Chapitre 26

Pov Bella

La visite de Billy me faisait beaucoup de bien. Il était celui qui connaissait le mieux Charlie, et je buvais ses paroles. Grâce à lui, le sentiment de paix qui m'habitait partiellement depuis l'arrivée des Cullen, et surtout mon rapprochement avec Edward, venait de se compléter.

-Je vais devoir te laisser Bella, me dit soudain le vieux Quileute. Même à seize ans, Jacob est perdu sans moi.

Je pouffai tandis que Billy riait franchement.

-Est-ce que Jacob passe te chercher ? M'enquis-je.

-Il devrait déjà être là, dit-il en fronçant les sourcils après un coup d'œil à la pendule murale.

Il se déplaça rapidement jusqu'à la porte qu'il ouvrit vivement. Je courus jusqu'à lui, pour découvrir en même temps que lui ce qui se passait. Jacob et Edward se battaient, et je m'étonnais de n'avoir rien entendu. J'étais peut-être trop absorbée par les paroles du vieil indien, et lui aussi. Sans réfléchir, je me précipitai pour essayer de séparer les deux adversaires, mais avant que je parvienne jusqu'à eux, un sifflement aigu se fit entendre. Aussitôt, le combat cessa, Jacob se propulsant en arrière. Quand Edward me vit, il se recula, fermant les yeux et se pinçant l'arrête du nez.

-C'était quoi, ça ? L'agressai-je.

Derrière moi, j'entendais Billy qui grondait son fils.

-On en parlera plus tard, grommela mon vampire. Tu as fini ?

Je hochai la tête, avant de me tourner vers Billy. Celui-ci essayait de convaincre Jacob de s'excuser, mais ce dernier fit soudain demi-tour en courant, s'enfonçant dans les bois.

-Il va m'entendre ce soir, marmotta le vieil homme.

-Voulez-vous que nous vous ramenions ? Proposa aimablement Edward.

Je fus très étonnée, et je crois qu'il en était de même pour Billy. Le vampire haussa simplement les épaules.

-Je me montre juste plus poli et raisonnable que Jacob, donna-t-il comme raison.

Je lui souris, lui montrant que j'étais fière de son comportement. Billy accepta son offre, alors nous rentrâmes dans la maison pour la mettre en ordre avant de la fermer.

-Tu penses que tu viendras y vivre un jour ? Me demanda l'indien.

Du coin de l'œil, je vis qu'Edward attendait aussi ma réponse, sans en avoir tout à fait l'air. Je finissais de laver les tasses, mettant ce temps à profit pour réfléchir. Le vieux Quileute patientait, ne me pressant pas de question.

-Je ne sais pas, finis-je par dire. Avant, je voulais à tout prix habiter ici, mais je crois que c'était parce que je me sentais coupable. Je pensais que vivre dans cette maison me rapprocherait de Charlie, que c'était un devoir que je devais m'imposer. A présent, je me sens mieux par rapport à tout ça. Un jour peut-être que je viendrai loger ici, mais je n'ai aucune certitude aujourd'hui.

Je sentis la main légère de mon vampire caresser mon dos, avant de se remettre à ranger la cuisine. En moins de cinq minutes, tout fut net et propre. Billy se déplaça avec aisance sur le siège passager, et tandis que je montai à l'arrière, Edward eut bien sûr le temps de ranger le fauteuil roulant dans le coffre et de s'asseoir au volant, le tout avant que j'eus même le temps de claquer la portière.

-C'est… impressionnant, commenta le père de Jacob.

-Oui, mais parfois très agaçant, nuançai-je. Heureusement pour moi, les Cullen font plus de choses à vitesse normale.

-Normale pour toi, contra Edward. Pour moi, c'est une vitesse d'escargot, et encore, même un escargot va plus vite ! Surtout, il fait beaucoup moins de bruit.

Je lui fis une grimace, qu'il vit parfaitement à travers le rétroviseur. Sa seule réaction fut de ricaner.

-Tu logeais vraiment chez les Cullen pendant leur absence ? Voulut savoir le vieil homme.

