Et... vous gagnez un chapitre supplémentaire. Désolée pour les faux espoirs (encore une fois, j'ai honte). C'était où ça ou la fin était beaucoup trop précipitée. Et en plus, toute la parlote essentielle ci-dessous nous bouffait de la place pour les émotions et une vraie conclusion dans les règles. J'espère que vous ne serez pas trop fâchés d'avoir un peu plus à lire et surtout que vous trouverez dans ce chapitre des réponses à vos questions... et pas trop de nouvelles interrogations. ^^

Sur ce... bon courage pour la lecture ! Terrence va nous faire des nœuds au cerveau, je vous préviens...


LES TROIS SCEAUX D'IGNOTUS PEVERELL


Arthur n'avait aucune idée de l'endroit de l'endroit où il se trouvait.

Il n'y avait pas un bruit, pas même un bruissement dans l'herbe pâle que la brise froissait. Le ciel au-dessus de lui était immense, si lumineux que la chouette blanche qui planait au-dessus de la vallée s'y fondait presque.

Le garçon gravit la butte pour avoir un plus grand point de vue, réfléchissant au peu qu'il avait pu déterminer sur sa situation. Il n'avait plus aucun souvenir, à part celui d'une petite fille rousse avec des lunettes rondes, et il supposait que son nom était Arthur parce qu'il entendait de temps à autre un appel lointain, indistinct, comme si quelqu'un le cherchait.

Bon, et le A jaune qui s'étalait sur son pull noir en laine était peut-être un indice aussi.

En haut, il dût plisser les yeux pour distinguer la limite de l'horizon. C'était peut-être un lac, ou un océan. Une ligne scintillait, éblouissante, très loin. Il inspira profondément, mais l'air n'avait aucune odeur, aucune température.

Il tressaillit quand le son familier mais incongru d'un tourne-disque qui se mettait en marche crépita derrière lui. Un grésillement, le premier tour qui crachotait, puis une voix de femme, basse, vibrante, un peu enrouée, commença à chanter comme si, quelque part dans les collines, un haut-parleur fatigué diffusait un vieux programme radio.

- Le Tour de France… à diligence… vaut toutes les fééries…

La chouette blanche décrivit un arc de cercle dans le ciel lumineux et revint au-dessus de lui avec un cri plaintif. Arthur, qui n'avait pas réussi à se rappeler s'il connaissait la mélodie, se secoua. Sa basket buta contre quelque chose de dur et il s'aperçut qu'il était debout à côté d'une voie ferrée.

Elle s'allongeait jusqu'à l'horizon, de vallon en vallon, et il décida de la suivre.

Peut-être qu'il trouverait des réponses au bout.

La brise se glissa dans ses boucles sombres et lui caressa la joue, douce, tiède, chargée d'un parfum d'aubépine.

Peut-être qu'il trouverait la petite fille rousse qui semblait si importante.

Arthur enfonça les mains dans ses poches de son jean et se mit en marche sans s'apercevoir qu'il sifflotait avec la chanson française.

La chouette blanche étendit ses ailes et monta plus haut dans le ciel rempli de lumière.


oOoOoOo


Dans l'obscurité oppressante de la chambre, la silhouette argentée se détachait comme celle d'un fantôme.

- Terrence ! s'écria Wendy en se levant d'un bond.

Elle se précipita vers lui et se jeta dans ses bras avant que les autres n'aient pu bouger. Il ferma les yeux un instant, l'étreignit pendant qu'elle sanglotait.

- Faut arrêter de surgir de nulle part, balbutia Remus dont le cœur battait encore à cent à l'heure.

Il lâcha le rideau du lit à baldaquin, mortifié, et chercha pour se donner une contenance des poches qu'il n'avait pas dans sa combinaison orange. Debout à côté de la valise à carreaux, Drago avait fait le geste de tirer sa baguette de sa canne, mais Scorpius lui avait posé une main sur l'épaule pour l'arrêter.

