-Je le crois pas...repris Anne devant la porte ouverte, tu sais que je pourrais te tuer ?! Dit-elle en haussant la voix.

-Bonsoir Anne, répondit Brian.

Elle le fit entrer.

-Je suis trop fatiguée pour te frapper mais je te jure que c'est pas l'envie qui me manque, dit-elle.

-Je sais, répondit-il simplement.

-Putain je sais pas ce qui t'es passé par la tête ! Poursuivit-elle. Viens, il est par là, dit-elle en traversant la cuisine, le salon puis la terrasse. Je te laisse t'as pas besoin de moi, termina-t-elle en le laissant devant l'atelier.

Il resta debout quelques instants devant la porte. Il était angoissé, la gorge nouée, les mains moites. Il ne savait pas ce qu'il allait dire mais ce qu'il redoutait le plus c'était la réaction de Justin. Il prit une lente et profonde inspiration et posa la main sur la poignée.

Quand il entra la pièce était plongée dans une semi-obscurité et c'est là qu'il le vit.

« J'ai eu sa colocataire au téléphone hier soir et il ne va vraiment pas bien... » les paroles de Debbie lui revinrent en mémoire mais il ne s'attendait vraiment pas à ça.

Sur un tabouret, voûtée, replié sur lui même, Justin était de dos et n'avait même pas réagit en entendant la porte s'ouvrir. Il s'approcha de lui et lorsqu'il le vit de face ce fut pire. Il ne l'avait pas vu dans une telle attitude avec une telle expression sur son visage depuis son agression. Il se sentit encore plus coupable, lâche, un vrai connard...

Il s'accroupit face à lui et prit, avec douceur, son visage entre ses mains. Lorsqu'il vit le regard de Justin ce fut pire.

Lorsque Justin sentit ses mains il crut qu'il rêvait. Lorsqu'il vit son visage à quelques centimètres du sien, le regard douloureux, il avait la sensation que son corps allait exploser. C'était vraiment lui ?

Mais alors qu'il ne s'y attendait pas, tout ce qu'il avait retenu ces longs mois, tout ce qu'il avait enfoui, caché, tus éclatèrent comme une grenade d'amertume. Tout remonta à la surface comme un geyser. Il se leva brusquement et rejeta les mains de Brian.

Ce dernier recula devant la violence du geste.

-ESPECE DE CONNARD ! T'AVAIS PAS LE DROIT DE ME FAIRE CA ! POURQUOI TU T'ES BARRE DE MON VERNISSAGE ?! J'EN AI RIEN A FOUTRE DE CE MEC ! POURQUOI TU ME FAIS PAS CONFIANCE BRIAN ? POURQUOI ?! TU M'AS LAISSE TOUT SEUL, TU M'AS TOTALEMENT ABANDONNE ! TU M'AS MEME PAS ECOUTE ! TU T'ES BARRE BRIAN ! TU M'AS TOTALEMENT LAISSE SEUL ! T'AVAIT PAS LE DROIT !

Il criait, lui martelant la poitrine avec ses mains. Brian finit par réussir à la maîtriser l'enserrant avec ses bras. Il finit par se calmer sans cesser de répéter qu'il n'avait pas le droit de lui faire ça et qu'il l'avait abandonné.

-Pardon...murmura Brian dans ses cheveux. Qu'est ce qu'il aurait pu dire d'autre ?

-Espèce de connard, répéta Justin.

N'y tenant plus, la pression relâchée il fondit en larmes. Ses larmes représentaient tout ce qu'il n'avait pu dire ces deux derniers mois, toute la peur qui l'avait habitée, l'incompréhension, la fatigue, la douleur, la blessure. Brian resserra son étreinte et se sentit encore plus minable.

Allongés l'un à côté de l'autre, ils ne se quittaient pas des yeux.

-Pourquoi tu me fais pas confiance ? Demanda Justin d'une petite voix.

-Parce que je suis un crétin.

-S'il te plaît Brian...le supplia-t-il.

