CHAPITRE 28
La matinée trottinette s'était déroulée dans la joie et la bonne humeur. Rick avait emmené Lily sur la piste cyclable près de la maison pour une ballade entre père et fille. L'air marin et le bruit des vagues à proximité ne faisaient qu'embellir cette sortie père-fille.
Après s'être lavé, il avait emmené sa fille et était parti sans proposer à Kate de les rejoindre. Son refus d'être aidée dans le matin l'avait blessé. Il avait pensé qu'ils redevenaient amis peu à peu, mais à présent il commençait à penser qu'elle n'était agréable avec lui uniquement pour Lily. Il ne savait pas pourquoi , il espérait toujours un geste ou un mot de sa part alors qu'elle ne ressentait apparemment pas les mêmes sentiments à son égard. Elle était fiancée et heureuse…..alors que lui…lui ne s'était toujours pas remis de la perte de Kate Beckett.
Touché, il avait tout de même souri et s'était amusé avec la prunelle de ses yeux. Un casque sur la tête, des genouillères et des coudières , Lily riait à pleins poumons durant une course effrénée avec son père. Tel un enfant de quatre ans, Castle s'était pris au jeu de la course en trottinette et n'hésitait pas à tricher si besoin pour gagner. Seulement Lily était une adversaire très redoutable, et après seulement quelques mètres, elle l'avait déjà distancé.
S'arrêtant quelques minutes plus tard, elle l'attendit patiemment avec un magnifique sourire. Essoufflé , il était arrivé en déclarant:
-Ok, tu as clairement pris du côté sportif de ta mère
-Tu crois ?
-J'en suis sûr, répondit-il en tentant de reprendre son souffle , les mains sur ses genoux et la tête basse
Souriant devant la mine déconfite de son père, Lily détacha son casque et murmura, quelque peu gênée:
-Papa ?
-Oui
-Je…on prend une glace ?demanda-t-elle, en évitant sa question première.
Elle souhaitait lui demander quels étaient leurs points communs ? Et si elle en avait avec Alexis? Mais l'idée de demander la fit reculer. Elle avait peur d'être trop différente. Depuis qu'elle était petite , on lui disait qu'elle ressemblait énormément à sa mère. Ses oncles la surnommaient même « mini-Beckett ». Tout ce qu'elle savait de ces trois dernières semaines était qu'elle avait les mêmes yeux bleus que lui, et qu'il pouvait avoir les mêmes idées lumineuses qu'elle, mais à part ça…elle n'arrivait pas à trouver leurs points communs…et le côté sportif n'était pas à mettre dans les gênes Castle apparemment.
La voyant fuir son regard subitement, Castle s'approcha d'elle et lui embrassa le front en lui murmurant:
-Allons manger cette glace
Il voyait bien que quelque chose la perturbait, mais il ne voulait pas la pousser trop vite , trop fort. En l'espace de quelques heures , ils avaient fait beaucoup de progrès, et il ne voulait pas nuire à leur relation en la brusquant.
C'est donc sans un autre mot qu'ils se déplacèrent vers le marchand de glaces . Les mains dans les poches, Lily contemplait les différents parfums quand le commerçant lui demanda :
-Quel parfum, mademoiselle?
-oh…..eh ben….je…
-Trop de choix ? sourit Rick en la voyant hésiter devant l'abondance de parfums proposés.
-Non….c'est que je ne sais pas lire, alors je ne sais pas si ils ont mon parfum préféré, répondit-elle, embêtée.
Souriant devant sa mine d'enfant, Rick s'agenouilla et lui chuchota :
-Laisse-moi deviner quel est ton parfum préféré
-Tu ne trouveras pas , fit-elle, contente qu'il tente de la connaître un peu plus
-Oh….ne sous-estime mes dons d'enquêteur, après tout j'ai appris à la bonne école avec ta mère et tes oncles…..Alors, tu as six ans….
-Bientôt sept! Dans….cinq jours
-Oh oui…..dans cinq jours, la plus belle des petites filles fêtera ses sept ans, acquiesça Rick, qui avait déjà tout prévu pour que cet anniversaire soit à la hauteur des attentes de sa fille.
