vraiment intéressé, on ne peut pas refuser.
-Ne le faites pas à contre cœur non plus, que ce ne soit pas une punition.
-Je vous rassure, ce n'est pas le cas. Disons que je vous le garde, juste le temps que vous-vous décidiez à revenir.
Elle acquiesça d'un signe de tête.
-Alors ça y est, vous êtes vieux !
-Comment ça ?
-Bien un jour, vous m'aviez dit que vous ne vous retrouveriez à la tête d'un vaisseau, que lorsque vous seriez trop vieux pour botter des culs.
-Ha Shepard, cette fois, c'est vous qui avez gagné.
27/10/2187 :
-Rien n'y fait, je ne peux toujours pas sentir les politicards.
-Rien de neuf de ce côté-là, et malheureusement, je crois que ça ne risque pas de changer.
-Votre optimisme fait chaud au cœur. Tenez, prenez encore une autre bière, dit-elle tout en lui tendant une seconde bouteille.
-Encore, je viens déjà d'en descendre une.
-Écoutez, moi je ne peux plus, alors je le fais par procuration. Je suis privée de mon café quotidien, je suis obligé de boire du thé infect, je ne rentre plus dans mes uniformes. Alors vous allez boire cette fichue bouteille et sans broncher!
Kaidan leva les yeux au ciel, la bouteille à présent dans sa main droite.
-Vous ne viendrez pas vous plaindre, si je suis complètement pinté à la fin de la soirée.
-Je vous rassure, même comme ça, vous ne serez pas d'un grand danger.
-Comment je dois le prendre?
-Buvez!
Assise à même le sol, Shepard profitait de cette sorte de permission de quelques jours sur terre. Trouver le temps de se voir, devenait une tâche ardue. L'un travaillait sur la Citadelle, l'autre sur Point Zéro. Ce n'était pas le cadre idéal, loin de là, mais jusque-là cela avait fonctionné. À la fin de son coma, il y a plus de quatre mois, on lui avait bien fait comprendre qu'elle ne pourrait décemment pas reprendre sa place à bord du Normandy, du moins pas avant une bonne année. La faute à cet œdème, il fallait le temps nécessaire pour que celui-ci se résorbe totalement. Son bras droit également devait se remettre, à raison de plusieurs séances de kinésithérapie. Elle avait donc fait part de sa volonté de s'immiscer dans le monde de la politique, ce à l'amiral Hackett. Qui était finalement parvenu à lui trouver une place vacante dans les bureaux de l'Alliance, aux ambassades. Un amiral doué d'une certaine notoriété, ne pouvait-être qu'un avantage pour eux. Cette reconversion avait contre toute attente, finalement bien été accueillie. Après des mois de délibération, depuis l'affaire Udina, l'humanité s'était enfin décidée à nommer un nouveau conseiller. En la personne de Friedrich Muller, qui jusque-là avait tenu le rôle d'ambassadeur. Un homme aux origines allemandes, qui avait mené une carrière irréprochable. Tout d'abord économiste de renom, il s'était finalement lancé dans la politique, ce qui s'était soldé par une brillante réussite. (Il avait déjà été évoqué dans le chapitre 8)
À présent que son précédent siège était libre, Shepard ne cachait pas son ambition de l'obtenir tôt ou tard. Si l'on n'avait encore cité aucun nom, celle-ci semblait être en bonne position. Elle bénéficiait encore de son statut de spectre, ce qui était un avantage indéniable auprès du conseil. De plus, elle était reconnue à l'échelle galactique. Par le passé, Elle avait déjà parlementé et négocié avec de hautes personnalités, telles que le primarque Victus, la dalatrace galarienne, ou encore Urdnot Wrex. Elle était douée en diplomatie, la candidate idéale.
-Vous êtes passé voir votre mère, elle se portait bien?
-Oui, plutôt bien je dois dire, elle a trouvé préférable de s'installer dans un petit appartement dans le centre-ville de Vancouver. Elle a jugé que la maison face à la Baie des Anglais, était bien trop grande pour elle seule. Je crains surtout que cela ne lui rappel trop mon père.
