Après plus de 13 ans de fanfiction, ce chapitre demeure celui que j'ai le plus aimé écrire, tout fandom confondu. C'est pas du tout mon meilleur, mais dans ma tête la scène est tellement claire, tellement précise, tellement... cinématographique. Un de mes plus grands fantasmes ce serait de jouer les réalisateurs de film et diriger Orlando dans cette scène. ^^ On peut toujours rêver!
Le Niveau 5
Orlando se démenait alors qu'on tentait de le balancer sur le banc arrière d'une voiture.
« Relâchez-les ! »
Il n'avait plus d'espoir pour lui-même, mais il n'était peut-être pas trop tard pour ses alter ego. Il fallait que la mission continue, avec ou sans lui, parce qu'il fallait LE retrouver, LE faire payer, Lui.
« Relâchez-les, vous m'entendez ? Ce sont mes empreintes qui sont sur cette arme, pas les leurs ! C'est moi le coupable que vous cherchez ! Foutez-leur la paix! »
Les contestations n'eurent aucun effet. Orlando fut jeté sur le banc d'une voiture de patrouille et il n'obtint que ceci en guise de réponse :
« Ils ont été témoins du meurtre. Ils seront accusés de négligence criminelle et complicité. »
On ne les emmena dans aucun commissariat, aucun palais de justice, aucune prison. On les livra à des gens qui avaient des allures d'inspecteurs d'agence secrète, digne de FBI. Ils furent menés à une base souterraine, une base que Orlando soupçonna d'être celle qui se trouvait dans la vieille carrière désaffectée de Canterbury. On leur avait bandé les yeux dès le départ de la maison, mais le peu de temps qu'ils mirent à voyager le poussa à croire qu'ils n'étaient pas allés très loin, donc sans-doute se trouvaient-ils effectivement dans ce supposé nouveau camp d'entraînement militaire de la ville.
Une fois sur place, on les sépara dans des cellules différentes et, au moment de se faire, Orlando eut une confirmation quant à l'existence d'une brèche dans les environs, car ses compagnons et lui furent tous trois frappés d'une migraine atroce. Sous le regard étonné de leurs bourreaux, ils furent traînés par les avant-bras jusqu'aux cellules; le trio n'était plus en mesure de marcher par eux-mêmes. Une migraine synchronisée était plutôt rare alors les agents en conclurent qu'il s'agissait d'une tactique de diversion fort maladroite de la part de leurs détenus. Ils furent donc enfermés sans qu'on accorde la moindre importance à leur malaise. Aucun ne riposta tant la douleur les paralysait. Le mal de tête finit par s'estomper seulement une fois qu'ils entendirent le cliquetis de leur serrure de porte électronique se refermer sur chacun d'eux.
Orlando avait été placé seul dans sa cellule et il s'écoula trois jours où il ne dit rien. Le premier jour, il était trop ébranlé et affecté par ce que sa sœur avait fait pour ouvrir la bouche. Tout en sachant qu'il fallait en vouloir à l'Être Infâme et personne d'autre, l'acteur ne pouvait se résoudre au fait que Samantha le croyait coupable de meurtre. Tout jouait contre lui, certes, mais 30 ans de liens fraternels n'avaient pas suffi à Sam pour qu'elle lui donne le bénéfice du doute. Elle avait plutôt préféré s'en remettre aux autorités britanniques, des gens qu'elle ne connaissait même pas. Ces dernières années à tourner au cinéma l'avaient éloigné de sa sœur et peut-être qu'elle s'était dit que son métier l'avait beaucoup changé. Hollywood était un univers plutôt déconnecté de la réalité et cela avait sans-doute exercé une mauvaise influence sur lui. Du moins, c'est ce que Orlando pensa que sa sœur avait émis comme hypothèse à son sujet. Il n'en fut que plus dégoûté encore par son métier.
Les deux autres jours, Orlando ne dit rien non plus. Pas parce qu'il était encore sous le choc, mais parce qu'il ne pouvait en aucun cas révéler quoi que ce soit à ces agents. Parler du meurtre signifiait parler des causes qui l'avaient poussé à commettre un tel geste. La Fusion étant la cause première, Orlando ne pouvait se permettre d'en parler. Chaque fois qu'on venait le voir dans sa cellule, il ne consentait qu'à dire les classiques du genre : « Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat. » Mais rien n'y fit. Les hommes qui détenaient le trio étaient au-delà de la police, au-delà de la justice, de tout.
L'acteur prit bientôt conscience qu'implorer ses droits ne l'avancerait à rien. Chaque jour on venait lui demander s'il était prêt à subir un interrogatoire. Jusqu'ici il avait toujours refusé et qu'on revienne tous les jours lui redemander la même chose signifiait sans doute que Legolas et William, de leur côté, ne s'étaient pas montré plus coopératifs et qu'ils n'avaient obtenu aucune information satisfaisante. Du trio, c'était Orlando qui savait le mieux gérer ce genre de situation. Il connaissait les méthodes de ce type d'agence militaire gouvernementale. Il savait comment ces gens pouvaient être perfides et vicieux. Donc, forcément, il fallait que ce soit lui qui tente quelque chose le premier.
Un soir, il accepta enfin de se faire interroger. Il avait joué la carte du silence, maintenant il jouerait la carte de l'innocence. Pas la sienne, par contre, mais celle de ses alter ego. Orlando ne tenterait pas de plaider sa cause -il savait qu'elle était perdue d'avance; toutes les preuves jouaient contre lui-, mais plutôt celle de ses compagnons. Ce qu'il fallait tenter, c'est de faire sortir ses deux alter ego de cette fâcheuse situation. Si Orlando devait être condamné pour le meurtre qu'il avait commis, la mission devait néanmoins continuer et ses compagnons devaient s'en occuper à eux deux. Ironiquement, ils avaient été tous les trois incarcérés tout près de la brèche que leurs bourreaux gardaient. On les avait amenés exactement là où la mission devait se poursuivre. Orlando ne pouvait communiquer les informations qu'il détenait grâce au journal de Sam, mais Legolas et William avaient ressenti le mal de crâne tout autant que lui. Ils sauraient donc quoi faire, ils sauraient qu'il faudrait trouver le passage. Avec un peu de chance… Beaucoup de chance… Legolas et William le trouveraient et le traverseraient. C'était cette brèche que l'aiguille du compas pointait, Orlando en était certain. Peut-être que Sydney se trouvait de l'autre côté ? Quoique, jamais une brèche n'avait mené à un autre point du même monde jusqu'ici. Les passages conduisaient toujours vers une autre réalité...