Ils en avaient discuté pendant plusieurs minutes avec Kate. Rick tenait à faire les choses en grand pour son premier anniversaire avec sa fille, alors que Beckett lui rétorquait sans cesse de ne pas trop en faire. Qu'elle ne souhaitait pas en faire une enfant pourrie gâtée…..elle préférait que Lily s'émerveille de chaque chose plutôt que tout avoir sur un plateau d' argent. Castle, lui , ne comprenait pas le raisonnement de Kate. Il avait déjà élevé une enfant et il n'avait pas eu l'impression que sa fille avait été une petite-bourgeoise capricieuse. En désaccord sur la manière de faire, Rick l'avait suppliée de le laisser organiser le premier anniversaire de Lily. Hésitante au début, à la pensée de son imagination débordante, Beckett avait abdiqué à la seule condition qu'ils restent à la maison .
-Oui, dans cinq jours….mais… gram's et papi ne seront pas là ? demanda-t-elle, peinée
-Non…..je ne pense pas
-Je n'ai jamais fait mon anniversaire sans eux…
-Je sais
-Papi m'emmenait toujours l'après-midi au parc avec Gram's, maman , tonton Javi , tonton Ryan et tatie Jenny, marraine et Sarah Grace…..on jouait au baseball...c'est la tradition.
-On pourrait y jouer tous les trois, suggéra Castle, en la voyant au bord des larmes à l'idée d'être loin des siens pour son anniversaire
-C'est pas pareil…et tu ne sais pas jouer
-Tu m'apprendras
Baissant la tête pour tenter de contenir son chagrin, Lily sentait son coeur se serrer en pensant à ses grand parents. Le manque de Martha et de Jim commençait à se faire ressentir pour la petite; Les facéties de sa grand-mère ou le côté paternel de son grand-père laissaient un grand manque dans le coeur de Lily.
Attristé par sa mine abattue, Rick lui caressa le visage et lui confia en espérant atténuer ses maux:
-Je sais que cette journée doit être spéciale et que tout ceci doit être dur pour toi, mais…..chérie, je te promets que ce sera le seul anniversaire que tu fêteras loin de tes grand-parents
-Promis ? murmura-t-elle, la voix chargée et pleine de trémolos
-Promis
Relevant son visage pour tomber sur les yeux de son père, Lily approcha doucement sa main de la joue de Rick, et caressa de façon hésitante sa barbe de deux jours. Sentir la peau de son père, pouvoir lui parler ou le câliner quand elle le désirait semblait être un tel cadeau du ciel que la petite le contemplait toujours comme si c'était la dernière fois.
Heureuse de pouvoir enfin fêter un anniversaire avec lui , elle chuchota en déglutissant :
-Ce sera le premier anniversaire où tu seras là
-Oui, déglutit-il devant son regard si contemplatif et si tendre à son égard
-Je suis contente…même si toute la famille ne sera pas là….si David ne sera pas là, toi et maman vous serez là.
Emu, Castle s'approcha d'elle et la serra dans ses bras. Humant son parfum , il avait l'impression que sa poitrine l'oppressait tant ses émotions culminaient. Les bras frêles de sa fille s'accrochaient à son cou et son souffle lui chatouillait la clavicule . Enlacés tendrement pendant quelques secondes, il l'entendit lui chuchoter :
-Je t'aime papa…tu m'as manqué
-Oh chérie…..je t'aime aussi, renifla Rick, en tentant de garder ses larmes de joie pour lui.
Fatigué d'attendre devant son stand de glaces, le marchant toussota et leur déclara :
-Alors, ce parfum ?
Souriant tous les deux, ils desserrèrent leurs étreintes pour déclarer dans une parfaite synchronisation :
-Caramel et Chips
Etonné, Castle dévisagea sa fille alors qu'elle en faisait de même avant de s'exclamer :
-Tu aimes le parfum caramel et chips?
-Oui …..toi aussi ?
-Finalement tu as plus de Castle que de Beckett en toi, jeune Padawan !
