On enchaîne avec la suite et fin de leurs duels
Chapitre 29 : Incrédulité et Homme brisé
Au cœur des bois et de l'orage, Mérida et Raiponce se tenaient l'une contre l'autre. Elles fixaient la rivière où leurs amis étaient tombés avec Hans Westergaard un peu plus tôt. Mortes de froid et de fatigue elles gardaient un œil sur Astoria et Claude au sol. Tous deux inconscients.
- Tu crois qu'ils vont bien ? Demanda la rousse.
- Je l'espère...
- On devrait aller les chercher !
- Oui... Mais je n'arrive pas à me lever. Et toi ?
Mérida tenta de soulever son corps avant de s'écrouler. Elle était à moitié dénudée et le vent sembla la convaincre de rester assise. Un étrange parasol passa par dessus leur tête d'où elles se protégèrent l'une l'autre. C'est alors que Pitch arriva. Les filles écarquillèrent les yeux tant elles l'avaient oublié. Il souriait, une arme à feu dans la main.
- C'était grandiose ! Exulta-t-il de joie. Ahhhhhhh quel acharnement, quelle frayeur, quelle tempête ! Je vous dois un grand merci pour tout ça. Ce fut l'amusement le plus délectable de toute ma vie !
Mérida montra les dents tandis que Raiponce leva son arme contre lui. Il en rit de plus belle.
- Le désespoir et l'instinct de survie. Fascinant. Vraiment fascinant.
Il les regarda d'une profondeur incroyable ne se préoccupant même pas de ce qui volait autour de lui.
- En fait vous êtes le pire de tous, maugréa Mérida. Vous vous cachez derrière les autres et vous profitez du spectacle. Vous êtes le marionnettiste qui jouait avec les vies des autres pour votre propre plaisir noir.
- Oui c'est plutôt bien résumé. C'est tout un art tu sais.
Il gloussa avant de soupirer.
- Mais il semble que mon jeu se termine là. On ne peut plus revenir en arrière. Quand on s'amuse on voudrait que jamais cela ne se termine n'est-ce pas ? Et pourtant même les meilleures choses ont une fin, sinon ça perdrait de son charme. Oh je suppose bien sûr que je trouverais d'autres parties. D'autres jeux. Mais pour le moment, je vais devoir conclure celle-ci. Je vous remercie pour tout. Vous étiez parfaites.
Il pointa Raiponce de son arme et enleva la sécurité. Ouvrant grand les yeux, les filles sursautèrent. Mérida se plaça en face de son amie qui l'implora de fuir.
- Je vous dis adieu mes lady. Vous et vos amis allez connaître une nouvelle aventure. Celle de l'après.
Il sourit de son regard serein et empli de désir. Il tira alors son coup. Celui-ci résonna entre les arbres. La balle heurta une pierre de plein fouet et ricocha sur un arbre.
Les filles fixèrent avec surprise leur adversaire se tordre de douleur. Il avait un chien accroché à son bras qui le mordait avec ardeur en grognant.
- Qu'est-ce que... ! Hurla-t-il surpris.
Le chien ne le lâcha pas alors que Pitch tentait de l'enlever. Il le frappa alors avec la crosse de son arme jusqu'à ce qu'il tombe dans la neige en jappant.
- KROKMOU ! Hurla Stoick qui arrivait en sueur. Mais que se passe-t-il ici ?!
Il se stoppa en voyant la scène.
Il plissa les yeux pour être certain que tout soit réel à travers les bourrasques de vent. Il vit les deux filles dont l'une presque dénudée avec des vêtements arrachés dans la neige. Alors que l'autre était normalement à l'hôpital, inconsciente... Couvertes de bleus et de plaies. Elles tremblaient de frayeur et de froid. Il en balbutia. Il remarqua Astoria Gothel au sol ainsi que Frollo. Les litres de sang autour du directeur étaient effrayants de même que le visage de l'horrible belle-mère. Puis il regarda Pitch qui donna un coup dans le chien qui tentait de le mordre à la jambe comme un acharné.
- Krokmou ! Au pied !