- Swanson, dit-il d'une voix dure. "D'où tu sors ?"

- Il était avec nous pendant tout le voyage, dit Euphrosine qui ne comprenait pas cette soudaine hostilité des Malefoy.

- Oui, et Calcifer aussi, riposta Scorpius sèchement. "Or Calcifer nous a trahis."

Wendy se détacha de Terrence et essuya ses yeux d'un revers de poignet.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? bégaya-t-elle.

- Arthur nous a dit que Calcifer avait lâché le monstre dans la Tour, dit Drago sombrement. "C'est à cause de lui que l'Evideur… que l'Evideur a…"

Il ne réussit pas à terminer sa phrase, les traits contractés par la douleur et la culpabilité.

- L'Evideur aurait fini par forcer le passage quand même, dit Terrence avec une expression étrange. "Calcifer n'a rien fait de mal. Arthur devait mourir aujourd'hui."

Les doigts fins de Scorpius se crispèrent sur la manche de son père et Wendy recula, soudain très pâle. Le bout de ses doigts s'appuya sur la commode. Dans le bocal à côté d'elle, le papillon n'était plus que cendres.

- Tu… tu savais qu'il… pourquoi tu ne l'as pas prévenu ?

Le médicomage enleva ses lunettes et les essuya sur un coin de sa blouse blanche. Ses yeux bleus se durcirent.

- Parce que ce qui est en jeu aujourd'hui est bien plus grand que la vie d'un simple adolescent.

- C'est mon fils ! souffla Wendy, les mains nouées sur son ventre comme si on venait de la poignarder.

Euphrosine se précipita vers elle, renversant au passage la prothèse en bois qui tomba sans un bruit sur l'épais tapis.

- Tu n'es pas le Terrence qui a franchi le Pont des Soupirs, articula Scorpius, dont les dents étaient tellement serrées qu'elles grinçaient.

Le jeune homme blond rejeta sur son épaule sa longue queue de cheval blonde.

- Ne dis pas de sottises, Malefoy, répliqua-t-il d'un ton légèrement agacé. "C'est bien moi."

Il se pencha, ramassa le livre que Remus avait laissé tomber et le tendit à Wendy.

- Il n'y a pas de temps à perdre. Il faut faire le rituel.

Elle écarquilla les yeux.

- Tu veux dire que j'avais raison ? haleta-t-elle sans prendre le livre. "Les runes sur la lune peuvent vraiment ramener Al et Arthur ?"

- Non, dit Terrence. Il sourit tristement à la petite fille qui le fixait d'un air horrifié, collée contre sa mère. "Ne me regarde pas comme ça, Euphrosine. Je ne vous ai pas menti. Il était essentiel que tu viennes en Antarctique avec ton frère et que ces runes s'inscrivent dans ta mémoire. Tu n'en as pas besoin aujourd'hui, mais elles seront importantes à la fin."

Scorpius fit un pas en avant. L'orage dans ses yeux gris les rendait presque noirs et il avait sorti sa baguette. Drago, à côté de lui, avait l'air prêt à suivre s'il fallait recommencer à se battre. Remus était partagé entre écouter et agir comme son instinct l'y pressait.

- Cesse de parler par énigmes, Swanson, siffla Scorpius. "Explique-toi avant qu'on t'envoie rejoindre Calcifer dans sa cellule."

Terrence sourit de nouveau. Dans la pénombre, la lueur qui émanait du cercueil magique s'accrocha sur ses lunettes et cacha un instant ses yeux, donnant une teinte blafarde à son visage anguleux.

- Cada-le-ver a fait des progrès, je te l'accorde. Il y a dix-neuf ans, avec un tel coup sur la tête, il aurait été incapable de faire preuve d'imagination. C'était très bien vu de sa part d'inonder la chaudière et de la geler. Mais Cal se contente de faire une sieste sous la glace, tu sais. Il attend son grand moment.

