Note : Bonsoir bonsoir ! Je suis une nouvelle fois un peu hors des délais, mais j'ai une bonne raison :D Ce chapitre est particulièrement long (plus de 14 pages pour entre 5 et 6 pour un chapitre normal !). Comme je suis consciente que ça peut être un peu fatiguant de lire autant d'un seul coup, le chapitre 29 sera donc divisé en deux parties. J'espère que ça vous plaira !
J'en profite pour vous faire un petit rappel : pensez à commenter après votre lecture, c'est le seul moyen que j'ai pour savoir si vous appréciez cette histoire, d'autant plus que depuis quelques chapitres, on est vraiment à l'apogée de la fiction ! :) J'ai vraiment envie de savoir ce que vous pensez de tout ce qu'il s'y passe ! Et surtout, si cette fin est à la hauteur de vos attentes !

Bonne lecture !


ACTE 4

Titre : La Fusion

Genres : Action, aventure, amitié/amour

Personnages : Ootori Naru, Abarai Renji, Kuchiki Byakuya, Shinrui Kaneko/Amaterasu, Shinyama Kaoru, Shinanji Katsuya, Motoya Masakazu, Shirakawa Toya et un peu tous les autres OC présentés dans les précédents actes.

Synopsis : Dix ans ce sont écoulés, le Sankashin revient à la Soul Society pour accomplir les sombres desseins d'Amaterasu. Que feront les Shinigamis ? Pourront-ils sauver les mondes avant qu'il ne soit trop tard ?


Chapitre 29 : Sacrifice
Partie 1

A peine s'était-il présenté face à Argo que Toya brandissait son sabre d'un air de défit. Ses yeux brillaient d'une flamme vivace. Déjà fougueux au quotidien, le jeune Shinigami avait senti son sang ne faire qu'un tour lorsqu'il avait assisté à la mort de Tenôgama et voir son ami terrassé par le chagrin l'avait fait sortir de ses gongs. Pourtant, il gardait les idées claires, car il était convaincu qu'agir sous le coup des émotions le desservirait plus que cela ne l'aiderait. Conscient du corps recroquevillé non loin de lui, il embrassa rapidement la plaine du regard, cherchant un visage parmi les combattants encore debout, puis il reporta son attention sur son adversaire. Toya fléchit alors les jambes, ramenant son sabre vers lui, puis il posa sa paume sur le plat de la lame. Son énergie spirituelle s'amplifia, s'enroula autour de lui, emportant cendres et poussière, puis elle s'amassa vivement dans le katana.

- Envole-toi, Hanegarasu !

La lame explosa soudain en une multitude de fragments noirs scintillants qui se mit à voler autour du Shinigami. Chacun d'eux avait une forme effilée, semblable aux plumes d'un oiseau, mais elles étaient aussi tranchantes qu'un sabre. Toya était parfaitement conscient que le shikai de son zanpakutô ressemblait beaucoup à celui du capitaine Kuchiki, à cause de cette masse scintillante qui volait autour de lui, mais il pouvait se glorifier d'avoir choisi un style de combat complètement différent. Il était ainsi soulagé de la moindre comparaison.

Alors que le grand dragon déployait ses ailes, posant avec intérêt son regard sur les nuées noires, Toya prit son élan. Il effectua plusieurs pas de course, bondit, et avant qu'il ne retouchât le sol, un support de plumes vint se placer sous ses pieds. Il glissa sur la surface mouvante comme s'il dévalait une pente sur une planche, guidant par la pensée la direction que les plumes prenaient, et il se déplaça ainsi autour d'Argo. Il frôlait la terre, faisant s'envoler les cendres et la poussière il s'élevait dans les airs, surplombant le champ de bataille et toujours, son passage était précédé du son scintillant des plumes qui s'entrechoquaient.