Le chien se stoppa. Il grogna et recula. Pitch le regarda et Stoick lui montra son poing.
- Que s'est-il passé ici ? Qu'est-ce que ça signifie ! Répondez ! Où est mon fils ?!
Pitch se reprit en se tenant le bras ensanglanté. Il regarda les traces de crocs du chien, il avait donc des canines à l'intérieur de ses gencives. Et sacrément pointues en plus, c'était un petit fourbe ce chien, pensa-t-il. Mais il adorait quand le jeu avait du piquant et de l'inattendu. Il sourit donc.
- A votre avis. Les enfants nous ont-ils attaqués ? Ou est-ce nous qui les avons attaqués ?
- C'est justement ce que je me demande ! Que diable se passe-t-il dans cette tempête ! On vient de croiser quatre personnes trempées jusqu'aux os et couvertes de sang ! Dont deux enfants ! Et je voudrais bien savoir où est mon Harold !
Pitch gloussa. Mais il prit le "on" pour une menace. Si plusieurs personnes arrivaient ce serait problématique, peu importe ce qu'il raconterait. La partie était belle et bien terminée.
- Harold vient de tomber dans la rivière avec Jack Frost et Hans Weestergard. Ils doivent être au bout de celle-ci.
- Comment ?!
- Ce sont tous des fous ! Hurla Mérida en se tenant contre Raiponce. Ils veulent nous violer et nous tuer ! Tous ceux qui sont dans cette foret veulent notre mort. Pitié sauvez-nous Monsieur Haddock !
- Oui et sauvez les garçons ! Implora Raiponce qui n'avait même plus de larmes pour pleurer.
Stoick déglutit avant de regarder Pitch avec haine. Celui-ci souriait toujours.
- Vous avez essayé de tuer ces enfants ?!
- Techniquement non, j'ai surtout regardé. Mais il est vrai que je comptais le faire peu avant que vous arriviez.
- POURQUOI ? Que se trame-t-il dans cette ville depuis le mois dernier ?! BON SANG !
Le père de famille était hors de lui et ne comprenait rien.
- Oh c'est une longue histoire mais vous étiez trop occupé à vous battre contre la police et l'hôpital pour le voir je pense. Enfin quoi qu'il en soit, essayez donc de deviner qui des enfants ou des adultes ont attaqué en premier. Je vous conseillerais bien de les amener voir un psychothérapeute vu leur folie.
Le chien jappa plusieurs fois pour contester la présence de cet homme. Stoick ne savait plus que croire. Ces enfants étaient-ils en proie à la folie ? Il secoua la tête. Peu importe ce qu'il se passait, il fallait arrêter cet homme. Il n'était pas net et avait dit vouloir tuer les filles. Non il ne croirait pas en ces viles paroles. Fermement il s'approcha de Pitch pour l'attraper. L'homme en noir recula avant de soupirer. Puis il leva son arme. Stoick écarquilla les yeux avant d'entendre le coup de feu. Puis un deuxième et un troisième. Il cracha alors du sang et s'effondra sur le sol. Pitch en profita pour s'échapper suivi par Krokmou qui aboya comme un fou.
Raiponce et Mérida hurlèrent de terreur en voyant l'homme s'effondrer dans la neige. Il ne bougea plus et elles s'accrochèrent l'une à l'autre. Elles n'en pouvaient plus de toutes ces violences. Elles restèrent ainsi cinq bonnes minutes avant que n'arrivent Jeremy, Dracula, Gueulfor, Fergus et Elinor. Ils avaient été attirés par le coup de feu et tenaient avec eux les quatre autres personnes inconscientes. Jim, Melody, Ursula et Morgana.
- Non ! STOICK !
Gueulfor accourut et tomba à genoux devant son meilleur ami. Elinor se précipita sur les filles quant à elle. Elle les recouvrit et remarqua Elena plus loin qui pleurait silencieusement sous la butte de terre.
- Non de non... C'est une véritable tempête de sang ici ! C'est un carnage ! S'exprima-t-elle choquée. Mais comment tout cela a-t-il pu arriver ?
