Chapitre 29

"Qu'est-ce que tu fais là ?" lança Izar d'un ton cinglant, tout en essayant de contrôler son expression. Il ne supportait pas les gens dont le visage se tordait de manière déplaisante. Il était préférable d'être à la fois attirant et dédaigneux.

Lily était assise au chevet d'Izar, impassible, ses yeux verts vifs détaillant le visage d'Izar de manière presque obsessionnelle. Ses petites mains pales étaient nouées sur ses genoux, ne faisant montre d'aucun signe de tremblement ou de faiblesse.

"Je suis venue te parler."

"C'est évident, non ?" siffla Izar. "Qui t'a laissée entrer ici, déjà ?" Il humidifia ses lèvres, plissant les yeux pour empêcher la pièce de tanguer. Sa tête lui faisait un mal de chien. "Non, ne dis rien." Il leva une main, lançant un regard moqueur à sa mère. "Je peux te voir lécher le cul de Dumbledore d'ici. Evidemment qu'il a arrangé ça pour toi."

"Oui et non", confirma Lily, pas le moins du monde offusquée par la vulgarité d'Izar. De manière surprenante, ses lèvres s'étirèrent même légèrement à sa remarque. "Je connais le guérisseur en chef du Tournoi." Elle désigna du menton l'autre bout de la tente.

Izar tourna la tête, fronçant les sourcils en apercevant le guérisseur en robe rouge. L'homme se tenait à une bonne distance d'eux, concentré sur la fabrication d'une potion, ne prêtant aucune attention à Izar et Lily. Se tournant de nouveau vers Lily, il afficha un sourire en coin. "C'est aussi un bébé à toi ?"

Elle fronça les sourcils, ses yeux se plissant légèrement. Elle ouvrit la bouche mais Izar la coupa.

"Tu t'attends vraiment à ce que j'écoute sagement tout ce que tu veux me dire ? Tu as bien des occasions de me parler ces quinze dernières années. Pourquoi crois-tu que je vais t'écouter maintenant que tu as détruit la réputation de Regulus et renoncé à m'éduquer ?"

Lily se pencha vers lui, sa queue de cheval rousse cascadant sur son épaule. Elle prit appui sur le lit de camp, plongeant son regard dans le sien. Il n'y avait pas une trace de désespoir, ni de vulnérabilité dans ses yeux, seulement le reflet d'une femme confiante et intelligente, ainsi qu'un mélange de ruse et de curiosité. "Il y a de nombreuses choses que je regrette à l'heure actuelle." Ses yeux verts luisirent avec regret pendant un instant. "Je ne me pardonnerais jamais de t'avoir placé dans cet orphelinat moldu. Mais c'est ce que je devais faire. Je le devais."

"Pourquoi ?" grogna Izar. C'était de la faute de sa blessure à la tête qu'il veuille savoir pourquoi elle l'avait abandonné. Izar admettrait volontiers qu'il méritait de connaître les raisons qui avaient poussée la femme qui l'avait conçu de l'abandonner dans un orphelinat. "De tous les endroits, pourquoi m'as-tu laissé là-bas, à l'orphelinat ?"

Elle ne baissa pas le regard. Elle semblait déterminée. Il admit à contre coeur être impressionné par sa capacité à contrôler ses émotions. Apparemment, il avait sous-estimé cette femme. Elle n'avait rien du chien mouillé qu'il avait côtoyé au Département des Mystères cet été. Non, après s'être réveillée de sa longue dépression, elle s'avérait être un adversaire à sa taille.

"J'étais jeune, incroyablement confuse et si… perdue", admit-elle. "Mon état émotionnel était atroce et je n'aurais en aucun cas pu prendre soin correctement d'un nourrisson. J'ai cru que l'orphelinat serait une bonne alternative. J'avais également l'option de laisser James t'élever. Mais j'étais égoïste. Chaque fois que je te regardais, je me rappelait ce que j'avais fait à Regulus."

Il renifla, tournant la tête vers la toile de tente. "Tu te fichais bien de faire du mal à Regulus. Tu lui planté un couteau dans le dos alors qu'il te faisait confiance. Tu n'as eu aucun remord à le trahir."

Lily se redressa, le regard flamboyant. "Peut-être bien que non. Mais j'ai été triste à chaque instant, à chaque seconde passée auprès de lui, en pensant au mal que j'allais lui faire par mes actions."

"Tu m'as mis au monde juste pour mieux le manipuler", la fustigea Izar. "Tu t'es comportée comme une salope sans coeur."

Ses yeux verts s'assombrirent. "En effet", admit-elle. "Et bien que je me déteste pour ce que je lui ai fait subir, j'aurais recommencé si cela m'avait permis de parvenir à mes fins. Un Seigneur des Ténèbres en pleine ascension n'est pas à prendre à la légère, Izar. Détruire le Seigneur des Ténèbres était mon objectif principal. Aimer Regulus, malheureusement, ne venait qu'après."

Izar secoua la tête, la fureur lui brûlant l'estomac et la poitrine. "Regulus m'a tout raconté. Tu l'as forcé à tourner le dos à la vie qu'il avait toujours connue pour te suivre comme un petit chien. Tu lui as ensuite fait rechercher un précieux artefact dans le coffre de Bellatrix, connaissant pertinemment les conséquences s'il se faisait attraper mais tu n'en avais cure."

Lily haussa ses fins sourcils. "Il t'a tout raconté ?"

Pendant un instant, Izar débattit. S'il jouait les innocents concernant la chasse aux Horcruxes, il allait s'avérer plus difficile de s'en sortir dans le futur pour se souvenir de ce qu'il avait prétendu ne pas savoir avant. S'il confirmait qu'il savait tout, il serait plus facile d'arracher des réponses à Lily sur les raisons qui l'avaient poussée à agir ainsi. De plus, ça ne porterait pas préjudice à Voldemort. L'homme ne possédait aucun Horcruxes. Il n'y aurait donc aucun mal de fait.

"Regulus m'a raconté ce qu'il était nécessaire que je sache", décida finalement de répondre Izar, esquivant la question. "Tu croyais qu'il y avait un Seigneur des Ténèbres en pleine ascension", murmura-t-il. "C'était il y a plus de seize ans. Et où il est le Seigneur des Ténèbres, à présent ? Tu nous as trahis pour rien, avec Regulus. Il n'y a aucun Seigneur des Ténèbres."

Elle resta silencieuse un long moment, le dévisageant. Il savait, tout comme elle, qu'elle essayait de déterminer ce qu'il savait du passé et ce qu'elle pouvait lui dire. Et alors, Izar réalisa que cette relation, ou qu'importe le nom qu'on pouvait lui donner, n'était basée que sur des mensonges. C'était un jeu avec elle aussi, un jeu épuisant dans lequel il allait devoir livrer une nouvelle bataille psychologique. Bien qu'Izar trouve encore difficile de laisser tomber ses inhibitions en présence de Regulus, son père était quelqu'un en qui Izar pouvait avoir confiance.

