Chapitre 29
Après plus d'une heure de négociations avec madame Pomfresh, Iris n'obtint pas gain de cause et dut se résoudre à passer la nuit à l'infirmerie. Malgré tout l'entêtement de la Gryffondor à vouloir sortir, la bonne infirmière n'avait pas cédé.
« C'est moi votre infirmière et c'est à moi de décider qui doit rester ou non ! Votre état de santé nécessite que vous passiez la nuit ici, un point c'est tout ! Je ne reviendrai pas sur ma décision et, s'il le faut, je vous attacherai à ce lit ! » avait-elle fini par crier sous le coup de la colère.
La Gryffondor avait bien été obligée d'accepter la situation et, sur les conseils judicieux de ses amies, avait arrêté de harceler cette pauvre madame Pomfresh pour pouvoir sortir.
En retournant à son bureau, l'infirmière avait lancé à Rogue, qui, mécontent et un peu en retrait, avait assisté à toute la scène, tout comme Catherine et Cyrielle :
« Têtue comme une mule cette gamine ! Je pensais qu'il n'y avait pas pire que vous comme patient entêté… Eh bien ! Je me trompais ! Elle vous surpasse largement ! »
Rogue, pris au dépourvu, ouvrit la bouche pour essayer de répliquer quelque chose mais finit par la refermer sans avoir rien dit en regardant la petite femme regagner son bureau.
Le maître des potions s'approcha des trois jeunes filles et les entendit parler.
« Je ne l'avais jamais vue aussi énervée de toute ma vie ! disait Cath.
- Oui, tu y as été un peu fort avec elle, Iris… Elle fait son travail et c'est pour ton bien… ajouta Cyrielle.
- Je sais bien… Mais, comme je me sens parfaitement bien, je ne vois pas pourquoi je dois rester, répondit Iris, une fois de plus.
- Parce que, comme madame Pomfresh et moi-même n'avons cessé de vous le répéter depuis plus d'une heure, vous avez été victime d'un maléfice très puissant qui relève de la magie noire, c'est pourquoi il vaut mieux que vous passiez la nuit ici », intervint Rogue, irrité.
Iris voulut répliquer mais Severus la coupa avant qu'elle ne puisse prononcer le moindre mot :
« Il n'y a pas à discuter, le sujet est clos, miss Bloomwood ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais vous avez bien failli mourir aujourd'hui ! Alors maintenant ça suffit, vous allez faire ce que l'on vous dit ! Et si vous ajoutez quoique ce soit, ce n'est pas madame Pomfresh mais bien moi-même qui vous attacherai à ce lit ! »
Puis, se tournant vers Cyrielle et Catherine, il ajouta :
« Vous feriez bien de vous dépêcher si vous voulez manger quelque chose, l'heure du souper est presque terminée. Ne vous en faites pas pour votre amie, je suis certain que vous la verrez demain dans la Grande Salle… Rien ni personne ne pourra l'en empêcher… »
Les deux filles sourirent à sa remarque, qui était tellement juste, embrassèrent Iris et lui souhaitèrent une bonne nuit. Puis, écoutant le conseil ou plutôt, étant donné le ton de sa voix, l'ordre de leur professeur de potions, elles se hâtèrent de rejoindre la Grande Salle avant la fin du souper.
À présent seul dans l'infirmerie, Rogue croisa le regard à la fois provocateur et malicieux d'Iris qui lui dit en souriant :
« J'aimerais bien voir que tu m'attaches à ce lit !
- Oh toi ! Ne me tente pas ! Parce que je le ferai, tu peux en être sûre ! » répondit-il, tout à fait sincère et toujours un peu énervé par son attitude obstinée.
Iris se mit à rire puis reprit plus sérieusement :
« Je suis désolée pour tout à l'heure, Severus… J'aurais dû vous écouter, madame Pomfresh et toi, et me laisser transporter sur cette civière… Je n'étais pas vraiment en mesure de marcher, tu avais raison.
- Ravi de te l'entendre dire… répondit-il, en levant les yeux au ciel.