Elle en pleura. Les filles s'agrippèrent à elle comme à une bouée de sauvetage. Elles hurlaient de frayeur. Dracula revit Mavis quelques semaines plus tôt dans le même état. Il s'effondra au sol. Tous dans l'incompréhension, ne pouvant que constater l'horreur de la situation. Elinor serra sa fille et Raiponce contre elle comme si sa vie en dépendait...
Jeremy entendit japper et décida d'aller voir où était Krokmou. Il voulait trouver son fils ! S'il mourait, sa femme ne s'en remettrait pas... Il repéra Elena et se stoppa pour arriver à son niveau.
- Ma puce ! Ca va ? Oh mon dieu ! Tu saignes et tu es morte de froid !
Il la prit contre lui. Elle pleura franchement et s'agrippa à son tour. Ce que c'était rassurant de voir son père après tout ça.
- Où est ton frère Elena ! Où est-il ?
Elle ne put parler. Gueulfor l'enjoignit à suivre le chien qui avait un super odorat. Ils se lancèrent à sa poursuite.
Krokmou avait tenu les cent mètres contre Pitch et lui avait mordu la jambe. Mais il avait senti l'odeur de son maître adoré et avait fait un choix. Il l'avait rejoint et trouvé inconscient dans l'eau. Il le traîna hors de l'eau avec Jack puis le lécha longuement en hurlant à la mort. Son cri était déchirant. C'était sa façon à lui de s'inquiéter et de pleurer. Il gratta le sol de ses pattes en continuant de lécher son maître qui ne réagissait pas. Il avait beau japper et lui mordiller l'oreille il ne sourcillait même pas. Krokmou se sentait mal.
Jeremy arriva peu après avec Gueulfor.
- JACK !
- HAROLD !
Tous deux foncèrent sur leurs petits, couvert de plaies, de sang et blancs comme des morts. Ils virent également l'homme à leur côté, Hans, qui semblait toujours conscient. Ses yeux bougeaient. Ils tentèrent de lui poser des questions en prenant les garçons contre eux mais Hans, malgré toute la force qu'il lui restait, ne put prononcer un mot. Ni ouvrir la bouche. Cela rendit les hommes perplexes. Ils préférèrent s'occuper des enfants qui étaient aussi froids et blancs que possible. Ne sachant même pas s'ils étaient encore vivants... Harold avait sa jambe pendante qui tua le cœur de Gueulfor comme un éclair sur un tronc d'arbre. C'était horrible à voir de même que l'épaule moitié coupée de Jack. Par chance les secours bravèrent la tempête avec eux pour les aider. Mais leurs cœurs semblaient s'être arrêtés de battre...
Le chef Bogo était dépassé. La tempête se calmait seulement qu'il recevait en pleine poire cette affaire incroyable.
- Et donc après avoir été prévenu par mes collègues de ce qu'il s'était passé à l'école pour le professeur Silver et l'ambulance, vous avez directement été voir sur place ce qu'il se passait ? Demanda-t-il à Jeremy.
- C'est ça. Mais à peine arrivés on nous a déclaré que nos enfants et leurs amis avaient attaqué ce pauvre Silver. Je n'y croyais pas mes oreilles. Et qu'ils s'étaient tous enfuis à travers la tempête ! Je me devais de les chercher. J'ai donc prévenu les autres avec madame Dunbroch. On a fait le tour du quartier et une vieille dame nous à prévenu avoir vu des enfants se diriger dans la forêt. C'est après qu'on a trouvé... Enfin vous savez quoi...
- Mais ce que je ne comprends pas c'est que les enfants ont attaqué les adultes ou l'inverse ?
- Je n'en sais foutre rien ! Hurla Jeremy. Mais à mon humble avis un drame se cache derrière cette école et leurs enseignants ! Je ne peux pas croire que mon fils ait agi ainsi !
- CHEF ! Hurla un intendant.
- Quoi ? Tu vois bien que je suis en pleine déposition là !
- Mais c'est important ! On a trouvé un homme qui a vu beaucoup de choses !
- Oh ? Faites-le entrer alors.