"Tu sais que le Sous-secrétaire Jedusor est un Seigneur des Ténèbres sous couverture", affirma Lily. Pour faire bonne mesure, elle posa les yeux sur son avant-bras gauche.

Izar suivit son regard. Il n'était vêtu que d'un t-shirt, laissant ses bras pratiquement nus. Cependant, le brassard que Daphné avait créé pour les supporters du Champion de Poudlard recouvrait sa 'Marque des Ténèbres'. Lily n'avait probablement pas vu la Marque manipulée d'Izar, mais elle pouvait imaginer sa peau tatouée de la Marque du Seigneur des Ténèbres.

Il leva les yeux vers elle, pas le moins du monde intimidé. "Le Sous-secrétaire Jedusor—"

"Notre espion nous a déjà raconté ton initiation", répliqua-t-elle froidement. "D'après lui, tu es déjà dans le Second cercle de Voldemort." Son visage ne trahissait aucune émotion. Une fois encore, il dut se rappeler que cette femme était différente de celle qu'il avait côtoyée au Département des Mystères.

Un espion — Severus Rogue. Izar pinça les lèvres et il adopta la même expression impassible que Lily. Qu'avait raconté le professeur Rogue à Dumbledore et son Ordre ? Voldemort savait-il que Rogue offrait des informations à Dumbledore ? De vraies informations ?

"C'est difficile à prouver", rétorqua doucement Izar. Il ne reconnaîtrait jamais directement que Tom Jedusor était Lord Voldemort et ne confesserait jamais être un Mangemort.

Elle lui sourit tendrement, mais son regard demeura pensif, l'étudiant. "Tu es un garçon très intelligent, Izar", murmura-t-elle doucement. Croisant les jambes, elle noua ses doigts sur ses genoux. De bien des manières, elle ressemblait à s'y méprendre à une sang-pûre pleine de grâce. Seulement, elle restait chétive et semblait encore hantée. "Sans avoir été élevé ni par Regulus ni par moi, tu sembles savoir jouer avec les mots."

"Ton compliment me va droit au coeur, vraiment", rétorqua Izar d'une voix traînante.

Ses longs cils effleurèrent ses joues quand elle baissa les yeux sur ses mains. "Je ne suis pas là pour récolter les preuves que tu es Mangemort, Izar. Je suis venue pour m'expliquer et te donner ma version de l'histoire. Néanmoins, je sais qu'il serait vain que tu comprennes mes raisons. Tu es déjà sensible aux opinions du Seigneur des Ténèbres concernant certains sujets."

Izar toussota, levant les yeux au ciel. "Personnellement, je ne vois pas ce que la Magie noire et la Magie blanche ont à voir avec la trahison d'une mère et d'une amante."

"Tu as tout à fait raison", commenta Lily. "Nous nous sommes éloignés du sujet. Je te disais que si je devais recommencer—"

"Si tu devais recommencer, tu ferais la même chose", finit Izar pour elle, dégoûté.

"Oui", concéda-t-elle. "Mais il y a une chose que je ferais différemment." Ses yeux émeraudes étaient brillants quand elle plongea son regard dans celui d'Izar. "Je n'aurais pas utilisé un enfant comme monnaie d'échange. J'étais désespérée que Regulus renonce à l'implication de sa famille avec le Seigneur des Ténèbres, alors je lui ai donné la seule chose qu'il ait toujours voulu : un enfant. Pendant toutes ces années, je pensais que c'était un moyen intelligent de le pousser à détruire les Horcruxes. A présent, je réalise mon erreur. Je t'ai détruit, j'ai gâché ton enfance. Un être innocent au milieu de tout ça."

Elle releva le menton, les lèvres pincées. Elle semblait essayer de retenir ses larmes et ses émotions, avec succès. On aurait dit qu'elle croyait qu'Izar serait dégoûté par ses larmes et qu'elle faisait donc de son mieux pour les ravaler. Elle avait raison. Izar verrait ses larmes comme un moyen sans intérêt d'exprimer ses regrets.

"Je me haïrai toujours pour ce que je t'ai fait. Je ne te demanderai jamais pardon parce que je ne le mérite pas, mais aussi parce que je n'en veux pas."

Avant qu'Izar ne puisse lui dire qu'elle n'avait pas à s'inquiéter qu'il lui pardonne quoi que ce soit, elle poursuivit.

"Il existait de nombreuses alternatives plutôt que te confier à un orphelinat. J'aurais pu te placer auprès de ma soeur et de sa famille moldue." Elle ignora le regard d'Izar à ses mots. "J'aurais pu te confier à un orphelinat magique ou encore, j'aurais pu te lancer un sortilège d'Altération pour que tu ressembles à James et ainsi, te faire passer pour son fils. Mais j'aurais déçu James, plus encore que je ne l'avais déjà fait. J'aimais Regulus à Poudlard, ou c'est du moins ce que je croyais. Quand j'ai été diplômée, je suis tombée amoureuse de James, car il avait mûri."

"Je me fiche de qui tu as ou n'as pas aimé", murmura Izar, ennuyé. "J'avoue que je préfère avoir grandi dans un orphelinat qu'avoir été élevé par lui."

"Ta vie n'aurait été qu'un mensonge", acquiesça sèchement Lily. "Et bien que je sois à l'origine de la disparition de Regulus après qu'il ait trahi le Seigneur des Ténèbres, je ne pouvais me résoudre à manipuler son enfant. Il t'a toujours désiré, izar. Quand je lui ai dit que je n'étais en fait pas enceinte de son enfant, j'ai vu quelque chose se briser dans son regard. Je n'ai pu me résoudre à laisser un autre homme élever son enfant, encore moins James."

"Je trouve ça incroyable que tu parles de ce que lui as fait comme si ce n'était rien." Izar tourna les yeux vers le guérisseur. L'homme à la robe rouge était toujours en train de travailler sur une potion qui libérait une forte odeur. Lily parla avant qu'il ne puisse mettre le doigt sur le nom de la potion.

"C'est là que tu te trompes. Je ne regrette pas ce que j'ai fait à Regulus. Je me déteste de lui avoir fait endurer tout ça, mais je l'ai fait dans l'espoir qu'il se détourne du Seigneur des Ténèbres et nous aide à le combattre. En revanche, je regrette sincèrement ce que je t'ai fait endurer à toi."

Il se tourna brusquement vers elle, un rictus presque animal aux lèvres. "Tu as eu de nombreuses occasions de venir me chercher à l'orphelinat. Tu ne l'as jamais fait. Tu ne m'as même pas regardé dans le blanc des yeux l'année dernière au Ministère, pour me révéler que tu étais ma vraie mère. Tu as feint l'innocence sur mon nom, mes origines."