Orlando sortit de ses songes tandis qu'il était amené dans une pièce isolée, grise et terne. Il n'y avait qu'une table et quatre chaises en inox. Trois hommes lui ordonnèrent de s'asseoir. Un bref coup d'œil vers le coin du plafond permit à l'acteur de voir qu'on observerait depuis une pièce adjacente ses moindres gestes via une caméra vidéo.
Les trois agents, accoutumés aux interrogatoires corsés et musclés, n'y allèrent pas par quatre chemins. L'un d'eux posa un petit magnétophone numérique et appuya sur le bouton « record », puis dit :
« Où étiez-vous le soir du 24 Juillet ? »
Le périple d'Orlando lui avait fait perdre la notion du temps, mais il se doutait que le 24 Juillet était la date de décès de l'officier Carter.
« J'étais aux Joyaux de Bacchus. »
Rien de plus vrai. On ne pourrait sans doute pas lui reprocher de dire la vérité.
Un autre agent sortit un dossier qu'il ouvrit sur la table. Une photo agrandie d'une revue y reposait ; celle du fan qui les avait surpris, ses alter ego et lui, au beau milieu de la rue et qui avait vendu le cliché à un magazine à potins.
« Ces photos démontrent que vous étiez à Vancouver où il y a effectivement une boîte du nom de Joyaux de Bacchus. Boîte de nuit, d'ailleurs, qui fut réduite en poussière le même soir du meurtre pour lequel vous êtes accusé Mr. Bloom. Mais ces faits ne nous intéressent pas pour l'instant. »
Orlando eut quelques sueurs froides. Il prit conscience que ces types, en plus du meurtre, le soupçonnaient également d'être en lien avec la destruction de la Boîte, ce qui n'était pas faux. Si, tout compte fait, on l'acquittait du meurtre qu'il avait commis, ces agents allaient sans doute l'accuser de violation de propriété publique. Décidément, il n'était pas sorti de l'auberge.
« Qui sont tes deux copains ? » demanda l'autre en pointant le visage de Legolas et William sur la photo.
« Des gens sur qui vous faites erreur. » répondit Orlando, les bras croisés. « Ils sont victimes des circonstances. Ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment, c'est tout. C'est moi que vous voulez, pas eux. Alors, relâchez-les.
-Nous l'aurions fait avec joie si ce n'avait été d'un petit détail. »
L'homme présenta un second dossier dans lequel se trouvait sur papier l'agrandissement d'une empreinte de pouce.
« Ce sont vos empreintes digitales prélevées sur le revolver de Carter et sur la tasse de thé de votre sœur. Nous avons également prélevé celles de vos copains suite à leur incarcération. »
Il montra deux autres agrandissements de pouce qu'il disposa à côté du premier. Les trois empreintes étaient impossibles à différencier, comme si on avait fait deux photocopies du premier prélèvement.
« Il n'y a pas deux individus dans ce monde qui ont les mêmes empreintes, Mr. Bloom. Même des frères jumeaux ont des empreintes digitales différentes. Sauriez-vous donc capable de m'expliquer pourquoi ces trois échantillons sont identiques ? »
Orlando pouvait très bien expliquer pourquoi, mais ce serait alors risquer de se faire prendre pour un fou ou pour quelqu'un qui invente une histoire abracadabrante d'alter ego rien que pour éviter de faire avancer l'enquête. Dans le premier cas, on l'internerait et dans le second on le menacerait ou on lui ferait du chantage.
« Votre réponse se trouve dans votre question. Il n'y a pas deux individus dans ce monde qui ont les mêmes empreintes. » finit-il par répliquer.
L'un des agents renifla, agacé, et répondit de façon sarcastique :
« Êtes-vous en train de me dire que ce sont…quoi, des aliens ? »
Orlando ne put s'empêcher de rire.
« Vous tombez dans la caricature rapidement, dites donc ! »
Les trois hommes ne décrispèrent pas.
« Je vous conseille de cesser vos insolences. Vous n'êtes pas en position de faire le malin, Bloom.
-Qui sont ces gens, exactement? »
Il était inutile de tenter de faire croire qu'ils étaient de simples sosies engagés pour faire la promotion de ses films. L'acteur sourit nerveusement. Il était déjà dans le pétrin et il ne pouvait pas descendre plus bas alors à quoi bon jouer les prisonniers consentants.
« Ils sont moi. Je suis eux. »
Rien de plus vrai encore une fois. Mais il s'agissait d'une vérité que ces hommes n'étaient pas prêts à entendre.
« Continuez de faire le pitre, Bloom. Nous ne sommes pas pressés. On a toute la journée, même toute l'éternité pour obtenir une réponse satisfaisante.»
Orlando haussa les épaules.
« Que voulez-vous entendre? Des aveux? Oui, j'ai tué cet homme… par légitime défense. De toute façon, à quoi bon me poser vos questions? Votre verdict sur mon cas est déjà tombé depuis longtemps, peu importe ce que je dirai. Vous n'avez même pas recours aux procédures habituelles; avocats, juges et tout ça. »
Un autre agent sourit en coin d'un air suffisant.
« Je crois que tu n'as pas encore tout à fait saisi. L'arrestation pour assassinat, c'est qu'un prétexte pour la population et la police. Nous ce qu'on veut ce sont des réponses à ça. »
Il sortit encore un dossier avec des photos. Orlando reconnut immédiatement la base militaire qui bordait la brèche menant vers le Rohan. Des dizaines de photos de la brèche avaient été prises sous tous ses angles. On avait passé au peigne fin ce passage. L'agent montra ensuite des captures d'écran en photo où on pouvait clairement voir Orlando habillé en militaire, arrivant vers la brèche avec ses deux compagnons tenus en joue. L'acteur avait bien deviné en lisant le journal de Sam; l'armée canadienne et britannique s'étaient associées dans cette affaire, mais les raisons de cette alliance allaient bien au-delà du meurtre de Carter. La raison première de ce partenariat, c'était le phénomène des brèches.