Il y eut un long silence avant que Delbert, l'infirmier, entre. Il avait ses habits couverts du sang de Silver.
- Vous êtes blessé ? Sinon vous devriez vous faire soigner avant de...
- Non. Je dois parler. Je n'en peux plus. Ecoutez attentivement. Je dois vous parler de Pitch, de Hans et de cette école.
- Ca concerne cette affaire au moins ?
- Oui. Et... je suis triste de ne pas l'avoir vu plus tôt, se mit-il à sangloter. Si vous saviez ce que ces pauvres enfants ont vécus, c'est un enfer...
Hans Weestergard se fit transporter en civière. Les yeux grands ouverts il fixait le plafond de l'hôpital. Il avait l'esprit dans le vague. Il était perdu dans ses souvenirs. Là où tout avait commencé...
...
- Encore un garçon ? S'exprima la mère. Je n'aurais donc jamais de fille. J'en voulais tellement une... Mais je suis si vieille maintenant. C'était mon dernier espoir... !
Elle soupira en se posant sur son oreiller. On lui tendit alors son fils.
- Vous voulez le porter ?
- Non. Je ne veux pas le voir...
L'infirmier fut surpris mais posa le petit bonhomme dans son couffin. Il regarda la femme pleurer.
- Vous savez même si c'est un petit bonhomme, il est votre fils. Il vous aimera et vous apportera de la joie.
- Je m'en fiche de ça ! Vous ne pouvez pas comprendre ! J'ai eu onze fils ! ONZE GARCONS ! Je voulais une fille ! Juste une ! Alors à moins que vous me le castriez je ne veux plus rien entendre !
Le médecin préféra s'éclipser. Il remarqua que le père de famille et les autres petits avaient tout entendu. Ils étaient tristes pour leur mère...
...
- Ca fait une semaine, on devrait peut-être lui donner un nom ? Déclara le père Westergaard.
- Donne-lui celui que tu veux, je m'en fiche.
La mère se renferma. Il soupira.
- Que dis-tu de Hans ?
- Hans ?
- C'est le nom du chien de ma mère qui est mort hier. Ca sonne pas mal.
- Si tu veux.
La mère haussa les épaules. Il regarda alors l'enfant pleurer dans son petit lit vitré. Il le prit et tenta de le stopper. Cela fut sans succès.
- Il veut manger sûrement, dit-il. Donne-lui le biberon.
La mère approuva et se leva pour lui donner.
Elle ne le regarda pas. Elle était tentée de prendre une paire de ciseaux pour lui couper ce qui pendait. Mais on lui avait répété que cela ne ferait pas de lui une fille de toute façon. Elle sanglota à nouveau soutenue par ses autres fils qui ne comprenaient pas pourquoi leur mère était triste depuis l'arrivée de leur nouveau frère. Ils commençaient à le détester...
Lorsque la femme fut seule avec lui, elle se sentit dépassée. Elle s'approcha alors de l'évier et le remplit d'eau. Puis elle mit l'enfant sous l'eau et tenta de le noyer. Le petit être se débattit violemment. Sa mère prit peur et le retira. Elle se sentait misérable et le remit dans son lit. Avant qu'elle-même allait prendre une douche pour y rester des heures durant.
...
Dix ans avaient passé. Hans mangeait en silence au bout de la table. Ses frères parlaient de leurs plus beaux succès. En sport, à l'école, en travail personnel. Ils se vantaient pour avoir l'approbation de leurs parents. Et quand ils les recevaient, ils étaient aussi fiers que des petits coqs.
- C'est incroyable que tu aies été choisi dans cet université, déclara la mère de famille à l'aîné. Je suis vraiment fière de toi.
- Surtout qu'il a été le meilleur de sa promotion, enchaina le père.
L'aîné bomba le torse. Mais le second fulminait d'infériorité.
- Moi aussi l'année prochaine j'y serais choisi et avec de meilleurs résultats ! C'est moi qui domine mon année à chaque fois ! Et même que je serais encore délégué de classe cette année.