Toya avait toujours été fasciné par la liberté des oiseaux, c'était certainement pour cette raison que son zanpakutô avait la forme d'un corbeau majestueux et dès qu'il profitait de ses pouvoirs, il ressentait la sensation grisante d'avoir l'impression de voler. Son cœur s'en retrouvait léger, et son corps vibrait de l'adrénaline et de l'exaltation.

Mais pour l'heure, le Shinigami ne ressentait aucun plaisir à parcourir le ciel. Tournoyer ainsi autour d'Argo n'avait qu'un but : détourner son attention de Masakazu. Il voulait même essayer de le mettre en lieu sûr. Alors, au terme d'une nouvelle glissade, il descendit de la surface métallique et se précipita vers son ami à terre. Toya passa rapidement ses bras autour de sa taille, puis il se hissa sur les plumes et les laissèrent l'emmener vers la lisière de la forêt, abandonnant l'Arrancar derrière lui. L'homme était lourd entre ses bras, et même s'il était conscient, il était si profondément plongé dans sa torpeur qu'il semblait être enfermé dans son propre esprit, incapable de voir ce qu'il se passait autour de lui. Sa respiration était faible, ses yeux fixaient le vide, et son visage, ravagé par des sillons creusés par les larmes, était figé en un masque inexpressif. Voir ainsi l'un de ses plus proches amis lui serra le cœur.
Enfin, il parvint sous le couvert des arbres fantomatiques et atteignit le sol dans un bruit étouffé. Devant lui, un Shinigami était penché sur un corps inerte et pâle, les mains sur ses genoux. Il releva la tête à son arrivée.

- Ryûhei, souffla Toya en s'approchant, tu pourrais t'occuper de lui ?

Il adossa Masakazu contre un tronc et s'accroupit face à l'officier de la Quatrième Division. Celui-ci tourna un regard troublé vers l'enquêteur prostré. L'horreur de la guerre, la douleur de n'avoir pu sauver des vies et le sentiment d'impuissance étaient visibles sur le visage du médecin. Malgré tout, il agissait avec un détachement froid et distant.

- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? demanda-t-il d'une voix plate.

- Un Arrancar a tué son zanpakutô.

Une lueur s'alluma dans le regard de Ryûhei et ses traits reprirent vie. Il se mordit la lèvre avec une expression douloureuse.

- J'imagine ce que ça doit être. Il est conscient ?

- Difficile à dire.

Toya se redressa rapidement en s'appuyant sur ses genoux. Derrière lui, les plumes volaient en tintant.

- Je dois retourner au combat. Occupe-toi de lui.

- Fais attention à toi, lui répondit Ryûhei d'une voix inquiète.

Le Shinigami lui adressa un sourire sans joie, puis il se retourna et reprit place sur la surface métallique, qui le ramena vers la plaine. Savoir qu'il laissait Masakazu entre de bonnes mains le rassurait, et il s'efforça de se concentrer sur cette émotion pour ne pas laisser la peur entraver son cœur. Toya savait faire preuve de courage mais il n'était pas téméraire, et le combat qu'il s'apprêtait à faire était – il en était conscient – bien au-delà de ses capacités. Mais quel choix avait-il ? Penser qu'Argo pouvait briser d'autres Shinigamis comme il l'avait fait avec Masakazu lui faisait froid dans le dos, il préférait nettement risquer sa vie pour les protéger. N'était-ce d'ailleurs pas l'essence même des devoirs de la Onzième Division ? Servir et protéger. Surtout protéger. D'abord les populations – des Hollows – mais en cet instant, c'était ses camarades qui étaient en danger. Toya ne se voyait pas comme un héros, il n'en avait ni l'étoffe ni les pouvoirs, mais il savait quelle était sa place dans cette bataille, et ce qu'il pouvait apporter pour aider les mondes à retrouver leur équilibre. Combattre cet Arrancar, quitte à sacrifier sa vie, faisait partie de ses devoirs.