-Oui. Je ne savais pas que j'étais un vampire, et je ne comprenais pas pourquoi j'endurais une telle souffrance à proximité des humains. A force de voyager, de vivre en ermite, je suis tombé sur cette maison. Forcer la porte a été un jeu d'enfant. J'étais très bien, avec une grande maison toute équipée.

-Pourtant, le médecin et sa famille n'étaient pas revenus depuis les années 1900. Comment se fait-il que la maison soit si moderne ?

-Carlisle m'a appris qu'à chaque fois qu'une nouvelle technologie apparait, ils en équipent toutes leurs maisons, puisqu'ils en ont plusieurs à travers le monde, les faisant installer à distance dans les maisons où ils ne logent pas.

-C'est ingénieux.

-C'est surtout très pratique, argumentai-je. Pas besoin de transférer tout le mobilier d'une maison à l'autre. Les Cullen ont juste à changer de lieu, parfois même en laissant les voitures sur place.

-Un gain d'argent et moins de pollution, puisque nous sommes dans une époque où l'aspect environnemental devient important.

Billy hocha la tête aux paroles d'Edward. J'étais heureuse de voir qu'ils s'entendaient bien, ou à défaut qu'ils réussissaient à cohabiter intelligemment, contrairement à Jacob visiblement. Je comptais avoir une discussion avec ce dernier, pour lui prouver que j'étais apte à me protéger toute seule, à faire les bons choix par moi-même, et lui faire comprendre que s'il voulait que nous soyons amis, il lui faudrait apprendre à tolérer Edward.

-Tu me laisseras à la frontière que vous avez convenue, déclara soudain l'indien. Je ne voudrais pas que tu aies des ennuis à cause de moi.

-Comment feras-tu pour aller jusqu'à la réserve ? M'inquiétai-je.

-Je suis certain que Jacob ou un autre jeune sera aux aguets.

En effet, lorsque Billy fut assis de nouveau dans son fauteuil, nous vîmes apparaître Embry qui sifflotait.

-Salut Bella ! S'exclama-t-il d'un geste de la main. Salut Billy ! Jacob est furax, mais il a peur de se recevoir une raclée ! Alors il a préféré faire profil bas.

-Il ne perd rien pour attendre, grommela le père. A bientôt Bella, j'ai été heureux d'avoir pu parler de Charlie avec toi.

A ce moment-là, je constatai à quel point la perte de mon père l'affectait vraiment. Je le serrai dans mes bras avant de rejoindre Edward dans la voiture. Il effectua habilement une marche arrière, sans même prendre la peine de se retourner pour voir s'il y avait un obstacle.

-A te voir, conduire est un jeu d'enfant. Tu y arriverais les yeux fermés ?

-Bien sûr ! Pouffa-t-il. Pour un vampire normal, c'est déjà très facile, mais pour moi, c'est encore plus simple. C'est pour ça que la vitesse ne me pose aucun problème.

-Un peu comme pour Alice, grimaçai-je. Quand j'ai vu à combien elle roulait pour aller à Port Angeles… J'ai préféré regarder ailleurs.

-Froussarde !

Je secouai la tête en riant. Le trajet jusqu'à la villa fut court. Edward gara la voiture dans le garage, mais il me demanda très sérieusement de l'attendre. Intriguée, je l'observai faire le tour de la voiture pour venir se placer devant moi. Sa main vint se poser sur ma joue, et je ne pus m'empêcher d'appuyer dessus pour intensifier le contact.

-L'autre jour, en revenant de la réunion avec les loups, tu as affirmé que le fait que nous soyons si liés, que nous soyons des « âmes-sœurs», n'était pas une bonne chose. Est-ce que tu le penses vraiment ?

Ses yeux étaient incroyablement beaux, les paillettes d'or remplaçant le rouge sombre. J'étais captivée par le feu qui semblait y danser, pouvant à peine réfléchir. Cependant, répondre à sa question ne fut pas difficile : ma tête fit signe que non, sans que je n'ai vraiment voulu le faire.

