Note de l'auteur : J'ai pris un plaisir énorme à écrire ce chapitre et j'espère que vous l'apprécierez autant. Il marque le début des événements qui vont conduire vers la fin de la fanfiction. La reine Rouge est particulièrement mise en lumière dans ce chapitre. J'espère que la lecture vous plait toujours et que l'histoire vous parait cohérente. Moi je m'éclate vraiment à l'écrire ! Mais le titre de ce chapitre annonce bien l'ambiance, soyez prévenus !
" Quand est-ce qu'il part l'autre abruti ? Il commence sérieusement à me taper sur le système, lui et sa coiffure royalement stupide. "
C'était la même rengaine depuis le début du mois. Si Saphir se contentait de sourire poliment, soucieuse de ne pas froisser son beau-père, Rouge et Ace se lançaient des regards en coin, exaspérés au possible. Tout le monde avait compris que le roi Roger ne supportait plus son homologue des Sylves Dorées mais il ne pouvait tout simplement pas le renvoyer chez lui sans commettre d'impair. Alors, à chaque repas en petit comité, le roi des rois râlait.
"- Roger, s'impatienta Rouge, d'ordinaire si calme avec son époux. Je sais que ce cher Sengoku te met dans tous tes états mais... nous l'avons compris, inutile de nous le faire partager plus longtemps.
- Mais quand est-ce qu'il va partir ?
- Il l'a dit si tu écoutais un peu. Il devrait partir après le début des chasses d'été. Sengoku semblait vouloir tester les battus d'Ardent.
- Oh, dans ce cas, nous allons rapidement organiser cela, sourit le roi. Marco !
- Oui, votre majesté. Souhaitez-vous que j'organise cet événement ?
- Marco a déjà assez de travail, plaida Ace.
- Demande au seigneur Edward de t'aider, le pria simplement Roger. Oh et envoie quelqu'un vérifier les bois. Partir chasser pour rien, ce serait dommage.
- Entendu monsieur, s'inclina le chevalier avant de partir prestement.
- Notre phénix avait l'air bien pâle. Je crois que nous lui donnons trop de travail...
- Dès que Sengoku sera parti, il pourra se reposer. "
Ace et Rouge soupirèrent de conserve tandis que Saphir laissa échapper un petit sourire. Elle aimait cette nouvelle famille et bientôt, un nouveau membre allait arriver. Sa main se posa sur son ventre. Il fallait encore attendre l'automne pour voir le futur héritier, ou héritière, pointer le bout de son nez. Un temps qui lui paraissait à la fois long et cours. Le père du roi, le seigneur Brook, lui lança un regard plein de gentillesse, qu'elle lui rendit. Oui, c'était la meilleure belle-famille du monde. Ses pensées dérivèrent vers d'autres personnes et elle espéra que tout le monde allait bien.
Quelque part au royaume de Carm, deux jeunes femmes coulaient des jours heureux. Norane s'était faite à ses origines, même si elle aurait voulu rencontrer son véritable père, elle comprenait que la situation n'était pas simple et qu'il ne valait mieux pas essayer. La brune était devenue à la fois l'épouse et l'écuyère de Kidd, ce qui lui conférait un nouveau statut au sein du royaume. Sa vie semblait devenue plus simplement maintenant qu'elle savait d'où elle venait : il n'y avait plus qu'à réfléchir à où elle allait.
Killer avait été nommé chevalier, prenant le surnom de "Le Masqué". Tout le monde le félicita, de même que Sanji devenu le chevalier à la Jambe Noire. Le suivant tout le temps, une femme que personne ne connaissait mais qui se fit rapidement sa place dans ce lieu si différent de là où elle venait. Quand on lui demanda son nom, elle regarda Killer et il répondit "Mana", car c'était l'héroïne d'un livre qu'il lisait étant petite. Elle accepta ce prénom avec plaisir et put enfin goûter au bonheur.
Au Nord, sur la route, Alana avait vraiment hâte de rejoindre le Roc Sombre. Il ne restait que deux ou trois jours de chevauchés pour atteindre Rough Tell, autant dire trois fois rien. Le voyage était agréable, ce qui lui permettait d'éviter de penser à ses amies du Sud qui lui manquaient. Son maître ne manquait pas d'entraîner toute sa petite troupe et Mihawk était du genre exigeant. Zoro et Robin étaient maintenant clairement en couple mais ils n'étaient pas le genre de couple guimauve, donc être avec eux se révélait agréable. Un léger vent se mit à souffler, qui sentait bon la maison toute proche. Alana souriait, nostalgique, pressant les flans de sa monture de plus bel.