Il tendit de nouveau le livre.

- Il y a un autre rituel dans ce bouquin, insista-t-il. "C'est celui-là que vous devez faire pour ramener Arthur."

- Et Albus ? balbutia Wendy sans bouger.

Le médicomage secoua la tête avec un soupir. Ses yeux bleus s'adoucirent en contemplant la jeune femme implorante.

- Al ne reviendra pas, dit-il doucement.

Elle gémit, comme un animal frappé à mort. Elle serait tombée si sa fille et Scorpius ne l'avait pas attrapée chacun par un bras et ne l'avaient aidée à s'asseoir dans le fauteuil.

- Tu dois être forte, Wendy Philips, reprit Terrence avec autorité. "Ce n'est pas le moment de pleurer. Si tu veux sauver ton fils, tu dois te relever."

Remus s'approcha de lui et lui prit le livre.

- Ecoute, l'ectoplasme, lança-t-il. "Je sais que tu as passé plus de temps qu'il n'en faut dans les limbes, mais essaye de faire preuve d'un peu de compassion…"

- Vous ne comprenez pas ! Chaque minute que l'on perd condamne le monde entier ! cria le médicomage d'un ton furieux et désespéré. "Si vous pensez que vous souffrez maintenant, figurez-vous que ce sera mille fois pire quand les tambours résonneront. Arthur est votre seul espoir !"

Avant que qui que ce soit ne puisse intervenir, Drago se rua sur le jeune homme et l'attrapa par la gorge, le plaqua contre un mur. Sous l'impact, plusieurs punaises se détachèrent, et des croquis et des photos flottèrent jusqu'au sol.

- Arthur est mort, articula Drago Malefoy d'une voix rauque de douleur et de culpabilité. "C'est moi qui l'ai tué. C'est fini. Personne ne peut survivre au sortilège impardonnable."

Les yeux bleus de Terrence étincelèrent. Il leva lentement sa main et d'une poigne de fer, il écarta posément les doigts maigres qui l'étranglaient. L'haleine de Drago se condensa et sa manche s'étoila de gouttelettes cristallisées.

- Pourtant quelqu'un a survécu, dit le médicomage d'une voix glacée. "Quelqu'un que vous connaissez très bien, M. Malefoy."

Il profita de la stupéfaction générale pour faire quelques pas de côté, soupira et parut se résigner.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il.

Scorpius tira machinalement sa montre à gousset de la poche de son gilet et la consulta.

- Six heures du soir et des poussières, dit-il.

Terrence sourit.

- Toujours l'horloge parlante, hein, Malefoy ? pouffa-t-il. Puis il redevint sérieux. "Il nous reste encore un peu de temps avant minuit. Vous connaissez le conte des frères qui piégèrent la Mort ?"

- Ce n'est pas le moment de raconter des histoires du coin du feu ! s'écria Drago, outré.

- C'est dans les Contes de Beedle le Barde, dit Euphrosine dont le sourcil gauche en accent circonflexe se plia exactement comme celui de sa mère. "Ma marraine ne voulait jamais nous le lire, celui-là. Papi non plus, d'ailleurs."

- Ils avaient sans doute leurs raisons, dit Remus qui ne pouvait s'empêcher d'être intrigué et fasciné. "Il y a des rumeurs comme quoi la légende était vraie et que ce serait grâce à cela qu'Harry Potter a vaincu Voldemort. Mais le Ministère de la Magie n'a jamais lâché un mot là-dessus et au Département des Mystères, il faut une autorisation bien au-dessus de mon niveau pour accéder au dossier sur les Reliques de la Mort."

Scorpius s'était rassis au chevet d'Albus, mais ne quittait pas Terrence des yeux.