Leurs parents applaudirent mais l'aîné garda son sourire confiant. C'était lui qui avait toujours la meilleure place.
- J'espère que tu auras plus de chances en philosophie, commenta la mère. Au baccalauréat ton frère a perdu bêtement des points ici.
L'ainé grommela. Le second en gloussa. A tour de rôle on énuméra la nouvelle année qui approchait. Hans n'ouvrit pas la bouche. Il n'avait rien à dire. Et on l'oubliait toujours de toute manière. Une fois autonome sa mère n'avait plus jamais eu de regard pour lui ni d'attention. Son père lui en donnait parfois, il semblait y avoir de la pitié dans ses yeux mais il était de plus en plus distant avec l'âge. Et trop de responsabilités à se consacrer au travail.
- Et toi alors. Tu comptes avoir plus de douze de moyenne cette année ? Glousse l'avant-dernier qui cherchait à se faire mousser. Dire que moi l'année dernière j'avais atteint dix-huit et demi.
Tous se tournèrent vers lui. Hans rougit et regarda son assiette.
- Je fais de mon mieux...
- Ce n'est pas assez, commenta froidement sa mère. J'aimerais vraiment faire quelque chose de toi.
Hans n'osa répondre et joua avec une carotte. On l'oublia presque aussitôt.
Après le repas les enfants jouèrent au ballon prisonnier dans la cour. Hans se tritura les mains avant de se lancer.
- Je peux jouer avec vous ?
- Oh non pas toi, dit le huitième. Tu vas encore nous faire perdre tellement tu es nul.
- Pfff de toute façon c'est une fille, on joue pas avec les filles, rit le dixième.
- Je suis pas une fille ! Beugla Hans.
- Ouais. Bah maman elle t'aime pas parce que tu es un garçon. Tu aurais dû en être une, dit l'avant-dernier.
- Il n'aurait jamais dû naitre ouais, enchaina le huitième.
- Mais...
Hans se mit à pleurer. Il s'enfuit devant le rire de ses frères. Il détestait qu'on lui dise ça. Et on lui rappelait assez souvent...
...
Hans voulut faire ses preuves. Il en avait assez d'être mis à l'écart. Il avait encore été puni pour avoir ramené une mauvaise note. Son père l'avait même claqué au visage et enfermé sans manger dans la grange. Il décida donc de travailler dur. Il obtint alors une moyenne de quinze quatre-vingts en entrant au collège. Il fut fier en montrant son bulletin à ses parents.
Sa mère le déchira sous ses yeux.
- A peine seize ? Et tu en es fier ! Lui cria-t-elle en le prenant par les cheveux. Tes frères ont tous eu dix-huit et plus de moyenne. A ton âge ils avaient déjà atteint le rang de génie ! C'est pathétique que tu te contentes de ça.
- Mais... Papa...
Il implora de l'aide. Son père soupira, las. C'était toujours pareil.
- Si tu es incapable d'avoir une quelconque valeur alors tu feras honte à la famille, dit-il froidement.
- Et on te reniera ! Déclara la mère.
Hans se retrouva seul dans le grenier. Il se recroquevilla et se balança. Où était sa place dans ce monde ? Pourquoi personne ne l'aimait ? Même à l'école tous suivaient ses frères et donc leur méchanceté suivait aussi. Il aurait bien voulu avoir un ami... Juste un... Il n'avait personne à qui parler.
...
Hans reçut son brevet avec la mention bien. Il regarda les autres enfants se faire féliciter par leurs parents et leur famille. Lui resta assis sur un banc avec son diplôme en main. N'ayant même pas atteint la mention très-bien il savait que tout le monde allait se moquer de lui ce soir. Il soupira et rentra chez lui en trainant les pieds. Sur la route il rencontra une jeune fille. Elle lui sourit, il ne l'avait jamais vue. Et on ne lui avait jamais sourit...
- Tu as vu comme elles sont belles ces fleursb? Lui dit-elle d'un sourire.
