Chapitre 29 : Ceux qui ne nous tuent pas…

-Bella-

« Mon cher Compagnon imaginaire,

Ça y est, je l'ai fait et toute seule en plus.

J'ai retrouvé le pub ou je m'étais rendu avec Alice.

Il s'appelle : La Providence.

J'ai cherché la définition sur l'énorme Larousse illustré d'Edward et je trouve que le nom lui va à merveille.

Voilà ce que j'ai trouvé : « Personne ou événement qui arrive à point nommé pour sauver une situation ou qui constitue une chance, un secours exceptionnel »

Je cherchais juste un endroit ou boire un chocolat chaud comme celui qu'Edward m'avait fait goûter, et au détour d'une rue sans le vouloir, je suis tombé dessus.

J'y ai retrouvé le béguin d'Alice : Jasper.

C'est lui qui m'a accueilli, il m'a d'ailleurs offert mon chocolat chaud.

Malheureusement je n'ai pas pu entendre Lillie chanter, ce n'était pas le bon jour.

Mais Jasper m'a assuré qu'elle sera là vendredi, alors je compte bien y retourner.

Peut-être que je devrais y inviter Alice ? Je pourrais lui présenter Jasper puisqu'elle ne lui a jamais adressé la parole ? Et peut-être que si je fais ça, elle me pardonnera peu importe ce que j'ai fait ?

Je voulais y retourner aujourd'hui mais j'ai bien trop peur de me faire pincer par Edward. Déjà la dernière fois c'était moins une, j'ai à peine eu le temps de me faufiler dans le cellier. Il a fait un bond d'au moins un mètre lorsqu'il m'a découvert, ça c'était amusant.

Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi il avait l'air si étonné de me voir. J'ai prétexté être à la recherche d'un ingrédient pour le repas du soir. Ce n'était que demi-mensonge, j'avais effectivement besoin de persil pour préparer des lasagnes…

Il m'a demandé pourquoi je n'avais pas répondu à ses appels de la journée et je lui ai dit que je n'avais même pas vu qu'il avait essayé de me joindre, ce qui est vrai d'ailleurs. Mais je crois qu'il ne m'a pas cru du tout, vu son air. Il n'a pas posé de questions comme à son habitude pour savoir ce que j'avais fait de ma journée et je lui en suis reconnaissante.

Je suis une horrible menteuse et j'aurais détesté avoir à inventer quelque chose pour m'en sortir. Il ne mérite pas que je lui mente, car ne rien lui dire c'est un peu comme si je lui mentais…Mais pour ma défense, je compte tout lui révéler…quand j'aurais trouvé un boulot et qu'il pourra être fier de moi, en attendant je préfère faire profil bas.

Ce n'est que plus tard lorsque j'ai vérifié mon téléphone que j'ai vu les appels manqués ainsi que les SMS qu'il m'a envoyés. On aurait dit qu'il était au bord de la panique. Comme si il avait peur pour moi. Est-ce qu'il a peur de me laisser seule la journée ? Pense-t-il rentrer un jour et trouver mon cadavre ?

Depuis ce jour, j'ai l'impression qu'il me flique un peu. Il m'envoie plus de SMS qu'avant et m'appelle presque tous les midis pour me souhaiter bon appétit.

C'est étrange mais j'aime l'attention qu'il me porte, cela veut dire qu'il pense à moi et du coup je me sens moins seule dans la journée.

Est-ce que c'est mal ?

Je viens de penser à quelque chose.

Pourquoi je n'y ai pas songé avant ! Parfois je peux être complètement à l'ouest c'est effarant.

Je suis toute excitée, que je peux à peine tenir mon stylo.

Je n'ai jamais cru aux signes du destin et à ce genre de chose mais là je crois que c'est évident.

Je dois absolument retourner là-bas et postuler, vu que je connais déjà Jasper peut-être qu'il poussera ma candidature au-dessus de la pile ! »

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-Et alors, qu'est-ce qu'elle a dit ?