Orlando ne se souvenait pas avoir remarqué des caméras de surveillance sur la base, mais il ne fut pas du tout étonné de se voir en photo. Les militaires de son monde étaient subtils et prévoyants, il en était conscient.
« Dès le début, vous saviez que j'étais un imposteur en entrant dans cette base alors pourquoi vous ne nous aviez pas arrêtés là-bas toute suite ?
-C'est nous qui posons les questions, ici. » dit le plus buté des trois.
« Les bandes vidéos des caméras de surveillance n'ont été visionnées qu'après votre intrusion. Maintenant, pour éviter que ce genre de situation se reproduise, il y a une équipe vidéo pour chaque base qui surveille toutes les caméras 24 heures sur 24. » expliqua un autre, moins buté, tout en pointant l'objectif de la caméra du plafond.
S'en suivit alors une cascade de questions harcelantes.
« Comment êtes-vous arrivé de l'autre côté de cette issue ?
-Comment se fait-il que vous vous trouviez déjà de l'autre côté avant que la GRC bloque le périmètre?
-Pourquoi traverser la base déguisé?
-On vous a vu pour la dernière fois à Londres, comme en témoigne votre agent Allan Mc Gregor. Votre nom ne figure sur aucune liste de passagers d'avion ou de jet, de train ou de bus. Pourtant, trois jours après votre disparition, on vous trouve sur un autre continent et de l'autre côté de cette issue, de surcroît. On perd ensuite votre trace pour vous retrouver deux jours plus tard à nouveau de l'autre côté de l'océan. Encore une fois, on ne voit votre nom sur aucune liste de compagnie aérienne, officielle ou clandestine. Comment pouvez vous expliquer ça?
-Que savez-vous de ces issues?
-Qu'avez-vous découvert sur ces territoires étrangers?
-Vos copains viennent de là-bas, c'est ça?
-Comment expliquez-vous votre ressemblance?
-Combien d'issues y-a-t-il?
-Où se situent les autres?
-C'est vous qui les créez? »
Voilà donc où ces hommes voulaient en venir. Le meurtre de Carter n'avait rien à voir avec le fait qu'ils soient tous les trois incarcérés. On s'en servait comme couverture, tout simplement. Le phénomène de la Fusion était devenu une affaire planétaire, mais tenue secrète par les gouvernements. Et apparemment ils avaient découvert que le célèbre Orlando Bloom en savait mieux que quiconque sur cette histoire.
Les pires craintes d'Orlando se concrétisaient. De tous les obstacles affrontés en cours de route, celui-là était le pire. Les pirates, les wargs, les gobelins et les trolls lui semblaient bien bénins à surmonter maintenant. Que ces militaires se mêlent à cette histoire de Fusion était le pire des scénarios à envisager.
Orlando ne pouvait plus tenter de mentir. Il devait essayer de faire comprendre la situation à ces hommes et prier pour qu'on les aide à accomplir leur mission.
« Très bien. Vous voulez la vérité, hein ? » Il posa le doigt sur la photo de la base au Rohan. « Ce truc que vous appelez "issue" c'est en fait une brèche entre notre monde et celui de la Terre du Milieu. Il s'agit d'un trou causé par la destruction des frontières qui séparent ce monde des autres. Des brèches, y en a un peu partout dans l'univers. Moi et mes "copains" sommes chargés de sauver cet univers. Et si on a décidé de passer cette brèche à votre insu, c'est parce qu'on savait que vous nous mettriez des bâtons dans les roues au lieu de nous prêter main forte.»
L'un des agents soupira d'exaspération tandis qu'un autre se mit à rire.
« Sauver l'univers, hein ? Avec quoi ? Des arcs et des épées ? »
Nul doute qu'ils avaient trouvé l'accoutrement de Legolas et William très primitif.
Orlando grinça des dents et se pencha vers ses interlocuteurs en les dévisageant.
« Ces armes ne sont rien comparées à vos bazookas, vos bombes atomiques ou bactériologiques et vos mitraillettes. Mais elles sont maniées par deux êtres hors du commun. L'un est agile, habile et plus rapide qu'un fauve. L'autre est fils de pirate ; il est malin et rusé. Ce sont des personnages de contes et vous connaissez les contes, hein ? Les bons finissent toujours par l'emporter sur le Mal. Alors, oui, j'ai confiance que, même avec des arcs et des épées, on peut venir à bout de sauver l'univers. »
Cet interrogatoire devenait de plus en plus tordu aux yeux des agents.
« Qui vous dit que vous jouez les bons dans cette histoire? »
L'acteur regarda droit dans les yeux l'homme qui venait de lui poser la question.
« Vous voulez connaître ma version des bons dans une histoire? Parfait. Les bons ne tirent pas sur des Rohirrim avant même de savoir s'ils ont de bonnes ou de mauvaises intentions. Les bons ne profanent pas leurs corps pour obtenir des réponses à leurs questions. Les bons n'enferment pas les témoins qui ont découvert par hasard une brèche pour éviter d'ébruiter le phénomène. Les bons n'attaquent pas quelqu'un d'un couteau, obligeant ce dernier à employer une méthode radicale pour se défendre. Les bons n'arrêtent pas un individu et ne le condamnent pas sans un procès juste et équitable. Les bons ne soumettent pas un individu à un interrogatoire sans lui accorder le droit de parler à un avocat. »
Irrité, un agent rétorqua : « Ttsst, tu te crois au-dessus de tout avec ton statut de vedette, hein. Arrête de te donner des grands airs supérieurs.
-Tu veux savoir ce que moi je crois? Je crois que tes copains et toi essayez de nous embobiner. Je crois que tes copains et toi vous êtes responsable de ces phénomènes de brèches. Parce qu'à chaque fois qu'on a trouvé un de ces trous, vous n'étiez jamais bien loin... »
Le portable d'un des agents sonna à ce moment.
« Oui, j'écoute. (…) Quoi, maintenant ? Je suis en plein interrogat…(…) Oui chef.(…) Bien chef. » Il raccrocha et annonça à ses acolytes : « On a un autre cas. » Il désigna un des deux agents et lui dit : « Je te le laisse. On continuera plus tard. Ne le quitte pas des yeux.