Sasha se sentait légère depuis son mariage surprise. Honnêtement, elle n'aurait jamais pensé apprécier ce genre de choses mais il fallait croire qu'elle se trompait. Law la connaissait parfaitement, il avait organisé quelque chose de simple mais avait invité tous les gens qu'elle aimait. Désormais, elle continuait sa vie de danseuse auprès de son fier chevalier. Ardent avait retrouvé tout son attrait à ses yeux, sans lui rappeler constamment sa défunte mère. L'avenir s'ouvrait à ses yeux dans toute sa perfection et sourire était la moindre des choses. La jeune femme respirait l'envie de vivre et la passion.
Pour Crystal et Antonio, les choses ne changèrent pas vraiment. Ils réalisèrent que tout le monde les avait toujours cru ensemble et que leur mise en couple avait surpris, dans le sens où on pensait que c'était déjà fait depuis longtemps. Le garçon poursuivait ses tâches avec ardeur, prenant parfois le temps de s'exercer aux armes avec l'éclair bleu, pour apprendre à se défendre. Cette dernière jouissait désormais d'une grande réputation à Batérilla, tout le monde se moquant qu'elle soit une femme chevalier. Elle était forte, capable, intelligente et serviable, que demander de plus ? Bon, Crystal cachait son dégoût d'être considérée comme le chevalier "représentatif" parce qu'elle était de sexe féminin mais une fois habituée, elle mit de côté cet aspect de son travail. La vie à Ardent plaisait au couple et ils envisageaient très bien de rester dans leur nouvelle patrie.
La chasse fut organisée vers la fin du mois de juin, dès que toutes les conditions furent réunies et que l'organisation fut faite. La logistique était énorme déjà pour un royaume, alors pour deux, il fallait se rendre compte de l'ampleur de la tâche. Sengoku, ses fils et le roi Roger partirent de bon matin, espérant tuer une grande proie, tel un sanglier ou une biche. Ace voulait passer du temps avec Saphir, il les rejoindrait dans l'heure de midi. Beaucoup de chevaliers accompagnèrent tout ce beau monde, chacun rêvant de s'illustrer et de rapporter du beau gibier à son royaume. La compétition était lancée. Le roi Roger comptait beaucoup sur ses chevaliers, particulièrement sur l'invincible, qui avait eu le talent d'organiser cette événement à la perfection...
... Sauf que Marco tomba malade. Il essaya de n'en rien laisser paraître mais le surmenage le prit tant et si bien qu'il s'effondra en pleine réunion avec les souverains. Le docteur Hiluluk arriva rapidement à son chevet et déclara qu'il fallait que le blond prenne un repos d'urgence, sous peine de mourir sous la charge de travail. Quelques jours lui furent donc accordés, en plein pendant la chasse. Le blond se reposait dans son lit, exténué, incapable de faire quoi que ce soit, quand la porte de sa chambre s'ouvrit. Il s'attendait à voir un soldat pour lui transmettre un message, voire le prince Ace venu le saluer alors qu'il partait rejoindre son père mais non. C'était la reine Rouge.
" Votre altesse, salua-t-il en se redressant de son mieux, encore affaibli. Que me vaut le plaisir d'une telle visite ?
- Je venais voir comment le chef de nos chevaliers se porte.
- Pas au mieux de ma forme mais je vais me remettre vite.
- Le roi ne se rend pas compte de ta charge de travail. Repose toi bien, Marco. Je ne veux pas que tu te tues à la tâche. Tu es encore si jeune.
- Je dois m'entraîner plus et devenir plus endurant.
- Ah, ce royaume a-t-il eu un commandant aussi déterminé ?
- Oh sans doute. Le commandant Rocinante n'était pas mal dans le genre, un bon formateur en plus. Et puis, avant, il y avait...
- Arrête de te rabaisser, Marco. Pourquoi ne pas admettre ta valeur ?
- Je ne suis pas aussi parfait que vous pouvez le penser. Ne placez pas trop d'espoir en moi, noble reine. Je ne veux pas vous décevoir.
- Marco... Tu déprimes ?
- Non, je ne crois pas. Je suis juste réaliste, c'est tout.
- Pourquoi te décris-tu ainsi alors ?