La gorge serrée de l'appréhension, le Shinigami s'approcha peu à peu d'Argo. Il refoula dans un coin de son esprit toute idée de doute, de crainte ou d'infériorité, et se concentra sur les sensations du combat. Lorsqu'il arriva près du dragon, qui s'approchait de plusieurs jeunes Shinigamis d'un air menaçant, Toya leva le bras. Immédiatement, une volée de plumes vinrent s'amasser à partir de sa paume, jusqu'à former une lame droite. Il la brandit et visa son épaule. Mais Argo sentit sa présence. Il redressa le cou et se retourna en levant une main munie de longues griffes. Alors que les Shinigamis visés s'échappaient en courant, Toya s'accroupit sur la surface métallique et se saisit d'une deuxième lame. L'index de l'Arrancar se dirigea vers lui, il stoppa sa course et se maintint dans les airs, prêt à bondir. Soudain, une masse d'énergie s'amassa au bout de la griffe de la créature, dans un grondement qui fit trembler les plumes de Hanegarasu.
Réagissant immédiatement, Toya se laissa tomber de la plateforme sur lequel il se tenait et dirigea ses sabers vers l'une des ailes du dragon, placée en-dessous. La chaleur du cero brûla la pointe de ses cheveux tandis que le rayon d'énergie se perdait dans les nuages, et Argo grogna, contrarié, se redressant sur ses pattes postérieures et déplaçant ainsi ses ailes de la trajectoire du Shinigami. Alors qu'il voyait le sol se rapprocher dangereusement, Toya fit disparaître les épées d'un mouvement de poignet, et les fragments noirs vinrent s'amasser ensuite sous ses pieds en une nouvelle surface. Une glissade sur la pente douce, et il se redressait, les mâchoires serrées. Envisager de blesser le dragon avant de lui porter un coup fatal n'était pas une mauvaise idée, mais attaquer aussi imprudemment en était une. Il se maudit rapidement d'avoir agi sans réfléchir au préalable, toujours impressionné par les terrifiantes capacités de son adversaire. Toya devait se reprendre et réfléchir à une stratégie. Comment pouvait-il l'atteindre ? Il ne devait pas oublier qu'il avait en face de lui l'Arrancar le plus puissant du Sankashin, qui était capable de provoquer des hallucinations grâce à la pression de son énergie spirituelle. De quelle façon pouvait-il se battre ?
Alors qu'il se contentait de voler autour de lui en réfléchissant, les plumes de Hanegarasu l'emmenant avec obéissance là où il le souhaitait, une idée se fraya un chemin dans son esprit. Mais c'était une idée qui ne le satisfaisait pas complètement, il était conscient des risques que cela impliquait. Mais d'un autre côté, y avait-il une méthode qui pouvait le faire gagner sans aucun risque ? Aucune, bien entendu. Il devait faire avec ce qu'il avait.

Au moment où il s'apprêtait à mettre en pratique ses réflexions, il vit Argo se redresser et écarter largement les ailes. Elles battirent soudain, propulsant de vives bourrasques. Le souffle de Toya se bloqua dans sa gorge sous l'effet de la surprise. Sans prendre le temps réfléchir, il bondit de son support et se laissa tomber pour éviter la trajectoire des vents. Peu importait qu'il se blessât en heurtant le sol, il était crucial d'éviter l'énergie spirituelle oppressante de l'Arrancar. Heureusement, Hanegarasu eut tôt fait de réagir et déjà, une surface de plumes attendait l'arrivée de Toya pour amortir sa chute. Le Shinigami glissa sur le dénivelé et, alors qu'il s'apprêtait à se redresser pour contre-attaquer, une nouvelle bourrasque se dirigea vers lui.
Le cœur battant, il leva instinctivement les mains, un mur de métal se dressa brusquement devant lui. Les vents sifflèrent avec violence entre les pennes effilées, puis se dispersèrent en volutes tournoyantes. La barrière s'effondra, le souffle de Toya était raccourci. Autant il était habitué à utiliser Hanegarasu pour se déplacer, autant il ne l'était pas pour se protéger. Concentrer son énergie spirituelle et la mélanger à celle de son partenaire pour repousser celle d'Argo, autrement plus dense, n'était pas un exercice facile. Mais le Shinigami n'eut pas le loisir de se reposer car déjà, l'Arrancar avait lancé une nouvelle attaque.