Fronçant les sourcils sur le surnom qu'il venait de lui donner, Lily attrapa la glace que le vendeur lui tendait et demanda innocemment à son père:
-C'est quoi, un Padawan ?
-Quoi ! s'exclama-t-il en se décrochant la mâchoire. Tu n'as jamais vu Star Wars ?
-Heu…..non ? C'est un dessin animé ?
-Lily Beckett , on va devoir se faire une nouvelle soirée-ciné ! proclama-t-il en payant le commerçant sous le sourire heureux de sa fille.
Ils avaient le même parfum préféré, les mêmes yeux et les mêmes blagues, pensa-t-elle, soulagée en admirant son père.
Après-midi, Venice, 15h
Ils étaient plongés dans leurs investigations. Kate était assise sur une chaise dans la chambre de Rick , l'ordinateur portable à la main, et étudiait tous les comptes bancaires répertoriés du sénateur Bracken depuis plus d'une heure.
Rick , lui, avait retranscrit tous les intervenants de l'affaire Johanna Beckett sur son tableau blanc, en espérant pouvoir trouver un lien entre Bracken et ses soi-disant bienfaiteurs.
Les cheveux en bataille à force de se les gratter d'énervement , il soupira fortement avant de poser le stylo et de s'installer sur son lit , les yeux rivés sur le murder Board.
Sentant sa fatigue et son irritation, Kate leva les yeux de son écran pour l'observer quelques secondes. Depuis l'incident de ce matin , ils n'étaient plus revenus dessus. Elle sentait qu'il avait été blessé par son refus de soins, mais elle ne savait pas comment lui expliquer que sa présence, son toucher la déstabilisaient complètement…
Cherchant à faire amende honorable, elle ferma l'ordinateur et lui demanda :
-Un café ?
-Non merci, déclina Rick, toujours obnubilé par ses écrits.
Soupirant, elle le laissa quelques minutes et partit chercher quelques ravitaillements à la cuisine. Lily ne devait revenir que vers 17 heures, et il ne leurs restait que deux heures pour trouver une piste avant de fouiller les affaires de sa mère.
La main sur l'ilôt central, elle tapait nerveusement le plan de travail en attendant que l'eau ne bout. Les yeux rivés sur son annulaire gauche, elle sentit les larmes revenir.
Depuis son altercation avec Castle ce matin, Beckett s'était beaucoup remise en question.
Allongée dans son lit, le regard au plafond, elle avait pu entendre les réprimandes de sa meilleure amie dans sa tête comme si Lanie était près d'elle.
« Girl ! Tu es pathétique…il voulait simplement t'aider! Arrête de le repousser avec autant de forces! »
Son esprit était ensuite parti vers son dernier tête à tête avec Martha avant son départ…
Flashback.
Assises l'une en face de l'autre, leur assiette toujours remplie de nourriture, les deux femmes s'observaient tristement.
Plus tôt dans la matinée , Richard avait annoncé à Martha leur départ. Tout d'abord surprise puis furieuse, la matriarche s'était ensuite sentie terriblement peinée. Elle allait devoir encore le voir partir, et cette fois-ci , il l'emmenait avec lui Katherine et Lily.
Tout d'abord sous le choc, elle lui avait demandé par la suite de pouvoir les suivre dans leur périple, seulement son fils avait refusé.
« -C'est trop dangereux et Kate serait rassurée si tu veillais sur Jim le temps de notre départ.
-Combien de temps ? avait-elle demandé, les larmes aux yeux
-Je ne sais pas
-Pourrais-je au moins vous joindre?
-Non
-Richard, gémit-elle, le coeur serré
-Désolé, mère…je suis vraiment désolé. »
Le déjeuner avec Beckett se déroulait dans un silence de mort. Chacune redoutait le moment des adieux. Le coeur lourd et la gorge nouée, Martha sentit une vague de tristesse l'abattre quand elle vit sa belle-fille les larmes aux yeux et les mains tremblantes devant son assiette.
Elle si forte et si combattive semblait complètement abattue et terrorisée.