- Oui… Je suis peut-être butée mais je sais reconnaître quand j'ai eu tort…
- C'est une grande qualité, la plupart des gens sont incapables d'en faire autant… »
Severus se rapprocha du lit et s'assit sur la chaise qui se trouvait juste à côté.
« Pourquoi ne nous as-tu pas écouté et pourquoi t'es-tu entêtée à ce point ? » demanda-t-il sur un ton beaucoup plus doux que tout à l'heure.
Iris rougit un peu mais répondit néanmoins :
« Parce que j'en ai assez que tu me voies toujours en position de faiblesse… À chaque fois, tu dois voler à mon secours… Ça doit être épuisant à la longue…
- C'est pour ça que tu voulais absolument marcher jusqu'ici ? Et c'est aussi pour cette raison que tu ne voulais pas rester à l'infirmerie ? » questionna-t-il, incrédule, toute trace de colère s'étant à présent dissipée.
Elle hocha la tête pour confirmer et ajouta :
« Je ne veux plus être un fardeau pour toi… Je voulais te montrer que j'étais forte et que je pouvais me débrouiller toute seule… »
Rogue soupira avant de répondre :
« Iris… Je ne t'ai jamais considérée comme un fardeau, bien au contraire… Et je sais depuis bien longtemps que tu es forte et courageuse… Ce n'est pas pour rien que le Choixpeau t'a placée à Gryffondor… Et sache que je ne serai jamais fatigué de voler à ton secours, comme tu dis. Évidemment, je préférerais t'éviter ce genre de situations mais je serai toujours là pour te protéger s'il le faut. »
Iris lui sourit, rassurée et apaisée par ses paroles, et répondit simplement : « Merci. »
Quelques minutes plus tard, ils virent madame Pomfresh arriver, tenant en mains un plateau chargé d'un copieux repas.
« Ha ! Vous êtes encore là, professeur Rogue ! Pardonnez-moi mais les visites sont terminées. Il faut que cette petite mange son souper puis se repose un peu, déclara-t-elle, en posant le plateau sur les genoux d'Iris, un peu trop vivement.
- Vous avez absolument raison. Je vais vous laisser à présent, dit-il en se levant. Miss Bloomwood, madame Pomfresh, poursuivit-il en s'inclinant devant chacune, bonne soirée. »
Puis il sortit de la pièce, sa cape noire virevoltant derrière lui.
De retour dans ses appartements, Severus, oubliant de manger, trop perturbé par ce qui venait de se passer, se remit à la correction des copies qu'il avait abandonnées quelques heures plus tôt.
En se replongeant dans son travail, il avait voulu s'occuper l'esprit pour éviter de penser à l'accident dont Iris avait été victime au cours de défense contre les forces du Mal, mais c'était peine perdue… Il ne pouvait s'empêcher d'y songer… Elle avait bien failli mourir aujourd'hui et ça, il n'aurait pas été capable de le supporter…
Qu'est-ce qu'il avait eu peur en la voyant allongée sur le sol dans cette marre de sang ! C'est pour ça qu'il s'était emporté et énervé de la sorte, il avait tellement eu peur pour elle que c'est la première réaction qu'il avait eue : il avait hurlé sur tout le monde et même sur elle pour tenter de cacher sa crainte et son désarroi.
D'autant plus que c'était lui qui avait inventé ce satané maléfice lors de sa scolarité à Poudlard, quand cette stupide bande de maraudeurs ne cessait de le harceler et de le pousser à bout. Il avait trouvé cette formule dans un accès de rage, après s'être fait ridiculiser une fois de plus par Sirius Black et James Potter…
Il ne l'avait utilisée qu'une seule fois contre son ennemi mais il l'avait manqué de peu et lui avait coupé légèrement la joue. Après cela, il ne s'en était plus jamais servi contre eux, il s'était rendu compte que ce sort était beaucoup trop puissant et dangereux pour s'en servir dans de stupides querelles d'adolescents. Il s'était contenté de griffonner la formule dans son livre de potions parmi les centaines d'autres annotations qu'il y avait inscrites.