-C'est bien, tant qu'elle a un endroit à elle, c'est ce qui importe le plus. On multiplie actuellement les nouveaux projets de construction, la demande de logements est toujours plus forte, pour un nombre de places insuffisant. Beaucoup de foyers ont été détruits, et pas mal de gens n'ont pas encore de vrai toit sur la tête.
-Cette précarité risque de durer encore quelque temps, et les grosses huiles ne font pas toujours les choix les plus judicieux, pour ce qui est de leur ordre de priorité.
-C'est toujours pareil. Beaucoup d'investissements ont également été perdus à cause de Gladius Humanitas. Qui empochait l'argent pour tout autre chose. Si vous avez les moyens de payer, vous pouvez accélérer le processus. Mais sinon, on vous laisse patauger.
Kaidan acquiesça d'un signe de tête.
-Et vos escouades, ça se passe toujours aussi bien? Ils ont d'ailleurs ouvert un nouveau centre de formation pour biotiques. Beaucoup de gens trouvent surprenant que l'Alliance l'ait installé sur Point Zéro, vous savez, avec ce qui s'est passé autrefois.
-Vous voulez parler de Conatix ? Je pense qu'il y a la volonté de passer à autre chose et d'oublier le passer. Et quoi de mieux, que de venir s'établir là où ça avait mal tourné. C'est une façon comme une autre de montrer que les choses ont changé, de passer au-dessus.
-C'est une vision des choses.
-Mais pour vous répondre, ça va oui, la vitalité des jeunes. Chaque fois que je les vois, c'est comme si je prenais un coup de vieux.
-Vous approchez de la quarantaine après tout, doucement mais surement.
-Merci de votre réconfort, Shepard, je n'ai pas encore 37 ans.
Elle le gratifia d'un sourire taquin.
-Mais ça me donne un bon aperçu de ce qui nous attend.
-On vient de signer pour les vingt prochaines années, alors ce n'est pas plus mal que vous soyez préparé. Mais, prévoyez le format légèrement plus petit.
-Ils ne sont pas livrés avec un mode d'emploi?
-Je ne crois pas non, respirez un peu, vous êtes blême. Il suffit de ne pas tourner barge, et on devrait s'en sortir. Voyez Wrex, sincèrement, est-ce qu'il avait le profil d'un père? Et pourtant, il se retrouve avec toute une poignée de moutards. Ou encore Jacob, dans le genre coureur, il excellait, maintenant il a un fils. Tali et Garrus vont adopter…
-Mince, je ne m'étais pas aperçu qu'autant d'entre nous se lançaient dans la parentalité…
-Et pourtant…
La parentalité, ce sujet n'avait jamais été abordée. Car ce n'était pas une nécessité, ni une volonté particulière de l'un ou de l'autre. Les temps ne s'y prêtaient pas non plus. Ils s'étaient toujours connu dans ces contextes d'instabilité et de troubles, Saren, les récolteurs, les moissonneurs, Gladius Humanitas. Ils s'étaient sans doute imaginés finir comme ça, à deux, ça leur convenait bien après tout. La nouvelle avait été un véritable choc, toute une remise en question nécessaire. Une idée à laquelle il fallait se faire, accepter. Maintenant qu'ils y trouvaient là une sorte de bonheur insoupçonné, les choses allaient bien mieux. Mais il y avait toujours cette crainte de ne pas être à la hauteur.
-C'est le baby-boom du 22ème siècle, une véritable explosion démographique actuellement. Après tant de morts, les gens repeuplent. Hackett m'a même fait une proposition l'autre jour. On m'utilise déjà pour les campagnes de recrutement de l'Alliance. Alors il m'a demandé de donner l'exemple avec un slogan comme « Faites comme le commandant Shepard, faites des enfants ! ». Heureusement, il plaisantait. De toute façon, il est évident que j'aurais refusé.
-Aie, je crois que ça brûle là-bas. Je vais aller y jeter un œil!
Kaidan se leva d'un bond pour rejoindre la cuisine en vitesse.
-Je vous assure, ça ne m'aurait absolument pas dérangé de passer commande ! J'aurais même préféré… Marmonna-t-elle d'une voix à peine audible, sur ces derniers mots.
-Ne vous inquiétez pas, il y a toujours un moyen de rattraper.
-Je crois que c'est justement ce que je crains le plus. Ne faites pas cette tête, je plaisante K.