-Je suis sûr que ce que nous ressentons est juste, reprit-il. Depuis que Jasper et Carlisle m'ont expliqué, je me sens bien, à ma place, plus que je l'ai jamais été. Et faire ceci me transporte à chaque fois…

Sa deuxième main maintint mon visage, comme il le faisait toujours quand il voulait m'embrasser. C'était sa façon de s'assurer que je ne mettais pas ma vie en danger en faisant un geste qui ferait remonter « la part animale et monstrueuse qu'il tenait aussi refoulée que possible », dixit lui-même. Cependant, au fil du temps, son étreinte se faisait plus faible, et je devais me forcer à rester sage, au risque de le voir fuir. Sauf que ce qu'il venait de dire venait de me faire prendre conscience que nous étions tous les deux au même niveau sur ce point : nous étions attirés l'un vers l'autre, sans comprendre tout à fait pourquoi, mais c'était puissant pour nous deux.

Alors, sans pouvoir vraiment m'en empêcher, je me jetai pratiquement sur sa bouche, passant mes bras autour de sa nuque. Edward fut surpris, si surpris qu'il restât une seconde sans réaction, avant de répondre à mon baiser quelque peu… fougueux. Il tenait mon visage, ses mains au niveau de mes oreilles, et m'embrassait du bout des lèvres. Il renversa mon baiser fougueux en baiser langoureux et sensuel. De longs frissons s'emparèrent de moi, alors que ma température corporelle grimpa en flèche. Il me rapprocha de lui, l'une de ses mains descendant au creux de mes reins.

Il rompit le baiser, mais continua à me tenir étroitement serré contre lui. Nos visages n'étaient éloignés que de quelques millimètres, et son haleine fraîche percutait ma peau, de manière tout à fait délicieuse. Je ne voulais plus qu'il me lâche, parce qu'entre ses bras, j'étais en sécurité, à l'abri. Rien ne pouvait m'arriver, et je pensais que rien ne pouvait lui arriver à lui aussi. J'avais tort, mais je ne le savais juste pas encore.

-Je suis certain que tu es celle qui m'est destinée. J'ai passé tellement de temps à t'attendre que je ne veux plus perdre de temps.

Son sourire me contamina : je lui souris en retour, puis il prit ma main en silence et nous rentrâmes. La villa était vide, mais Edward m'expliqua qu'ils vaquaient chacun à leurs occupations. Nous allâmes dans ma chambre, où je m'allongeai sur le lit. Edward se coucha à côté de moi, la tête sur ma poitrine.

-C'est le plus beau son du monde, reprit-il en écoutant battre mon cœur. Je pourrais passer des heures, des jours, des semaines, des années, des siècles à l'écouter !

-Il ne tiendra pas des siècles, lui rappelai-je. Tu es toujours un vampire, je suis toujours une humaine. Est-ce que ça pourrait changer un jour ?

Mon vampire leva la tête pour me regarder dans les yeux.

-C'est une vraie question ? S'étonna-t-il.

Je m'assis, prenant la main du vampire.

-Comment devient-on vampire ?

Edward sembla être en état de choc une seconde, avant de reprendre sa main.

-Pourquoi tu me demandes ça ? Demanda-t-il, soupçonneux.

-Par simple curiosité, mentis-je à peu près bien. C'est un des aspects sur lequel tu ne m'as pas donné tellement de détails. Et tu sais comme je suis curieuse.

-Oui, railla-t-il. J'ai cru comprendre que tu avais une curiosité sans borne. Je ne peux que te raconter comment ça se passe selon Carlisle, ou même les autres, mais je ne peux pas te donner ma version.

-Je sais, tu ne te souviens de rien. Je comprends tout à fait. Mais dis-moi, s'il te plaît.

J'espérais apprendre plus que ce que je savais grâce à ma lecture du journal, ou aux histoires de chacun des Cullen.