"Je ne voulais pas m'impliquer dans ta vie, je n'avais aucun droit de te connaître", répliqua-t-elle avec passion, sa voix montant dans les aiguës. "J'ai réalisé que je devais vivre avec mes erreurs et que je devais aussi me faire à l'idée de t'avoir laissé grandir sans moi. Ma culpabilité pour ce que je t'ai fait était bien trop grande. Tu n'aurais jamais accepté mon retour après tant d'années, ou c'est du moins ce que j'imaginais."

Ses yeux avaient rougis sous sa colère et son emportement.

"Alors pourquoi maintenant ?" questionna froidement Izar. "Pourquoi le Gazette du Sorcier ? Pourquoi tu t'immisces dans ma vie, par la force, alors je ne t'y veux pas ?"

Elle ne prit pas le temps de pondérer sa réponse. Se redressant, elle hocha doucement la tête. "J'ai fini par arrêter de vivre dans le passé, dans la dépression. Je suis peut être égoïste, mais je veux apprendre à te connaître. Je veux te protéger, Izar. Au départ, je pensais que Regulus était mort. Maintenant que je sais qu'il est vivant, rien ne m'arrêtera pour obtenir ta garde à sa place et t'éloigner de l'influence du Seigneur des Ténèbres."

Il plissa les yeux. C'était trop tard. Elle arrivait trop tard. Il se demanda rapidement ce qui se serait passé si Lily avait été la première à venir vers lui avant Regulus et le Seigneur des Ténèbres. Aurait-il préféré l'idée d'avoir une mère et rejoint le camp de la Lumière ?

La réponse lui vint rapidement. Non, il ne rallierait jamais la Lumière.

Izar savait qu'il haïrait toujours les moldus et le Seigneur des Ténèbres aurait fini par découvrir qu'il était son partenaire. Le fait qu'il soit attiré par la Magie noire n'était pas un problème en soi ; d'ailleurs, les sortilèges qu'il inventait étaient généralement de cette nature. Ca n'aurait rien changé que Lily le trouve la première. Mais à nouveau, il n'avait aucun moyen de le vérifier.

Ses yeux gris et verts plongèrent à nouveau dans ceux de Lily. "Juste avant, tu as prétendu ne pas vouloir que ton mari, James, m'élève, car tu savais à quel point Regulus désirait un enfant. Tu m'as confié à un orphelinat car tu ne supportais pas l'idée de manipuler l'enfant de Regulus. A présent qu'il est en vie, tu ne respectes pas son désir d'enfant, au contraire. Pour la seconde fois."

Lily laissa échapper un soupir, son regard de plus en plus joyeux à chaque seconde de plus avec Izar. Les ombres derrière ses yeux semblaient s'être dissoutes aussi. "C'était sa mémoire que j'honorais quand je t'ai confié à l'orphelinat. Si j'avais su qu'il était en vie, j'aurais trouvé un moyen de te garder."

A l'en croire, il n'était qu'une vulgaire poupée de chiffon. Izar la fusilla du regard, se mordant la langue quand Lily poursuivit. "Je pense que Regulus n'est pas… sain d'esprit. Je t'ai aussi déposé dans un orphelinat pour te protéger du reste de la famille Black. C'est Bellatrix qui a été témoin de mon affaire avec Regulus. Je ne voulais pas qu'ils apprennent ton existence et t'élèvent. C'est une famille de déséquilibrés, Izar. Regulus a peut être l'air d'aller bien pour le moment, mais il est loin d'être équilibré."

Izar sentit sa magie avant de le voir. Au-dessus de la tête de Lily, il vit Jedusor se matérialiser à l'entrée de la tente. Le Seigneur des Ténèbres se déplaçait avec une grâce mortelle, les yeux posés sur Lily juste devant lui. Son ombre se déplaçait lentement autour de sa silhouette alors qu'il avançait lentement vers Lily, le regard brillant. Lily ignorait tout du prédateur derrière elle.

Izar posa à nouveau les yeux sur elle, un plaisir sombre tordant son estomac à la vue de Jedusor.

"Tu ne pourras pas gagner", poursuivit calmement Izar. "Je veux rester avec Regulus. C'est un bon père, qui ne prend pas avantage des gens auxquels il tient."

"Il est aussi déséquilibré", plaida Lily. "Il t'a mis à portée de main du Seigneur des Ténèbres et je ne tolèrerais pas que cela initie la Malédiction de Cygnus."

Le regard d'Izar brûla. "Tu ne sais rien de la Malédiction de Cygnus, ne prétends pas le contraire." Comment osait-elle ? La Malédiction de Cygnus était un secret de famille. Regulus lui en avait sans doute parlé dans ses années de vulnérabilité, mais elle n'avait pas le droit d'en parler librement avec Izar. Elle n'avait aucun droit de rapporter les secrets de la famille Black alors qu'elle n'en faisait pas partie.

Mais ses yeux ne trahirent aucune émotion malgré la véhémence d'Izar. "Je sais que tu as été atteint par la Malédiction de Cygnus. Tu es celui que Cygnus voulait utiliser. J'étudie le Voile depuis seize ans, Izar. J'en sais plus que Regulus sur la Malédiction de Cygnus." Elle inclina la tête sur le côté, les lèvres froncées. "Regulus ne sait rien de la Malédiction de Cygnus, encore moins ce qu'elle peut te faire."

L'incertitude lui tordit le ventre. Il pouvait sentir qu'elle disait la vérité. Mais comment Regulus pouvait-il ne pas savoir ce qu'était la Malédiction de Cygnus ? L'homme avait eu l'air de savoir de quoi il parlait le jour où il avait raconté son passé avec Lily à Izar.

"Lily", l'appela un homme d'un ton alarmant.

Lily tourna la tête et repéra James Potter. L'homme aux lunettes désigna du menton Voldemort, qui se tenait quelques centimètres derrière Lily. Elle se leva brusquement, une main à la gorge. "Depuis quand êtes-vous là ?" demanda-t-elle à Jedusor.

L'homme l'ignora totalement et la dépassa. Après tout, Lord Voldemort ne répondait à personne.

"Vous prenez votre temps ?" lança le Sous-secrétaire Jedusor au guérisseur. La robe rouge de l'homme s'enroula autour de ses chevilles quand il se retourna, son aura se teintant de terreur. "Le garçon est blessé à la tête ; vous pourriez éventuellement vous dépêcher un peu." Jedusor s'assit gracieusement sur le lit de camp d'Izar et le saisit par la mâchoire.

L'estomac d'Izar se tordit farouchement à son contact mais son visage ne laissa rien paraître de son excitation. Pourquoi devait-il toujours réagir ainsi en présence de ce bâtard ?

Ses yeux gris et verts se tournèrent vers Lily, remarquant que sa main n'était plus à son cou mais dans sa poche. Le temps qu'elle sorte sa baguette, Jedusor l'aurait mit à terre et faite hurler de douleur. Lily le savait peut-être, car elle garda sagement la main dans sa poche.