- L'histoire est peut-être un peu romancée, mais les Reliques sont de véritables objets dont l'empreinte existe de l'autre côté du Voile, dit le médicomage. "Cependant il y a une chose dont Beedle le Barde ne dit rien. Dissimulé aux yeux de tous, Ignotus Peverell passa toute sa vie à chercher un moyen de protéger l'humanité du sort funeste qui l'attendait de l'autre côté du pont. Enfin, il trouva une solution et l'enferma dans trois sceaux qui, une fois brisés, devraient permettre à ses héritiers de sauver le monde lorsque la fin viendrait. Alors seulement il se dépouilla de la cape et la donna à son fils."

- Quel est le lien avec les Potter ? demanda Wendy en massant ses tempes, l'air las.

- Ils sont de lointains descendants d'Ignotus Peverell. La cape d'invisibilité s'est transmise dans leur famille jusqu'à Harry.

Terrence marqua une pause, jouant négligemment à fermer et ouvrir le couvercle de l'encrier vide qu'il avait ramassé sur la table ronde.

- J'ai lu une fois que Dumbledore avait comme théorie que la Mort n'a pas grand-chose à voir dans l'histoire et que les trois frères sont en fait de puissants sorciers qui ont créé les Reliques pendant leurs recherches sur l'immortalité, expliqua-t-il en reposant le petit récipient de cuivre. "Moi je pense qu'ils ont vraiment rencontré quelqu'un. Pas la Mort, mais définitivement quelqu'un avec la rancune tenace. Et s'ils étaient, comme je le soupçonne, au bord de la Rivière, ce n'est pas étonnant qu'à force de s'y mirer, Ignotus Peverell n'ait trouvé comme solution que les Trois Sceaux."

- Je n'ai jamais rien entendu de pareil, dit Remus en croisant les bras. "D'où vous sortez tout ça ? De l'au-delà ?"

- Ah ah, très drôle. Il y a un autre recueil de contes, perdu depuis longtemps. J'en avais entendu parler mais je ne l'avais jamais vu avant d'accéder à la… la Bibliothèque.

Terrence eut un ricanement ironique.

- Mais pas d'inquiétude, le vieil homme se débrouillera sûrement pour qu'il ressorte en temps et en heure.

Avant que quelqu'un ne puisse demander de qui il parlait, Scorpius intervint d'une voix sèche.

- Ces Trois Sceaux, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'ils font ? Quel est le rapport avec Al et Arthur ?

Dans le silence tendu, tous les yeux se fixèrent sur le médicomage. Il posa le livre sur la table ronde, s'assit dans le fauteuil couvert de poils où Koff avait l'habitude de faire la sieste et noua ses longues mains maigres entre ses genoux.

- Il y a une raison pour laquelle Harry, Albus et Arthur se ressemblent tellement. Ils sont les clés des Trois Sceaux. Tout a commencé le soir où Voldemort s'est rendu chez les Potter pour les assassiner. Il n'y a eu aucun témoin, aussi l'histoire a toujours été racontée de la même manière : la mère d'Harry se sacrifia pour lui sauver la vie et l'impossible se produisit lorsque le sortilège impardonnable rebondit sur l'enfant.

Terrence humecta ses lèvres.

- La vérité c'est qu'Harry mourut ce soir-là.

Remus toussota.

- L'horcruxe…

- L'horcruxe n'est qu'une partie du mystère, Lupin, coupa le médicomage. "Harry Potter est mort puis, inexplicablement, il est revenu à la vie, sans que personne ne sache qu'il avait en lui une partie de l'âme du Seigneur des Ténèbres."

- C'est dégoûtant ! s'exclama Euphrosine, horrifiée.

- C'est un secret d'état, protesta Remus. Il regarda autour de lui et hoqueta, réalisant que personne d'autre que la petite fille n'avait réagi. "Vous… vous étiez au courant ?"

Scorpius haussa les épaules, l'air amer.

- Terrence l'a découvert quand nous étions en septième année à Poudlard. McGonagall nous a fait jurer de garder le silence.