-Rien du tout ! Quedal, elle a fait comme si de rien n'était…

-Bah alors pourquoi tu lui a pas posé la question tout simplement ?

-Ah oui gros malin et qu'est-ce que je pouvais lui dire ? Ecoute Bella je sais que tu n'étais pas à la maison de la journée car vois-tu j'ai mis une micro puce espionne dans ton manteau, alors peux-tu me dire ce que tu faisais dans un bar…pendant plus de deux heures…s'il te plait !

Emmett fait la moue avant de me répondre le plus sérieusement du monde

-Ouais entre autre, ça sonne plutôt bien.

Des fois j'ai envie de le baffer tellement fort…

-Tu mérites des claques parfois je te jure, soupiré-je

-Si tu veux mon avis tu te prends beaucoup trop la tête avec cette histoire de petit boulot. Si elle veut trouver un travail tant mieux pour elle ! De toute façon tu ne pourras pas la garder éternellement enfermé chez toi…

Ne me voyant pas répondre il insiste sur la question.

-Pas vrai hein ? S'il te plait Edward ne me dis pas que tu vas séquestrer cette pauvre fille…

-Non gros bêta, je bougonne dans ma barbe avant de lui balancer une courgette qu'il gobe aussitôt

Tout fier de son exploit, il se tapote le ventre d'un air idiot.

Mon attention se porte sur mon portable lorsqu'il vibre avec insistance dans ma poche. J'en viens à craindre de regarder mon propre téléphone tellement je suis contrarié par les nouveaux projets de Bella, auxquels elle ne juge pas bon de m'inclure.

Comme je le craignais, Bella prend la poudre d'escampette vers la ville. Je ressens un léger pincement au cœur de ne pas savoir avec certitude où elle se rend. La faute m'en revient je n'aurais jamais dû lui donner un double de clé.

A peine cette pensée a traversé mon esprit que je me sens aussitôt coupable. Emmett a raison, je ne peux décemment pas la garder enfermée éternellement. C'était un risque à prendre je connaissais les conséquences en lui confiant un double.

Mais je ne m'attendais certainement pas à ce qu'elle prenne autant goût à être dehors. Je m'imaginais qu'elle se contenterait d'une sortie avec Alice de temps à autre. Mais absolument pas à ça, c'est de ma faute, peut-être l'ai-je trop poussée après tout.

Alice.

J'ai été un horrible ami ces derniers temps avec elle. Je trouverais le moyen de me faire pardonner bien assez tôt. Pour l'instant je suis bien trop obsédé…non absorbé par Bella.

Je la regarde avancer à vivre allure, surement à bord d'un taxi avant d'être déposé dans le même coin de la ville qu'hier. Je fronce malgré moi les sourcils tandis que je sens Emmett se pencher vers moi pour jeter à œil sur l'objet de toutes mes préoccupations.

-J'arrive pas à croire que je me rends complice d'un truc pareil !

Il secoue la tête, désapprobateur et je ne trouve rien à lui rétorquer en retour.

-Qu'est-ce qui vous absorbe autant les mecs, un film porno ?

Emmett se redresse tellement vite qu'il manque renverser son plateau, c'est limite risible, sauf que la personne en face de moi m'enlève toute trace de sourire par sa simple présence.

-Tanya bordel, crache Emmett qui peine à enlever une tache de ketchup sur son sweater à l'effigie de Beyonce. Tu ne peux pas mettre une clochette au bout de ton foutu cou !

-Je suis plus collier…genre rivière de diamant, si tu vois ce que je veux dire, mais probablement pas ! Rétorque-t-elle acide.

Je profite de leur altercation pour ranger discrètement mon téléphone et terminer mon repas.

-Tout ce que tu mérites c'est un collier pour chien !

-Sérieusement Emmett regarde toi et demandes-toi qui de nous deux a vraiment l'air d'un chien !

-Tu n'es qu'une espèce de sorcière et en plus tu as ruiné mon sweat préféré…

-Qui se soucies de ton…Hey où-est-ce que tu vas ? S'exclame Tanya lorsqu'elle me voit me saisir de mon plateau.