Doucement , Martha avait posé une main sur celles de Kate, comme pour lui montrer son soutien et sa présence. D'une voix chargée , elle avait murmuré:
-Tout va bien se passer
-Rien ne peut nous le garantir, avoua, tête basse Kate
-Lily t'aura, ainsi que Richard…..rien ne peut lui arriver.
La lèvre tremblante, Kate tentait de garder ses pleurs pour elle. En quelques heures, elle avait démissionné, fait ses adieux à son père et maintenant à Martha…..dans peu de temps elle ferait de même avec son fiancé.
Son départ avec Rick l'angoissait énormément, car même s'il elle savait pertinemment qu'il les protégerait envers et contre tout, elle ne pouvait pas calmer l'anxiété qui la parcourait à chaque fois qu'elle pensait qu'elle allait se retrouver seule avec lui.
Comme si elle pouvait lire en elle, Martha lui caressa tendrement la main , dans un geste maternel, et lui déclara :
-Je sais que je ne suis pas ta mère mais…..tu es comme une fille pour moi
-Martha
-Laisse moi terminer, kiddo. Je sais que ces dernières semaines ont été un enfer pour toi. Devoir faire face à Richard et gérer les émotions des uns et des autres a dû être épuisant. Mais…..j'aimerais que tu écoutes une femme dont le compteur de kilomètres commence à dater.
Levant les yeux sur sa belle-mère, Kate vit qu'elle lui souriait malgré ses larmes, et elle lui confia tendrement :
-Pense un peu à toi. Arrête de te battre contre les sentiments que tu peux avoir
-Je n'ai pas de sentiments pour Castle, mentit Beckett
-Pas de sentiments ? La colère est un sentiment, sourit sagement la matriarche. Ecoute, vous allez devoir vivre ensemble sous le même toit pendant quelques semaines…..alors tentez au moins de vivre comme des personnes civilisées…..Lily sera en première ligne de vos éclats
-Je ne compte pas me battre
-Katherine…..je crois que ces prochains jours seront bénéfiques pour dialoguer. Et vous n'allez pas vous battre ? Même quand tout allait bien, à l'époque , vous n'arrêtiez pas de vous chamailler.
-Martha...
-Tu devrais t'épancher un peu plus sur ton vécu pendant son absence. Tentez au moins d'être amis. Lui aussi à besoin de savoir par où tu es passée.
Alors qu'elle allait répliquer, le téléphone de Kate sonna et les sortit de leur bulle à toutes les deux. Soupirant, la gorge nouée, Beckett s'était levée et avait dit à Martha :
-Je dois y aller
-Oh…..très bien.
Les mains tremblantes, la matriarche l'avait enlacée tendrement de toutes ses forces. D'un geste très maternel, elle lui avait caressé les cheveux et lui avait chuchoté à l'oreille:
-Je te fais confiance pour veiller sur mes deux amours
-Promis, avait dégluti Kate
-Et veille sur toi , Kiddo. Je sais que Richard sera là…..mais fais attention à toi. Je…..je t'aime Katherine.
-Moi aussi Martha…moi aussi, avait avoué, les larmes aux yeux, Beckett sans lâcher son étreinte.
Fin du Flashback.
Inspirant fortement devant sa tasse de thé, Kate avait regardé une dernière fois son annulaire vierge de toute bague, et était remontée retrouver Castle dans sa chambre.
Assis sur son lit, il l'attendait les mains sur les genoux quand il la vit arriver avec deux tasses et un visage larmoyant.
-Un souci?
-Non…je …je repensais à mes au-revoir avec Martha, avoua fébrilement Kate
-Oh
Tête basse, il se frotta la nuque en tentant de ne pas trop repenser aux larmes de sa mère à son départ. Le coeur serré, il tenta de ramener la conversation sur un sujet neutre :
-Je me suis un peu penché sur les liens de Bracken et….
-Rick, le coupa Kate, qui sentait bien que depuis le matin, il mettait un point d'honneur à mettre de la distance entre eux
-Oui?