-Shepard, je vous ai pas déjà dit que si vous m'appeliez ainsi, j'en ferai autant avec Shep!
-Ne vous gênez pas, Kasumi m'a déjà collé ce surnom. Je m'y suis habituée.
-Ah, je vois, vous tenez vraiment à ce que je fasse usage du prénom détesté. Je crois que ça commence par un J.
-Alors non, ça je vous l'interdis, si vous n'en prononcez ne serait-ce que la première syllabe…
-Je crois que nous sommes parvenus à un accord dans ce cas.
Shepard le fusilla du regard. Même à l'autre bout de la cuisine, il pouvait le sentir dans son dos, décrochant un sourire victorieux. En signe de reddition, elle consentait enfin à se joindre à table, pour ce qu'elle appelait "l'une de ses innombrables expériences culinaires". Elle peinait à se redresser, face à la résistance que semblait lui opposer son corps. Le commandant ne s'était peut-être pas encore fait à ces bouleversements de son anatomie, qui affectaient à présent sa mobilité.
La table basse à son côté, lui fut d'un grand secours pour se relever. Elle éprouvait encore quelques faiblesses à certains moments. Seul le temps pourrait lui permettre de retrouver la forme d'autrefois, celle du commandant et spectre. Pour se remettre de telles blessures et de cette fatigue physique emmagasinée pendant des mois, il n'y avait pas de remèdes miracles.
[…]
-Alors, James a été prévenu de sa nouvelle affectation.
-Oui, il est venue m'en toucher deux mots, il y a quelques semaines. Je dois dire qu'il ne semblait pas vraiment y croire au départ. Nous n'avions cependant fixé aucune obligation. Dans le sens où il pouvait dire non, s'il le souhaitait.
-Oui, enfin ce genre de promotion, ça ne se refuse pas en général.
-C'est ce qu'il m'a dit. Mais je pense que ça lui a vraiment fait plaisir.
-Et vous, ça ne vous fait strictement rien? On sait tous l'attachement que vous avez pour ce vaisseau, Shepard. C'est parfois même à se demander si vous n'êtes pas mariée au Normandy, c'est un sacré rival.
-Oh non… pas vous aussi…
-Ce que je veux dire, c'est que vous y tenez comme à la prunelle de vos yeux. Je me demandais simplement si ce n'était pas dur pour vous de vous en séparer. Même si vous le confiez à un ami.
Shepard déposa adroitement sa fourchette dans un coin de son assiette.
-Il faut se rendre à l'évidence, Kaidan. Quand est-ce que je pourrai reprendre ma place, sans prendre un certain nombre de risques pour ma santé? Pas avant un bon bout de temps, et ce temps, le Normandy ne peut pas le passer dans un spatioport. L'Alliance pourrait le réquisitionner pour n'importe quoi. Rappelez-vous ce qu'ils étaient en train d'en faire pendant ma détention, un centre de commandes mobiles, ou un truc du genre. Ça me ferait mal au cœur qu'il finisse comme ça.
-C'est un point de vue qui se défend.
-Vega fera bon usage du Normandy, Joker pourra également rester à ses commandes ainsi. Tout le monde y trouve son compte. C'était la meilleure décision à prendre, je ne regrette rien.
-Et ça restera toujours votre vaisseau.
-Kaidan…
-Je n'ai rien dit.
Elle reprit sa fourchette en main, pour s'acharner sur une malheureuse feuille de salade. Son assiette vide, voilà qu'elle prêtait maintenant attention à son verre d'eau. Qu'elle porta à sa bouche pour en boire quelques gorgées, avant de le déposer à sa place initiale.
-Alors comme ça, vous-vous êtes senti menacé par un vaisseau.
- Pas exactement, je dirai même pas du tout.
-Quoi, soyez franc, il y a bien dû il y avoir quelques fois où vous avez ressenti une certaine jalousie. Je ne sais pas moi, avec n'importe qui.
-Vous voulez jouer cartes sur table, Shepard.
-Pourquoi pas, la situation s'y prête bien, puisque l'on est justement autour d'une table. Bon, je veux bien l'admettre elle n'était pas très drôle.
-Dans ce cas, ce sera donnant-donnant, si je dois parler, alors vous aussi.
-Alors, commencez.