-Passé un coup de fil à Alice, vous me fatiguez avec vos gamineries tous les deux !

-Hey ! Se plaint Emmett

Tanya émet un petit bruit de gorge moqueur avant de lever les yeux au ciel.

-Ne me dis pas que tu es toujours en contact avec cette cinglée bipolaire?!

Je ne relève même pas cette pique cela serait une pure perte de temps et m'éclipse sans un regard en arrière. Dès que je suis assez loin et sûr de ne pas me faire surprendre par Tanya, je récupère mon téléphone et continue ma surveillance.

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Je n'ai plus aucun doute désormais, en plus de me cacher quelque chose de gros, Edward m'évite.

Ce n'est pas comme s'il avait pour habitude de me confier ces secrets, mais d'ordinaire Edward Cullen n'a pas de secret. Tout simplement.

Je sais avec qui il traîne, ce qu'il mange et aussi avec qui il couche.

Que voulez-vous, une femme doit garder un œil sur ses investissements. Première leçon les filles.

Mais depuis quelques mois, Edward n'est plus le même. Il est distant, ne fais même plus semblant de me tolérer, ne sort pratiquement plus de chez lui, et surtout il a toujours l'air niais de quelqu'un d'heureux sans aucune raison apparente.

-Alors ?

-Alors quoi Tanya ?! Tu ne vois pas que je suis occupé à nettoyer tes…

-Dis-moi plutôt ce que vous étiez en train de regarder sur le portable d'Edward, j'exige un peu trop brusquement pour quelqu'un comme Emmett.

-Ne compte pas sur moi grognasse, je ne sais pas pour qui tu te prends parfois mais je t'assure, tu devrais redescendre de ton trône en carton parfois !

-Allez quoi, je me radoucie et tente une nouvelle approche. Je pourrais t'avoir de ces pilules pour ton régime.

Oups mauvaise pioche.

Emmett est sur ses pieds plus vite que je ne l'aurais cru capable avec sa grande carcasse et pointe un doigt accusateur sur moi.

-Toi et tes cachets pouvez aller vous faire foutre ! T'as failli me tuer la dernière fois avec tes conneries et je suis prêt à parier que tu l'as fait exprès !

Je lève les yeux au ciel excédé par ses enfantillages. Quel imbécile avale les cachets sans regarder les effets indésirables avant ?

-Et c'est reparti pour les pleurs. Toutes ces stéroïdes pour avoir un corps d'athlète et pourtant tu passes encore ton temps à chouiner comme un gros bébé geignard Emmett McCarthy

-Je ne suis…Tu sais quoi laisse tomber ! Trouves-toi un autre cobaye j'en ai fini avec toi Tanya !

-Quoi… Eh non Emmett !

Je l'attrape par le bras pour tenter de le retenir mais il se dégage violemment manquant presque me faire tomber. Je garde l'équilibre en prenant appui sur une chaise et replace nerveusement une mèche de cheveux.

Les élèves alentours me jettent des coups d'œil furtifs mais je préfère les ignorer, n'ayant yeux que sur le dos qui s'éloigne de cet imbécile d'Emmett.

Il va me falloir faire des pieds et des mains pour qu'il accepte de nouveau de me parler sans que ce soit pour m'insulter.

De toute façon mon projet est bientôt bouclé, je n'ai plus vraiment besoin de lui pour rédiger mes dernières conclusions, et je sais déjà qu'il ne me révélera rien sur Edward. Je vais devoir investiguer toute seule, dommage je déteste faire le sale boulot.

Mais je vais quand même lui racheter un de ces sweaters immondes à l'effigie d'une star. Parce qu'il faut toujours garder ses amis proches et ses ennemis encore plus proche. Deuxième leçon les filles.

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Pourquoi ce bar ?

Et deux fois de suite en plus !

Je croyais qu'elle cherchait un travail dans un restaurant, c'est ce qu'elle avait dit non ?

Qu'est-ce qu'elle peut bien chercher là-bas ?