- Je... Mis à part en chevalerie, je ne sais rien faire d'autre.
- Tu te trompes, Marco, mais ce n'est pas à moi de te le montrer.
- Je ne suis pas quelqu'un de bien. Sinon, je ne serais pas...
- Seul ? murmura-t-elle, le faisant frissonner violemment.
- Oui, répondit-il, honteux de s'aventurer dans ce genre de conversation avec la reine.
- Tu verras un jour, tu auras quelqu'un pour toi. Je ne vais pas t'embêter plus longtemps, ajouta-t-elle, voyant que le Phénix ne semblait pas à l'aise.
- Qu'allez-vous faire par cette belle journée ?
- Comme les hommes sont partis à la chasse, je pensais aller me promener. Roger chasse souvent du côté Sud, donc je vais aller vers l'Ouest.
- C'est une sage décision. Que la triade veille sur vous.
- Toi aussi, Marco. Tu en as bien besoin. Je repasserai plus tard. "
Elle s'en alla dans un tourbillon de robe blanche. Marco se rallongea confortablement, sa tête embrumée par la fièvre. Il n'arrivait plus à penser correctement et son corps était fatigué. Une phrase de la reine repassait pourtant dans sa tête.
" Roger chasse souvent du côté Sud, donc je vais aller vers l'Ouest. "
Alors, il comprit.
" Merde ! Non, pas ça... "
Il se leva péniblement de son lit et tituba jusqu'à la porte. Sa respiration était courte, sa tête lui faisait un mal d'enfer, il avait chaud mais il devait y arriver. Le sol semblait tanguer sous ses pieds et sa vue se troublait un peu parce qu'il s'était relevé trop vite.
" Merde, merde. Ma reine... "
Il devait la rattraper à n'importe quel prix... Ou prévenir quelqu'un... Peu importe. Son bras se tendit tandis que sa main, incertaine, essayait d'attraper la poignée. Il réussit à ouvrir la porte mais perdit l'équilibre et tomba sur le sol froid. Sa tête était un enfer. Il avait une profonde envie de vomir mais il ne devait pas laisser tomber. Il n'avait pas le droit.
" Ma reine... Ne partez pas... "
Il se releva péniblement au bout d'un temps qui lui parut interminable. Combien de temps s'était-il écoulé depuis qu'il avait parlé à Rouge ? Beaucoup trop. Elle devait déjà être aux écuries, voire même partie. Marco s'appuya avec peine contre le mur. Tu parles d'un commandant, il faisait pitié à voir. Sa respiration était affolée et il avançait, s'appuyant contre la pierre. Sa conscience semblait partit. Comment avait-il pu tomber si malade ? La réponse lui vint mais il l'oublia. Ce n'était pas ainsi que les choses devaient se passer, ce n'était pas prévu. Des idées noires lui vinrent mais peu importe, il devait faire quelque chose, il ne pouvait pas laisser les événements s'enchaîner selon leur bon plaisir sans réagir. Il devait au moins essayer.
" Quelqu'un, s'il vous plaît... "
Sa voix n'était qu'un filet de bruit à peine audible. S'il ne trouvait personne avant de perdre connaissance... Son corps le lâchait bien trop vite.
" Marco ? Mon dieu, Marco, ça ne va pas ? "
Par delà l'océan de douleur, il reconnut la voix du prince Ace et se sentit soulagé. Quelqu'un était venu, les dieux avaient entendu ses prières. Il s'adossa complètement au mur, luttant de toutes ses forces pour ne pas s'écrouler. Le brun vint l'aider, le soutenant de son mieux. Malgré sa vision trouble, Marco voyait qu'il était inquiet. Il avait rarement vu le fils d'Edward ainsi. Quand le blond tombait malade, il ne faisait pas semblant.
"- Mon prince... Vous êtes là...
- Marco, bordel, il ne fallait pas te lever alors que tu es aussi mal ! Tu vas me faire le plaisir de retourner te coucher tout de suite !
- S'il vous plaît, mon prince... Où est la reine ?
- Ma mère est partie en balade. Elle ne craint rien, ne t'en fais pas. Elle sait où se trouve la chasse et elle est donc partie à l'Ouest. Ainsi, aucun risque.
- Non... Elle est partie depuis... Depuis longtemps ?
- Une bonne demi-heure oui, avec un coursier rapide.
- Non... Non... La reine... "
Marco se maudit intérieurement d'avoir été si lent et un gémissement d'impuissance lui échappa. Pourquoi ? Pourquoi ?
