Hello, voici la fin du Phoenix, en espérant que ce petit final vous plaise et vous donne envie de suivre les aventures de Melbourne au prochaine tome: The Second Wizarding War dont le prologue sera posté la semaine prochaine. Vous pouvez suivre les actualités et discuter avec moi sur ma page Facebook: . /
Bonne lecture!
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Epilogue: The incapacity of turning the page
Les longues, fastidieuses, douloureuses, et par moments inutiles, entrevues tenues avec Madam Pomfrey lui avaient au minimum permis de saisir la raison du profond mal-être qui rongeait, rongeait, rongeait son âme au risque de la voir partir en lambeaux. Et bien que désormais fixé, il n'en demeurait pas moins que l'angoisse qui l'écrasait tout entier depuis tant de temps ne s'était allégée, loin s'en fallait, hélas.
Charlie replia l'exemplaire du Daily Prophet qu'il avait compulsé. Au détriment du principal concerné, le journal avait dédié un article assez complet quant à l'acquittement du professeur Melbourne, en faisant cas que des erreurs de jugement et d'interprétations avaient été la source du (second) procès qu'il avait dû subir.
Le soulagement était total, car sinon, il aurait trouvé cela injuste et inhumain que le jeune homme soit puni à cause de faits infondés et inexacts à son encontre. Par la suite, il se leva et croisa son reflet dans le miroir de plain-pied proche de son lit dans le dortoir qu'il occupait avec ses camarades Adele, Norah et Susan – oh, si elles avaient vent qu'elles avaient dormi avec un garçon tout au long de l'année scolaire, pour sûr qu'elles auraient hurlé d'effroi et demandé sur-le-champ à leur Directeur de Maison un changement de considération.
Si elles ne le traiteraient pas de fou, tout simplement parce que ce fichu miroir lui renvoyait un Charlie enfermé dans un corps de fille.
Son coeur se serra, douloureusement, des larmes brûlantes pointèrent aux coins de ses orbes, ses lèvres se mirent à trembler un peu sous le coup de l'émotion.
Comment était-il possible qu'il fusse un garçon né dans un corps assigné dans le genre opposé? Comment la nature avait-elle pu être cruelle à ce point, hormis pour le laisser souffrir sa vie durant? Or, il était certain de ce qu'il avait fini par comprendre: il était un garçon, ni plus ni moins.
Et qu'en penseraient ses parents? Oh, non, il ne valait mieux pas y songer; non, non, non! Ils seraient détruits, démolis, en colère, furieux, désarçonnés, dans l'incapacité totale de comprendre. Cela, aussi, il en était sûr. Admettre que leur fille était un garçon manqué et la laisser agir comme tel n'avait rien de comparable que de savoir que cet enfant aimé était en vérité un trans garçon. Un fossé immense d'ouverture d'esprit à ce qui était une partie de la réalité qui façonnait la vie, une tolérance et une acceptation totales séparaient ces deux cas de figure différents.
Les mains de Charlie tremblèrent elles aussi, puis son corps entier.
Et ses enseignants, les autres élèves de Hogwarts?
Il soupira, inspira, expira, devant ce reflet qui le révulsait tout autant que la toute première fois qu'il avait commencé à se haïr d'être ainsi. Avec lenteur, douleur, il se rassit sur son lit et termina de plier ses affaires. Contrairement à ses camarades de chambrée qui avaient fait leurs bagages au fur et à mesure de la semaine, lui s'y prenait sur le tard. Boucler ses valises rendait le départ plus concret, plus palpable, plus réel et angoissant. Il ne souhaitait pas rentrer chez lui, à Alford. Oh, non. Il aurait aimé que cette année scolaire ne s'achève pas – du moins, la période depuis qu'Umbridge avait été démise de ses fonctions, que McGonagall était revenue de Saint Mungo en forme, et que Dumbledore ait repris son poste de Directeur; concluant dix mois houleux. Les examens des premières, secondes, troisièmes, quatrièmes et sixièmes années avaient pu se tenir normalement – se déroulant juste après les épreuves des OWL et NEWT.