-Je…..j'aimerais qu'on parle, fit-elle, en lui offrant une tasse de café
-Qu'on parle à quel propos ? Parce que c'est la phrase que tout le monde dit avant d'annoncer une mauvaise nouvelle.
Souriant faiblement à sa remarque , elle vint s'installer près de lui sur le lit . Les paroles de Martha toujours en tête , elle tentait de trouver les mots pour lui expliquer son refus. Un peu hésitante sur la marche à suivre, elle souffla un bon coup et se lança anxieusement:
-Heu…..à propos de ce matin…..j'aimerais t'expliquer mon refus de….
-C'est bon , la stoppa-t-il peu enclin à parler du fait qu'il n'était plus celui qui pouvait panser ses blessures.
Il n'avait pas arrêté de se refaire la scène en boucle, et à chaque fois, il en revenait à la même conclusion: Kate Beckett avait tourné la page et ne voulait plus rien avoir à faire avec lui.
-Non….j'aimerais vraiment t'en parler et…
-Kate, je comprends
-Tu comprends ? fit-elle, étonnée, alors qu'elle-même avait du mal à s'expliquer ses gestes
-Oui….tu es fiancée…..tu as refait ta vie, et devoir vivre ici avec moi doit être compliqué pour toi…..alors garder une certaine distance entre nous est un bon moyen pour …..
-Je ne suis plus fiancée, avoua-t-elle, la boule au ventre et les larmes aux yeux
-et puis tu …attends, quoi ? la dévisagea-t-il en entendant enfin les aveux qu'elle venait de lui faire
-Je ne suis plus fiancée…j'ai rompu avant notre départ…..David ne méritait pas d'attendre….on ne sait pas si on rentrera un jour, ou…..
-Kate, tu n'avais pas à renoncer à lui…..j'aurais trouvé une solution pour que tu puisses retourner sur New-York ou pour qu'il puisse venir vous rejoindre!
Mordillant sa lèvre inférieure, elle cherchait ses mots. Les paroles de Rick la troublaient énormément, et elle ne savait pas comment réagir à ça, ni quoi dire.
-Ecoute, si tu as besoin de retourner sur New-York pour le ….
-Non
-Beckett, tu….
-Ecoute, je voudrais juste t'expliquer mon refus de ce matin.
Le voyant tout d'abord surpris…..elle le vit ensuite hocher de la tête sans la lâcher du regard. Prenant une grande inspiration , elle tenta avec de simples mots d'expliquer ses actes :
-Je ne veux pas que tu le prennes personnellement …..mais…..être ici avec toi….c'est difficile pour moi . Je suis heureuse que tu sois vivant…vraiment….mais….tu es dangereux pour moi, Castle
-Dangereux ? murmura-t-il, en tentant de comprendre ses paroles
-Je ne veux pas que tu détruises à nouveau ce mur que j'ai reconstruit à ton départ...tu as été le seul à arriver à cet exploit et je ne veux pas que tu réitères l'expérience.
-Oh….Kate, soupira-t-il tristement, en la voyant retenir ses larmes
-Après ton départ….je me suis laissée aller, avoua-t-elle péniblement. Je passais mes journées dans ton lit au loft à pleurer, recroqueviller sur moi-même avec tes oreillers pour me bercer...…Lanie venait régulièrement pour m'obliger à manger ou me laver…..Je n'ai pas été non plus d'un grand soutien pour Martha qui agissait de la même manière. Je ne me souviens plus du nombre de fois où nous avons partagé le même lit en pleurs, déglutit-elle honteusement, en se levant pour poser sa tasse de thé et pour cacher son désarroi.
Lui avouer ses faiblesses était extrêmement douloureux et pénible pour elle. Elle n'aimait pas repenser à ce pan de sa vie…..mais Martha avait raison, il avait le droit de savoir.
Rick, lui, l'observait le coeur lourd, la respiration en berne et la poitrine serrée rien qu'en pensant au mal qu'il lui avait causé.