-Entendu. »
Les deux agents quittèrent les lieux en emportant le magnétophone, laissant le troisième agent en compagnie de l'acteur.
« T'as intérêt à te tenir tranquille. »
On l'avait laissé avec le moins sympathique. L'homme s'adossa au mur et sortit un revolver de son complet. Il commença à jouer avec le dispositif de sécurité. Il enclenchait et déclenchait son chargeur. Sans doute cherchait-il à intimider Orlando, mais son petit jeu ne parut pas du tout gêner ce dernier.
« Est-ce que vous pouvez m'accorder une faveur ? » demanda Orlando au bout de cinq longues minutes à entendre résonner dans la pièce l'écho d'un mécanisme de revolver.
« Ça dépend de la faveur. » répondit l'agent tout en poursuivant son petit manège.
« Je voudrais un verre d'eau. »
L'homme leva les yeux au plafond, agacé, et prit son talkie-walkie.
« Unité 3 à Unité centrale. Quelqu'un aurait l'extrême obligeance d'apporter un verre d'eau à notre copain ici? À vous.
-Ici Unité centrale. On s'en occupe. Terminé. »
Orlando comprit alors une chose. Les types qui l'observaient via la caméra suspendue au plafond ne pouvaient que le voir et non l'entendre sinon on aurait compris sa requête et, un peu plus tôt, on n'aurait pas pris la peine d'enregistrer l'interrogatoire sur magnétophone. Cela n'allait que faciliter le plan qui s'immisçait dans son esprit…
Une fois son verre d'eau sur la table et à nouveau seul avec l'agent, Orlando dit :
« Merci. Je peux savoir votre prénom ?
-J'ai pas à te divulguer cette information, gamin.
-Allons. On me détient ici contre mon gré, on ignore mes droits, je vais probablement jamais sortir d'ici vivant alors ce serait la moindre des choses que je sache le prénom d'un de mes bourreaux, non ? »
L'agent soupira, puis céda.
« Michael.
-Michael… » répéta-t-il. « Enchanté. »
Avec un drôle de sourire aux lèvres, Orlando s'empara de son verre d'eau. Plutôt que de le boire, il versa minutieusement le contenu sur la table. Il s'assura que l'eau forme une flaque bien homogène, sans éclaboussure.
« Tu viens de gaspiller le seul verre d'eau auquel t'auras droit avant un bon bout de temps. » fit Michael en le regardant faire, exaspéré.
« C'est pas grave. »
Le verre à présent vide, Orlando osa se lever.
« Tu restes assis. »
L'acteur n'obéit pas. Il se dirigea vers un autre siège. Il n'en fallut pas davantage pour provoquer Michael; il pointa son arme sur la tête de Orlando.
« J'ai dit, tu restes assis !
-Je préfère ce siège. » répliqua-t-il simplement, avec tout le calme du monde. « Vous n'allez quand même pas me tirer dessus pour avoir changé de siège ? » finit-il sur une pointe de moquerie.
Michael retira son arme en plissant le nez.
« Fais pas le malin. »
Orlando prit place.
« Merci Michael. »
A présent, il était dos à la caméra du plafond et cachait du même coup la flaque d'eau. Il se pencha alors au-dessus et pria que son idée soudaine fonctionne.
« Pssst. » chuchota-t-il à la flaque. « Hey, Eyma ? Youhou ? Eyma, tu m'entends ? On est tous les trois dans un état assez critique de "labeur et de doute" donc, j'apprécierais vraiment si tu pouvais te montrer le bout de nez maintenant. »
Michael croisa les bras, découragé.
« Schizophrène par-dessus le marché, tssst. »
Orlando ignora l'insulte et continua à interpeller la flaque.
« Eyma, allez. Sois sympa. On est dans le pétrin là. »
L'impossible se produisit enfin. Un rire surgit de la flaque.
« Hihihi. »
Orlando soupira de soulagement tandis que Michael fronçait les sourcils, interloqué.
« Mais… Qu'est-ce que… ? C'est toi qui viens de rire ? »
L'acteur adressa un sourire sournois à son bourreau.
« Bonjour Orlando ! » dit la tête d'enfant à travers l'eau.
« Bonjour Eyma. »
Michael s'approcha et se pencha sur la table, incrédule.
« C'est quoi cette blague ? »
Les grands yeux bleus de la petite obliquèrent vers l'agent.
« Eyma, je te présente Michael.
-Bonjour Orson ! Hihihi.
-Heu… Non, c'est Michael.
-Il t'a donné un prénom fictif, hihihi ! »
Orlando sourit en coin au faux Michael. Ce dernier l'avait prévenu qu'il ne devait pas donner d'information personnelle à son sujet. Orlando aurait dû se douter qu'il inventerait un autre nom pour avoir la paix, mais apparemment on ne pouvait tromper une petite magicienne.
Orson dévisagea bêtement la table et tenta de se figurer toutes les explications rationnelles qui pourraient justifier ce à quoi il assistait en ce moment.
« C'est un montage ? Un écran plasma incrusté dans la table ? »
L'acteur sourit de plus bel. Le simple fait qu'Eyma ait su son vrai nom l'ébranlerait assez pour que son bourreau se montre coopératif.
« Non, ça s'appelle un phénomène inexplicable qu'il vaut mieux se contenter d'accepter même si on n'y pige rien.
-Je rêve ma parole !? Comment tu fais ? C'est qui celle-là ?
-On ne sait pas trop ce qu'elle est. Par contre, je suis certain d'une chose; elle est plus puissante que tous les militaires réunis de cette base. »
Ce n'était peut-être pas tout à fait vrai. En fait, il ignorait si elle était suffisamment forte pour tenir tête à une armée. La seule chose dont il était sûr, c'est que personne ne pouvait la tuer, mais son coup de bluff aurait sans-doute l'effet escompté après avoir vu une fillette apparaître dans une flaque d'eau et que cette dernière eut dit tout bonnement son vrai prénom.
« Unité centrale à Unité 3. Tout va bien là-dedans ? À vous. »
Les types qui regardaient la bande vidéo de la caméra avaient sûrement remarqué l'air totalement stupéfié de leur coéquipier penché sur la table et ils trouvaient ça louche.