Pour ce qui concernait la Défense contre les Forces du Mal, comme le procès de Melbourne n'avait pas encore eu lieu, ce fut Snape qui avait supervisé les examens, aussi froid, austère et grincheux qu'à l'accoutumée. Il avait même semblé à Charlie qu'il était davantage sur les nerfs que d'habitude, pourtant tout était revenu à l'ordre, n'est-ce pas? Il ne pouvait savoir que d'avoir couvé leur ex enseignant de Défense l'avait passablement éreinté et failli le pousser vers des considérations humaines qu'il avait crues mortes et enterrées depuis près de quinze ans; et que depuis que le Lord avait reparu, il avait dû essuyer quelques remontrances avec ses autres collègues. Ces allégations inconnues, et l'élève n'ayant pas souhaité avancer diverses hypothèses alambiquées à son encontre, il s'était concentré tout entier à ses examens théorique et pratique de Défense avec pour objectif principal de rendre justice à l'enseignement précieux que Melbourne leur avait transmis. Il espérait de tout coeur y être parvenu.
Une fois qu'il eut terminé de ranger ses effets dans sa malle, il évoqua un Tempus, et non content d'y être parvenu du premier coup, il nota qu'il était temps pour lui de dîner à la Grande Salle. Le discours de fin d'année serait prononcé en ce soir, et autant dire que, si ce n'était de la hâte d'ouïr ce que le Directeur aurait à dire, au moins voulait-il oublier l'espace d'un instant ses tourments personnels.
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C'était bizarre de noter la place vacante de Melbourne – c'était différent du courant de l'année, lorsqu'il criait par son absence. Pour Charlie, c'était comme s'il manquait un élément essentiel, vital, quant à ce qui animait le château.
Le brouhaha usuel, débridé depuis que la grenouille ne paradait plus dans les couloirs, résonnait entre les quatre murs de la pièce haute de plafond, ce dernier, enchanté, montrant une imitation du ciel en affichant un temps ensoleillé. Cependant, alors que Dumbledore se leva, et le silence se fit sans encombre, le discours qu'il tint fut à contrario de ce que ce plafond dépeignait. A défaut d'ouïr des messages d'encouragement, empreints de positivité, son ton était grave et son propos sombre. Voldemort était de retour, et cette fois-ci le Ministère partageait son avis. Il renouvela de ce fait les recommandations qu'il avait formulées en septembre, en insistant bien que cela était plus pressant, plus réel, plus palpable, plus vital de les suivre.
Puis, le repas débuta, et les commentaires allant bon train suite à ce qui fut dit, suite à tout ce qui s'était passé ces derniers mois emplirent l'espace tout autour d'eux. Charlie jeta un œil sur la tablée des professeurs. Ils semblaient tous, presque unanimement, soucieux, graves, fermés.
Ce n'était vraiment pas le moment, la bonne période pour lancer son coming-out – et sans doute jamais, se disait-il avec regret, le coeur lourd.
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Cher monsieur,
Me voilà dans le train qui nous mène à Londres. L'année scolaire est définitivement close. Je ne m'attendais pas, en septembre, à vivre tout ce que nous avons vécu.
Je ne sais trop ce qui me motive vraiment à vous écrire, parce que j'imagine que de vous communiquer que je suis soulagée que votre procès se soit conclu par une issue heureuse – nul doute que les accusations contre vous ne pouvaient tenir devant une cour présidée par Mrs Bones, n'est pas quelque chose à laquelle vous vous apprêtiez à lire pour la énième fois, sans doute.
Toujours est-il que j'ai tout fait pour rendre justice à votre enseignement, votre prise de risque à nous enseigner de la vraie défense, en faisant fi de ce que les Décrets vous dictaient de prêcher, lors des examens. J'espère que les notes que je recevrais attesteront de mes capacités et de mes désirs à vouloir atteindre ce but; car, je suis désolée de paraître un peu étrange, mais j'estime que ce que vous nous avez enseigné est bien plus tangible, concret, et réaliste par rapport à ce qui nous attend dans le monde au-dehors, surtout avec ce qui se profile dans les temps à venir.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
Au plaisir, je le souhaite tout autant que le reste, de vous revoir à la rentrée prochaine.