Est-ce qu'ils lui ont proposés un travail ?

Et quel travail, serveuse ?

Est-ce qu'elle va porter des plateaux remplis de cocktails à des hommes, qui vont passer leur temps à la reluquer toute la journée ?

Il est hors de question que je la laisse se gâcher ainsi.

J'ai lancé une recherche sur internet pour en savoir un peu plus sur « La providence ». Malgré son adresse dans un quartier douteux, c'est un bar d'assez bonne réputation qui prête sa scène à des comiques ou à des chanteurs amateurs.

Il est peut-être temps de lui proposer de retourner chercher ses papiers.

Mais pourquoi elle ne m'a rien dit ?

-Votre attention s'il vous plait ? Jeunes gens, un peu de calme

Je lève la tête quelques secondes le temps d'apercevoir le doyen sur l'estrade.

Que fait-il ici ? Me serais-je trompé de salle ? Non impossible le doyen ne dispense aucun cours de toute façon.

Je vérifie quand même en jetant un rapide coup d'œil autour de moi et suis instinctivement rassuré lorsque je reconnais la plupart des élèves. Je suis tellement absorbé par mon portable, que j'aurais très bien pu me tromper de salle dans ma précipitation pour trouver un siège loin des regards indiscrets.

Je me redresse et abandonne pour quelques secondes ma surveillance pour prêter attention au doyen.

-Vos trois dernières heures de cours ont malheureusement été annulées. Votre professeur a glissé sur une plaque de verglas ce matin.

Il s'interrompt pour calmer le brouhaha ambiant tandis que mon cerveau s'active à plein régime.

-Du calme voyons vous avez passé l'âge de vous réjouir pour si peu jeune gens. Je pensais vous trouver un remplaçant assez rapidement mais il semblerait que vous dussiez attendre demain alors…

Il n'a même pas finit sa phrase qu'une horde d'étudiants surexcités préparent leurs affaires pour quitter l'amphi. Je fais bien entendu parti des premiers à quitter la salle.

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-Hey Alice, c'est moi…Bella…Encore. Ecoute je suis désolé de te harceler comme ça, mais…Je voulais juste te parler, savoir comment tu allais…Et m'assurer que…je ne sais pas...Edward a dit que je devais te laisser un peu de temps pour te reposer…mais…mon Dieu, je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais…tu me manques…un peu. Enfin bref…j'ai tellement de choses à te raconter…On pourrait se retrouver quelque part en ville…je ne sais pas…voilà…Alors décroche…S'il te plait.

Je ne perds pas espoir, c'est le troisième message que je laisse sur son répondeur.

J'aurais pu la tenter en lui proposant directement un rendez-vous au pub, mais je veux qu'elle vienne pour moi et non pas pour baver devant un garçon.

Garçon qui d'ailleurs, me fait attendre derrière un groupe de clients assez bruyant. Il m'a repéré dès que j'ai passé la porte et m'a fait signe d'attendre à l'une des nombreuses tables.

Je suis assez nerveuse tandis que je tourne et retourne dans ma tête le discours que j'ai préparé un peu plus tôt dans la journée. Je n'arrête pas d'essuyer mes mains moites sur mon pantalon en velours bordeaux, enfilé exprès pour l'occasion, accompagné d'une chemine dans les tons rouges, que j'ai mis plus de vingt minutes à repasser.

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En descendant les marches qui mènent au parking, je tente de calmer mes ardeurs et essaie de réfléchir posément.

J'ai le choix.

Je peux me montrer raisonnable et utiliser ce temps libre pour étudier et m'avancer sur différents devoirs. Partant du principe qu'elle a toute ma confiance et que j'attendrais le temps qu'il faudra pour qu'elle se confie à moi

Ou je peux directement rentrer à la maison et attendre patiemment le retour de Bella. Elle n'aura aucun moyen de m'échapper cette fois-ci et je pourrais ainsi la questionner sur ses allers et venues de ses derniers jours.