Avant que Orson ne prenne l'initiative de leur signaler ce qui se passe, Orlando lui dit : « Ben allez-y Orson, dites leur donc ce qui cloche avec mon verre d'eau. Le temps qu'ils rappliquent, Eyma va s'en aller et je doute qu'ils prennent au sérieux ton histoire sans queue ni tête de gamine incrustée dans la table. »
L'agent se sentit coincé. Il tenta alors d'adopter un air plus neutre bien qu'il devait paniquer intérieurement.
« Ici Unité 3. Rien à signaler. Terminé. »
Orlando eut une certaine envie de rire, voyant que son bourreau faisait tous les efforts possibles pour paraître impassible. Loin d'être aussi bon acteur que son prisonnier, il finit par faire dos à la caméra pour avoir le loisir de dévisager à sa guise la fillette qui ne cessait de sourire et ricaner.
Regardant de nouveau le visage tout souriant dans la flaque, Orlando lui dit : « Eyma, pourrais-tu demander à mon pote Orson de nous libérer ? »
Sur un ton pimpant et enfantin, Eyma s'adressa à l'agent.
« Orson, j'apprécierais beaucoup si vous laissiez partir Orlando et ses amis. Ils ont une mission importante à poursuivre. »
L'air complètement abruti, l'agent se gratta la tête.
« Mais… Que…
-Bon, ça va Eyma. Tu peux t'en aller. Je crois que je peux me débrouiller seul à présent.
-T'en es sûr ? »
Il sentait que sa petite visite allait faire tourner les choses à son avantage. Il avait confiance. Terrifié, mais confiant. D'ailleurs, il se demandait pourquoi Eyma pouvait toujours lui parler. S'il avait un tant soit peu retrouvé confiance, n'était-elle pas supposée disparaître aussitôt ? À bien y penser, peut-être qu'Eyma restait là parce que ses deux autres alter ego, eux de leur côté, désespéraient dans leur petit coin de cellule. Cette dernière pensée pour ses compagnons enfermés incita Orlando à se dépêcher d'agir. Il devait tenter sa chance.
« Si ça tourne mal, je m'arrangerai pour trouver un autre verre d'eau. » dit-il en faisant un clin d'œil à son interlocutrice.
« D'accord! Hihihi! Au revoir Orlando. Au revoir Orson. »
Le visage disparut et il ne resta plus qu'une flaque d'eau bien banale sur la table. Orlando, plus déterminé qu'il ne l'avait jamais été, considéra l'homme qui le détenait. La petite visite d'Eyma avait été courte, mais efficace. Orson était assez secoué pour être disposé à entendre et obéir.
« Maintenant, si vous ne voulez pas que je la fasse revenir, je vous conseille de faire exactement ce que je dis. Prenez votre portable et feignez de répondre à un appel de votre supérieur. Faites-le bien en évidence pour la caméra. »
Orson hésita.
« Tout de suite. » le pressa Orlando.
L'agent prit son portable d'un geste agacé et fit mine d'y parler quelques secondes.
« Prenez votre revolver et menacez-moi. Je veux que les mecs derrière cette caméra sentent bien que j'obéis à votre propre initiative. »
Ça, Orson n'eut aucun mal à le faire. Le tenir en joue lui plaisait bien.
« Prenez ensuite votre talkie-walkie de l'autre main. Dites à vos camarades derrière la caméra que le coup de tel était de votre supérieur et qu'il vient de donner l'ordre à tous de quitter leur poste. Inventez n'importe quoi, mais faites-les sortir de cette salle vidéo. Je vous conseille de ne rien laisser échapper de suspect qui pourrait les mettre en alerte.
-Et si je veux pas obéir ?
-Alors, je rappellerai ma copine et c'est elle qui vous convaincra. Elle a su me persuader de sauver l'univers et elle m'a fait gober son histoire de Fusion. Moi, un pauvre type de cette réalité incrédule. Croyez-moi, elle saura vous convaincre aussi. »
L'agent avala difficilement sa salive, puis prit son talkie-walkie.
« Ici Unité 3. Lewis m'a contacté, les gars. Faut quitter votre poste. Le commandant veut tout le monde sur le nouveau cas. A vous.
-Ici Unité centrale. T'en es sûr ? À toi.
-Ouais. Il paraît que ça barde là-bas.
-Et toi, tu fais quoi avec celui-là ?
-Je le ramène à sa cellule et je vous rejoins. Terminé. »
Tel qu'il l'avait dit à ses collègues, Orson fit sortir Orlando. Au cas où ils croiseraient d'autres agents en chemin, l'acteur garda les mains en l'air alors que son bourreau faisait mine de le pousser dans les couloirs sous la menace de son revolver. Ils ne croisèrent cependant personne. Le "nouveau cas" tenait beaucoup de monde occupé, semblait-il. Orlando continua tout de même à jouer les détenus. Il se doutait qu'il y avait des caméras partout et il valait mieux agir en prisonnier encore un peu ; les types de l'unité centrale n'avaient peut-être pas quitté immédiatement l'endroit d'où il pouvait observer toutes les allées et venues de la base.
« Où est-ce qu'on va, Bloom ? Libérer tes copains, je suppose ?
-Bien deviné, mais avant j'aimerais aller faire un tour à la salle vidéo. »
Ils arrivèrent à une porte que Orson dut ouvrir avec une carte électronique qu'il introduisit dans une fente au-dessus de la poignée. Derrière la porte se trouvait une salle avec une multitude d'écrans vidéo. Chaque écran correspondait à une caméra installée dans un coin stratégique. Pas un seul recoin de la base n'échappait aux caméras. Au centre de la salle se trouvait un large bureau circulaire avec trois ordinateurs. C'était de là que les caméras étaient toutes contrôlées, Orlando en était certain.
