Chapitre 29 : Piégée ?

Lorsque Hitomi reprit connaissance, la première chose qu'elle remarqua fut qu'elle était menottée au lit dans une pièce qui lui apparaissait être une chambre d'hôpital avec les divers bips qu'elle entendait.

Qu… Qu'est-ce-que ça veut dire ? S'étonna-t-elle en bougeant sa main pour se défaire de l'objet.

Sans succès…

La porte s'ouvrit subitement et elle vit apparaître Asatani arborant un sourire triomphant.

Je vous tiens, Cat's, dit-elle sardonique.

Hitomi se réveilla en sursaut, regrettant aussitôt son geste inconsidéré et affolant les machines autour d'elle. Se rallongeant aussitôt, elle cru être encore dans son mauvais rêve tant tout autour d'elle était identique. Elle baissa son regard vers son bras gauche… libre. Elle soupira de soulagement et les bips autour d'elle diminuèrent.

Elle ressentit ensuite diverses douleurs dont une beaucoup plus intense dans l'épaule droite.

Elle se sentait engourdie par l'inactivité et terriblement fatiguée mais elle ne voulait pas fermer les yeux de peur de revoir le visage triomphant d'Asatani.

— Toshi, murmura-t-elle.

— C'est votre fiancé ? Demanda une infirmière qui l'avait entendu en entrant.

— Oui, sourit Hitomi cachant sa surprise.

Elle ne l'avait pas remarqué entrer.

— Il sera ravi d'apprendre que la belle au bois dormant est revenue à elle, lui dit l'infirmière en observant les diverses machines.

Soudain le visage de sa sœur aînée fit son apparition devant elle… Un visage grimaçant lors du tir. Avait-elle été atteinte elle aussi ?

— Ma sœur ! S'exclama-t-elle. Rui… Rui Kisugi… Comment va-t-elle ? S'enquit elle.

— Mieux que vous d'après ce que j'ai pu apprendre. Elle a pu sortir hier et elle devait retourner chez vous avec la police pour faire une sorte de reconstitution du … cambriolage, expliqua l'infirmière sereinement tout en sortant une seringue et un produit de sa poche.

Le temps de pause qu'elle avait mis intrigua Hitomi.

'Rui a bel et bien était touchée, et cette femme… Elle… Pourquoi ne m'inspire-t-elle pas confiance ?'

— Par ailleurs, vous avez joué un jeu dangereux, si je puis me permettre, dit-elle en remplissant la seringue avec le dit produit.

— Je… Je ne comprends pas… ce que vous voulez insinuer, dit Hitomi en tentant de se redresser, mais n'y parvenant pas.

Faible, elle se sentait très faible.

— Vous faire tirer dessus une seconde fois pour maquiller le premier tir, il fallait vraiment oser, ou avoir trop à perdre. Cela doit être encore plus douloureux, continua l'infirmière en s'approchant d'elle impassible.

Derrière la porte de la chambre, la conversation à la tournure intéressante n'avait pas échappée aux oreilles très intéressées de Mitsuko qui s'apprêtait à entrer. Hitomi demeura silencieuse un court instant tant la douleur lui martelait l'épaule.

— Je ne comprends.. pas du tout… de quoi vous voulez… parler, dit-elle grimaçante et de façon saccadée.

'Comment peut elle être au courant ?' Se demanda-t-elle incrédule.

— Vous maîtrisez bien vous émotions… Cat's Eyes… Mais avec ceci vous m'avouerez tout, dit l'infirmière s'apprêtant à injecter le contenu de la seringue dans le perfuseur.

'Un sérum de vérité ?' Se questionna Hitomi.

— Cat's, je le savais, lança Asatani en entrant dans la pièce si vivement que l'infirmière, surprise, fit tomber la seringue qui se brisa sur le sol avant qu'elle n'ait eut le temps de s'en servir.

'Alors là, je n'ai sais pas si je dois la remercier ou dire la poisse… Cela devient encore plus dangereux. Le jeu n'est pas équilibré à deux contre une', songea Hitomi en la voyant arborer ce même sourire de satisfaction qu'elle avait dans son « rêve ».