Le regard de Drago, fixé sur son fils, exprimait une soudaine compréhension mêlée de profonde tristesse.

- Dix-sept ans plus tard, dans la forêt, Harry Potter fut frappé de nouveau par le sortilège de mort lancé par Voldemort, reprit le médicomage. "Et là encore, contre toutes attentes, il revint à la vie."

Remus allait encore intervenir lorsque Scorpius se leva tout droit, très pâle.

- Oh, dit-il d'une voix étouffée.

- Quoi ? lança le chasseur de mystères, troublé.

- Il est mort deux fois, balbutia Scorpius. "Je n'avais jamais réalisé… Al… Al aussi est mort deux fois – et la première fois il a survécu avec l'âme vivante d'un autre, en lui, exactement de la même façon qu'Harry Potter…"

- C'est… un peu trop gros pour être une simple coïncidence, en effet, siffla Remus.

Terrence acquiesça gravement.

- C'est la troisième fois qu'Al meurt, dit-il lentement, sans quitter des yeux Wendy qui avait l'air épouvantée. "Il est enfin libre. C'est pour cela qu'il ne reviendra pas. Le premier sceau d'Ignotus Peverell vient d'être brisé."

Euphrosine plissa des paupières.

- Je ne comprends pas, dit-elle de sa voix claire et chantante, étrangement innocente dans la pénombre oppressante de la chambre de deuil. "Qu'est-ce qui va se passer ?"

- Le deuxième sceau sera brisé lorsqu'Harry Potter mourra à son tour pour la troisième fois, je suppose, grommela Drago. "Je ne comprends pas très bien non plus."

- Quand Harry Potter disparaîtra, tout ce qu'il y a de malveillant de l'autre côté du Voile se précipitera pour franchir la Rivière. Ce sera le chaos – la fin du monde. Et il n'y aura aucun moyen de l'arrêter si le troisième sceau n'est pas brisé.

Wendy eut un hoquet.

- Et le troisième sceau, c'est Arthur, n'est-ce pas ? murmura-t-elle.

- Oui, dit Terrence. "C'est cela, la malédiction des Potter. Mourir… et survivre pour sauver le monde en se sacrifiant lorsque les ténèbres reviennent."

Il y eut un long silence. Ils étaient tous sonnés, accablés. Puis Remus se racla la gorge.

- Mais Arthur est mort.

Le médicomage se racla la gorge.

- C'est compliqué.

- Non, sérieux ? hoqueta Scorpius. "Qu'est-ce que tu caches encore, Swanson ? Ce n'est pas assez horrible ?"

Il était au bord des larmes.

- Laisse-le finir, murmura Drago en posant une main apaisante sur l'épaule de son fils.

Wendy acquiesça silencieusement. Euphrosine était debout derrière elle et lui avait passé les bras autour du cou.

- Harry est né au milieu des combats, dans l'obscurité et le désespoir. Il a grandi avec la rage de Voldemort en lui, jusqu'au jour où il l'a tué et a mis fin à la guerre, dit Terrence. "Albus est né en période de paix. Il est l'enfant du pardon, porte à la fois le nom d'un ennemi et celui d'un ami. Le dragon l'a choisi à cause de cela. Al n'était pas un guerrier et son cœur aimait. Il était prêt à se sacrifier pour sauver la vie d'un inconnu et lorsqu'il a pris la vie de l'Anghenfil, il l'a fait en le libérant de sa haine."

- On sait tout ça, marmonna amèrement Scorpius.

- Arthur est leur héritier à tous les deux. Il…

Terrence hésita.

- L'Evideur a pris sa forme, n'est-ce pas ? demanda-t-il en se tournant brusquement vers Drago. "C'est pour cela que vous l'avez frappé. Vous pensiez qu'il volait à Arthur tout ce qu'il était."

Le vieil aristocrate opina lentement.