Presque tous les écrans vidéos étaient vides. Il ne s'y passait rien, aucune activité, signe que ledit Lewis avait amené avec lui une bonne partie des occupants de la base pour prendre en charge le "nouveau cas". Et à présent, l'équipe vidéo qui venait tout juste de quitter cette salle après l'appel d'Orson apparut dans un écran où une caméra visait un ascenseur. Les quelques agents y entrèrent et disparurent du champ de vision de cette caméra lorsque la porte se glissa à l'horizontal pour se fermer sur eux. Quelques minutes plus tard, ils réapparurent dans un autre écran et Orlando en déduisit que la caméra qui les filmait à ce moment se trouvait à la surface de la base souterraine, car la zone semblait éclairée par une lumière non artificielle; la lumière du jour. Apparemment, le "nouveau cas" se passait à l'extérieur, ce qui n'était pas pour lui déplaire.
Orlando trouva ensuite un écran où une caméra surplombait une sorte de grande cavité creusée dans une grotte. Il devina que ces parois de roc représentaient une partie de la carrière désaffectée près de laquelle la base était installée, mais il fut impossible de voir ce qui se trouvait dans cette cavité. De larges toiles étanches la recouvraient et un gros écriteau imprimé dessus indiquait : « NO TRESPASSING ». Quelques militaires armés étaient postés devant les toiles. Que ceux-là n'aient pas quitté leur position pour s'occuper du "nouveau cas" ne pouvait signifier qu'une chose : ils gardaient l'entrée de la brèche. Orlando aurait mis sa main au feu que c'était ce qui se cachait derrière les toiles.
Il parcourut encore quelques écrans et tomba sur deux d'entre eux qui filmaient l'intérieure de cellules. Il vit un Legolas faire les cents pas, les mains croisées dans le dos et un William assis au sol, adossé contre le mur en train de contempler le plafond d'un air morose. Dans les circonstances, ils semblaient se porter bien et Orlando poussa un imperceptible soupir de soulagement.
« Tirez sur les ordinateurs. » ordonna-t-il après cette brève inspection des écrans.
Orson obéit à contre cœur. Quelques flammèches jaillirent des moniteurs quand les balles se fracassèrent sur les ordinateurs, puis tous les écrans devinrent noirs.
Si jamais des agents revenaient dans cette salle, on ne pourrait s'en servir pour repérer leur position, maintenant.
Orlando tendit alors la main et demanda : « Donnez-moi votre revolver. »
Cette fois, Orson se montra peu coopératif. Donner son revolver, c'était comme donner la dernière illusion de sécurité et de pouvoir qu'il pouvait exercer sur son prisonnier.
Voyant son hésitation, Orlando rajouta : «Si vous n'obéissez pas, je vous garantis que vous verrez une petite gamine apparaître dans chaque miroir que vous croiserez, dans chaque verre d'eau que vous boirez et dans chaque fenêtre que vous regarderez. Et inutile d'essayer d'en faire part à vos collègues. Elle ne se montrera à personne d'autre. S'il y a une chose que j'ai apprise avec notre réalité, c'est que les gens ne veulent bien croire que ce qu'ils voient. On vous prendra pour un fou. Vous ne voudriez pas être hanté jusqu'à la fin de vos jours, n'est-ce pas Orson ? »
Il n'y avait pas grand chose de vrai dans le chantage d'Orlando, il en était conscient. Il doutait qu'Eyma puisse s'amuser à tourmenter un simple agent. Mais les dons d'acteur d'Orlando seraient peut-être assez convaincants.
« Tu bluffes.
-Ou bien je mens ou bien je dis la vérité. Vous avez une chance sur deux que ce soit vrai si vous ne faites pas ce que je dis et zéro chances que vous vous fassiez harceler par une petite magicienne si vous coopérez. Laquelle des probabilités présente moins de risque pour vous, Orson ? »
L'agent finit par lui tendre le revolver, une goutte de sueur à la tempe.
« Si t'avais l'intention de me prendre mon arme, t'aurais pu tirer toi-même sur les ordinateurs.
-Je suis pas stupide, Orson. Je sais bien qu'il y a une caméra qui surveille aussi cette salle. »
Si on parvenait à sauvegarder la mémoire des bandes vidéos, les agents verraient alors Orson tirer. Ils auraient ainsi l'illusion que le détour vers les salles vidéos était son idée à lui et que Orlando avait été un bon prisonnier consentant jusqu'au bout.
« Bien. Allons libérer Legolas et William, voulez-vous ? »
Une fois arrivés à l'étage des cellules, Orson introduisit un code sur un clavier numérique situé entre deux portes grises. Ces dernières s'ouvrirent toute seule. Legolas et William appréhendaient ce qui allait se passer, car ils se tenaient tous deux au fond de leur cellule et, à défaut de n'avoir aucune de leur armes, les poings étaient prêts à agir.
« Ça va, les gars. Vous pouvez sortir. »
Entendre la voix de leur compagnon eut pour effet de les décrisper sur-le-champ.
Tous deux mirent un pied hésitant hors de leur cellule et lorsqu'ils constatèrent qu'Orlando tenait en joue un de leur bourreau, ils affichèrent une mine à la fois dubitative et réjouie.
« J'ai la situation en main comme vous le voyez. »
Orlando savait bien qu'ils ne comprenaient pas trop ce qui se passait.
« Pas le temps d'expliquer. Orson va nous dire maintenant où sont toutes nos armes et nos effets, n'est-ce pas ? »
L'agent grinçait des dents. L'arrogance d'Orlando ne lui plaisait pas du tout.
« Ils vont se ramener ici dès qu'ils verront que le commandant n'a donné aucun ordre. » tenta-t-il pour les intimider.
« Raison de plus pour vous dépêcher de nous dire où sont les armes de mes collègues. »
Orson le fusilla littéralement du regard et l'acteur enclencha un projectile dans le dispositif de tir du revolver.
« Faites vite, Orson.
-Tu ne tireras pas.
-Ah ouais ? Vous m'avez fait arrêter pour meurtre, je vous rappelle. J'ai tué une fois. Je peux très bien recommencer. »
L'agent fit une moue indignée, mais obéit. Sous le regard de plus en plus surpris de Legolas et William, Orson se dirigea au fond du couloir et inséra sa carte électronique dans la fente au-dessus de la poignée d'une autre porte. Celle-ci s'ouvrit et le trio pu constater que tous leurs biens se trouvaient dans cette pièce. Orlando comprit que des scientifiques ou, du moins, des chercheurs, avaient tenté d'analyser tout leur attirail. On se doutait bien que ces trucs provenaient de l'autre côté des "issues" et qu'alors tout était sujet à étude. Pour mieux comprendre le phénomène, on avait cru qu'observer ces objets apporterait quelques réponses à leurs nombreuses questions.