Avant que le guérisseur n'ait pu répondre à la demande de Jedusor, la tente s'ouvrit à nouveau pour laisser entrer Regulus. Ses yeux s'écarquillèrent quand il prit connaissance de la situation. "Tu es tombé bien bas", murmura Regulus à Lily. Il dépassa James et se dirigea vers elle, ignorant le fait que son mari le suive de près. "Izar est blessé à la tête et tu viens essayer de le manipuler pour l'attirer dans ton camp ? J'avoue que c'était très malin de jouer à deviner dans quel tente était ton fils, pendant que nous étions retenus avec Dumbledore."

Le regard gris de Regulus était glacial, semblable à du mercure en fusion. Il la contourna avant de se placer du côté opposé du lit d'Izar. Izar regarda Regulus poser un regard hautain sur Lily et James, la mâchoire contractée.

Jedusor claqua la langue, attirant à nouveau l'attention d'Izar sur lui en l'attrapant par le menton. "Regarde-moi, petit." L'homme leva sa baguette, du bout de laquelle s'échappait une petite lueur.

Izar le fusilla du regard, sachant pertinemment ce que l'homme était en train de faire. Devant ces personnes-là, en plus. En plus d'être un Seigneur des Ténèbres cruel et sadique, Voldemort semblait prendre du plaisir à cocooner Izar quand il était malade, presque comme s'il trouvait une espère de satisfaction à être celui qui remettrait Izar d'aplomb, et personne d'autre. Le jeune Serdaigle replia ses jambes contre sa poitrine, les paupières lourdes à cause de la lumière qui s'échapper de la baguette de Jedusor.

"Pas tant que vous ne m'aurez pas annoncé les résultats de la Tâche."

Les yeux marrons de Jedusor brillèrent, comme s'il était satisfait des termes d'Izar. Le Sous-secrétaire baissa sa baguette et retira sa main du menton d'Izar.

"Le manipuler ?" questionna sombrement Lily. "Je n'ai pas l'intention de lui raconter des mensonges sur ce que tu lui as déjà dit", rétorqua-t-elle.

D'une manière ou d'une autre, Izar ignora les autres personnes présentes dans la tente et finit par ne plus voir que Jedusor. Il aurait aimé écouter les autres, mais Jedusor était de ces personnes difficiles à ignorer. Il était charmeur et charismatique, et complètement irrésistible.

"C'est si inutile de se battre pour toi, alors que tu m'appartiens déjà", songea tendrement Jedusor. Sa voix était suffisamment basse pour qu'Izar saisisse ses mots mais que les autres ne l'entendent pas, en particulier au milieu de leur dispute.

Izar était certain que Regulus avait eu quelques répliques sarcastiques et bien placées, mais même au prix de sa vie, il ne pouvait détourner son attention de Jedusor.

"En dépit de mes efforts", murmura Izar, "votre tête continue d'enfler chaque jour. Je ne sais pas ce qui vous fait croire que je vous appartiens." C'était une tentative bien pathétique pour nier les prétentions de l'homme à son propos, car Izar savait pertinemment que Voldemort avait tous les droits de le revendiquer. Néanmoins, Izar conservait sa santé mentale à chaque fois qu'il le niait. Il resterait toujours lui-même quelque soit les personnes qui le marqueraient comme étant siennes.

"Ce qu'il te plaît de croire", répondit Jedusor d'un ton léger. "Du moment que tu conserves cette étincelle en toi, je me fiche de ce qui s'échappe de ta jolie bouche." Le Sous-secrétaire se pencha vers lui et jaugea Izar d'un oeil critique. "Ton second duel", commença-t-il, "était satisfaisant, bien que pas particulièrement époustouflant non plus."

L'homme marqua une pause, ses yeux marrons détaillant froidement les traits d'Izar. "J'ai été témoin de ton premier cours avec le professeur Black cette année, et j'admettrais sincèrement que tu viens de loin. Tu ne t'entraines avec lui que depuis quelques semaines, non ? Black est un duelliste correct, mais l'entrainement qu'il te donne est destiné à des débutants. Tu finiras par avoir besoin de quelqu'un pour t'enseigner les subtilités de l'art."

Les oreilles d'Izar s'empourprèrent. "Je me suis senti restreint aujourd'hui", admit-il, sur la défense.

"C'est compréhensible", murmura Jedusor. Les voix autour d'eux se faisaient plus fortes. "Ton style repose en grande partie sur les sortilèges que tu as inventés, et certains n'auraient pas été vus d'un bon oeil par les spectateurs. Tu t'en ai bien sorti, Izar, en dépit des circonstances."

Les mots de l'homme lui vinrent droit au coeur et il hocha légèrement la tête. Il savait que son premier duel n'avait été qu'une humiliation, pourtant le Seigneur des Ténèbres semblait éviter le sujet. "Vous semblez bien indulgent avec moi, je ne sais pas si je devrais en être satisfait ou déçu." Izar marqua une pause, pensif, puis il plissa les yeux. "Suis-je parvenu à tenir une minute trente sur la plateforme ?"

Jedusor pinça les lèvres et secoua la tête. "Non."

Izar fut accablé de déception et il s'adossa contre son oreiller, boudeur.

Jedusor alluma à nouveau sa baguette et tendit la main vers son menton. "Allez maintenant ; laisse-moi voir tes yeux."

Izar se pencha à nouveau vers lui, non sans réticence, fixant Jedusor pendant que l'homme examinait ses yeux. Sa migraine empirait à cause des chamailleries incessantes autour de son lit. Les voix n'étaient cependant pas si fortes et odieuses, non, Regulus avait trop de classe pour hurler de colère et taper du pied. Ils se contrôlaient, mais leurs auras hostiles commençaient à l'affecter. Sa sensibilité aux auras était toujours aussi ridiculeusement haute, et semblait s'intensifier jour après jour.

"Quels sont tes symptômes ?" demanda brusquement Jedusor, d'un ton purement professionnel.

"Un foutu marteau est en train de me briser le crâne", souffla Izar. Il hésita, se demandant jusqu'à quel point il pouvait se confier à l'homme. Mais au regard que Jedusor lui offrit, il craqua : "J'ai aussi du mal à voir correctement."

Les lèvres de Jedusor formèrent à nouveau une fine ligne et il se leva, furieux. Son expression était relativement calme, mais ses yeux et sa magie parlaient pour lui. L'homme se tourna vers le guérisseur, le jaugeant silencieusement. Avant que Jedusor n'ait pu faire un geste, la tente s'ouvrit à nouveau et Dumbledore et Sirius firent leur entrée.

La pièce se fit silencieuse, par bonheur. Cependant, les auras se firent plus hostiles et l'atmosphère plus lourde et tendue.

Sirius s'humidifia les lèvres, mal à l'aise, avant de se tourner vers Izar. L'homme semblait soulagé de le trouver conscient. "Première chose, Izar, félicitations." Sirius fit redescendre la tension dans la pièce en levant les pouces en direction de son neveu.