"- Hé, ressaisis toi, Marco ! Qu'est-ce qui se passe ?
- La chasse... La chasse n'est plus... Au Sud... Mais à... L'Ouest, articula-t-il péniblement. Pas pu la prévenir... Non... Partie... Prévenir... "
Sa conscience se perdit finalement, maintenant qu'il avait prévenu quelqu'un. Ace fit appel à deux serviteurs pour ramener l'Invincible dans sa chambre puis partit en courant. Son coeur battait à cent à l'heure, menaçant d'être submergé par la panique. Il courut comme jamais. Sa mère était en danger et elle n'en savait rien. Personne n'en savait rien. Pourquoi fallait-il que le gibier ait bougé à l'Ouest ? Pourquoi Rouge n'avait-elle pas été prévenue ? Ace n'avait pas le temps de penser à un éventuel complot. Il fila aux écuries, sauta sur le dos de Chopper sans prendre le temps de le seller et partit au grand galop vers les bois, priant pour que rien ne soit arrivé. Oui, il se faisait probablement un sang d'encre pour rien. Il allait retrouver sa mère et ils en riraient. La présence des Sylves Dorées se rappela soudain à sa mémoire et son coeur rata un battement.
" Plus vite, Chopper ! hurla-t-il en descendant les rues de Baterilla à fond de train, sous le regard étonné des passants. Plus vite ! "
Plus loin dans la forêt, Roger et Sengoku chevauchaient ensemble, entourés d'une bonne escorte. C'était un spectacle étonnant pour Oren de voir ces deux ennemis héréditaires chasser ensemble. Ce serait peut-être la dernière fois, aussi bien que c'était la première. Diplomatiquement parlant, ils auraient dû l'un et l'autre se jeter des fleurs, faire semblant de bien s'entendre. Dans les faits, ils ne cachaient nullement leur déplaisir quant à la compagnie qui leur était imposée de force.
"- Toujours aucune trace du moindre animal ? grinça Sengoku.
- Mis à part toi, aucun pour le moment.
- Hum, dans les Sylves Dorées, il y a longtemps qu'on aurait attrapé une dizaine de proies et pas des petites.
- Dans le Sud, nous devons apprendre la patience et respecter nos ressources.
- Ce n'est pas ma faute si vous en avez moins.
- Elles sont simplement plus intelligentes et se cachent.
- Ou alors, vous êtes trop stupides pour les débusquer... "
Les chevaliers autour essayaient tant bien que mal de cacher leur hilarité devant des querelles aussi puériles mais surtout leur agacement, car c'était comme ça depuis le début de la chasse. Les princes des Sylves Dorées avaient sérieusement envie d'être ailleurs mais ne disaient rien, se montrant plus dignes que leur père. Sakazuki discutait un peu avec Borsalino tandis que Kuzan ignorait superbement tout le monde, perdu dans ses pensées comme à son habitude.
"- Le prince Ace n'était-il pas supposé nous rejoindre bientôt ? demanda Sakazuki, essayant d'éteindre l'impatience qui faisait trembler sa voix.
- Sous peu, répondit Roger, qui attendait son fils avec impatience aussi. Il souhaitait passer un peu de temps avec sa belle Saphir et aller voir le chevalier Marco, qui a grandement participé à l'organisation de la chasse mais n'aura pas le plaisir d'y participer.
- Il faut savoir gérer ses chevaliers, soupira Sengoku.
- Ton chef des chevaliers est aveugle, très cher.
- Il n'en est pas moins efficace. Regarde la vérité en face.
- La vérité ? Quelle vérité au juste ?
- Tout simplement que tu n'es pas le meilleur meneur d'hommes du continent... Et que ton titre de roi des rois n'est pas approprié pour toi...
- Quand j'ai pris ce titre, tu n'as rien dit ! Il fallait le réclamer !
- Parce que tu crois que tu me l'aurais rendu ? Allons... Je n'allais pas déclencher une guerre pour des broutilles. Mais si tu comptes léguer ce titre à ton fils, tu te fourres le doigt dans l'oeil. C'est mon ainé qui l'aura, la loi est ainsi faite.
- C'est mon père qui m'a transmis le titre de roi des rois, il avait oublié qu'il était supposé être le dernier. Personne ne lui a rappelé et personne n'a protesté.
- Tu aurais dû t'en souvenir. Tu aurais dû le comprendre.