-Un matin , Martha m'a retrouvée évanouie sur le sol de ta salle de bain. Environ un peu plus d'un mois après ton départ. J'ai fini à l'hôpital avec les remontrances de mon père et des gars, mais aussi l'inquiétude de Lanie et Martha. Après une batterie d'examens, le verdict était tombé: malnutrition, déshydratation et….Lily.
Séchant ses larmes sur son visage , elle sentait sa respiration se bloquer et son coeur se serrer. Doucement, elle se retourna pour s'apercevoir qu'il pleurait silencieusement , sa tasse de café dans la main.
Inspirant, elle déglutit une nouvelle fois avant d'ajouter:
-Je me suis relevée pour elle, Castle…pour ce mini-toi que tu m'avais laissé…ce cadeau. A partir de là, je suis sortie de mon lit et j'ai veillé sur Martha….J'ai dû dormir avec tes chemises pendant les deux années suivantes, fit-elle en essuyant une larme sur sa joue. J'étais vraiment pathétique.
-Kate...
-Perdre ma mère a été horrible, mais te perdre, Castle…te perdre m'a anéantie. Alors oui, je vais mieux désormais, oui je me suis fiancée…..mais ce que David et moi partagions n'avait rien de comparable à nous deux, rien ne sera jamais comparable à nous deux. …J'ai un peu honte de l'avouer désormais, mais je pense que je me suis fiancée à David pour ne pas exposer mon coeur une nouvelle fois, tout comme je l'avais fait à l'époque avec Josh. ...Ne te méprends pas, j'aime David...vraiment...mais pas suffisant. Et ..., renifla-t-elle, en s'essuyant quelques larmes. Et...je ne veux plus revivre ce que nous avons vécu. Je ne veux plus laisser à quelqu'un le pouvoir de me détruire.
-...
-Alors c'est pour ça que je t'ai éloigné ce matin. Ces trois dernières semaines , on s'est beaucoup rapprochés…..je ne suis pas dupe. On commence à agir comme une véritable famille, et même si je suis heureuse de tous ces moments familiaux ….je veux juste qu'on soit sur la même longueur d'ondes. Je n'attends rien d'autre de notre relation qu'une simple amitié. Je suis désolée si je t'ai laissé croire que…
-Tu ne m'as rien laissé croire…..c'est juste que…., murmura-t-il, tête basse
-Oui ?
Elle avait à coeur de crever tous les abcès, d'assainir l'air pour mieux avancer . Martha avait eu raison lors de sa conversation, ils devaient dialoguer tous les deux, ils n'étaient plus seuls, ils avaient une fille et ils ne pouvaient pas se permettre de se battre sur des non-dits. Lily méritait des parents qui agissaient en adultes.
Mais comme toutes les conversations à coeur ouvert, Kate avait du mal à exprimer ses sentiments. Son dos contre le mur, les mains dans les poches, elle l'observait tristement sur le lit. Elle ne voulait pas lui faire du mal, elle souhaitait juste que tout soit clair entre eux. Elle l'aimait oui…..plus que tout, mais elle ne pouvait plus se permettre un seul faux-pas.
-Rien….tu as raison, déglutit Rick, en relevant le visage avec un faux sourire.
Le récit de Kate l'avait achevé. Il ne pensait pas lui avoir fait autant de mal. A son retour, quand il avait découvert qu'elle était fiancée, il avait pensé à tort que son départ ne l'avait pas affectée autant que lui.
Alors se retrouver ici, et découvrir qu'il s'était trompé, l'anéantit d'un seul coup. Comment pouvait-il se comporter égoïstement avec elle , avec tout le mal qu'il lui avait fait?... Comment pouvait-il prétendre retourner à leur relation d'antan en un claquement de doigts... Il se sentait stupide…stupide de l'aimer à en perdre la raison.
-Castle…je….j'aimerais qu'on se parle franchement….même si c'est douloureux, avoua-t-elle, en sentant bien qu'il ne lui disait pas l'entière vérité
-Kate….j'ai compris….ne t'en fais pas, assura-t-il, en se levant sans la lâcher du regard. Pas de pression, promis…..pas de toucher….
