Chapitre XXVIII : On peut dire que c'est un chat… pitre !

Jordan parlait tranquillement avec Dylan lorsqu'on l'attrapa par la couette pour le tirer.

-Je te l'emprunte quelques heures ! Prévint Byron à l'adresse de Dylan qui, souriant doucement, fit un signe d'au-revoir au garçon aux cheveux verts.

Sur l'un des terrains, on vit bientôt approcher l'étrange duo tout autant qu'on l'entendit car l'ancien capitaine de la Tempêtes des Gémeaux se débattait toujours. Impassible, Byron se rendit au banc d'où David assistait au match désormais à l'arrêt et, sans prévenir, le saisit par le bras, le traînant à sa suite.

-J'emprunte celui-ci aussi !

-Et si j'ai pas envie ?…, demanda l'ancien de la Royal.

-Tu as envie.

L'amoureux des pingouins regarda derrière lui la réaction d' Artie, mais celui-ci n'en avait pas, justement, de réaction. L'attaquant à l'œil masqué soupira ; les anciens Zeus étaient bien trop coulants avec les extravagances de leur ancien capitaine. Celui-ci guida ses deux otages jusqu'à l'entrée de l'hôtel où Nathan les attendait, les mains dans les poches.

-Messieurs ! S'écria alors le blond. Si vous êtes venus à ma demande aujourd'hui…

-Ne dis pas ça comme si on avait donné notre accord…, grommela l'ancien d'Alius que Byron avait enfin daigné lâcher.

L'ignorant, l'ancien capitaine des Zeus reprit.

-… C'est pour que nous puissions passer une journée… entre mecs en couple !

-Seigneur ! Soupira le garçon aux cheveux verts en levant les yeux au ciel.

-Sans déconner ? Fit David, septique.

-Sans déconner, répondit très sérieusement le blond.

-Nathan ! S'énerva alors Jordan. Proteste !

-Pourquoi faire ? Il nous harcèlera jusqu'à ce qu'on accepte.

-Mais c'est complètement con comme idée !

-Est-ce que ça te choque tant que ça, venant de lui ?

Byron haussa un sourcil.

-Ça, je ne sais pas trop comment je dois le prendre, mais oublions. Nous allons passer une journée mer-vei-lleuse !

Il prit les devants, suivi d'un Nathan à l'air quelque peu amusé, d'un David préférant rester calme, et d'un Jordan grognant dans sa moustache.

[… … …]

-Hm… Ôtez-moi d'un doute… On ne va quand même pas passer la journée entière à le suivre dans les magasins ? S'enquit l'attaquant à l'œil masqué, dubitatif, un sac au bout de chaque bras. Parce que j'ai vraiment la sensation d'avoir une sœur et d'être son larbin, là…

-La baaase avec l'autre crétin…, répondit l'ancien capitaine de la Tempête des Gémeaux, exaspéré, lui aussi portant des sacs.

Le garçon aux cheveux bleus, chargé comme les deux autres, se contenta d'un sourire léger et patient tandis qu'il regardait Byron valser d'un rayon à l'autre, des cintres plein les mains. Jordan souffla ; à ce train là, ils allaient faire toutes les boutiques de l'île. Et puis pourquoi fallait-il que le blond essaye absolument toutes les fringues qui lui tapaient dans l'œil ? En plus, c'était presque un défilé pour les autres occupantes du magasin qui louchaient sur la cabine du mannequin, attendant, curieuses, avides, la nouvelle tenue que proposerait l'ancien Zeus.

L'ancien d'Alius en avait déjà marre, et pourtant cela ne faisait que deux heures qu'il avait été embarqué pour cette journée qui s'annonçait infernale. Les mecs qui passaient dans la rue le regardaient, lui, ainsi que David et Nathan, avec un sourire moqueur. Jordan savait qu'ils passaient pour des cons, à être ainsi plantés dans une boutique, à faire du shopping plutôt qu'à se goinfrer ou faire du sport. Il se demandait comment l'ancien de la Royal faisait pour rester aussi calme. Peut-être qu'il essayait d'être gentil avec Byron pour ne pas faire de peine à Artémis. Dieu que c'était niais.