-Il faut se faire mordre par un vampire. A partir de là, il paraît que s'ensuivent trois jours de souffrance intolérable. C'est le temps qu'il faut pour que le sang et les organes se figent sous l'action du venin que nous produisons à certaines occasions. Après ces trois jours, tout va mieux. On se sent fort, indestructible, mais perdu parce qu'on a un besoin vital de sang. Carlisle dit qu'un vampire néophyte ressemble à un animal sauvage, et que la soif nous lacère la gorge. Je ne sais pas si c'est une bonne chose que je ne me souvienne plus de tout ça.

-Dans un sens, tu as évité la douleur, tentai-je.

-Pendant presque cent ans, je n'ai pas su qui j'étais, enfin, ce que j'étais. Mais je dois dépasser ça, et maintenant que les Cullen sont là, je me sens très bien.

Son sourire réchauffa mon cœur. J'avançai doucement à genou jusqu'à lui, et comme il ne bougeait pas, je passai mes mains sur sa nuque pour tenter de le maintenir pendant que je posai mes lèvres sur les siennes. Je le sentis sourire avant qu'il ne me rapproche de lui en douceur. Edward faisait attention comme toujours, je sentais sa retenue, mais je m'en fichais. Il était là, contre moi, et ce qui m'avait obsédé dès les premiers jours de nos rencontres se réalisait enfin : une proximité intime et une relation presque d'égal à égal. Après la guerre, nous expérimentions l'amour, et j'adorais ça, autant que nos chamailleries.

J'aurais pu embrasser Edward jusqu'au soir, mais l'air me manqua, et bien sûr, ce fut lui qui rompit le baiser parce qu'il s'en rendit compte.

-Respire Bella, tu es toute rouge, se moqua-t-il.

Je fis mine de le taper, avant d'entendre mon ventre gargouiller. Je me levai en soupirant, sachant parfaitement que j'allais encore avoir le droit à des réflexions. Mon vampire me suivit jusque dans la cuisine, et comme souvent, s'assit sur la banque pour me regarder me faire à manger.

-Avec la technologie qui existe, pourquoi n'inventent-ils pas la nourriture qui ne sent rien ? Dans les films, ils arrivent à avoir des gélules qui se transforment en poulet, ou en hamburger. Je suis sûr que ça ne sent rien quand les spationautes les mettent dans leur machine.

-C'est de la science-fiction Edward, lui rappelai-je en sortant la salade du réfrigérateur.

-C'est bien grâce au film Star Trek que le téléphone portable a vu le jour ! Vivement que les humains ne mangent que des gélules !

-Beurk ! Grimaçai-je. Laisse-moi manger sans me dégoûter, sinon je jeûne.

-Pitié, non ! S'exclama-t-il exagérément. Ton ventre fait un bruit d'enfer, c'est tellement horrible !

Je lui lançai une pomme, mais elle ne le toucha même pas puisqu'il esquiva habilement. Injuste ! Si je pouvais être aussi agile que lui !

-Au fait, est-ce que nous sommes « plus tard » ?

-Pourquoi ? S'étonna-t-il.

-Pourquoi te battais-tu avec Jacob ?

Edward soupira si théâtralement que c'était comique.

-Il pensait des choses que je n'ai pas aimé entendre, dit-il simplement.

-Comme ? Le relançai-je.

-Eh bien… Disons qu'il aurait bien aimé t'amener dans son tipi.

-Edward, pouffai-je, ils n'ont pas de tipis ! Et toi, tu es vraiment jaloux. Maintenant, laisse-moi manger en paix.

Il eut l'heur de m'obéir, me laissant manger tranquillement.

-Je vais au lycée demain, déclara-t-il soudain alors que j'en étais au dessert.

Je relevai la tête, ne sachant quel sentiment j'éprouvais.

-Déjà ? Je veux dire… Tu es prêt ?

Pov Edward

Quelqu'un d'autre aurait pu être blessé du peu de confiance qu'elle semblait me prêter, mais je me doutais que ce n'était pas ça. Cela faisait plus de six mois que nous étions collés l'un à l'autre, se côtoyant tous les jours, et plus le temps passait, plus nous étions proches, au point de devenir intimes.

