[Ecriture délicate mais hésitante sur papier à lettre frappé des initiales J&L P taché par des traces de larmes]

James mon amour,

J'ai peur tu sais… Je rentre d'une mission, toi tu es déjà parti pour une autre… On s'est à peine croisés. On n'a plus le temps de se parler. Et moins on se parle, plus j'en ai besoin et moins j'y arrive ! C'est affreux, je suis emprisonnée dans mon silence, je n'arrive plus à en sortir. Tout ce qu'il me reste, c'est t'écrire. Cela faisait déjà quelques jours que je remettais cette lettre au lendemain. Parce qu'encore plus fort que ma peur de ce qui arrive, il y a la peur que j'ai de te la communiquer. Parfois, penser que tu es l'homme fort du couple (ce qui, soyons honnête, est totalement incongru), ça me rassure.

On s'est déjà battus deux fois contre Tu-Sais-Qui et on en est sortis vivants qu'avec beaucoup de chance. J'ai vraiment peur que dans ce monde de fou, la violence finisse par gagner. Et même si je suis très contente de porter notre bébé, je me demande si on n'a pas fait une bêtise. Tu ne penses pas qu'on est allés trop vite ? Sérieusement, à peine avions nous fini de se détester que l'on était ensemble. A peine sommes-nous devenus des adultes que nous nous sommes mariés. Et à peine formions nous une famille que nous l'avons déjà agrandie. Je n'arrive pas à savoir à quoi on pensait.

Je sais qu'il n'était pas prévu mais on s'est tout de suite réjouis de sa naissance. Cependant, outre le fait que nous sommes encore deux gamins incapables de s'occuper d'un bébé, il y a un mage noir psychopathe qui essaie de nous tuer à notre porte. Ainsi qu'accessoirement, la moitié du monde sorcier… C'est presque irresponsable.

Je n'arrive pas à faire semblant de croire que notre bébé sera tout de même heureux. Si jamais on était tués tous les deux, qu'est ce qu'il deviendrait ? La nuit, j'en fais des cauchemars, je le vois, tout seul, dans son berceau, la main serrée sur une vielle peluche. Et il pleure, il pleure, il pleure… mais personne ne vient jamais. Peut-être somme-nous mort. Ou pire, peut-être que la guerre nous empêche de nous en occuper. Et ce qui me fait mal, c'est que j'aime déjà ce petit être. Je l'aime plus que tout. Mais j'ai peur de le pénaliser effroyablement. Je vois ce petit enfant grandir, il quitte son berceau mais est toujours seul. Et il nous en veut. Terriblement.

Comment peut-on vouloir lui faire ça ? C'est comme si volontairement, on cherchait à détruire ce qu'on devrait le mieux réussir… Là où nous devrions simplement penser à nous, à lui, nous nous réveillons chaque matin en pensant à notre prochaine mission. Au lieu de passer mes journées à acheter des couches, des biberons et des peluches, j'esquive des sorts et je cherche comment tuer des hommes. Ce n'est pas vraiment l'environnement idéal pour attendre un enfant !

Ce n'est même pas l'environnement idéal pour vivre.

Parfois, je te le dis, je suis tentée de tout laisser tomber… Et puis je me souviens de ce qui brillait au fond de moi quand je pensais à ma vie future. Je me voyais arpenter le monde. Après, je me suis vue avec toi, dénichant des livres rares perdus au fond d'une forêt sombre. Et c'est justement ça qui me permet de rester. Parce que dans toutes ces visions, j'ai toujours vu le monde en paix. Pour moi, il était tellement évident que la guerre ne durerait pas.

Et puis, on nous a proposé de devenir Aurors, je me suis dit que nous ne mettrions pas beaucoup de temps avant de réussir à débusquer Tu-Sais-Qui. En effet, nous y arrivons assez bien, mais il s'avère plus difficile à tuer… Et puis me voilà maintenant enceinte de ce bébé. Et le pire, c'est que non seulement je meurs de peur de vous perdre tous les deux mais j'ai pourtant envie de me jeter à corps perdu dans la bataille. Afin qu'il ne naisse pas dans ce monde. Je les tuerais tous s'il le faut. Je ne peux supporter l'idée, même un instant, qu'il n'ait pas une vie parfaite. Je ne veux pas de mort, de disparition, de journal annonceur de mauvaises nouvelles autour de lui.

Parfois, je me dis que je vais finir par devenir folle avec cette dualité. Il faut constamment que je m'empêche de faire mes valises pour fuir dans un pays lointain et de transplaner directement dans le QG de Tu-Sais-Qui. D'ailleurs, si je savais où était ce stupide mage, je peux t'assurer que je ne serais pas en train de t'écrire, que je serais beaucoup moins angoissée et lui beaucoup moins vivant !

Je me dépêche, l'heure approche, je dois aller au bureau, nous faisons une descente chez les Lestranges ce soir. Juste une dernière chose à te dire…

Et si l'on ne s'aimait plus après ? Si cet enfant prenait toute la place entre nous et qu'on s'oubliait au travers de lui ? Je n'ai jamais été mère, je crois que je ne suis pas prête à ça… Alors rentre vite, lis cette lettre et vient me chercher par la peau des fesses au bureau pour qu'on pose un congé. Je ne vis plus mon amour. Sauve moi.

Ta Lily