Ou je peux tout simplement me rendre dans ce bar et constater par moi-même ce qu'elle y fait. Cela contribuera très certainement à calmer mes doutes sur le sujet.

Je ne vais pas me mentir, j'ai à peine claqué la portière de la voiture que j'ai déjà pris une décision.

Je me retrouve ainsi à foncer dans les rues de la ville en suivant les indications de mon GPS.

Je n'ai pas encore réfléchis à ce que j'allais faire lorsque je serais là-bas.

Est-ce mieux pour moi de me tapir dans un coin sombre et d'observer sans être vu ?

Ou devrais-je de but en blanc la mettre devant le fait accompli ?

Je peux aussi feindre de me trouver là par hasard ?

J'arrive bien plus vite que prévu devant le pub en question et je n'ai toujours pas pris de décision. Son énorme enseigne clignotante semble me narguer en me mettant au défi d'entrer si je l'ose. Je coupe le contact et enfonce un bonnet noir sur ma tête pour masquer mes cheveux. Je rabats le col de mon manteau le plus haut possible sans pour autant parvenir à dissimuler entièrement mon visage.

Il me suffit juste d'entrer, de commander une boisson et de trouver une table au fond de la salle qui me donnera une bonne vue d'ensemble sur la pièce.

Et si Bella avait vraiment été embauché dans ce bar ? Que ferais-je si je tombe nez à nez avec elle ?

Il est trop tard pour spéculer, je pousse déjà l'énorme porte et m'engouffre à l'intérieur tête baissée.

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Installée sur une des nombreuses banquettes, je regarde par la fenêtre la ville poursuivre son activité fébrile sous la neige. C'est apaisant de regarder tous ces gens vaqués à leurs occupations sans savoir que quelqu'un quelque part les espionnent en secret. Cela me donne l'impression d'avoir un quelconque pouvoir sur eux.

La plupart se pressent dans les boutiques ou s'engouffrent dans les restaurants et les bars environnants. Quand je vois une femme ressortir les bras chargés de provisions, je me rappelle alors que Thanksgiving approche à grands pas.

Je devrais peut-être commencer à faire une liste des ingrédients dont j'aurais besoin pour préparer un bon repas à Edward. Cela risque d'être un peu triste si il n'y a que nous deux, je devrais songer à inviter Alice, si d'ici là elle daigne reprendre contact avec moi.

Je commande un chocolat chaud avec supplément chantilly, mais cette fois-ci je le paie directement à la serveuse. Je n'ai pas envie de donner une mauvaise image de moi et que Jasper s'imagine que je ne suis là que pour les boissons gratuites.

J'attends encore une bonne dizaine de minutes avant qu'il trouve le temps de me rejoindre. Je vide mon chocolat d'une traite et l'invite à se joindre à moi. Il regarde par-dessus son épaule et crie à l'une des serveuses derrière le comptoir qu'il prend une pause.

-Eh bien je ne m'attendais pas à te revoir si vite. Avoue tu n'as pas pu résister à mon charme Bella !

J'en perds momentanément mes moyens avant de rougir comme une tomate.

-Beurk…Non ! Je m'exclame un peu trop vivement avant de me rendre compte de mon manque de tact.

-Beurk ? Tu as une fâcheuse tendance à me briser le cœur Bella.

Il affiche une expression blessé et je m'empêtre dans des excuses bancales avant de comprendre qu'il se moque encore de moi.

-Bon si je comprends bien, tu n'es pas revenu pour mon charme dévastateur et j'imagine que ce n'est pas non plus pour nos chocolats chauds, ils sont atroces, chuchote-t-il sur le ton de la confidence.

-Je les trouve très bien comme ça, contrai-je.

-Ah enfin un compliment ! Un peu plus et je t'aurais classé dans les insatisfaites chroniques, plaisante-t-il en s'installant sur la banquette face à moi.

Je ris de bon cœur, il est aisé de discuter avec Jasper. Il a visiblement un don pour mettre les gens à l'aise. Il me donne l'impression que rien n'a d'importance et que je peux rire de tout si je le souhaite. J'ai cependant une question importante à lui poser, je prends une profonde inspiration sans trop savoir par où commencer.