Il soupira : une fois de plus, il était la cause (indirecte, certes, mais tout de même !) de la douleur d'Iris… Ce n'était pas à cette stupide Serpentard qu'il en voulait le plus d'avoir utilisé un sortilège dont elle ignorait les effets, bien que c'était totalement idiot et inconscient de sa part, mais c'était contre lui qu'il était le plus en colère…
C'était contre lui-même qu'il aurait dû hurler, s'il avait été logique, mais c'était tellement plus simple de se défouler sur les autres… S'il n'avait pas inventé ce maudit maléfice et s'il ne s'en était pas servi quand il faisait partie des Mangemorts, jamais Iris n'aurait eu à subir cela… Décidément, il n'était bon qu'à la faire souffrir…
Il jeta un œil à l'horloge : deux heures et demi du matin… Il se leva et quitta ses appartements.
Pendant une dizaine de minutes, il emprunta différents escaliers et parcourut de nombreux couloirs sombres dans le château endormi avant de finalement parvenir à destination. Il poussa la grosse porte en chêne et se glissa, sans faire le moindre bruit, à l'intérieur de l'infirmerie. Il fit encore quelques mètres, à pas feutrés, pour ne pas réveiller madame Pomfresh, passa derrière le paravent et vint s'installer sur la chaise à côté du lit d'Iris.
Rogue contempla durant de longues minutes la jeune fille dormir paisiblement, ses traits détendus et son visage serein, sa poitrine se soulevant et s'abaissant au rythme régulier de sa respiration.
Il savait très bien qu'elle était hors de danger : il avait pu lancer le contre-sort très rapidement et madame Pomfresh avait achevé de la guérir avec la dictame et la potion de Régénération sanguine mais il ne pouvait pas s'empêcher de se faire du souci pour elle. C'était pour ça qu'il s'était rendu à l'infirmerie au beau milieu de la nuit, pour veiller sur elle et s'assurer qu'elle allait bien. Dire qu'elle pensait être un fardeau pour lui, elle était bien loin du compte…
Son esprit absorbé dans la contemplation de la Gryffondor et engourdi par le cliquetis régulier de la pendule, Severus ne s'aperçut pas que ses paupières étaient en train de s'alourdir au point de se fermer complètement. En un clin d'œil, il bascula dans le monde des songes, épuisé par les émotions qu'il avait éprouvées en cette fin d'après-midi mouvementée. Il s'endormit, la tête posée sur les couvertures au niveau du ventre de la jeune fille.
Ce matin-là, Rogue fut éveillé par une agréable sensation : on aurait dit que quelqu'un passait une main dans ses cheveux et lui caressait le front et la joue. Il ouvrit les paupières et vit Iris éloigner sa main de son visage.
« Bonjour, Severus, lui dit-elle dans un sourire.
- Bonjour, Iris, répondit-il en se redressant.
- Je ne pensais pas te trouver là à mon réveil.
- Moi non plus je dois dire… Je comptais redescendre dans mes cachots avant ton réveil ou celui de madame Pomfresh mais apparemment je me suis assoupi… Comment te sens-tu ?
- Très bien… » répondit-elle en posant soudain son regard sur quelque chose qui se trouvait juste derrière Severus.
Le maître des potions se retourna pour voir ce qui avait bien pu capter ainsi l'attention de la jeune fille et se retrouva nez à nez avec le directeur de l'école qui avait un regard espiègle au fond de ses yeux bleus.
Rogue se leva précipitamment de sa chaise et s'éloigna un peu du lit de son élève. Dumbledore, qui ne l'avait pas quitté des yeux, l'observa encore quelques instants avant de reporter son attention sur Iris.
« Bonjour, miss Bloomwood. Je venais prendre de vos nouvelles.
- Bonjour, professeur Dumbledore. Je vais très bien, je vous remercie. Madame Pomfresh m'a promis que je pourrai quitter l'infirmerie ce matin.
- Oui, j'ai entendu dire que vous lui aviez donné du fil à retordre, elle n'a pas eu facile de vous convaincre de rester, répondit-il en riant.
- Ha ça ! C'est le moins qu'on puisse dire ! » s'exclama l'infirmière en arrivant.