- Si personne ne vient réclamer quelque chose, je le prends.
- Ce que je pensais est donc bien vrai. Tu es tellement avide, Roger !
- Parce que sire Sengoku ne l'est pas avec son attrait pour l'or ?
- Il n'empêche que tu m'as volé ce qui était mien... Et ce n'est pas la seule chose que tu aies prise si tu te souviens bien, mon cher.
- La seule chose... Oh non, tu ne vas pas remettre cette histoire sur le tapis !
- Je le peux. C'est la raison pour laquelle je ne t'aime pas.
- Je n'y peux rien pour le coup. Tu en es conscient ?
- Bien sûr que oui ! Je sais que tu es quelqu'un de bien et c'est encore plus agaçant. Pourquoi a-t-il fallu que tu aies tout quand je n'ai plus rien des deux seules choses que j'aurais souhaité ? Le titre de roi des rois et puis...
- Les chiens ont repéré quelque chose ! nota Borsalino.
- Vu les aboiements, ce doit être un gros gibier, approuva Sakazuki, son arc prêt. On va enfin avoir un peu d'action !
- Quel dommage qu'Ace ne soit pas là, soupira Roger.
- Il fallait être plus rapide, répliqua Sengoku. Allez, que le meilleur gagne ! "
Les chevaux partirent au galop, à la poursuite des chiens qui étaient partis comme des furies. De toute évidence, ce devait être une proie de belle taille pour qu'ils s'agitent ainsi. Tout le monde avait son arc prêt à servir, la flèche quasiment encoché. Le premier qui verrait la proie ne perdrait pas une demi seconde à se demander ce qu'il devait faire. La compétition entre les royaumes était presque palpable. Que le meilleur gagne... ou le plus avide.
Pendant ce temps, non loin d'eux, Ace menait à Chopper un train d'enfer, espérant rattraper sa mère ou bien le groupe de chasse. N'importe lequel lui irait. Sachant que c'était un point connu, il se dirigeait vers la clairière de Cracker. Que n'avait-il le pouvoir d'arrêter le temps, cela lui serait bien plus utile que de maîtriser le feu. Le brun priait de ne pas être trop tard, de s'inquiéter pour rien. L'inquiétude allait, croissante.
" S'il vous plaît, dites moi qu'il ne s'est rien passé. "
Au coeur des bois, Rouge ne s'inquiétait pas le moins du monde. Perchée sur une jument blanche très calme, elle progressait au milieu de la mer d'arbres à son rythme. Ce lieu lui faisait du bien et lui permettait de se ressourcer. Elle y avait passé beaucoup de temps avec Roger quand celui-ci n'était pas encore roi. Ce souvenir la fit sourire.
" Ah Roger, nous étions si jeunes... Lui aussi. »
Lui, c'était Sengoku. Rouge était originaire d'Ardent mais elle avait eu ces deux futurs rois en tant que prétendants. Au moment du choix, son coeur n'avait jamais balancé très longtemps, mais elle s'en était voulu de faire souffrir l'actuel souverain des Sylves Dorées. Il semblait devoir tout perdre face à Roger, tout. Les deux hommes s'étaient bien entendus il y a longtemps mais désormais, ce n'était plus vraiment le cas. Pour des titres et une femme.
" S'il existait un moyen de les réconcilier... "
Mais il n'en existait probablement pas. Elle continua son avancée, menant sa jument au pas. La forêt était si calme, c'était agréable. Ardent comptait plus de plaines que de bois, mais c'était ces derniers qu'elle aimait le plus. Rouge s'y sentait bien tout simplement. Le calme était un luxe et chaque seconde lui paraissait un paradis. Après, il faudrait qu'elle retourne auprès de son mari, de son rival, de son fils, de sa belle-fille, de tant de monde. Le bruit ne lui plaisait pas beaucoup alors la reine prenait son temps. Soudain, son cheval s'arrêta, les oreilles dressées. Elle regarda et vit une biche blanche au pelage immaculé. L'animal extrêmement rare la dévisageait avec curiosité.
" Je ne te veux pas de mal, ma belle. "
La biche ne bougea pas, tendit sa tête pour renifler la nouvelle venue. La jument renacla profondément, pour dire qu'elle avait identifié le prétendu danger. Rouge resta un moment à regarder l'animal sauvage et sourit à cette rencontre inattendue.