Concernant Nathan, s'était autre chose, depuis deux semaines que les choses s'étaient arrangées avec Mark, et par extension avec le reste des anciens de Raimon, le milieu s'était apaisé, redevenant peu à peu le camarade doux, paisible, agréable, qu'il était avant. Il lui arrivait encore de temps en temps de se prendre la tête avec quelques uns, notamment Kevin ; mais c'était parce que le fond de l'histoire n'avait pas été dévoilé. Tout ce que les anciens Raimon savaient était que Mark et Nathan étaient ensemble, qu'ils s'aimaient, et que briser le couple aurait inévitablement renvoyé le brun dans la phase dépressive qu'il avait traversé trois ans auparavant. Alors ils regardaient étrangement le garçon aux cheveux bleus, peinant à réaliser qu'ils retrouvaient leur coéquipier d'avant cette finale, ainsi que le gardien, sans doute parce qu'ils s'en faisaient (comme tout le monde, en fait) une idée trop « footballistique » pour entretenir une relation amoureuse. Certains, lorsqu'ils les voyaient ensemble, rougissaient encore au souvenir du moment où ils avaient débarqué dans la chambre et avaient pris le couple en flagrant délit de bécotage (ou, comme l'assurait Byron, mais peu y croyaient, de préliminaires).

Quoi qu'il en soit, Jordan en avait sa claque, à la fois de cette fichue séance shopping et de ce rassemblement en général. Ils étaient censés faire du foot, il était venu pour ça, lui, pourtant les uns et les autres passaient le plus clair de leur temps en ville, le sujet de conversation préféré d'une bien trop grande majorité étant « l'amour ». Putains d'hormones. Et qu'on ne vienne pas lui parler de Dylan ; c'était pas pareil.

[… … …]

Les quatre jeunes hommes (trois d'entre eux chargés comme des ânes) marchaient dans la rue, Byron tout frétillant à leur tête.

-Je le déteste…, déclara sombrement Jordan.

Et comme ni Nathan, ni David, ne réagissait, il reprit, plus fort, interpellant le blond.

-Eh ! Tu sais, des mecs en couple, y'a pas que nous ! Pourquoi t'en as pas obligé d'autres à venir ?

-Henry s'est volatilisé à l'instant où il a compris que je voulais faire des emplettes. Jamais Artie n'aurait accepté d'entrer dans un magasin de vêtements. Les Raimon m'auraient découpé en rondelles si j'avais séquestré Saint Mark -tiens, c'est pas une marque de détergeant, ça ?- toute une journée. Claude et Bryce étaient en plein match. Quant à Dylan… C'est un chaton. J'allais pas obliger un chaton à porter mes sacs ! Un peu d'humanité, que Diable ! Et puis…

L'ancien Zeus s'arrêta et se retourna.

-Et puis, ç'aurait été moins amusant sans toi !

Il éclata d'un rire chantant et reprit sa route. Le garçon aux cheveux verts s'adressa alors à Nathan.

-C'était censé être un compliment ?

-Plus ou moins.

-Ouais, plus ou moins, quoi…

L'ancien Raimon rit doucement.

-Souviens-toi que qui aime bien châtie bien. Et puis, Byron apprécie naturellement les gens mais il ne partage pas son temps avec n'importe qui.

-Ah ! Fit l'amoureux des pingouins, l'air de soudain comprendre quelque chose. Donc s'il m'a laissé en plan la première fois mais pas aujourd'hui, ça veut dire que je suis entré dans le cercle proche ?

-Bingo, acquiesça Nathan.

-Ce qui explique qu' Artie l'ait laissé m'emmener sans rien dire.

-Exactement. D'ailleurs plus il fait de coups tordus, plus ça va dire qu'il apprécie la personne. Si un jour tu te retrouves avec la peau ou les cheveux teints, c'est qu'il t'adore.

Jordan n'en dit rien, mais brusquement, avoir eu les cheveux fushia ne lui semblait plus un si grand mal.