Puis, surprise et intriguée par la présence du maître des cachots ici à cette heure matinale, elle l'interpella et lui demanda :
« Professeur Rogue ! Que faites-vous ici si tôt ? Je ne vous ai pas vu entrer… »
Le maître des potions garda un visage impassible et Dumbledore répondit à sa place, d'une façon très calme et posée :
« J'avais donné rendez-vous à Severus ce matin. Nous nous sommes croisés dans un couloir alors que je venais prendre des nouvelles de miss Bloomwood. Je lui ai alors proposé de m'accompagner à l'infirmerie avant notre rendez-vous. »
L'infirmière les observa tous les deux, plutôt perplexe face à cette explication, puis haussa les épaules et déclara :
« Quoiqu'il en soit, je vais devoir vous demander de nous laisser, messieurs. J'aimerais effectuer un dernier examen pour m'assurer que les plaies sont bien cicatrisées avant de "relâcher" cette jeune fille dans la nature.
- Très bien, Pompom, nous vous laissons faire votre travail », répondit le directeur.
Puis il ajouta à l'attention de Rogue :
« Venez, Severus, allons dans mon bureau à présent. »
Iris regarda les deux hommes s'éloigner puis laissa madame Pomfresh l'examiner à sa guise.
Elle ne protesta pas, elle ne fit pas le moindre commentaire dans l'intention de se faire pardonner pour son épouvantable conduite de la veille et elle lui présenta ses plus plates excuses pour son comportement, les joues rouges de honte. L'infirmière accepta bien volontiers les excuses sincères de la jeune fille et elles se quittèrent en bons termes.
Le vieux directeur s'installa dans son fauteuil et désigna d'un geste celui qui lui faisait face au professeur Rogue mais ce dernier préféra rester debout.
Dumbledore le fixait de son intense regard bleu pâle et Rogue soutenait son regard. Au bout d'un moment, le professeur de potions demanda :
« Quand devrai-je quitter le château ?
- Pourquoi voudriez-vous quitter le château, Severus ? interrogea le directeur, étonné.
- Parce que vous allez me renvoyer. Vous savez très bien que j'ai passé la nuit à ses côtés… Et ce n'est pas du tout une réaction que vous attendez de la part de vos professeurs, Albus, j'en suis conscient… déclara-t-il.
- Severus… Je n'ai pas la moindre intention de vous renvoyer.
- Mais je…
- Oui, je sais que vous vous êtes endormi auprès de miss Bloomwood à l'infirmerie, cette nuit, mais je sais également que vous n'avez rien fait de mal ou de répréhensible… Sinon croyez-vous que je vous aurais laissé l'héberger chez vous pendant deux étés consécutifs ? l'interrompit-il.
- Non, certainement pas mais…
- Je vous connais, Severus, et je sais qui vous êtes. Je sais toute l'affection que vous portez à miss Bloomwood et je peux comprendre la peur que vous avez dû ressentir lorsqu'elle a été blessée. Le professeur Stroke m'a tout raconté et m'a dit que vous étiez arrivé cinq minutes à peine après l'incident et que vous aviez réagi extrêmement vite.
- Oui, c'est vrai…
- Votre médaillon, n'est-ce pas ?
- En effet…
- Belle invention…
- Oui… Pas comme le Sectumsempra… ajouta-t-il, rongé par le remords.
- C'est en faisant des erreurs que l'on apprend et que l'on grandit, Severus… Personne n'est parfait : ni vous et encore moins moi… » répondit-il, songeur.
Rogue regarda le vieil homme se perdre dans ses pensées… Ce devait être des souvenirs assez douloureux pour lui car son visage exprimait une grande tristesse et un profond regret.
Le maître des potions n'insista pas. Le directeur avait raison et Iris aussi : on ne peut pas changer le passé…
Dumbledore reprit soudainement pieds dans le présent et déclara :
« Vous pouvez y aller, Severus. Faites seulement attention à ne pas trop laisser paraître votre attachement pour miss Bloomwood au grand jour…
- C'est ce que je m'efforce de faire depuis plus d'un an… » répliqua-t-il en partant.
Le vieux directeur sourit et regarda son professeur de potions s'en aller, par-dessus ses lunettes en demi-lunes.