Hans balbutia ce qui fit glousser la jeunette. Ils parlèrent un peu puis marchèrent ensemble. Elle était vraiment gentille. De retour chez lui il en oublia un peu les cris et les insultent envers lui. Il préféra aller s'enfermer dans le grenier et penser à cette fille.
Il la revit les jours suivants et les deux marchèrent longuement ensemble. Elle venait d'emménager et suivait des cours à domicile. Il en profita pour essayer de lier un lien d'amitié pendant l'été. Il commençait à effleurer le bonheur. Cela lui donna un sentiment nouveau, quelque chose d'énorme, de précieux. Il passa les meilleurs jours de sa vie entière. Mais la jeune fille repartit sur les routes avec ses parents. Et plus jamais il ne la revit...
Son monde sombra lorsqu'elle lui dit adieu et qu'elle lui répliqua que sa famille était trop bizarre pour elle. Il retourna dans son grenier. Mais sa mère l'y attendait et l'accosta à la porte d'entrée.
- Tu as passé tes vacances à batifoler ? Et la seconde alors ? Hein ?
- Je... Je n'ai pas envie d'être le meilleur, lui dit-il d'un air rebelle. Je me fiche de l'école !
Elle le claqua.
- Mais que vais-je faire de toi ! Depuis ta naissance tu n'as jamais été qu'une déception.
- Parce que je ne suis pas une fille hein ! Mais je me fiche bien d'être un garçon ! Tu n'avais qu'à pas en pondre autant !
Il sentait une colère renfermée sortir de lui. Sa mère recula d'un pas avant de le frapper plusieurs fois et de le prendre par le col.
- ESPECE DE PETIT INGRAT ! Je t'ai nourri et j'ai tenté de faire de toi quelqu'un pour ça ?! MONSTRE !
Elle devint hystérique. Son fils l'insulta et lui répliqua qu'il aurait aimé ne jamais l'avoir eue pour mère.
- AH C'EST CA HEIN !
La femme le traina dans la salle de bains. Il se débattait mais elle avait une sacrée poigne. Puis elle fit couler un bain et le poussa à l'intérieur pour le noyer. Ils se débattirent longuement dans l'eau. Hans sentit l'eau pénétrer dans ses poumons. Il devint livide et posa une main sur la joue de sa mère d'un regard implorant. Celle-ci hésita puis le relâcha.
Elle le fixa s'enfuir en pleurant.
- Pourquoi... Pourquoi je ne me suis pas arrêtée au onzième enfant ?
Hans trouva son père et lui parla de ce qu'il venait d'arriver. Il avait si peur. Mais l'homme, las de tout, choisi de l'ignorer et ce pour le restant de ses jours. Il préféra faire comme s'il n'avait que onze fils. C'est ce qu'il disait à son travail de toute manière.
...
Arrivé au lycée. Hans se referma. Les autres ne prêtèrent pas attention à lui. Surtout qu'il trainait toujours des rumeurs de ses frères sur lui. Ses notes restèrent stables et moyennes. Il se mura dans le silence comme une huître et peu de personnes connurent le son de sa voix. Mais un jour il tomba amoureux d'une jeune fille. Elle était souvent seule aussi car on la traitait d'intello. Il l'aborda un jour sans trop savoir pourquoi.
Elle l'accepta un peu à ses côtés. Mais elle se refusa à être en couple. Elle voulait simplement quelqu'un avec qui déjeuner le midi à la cantine. Il ne l'accepta pas et la harcela. Il finit par l'embrasser de force et lui toucha la poitrine. Elle le claqua et pleura.
- Pourquoi tu me fais ça ? Hurla-t-elle. SALAUD !
- Et toi ! Pourquoi tu ne veux pas de moi ? Pourquoi personne ne veut de moi !
- Parce que... tu es bizarre !
Il devint fou de colère et la déshabilla sous un portique. Il la toucha de partout avant que des garçons viennent la secourir en le tabassant au passage. Les insultes volèrent.
- C'est un fou ! Beugla l'un deux. Il devrait consulter un psy !
- JE NE SUIS PAS FOU !
- Tais-toi raclure !
- Sous-merde !
- Non vous ne le savez-pas ? C'est pire que ça, c'est une fille ! Pouffa un ami à son onzième frère.