Charlie Gladstone
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Charlie tomba nez à nez avec les jumeaux Delaware, qui attendaient leur train en partance vers le Lincolnshire. Ce fut par ce plus grand hasard que les uns et les autres surent qu'ils vivaient le même village.
Ellena se permit de saisir les mains de l'enfant, un sourire aux lèvres, qui mêlait inquiétude et contentement. Inquiétude parce qu'elle savait que le chemin serait long pour Charlie, contentement parce qu'elle avait malgré tout une certaine affection envers sa pupille.
- J'espère que tu passeras une scolarité des moins tumultueuses à Hogwarts, lui disait sa désormais ex tutrice. Et que tu ailles mieux, ajouta-t-elle à voix basse pour qu'aucun parent, encore moins ceux de Charlie, ne l'entende.
- Merci, murmura le futur deuxième année, assez touché par la sollicitude de son aînée.
- J'espère qu'on aura l'occasion de se revoir, lui offrit Ellena avant qu'ils ne se séparent, car les deux familles étaient réparties dans des voitures différentes.
Charlie hocha la tête d'un air entendu. Ce serait sympathique, en effet, songeait-il.
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Cher monsieur,
Vous saviez qu'Ellena, et son frère Sertan, vivent dans mon village? Oui, sans doute, car sans même être notre Directeur, vous nous connaissiez assez bien, presque aussi bien que le professeur Flitwick nous connaissait.
L'air de la mer m'avait manqué, au final, et je ne le réalise que depuis que je suis de nouveau à la maison. Je ne sais pas si vous connaissez le coin, mais j'ose imaginer vous voir apprécier ces plages qui donnent sur l'eau, cela pourrait vous détendre après ce que vous avez traversé.
Trêves de blabla d'une gamine de douze ans, mais je réitère mon vœu de vous revoir à la rentrée, car d'après les pairs plus âgés, vous fûtes parmi les meilleurs profs de Défense de ces dernières années.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
Charlie Gladstone
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Ellena et Sertan se promenaient sur la plage, pieds nus, lui les jambes de son pantalon de lin retroussées à mi-hauteur des mollets, elle tenant les pans de sa jupe, alors que tous deux se rapprochaient de plus en plus du rebord de la mer. Le ciel se teintait d'orange, de rouge, et de violet, à mesure que le soleil presque pourpre se laissait noyer peu à peu par l'horizon d'eau, se reflétant parfaitement sur la surface légèrement agitée du monde maritime. Cela faisait un bien fou de se retrouver tous deux, entre eux, liés à jamais. Plus de pressions suscitées depuis leur séparation suite à la Répartition. Ils n'étaient plus Ravenclaw et Slytherin. Ils étaient redevenus simplement Ellena et Sertan, et cela n'avait pas de prix. Bien sûr, tous deux s'interrogeaient sur l'avenir de leurs pairs respectifs, tout comme les clubs clandestins de Défense qui naquirent dans le courant de cette ultime année chargée. Tous deux, à leurs manières, avaient tout fait pour léguer les rênes de ces groupes aux futures septièmes années qui prendraient indéniablement leurs places, la lutte contre le Ministère passant sans transition à la lutte contre le Mage Noir.
Lorsque l'obscurité gagnait enfin ses droits, les deux jeunes adultes retournèrent à la civilisation, remettant leurs chaussures de toiles abandonnées plus tôt sur le sable blanc. Une fois à l'intérieur de la demeure familiale, ils furent accueillis par une étreinte maternelle sincère et marquée, puis leur père en fit de même, en baragouinant en Portugais juste pour le plaisir de clamer à sa façon et en toute discrétion que leur conférait l'intimité de leur foyer qu'il ne craindrait pas les événements à venir, tout cela parce qu'il était Muggle et s'était uni à une sorcière.
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Le cimetière était de ces lieux Muggles qui semblaient traverser les âges sans menacer de sombrer, toujours aussi calme, fleuri et bruissant par le chuchotis du vent qui agitait les feuillages alentour.
Le jeune homme en franchit le seuil, puis alla d'une allée à une autre d'un pas souple; et il aurait pu le faire à l'aveugle, car malgré le temps qui s'était écoulé depuis la dernière fois qu'il y était venu et ce jour, il connaissait très bien le chemin.
Son coeur se serra avec la même intensité que le jour de leur enterrement.