Ces derniers temps, il était rare de nous voir l'un sans l'autre, et il est vrai qu'en y réfléchissant, ce n'était pas forcément la meilleure des solutions. L'avoir sous les yeux me permettait d'être rassuré, de la voir vivre, sourire, rire, de la voir évoluer dans le bon sens. Si elle était devenue aussi accro à moi que je l'étais à elle, alors elle aussi devait avoir peur de se retrouver seule, sans peut-être comprendre d'où venait cette frayeur.

Je descendis du comptoir et vins m'asseoir en face d'elle, la regardant dans les yeux.

-Pourquoi t'inquiètes-tu ? Pour les pauvres humains dont je pourrais potentiellement boire le sang malgré la surveillance rapprochée dont je ferai l'objet ? Ou parce que je ne serai plus avec toi ?

Je vis son envie de dire la vérité, mais son regard changea très vite, alors je sus que sa réponse serait sarcastique, cinglante, mais certainement pas la vérité.

-Honnêtement Edward, qu'est-ce qui te fait croire que ta présence me manquerait ? Je pourrai faire autant de bruit que je veux, je pourrai faire ce que je veux sans que tu sois sur mon dos ! La liberté totale quoi !

Je continuai sur sa lancée, juste pour voir jusqu'où elle pouvait aller.

-En effet, il ne vaut mieux pas être dans ton entourage immédiat ! J'ai même peur que je puisse entendre ton boucan depuis le lycée de Forks ! Mais je demanderai à Esmée de veiller à ce que tu n'abîmes pas le mobilier, et que tu ne tombes pas.

-Arrête avec ça ! S'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel. Je ne suis pas si maladroite ! Et non, je n'ai pas peur pour les autres. Je suis toujours en vie, sans compter que maintenant, tu es conscient de ce que tu es, et tu fais tout pour ne pas reproduire ce que tu as fait durant cent ans. Mais il est possible, je dis bien possible, ce n'est pas une certitude, hein ? Il est possible que je m'ennuie.

Je ne pus retenir mon rire, ce qui vexa Bella. Elle se leva, déposant ses couverts au lave-vaisselle sans un mot. Avant qu'elle ne se retourne pour prendre la bouteille de lait, je fus derrière elle, la coinçant contre le plan de travail. Je sentis son souffle s'accélérer, sa chaleur corporelle s'élevant de quelques degrés. Je caressai ses bras, ses épaules, sa nuque. Je faisais très attention à mes gestes, veillant à être doux pour ne pas la blesser.

-Je ne me moquais pas de toi, lui assurai-je. Au contraire. Tu vas me manquer, c'est une certitude. Mais maintenant que les enfants Cullen se rendent au lycée, et que Forks est au courant de ma présence, il n'est pas logique que je reste ici.

Je cessai de respirer pour déposer un baiser dans son cou. Je crus qu'elle allait fondre dans mes bras, et son soupir fut ma plus belle récompense. Je la retournai afin de voir son regard.

-Carlisle veut te proposer de te remettre à tes études, par correspondance pour commencer, puis nous chercherons une meilleure solution. Es-tu d'accord ?

J'aurais pu lui demander si elle voulait bien aller se jeter de la falaise, j'étais certain qu'elle aurait dit oui tant elle semblait hypnotisée. Elle hocha la tête, et la discussion fut close.

Pov Billy

Mon ami Charlie me manquait. Il avait été mon meilleur ami, et sa mort m'avait bouleversé. Jacob avait été là les premiers mois, mais il avait ensuite subi sa première transformation, alors ce fut à mon tour de veiller sur lui. Avec les autres anciens du village et les jeunes loups, nous nous étions réunis pour comprendre cette vague de mutations, pourquoi elle arrivait maintenant.

Très vite, nous avions rassemblé les détails de chaque jeune ayant transmuté, et avions compris que Bella, la propre fille de mon défunt meilleur ami, était le point d'origine. A partir de ce jour-là, les adolescents qui n'avaient pas muté avaient été chargé de discrètement surveiller Isabella, mais en restant loin de la villa. En effet, nous considérions la villa des Cullen comme territoire ennemi. Nous l'avions délimité, et toute la réserve connaissait les limites à ne pas franchir : un kilomètre autour de la demeure, ainsi que le chemin qui allait de la nationale à la villa.