- Ah, mais tu vas me lâcher ?! s'exclama Toya en levant de nouveau le mur.

Appuyé contre la paroi froide, il serrait les dents. Comment pouvait-il combattre si son adversaire ne lui laissait pas le temps de riposter ? Cette interrogation à peine formulée, un rictus étira ses lèvres. Il était ridicule et stupide de penser que l'Arrancar allait le laisser prendre le dessus du combat, Toya devait composer avec les armes mises à sa disposition. Alors il s'accorda un instant pour rassembler ses esprits, mettre de l'ordre dans ses idées, et surtout, pour atteindre son zanpakutô. Car il ne pouvait rien faire sans lui.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se tenait sur un large piton rocheux. De vastes forêts de pins étaient visibles en contrebas, plusieurs pics le surplombaient, soutenant quelques arbres solitaires et une cabane de bois, et dans l'ombre de la pierre se trouvait une enclave illuminée par une torche. La brise transportait l'odeur des arbres, et celle, plus âpre, des tanières et des nids. Quelques ossements jonchaient le sol de la petite grotte, et on pouvait également apercevoir les restes d'un feu de camp. Non loin se trouvait une femme, assise en tailleur.
Sa peau était dorée par le soleil. Pieds nus, ses chevilles, ses poignets, mais aussi son buste et ses cuisses, étaient bandés d'un cuir au fin duvet noir un collier de griffes et de dents entourait son cou mince et une longue chevelure de fines tresses tombait dans son dos, mêlée à des plumes d'un noir brillant. Délaissant le bandage d'un de ses bras, elle se leva et sortit de l'abri. Son visage était marqué par un maquillage tribal sombre, entourant ses yeux dorés et soulignant ses pommettes osseuses. Un rictus carnassier vint orner ses lèvres.

- Alors, on est en difficulté ? railla-t-elle.

- Un peu, soupira le Shinigami en croisant les bras. J'ai bien une idée, mais j'ai peur que cette forme soit trop instable pour l'utiliser en combat réel.

- C'est toi qui décide, champion.

- Mais ce sont tes pouvoirs que j'utilise, riposta Toya.

Un poing sur la hanche, Hanegarasu afficha un air mécontent tandis qu'elle saisissait entre ses longs doigts et avec force la mâchoire du Shinigami. Elle le toisa pendant un instant, plongeant son regard dans le sien, et son visage se fit sérieux.

- Ne sous-estime pas mes capacités, répondit-elle d'une voix dure. N'oublie pas qui je suis.

- Un corbeau, mais…

- Les corbeaux ne sont pas des oiseaux au rabais. Nous sommes fiers, intelligents, et nous sommes puissants.

Elle relâcha finalement le visage de Toya et plaça sa paume sur son cœur.

- Tant que tu croiras en moi – en nous – tu vaincras.

Comme en réponse à ses mots, quelques croassements se firent entendre dans le lointain. Toya se détendit et hocha la tête. L'instant d'après, il était de nouveau plongé dans la bataille.