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Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien se raconter ?

Cela fait au moins une demi-heure que joli cœur est assis en face de Bella à babiller comme un imbécile.

Joli cœur, à défaut d'avoir son nom, c'est le serveur blondinet un peu trop entreprenant avec Bella.

Elle rit à ses blagues sans hésitation et elle le laisse même la toucher.

La toucher bordel !

Il m'a fallu plus d'un mois avant qu'elle accepte que je la touche.

Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ?

Est-ce que c'est le sourire idiot qu'il affiche à chaque fois qu'elle ouvre la bouche ?

Ou peut-être son look grunge que je trouve personnellement dégueulasse, on dirait qu'il ne s'est pas lavé depuis des jours.

Ses cheveux, trop longs pour un homme, forment des locks à certains endroits. Bella ne peut pas être attiré par un gars comme lui, ce n'est pas possible !

En même temps, qu'est-ce que j'y connais à ses goûts en matière d'homme ?

C'est vrai ça, d'ordinaire je n'ai pas besoin de faire grand-chose pour que les filles tombent sous mon charme. Mais avec Bella c'est différent, elle reste insensible à mon charme, et j'ai dû batailler pendant deux longs mois pour qu'elle m'accorde un semblant de confiance. En même temps ce n'est pas comme si j'essayais par tous les moyens de la draguer mais tout de même, je suis plus habitué à réussir mon coup peu importe ce que je fais.

Une serveuse passe à proximité de ma table et je fais semblant de regarder par la fenêtre pour ne pas trop attirer l'attention sur moi. Elle s'arrête cependant pour me proposer une autre pinte de bière avec un large sourire aux lèvres, je confirme ma commande sans même la regarder.

Je l'entends s'éloigner en soupirant bruyamment. Je n'ai pas le temps de soigner son amour-propre, je lui laisserais un gros pourboire pour me faire pardonner.

Pour l'instant je dois juste essayer de comprendre la relation qui unit Bella à ce…hippie car je ne vois pas d'autre mot pour le définir. Ma serveuse revient avec ma boisson et cette fois-ci elle n'essaie même pas de flirter avec moi.

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-Est-ce que ça va, tu as l'air…stressée Bella ?

Jasper pose sa main chaude sur la mienne, mais je refuse de me laisser déconcentrer par son regard plein de sollicitude et lance de but en blanc :

-Je cherche un travail et je me suis dit que je pouvais te donner ma candidature pour que tu la transmettes à ton patron et peut-être que tu pourrais parler en ma faveur…si tu le souhaites bien sur je ne te force à rien…Je suis travailleuse, je n'ai pas peur de me salir les mains, je pourrais aussi bien travailler à la plonge ou…en cuisine si il y a une place vacante, je ne veux surtout pas piquer la place de quelqu'un d'autre…sinon je peux aussi être serveuse, je ne vais pas mentir je ne l'ai jamais fait mais j'apprends vite, même si je ne suis pas la personne la plus coordonnée du monde je ferais un effort pour éviter les catastrophes…J'ai écrit que j'étais chef pour un particulier mais ce n'est pas vrai…en fait c'est pas totalement faux non plus, mais on peut pas vraiment dire que je suis « chef ». Je prépare ses repas matins, midis et soirs mais rien de très recherché comme un vrai chef de restaurant, mais il a dit que ce serait mieux de mettre des mots importants…ou un truc dans le genre je me rappelle plus…Ah oui et je suis nul en sport d'équipe, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas capable de travailler avec les autres hein ! Au contraire, j'adore ça, enfin dans la mesure du possible, mais là encore c'était son idée, mais je ne veux pas mentir ou te faire croire que je suis quelqu'un que je ne suis pas…si ça a du sens pour toi…

Lorsque je cesse de parler, il me faut une bonne poignée de seconde pour reprendre mon souffle, je risque un coup d'œil vers Jasper afin de vérifier que mon discours ne l'a pas assommé, et le trouve en train de me regarder bouche ouverte, avec une expression étrange sur le visage.