Seul souci : les jeunes avaient fait chou blanc. Mais les transformations continuaient inexorablement, augmentant le nombre de loups. Nous eûmes la réponse un jour : Embry, qui se rendait à la poste, croisa une voiture d'où provenaient deux odeurs de vampire. Sans réfléchir, il courut à l'abri des arbres, se transforma pour avertir les autres. Moins de quinze minutes plus tard, ils attaquaient la voiture des vampires.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que Bella soit dans le véhicule. Lorsque j'appris comment Embry avait traité la pauvre jeune fille, je l'engueulai puis lui ordonnai de prendre soin d'elle, de ne pas la quitter d'une semelle.

-Traiter ainsi la fille unique de Charlie, avais-je grommelé. J'espère qu'elle n'a pas une égratignure, sinon je vous fiche un coup de pied aux fesses, et tu sais que j'en suis capable. Vous avez intérêt à prendre les bonnes décisions pour elle.

Entre-temps, j'avais téléphoné à Gladys, la réceptionniste du poste de police, qui était une collègue et amie de Charlie. Je savais qu'elle était proche de la fille de mon meilleur ami, alors je voulais savoir exactement de quoi il retournait. Après avoir pris des nouvelles de la fonctionnaire, je lui posai la question.

-Bella ? Eh bien, madame Cullen m'a appris qu'elle était malade, et que ce n'était pas à prendre à la légère. Je crois que ces gens sont ce qu'il lui est arrivé de mieux depuis la mort de son père. Ils prennent soin d'elle.

Nous avions discuté encore un peu, mais j'avais été rassuré. A partir de ce moment-là, j'avais commencé à être certain que la famille Cullen était bonne pour Bella, et que par la suite, je devrais me battre pour faire accepter que ces vampires puissent rester.

Finalement, Sam fit preuve de jugeote : après quelques pourparlers, il accepta que Bella retourne avec le médecin. Lorsque j'avais pu parler à Jacob le soir même, il m'apprit qu'en effet, Bella était bien malade, et visiblement leur attaque ne lui avait pas été bénéfique. Je jugeai raisonnable la demande du docteur : faire une réunion pour permettre de mettre à plat les différends entre le clan de Sam et celui des Cullen une fois que Bella serait rétablie.

Quelques jours plus tard, Bella allait mieux. Sam me demanda quelle était la meilleure stratégie à adopter pour ne pas révéler tous nos secrets en cas de combat, et je lui conseillai de parler la langue de bois afin d'éviter de trop en dire.

-Tant que nous ne savons pas si nous pouvons leur faire un tant soit peu confiance, il faut se montrer prudent, avais-je dit. Ne nous dévoilons pas trop vite.

Leur rencontre devait durer deux heures, à partir de vingt heures. Or, à trois heures du matin, Jacob n'était toujours pas de retour. J'aurais pu tourner en rond, mais avec un fauteuil roulant dans une petite maison, il était plus simple de rester sur place à grommeler et envisager pas mal de punitions pour toute la bande.

Quand enfin Jacob passa le seuil de la porte, vers quatre heures, il était accompagné de Sam, Embry et Paul. Ils s'assirent sans un mot autour de la table de la cuisine, le visage grave. Je ne pus m'empêcher de m'inquiéter.

-Ça s'est mal passé ? Vous vous êtes battus ? Il y a des blessés ? Pourquoi rentrez-vous si tard ?

-Non, tout s'est bien déroulé, affirma Sam en relevant la tête. Je peux te prendre une bière ?

Je lui fis un signe de la main, l'invitant à se servir. Il ouvrit le frigo, et en un instant, la réserve de bière fraîche fut réduite à néant. Sam m'en offrit une, que j'acceptai. Une fois assis, il joua quelques instants avec sa bouteille.

-Bon les gars, vous allez vous bouger et m'expliquer avant que je ne perde patience !

-On n'est pas revenu de suite, commença Jacob. Ça fait deux heures que la « réunion » est terminée.