Legolas et William furent complètement hébétés lorsqu'ils entrèrent dans la pièce. Les armes étaient placées sous des scanners que Orlando traduisit à ses compagnons comme étant des machines à voir les composantes d'un objet. Une des bombes de Jack avait été sectionnée grâce à un laser et une partie de la poudre explosive qui se trouvait à l'intérieur avait été posée sur une plaquette en vitre afin d'être étudiée au microscope. Le compas était posé sur une table, entouré d'outils qui avaient sûrement été utilisés pour l'ouvrir et le démonter. Les particularités mystérieuses du compas rendaient apparemment inutile toute tentative d'ouverture, car les outils disposés autour étaient cassés ou alors tordus. Le pistolet de Jack avait servi pour faire des tests, car une cible au mur était criblée de balles. Dans un sac transparent se trouvaient toutes les cartouches supplémentaires. Un long fil blanc se trouvait également dans un sac de plastique et il y avait une étiquette collée dessus où on pouvait lire : «cheveu non-humain».
Ce fut la première chose que Legolas récupéra. Avec une mine profondément offensée, il prit le fil et alla saisir son arc. Orlando et William comprirent qu'il s'agissait de la corde de son arc, retirée pour des analyses. Orlando se doutait aussi que la corde était en fait un cheveu de la dame Galadriel et, comme c'était une elfe, les chercheurs n'avaient rien trouvé d'«humain» dans ses composantes. Legolas posa ses yeux perçants sur Orson tout en réinstallant la corde aux extrémités de son arme. Troublé par le regard de glace, l'agent comprit que lui et ses collègues avaient profané un objet sacré.
Après avoir récupéré tout ce qui leur appartenait, Orlando dit à son otage :
« Merci, Orson, de votre coopération. Maintenant, dites-nous où se trouve exactement la brèche que vous camouflez. »
L'elfe et le forgeron tressaillirent. Trois jours auparavant, ils avaient ressenti la douleur habituelle due à la proximité d'une brèche, mais ils ignoraient tout ce que Orlando avait appris dans le journal. Ils n'avaient pu qu'espérer, à ce moment, que la brèche n'avait pas encore été découverte. Maintenant, il leur semblait tout à fait absurde de croire que leurs bourreaux avaient établi une base aux alentours du passage par pur hasard.
« Faut aller au niveau 5, mais aucune porte ne s'ouvrira sans ça. »
Orson leur montra sa carte électronique. Orlando la lui prit et l'agent ajouta :
« Il y a aussi des gardes qui surveillent l'entrée de l'issue.
-Je sais. Combien sont-ils ?
-Quatre, mais c'est sans compter l'unité qui se trouve de l'autre côté du passage. Sur un rayon de 100 mètres, tout le secteur est surveillé. Oubliez le coup des faux ordres. Ces militaires ont été formellement prévenus de n'obéir qu'aux ordres donnés directement par le Chef d'État Major. Ils ont un code pour s'identifier mutuellement. Moi je suis d'une agence secrète qui travaille de connivence avec l'Armée Britannique. Je suis très loin de connaître leur mode de communication.
-Nous trouverons une solution en chemin.
-Peu importe ce que vous ferez, ils finiront par vous rattraper tôt ou tard.
-On verra bien. »
Orlando fit diriger Orson dans une des cellules où se trouvaient précédemment ses compagnons. Il lui prit son portable, son talkie-walkie et, juste avant de refermer la porte, il lui dit :
« Merci Orson. À votre façon, vous avez contribué à sauver l'univers du chaos en nous libérant.»
La porte se ferma sur un Orson totalement déconcerté.
William, perplexe, ne put s'empêcher de demander :
« Sacrebleu, comment avez-vous fait ?
-Moi ? Je n'ai rien fait… mis à part appeler une petite magicienne. » dit-il avec un petit rire sournois.
Legolas et William échangèrent un regard intrigué, mais n'exigèrent pas d'autre explication. Ce n'était pas le moment.
« Sortons d'ici. » intima l'elfe pour qui rester enfermé sous terre ne lui convenait vraiment pas.
« On peut pas. Faut traverser la brèche qu'il y a ici. » répondit l'acteur en se dirigeant vers le fameux niveau 5.
Les deux autres le suivirent, un peu sceptiques.
« La dernière fois que nous avons traversé une brèche déjà occupée par les militaires de votre monde, cela s'est soldé par un meurtre non prémédité.» dit Legolas.
« Je le sais bien, mais c'est exactement là que le compas veut qu'on aille. »
Il les fit entrer dans l'ascenseur et appuya sur le bouton numéroté « 5 » pour se rendre au niveau indiqué par Orson.
Le forgeron et l'elfe furent un peu inquiets de se trouver dans cet étrange compartiment. Ils y étaient déjà allés, mais la dernière fois ils avaient eu les yeux bandés. La curieuse secousse qu'ils sentirent à son départ, accompagnée du typique chatouillement à l'estomac, ne les rassuraient pas trop bien qu'ils avaient ressenti le même effet le jour où ils étaient arrivés ici pour être enfermés.
L'ascenseur arriva au niveau 5. Instinctivement, Legolas et William se tinrent prêts à utiliser leurs armes. La porte s'ouvrit et devant eux ne se trouvait qu'un seul et unique couloir. Il était vide, mais très long. Il y avait plusieurs tournants, on en voyait pas le bout et Orlando supposa qu'à son terme ils verraient les gardes qui surveillaient la brèche.
William baissa son pistolet et consulta le compas pour vérifier les dires de son alter ego. Il fut bien contraint d'avouer que l'aiguille pointait très clairement le couloir du niveau 5.
« Comment avez-vous su ?
-J'ai lu les journaux de ma sœur. Longue histoire. » dit-il en s'enfonçant le premier dans le couloir.
En évoquant sa sœur, William eut l'air navré tout à coup. Il se rappela le piège qu'elle avait contribué à leur tendre et du sentiment d'abandon et de tromperie que Orlando devait ressentir.