— Je ne sais pas ce que vous pensez savoir mais ce que moi je sais, c'est que ma patiente a besoin de calme et de repos ! S'exclama Doc essoufflé après avoir pressé le pas lorsqu'il avait vu l'inspectrice entrer en hâte dans la pièce. Quant à vous, madame la pseudo infirmière, sortez immédiatement d'ici ou je fais appeler la sécurité.

'Pseudo infirmière ?' S'étonna Mitsuko

— Tsss, vous pensez que je vais obéir à un vieillard sénile, fit l'infirmière avec dédain tandis que le médecin se rapprocha de sa patiente.

— Ce vieillard sénile est le chef de service adjoint de mon dispensaire, tonna la voix d'un autre homme qui arrivait tranquillement.

'Et bien, bon timing,' songea-t-il. 'Quelle agitation tout de même autour de Mademoiselle Hitomi.'

'Colonel, vous arrivez à point nommé pour aider ce pauvre Doc.' Se dit Hitomi.

— Je vous prierai donc de vous plier à ses exigences sur la champ, rajouta-t-il ensuite.

La pseudo infirmière se sentit soudain à l'étroit. Proche de sa cible, elle estimait cependant avoir encore l'avantage. Elle était armée et aurait pu en finir plus vite avec Cat's, mais non… Elle souhaitait la voir se traîner à terre lorsqu'elle avouerait tous ses larcins. Elle voulait la voir souffrir lentement, la voir dépérir lorsque son fiancé, l'inspecteur Utsumi, apprendrait l'accablante vérité. Il lui suffisait juste de leur faire visionner un petit film pour que tombent les masques.

Son père avait souffert des vols de Cat's, elle-même s'était sentie humiliée… Cat's devait payer les pots cassés. À cause d'elle tous ses amis l'avaient abandonné… Excepté Ryûjin… Il était le seul à être resté à ses côtés et lui avait promis, si l'occasion lui était offerte, de se débarrasser des Cat's… Mais il n'était plus de ce monde désormais. Il avait été abattu quelques jours auparavant… Sur leur propriété, c'est ce qu'elle avait réussi à apprendre.

N'ayant pas reçu d'appel de sa part le jour attendu, elle était allée trouver Albert qui lui avait alors remis un petit dossier ainsi qu'une caméra. Après avoir visionné le dernier film, et grâce au petit dossier, elle était vite remontée jusqu'au village et au dispensaire. Certes, cette Hitomi n'était pas blonde comme sur la vidéo, mais tout le reste était identique. Il fallait vraiment être aveugle pour ne pas le comprendre.

Asatani ne cessait de s'interroger. Qui était cette femme ? Était-ce une mise en scène ? Comment pouvait-elle être aussi convaincue que Cat's et Hitomi ne faisaient qu'une ? Si c'était le cas, Hitomi avait-elle réellement eut la folie de se refaire tirer dessus à quelques jours d'intervalles pour maquiller la blessure reçut en protégeant l'inspecteur Utsumi ? Mais surtout, avait-elle une preuve quelconque de ce qu'elle avançait ? Si oui, cela constituait un élément décisif dans le dossier Cat's.

— Oh les belles miss mokkori ! Fusa soudain la voix enjouée de…

'Ryô !' Songea Hitomi avec soulagement tandis que ce dernier c'était jeté sur la pseudo infirmière après avoir tâter les fesses de Mitsuko qui en avait hurlé.

— Qu'est-ce-que c'est que ce type ? Murmura-t-elle le feu aux jours en se tenant le derrière, embarrassée.

— Mais, mais… lâchez moi pauvre fou, fit la femme outrée en reculant.

Cet homme était dangereux, elle le pressentait. Il avait la même « odeur » que son père, son frère et feu son fiancé. Elle fut obligée de battre en retraite et courut hors de la chambre pour tenter d'échapper à la drague de l'inconnu mais ce dernier la poursuivit dans les couloirs du dispensaire.