" Nous sommes pareilles, toi et moi. "
Pareilles car toutes blanches. La jument, la biche, la robe de Rouge, tout était d'un blanc crème onctueux et pur, qui ne passe pas inaperçu en forêt. La ressemblance des couleurs étaient surprenantes, comme si un accord avait été passé sur les parures à avoir dans la forêt.
" Au moins tu ne risques rien ici... "
Un bruit au loin.
Un oiseau qui s'envole.
La biche qui tend les oreilles, affolée.
Des chiens aux aboiements féroces.
Le galop endiablé des chevaux.
" Qu'est ce qui se passe ? " murmura Rouge, ayant peur de comprendre.
La biche n'attendit pas et partit en courant, bondissant à travers les bois comme une flèche. Des voix humaines se faisaient entendre et même un léger bruit, probablement des arcs qui se tendent. Que faisaient-ils là ?
" La biche est là-bas, on va l'avoir ! "
Ils n'étaient pas supposés être ici. Les plans pour la chasse avaient changé et elle n'avait pas su. Son coeur s'emballa mais elle se dit que tout allait bien. Ils visaient la biche, aucun risque. Rouge s'élança vers eux au galop, son cheval un peu nerveux.
Dans sa robe blanche, comme le poil de la biche.
Elle eut le temps de voir Roger au loin, si fort et fier sur sa monture. Elle aperçut même son fils qui arrivait en trombe derrière, hurlant elle ne savait quoi. Puis plus rien.
On ne sut jamais avant longtemps qui tira la flèche. Est-ce que cela a une importance ? Sans doute, oui. Peut-être que ce fut un membre des Sylves Dorées et dans ce cas, la haine qui en découla était justifiée. Peut-être que c'était quelqu'un d'Ardent. En tout cas, ce n'était pas volontaire.
Pourtant, la flèche transperça la poitrine de Rouge, tâchant sa belle robe d'un rouge sombre et profond. Elle ne poussa pas le moindre cri quand elle tomba au sol du haut de sa monture. La biche était déjà bien loin, libre et fière. Vivante. Le contraire de Rouge.
" Mère ! " s'écria Ace dont la voix se déchirait.
Il s'élança vers elle tandis que tous les chasseurs devenaient silencieux. Roger s'était immobilisé, incapable de réaliser ce qui se passait. Lui, le roi des rois, toujours si sûr, il était en train de perdre tous ses moyens. Le silence était son seul compagnon. Son fils s'était élancé auprès de sa mère, paniquant comme jamais. La flèche n'avait pas frappé le coeur mais la reine avait perdu trop de sang. Sa main se glissa sous la tête de la reine tandis que son autre main cherchait celle de Rouge. Elle était froide, beaucoup trop froide et son teint trop pâle pour ce beau jour de début d'été.
"- Mère, tout va bien se passer, promit-il. On va vous ramener au château, on va vous soigner. Tout ira bien, vous allez voir.
- Ace... Je suis... Urg... Je suis tellement désolée...
- Non, ce n'est pas grave. Vous... Vous ne pouviez pas savoir...
- S'il te plaît... Oublie la politesse... Surtout maintenant.
- Ne dis pas ça ! Le docteur Hiluluk va bien s'occuper de toi. Baterilla t'attend.
- Ne me mens pas, Ace. Je sais. Je sais... Je sas bien.
- La flèche n'a pas touché le coeur... Tout ira bien.
- Le coeur n'est pas le seul endroit sensible... Aaah...
- Maman ! Vite, un brancard, il faut la ramener au château !
- Ace... Mon fils... Je suis si fier de toi. Si tu savais... "
Elle perdit connaissance à ce moment là, plongée dans la douleur et le froid de la blessure. La partie de chasse s'acheva sur cet événement et une course contre la montre débuta. Il était encore temps de sauver la reine. Peut-être. Cette flèche perdue marqua le début de tout ce qui suivit. La mort de Kalgara avait été un avertissement que personne n'avait pris au sérieux, il était temps de le payer désormais.
Le royaume ne vivait plus pendant que le docteur Hiluluk faisait tout son possible pour sauver Rouge. Plus aucune fête, peu de monde dans les rues, rien ne bougeait. L'été était pourtant bien là, avec sa douce chaleur agréable et son soleil mais personne ne pensait seulement à en profiter. Les Sylves Dorées restaient en retrait et aucun avis de leur part ne fut émis pendant cette période sinon une tentative de réconfort de Roger, qui échoua lamentablement. Le prince et son père étaient méconnaissables : ils ne dormaient plus, ne mangeaient presque plus, passant leur temps au chevet de Rouge. Un jour, alors qu'ils attendaient dans le couloir, le médecin en chef vint vers eux, l'air grave. Saphir se trouvait là aussi, inquiète pour la mère qu'elle considérait comme la mer qu'elle n'avait jamais eue.