Il déposa sa gerbe de fleurs et regarda autour de lui pour vérifier qu'il était bien seul, avant de sortir sa baguette en toute discrétion et de poser un sort de préservation sur le bouquet pour qu'il persiste plus longtemps que la nature le lui donnait en temps normal. Il rangea son artefact sur-le-champ et prit quelques minutes pour se recueillir, tenant ses deux mains devant lui, plus pour contrôler les tremblements nourris par son chagrin que dans le désir d'épouser la gestuelle usuelle de toute personne qui priait en ces lieux.
Enfin, il tourna les talons et s'en alla. Une silhouette l'attendait au seuil du cimetière – décidément, il n'avait pu se retenir bien longtemps avant de le suivre, en fin de compte. Severus Snape avait troqué ses habituelles sur-robes noires par un manteau léger, long et noir. Les deux hommes marchèrent un moment dans les rues de Reading dans le silence le plus complet, avant de s'insérer dans une ruelle dans le but de Transplaner sans qu'aucun témoin gênant les aperçoive.
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Chère Miss Gladstone,
Je vous prie de m'excuser de ne pas vous avoir répondue plus tôt; mais je ne savais que dire dans un premier temps… Je tiens à vous remercier pour les mots que vous m'avez écrit.
Je ne fus mû que par des motivations purement professionnelles et l'éthique qui régit les métiers de l'Education – alors, de tels compliments n'ont lieu d'être, en fin de compte.
Il est trop tôt encore pour que je puisse vous éclairer quant à votre souhait, ne sachant moi-même que faire de mon devenir.
Enfin, oui, j'ai eu le loisir à une époque de visiter un peu le Lincolnshire – après tout c'est proche du Yorkshire. A mon tour de vous suggérer d'aller à Stratford-Upon-Avon, berceau d'origine d'un célèbre dramaturge Muggle. Hormis cet aspect culturel propre, les lieux confèrent un charme particulier et valent le déplacement. Et, en effet, j'avais noté que vous êtes voisine des Delaware. J'espère qu'ils se portent bien.
Je vous prie d'agréer, Miss, mes salutations distinguées.
William Melbourne
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Les vacances furent hautement appréciées, les vraies vacances – ce calme, ce silence, cette quiét…
- RONALD WEASLEY!
Hum, vite fait, pensait l'adolescent, alors qu'il quittait sa chambre, l'air morose, et descendit les escaliers à la hâte, en se demandant pourquoi sa mère avait crié son nom. De ce qu'il se souvenait, il n'avait commis aucune bêtise. D'ailleurs, c'était bien plus calme de ce point de vue là depuis que Fred et George avaient fini par s'installer chez eux.
Autant affronter la dragonne, là-dessus son frère Charlie avait eu raison d'esquisser une telle analogie entre la bête et leur mère. Depuis la bataille au Department of Mysteries, Ron avait acquis un certain sens de relativisme – même si cela ne ferait jamais complètement disparaître sa crainte envers Mrs Weasley.
- Tiens, du courrier pour toi, lui dit sa mère, tablier noué à la taille, en lui tendant une lettre, avant de retourner au nettoyage de l'évier, tout en jetant des coups d'oeil répétés au travers de la fenêtre en face d'elle.
- Heu, très bien, merci, balbutia Ron, étonné qu'elle ait eu crié pour… une lettre. Soit, la maison était très haute aussi.
Au lieu de lire, il continua à regarder attentivement sa mère, qui lui paraissait un peu trop soucieuse à épier ainsi au dehors, alors qu'il n'y avait rien de particulier à craindre – du moins, pas encore, n'est-ce pas?
- Heu… m'man, hésita-t-il, qu'est-ce qu'il y a?
Mrs Weasley fit volte-face avec une telle rapidité que son fils crut faire un bond de deux mètres sous l'effet de la surprise. Néanmoins, il fut vite rassuré lorsqu'il la mira fendre un sourire.
- Rien de particulier, répondit-elle mais comme son fils était loin d'être dupe, elle concéda à le lui dire: ton père est allé au Quartier Général aujourd'hui et je suis étonnée qu'il ne soit pas déjà rentré.