Izar plissa les yeux, avant de se tourner vers Jedusor les sourcils froncés. En réponse, le Seigneur des Ténèbres haussa nonchalamment les épaules. "Vous m'avez demandé si vous étiez resté sur la plateforme pendant une minute trente, et j'ai répondu non. Vous n'avez jamais demandé si vous étiez arrivé premier." A l'évidence, c'était une vengeance après l'affront d'Izar un peu plus tôt. "Vous avez atteint l'eau à exactement une minute et vingt-huit secondes. Les juges ont décidé de vous accorder les cinq points manquants."

Dumbledore s'éclaircit la gorge, haussant les sourcils, en prenant conscience des personnes présentes sous la tente. "Je crois que nous devrions laisser Mr Harrison—"

"Mr Black", corrigea doucement Izar, sans regarder le Directeur.

A ses mots, il sentit la satisfaction dans l'aura de Regulus. Son père posa une main ferme sur son épaule, la serrant d'un geste rassurant. Le contact de Regulus était bien différent de celui de Jedusor. Alors que chaque contact avec Jedusor rendait Izar agité et excité, son père parvenait toujours à le rassurer.

"—se reposer", poursuivit Dumbledore comme si Izar ne l'avait pas interrompu.

James et Sirius se positionnèrent derrière Dumbledore, et Lily se plaça aux côtés du Directeur, l'air sûre d'elle. Elle fixait Izar et Regulus, mais son visage ne laissait rien paraître de ce qu'elle pensait. Derrière elle, Sirius semblait raide et refusait de croiser le regard implorant de James. Au lieu de ça, l'oncle d'Izar observait silencieusement les évènements qui se jouaient devant lui. On aurait dit qu'il ne voulait rien avoir affaire avec James Potter ou l'inconfortable situation au milieu de laquelle il s'était retrouvé. Izar se dit que seule sa fierté devait le retenir de faire volte face et s'enfuir de la tente.

"Se reposer", répéta Regulus d'une voix étranglée. "Le même repos que vous avez arrangé pour lui en l'envoyant, elle, lui parler ? Mon fils est blessé à la tête et vous ne pensiez qu'à ce que cela pouvait vous rapporter."

Izar se tassa contre son oreiller, épuisé. A n'importe quel autre moment, il aurait été attentif, prenant note de chaque geste et expression des sorciers et sorcières dans la pièce. Mais il éprouvait des difficultés à rester éveillé. La férocité grandissante du Seigneur des Ténèbres était la seule chose qui le gardait encore conscient.

"C'est ainsi que fonctionne le Directeur, Mr Black", commença doucement Jedusor, tournant les yeux vers Regulus avant de faire à nouveau face à tout le monde. "Après avoir mené à bien ses plans pour mettre en place une réunion familiale de mauvais goût, il peut à présent se concentrer sur la santé du garçon. Car après tout, la santé de l'enfant passe après ses petites machinations."

L'enfant.

Izar grogna, furieux. Jedusor l'ignora, préférant fixer Lily et Dumbledore, une sombre promesse au fond des yeux. Izar vit Sirius s'agiter légèrement, mal à l'aise. Le visage de l'homme était complètement impassible mais son aura trahissait son incertitude et sa confusion. Izar réfléchit un instant, se demandant dans quel camp son oncle était. L'homme pouvait-il se laisser tenter par les Ténèbres ?

Il existait aussi la possibilité qu'il essaie de tenter l'homme. Mais il savait que Sirius était un vrai Gryffondor ; obstiné, têtu et avec un vrai sens de la justice. Bien qu'il s'entende bien avec Regulus, Sirius semblait appartenir à la Lumière. Le vrai mouton noir de la famille Black. Izar ne savait pas s'il devait respecter l'homme d'avoir su tenir tête à sa famille pour suivre son propre chemin, ou être déçu qu'un sorcier aussi puissant soutienne la Lumière. Bien sûr, sa déception à ce propos n'avait rien à voir avec le fait qu'il était attaché à Sirius...

Ou, du moins, c'est ce qu'il voulait se faire croire.

Dumbledore ne se laissa pas décontenancé par le commentaire de Jedusor. Au lieu ça, un petit rire lui échappe. "Je ne vois aucune raison de refuser à Lily de voir son fils."

James Potter détourna son attention de Sirius et se plaça aux côtés de sa femme. Ses yeux noisettes se posèrent sur la silhouette d'Izar dans le lit, l'étudiant. Izar n'avait pas peur de l'homme et il lui rendit son regard. L'héritier Black était curieux de savoir ce que Potter pensait de toute cette situation. Regulus avait laissé entendre que James avait eu vent de leur liaison à l'époque, ou après qu'Izar soit né. Pourtant, l'homme ne semblait pas dégoûté de voir Izar.

Au lieu de ça, son aura trahissait une légère pitié.

Izar fusilla Potter du regard, n'ayant besoin de la pitié de personne, encore moins de celle de Potter.

Le Serdaigle tremblaient légèrement, sensible aux auras autour de lui. Malgré sa migraine grandissante, Izar avait envie de comparer les différentes auras. Bien que le Seigneur des Ténèbres et Dumbledore possèdent l'aura la plus puissante, et de loin, Izar fut surpris de remarquer quand les autres personnes partageaient entre elles le même niveau de magie. Cependant, Regulus et James avaient quelques pas d'avance sur Lily et Sirius, en terme d'aura. Mais Izar n'était pas dupe. Le pouvoir n'était pas le seul facteur pour déterminer la menace que représentait un sorcier ou une sorcière.

Regulus resserra sa prise sur l'épaule d'Izar, de manière presque possessive, quand il remarqua l'observation de Potter.

"Comme vous ne voyez aucune raison de lui refuser un bon traitement ?" poursuivit Jedusor, sarcastique. Sa bouche s'étira dans un rictus et il se tourna, lançant un regard au guérisseur par-dessus son épaule. "Je réalise à présent que j'aurais dû surveiller de plus près les candidatures pour le poste de guérisseur. Quel est votre nom, mon petit ?" aboya le Sous-secrétaire, surprenant Izar.

A travers ses paupières lourdes, Izar regarda les filaments de magies virevolter autour de l'aura de Jedusor, s'étirant jusqu'au guérisseur. Comme on pouvait s'y attendre, le guérisseur pâlit de terreur. Izar sentit son estomac se tordre d'excitation. Pour Jedusor, intimider un homme semblait si facile, sans effort.

"C-carter McTolley, Mr le Sous-secrétaire", bégaya le jeune guérisseur.

Jedusor haussa les sourcils et un rictus déforma son visage. "Votre aide n'est plus indispensable, guérisseur McTrolley. Vous pouvez considérer que votre rôle comme guérisseur en chef du Tournoi est terminé."