Hanegarasu avait raison. Les corbeaux étaient des créatures fascinantes, et il pouvait se vanter de les avoir comme alliés plutôt que comme adversaires. Alors il relâcha de nouveau le mur et se redressa, bombant le torse, un regard acéré braqué sur les traits reptiliens d'Argo. Surpris par son attitude, celui-ci interrompit ses attaques et se prépara à une riposte, les mains levées prêtes à griffer. Mais Toya ne bondit pas. Profondément concentré, il rassembla toute son énergie spirituelle et la laissa s'enrouler autour de lui. Bientôt, les plumes furent emportées par les vents, une colonne s'éleva en bruissant, faisant disparaître le Shinigami au milieu du tourbillon. Il y eut soudain une détonation, et les pennes furent projetées tout autour, se plantant dans la terre et dans les corps, griffant et arrachant. Le silence retomba un instant, puis chaque particule d'énergie sembla être violemment aspirée par Toya, qui n'avait pas bougé. Elles vinrent se placer dans son dos, sur ses bras et sa tête. Deux grandes ailes noires battirent sur ses épaules, un crâne de corbeau recouvrit son visage, et ses bras se chargèrent de deux pointes semblables à leur bec.
D'une voix étouffée par le masque, il annonça :

- Bankai : Chôgoku Hanegarasu.

C'était la première fois que Toya libérait le bankai au cours d'un combat, et bien que les sensations de puissance fussent particulièrement grisantes, il ne devait pas oublier qu'il ne s'agissait là que d'une forme incomplète. Son cœur se mit à battre fort dans sa poitrine. Il appréhendait le résultat de ses entraînements.
Face à lui, Argo plissa les yeux, tandis qu'il s'abaissait pour que son visage soit à sa hauteur. Les mains au sol, ses narines osseuses renâclant, une lueur intéressée brilla dans son regard.

- Encore un bankai ? souffla-t-il. Je suis captivé par les différences qu'il peut y avoir entre celui que j'ai tué et le tien. Vous avez des pouvoirs très différents.

- Autant que peuvent l'être vos pouvoirs de Hollows, répondit Toya sur un ton moins avenant que le suggérait la conversation.

- Hum, saisissant. Mais tu as beau te changer en oiseau, je ne ferai qu'une bouchée de toi, Shinigami.

Ces mots prononcés, le dragon se redressa et domina Toya de toute sa hauteur. Alors celui-ci écarta les ailes, prit ses appuis et s'élança. En quelques battements, il atteignait déjà les nuages, et filait dans les airs à une vitesse que son shikai n'aurait jamais pu atteindre. Le vent fouettait son visage à travers les orifices crâniens, et son cœur se gonfla soudain d'une intense sensation de liberté et d'exaltation. Sur le point de pousser un cri de joie, il se rappela la situation et baissa les yeux sur le dragon qui l'observait depuis le sol. Mais il ne le vit pas. Où était-il ?
Toya jeta un regard par-dessus son épaule et aperçut une masse sombre le poursuivre, au rythme du battement puissant de ses immenses ailes. Toute sensation d'excitation quitta alors le corps du Shinigami, et il s'élança pour échapper à son prédateur. Son cœur bondissait dans sa poitrine, et son souffle se raccourcissait à mesure qu'il voyait le dragon se rapprocher de lui. Dans une tentative d'échapper à ses griffes, le jeune homme baissa soudain le bec et entame une vive descente en piqué. Argo le suivit. Mais le corbeau, plus petit et plus léger, gagna davantage de vitesse dans cette action, et la distance qui les séparait s'agrandit. La respiration courte, Toya se redressa avant de heurter le sol et déploya ses ailes. Il remonta vers les cieux en tournoyant, frôlant le buste squameux de son poursuivant qui chutait toujours, évitant ses bras, ses ailes et sa queue qui fouettait l'air avec férocité. En hauteur, il acheva sa course et baissa les yeux vers l'Arrancar qui se posait lourdement sur le sol. Sa taille et sa masse ne l'aidaient pas contre un adversaire de petite taille, Toya savait qu'Argo en était conscient. Allait-il continuer à le poursuivre malgré tout ?
Mais le grand reptile resta à terre. Le corps redressé sur ses pattes postérieures, il observait le Shinigami de ses yeux brillants. La frustration et l'irritation étaient visible sur ses traits, mais il sembla conserver son sang-froid. Déglutissant, l'officier se fit la réflexion que le véritable combat commençait maintenant, car il lui faudrait s'approcher pour parvenir à le toucher, et il était impensable que l'Arrancar se laissât faire sans riposter. En ce cas, il fallait miser sur la vitesse. Le Shinigami baissa alors le bec et chuta à nouveau. Alors qu'il voyait le reptile se rapprocher, le vent sifflant à ses oreilles, il étendit les bras, prêt à frapper. Il visa, ajusta sa trajectoire, et s'apprêta à l'impact.
La main griffue d'Argo se leva au dernier moment et le balaya violemment. Le coup le projeta vers le ciel, lui arrachant un grognement de douleur, et il peina à se rétablir. Quelle puissance ! Le dragon l'avait si facilement écarté malgré la vitesse de son attaque, il en était estomaqué. Etait-ce là la différence de pouvoir entre les Arrancars et les Shinigamis ? Comment pouvait-il vaincre une telle force ?