Un réflexe bien rodé chez les Weasley était de consulter la pendule familiale. L'aiguille qui portait le nom du paternel était bloquée sur «En déplacement». Curieux. Cependant, Ron n'en dit rien, pour ne pas alimenter davantage l'inquiétude de sa mère.
- Dis, tu n'as pas ouvert ta lettre, à ce que je vois, commenta Mrs Weasley.
L'adolescent sursauta une nouvelle fois. En effet, il ne l'avait que décachetée. Il marmonna qu'il serait juste à côté si elle avait besoin d'un coup de main, et s'installa à l'un des fauteuils du salon.
Il reconnut sans peine l'écriture de Hermione.
Il faudra que tu demandes confirmation à ton père, mais j'ai fini par savoir ce qu'il s'est passé au Ministère en 1989! L'attentat s'était déroulé dans l'Atrium – imagine les dégâts humains et matériels si Melbourne n'avait pas fait bouclier! Oui, il a fait bouclier, au risque d'y laisser la vie pour préserver celle des autres.
L'adolescent ouït la voix fatiguée de son père qui venait de rentrer, et sa mère lui demander ce qui avait bien pu le retenir tout ce temps. C'était l'occasion ou jamais, se dit Ron en se levant et rejoignant ses parents dans la cuisine, où désormais le thé était servi et savouré.
- … Snape qui couve tout le monde… Je ne l'ai jamais vu autant sur les nerfs…
- En même temps, cela ne doit pas être bien reposant, s'il voit à nouveau ses… autres collègues, marmonnait Mrs Weasley en haussant les épaules.
- Crois-moi, Molly, toi-même le trouverait étrange…
- Moi qui croyais que Snape étant étrange était un pléonasme, lâcha Ron, ce qui attira l'attention des deux adultes, et il s'assit avec eux, posant la lettre de Hermione devant lui tandis que sa mère lui servit une tasse de thé tout en le sermonnant de ne pas parler de ses enseignants de la sorte. Au fait, avant que j'oublie, je voulais savoir quelque chose, papa, poursuivit-il, ayant désormais toute l'attention de Mr Weasley. C'est vrai que Melbourne était mêlé d'une manière comme d'une autre à l'attentat de quatre-vingt-neuf?
S'il s'était attendu à ce que son père se tende et pâlisse un tout petit peu, plus que ce que la fatigue lui infligeait déjà, l'adolescent n'y aurait pas cru. Il fronça les sourcils, parce qu'en toute honnêteté, qu'est-ce qu'il y avait de sensible à parler d'un fait proscrit?
- Comment… Comment sais-tu qu'il a…, bégaya Arthur, qui en perdait son anglais. Rien n'a été rendu public à l'époque…
Et là, il saisit – oh, pas l'ensemble, mais pour avoir balancé un détail qui n'avait pas été rendu public n'avait pu que faire paniquer son père, n'est-ce pas? Et le voilà dans de beaux draps, songeait-il, alors qu'il déglutit avec peine.
- Heu, coassa-t-il… C'est Melbourne qui l'a mentionné avec Harry et… Harry nous l'a répété, à Hermione et moi…
- J'espère au moins que cela n'est resté qu'entre vous, s'empressa de dire Mr Weasley, qui se pencha en avant et ne lâchait pas son fils des yeux. Nous avons tout fait pour ne pas trop ébruiter l'affaire, comprends-tu… Les enjeux ont été… trop à risque pour ne pas alerter la population, ni la faire paniquer…
Soit, sans qu'il ait eu pensé une seule seconde, Ron s'était mouillé dans une affaire sensible du Ministère – ô joie. Ce ne fut qu'à cet instant qu'il admit que son ex enseignant s'était montré assez imprudent, dans ce cas.
- Etonnant d'ailleurs, que William ait fait preuve de légèreté là-dessus, marmonna Mr Weasley à sa femme. Il faudra que je lui en touche deux mots… Vraiment, comment a-t-il pu… Et comment en est-il venu à en parler avec Harry, questionna-t-il, son attention à nouveau portée sur son fils.
- Je crois que… c'était lors d'une retenue, tenta de se rappeler Ron, en fronçant les sourcils, imitant à la perfection sa réflexion, parce que jamais n'avouerait-il que son meilleur ami avait eu quelques cours particuliers avec son professeur – ceci ayant été tenu secret.