- Quoi ?
- Ouais il sert à rien. Il parait que sa mère a essayé de le noyer.
Tout le monde pouffa. Hans, hors de le lui, se leva et battit tous les mecs présents d'une force herculéenne. La fille s'enfuit chercher de l'aide. Le jeune Hans finit donc au poste de police. Honte sur la famille, était tout ce qu'on lui répéta en boucle. Il finit le reste de sa scolarité enchainé entre la cave de la maison, sa nouvelle chambre, et un lycée public où le harcèlement devint encore pire.
- Vous devriez l'emmener voir un psychothérapeute vous savez, s'exprima une CPE à la mère lors de sa terminale. Il présente de graves troubles de la personnalité.
- Vous pensez vraiment que je vais dépenser de l'argent pour lui ? Il a tout raté dans la vie. Depuis sa naissance.
- ... Madame, il faut que votre fils soit soigné. Il a agressé un professeur hier alors que depuis longtemps ils étaient bons amis. Je pense qu'il a une grande colère en lui.
- Cela ne vous regarde pas, tonna la mère. Ce garçon n'est pas mon fils de toute façon. C'est juste une erreur.
Hans qui écoutait à la porte, s'effondra au sol. Il fugua de la maison mais personne ne vient le chercher...
...
Affamé il retourna chez lui et on ne lui prêta guère attention. Il avait l'impression de ne pas exister. C'était encore pire qu'avant. Il fit donc comme toujours. Il devint le décor et continua de vivre sans retrouver cette étincelle de bonheur qu'il avait ressenti un jour.
Lorsqu'il eut son bac, il décida de changer de vie. Il chercha du travail et quitta les grandes écoles. Sa mère le renia définitivement à ce choix. Elle ne pouvait pas en supporter plus. Il regarda ses frères prendre part aux plus hautes sphères de la société avant de prendre un appartement.
Enfin loin de sa famille il se sentit soudain un peu plus serein. Mais personne ne le regardait. Personne ne le voyait. Même à son travail on ne se préoccupa guère de l'intérimaire fauché au regard renfoncé. Il avait la tête d'un homme brisé. Personne ne préféra l'approcher. Hans se sentit mal lorsqu'il se rendit compte que cinq ans avaient passés et qu'il ne trouvait toujours pas sa voie. Il était perdu. Il survivait mais ne vivait pas.
C'est alors qu'un jour, un homme en noir frappa à sa porte. Il lui expliqua l'avoir vu au magasin et être intéressé par lui. Hans eut bien du mal à y croire. Les deux prirent donc un verre et parlèrent longuement de leur vie. Pitch raconta qu'il allait créer une école et cherchait de l'aide pour les postes à pourvoir. Il lui proposa alors celui de gardien. Hans hésita. Ce n'était pas très gratifiant. Mais Pitch lui répliqua que là-bas, les enfants seraient gentils et qu'ils ne le connaitraient pas. Il trouverait se bonheur qu'il cherchait tant. Il finit donc par accepter.
...
Lorsqu'il prit son nouveau poste, Hans se retrouva entouré de personnes étranges. Il se sentit bizarrement à l'aise avec Pitch, Frollo et compagnie. Il sentait qu'il avait trouvé une place pour lui. Les premiers mois furent donc un régal pour lui. A l'école les enfants l'adoraient, surtout les petites filles et il enfouit sa haine sous les rires des petits. Mais rapidement... la jalousie prit le pas sur le reste. Il vit les familles embrasser leur enfant, les choyer, leur donner de l'amour. Pourquoi lui n'avait jamais rien eu ? Et quand il rentrait chez lui il n'avait qu'un appartement froid et vide...
Pitch le regarda au loin, il lui avait donné le poste parfait il le savait. Et il ne manquait pas de se féliciter lorsqu'un jour, Hans lui raconta avoir envie d'une petite-sœur qui l'aimerait. Qu'il en avait besoin pour exister. Pitch lui conseilla de choisir parmi les tristes enfants de l'école. Hans fut surpris. Il refusa mais cogita.