Une voix résonna alors dans sa tête. Ou en était-ce le souvenir ? Il crut pourtant entendre la voix de Hanegarasu lui répéter ces mots : « Tant que tu croiras en moi – en nous – tu vaincras ». Toya expira lentement. Sa partenaire avait raison. Grâce à elle, il pouvait utiliser une forme incomplète du bankai grâce à elle, il pouvait se battre contre cet Arrancar. Il ne devait pas douter, et continuer de croire en leurs capacités à tous les deux. Alors il se calma, rassembla ses esprits, oublia la douleur du coup contre son flanc et observa le dragon sous ses pieds. Argo le fixait de ses yeux turquoise, attendant patiemment qu'il attaque, comme un félin surveillant sa proie. Sa queue se balançait lentement.

- Allons-y, souffla-t-il finalement pour lui-même.

Une nouvelle fois, il plongea. Les ailes repliées sur son dos, il se laissa tomber vers le sol. Viser à nouveau directement le dragon aurait été stupide, il l'aurait de nouveau balayé de la main. Alors il poursuivit sa course vers la plaine.
Soudain, il écarta les ailes et rétablit sa trajectoire, partant en oblique vers les ailes de l'animal. Les piques dressées, il frappa. Argo rugit, tournant sur lui-même en abattant ses mains pour essayer de l'attraper. Mais le corbeau resta intouchable. Il volait, glissait entre les pattes, évitait la queue, griffait le dos et les épaules. Le sang commença à perler des plaies, les mouvements de l'Arrancar étaient entravés.
C'était le moment. Toya fit un large virage et revint vers son adversaire. En quelques battements d'ailes, il se hissa à hauteur de sa tête et visa son masque. Le combat était bientôt terminé. Il le sentait au plus profond de lui.

Un index se leva brusquement. Il y eut un ronflement menaçant, puis un grondement sourd, et les nuages furent vivement illuminés, tandis qu'un jet d'énergie les brûlait et les dissipait. Ainsi percés, le ciel lézardé était de nouveau visible, sombre et chaotique.

Un intense cri de souffrance résonna dans la plaine. Fauché en plein vol, Toya retomba brutalement sur le sol, le visage figé dans la douleur et il resta immobile. Le crâne avait volé en éclats son aile était morcelée et tout son flanc droit, du coude à la cuisse, avait été déchiré par le cero. Aspergé par son propre sang, étendu dans la poussière, le Shinigami serra les dents. Quelques larmes apparurent aux coins de ses yeux. Etait-ce là tout ce dont il était capable ? Ne pouvait-il pas protéger les personnes qui lui étaient chères ? Ne pouvait-il pas se dresser et clamer avec fierté qu'il était Shinigami ? Il avait renoncé à sa propre famille par conflit d'opinions, certain qu'il trouverait sa place quelque part en ce monde. Il avait lutté pour être digne de la confiance de ses supérieurs et de ses camarades, il avait tout donné jusqu'au dernier instant. Alors pourquoi était-il si impuissant ?
« Et le bankai ? » résonna une voix dans sa tête. Oui, le bankai. Il avait adoré sa puissance, il restait impressionné par les pouvoirs que Hangarasu pouvait lui procurer. Il avait été finalement capable de les utiliser et alors ? Sa forme était incomplète et instable, il s'était si facilement désintégré sous la chaleur du cero. Toya n'avait pas besoin de regarder autour de lui pour voir que les plumes étaient dispersées sur le sol.