- Vous aviez tort et vous aviez raison, reprit le médicomage. "Arthur et l'Evideur sont les deux faces d'une même pièce. L'un est l'avenir de l'autre et le second le cauchemar du premier."

Il noua ses mains nerveuses devant sa bouche. Sans doute cherchait-il simplement ses mots, mais Remus ne put s'empêcher d'avoir l'impression désagréable que l'explication qu'ils allaient entendre ne serait pas tout à fait complète.

- Euh, voyons… pour faire simple… Quand… quand vous avez tué Arthur, son âme était presque complètement absorbée par l'Evideur et celui-ci est une créature qui appartient au Voile, après des siècles d'errance. C'est pour cela que nous avons besoin du rituel pour retrouver Arthur. Il est mort, mais il est aussi vivant, perdu de l'autre côté.

- Perdu entre ici et là-bas, murmura Euphrosine. Elle se détacha de sa mère, s'approcha du lit et s'assit sur le bord du matelas. "C'est comme la prophétie l'a dit. Sauf que tu t'étais trompé, Arthur. Ce n'était pas quelqu'un d'autre qu'il fallait sauver. C'était toi…"

Terrence hocha le menton, mais Scorpius se racla la gorge. Ses sourcils noirs étaient froncés et son visage très pâle. Ses yeux gris n'avaient rien de la douceur des ailes d'une tourterelle.

- Alors si on le ramène, dit-il, Arthur se réveillera lui-aussi avec à l'intérieur de lui-même un autre cœur – qui influencera ses pensées, ses choix, sa direction. Il souffrira comme Al a souffert, toujours à se demander qui il est vraiment.

- Oui, répondit le médicomage en soutenant ce regard brûlant sans faiblir. "Et comme Al, comme Harry Potter, il devra regarder en face cette force qui bouillonne en lui et choisir ce qu'il en fait. Parce que des centaines de vies dépendront de sa décision."

- Arthur ne voudrait pas vivre comme ça, dit Euphrosine d'une toute petite voix. Elle avait pris la main de son frère et la caressait doucement. "On n'a pas le droit de le forcer à vivre pour sauver le monde."

- Alors tu préfères que son histoire s'arrête ici ? riposta Terrence.

- Non, dit Wendy en prenant une longue inspiration. Elle s'appuya sur les accoudoirs et se leva sur ses jambes tremblantes. "Non. S'il y a un moyen de ramener mon fils, je veux le faire."

- Attendez ! intervint Drago. "Est-ce qu'on sait qui était l'Evideur ? Je veux dire, avant qu'il se transforme en monstre à force de vivre dans le voile, c'était bien un être humain, hein ? Qu'est-ce qu'on sait sur lui ? Il est peut-être encore plus dangereux… plus malfaisant que le Seigneur des Ténèbres !"

Terrence secoua la tête.

- Tout ce que je sais sur lui, c'est qu'on l'appelle le guerrier endormi, avoua-t-il.

- Il ne dormait pas vraiment ces derniers temps, grommela Remus en se frottant la nuque.

Scorpius et Euphrosine eurent un hoquet nerveux.

- Il n'y a pas toutes les réponses dans la Rivière et tout s'y mélange, se défendit le médicomage. "Le passé, les futurs… c'est pas facile à démêler. Mais, euh… il y a une chose dont je suis sûr. Sans son aide, Arthur ne pourra pas vaincre ce qui arrive."

Wendy avait contourné le lit. Les yeux pleins de larmes, elle se pencha en souriant sur son mari et lui caressa la joue.

- Tu comprends, n'est-ce pas ? murmura-t-elle. "Si tu étais à ma place, tu agirais de la même façon, hein ?"

Elle ferma les yeux, lui embrassa le front. Pendant un instant, les particules de magie dansèrent autour d'elle, se mêlèrent à ses cheveux défaits. Puis elle se redressa, mordit sa lèvre inférieure et marcha vers la table.