Lily produisit un son étranglé au fond de sa gorge. Izar eut un petit sourire en coin. Il avait beau parfois détester le Seigneur des Ténèbres, l'homme était brillant quand il s'agissait de lancer des ordres autour de lui en toute simplicité. Et il s'en tirait de manière sensationnelle.

"Mr Jedusor, vous n'êtes pas en position de licencier ce jeune homme", déclara Dumbledore, le visage furieux. "Il n'a rien fait de mal, sinon son travail—"

Jedusor tourna le dos à Dumbledore, sa cape s'enroulant autour de ses chevilles. "En réalité, Mr le Directeur, j'ai le statut nécessaire pour licencier cet homme. Son effort à stabiliser son patient a été des plus médiocres, et je ne soutiens pas l'idée qu'on interroge notre Champion de Poudlard, alors qu'il souffre d'une commotion cérébrale." Izar pouvait sentir la fureur de Jedusor derrière son masque d'impassibilité.

Dumbledore se redressa un peu plus, ses yeux assenant Jedusor derrière ses lunettes. "Alors qui suggérez-vous pour soigner Mr Harrison ? Vous-même ?" Dumbledore semblait amusé, possiblement parce que l'art des guérisseurs était considéré comme de la Magie blanche. Mais Izar savait que Jedusor était un Maître de la magie, l'homme contrôlait aussi bien la Magie blanche que noire. Il préférait simplement les Ténèbres.

"Bien sûr que non." Jedusor fit un pas vers le lit d'Izar, se plaçant devant lui de manière protectrice. Les paupières d'Izar se firent plus lourde et il s'étendit un peu plus dans lit. Sa migraine commençait à se faire insupportable. "Le professeur Rogue s'en sortira très bien."

"Le professeur Rogue n'est pas ici, Sous-secrétaire Jedusor."

Au moment où ces mots s'échappaient de la bouche de Lily, la tente s'ouvrit à nouveau, laissant entrer Severus Rogue. Le Seigneur des Ténèbres devait l'avoir appelé à travers sa Marque des Ténèbres. Izar eut un petit sourire en voyant le rictus du Maître des potions s'intensifier, quand il vit qui se trouvait dans la tente. Izar lutta pour se rasseoir et étudier son expression, mais sa vision commença à chanceler et ses paupières tomber.

A côté de lui, Regulus s'accroupit, une main réconfortante toujours sur son épaule. "Tu doit rester éveillé, Izar", murmura doucement Regulus. "Attends que Severus te voie."

Izar gémit pour exprimer son désaccord.

Il leva le regard vers Jedusor, clignant des yeux, quand l'homme se tourna vers lui. Brusquement, des doigts froids se pressèrent contre le front d'Izar et la magie sembla s'envelopper autour de son crâne et soulager sa migraine. "Dors petit", murmura Jedusor, ses doigts frôlant les paupières d'Izar, les fermant par la même occasion.

Il ne fut pas nécessaire de le lui répéter deux fois.

DEATH OF TODAY

Izar jeta sa tête en arrière contre les oreilles, un rictus sur les lèvres, fusillant du regard le mur à l'autre bout de l'Infirmerie. Il avait été déplacé de la tente à l'Infirmerie quelques heures après que le professeur Rogue ait soigné ses blessures internes. Après s'être réveillé du sommeil dans lequel Jedusor l'avait plongé, Izar avait été enchanté de découvrir à son chevet ses deux blonds favoris.

"Comment te sens-tu, Izar ?" commença Daphné.

De l'autre côté du lit, Izar put sentir la colère de Drago de n'avoir pas été le premier à parler.

C'était juste ce dont il avait besoin après les évènements de la journée. Sa tête palpitait toujours et sa sensibilité aux auras n'avait pas diminué. Et à présent, il était sur le point de faire face à une nouvelle confrontation en la présence de Drago et Daphné, et il n'en avait juste pas envie.

En parlant de confrontation, il repensa rapidement à ce qui s'était passé plus tôt avec Lily Potter.

Izar ne nierait pas qu'il avait été soulagé de voir que Lily possédait une forte personnalité. S'il avait à nouveau été confronté à la femme faible qu'il avait rencontré au Département des Mystères, il aurait été déçu de son père d'avoir trouvé quelque chose à cette Sang-de-Bourbe. Il se serait sérieusement posé des questions sur la santé mentale de Regulus, si Lily s'était avérée être une sorcière pleurnicharde et suppliante.

Mais elle était tout le contraire. Ses remords pour ce qu'elle avait fait à Izar étaient vrais, son aura le lui avait confirmé. Elle avait admit avoir fait des erreurs par le passé, en ce qui concernait Izar et son enfance.

Izar avait été impressionné par son contrôle émotionnel et de son impassibilité. Mais sa surprise s'était arrêtée là. Il savait que Lily était extrêmement manipulée par Dumbledore. Peut-être que ça n'avait pas été le cas à Poudlard. Peut-être avait-elle été alors en capacité de comprendre que tout n'était pas noir ou blanc, et que la Magie noire n'était pas mauvaise par essence. Mais son indépendance s'était amoindrie dès qu'elle avait posé un pied dans l'Ordre du Phénix de Dumbledore.

Elle n'était qu'une servante au milieu des gentilles manipulations subtiles de Dumbledore. Izar avait toujours considéré Dumbledore comme un manipulateur dangereux avec ses manières douces. L'homme avait quelque chose en lui qui attirait les gens malgré leurs problèmes. Ils cherchaient sa protection. Mais sa protection avait un prix.

Si Lily n'est rien de plus qu'une servante pour Dumbledore, alors qu'es-tu pour Voldemort ? Quelle est la différence entre toi et elle ?

Izar pinça les lèvres. Il était peut être un partisan de Voldemort, mais Izar gardait son indépendance malgré sa servitude. Il ne laisserait pas la Marque sur son bras lui dicter ses choix, ses décisions et ses opinions. Lily avait laissé Dumbledore tirer les ficelles. Elle l'avait laissé la manipuler.

Izar avait coupé les ficelles qui le reliaient à Voldemort dès le premier jour de leur rencontre. Il avait affirmé leur égalité, ou du moins, autant que possible. Il n'y aurait jamais de totale égalité entre eux, mais au moins Izar pouvait réfléchir par lui-même.

Il ne ressemblait en rien à Lily.

Mais si c'était elle qui avait choisi de s'en prendre ainsi à Regulus ? Et si Dumbledore ne l'avait pas manipulée ?

C'était sans importance. Izar la méprisait toujours après ce qu'elle avait fait à Regulus. Qu'importe ses excuses pour avoir abandonné Izar, elle avait admit ne pas regretter ce qu'elle avait fait à Regulus. Aucun homme ne méritait ça, le père d'Izar ne méritait pas ça.