« Je suis désolé pour Miss Bloom…
-Pas autant que moi. Bah… Au moins, je peux me consoler en me disant qu'elle est toujours vivante, contrairement à… Enfin, tu vois ce que je veux dire.
-La mort peut sembler douce comparée à la trahison.
-C'est pas sa faute. J'ai passé tant d'années éloigné de la famille… Je suis devenu un étranger pour elle et l'Être Infâme en a tiré profit.
-Si vous vous preniez moins souvent pour ce que vous n'êtes pas, vous ne seriez pas devenu un étranger. » dit Legolas.
« Qu'est-ce que t'entends par là ?
-M'est avis qu'il est temps de cesser de camper d'autres rôles que le vôtre, seigneur Orlando. »
Il était tout à fait ironique d'entendre ça de la bouche du personnage qui avait pourtant lancé sa carrière. Carrière qui, aujourd'hui, le répugnait.
L'acteur eut un certain flash-back où on lui tenait des propos du même genre.
« Faut que tu arrêtes de jouer plein de personnages parce que tu oublies ta propre identité. C'est pas bien... » lui avait dit Eyma lors de leur toute première rencontre. Orlando dut admettre qu'elle avait eu raison.
Plongé dans ses réflexions, il ne s'était pas rendu compte que Legolas inspectait le moindre recoin du couloir, comme si quelque ennemi allait apparaître soudain par magie.
« Toute cette base doit regorger de gardes, Orlando.
-Nous n'aurons aucun problème à atteindre la brèche. » les rassura-t-il, se souvenant des écrans déserts des caméras. « Les quatre gardes peuvent être facilement neutralisés si on utilise l'astuce de la cape. C'est une fois de l'autre côté de la brèche qu'on aura du souci à se faire. »
Voyant que William et Legolas marchaient en guettant toutes les portes du couloir avec appréhension, Orlando rajouta : « Puisque je vous dis qu'il n'y a plus personne! Ils ont tous été appelé pour "un autre cas".
-Un autre cas? » répéta l'elfe.
« Je suis certain qu'ils parlaient d'une nouvelle brèche qu'ils viennent de trouver. »
William fut subitement alarmé.
« Le passage dans la mer qui mène aux Caraïbes!
-Bingo. Après trois jours, faut pas s'étonner. Le Whistable Harbour voit arriver et partir des dizaines de bateaux constamment. L'un d'eux a fini par tomber sur la brèche dans l'eau, c'est évident.
-Ou alors les débris du Tatsu Akai ont sans-doute fini par attirer l'attention. » supposa Will.
« Aussi. Peu importe comment, la brèche n'est plus un secret désormais, c'est certain. Quelqu'un a sûrement averti la garde côtière et le cas a été immédiatement pris en charge par les agents de cette base. Ils ont été dépêchés sur les lieux et ils vont probablement s'occuper d'étouffer l'affaire. Ils vont faire comme au Rohan et comme ici : étudier les brèches, ce qui se trouve de l'autre côté et, du même coup, maintenir la population dans l'ignorance. »
Will se souvint du sort des Eorlingas, l'impudence commise en fouillant leurs affaires et les étudiant sans aucun scrupule. Il craignait maintenant que la même chose arrive à la Perle Noire.
« Jack… » commença-t-il, mais Orlando l'interrompit.
« On ne peut plus se soucier de lui. Faut seulement espérer qu'il soit sagement retourné dans les Caraïbes et qu'il se tienne loin de la brèche. »
Ils arrivèrent à un tournant et Legolas s'arrêta net.
« Qu'est-ce que t'as ? »
L'elfe fit quelques pas en arrière et tendit l'oreille.
« Des… plaintes. Des lamentations. »
Il fit carrément volte face et revint en sens inverse. Orlando et William lui emboîtèrent le pas, perplexes. Ils dépassèrent plusieurs portes du couloir et Legolas se planta devant l'une d'elles.
« Ouvrez-la, Orlando.
-Mais… Si t'as entendu des gens, ça pourrait être d'autres agents qui…
-Non. J'ai la certitude que non. »
D'un geste fébrile, Orlando mit la carte dans la fente au-dessus de la poignée et un déclic se fit entendre.
En l'ouvrant, ils tombèrent sur ce qui ressemblait à un autre laboratoire. Les murs de celui-ci, par contre, étaient longés de grandes cages superposées. Orlando ne se souvenait pas avoir remarqué une telle pièce depuis la salle vidéo, mais vu le nombre incalculable d'écrans il n'avait pas pu tout observer en profondeur. En regardant ces cages, il eut l'étrange impression d'avoir découvert un chenil. Toutefois, il n'y avait pas d'animaux dans ces cages. Il s'y trouvait plutôt :
« Diable ! Ils ont enfermé des enfants ! » s'exclama William en s'avançant vers les petites silhouettes aux bras tendus, le visage effrayé et implorant.
« Laissez-nous sortir ! » se lamentaient-ils.
Orlando hocha la tête en signe de dénégation, la bouche entrouverte, dégoûté et honteux des hommes de son propre monde. Le choc ne lui permit pas de voir que William se trompait sur l'identité de ces personnes.
Legolas, plus choqué encore que l'acteur, débita d'une voix sombre: « Il ne s'agit guère d'enfants. Ce sont des Hobbits. »
A suivre
Ça prend qu'une écrivaine fêlée comme moi pour introduire des hobbits dans cette histoire. Quoique, dans la Fusion faut s'attendre à voir surgir n'importe quoi, hein.
Je me suis inspirée de beaucoup de choses pour ce chapitre. Pour vous aider à mieux imaginer la scène de l'interrogatoire, pensez à The Matrix quand Thomas Andersen (Neo) se fait interroger par Monsieur Smith dans une pièce froide et grise. Il lui montre certains dossiers, comme dans ma fic. En plus ils sont trois agents à lui poser des questions, tout comme pour Orlando. Et pis la salle vidéo est un mélange de The Matrix 2 à la fin avec l'architecte et aussi de Lost, avec le bunker plein d'écrans de télé censés servir à observer ce qui passe dans l'autre Bunker. Pour les agents, vous pouvez également vous imaginer les Men in Black, huhuhu.