-Eh bien, dit-il tout en réfléchissant, il y a eu Liara par le passé. Mais ça vous le saviez déjà.
-Oui et c'était vraiment stupide de votre part, d'ailleurs. Je m'assurais qu'elle allait bien, après tous les traumatismes qu'elle venait de subir. Et tout de suite, les gens en ont tiré leurs propres conclusions.
-Ha, on ne juge pas, Shepard. Mais je l'admets, c'était malvenu de la part de certains
-Qui d'autre...
-Techniquement, je viens de citer un cas, c'est donc votre tour.
-Là, c'est vraiment de la pure tricherie. Mais si vous voulez tout savoir, il n'y a qu'un nom, une seule personne.
Shepard prit un instant pour trouver les mots appropriés, afin de dépeindre ses sentiments avec la plus grande justice possible.
-Cette femme c'était Rhana, vous deviez vous en douter. Je n'étais pas jalouse, je la détestais tout simplement. Elle s'est pavanée sur mon vaisseau, foutant un bordel pas possible en se comportant comme une mijaurée. Elle se pendait littéralement à votre cou, vous, vous faisiez semblant de ne pas le voir. Une chose m'a toujours semblé claire, dès nos premières discussions. Vous avez toujours eu du mal à avaler le fait qu'elle vous ait planté du jour au lendemain. Il était évident que les choses n'étaient pas réglées entre vous. Alors, j'ai préféré ne pas m'immiscer dans vos histoires, afin que vous régliez vos comptes. Cela m'a permis de voir ce qu'il en était vraiment aujourd'hui. Et que vous l'admettiez ou pas, je trouve cela pas plus mal que vous ayez pu la revoir. Car sinon, je suis persuadée qu'elle serait toujours restée dans un coin de votre tête.
-Vous avez terminé?
-Non, une toute dernière chose, s'il vous plaît, ne me comparez plus jamais à elle. Pour le reste je m'en fiche, je considère que j'ai gagné, sans même lui avoir collé mon poing dans la figure.
-Dites-moi, ça fait combien de temps que vous gardez ça à l'intérieur?
-Depuis le jour où elle a commencé à me faire chier sur cette mission, je crois que c'était sur cette station de l'Alliance. Celle où il n'y avait plus âme qui vive. Ou peut-être quand elle s'en est pris à Chakwas… Je ne sais plus, mais le fait est que je l'ai immédiatement vue comme une menace. Vous avez vraiment pensé que tarir des loges sur sa personne devant moi, était la meilleure façon de m'amadouer? Après m'avoir dit trois ans auparavant, à quel point elle avait été importante pour vous.
-Avec le recul, c'était vraiment stupide de ma part, dit-il avec un sourire espiègle.
-Suivant!
-À un moment donné, je dois admettre que j'ai peut-être vu James comme une potentielle menace…
-Jimmy Vega… Vous rigolez…
-Il avait passé six mois entier avec vous lors de votre détention. Il y avait une certaine complicité largement visible sur le Normandy.
-Vous êtes allé la chercher loin cette fois, major. C'est qui le prochain sur la liste, Garrus? On va s'arrêter là, parce que je vais en pleurer de rire.
Shepard vida son verre d'une traite, dans l'espérance de calmer son hilarité soudaine.
-Disons que ça aura eu le mérite de vous faire rire.
-J'espère au moins que toutes ces craintes sont maintenant évanouies. Je crois que vous pouvez amener la viande cette fois.
-Que voulez-vous, shepard, c'est que je vous aime comme la viande aime le sel.
-Pour que ce soit encore plus profond dans votre cas. Il faudrait dire, comme le steak aime le sel. Mais c'est gentil! (référence à une citation d'un conte connu)
18/11/2187 :
C'était une bien joyeuse tablée, composée de pas moins de Dix-sept hôtes. Les rires tonitruant de deux krogans résonnaient plus haut encore, que le brouhaha provoqué par les quinze autres convives, tout aussi enjoués. Autour d'eux, les quelques autres clients du restaurant posaient des regards agacés, sur le cercle très fermé qu'ils formaient. Des plateaux entiers de sushis étaient disséminés aux quatre coins de la table, de même que quelques bouteilles de bière, déjà largement entamées. Ils discutaient vivement, les conversations animés de sujets divers et variés. C'était un méli-mélo de discussions, à celui qui parlait le plus fort pour se faire entendre, quand les autres posaient un mot dès que l'occasion se présentait à eux. Une asari affichait une mine songeuse, elle ne semblait pas faire grand cas de ses quelques voisins de table, ni même de l'humain qui essayait désespérément d'attirer son attention. L'effervescence des lieux semblait l'éprouver plus que toute autre chose, cependant, elle demeurait impassible et sirotait son cocktail. C'était Samara, au côté d'un Zaeed particulièrement pompeux et entreprenant, auquel elle ne répondait que par quelques hochements de tête murement réfléchies.