- De quel rituel parlais-tu ? demanda-t-elle du même ton de commandement qu'Euphrosine l'avait entendue utiliser dans le Cyrano. "J'ai lu et relu ce bouquin des centaines de fois et je n'ai jamais rien trouvé d'autre que le conte de la dame du lac qui me fasse penser qu'on puisse…"

Elle s'interrompit. Terrence avait fait claquer ses doigts et le livre qu'elle feuilletait s'était ouvert brusquement. Elle fronça les sourcils. Remus, qui s'était approché d'elle, leva un sourcil étonné.

- Ah. C'est le Rituel des Musgrave, dit-il.

Euphrosine, intriguée, les rejoignit et se pencha aussi sur le recueil de contes. Scorpius fronça le nez.

- Ce qui veut dire ?

Le jeune homme se gratta l'oreille.

- C'est une légende. Je l'ai lue dans un des bouquins de la section Patrimoine Lycanthrope de la bibliothèque de Poudlard. Je faisais des recherches sur... euh… mon grand-père, et je suis tombé dessus une fois.

Il prit le livre, étudia un instant la page qui donnait les indications pour réaliser le rituel.

- Dans la version que j'avais lue, il n'y avait pas autant de détails, dit-il pensivement. "Mais ce n'est qu'une histoire, sinon ce serait répertorié au Département des Mystères !"

Wendy se tourna vers Terrence.

- ça ne ressemble vraiment pas à un truc sérieux, même si la cérémonie qu'ils font est très bien décrite. Et il n'y a que la moitié de l'incantation, sous forme de questions, dit-elle en hésitant. "C'est aussi pour ça que je l'avais laissée de côté."

- Les réponses ne seront pas un problème, répondit le médicomage.

- Et revoilà les énigmes, soupira Drago en levant les yeux au ciel. "Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer exactement ce qu'est le Rituel des Musgrave ?"

- Eh bien, à l'origine, c'est le titre du conte, dit Remus. "Un vieil homme qui s'appelait Musgrave avait un fils. Un soir de pleine lune, la femme de celui-ci fut attaquée par un loup. Pour sauver sa bru, Musgrave sauta sur l'animal, armé d'un simple couteau en argent, et le tua. Mais la femme mourut quand même et son mari, désespéré, commença à dépérir de chagrin.

- M. Musgrave pensait qu'il serait bientôt seul avec sa petite-fille, lorsqu'une nuit, un étranger se présenta à sa porte, continua Euphrosine.

- Laissez-moi deviner : l'étranger avait les yeux bleus, grogna Scorpius.

Remus haussa les épaules.

- Aucune idée, la légende ne précise pas. Tout ce que je sais, c'est qu'ensuite l'étranger explique à Musgrave qu'il y a un moyen de ramener sa belle-fille de ce côté-ci du Voile. Ils font le rituel, et la femme du fils revient à la vie. Mais elle est un peu différente. Toutes les nuits de pleine lune, elle se change en…

Euphrosine, qui ne comprenait pas pourquoi il hésitait soudain, compléta tranquillement la phrase.

- En loup-garou. Le premier loup-garou qui a existé !

Remus toussota, gêné, sous le regard aigu que lui lança l'aristocrate.

- La légende affirme que c'était quelqu'un de bien, se hâta-t-il d'ajouter.

- Arthur ne se transformera pas en loup-garou, si c'est ce qui vous inquiète, M. Malefoy, dit Terrence d'un ton moqueur.

Wendy était maintenant du côté de son fils et tortillait entre ses doigts le bord de la couverture blanche.

- Mais il aura… en lui… une partie du cœur de la chose qui l'a tué, murmura-t-elle. "Il sera différent."

- Harry Potter a vécu dix-sept ans avec un bout de Voldemort dans le cerveau et il n'a pas pour autant viré du côté obscur, lança Remus.