— Revenez, Mademoiselle… Mademoiselle ! Attendez-moi, je suis tout à vous.

'Merci Ryô,' songea Hitomi regardant la scène tout en gardant un air étonné.

— Mademoiselle ? Fit le propriétaire du dispensaire s'adressant à Asatani.

— Oui, bégaya-t-elle surprise.

— J'ose espérer que cette folle ne vous a pas effrayée.

— Son discours était des plus intéressants, admis Mitsuko en se tournant vers Hitomi.

Elle nota que celle-ci était en sueurs et très agitée.

— Des plus intéressants ? Vous trouvez que ses médisances étaient intéressantes ? Elle parlait si fort que j'ai tout entendu depuis le bout du couloir.

— Qu'allez-vous me dire ? Qu'Hitomi était déjà au village lors du vol commis à bord du 'Casus Belli' ?

— J'ai en effet entendu parler de ce larcin et de l'arrestation de Monsieur Seïki… Par contre, je puis vous assurer que Mademoiselle Kisugi, ainsi que ses sœurs, sont arrivées ici il y aura tout juste une semaine demain.

— Une semaine ? Répéta Mitsuko incrédule.

Cela coïncidait avec le cambriolage à la banque et la blessure qu'Hitomi avait alors reçu au bras droit. Son regard se posa sur celle-ci, elle ne se voyait presque plus.

— Six jours pour être plus précis, et nous avons dîné ensemble la veille du drame.

— Vous auriez dîné ensemble ? Qui me dit que vous n'êtes pas de mèches avec elle ?

'C'est vrai, il tombe à point nommé pour lui fournir un alibi.'

— Interrogez donc les villageois et les villageoises si vous le souhaitez, sourit l'homme avec assurance tandis que Doc débrancha quelques appareils qu'il jugea superflu

— Pourriez-vous aller continuer votre conversation à l'extérieur je vous prie ? Ma patiente a besoin de calme et de repos.

Mitsuko regarda de nouveau Hitomi dont la souffrance était visible. Les simples mots de cet homme l'avaient de nouveau faits douter.

— Soit… Je vais prévenir l'inspecteur Utsumi que sa fiancée est revenue à elle. Portez vous bien… Cat's, dit-elle si abruptement que le cœur d'Hitomi s'emballa brièvement la faisant sourire… Mais…

— Vous me faites mal, docteur, grimaça-t-elle au même moment.

Sa douleur était audible dans ses paroles et dans ses gestes.

Était-ce une coïncidence ? Non, pour Asatani cela n'en était pas une.

— Excusez-moi, Mademoiselle, dit le docteur arrêtant son geste. Le cœur se calma aussitôt.

Mitsuko grommela et sortit vivement de la chambre, claquant la porte derrière elle.

Le propriétaire du dispensaire soupira de soulagement en la voyant disparaître.

— Comment vous sentez-vous, Mademoiselle Hitomi ? Questionna-t-il ensuite.

— Je me sens très fatiguée engourdie et j'ai l'impression d'avoir été disloquée, Monsieur Nagaishi. Comment va Rui ? Demanda-t-elle lentement.

— Ce que vous a dit cette femme à son sujet est exact… Avez-vous mal ? Questionna Doc avant de continuer. Essayez de vous détendre, j'ai une piqûre à vous faire et vous risquez de la sentir passer.

— Difficile … de se détendre… après un tel réveil, dit-elle de manière saccadée.

— Vous n'avez pas répondu… Avez-vous mal ?

— Très… Qui… Qui était …cette femme ? Grimaça-t-elle tandis que Doc parvint à lui faire la piqûre sans rencontrer trop de résistance.

— Elle s'appelle Anko. C'est la fiancée de feu Hashimoto.

— Ryô… Feu Hashimoto… Hashimoto… Le tireur du 'Casus Belli', fit-elle paniquée tandis que son rythme cardiaque accéléra mais sans alerter les machines.