En rentrant chez lui, il regarda un portrait de sa famille qui trainait dans un coin. Il avait du mal à y renoncer car c'était ce qui faisait qu'il était lui... Il retourna le cadre et repensa à chaque parole que ses frères lui avaient dites. A sa mère et à son père qui le reniaient et l'ignoraient. Qui était-il au final ? Le fils raté ? La fille ratée ?
Il se prit la tête dans les mains. Il perdait pied. Puis le lendemain il retourna voir Pitch. Celui-ci le dirigea vers Mavis. Elle était malheureuse en ce moment et venait souvent lui parler. Hans se mit donc en quête de se rapprocher d'elle. Ce faisant il devint de plus en plus accro à la petite. Au point de la vouloir pour lui tout seul. Et il en trouva d'autres. Raiponce. Melody. Jasmine. Mulan... Il y en avait tellement. Il se sentit soudain vivant. Il se fixait son but.
Lorsque les premières neiges arrivèrent, l'homme sentit que c'était le moment. Il décida donc d'enlever Mavis. Mais Jack et Harold lui barrèrent la route... Pourquoi ? Il n'avait donc vraiment pas le droit au bonheur ? Il n'avait pas le droit d'exister ?
Il devint hors de lui et prit Raiponce. Mais cela recommença. Encore et encore. Il se fit malmener et n'arrivait à rien. Il ne retrouvait pas cette étincelle qu'il avait connu avec cette fille pendant un été. Aucune ne semblait l'apprécier ? Il était condamné à n'être personne ? Non il ne l'acceptait pas. Il décida alors de prendre Melody, la plus proche de lui.
Echec. Encore. Mais peut-être pas au final. Car il voyait quelqu'un le fixer. Jack et Harold le regardaient bien en face. Ils l'avaient appelé par son prénom. Ils lui donnaient de la valeur. Celui d'être rusé et intelligent. L'avaient affronté sans l'ignorer ni l'éviter. Cela n'avait pas duré longtemps mais il avait eu l'impression d'exister. D'être Hans Westergaard pour de vrai.
...
A la nouvelle dans les journaux télévisés du monde entier, le nom des Westergaard fit la une. La mère en tomba des nues, elle avait complètement oublié Hans. Et cela lui ramena toutes ses erreurs à la figure.
- Je savais qu'il n'était pas normal, déclara-t-elle un soir pour se rassurer. C'est pour ça que je n'ai jamais pu l'aimer.
Le père de famille la regarda. Il haussa les épaules.
- Tu sais il va finir sa vie loin de nous. On se fiche bien de son sort.
- MAIS IL A ENTACHE NOTRE NOM ! On me regarde de travers maintenant ! C'est... Nos fils vont perdre leur crédibilité.
- Je ferais tout pour que ce ne soit pas le cas.
La femme approuva bien décidée à renier tout lien familial avec lui et à le faire passer pour dégénéré.
...
Les médecins s'occupèrent d'Hans avant que le diagnostic ne tombe.
- Il est paralysé à vie, commenta le docteur. On ne peut rien faire. Les nerfs et le tronc cérébral ont été touché.
- Que fait-on alors ? Demanda l'infirmière.
- On va devoir s'occuper de lui jusqu'à sa mort.
- Mais et sa famille ?
- Ils... ne veulent pas entendre parler de lui. Et la loi nous interdit...
Il ne termina pas sa phrase. Pourtant, un criminel comme lui, il l'aurait bien tué sans problème. Remarque c'était peut-être pire que la mort.
- Bien, oublions-le, de toute façon il ne vaut plus rien maintenant. Assurez-vous juste qu'il reste en vie pour ne pas qu'on ait d'ennuis.
- D'accord.
Après ces mots ils sortirent de la chambre laissant Hans seul. Il lâcha une larme puis deux... Un torrent coula sur ses joues. Il ne pouvait que fixer le mur et sangloter. Il repensa à tout ce qu'il avait fait et comprit qu'il n'aurait jamais dû s'y prendre ainsi. Il regretta amèrement d'être né...