En face, Vega vidait sa bouteille nonchalamment, avant de reprendre son débat virulent avec le lieutenant Steve Cortez. Miranda Lawson semblait s'extasier devant quelques photos que lui tendait Jacob Taylor, sur lesquelles un bambin de dix ou onze mois ouvrait de grands yeux face à un objet curieux. Liara se chamaillait avec le prothéen, au sujet du titre d'un futur bouquin, comme ils disaient. L'un voulait un « Voyage avec le prothéen » et l'autre, « Voyage avec l'asari ». Tali et Kaidan ne parvenaient pas à se mettre d'accord pour ce qui était de cette fameuse question existentielle, « Quelle est l'omnitech le plus performant actuellement ? ». Puis enfin Traynor fixait suspicieusement IDA, qui fixait Traynor, qui lançait à présent un regard plein de détresse à Joker. Kasumi, quant à elle, tentait de dérober quelques sushis dans les assiettes de ses voisins, ce sans se faire remarquer. Ce qui jusqu'à présent était une brillante réussite.
-Vos gueules ! Beugla soudainement Jack, à l'attention de la petite assemblée. C'est Shepard à la télé !
Seize paires d'yeux se levèrent simultanément sur le large écran d'information, quelques mètres plus hauts.
« -Commandant, commandant shepard, un instant s'il vous plaît ! Juste pour une petite question, vous êtes en direct ! »
La journaliste fit un écart sur le côté, de façon à bloquer le passage du spectre, qui en sembla d'ailleurs passablement agacé.
« Shepard, avez-vous une déclaration à faire sur cette dernière session avec le conseil. »
«J'en dis que si les idiots volaient, on serait carrément dans un aéroport ! » Se contenta-t-elle de répondre.
« Commandant, attendez ! »
-Ha ce que ça fait plaisir, voir les journaleux se prendre un bon vieux vent.
-En attendant, Shepard est quand même méchamment en retard.
-Et quoi Wrex? Vous avez tout un peloton de femelles krogans en rut qui vous attend à la sortie? Non, alors soufflez un peu ! rétorqua Jack, le tact n'étant vraisemblablement toujours pas rentré dans ses mœurs.
-Si on ne me ramène pas un casse-dalle potable tout de suite, je ne réponds plus de moi. Pourquoi ils n'ont pas un fichu rôti varen sur leur carte.
-Dans mon cycle, on aurait dévoré le dénommé Grunt pour le faire taire. Et ça aurait fait le repas.
-Vous avez 50 000 ans de retard, Javik.
-Je n'écouterai pas les remarques venant d'un primitif.
-Il est toujours comme ça ?
-Croyez-le ou non, il ne change jamais de disc.
-Ça me donnerait presque des envies de le balancer par un sas ouvert.
-Visiblement, humaine, nous avons au moins un point commun.
Jack leva un sourcil, dépassé.
-Alors comme ça, on ne peut pas s'empêcher de se chamailler quand je ne suis pas là.
-Shepard!
-Je constate avec plaisir, que vous n'êtes pas passé par la vitre de l'aquarium cette fois. Constata Miranda.
Shepard acquiesça. Elle venait de sortir de nulle part, tout comme à son habitude. Revenant tout juste d'une énième session avec le conseil, depuis qu'elle avait pris ses fonctions il y a quelques mois déjà. Rapidement, elle entreprit de faire un tour de table pour serrer chaque main une à une, n'oubliant pas même IDA. (Je ne sais pas si vous-vous souvenez du débat qu'il y a eu autour d'IDA tout au long de l'histoire, entre ceux qui pensent que c'est véritablement elle. Et d'autres qui ne voient en l'IA qu'un simple simulacre de l'IDA passé. C'est à vous de vous faire votre propre opinion à son sujet.) Elle salua cependant Kaidan d'un simple hochement de tête.