Pendant les vacances de Noël, Voldemort avait taquiné Izar sur sa tendance à vouloir toujours protéger les gens auxquels il tenait. Izar l'avait alors nié, mais en repensant à l'observation du Seigneur des Ténèbres, il réalisa que l'homme avait raison. C'était difficile à admettre, mais Izar tenait à son père. Avoir développé un tel attachement émotionnel était pour le moins effrayant, surtout parce qu'il s'était toujours juré de ne jamais avoir de personne aussi influente dans sa vie.

Mais il n'était plus possible de rebrousser chemin à présent. Regulus avait besoin d'Izar et Izar de Regulus.

"Izar ?" demanda Daphné d'un ton inquiet, après son long silence.

Son rictus s'accentua. Tenait-il à Daphné ? Quand elle avait été attaquée au Bal de Noël, Izar l'avait affirmé. A présent qu'elle était en bonne santé, Izar avait du mal à dire à quel point il l'estimait. En y réfléchissant rapidement, il savait qu'il était un peu attaché à elle, mais ce n'était pas aussi fort que ce qu'il partageait avec Regulus.

Et Voldemort ?

Izar pâlit à cette pensée et décida de penser à autre chose, avant que la réponse ne se forme.

"Désolé", dit-il sèchement. "Je n'avais pas réalisé que tu m'adressais encore la parole." A ses côtés, Drago renifla.

Daphné rougit et détourna le regard. "Je crois que je te dois mes excuses après t'avoir évité dans le train et en classe." Ses yeux verts, semblables à ceux de Lily Potter, se tournèrent vers Drago de l'autre côté du lit. Elle le regarda d'un air dégoûté, avant de lever le menton et croiser le regard d'Izar. "J'étais juste en colère contre toi pour ne pas m'avoir dit que tu étais un Black et…" Elle s'interrompit à nouveau et fixa Drago.

"Tu m'en voulais car mon père a décliné la proposition", devina Izar, une douleur sourde et palpitante derrière les yeux. Sa vision s'était considérablement améliorée depuis que le professeur Rogue s'était occupé de lui, mais il avait toujours une légère migraine et sa fièvre était revenue. Mais il avait déjà ces symptômes avant sa commotion cérébrale, pourquoi les choses auraient-elle été différentes maintenant ?

Elle semblait mal à l'aise de poursuivre sur le sujet, mais elle sentait la réticence d'Izar pour parler. "Je…"

Daphné n'était jamais à court de mots.

Il soupira, se pinçant la base du nez. "Pourrais-tu nous laisser, s'il te plait, Drago ?" Aucune réponse ne se fit entendre à côté de lui. Izar retira ses doigts et tourna la tête pour croiser les yeux gris du Serpentard. "Malefoy—"

"Et pourquoi donc ?" Drago s'assit dans la chaise derrière lui, croisant les bras sur sa poitrine, comme un enfant têtu.

Izar se pencha vers lui, le regard brillant. "Je n'ai pas de temps à consacrer à un enfant." Il savait que c'était un coup bas, notamment parce qu'il savait que Drago essayait constamment de prouver à son père qu'il n'était plus un enfant. Izar imaginait n'avoir pas arrangé les choses non plus pendant les vacances de Noël en proclamant que Drago ne serait pas capable d'assumer une relation avec lui. Le garçon avait depuis essayé de lui prouver le contraire, en essayant de jouer est les émotions d'Izar dans le train pour Poudlard.

Le visage de Drago devint impassible et il se leva. "Je suis content de voir que tu vas mieux", souffla le garçon avant d'hocher brièvement la tête et de tourner les talons.

Laissant échapper un léger soupir, Izar le regarda quitter l'Infirmerie. "Je ne veux pas de mariage arrangé avec toi, Daphné." Il tourna les yeux vers elle et s'aperçut que la tension était considérablement retombée maintenant que Drago était parti. "Je n'ai aucun sentiment pour toi."

Il aurait pu avoir plus de tact, imagina-t-il. Mais il n'était pas pressé d'avoir cette conversation. N'avait-il pas eu exactement la même conversation avec Drago quelques jours avant ? Non seulement, Izar les rejetait parce qu'il ne ressentait rien pour eux, mais il les protégeait surtout de Voldemort. L'homme prétendait ne pas être jaloux quand il s'agissait "d'adolescents bourrés d'hormones", mais Izar savait à quel point le Seigneur des Ténèbres pouvait être sadique et possessif.

Autant ils lui tapaient sur les nerfs, mais il ne souhaitait pas que le Seigneur des Ténèbres leur fassent le moindre mal.

Et encore sa tendance à vouloir protéger qui reprenait le dessus...

"Je n'ai aucun sentiment pour toi non plus, Izar", répondit doucement Daphné, surprenant Izar. "Ne te méprends pas, tu es beau, incroyablement beau, et tu es intelligent et puissant. J'admire ta beauté et j'ai envie d'être aussi proche que possible de toi."

Izar haussa un sourcil.

"Je sais que ça sonne comme si j'avais des sentiments pour toi, mais ce n'est pas le cas. Sexuellement parlant", clama-t-elle. "Tu es un bon ami. Tu peux te comporter comme un salopard sarcastique parfois, la plupart du temps même, mais tu es quelqu'un de vrai. Et tu me comprends mieux que personne." Elle renifla, haussant les épaules. "Tu sais, je fais tout mon possible pour devenir indépendante et réussir."

"Je sais", concéda Izar. "Tu es une sorcière remarquable, Daphné. Je sais que tu iras loin." Elle pourrait même aller plus loin encore en déniant ouvrir un livre...

"C'est pour ça que je veux arranger un mariage avec toi."

Izar cligna des yeux, fronçant les sourcils devant sa logique. "Eclaire ma lanterne", dit-il d'un air raide.

Elle se tortilla sur son siège, essayant de se faire aussi grande que possible. "Mon père veut veut me trouver un fiancé avant la fin de Poudlard. C'est dans un an, Izar. Je ne peux même pas m'imaginer mariée à la famille Goyle ou Crabbe, ou même n'importe quel autre garçon. Avec toi, je sais que je peux être officiellement mariée, mais tout en partageant une amitié."

Sa migraine empira. "Daphné…" commença-t-il calmement.

"Nous n'aurons pas à nous toucher, Izar", poursuivit-elle comme si elle savait qu'il allait rejeter sa proposition. "Je comprends que tu apprécies la solitude et tu comprends mon besoin d'indépendance. Avec n'importe quel autre homme, je me sentirais pieds et poings liés, comme prise au piège dans ma propre maison. Je n'aurais pas le droit de sortir dans des soirées politiques et quitter le Manoir pour une longue période de temps. Je ne devrais être qu'une pétasse docile portant ses enfants."

Des larmes mouillèrent ses yeux et elle laissa échapper un léger sanglot.

Izar se figea.

Il n'avait jamais été doué pour ce genre de choses… conforter. Les filles en pleurs, en particulier, n'était pas quelque chose auquel il était habitué. Tendre la main pour lui tapoter le dos le rendit très mal à l'aise. "Ce n'est pas vrai, Daphné."