-Je veux juste qu'on soit amis
-Oui….amis, sourit-il, le coeur brisé.
-Bien.
deux heures du matin, Venice.
Ils avaient passé le reste de la journée avec Lily. Après leur discussion, Kate et Rick avait rangé les affaires de l'enquête pour y revenir plus tard dans la soirée.
Etant dans une impasse, ils avaient décidé, d'un commun accord, de fouiller dans les affaires de la mère de Beckett le lendemain.
Epuisés, ils s'étaient souhaité bonne nuit avant de partir se coucher.
Allongée dans son lit, Kate repensait à leur conversation. Elle se sentait mal de l'avoir blessé, mais elle ne pouvait pas le laisser dans l'espoir. Car malgré les sentiments qu'elle lui portait , elle était terrifiée à l'idée de lui faire confiance avec son coeur , une nouvelle fois.
Et puis, elle venait tout juste de rompre avec David, elle avait besoin de temps pour guérir. Rick ne pouvait pas être une solution de secours.
Les yeux clos, le coeur tambourinant, elle tentait de calmer son rythme cardiaque quand elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir .
Il descendait sans faire de bruit . La porte d'entrée entrouverte lui confirma son départ.
Soupirant, elle avait ouvert les volets silencieusement pour le voir déambuler, quelques secondes après, sur la plage. La tête basse, les mains dans ses poches, il semblait si triste…..que son coeur se serra en pensant qu'il avait dû faire un cauchemar.
- Et merde, pesta-t-elle en se trouvant impuissante devant sa détresse.
S'installant dans son lit, elle se recroquevilla sur elle-même. Les cauchemars de Castle lui fendaient le coeur. Elle aurait aimé pouvoir l'aider, mais elle ne savait pas comment faire . L'entendre gémir le nom d'Alexis, encore et encore , l'anéantissait à chaque fois.
Perdue, les yeux dans le vague, elle tentait de chercher une solution pour l'apaiser . Lily l'avait beaucoup aidé la nuit dernière…..mais c'est son parfum à elle qui avait calmé ses tourments.
Se frottant le cheveux, se sentant prise dans un dilemme, elle déglutit et ravala sa conscience qui lui disait que c'était une mauvaise idée, surtout après son hiatus plus tôt dans la journée. Se levant dans le noir, elle partit dans la salle de bain chercher son parfum, et revint dans la chambre de Rick pour en asperger ses coussins . Peut-être qu'il pourrait trouver la paix avec son odeur ? Peut-être qu'elle pouvait l'aider ainsi ?
Retournant dans sa chambre, elle avait attendu son retour pendant plus de deux heures…puis avait guetté un nouveau cauchemar pendant une heure. Voyant que rien n'arrivait, elle s'était levée pour veiller sur son sommeil.
Ouvrant sa porte silencieusement, elle l'avait découvert emmitouflé sous sa couverture , son coussin serré contre son coeur et un sourire de bienheureux sur le visage. Satisfaite et soulagée, elle était partie se recoucher le coeur plus léger avec l'image de Castle en tête.
Rick, quant à lui, était exténué quand il était revenu dans sa chambre. S'affalant dans son lit, il avait fermé les yeux en inspirant fortement pour tenter de calmer sa respiration erratique, quand l'odeur de Kate enivra tous ses sens. Perdu, il s'était levé en la cherchant dans la pièce du regard.
Après quelques secondes, il s'était recouché pour s'apercevoir que c'était de ses coussins qu'émanait cette délicieuse odeur de cerise. Etonné dans un premier temps, il se mit ensuite à sourire en pensant à la bienveillance de Beckett avec ce simple geste. Elle s'était levée et avait aspergé ses oreillers...elle se souciait de lui...et cette idée le réconforta quelque peu. L'oreiller entre ses bras, il l'avait humé calmement pendant plusieurs minutes avant de plonger dans les bras de Morphée, tout en murmurant :
- Je t'aime Kate
Allez dans le prochain chapitre , on fouille dans les affaires de Johanna Beckett...et on avance un peu plus dans le Caskett. ça vous plait toujours ?