"- Vos Majestés, commença Hiluluk, ne sachant pas trop comment poursuivre.
- Docteur, comment va-t-elle ? demandèrent aussitôt les deux hommes.
- Je... Son état s'est stabilisé mais... Rien n'est joué. La nuit prochaine sera cruciale. En revanche, elle s'est réveillée et est consciente pour l'instant.
- Je dois la voir ! s'exclama Roger avec ferveur.
- Attendez mon roi. Rouge veut vous voir, ainsi que le prince Ace et la princesse Saphir mais pas en même temps et... Elle a un ordre visiblement, avec vous en dernier et la prince en second, ce qui veut dire qu'elle souhaite...
- Voir Saphir en premier " acheva Ace, en se tournant vers sa femme.
Hiluluk approuva discrètement et conduisit la future maman vers la chambre. Il lui enjoignit de ne pas rester trop longtemps, car cela risquait de fatiguer la blessée qui n'était pas encore tirée d'affaires, loin de là. Ensuite, il la laissa entrer. La pièce sentait un mélange d'herbes médicinales, de fragrances de roses et de sang. Le tout formait un mélange étrangement homogène, une odeur qui donnait envie de pleurer à Saphir. Ses yeux demeurèrent parfaitement secs tandis qu'elle se rapprochait du lit où la reine se trouvait. Le spectacle lui fit mal au coeur, bien plus que ce à quoi elle s'attendait. Rouge n'était que l'ombre d'elle-même, amaigrie, affaiblie, pâle comme la mort qu'elle affrontait. Y avait-il eu une femme plus brave qu'elle un jour ? Sans doute pas, non.
"- Saphir, c'est toi, sourit tristement Rouge. Approche...
- Rouge, je..., commença-t-elle mais les mot moururent dans sa gorge.
- Ne dis rien, ma fille, je sais. Le temps est compté pour moi.
- Le docteur a dit qu'il fallait encore espérer. Il ne faut pas baisser les bras.
- Je ne baisse pas les bras, j'envisage simplement toutes les possibilités et... Ma disparition reste malgré tout plus que probable, alors je voulais te parler.
- Rouge, murmura Saphir et sa voix tremblait.
- Je serai brève. Je sais qu'un futur difficile t'attend, où tu devras faire des choix, concernant ton avenir mais pas uniquement. Ah, j'aurais aimé voir ce petit être qui va naître mais... Je ne sais pas... Argh... N'oublie pas, Saphir, tu ne dois pas renier qui tu es devenue ni rester totalement dans le passé. Mélange ces deux aspects pour en faire une force. Ni fille du feu, ni lionne du Nord. Deviens la lionne du feu. "
Sur ces paroles mystérieuses, Saphir prit congé à la demande de la souveraine, bouleversée comme jamais. Il fallut à Ace plus de courage qu'il ne le pensait pour se rendre au chevet de sa mère. De fines larmes lui échappèrent et il serra très fort sa main. La rousse passa tendrement une main dans ses cheveux, comme elle le faisait lorsqu'il était enfant.
"- Reste fort, Ace. Toujours, murmura-t-elle tendrement.
- Je sais, maman. Toujours " souffla-t-il avec résolution.
Il n'y avait pas besoin de mots entre eux, les gestes et les regards suffisaient. Ace resta longtemps à son chevet et ne la quitta qu'à regret parce qu'il était temps que vienne le tour de Roger. Quand son fils sortit, il eut l'impression qu'une boule se formait dans sa gorge, sensation qu'il n'avait jamais connu. Il alla retrouver la femme de sa vie, essayant de ne pas penser au pire et de rester positif, comme il savait si bien le faire. Même au bord du gouffre, il la trouvait toujours sublime, vaillante, fière. La rousse le regardait, souriante comme au premier jour. S'il y avait une chose dont il ne doutait pas, c'était de leur amour.
"- Rouge, ma belle. Comment te sens-tu ?
- J'ai déjà été mieux, avoua-telle en riant doucement. Je suis heureuse de te revoir avant...