Des plumes ?

Son esprit s'engourdissait, mais une pensée commença à se former dans son esprit. Un bankai brisé n'était-il pas censé reprendre sa forme scellée ? Il fronça les sourcils, et ce simple mouvement lui arracha une plainte de douleur. L'intégralité de son corps souffrait, de l'attaque de l'Arrancar, mais aussi de la défaite. Sa vue était trouble. Sa salive avait le goût du sang. Mais une mince lueur, une flammèche vacillante et faible, s'alluma en lui. Ce n'était pas encore terminé.
Un filet carmin coulant de ses commissures, il entrouvrit les paupières alors qu'Argo, ayant retrouvé sa forme humaine, venait se placer au-dessus de lui. Sa peau blanche avait été ciselée à de nombreux endroits, mais il avait sur son visage un air particulièrement agacé. Comme s'il pensait : « c'est tout ce que peut m'offrir un combat contre un Shinigami ? Pathétique. »
Frustré, irrité, ou peut-être était-il simplement écœuré par la vue du corps sanglant à ses pieds, l'Arrancar s'avança et se pencha au-dessus de l'officier blessé. Les mains dans les poches, il le toisa avec colère.

- Misérable créature, siffla-t-il entre ses dents. Tu mériterais que je te laisse en vie uniquement pour que tu souffres de tes blessures et que tu assistes à la destruction de ton monde mais je vais te tuer pour m'avoir fait penser à tort qu'un combat contre toi serait intéressant.

D'une main assurée, il saisit son sabre à sa ceinture et le dégaina dans un long crissement métallique. Au sol, Toya déglutissait avec peine sa salive rendue épaisse par l'hémoglobine. Il avait des difficultés à respirer. Son esprit devenait cotonneux, mais il était encore suffisamment clair pour formuler quelques dernières pensées. S'il allait réellement mourir, il se devait d'utiliser ses dernières forces en une action utile. Il se fichait de repenser à sa vie passée, à ce qu'il avait réussi et manqué. Il n'avait pas de regrets, et il n'en aurait pas. Alors il leva faiblement son bras gauche vers l'Arrancar penché sur lui.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ?! railla Argo en le saisissant par les épaules. Hein ! Tu es mort !

Ne pas parler. Economiser l'énergie.
Tandis que ses paupières se baissaient lourdement, Toya invoqua Hanegarasu une dernière fois. Alors, en un ballet rendu lent par les blessures de son manieur, les plumes se levèrent et se dirigèrent vers la paume du Shinigami. Unes à unes, elles s'amassèrent contre sa main, puis s'étendirent rapidement et formèrent une lame. Argo n'avait pas bougé. Le souffle bloqué dans la gorge, il relâcha son adversaire, sentant la morsure de l'acier percer son masque. Puis il s'écroula lourdement, et Toya se laissa sombrer, heureux d'avoir pu servir jusqu'au dernier instant.


Voici pour cette première partie ! J'espère que ça vous a plu !

Petit point vocabulaire :
Hanegarasu : de 羽 hane (plume) et ガラス karasu (corbeau)
Chôgoku : de 鳥 choo (oiseau) et 黒 koku (noir)

A tout de suite pour la partie 2 ! Et pensez à commenter ! :D Merci d'avance !