-Ben merde alors !

C'est tout ce qu'il prononce avant d'éclater d'un rire tonitruant. Quelques clients nous lancent un coup d'œil par curiosité mais finissent par se détourner tandis que moi, je suis carrément gênée.

D'une part parce que je ne comprends pas pourquoi Jasper rigole comme ça, et d'autre part parce qu'il a le rire d'un animal en rut, si bien que je ne sais plus ou me mettre.

Sans blague ! A chaque fois qu'il s'interrompt pour prendre sa respiration, il laisse échapper un cri qui ressemble à s'y méprendre au cri du phoque.

Est-ce qu'Alice connait ce trait de caractère de Jasper ?

Parce qu'un rire pareil doit sérieusement peser dans la balance dans le choix d'un petit-ami, non ?

Quelques serveuses rient sous cape en secouant la tête, comme si elles étaient habituées à le voir s'éclaffer de la sorte.

Je me racle la gorge espérant le voir retrouver son sérieux mais rien n'y fait, je gigote sur la banquette mal à l'aise, et me demande si je ne devrais pas tout simplement m'en aller discrètement.

Je m'apprête à rassembler mes affaires lorsqu'un hoquet de l'autre côté de la table me fais lever la tête.

Jasper essuie ses yeux pleins de larmes d'un revers de main.

Je suspends mes gestes, sourcils froncés, prête à m'enfuir à la prochaine crise de rire de sa part.

C'était une mauvaise idée, je n'aurais pas dû abuser de la gentillesse de Jasper en tentant de lui soutirer un emploi. Je m'apprête à lui présenter des excuses, mais il lève la main pour m'intimer le silence ou peut-être pour reprendre ses esprits, que sais-je.

-Oh non je t'en supplie ne dis plus rien !

Je ne vois pas trop ce que j'ai dit qui puisse lui paraitre si drôle.

Je n'ai fait que vomir le discours, qui récité dans ma tête me paraissait tout à fait logique. Sauf qu'une fois passés ma bouche, les mots se bousculaient sans ordre précis pour ne former qu'une succession de phrase surement sans queue ni tête…Bon d'accord je comprends mieux pourquoi il rigolait.

Il renifle bruyamment avant de reprendre la parole.

-Je n'ai pas tout compris dans ce…charabia mais je pense que l'idée principale est que tu cherches un boulot c'est ça ?

Il me fixe, toute trace d'amusement envolée mise à part l'éclat dans ses yeux encore humides. Je hoche la tête par l'affirmative préférant jouer la sécurité et ainsi ne pas provoquer une nouvelle crise de rire de sa part. Il survole mon cv quelques instants, durant lesquels je n'ose même plus bouger de peur de le déconcentrer, avant de reprendre la parole.

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Espèce d'imbécile !

Qui rigole de la sorte ?

Je parie qu'il en fait trop juste pour l'attirer dans ces filets, branleur !

Je devrais aller chercher Bella, la prévenir des dangers.

Mais quels dangers ?

Rire avec un inconnu n'a jamais constitué un quelconque danger.

Et puis comment expliquer ma présence si je me fais connaître ?

Non, le mieux est encore de rester ici, planqué à l'espionner là où elle ne peut pas me voir.

J'aviserais en fonction de ses réactions.

Je m'apprête à commander un autre verre lorsque je remarque l'heure sur la pendule fixée au mur.

Ou peut-être que je pourrais renter à la maison et l'attendre là-bas. Si mes calculs sont bons, elle ne devrait pas tarder à quitter le bar pour rentrer avant moi, sauf que cette fois-ci, je suis prêt.

Et là, elle n'aura d'autres choix que de me révéler ce qu'elle a fait ces derniers jours, et qui est ce garçon pour elle.

Je les surveille du coin de l'œil tandis que ce bon à rien, pose de nouveau sa main sur celle de Bella.

Mais pourquoi elle le laisse faire ?