-Comment ça s'est passé au présidium?
-Une fois, rien qu'une fois j'aimerai entendre quelqu'un me dire, « Ok, allons-y tout de suite, sans aucune condition ! » !
-Si c'était aussi facile, Shepard, vous ne seriez pas là.
-Très probablement, répondit-elle, tandis qu'elle gagnait une chaise entre Garrus et Zaeed. C'est pour vous payer ma tête, que vous avez choisi ce restaurant.
-Voyons Shepard, le Palais du Sushi a enfin rouvert ses portes. Nous mourrions tous d'envie de nous y rendre, rien de plus.
-Si vous le dites.
-Mais c'est vrai que c'était l'occasion de se rappeler de vieux souvenirs.
-Et notamment la fois où je suis passée par le plancher.
-Exactement…
-Ce n'était pas un de mes moments les plus glorieux. Wrex pendant que je vous tiens, le conseil vous rappelle bien gentiment de bien vouloir les contacter promptement. Ils ne m'ont pas lâché d'une semelle sur l'expansion krogan.
-Font chier, je n'ai pas que ça à faire moi.
-Eux ne vont pas passer leur temps à vous courir après, c'est votre job, Wrex.
-Et elle, elle est déjà bien trop occupée par l'expansion Shepard, pour gérer vos affaires. C'est ça, d'avoir un polichinelle dans le tiroir.
Quelques mines effarées se tournèrent dans la direction de Jack.
-Quoi, bande de menteurs, ne faites pas comme si vous ne saviez pas. Cela a fait les gros titres sur l'extranet, pendant plusieurs semaines consécutives. Il n'y avait pas moyen d'y échapper, rétorqua-t-elle, ne saisissant pas qu'il s'agissait là d'un reproche pour son manque de discrétion.
-Moi je l'ai su avant vous, mais j'ai vu ces articles, tout un ramassis de conneries. Il y avait même des enquêtes pour savoir qui était le père. Comme si on ne le savait pas déjà tous. (James)
-Je vous signale que je suis là, tint à préciser le commandant.
-Vous en faites vraiment tout un pataquès, James, je crois que nous ferions mieux de changer de sujet. (Liara)
-Ma foi, ça ne se voit même pas, constata Wrex, à présent qu'il examinait Shepard, la tête penchée.
-C'est vrai qu'elle fait vraiment mince, mais j'ai entendu dire que ça variait d'une femme à une autre.
-Les turiens ont déclaré la guerre aux galariens ! (Shepard)
-Il n'y a pas une histoire, comme quoi en fonction de la façon dont se tient la mère, on peut savoir si c'est un garçon ou une fille.
-Si c'est vraiment le cas, pour prendre aussi peu de place, ça ne peut être qu'une fille, elles sont bien moins robustes que les garçons.
-Excusez-moi mais, qu'est-ce que vous venez de dire sur mon hypothétique fille, James?
-Lieutenant, je crois que vous venez de liguer plus de la moitié de la table contre vous ? Je ne sais pas si vous aviez noté la présence de ces quelques demoiselles. Remarqua bien gentiment Cortez, faisant référence à la gent féminine, représentée par huit personnes.
-Ne le prenez pas mal, Shepard, vous savez, c'est comme le débat biotique contre muscle.
-Levez-vous, tout de suite, dit-elle.
-Shepard, vous ne pensez pas sérieusement ?
-Oh, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel, suite à la remarque de Kaidan. Pas de combat, bras de fer dans ce cas, pour ne pas inquiéter ou heurter les âmes sensibles.
-Bras droit, ou bras gauche ?
-Le droit !
-Shepard !
Une nouvelle vague de contestation faisait rage, incarnée cette fois par Miranda Lawson.
-Votre bras n'est pas tout à fait remis.
-C'est l'occasion de le tester.
On dégagea quelques chaises, afin de les laisser prendre place tranquillement. Shepard s'installa face au fraichement lieutenant-commandant, qui la fixait à présent dans le blanc des yeux. Le spectre ramena sa manche un peu plus haut, avant de glisser son bras sur la table, prête. Vega saisit fermement sa main, toujours aussi concentré sur le commandant.