"Bien sûr que si", grogna-t-elle, les yeux brillants. Mais plus aucune larme n'y était présente.

Il retira brusquement sa main, légèrement surpris de son changement d'humeur. Il entendait toujours les garçons se plaindre des humeurs changeantes des filles. Izar ne l'aurait jamais cru sans l'expérimenter, mais il ne pouvait plus l'ignorer à présent. Bien qu'encore une fois, Voldemort soit lui aussi sujet aux changements d'humeur.

"Les hommes au sang-pur sont toujours comme ça. Ils ne pensent pas qu'une femme a le droit de se détourner de son foyer, d'avoir ses propres opinions. Ne te méprends pas, izar, j'aimerais avoir des enfants un jour, mais selon mes propres termes et en temps voulu."

"Je ne veux pas d'enfants", laisse-t-il échapper d'un ton passionné. Il cligna des yeux, se demandant qui au juste était la femme, avant de s'éclaircir la gorge. "Je veux dire, je ne suis pas prêt à penser aux enfants maintenant." Il avait quinze ans. "Lucius Malefoy et Narcissa Malefoy ne sont pas comme ça", songea-t-il en se souvenant de la magnifique Narcissa Malefoy. "Narcissa est une sorcière tout à fait digne et indépendante…"

"Et Lucius la contrôle", répliqua sèchement Daphné. "Elle essaie de ne pas le montrer, mais elle est juste aussi contrôlée que les autres femmes. Elle sait juste l'arborer avec grâce. Je veux être comme la mère de Blaise Zabini et Kristine Steinar. Ces deux femmes sont indépendantes."

Izar s'adossa contre ses oreillers, réfléchissant aux mots de Daphné. Il eut besoin de chercher un peu pour se souvenir qui était Kristine Steinar, mais cela lui revint rapidement. C'était la mère de Lukas, la femme qu'il avait vu au Bal de Noël. Il se souvint Daphné lui dire que Kristine avait empoisonné la première fiancée de Bjørn Steinar pour mettre la main sur Bjørn. Et la mère de Blaise… eh bien… elle avait eu sept mari ces dernières années.

Ses yeux gris et verts plongèrent dans ceux de Daphné, une expression sérieuse sur le visage. "Si je me marie avec toi, Daphné, prévois-tu de me tuer en m'empoisonnant ? Parce que les indices que tu laisses ne sont pas très subtils."

Elle le frappa au bras, ses joues rougissant. Un léger sourire étira ses lèvres. "Tu sais très bien ce que je veux dire, Izar. Ces femmes sont dangereuses et de magnifiques souveraines."

Il réfléchit à Daphné. Bien qu'Izar ne connaissait pas grand chose des mariage de sang-purs, il ne croyait pas que tous les hommes étaient aussi dominants que Daphné le prétendait. Il se demanda si ses craintes concernant le mariage étaient dû à la manière dont son père traitait sa mère, ou bien quelque chose qu'elle avait juste imaginé seule. Une peur réelle s'échappait de Daphné quand elle parlait d'être mariée à un inconnu.

Izar comprenait ses raison, de vouloir se marier avec lui, mais… ce n'était pas possible.

Elle devait avoir deviné ses pensées, car elle se pencha et attrapa la main d'Izar. Son regard était désespéré. "Nous devrons probablement vivre sous le même toit, mais tu pourras avoir toutes les maîtresses que tu veux, Izar. Tu n'auras même pas à me regarder. Tu n'auras même pas à me toucher."

Il eut de la pitié pour elle, un sentiment de tristesse profonde au fond de l'estomac, quand il tendit la main pour la poser sur sa joue. "Tu tiens vraiment à t'imposer une telle situation et un tel isolement, juste pour éviter de te marier, Daphné ?"

Ses yeux étaient à nouveau emplis de larmes, mais sa mâchoire restaient obstinément contractée. "Je ferais n'importe quoi."

Il repensa aux relations amoureuses de Daphné. Bien que Daphné ait toujours apprécié les bel hommes et ne se soit jamais gêné pour le faire remarquer, elle n'avait jamais eu de petit copain ou essayé d'initier la moindre relation amoureuse. Daphné était une sorcière exceptionnelle ; elle avait sûrement déjà été approchée par un garçon. Mais il se rendait compte, à présent, que Daphné avait l'intention de rester célibataire. A en juger son regard, il se demanda la gravité de ses cicatrices émotionnelles. Croyait-elle ne pas mériter un mariage correct ? Son père abusait-il sa mère ? Son père l'abusait-il, elle ?

"Ton père t'a-t-il déjà blessée, Daphné ?" questionna-t-il doucement, sa paume toujours posée sur sa joue.

Elle écarquilla les yeux et son aura se teinta de choc. "Non." Elle secoua la tête et s'éloigna de sa main. "Bien sûr que non." Elle déglutit difficilement, tendant les bras pour agripper le t-shirt d'Izar. "Tu es mon meilleur ami, Izar. J'ai confiance en toi."

Elle évitait le sujet.

Il baissa la tête. Il était partagé. Il savait que s'il lui suggérait de simplement ne pas se marier et rester célibataire, elle lui rétorquerait quelque chose au sujet des traditions des familles de sang-pûr.

Il comprenait également ses intentions. Elle ne l'aimait pas, mais elle lui faisait confiance. Elle voulait être mariée officiellement à lui, mais qu'ils restent simplement amis au sein de leur foyer et soient libres d'aller voir ailleurs.

Mais Voldemort ne le verrait pas de cet oeil là...

"Je ne peux pas, Daphné." Il leva les yeux vers elle. L'expression de Daphné s'assombrit, tout comme son aura. "Tu ne comprendrais pas mes raisons si je te les donnais. Je—"

S'avançant, elle posa un doigt sur ses lèvres. Elle se leva, plus gracieuse que jamais. "Promets-moi juste d'y réfléchir, Izar. S'il te plait."

Même sans son doigt sur ses lèvres, il se trouva incapable de lui répondre. Il se contenta d'hocher la tête. Elle acquiesça en retour, lui offrant un sourire, avant de quitter lentement l'Infirmerie.

Il se radossa contre ses oreilles, épuisé.


Note de la traductrice : La série des chapitres interminables à traduire continue en 2014 ! Qu'avez-vous pensé des explications de Lily ? C'est un personnage des plus ambivalents dans cette fic et je suis curieuse de savoir ce que vous pensez d'elle. Quant à Daphné, je trouve sa détermination et son courage très attachants. Le prochain chapitre sera le plus long jusqu'à présent et nous retrouverons Jedusor, Lucius et Rogue. C'est une de mes scènes préférées, j'ai hâte de la partager avec vous ! Egalement, je vous souhaite de belles aventures et émotions pour 2014. Que vous trouviez le courage d'être ce qui vous chante, et en retiriez beaucoup de fierté et d'amour. Et bien sûr, je vous dis à très bientôt :)