Vu comment il avait dit le mot « réunion », mimant les guillemets, je compris qu'il méprisait les Cullen, voire les haïssait. Je ne commentai pas, attendant plus ou moins impatiemment que quelqu'un me dise ce qui s'était passé.

-Nous avions beaucoup de sujets très intéressants à traiter, continua Sam. En plus, les Cullen avaient beaucoup de choses à nous dire. Dont certaines délicates.

Le regard qu'il me lança m'inquiéta.

-Ils nous ont raconté l'arrivée de Bella à leur villa, que la sangsue qui squattait déjà là-bas a vu. Celui-là s'appelle Edward, et n'appartenait pas encore à leur clan. Il affirme être arrivé ici il y a cinquante six ans.

-Et nous n'aurions rien vu ? Fis-je soupçonneux. Rien senti ? Il nous connaissait ? Comment n'avons-nous pu nous rendre compte de rien ?

-Surtout qu'il n'est pas végétarien, grogna Jacob. Dire que Bella est envoûtée par ses tours de passe-passe !

Je fronçai les sourcils, de plus en plus perdu.

-Laisse Billy, il est jaloux, ricana Paul.

-Je ne suis pas jaloux ! S'écria mon fils en se jetant sur son Frère.

Les deux jeunes hommes se mirent à se battre. Personne ne les en empêcha, si bien qu'ils furent dehors en moins de trente secondes. Au moins, les meubles étaient sauvés, pour cette fois… La plupart du temps, j'avais moins de chance, et des meubles étaient victimes de l'immaturité de nos jeunes. J'avais beau faire la leçon à Jacob à chaque fois, il ne pouvait pas s'empêcher de répondre violemment aux provocations, même si personne n'était blessé.

-Bref, reprit Sam avec un sourire indulgent, ce fameux Edward est resté un demi-siècle à côté de nous sans que nous n'en sachions rien, et Bella a débarqué. Au départ, le vampire ne voulait pas s'approcher, alors il l'a regardé vivre. D'après ce qu'ont dit les Cullen, Bella se laissait mourir de faim, ne se ménageant pas. Pour un vampire qui boit du sang humain, cet Edward est quand même attaché à la vie humaine, si on s'en tient à sa façon de faire avec Bella. Le docteur a affirmé qu'il l'avait poussée à se remettre à manger normalement.

-C'est à ce moment-là qu'elle s'est cassé la jambe ?

-C'est cet accident qui a motivé le vampire à interagir avec elle. Il a fait en sorte qu'elle aille mieux mentalement. Le seul problème, c'est qu'il n'avait pas prévu qu'ils s'attacheraient l'un à l'autre. Au début du mois de décembre, suite à un malentendu, elle a tenté de se suicider.

Sam ne dit plus rien, me laissant digérer l'information.

-Elle… Elle a voulu se tuer ?

Je ne sus pourquoi, mais cela me fit mal. Pour Charlie, j'aurais dû veiller sur sa fille. Normalement, j'aurais dû aller la voir et lui demander de venir vivre avec nous, parce que Charlie m'avait confié sa fille. En tout cas, il m'avait dit de nombreuses fois que s'il lui arrivait malheur, il souhaitait que je contacte sa fille. Or je n'en avais rien fait. Pire, je l'avais laissée seule alors que je savais parfaitement qu'elle était là, et son état de détresse était on ne peut plus normal. Cette tentative de suicide me montrait que j'avais échoué dans le rôle que m'avait donné mon meilleur ami, aussi pris-je la décision de tout faire pour réparer mon échec.

-Et maintenant ?

-Toute la famille prend soin d'elle. Je me suis permis d'imposer en ton nom des rencontres entre Bella et toi.

-Tu as bien fait Sam. Nous avons du temps à rattraper, et je sais que je peux apporter beaucoup à la petite.

-Nous avons aussi appris une chose qui n'est pas du tout à notre avantage. Certains d'entre eux ont des dons, des « talents ». On sait donc sans équivoque qu'à cause d'Edward, on ne peut plus rien garder secret en sa présence parce qu'il sait lire dans les esprits. Le blond aux cheveux longs…

-Jasper, précisa Embry.