- Avant demain, la coupa-t-il. Avant demain.
- Peut-être, je ne sais pas. Je me bats mais... Ce n'est pas facile.
- Repose toi alors. Ma jolie idiote.
- Je ne t'ai pas fait venir pour que tu me traites d'idiote, s'amusa-t-elle.
- Que voulais-tu me dire de si important alors ?
- Oublie ta colère s'il te plaît. Oublie ta rancoeur, jette la au loin si tu veux mais ne la garde pas en toi. La haine ne te mènera nulle part.
- Tu sais bien que je ne peux pas l'apprécier. Pas quand tu es une de ces cibles...
- C'est si vieux maintenant. De l'eau a coulé sous les ponts, Roger.
- Non. Il a épousé Tsuru, il a eu trois enfants, mais il t'aime encore je le sais. J'ai tout pris à ses yeux et je ne lui ai laissé que les restes. J'ai pris ce que je pouvais.
- Ne t'énerve pas. Urgh... Je préfère te voir sourire. Quand tu t'énerves, tu es vraiment moins beau. Laisse moi voir le Roger que j'aime tant et sa tête radieuse.
- La Rouge que je préfère, c'est la Rouge souriante et battante. Je l'ai toujours.
- Un jour, quand il était petit, Ace m'a demandé une chose, raconta-t-elle soudain, le regard dans le vague. Il m'a dit que nous parlions tout le temps d'amour mais qu'il ne l'avait jamais vu. Notre fils se demandait où était l'amour et il lui a fallut du temps pour comprendre que c'était un sentiment et non pas une chose tangible.
- C'est mignon mais qu'est-ce que tu veux dire par-là ?
- Que ce n'est pas parce qu'on ne voit pas quelque chose que cela n'existe pas.
- Je ne vois pas le lien... L'amitié jadis entre Sengoku et moi n'est plus. Et après ce qui a été fait, je... Comment pardonner ?
- Pour pardonner, tu as juste besoin de ton coeur. Tu ne le vois pas mais il est pourtant bien là, plein d'amour. Et... Mon Roger... Une dernière chose.
- Qu'est-ce qu'il y a ma belle ? demanda-t-il, fébrile.
- Même si tu ne me vois plus, je serais toujours là, dans ton coeur. "
Les deux souverains pleurèrent et s'embrassèrent avec amour. Roger tenait fermement la main de Rouge, il ne fut chassé de la chambre que par Hiluluk qui pestait que sa patiente avait besoin de repos. Le roi dormit peu cette nuit-là, de même que son fils et sa belle-fille, ainsi qu'une partie du royaume d'Ardent. La rousse était si aimée, les gens craignaient pour elle et beaucoup se rendaient au temple, prier pour elle.
La reine Rouge ne survécut pas à cette nuit.
Les cloches sonnèrent le matin avec une infinie tristesse et un silence de mort s'abattit sur Baterilla. Personne ne voulait y croire mais on ne peut pas échapper à la réalité. Le royaume n'avait plus de reine. Rouge, une grande dame douce et aimante, était partie rejoindre le paradis céleste, sans même connaître son futur petit-enfant. On la pleura beaucoup et de nombreuses fleurs vinrent fleurir les rues. Blanches, pures, comme elle. L'enterrement fut bref et émouvant. Roger savait qu'elle n'aurait pas voulu trop de faste.
Le roi bouillonnait de rage. Bien que la responsabilité exacte n'ait pas été déterminée, un fossé venait de se créer entre les rois d'Ardent et des Sylves Dorées, plus important que jamais et cette fois, aucune chance d'un possible retour en arrière. Les Sylves Dorées allaient repartir dans leur pays, jugeant le moment opportun. Avant de quitter Baterilla pour de bon, Sengoku vint parler à Roger. Si le discours fut tout sauf cordial, voire même particulièrement froid, on peut en retenir deux phrases qui changèrent le sort d'Oren.
"- Roger... Veux-tu la paix ou la guerre ?
- Sengoku, tu sais très bien. Je veux la guerre. "
Là où elle était, Rouge pleurait de n'avoir pas su raisonner son mari avant de rejoindre les dieux. Malgré l'été bien présent, un vent frais soufflait sur Ardent. Des heures sombres attendaient ces deux royaumes dont le destin était scellé. Que la grande triade divine puisse protéger les innocents, la fleur de la paix a fané et n'est pas prête de fleurir à nouveau.