-Faites mois plaisir, une fois que je vous aurais mis une déculottée, allez-vous laver les mains, Jimmy.
-Shepard, vous trichez, c'est quoi cette main qui s'agrippe au pied de table ?!
-Le signal n'avait pas encore été donné, rétorqua-t-elle.
Garrus s'occupa du décompte, et quand les trois chiffres furent prononcés, ce fut le début d'une bataille sans merci. Les quelques premières secondes, aucun des deux bras ne bougea d'un millimètre. Seule la poigne chavirait tantôt d'un côté, puis de l'autre. Seize autres camarades les fixaient avec attention, on formulait déjà des paris, et les notes de crédits passaient de main en main.
-Je vous sens faiblir, Lola.
-La ferme, Vega !
Le spectre sembla en difficulté le temps d'un instant, résistant à cette envie soudaine de porter sa main gauche jusqu'à son épaule droite. Les vieilles douleurs désagréables la guettaient déjà. Miranda devait avoir raison. Elle se contenta de serrer les dents.
-J'en conviens, Shepard, vous m'avez déjà battu deux fois, la première c'était dans la baie d'amarrage du Normandy, notre petit combat. Et la deuxième, lorsque vous avez battu mon record sur la barre de traction, mais aujourd'hui, c'est mon jour !
-James, qui avait gagné le débat des biotiques contre le tas de muscles? Les biotiques, non ? Il s'avère, que j'en suis une.
Shepard défia une dernière fois Vega du regard, avant de rabattre violemment son poignet sur la table, sans qu'il ait le temps de le voir venir. Elle venait de marquer une troisième victoire consécutive. Retirant sa main, pour le secouer son bras endolori.
-Eilidh* Shepard ne sera pas une fillette en short, désolée pour vous, à qui le tour ?!
*Prénom écossais féminin, petit clin d'œil à celui de Kaidan, qui est également écossais (le prénom)
Maintenant que vous avez lu ce dernier chapitre, et que vous avez vu tout ce qui est à savoir (enfin normalement). Je pense que je peux à présent parler de cette grossesse de Shepard. Ce fut vraiment difficile pour moi de décider ou non si j'allais intégrer cette alternative à l'histoire. Pour moi très honnêtement, Shepard est quelqu'un de bien trop détruit intérieurement pour cela. Je reste toujours sceptique quand je lis une fanfiction et que dans ces fins qui grouillent, Shepard finit maman. Au final, j'ai voulu tenter ma version. Je n'ai cependant pas préféré m'aventurer dans des scènes de maternité, je ne suis tout simplement pas parvenu à m'imaginer comment elle serait dans cette position.
Ce qui a achevé de me convaincre, c'est cette scène audio entre Anderson et Shepard, qui a été coupée au montage. Et qui devait normalement se passer lors de leur dernière discussion sur la citadelle, (si vous ne l'avez pas encore vue, je crois qu'elle est disponible sur youtube). Dans laquelle ils parlent de la possibilité pour Shepard d'avoir des enfants, (je m'en suis d'ailleurs inspirée pour le dialogue avec James). J'ai trouvé l'idée pas mal au final. Sachant qu'il y a beaucoup d'adeptes de la théorie des petits enfants bleus, ou de l'adoption avec Garrus. C'était assez dur à aborder avec Kaidan et Shepard, parce que pas une fois ils ne font référence à la parentalité au cours des trois volets de la trilogie.
Tous ceux qui ont hurlé à l'horreur et grimacé en lisant ce dernier chapitre, sachez que je peux parfaitement comprendre. Maman Shepard, rien que de le dire c'est étrange. Mais cela m'a permis de prendre un réel plaisir en achevant cette fanfiction. J'espère sincèrement que vous aurez apprécié cette histoire, il est fort possible que j'en fasse une révision très prochainement, car elle comporte encore de nombreux défauts (je m'en excuse au passage). Il est possible que je revienne assez prochainement pour une nouvelle histoire autour de mass effet, pour un projet collaboratif avec une amie, je n'en dis pas plus.
Si vous jugez que ce chapitre ne clôture pas convenablement l'histoire, n'hésitez pas à me le dire !
Merci et à bientôt !