Ils semblent en grande conversation tous les deux penchés l'un sur l'autre. Si je reste ici encore à les regarder, je risque de faire une bêtise.

Je jette quelques billets sur la table et enfonce mon bonnet sur mon crâne avant de me diriger vers la sortie. Arrivé à leur hauteur, je dois faire un effort surhumain pour ne pas trainer Bella jusqu'à la sortie avec moi et encore plus pour ne pas me retourner lorsque je l'entends rire.

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L'attente.

Il pouvait la supporter.

Il avait toujours su se montrer patient.

Même trop parfois, si bien qu'elles avaient finies par lui filer sous le nez, l'une après l'autre.

Mais au final, il avait été récompensé par tant de patience, car la chance avait tournée et il pouvait désormais songer à récupérer ce qui était sien.

Le froid par contre, c'est une autre affaire.

Il avait contrarié ses plans, l'obligeant à repousser sa surveillance de plusieurs jours.

Il avait patienté, écoutant le souffle du vent à l'extérieur de la camionnette.

Le nez qui coule, la gorge en feu à force de tousser, le bout des doigts gelés, il avait tout enduré pour ne pas en perdre une miette et rien n'aurait pu le faire quitter sa planque.

A plusieurs reprises, il avait dû changer de place pour ne pas attirer l'attention, et il finissait toujours par revenir.

Mais le froid avait fini par avoir raison de lui.

Il s'était retrouvé cloué au lit pendant toute une semaine à cracher ses poumons dans une vulgaire coupelle de verre à moitié fendue. Maudissant, dans un état de folie passagère due à la fièvre, ces garces qui l'obligeaient à mettre sa santé en péril.

Mais l'idée de retrouver ces jouets perdus le ramenait aussitôt sur terre.

Il avait un but, un objectif à atteindre pour se prouver à lui et à tous les autres qu'il était capable de grande choses lui aussi.

Il oubliait alors la souffrance, celle de son corps du moins.

Car celle de son esprit ne s'en allait jamais complétement.

Toujours là à le tourmenter jusqu'à ce qu'il s'empare d'une de ces fidèles lames.

Elles, ne l'avaient jamais trahie.

Lui procurant à chaque coupe, la sérénité d'esprit dont il avait besoin.

Lui permettant de fomenter un plan dès qu'il serait rétabli de ce rhume.

Deux semaines, c'est le temps qu'il avait dû attendre avant de remettre les pieds dehors. Désormais qu'il était guéri, il devait rattraper le temps perdu et mettre en action son plan pour la faire sortir de son trou.

Patience.

Encore quelques jours et il pourrait retourner au bar ou elle chantait. Il connaissant ses habitudes sur le bout des doigts, savait où elle vivait et qui elle voyait la salope.

Mais il devait d'abord tout préparer pour leurs venues dans ce qui serait leur dernière demeure.

Il reprit ses travaux là où il les avait arrêtés, s'empara du marteau et frappa en s'imaginant tout ce qu'il pourrait bientôt leur faire à toutes les deux.

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Merci pour votre soutien à travers vos reviews.

Cela m'a fait énormément plaisir de voir de nouvelles têtes me laisser une trace de leur passage. Rien ne vous oblige à le faire à chaque chapitre mais j'avoue que de temps en temps ça fait du bien alors merci 3

Vous avez remarqué la petite modif du proverbe dans le titre ?

On est entré dans la tête de Tanya avec ce chapitre, comment avez-vous trouvé ses leçons de vie pour filles vénales ?

Et Edward jaloux comme un poux voilà ce que l'on gagne à jouer le vilain petit garçon pisteur de fille.

Notre invité mystère avait attrapé la grippe…snif pauvre de lui. Mais le voilà de retour…plus fou que jamais !

Pour rappel sur mon blog il y a une photo de la tenue de Bella pour les plus curieuses (lien sur mon profil)

A vos com j'attends vos théories et avis sur le chapitre.

Prochain chapitre, la confrontation entre Bella et Edward.

Spechell