- Non, vraiment, il faudra que je rappelle William à l'ordre, souffla Mr Weasley, en soupirant. Qu'est-ce qu'il a dit, en dehors des faits publiés?
- Oh, heu… Un truc du genre qu'il n'était pas si doué que cela car heureusement qu'il y avait eu des Aurors pour le tirer d'une mauvaise passe… Vaguement, oui, un truc comme ça, murmura Ron qui se sentait de plus en plus mal maintenant qu'il sentait que leurs curiosité, à Harry, Hermione et lui, pouvait être réellement mal placée.
- Gumbling Gargoyles, marmonna son père en guise de commentaire.
J'ai demandé à mon père et, hélas, je n'ai pu retirer aucune info, car c'est une affaire secrète hautement sensible que le Ministère a tenté de garder pour soi. D'ailleurs, Melbourne se fera rappeler à l'ordre pour avoir évoqué cela… A défaut d'avoir nos curiosités satisfaites, je pense qu'il faut qu'on oublie cette histoire d'attentat, et que Melbourne trouve d'autres arguments pour justifier son inexpérience de terrain quant à la Défense – bien que je trouve qu'il se mésestime.
J'espère qu'on se verra bientôt, pour tenir Harry au courant de vive voix.
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Certains sujets, certains souvenirs se devaient d'être observés sur le long terme, comme on laisse infuser le thé. Analogie quelque peu inhabituelle, mais c'était de cette manière qu'il considérait ses réflexions qui, à prendre sur le vif, ne lui apporteraient rien. De ce fait, il lui arrivait d'y songer et de ne pas y penser quelques temps, comme si son cerveau en poursuivait le cheminement par lui-même.
Arthur Weasley l'avait achoppé pour lui parler en privé lors de la dernière réunion de l'Ordre qui s'était tenue Grimmauld Place. Il n'avait pas du tout mal pris ce rappel à l'ordre auquel il avait eu droit, car au fond, il était non seulement d'accord avec ce que son aîné lui avait dit, mais aussi parce qu'il était encore sensé être tenu dans le secret. Le Ministère s'était démené pour minimiser au maximum les conséquences de l'attentat, en rassurant la population quant à la sécurité du lieu, et aussi en ménageant l'opinion publique en détaillant les dernières mesures établies pour ladite sécurité. L'institution politique avait ainsi été très laconique quant aux détails autour de l'affaire et n'avait, de ce fait, pas mentionné le nom de Melbourne, ni ce qu'il avait fait – c'est-à-dire risquer sa vie de manière tout à fait irréfléchie, bien qu'en sus des nombreux reproches et sermons auxquels il avait eu droit, il avait été remercié, du bout des lèvres, car sans cette prise de risque, ils auraient eu à déclarer une poignée de morts.
Avec le recul, le jeune homme avait fini par entièrement accepter ces reproches d'à la fois ses supérieurs hiérarchiques, le Bureau des Aurors et même le Cabinet du Ministre. Cet acte inconsidéré l'avait fiché une bonne fois pour toutes auprès de certaines personnes, alors que jusque là, il avait été assez invisible dans la masse compacte du Department of Magical Education. Enfin, les années passant, il avait estimé qu'il avait agi sans réfléchir. Au jour d'aujourd'hui, s'il s'était retrouvé dans la même situation, il ne savait s'il aurait fait exactement les mêmes choses, même si cela signifiait prendre le pari tendu de laisser des gens mourir dans la manœuvre. C'était cela en particulier qui le coinçait dans sa réflexion. Alors, il abandonnait, comme d'habitude. Ce qui était fait était fait, il ne pouvait revenir en arrière.
Qu'importe si certains sujets pouvaient être éclairés avec le temps. La plupart ne pouvaient l'être malgré une infusion minutieuse.
Melbourne se prépara une bouilloire de thé des Moines et remit correctement son plaid sur ses épaules avant de s'asseoir sur le canapé de la petite bibliothèque située au premier étage de cette demeure glauque. Vivement qu'il quitte cet endroit sinistre qui entamait son moral au possible.
FIN
(suite dans The Second Wizarding War)