- Ce n'est pas l'Evideur qui va somnoler en Arthur, de toute façon, dit Terrence. "C'est ce qu'il était avant. Et ça ne se verra pas avant longtemps. Le dragon est resté immergé dans l'âme d'Albus pendant sept ans et ce n'est que lorsque nous sommes arrivés en Antarctique qu'il a commencé à vouloir se la jouer solo. Arthur aura le temps de s'habituer à son passager."

- Il sera même plus chanceux. Il saura qu'il a cela en lui, dit gravement Drago.

Il posa son regard perçant sur Terrence.

- N'est-ce pas ? insista-t-il.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bien sûr. Dumbledore avait ses raisons pour garder le secret, mais le vieil homme est capable de reconnaître quand il se plante. Et puis c'est à quinze ans que les deux autres Potter ont réalisé qu'ils ne pourraient échapper à leur destin, qu'il leur fallait se lever et se battre.

- Sauf qu'on n'est pas obligés de mettre ça sur les épaules d'Arthur, murmura Euphrosine. "On pourrait le laisser tranquille…"

Elle avait parlé très bas, mais ils l'entendirent tous. Wendy posa une main sur l'épaule de sa fille. Scorpius et Remus contemplaient le garçon étendu sur le lit. Il semblait dormir paisiblement, libéré de la douleur de ses blessures et de la confusion, de l'angoisse et de la culpabilité qui avaient hanté son regard pendant des mois. Peut-être était-ce en effet trop cruel de le réveiller pour le livrer à un tel sort...

Terrence toussota.

- C'est ton choix, Wendy. Ton fils ou le reste de l'humanité, dit-il.

Seul Drago aperçut le tic amer qui plia le coin de sa bouche, brièvement, comme si prononcer ces paroles le faisait souffrir.

- Maman ?

La jeune femme baissa les yeux vers la petite fille. Elle lui prit la main, la serra dans les siennes. Les yeux plein de larmes, elle inhala profondément.

- Quand il était petit, Arthur enfilait son costume de chevalier, prenait sa petite épée en guise de baguette et tous les enfants du village, moldus et sorciers confondus, le suivaient, dit-elle avec un sourire tremblant. "Il disait toujours qu'il sauverait le monde une fois devenu grand. Peut-être qu'il avait deviné que c'était ce qui l'attendait..."

- Il voulait aussi devenir ami avec un vampire et invitait des fantômes à ses anniversaires, marmonna Euphrosine d'une drôle de voix. "Il embrassait des grenouilles en pensant qu'elles allaient se métamorphoser."

Wendy eut un rire étranglé. Remus pouffa, même si l'émotion lui serrait la gorge. Drago sourit malgré lui et pressa l'épaule de son fils qui avait reniflé brusquement et qui luttait pour contenir ses propres larmes.

- Faisons-le, tu veux bien ? murmura la femme.

La petite fille détacha enfin ses yeux de son frère et leva la tête.

- Ne t'inquiète pas, maman, dit-elle fermement. "Je protègerai Arthur pendant qu'il sauvera le monde, moi. Et s'il n'y arrive pas, à la fin, je le consolerais."

Terrence sourit. Il fit un geste de la main et les épais rideaux sombres qui étouffaient les fenêtres s'ouvrirent. Alors le soleil rose inonda la chambre, la neige étincela sur les crêtes autour de la vallée et soudain leurs cœurs se remplirent d'espoir.


A SUIVRE...


Prochain [et dernier] chapitre : LE RITUEL DES MUSGRAVE


Qui sera suivi de "LE DERNIER TRAIN" puis "DREAM ON, LITTLE BROOMSTICK COWBOY", l'épilogue et le bonus qui lanceront la prochaine aventure. Quoique vous avez déjà ici beaucoup d'indices sur ce qui attend ce pauvre Arthur... Et si vous connaissez la nouvelle de Conan Doyle qui a le même titre que le prochain chapitre, alors vous avez même un indice supplémentaire !