-Bref, lui arrive à influencer les émotions. C'est ce qu'il a fait la première fois, quand il nous a obligés à laisser Bella partir avec eux. C'est agaçant, mais terriblement efficace.

-Dommage que vous soyez dans des camps différents, constatai-je. Ces dons s'avèreraient utiles.

-Billy, ce sont nos ennemis naturels, posa sérieusement Sam. Nous devons nous en méfier.

-On peut se méfier de quelqu'un, et apprécier quand même ses qualités, répliquai-je vertement pour lui rappeler qu'il me devait le respect. Imaginons qu'un jour, nous ayons besoin de leur aide, pour quoi que ce soit. Nous serions bien heureux qu'ils acceptent de s'associer à nous.

Sam ne répondit rien, baissant simplement la tête. Embry reprit timidement.

-Il y a aussi Alice, qui peut avoir des visions de l'avenir. Ça peut être utile pour aider Bella. Par contre, en notre présence, elle a avoué ne rien voir.

Nous avions encore discuté un peu, les garçons m'apprenant ce qui s'était passé. La bonne nouvelle était qu'ils avaient trouvé un terrain d'entente avec le clan des vampires, et quelque chose me disait que Bella en sortait gagnante. Elle avait côtoyé un vampire qui buvait du sang humain, mais par amour pour elle, il était en train de changer. J'espérais juste que cet amour ne la briserait pas.

Mon premier rendez-vous avec elle se passa très bien. Bella ressemblait fortement à son père, aussi eussé-je l'impression de le voir à côté d'elle, silhouette translucide veillant sur nous. Elle était très cultivée, vive d'esprit et douce. J'étais heureux de pouvoir partager mes souvenirs avec elle, et la voir subjuguée par mes paroles était ma fierté. Bien sûr, j'avais d'abord commencé par la sermonner pour sa tentative de suicide, sermon qu'elle prit au sérieux. Il était facile de voir qu'elle avait tourné la page, qu'elle était plus forte, suffisamment pour ne plus refaire une telle bêtise.

Malheureusement, cet après-midi-là ne se termina pas aussi bien. Au moment de partir, nous eûmes la mauvaise surprise de voir le triste spectacle de Jacob et Edward se battant comme des chiffonniers. Je ne pus retenir Bella qui se précipita sur eux, mais avant qu'elle se fasse blesser, je sifflai durement. Jacob comprit ce signal : il recula, bien à regrets j'en étais certain, et vit Bella. Je l'engueulai pendant que la fille de Charlie faisait la leçon à Edward. Quand mon idiot de fils en eut assez de mes réflexions, il fit simplement demi-tour, s'enfonçant dans les bois en courant. Je me promis de le punir le soir même.

Edward me proposa aimablement de me raccompagner, et j'acceptai de bon cœur. Au moins, le vampire arrivait à mettre ses rancœurs de côté pour le bien de Bella. A moins que cela ne fasse partie d'une stratégie pour s'attirer les grâces de Bella, et faire descendre Jacob dans son estime. En effet, mon fils et lui se disputaient pour se faire bien voir de la jeune fille. Tous les deux étaient amoureux, mais j'espérais que ces disputes ne feraient pas de blessé.

Ce fut Embry qui m'accueillit aux portes de la réserve, m'expliquant que Jacob savait à quoi il allait avoir droit. Nous fûmes rapidement chez moi. Jacob, dans la cuisine, parlait à voix basse avec Paul.

-Je ne suis pas fier de toi, fis-je remarquer à Jake. Tu pourrais te montrer plus mature. Regarde Edward, il m'a ramené, puisque tu as déserté !

-Edward par-ci, Edward par-là… Y'en a marre ! Grogna-t-il. Fous-moi la paix !

Préférant le laisser râler et se calmer, je choisis d'aller au salon pour regarder la télé. Je ne pus m'empêcher de tendre l'oreille lorsque j'entendis le prénom de Bella. Seuls quelques mots me parvinrent, mais je compris que Jacob complotait quelque chose. Quelque chose de grave et dangereux…