-Parce que j'ai peur que tu t'en ailles et que tu reviennes jamais. Et quand je t'ai vu avec l'autre je me suis dit que mes craintes étaient fondées. T'es à New-York, moi à Pittsburgh. Je suis plus vieux que toi, sérieusement qu'est ce que tu ferais avec un mec comme moi...murmura-t-il en baissant les yeux.

Justin fut touché par sa sincérité. Il ne s'ouvrait pas facilement mais lorsqu'il le faisait il disait totalement les choses.

-Je suis avec un mec comme toi parce que je t'aime, répondit-il avec une petite voix, il serait peut-être temps que tu l'admettes. Comme j'ai essayé de te le dire quand je suis venu te voir à Pittsburgh je savais pas qu'il devait venir. On a juste échangé des banalités. C'était vraiment la dernière personne que je souhaitais voir à mon vernissage. C'était toi que je voulais, pas lui, ni personne d'autre, murmura-t-il.

Après ces dernières paroles ils ne dirent plus rien. Ils voulaient juste ressentir la présence, le corps, la chaleur de l'autre. Justin commençait à s'endormir lorsque Brian commença à se lever. Il s'agrippa à sa main.

-Je serai là quand tu te réveilleras, chuchota-t-il devant son regard.

Brian attendit qu'il se soit endormit et sortit doucement de la chambre. Il se dirigea vers la cuisine où se trouvait Anne entrain de travailler. Elle leva les yeux de ses livres lorsqu'il entra.

-Un verre ? Demanda-t-elle.

-Je veux bien, répondit-il en s'asseyant lourdement sur un des tabouret autour du bar.

Elle l'observa du coin de l'œil. Il paraissait aussi exténué et déprimé que Justin.

-Comment vas-t-il ? Demanda-t-elle.

-Il s'est endormit, répondit Brian en buvant une gorgée de scotch. Anne...

-Oui ?

-Raconte moi. Raconte moi tout ce qu'il s'est passé depuis le vernissage.

-Tu es sûr ?

-S'il te plaît, insista-t-il.

-Bien, répondit-elle.

Pendant une heure elle raconta en détails tout ce qui c'était passé ces deux derniers mois. La longue descente de Justin, ses cauchemars, son refus de parler, son mutisme. Au fur et à mesure du récit le visage de Brian se décomposait peu à peu. Elle lui fit cependant grâce de l'épisode dans la salle de bain. De toute façon il le saurait bien assez tôt et ce n'était pas à elle de lui en parler.

Il regardait le fond de son verre alors qu'elle venait de terminer.

-Désolé pour tout ça...

-T'inquiètes pas c'est bon, répondit-elle.

-Non vraiment désolé pour tout ça. Ça n'a pas du être simple pour toi et je te remercie de t'être occupée de lui comme tu l'as fais, termina-t-il en se levant. Bonne nuit...

-Bonne nuit Brian.

Il retourna dans la chambre de Justin et s'assit au bord du lit. Il le regarda dormir et passa sa main dans ses cheveux. Je suis tellement désolé mon ange...

Il remarqua un petit bandage blanc sur son poignet droit. Piqué par la curiosité il l'enleva délicatement pour ne pas le réveiller. Il aurait préféré ne pas y toucher. En découvrant ce que le pansement cachait il eut un haut le cœur et remis très vite la bande en place sur la blessure.

Il se coucha près de lui et le prit dans ses bras. Le nez dans ses cheveux il eut une réaction qu'il n'avait pas eu depuis des années : il pleura. Les larmes glissaient le long de ses yeux fermés, tombant dans les cheveux blonds.

Lorsque Justin l'avait senti près de lui il s'était instinctivement réveillé. Il l'entendit pleurer en silence. Il se resserra un peu plus contre lui niché au creux de son cou. Il l'avait enfin retrouvé et le laissa exprimer sa douleur sans lui signifier qu'il était réveillé.

Ils s'endormirent retrouvant la chaleur de l'autre, la respiration, les battements de cœur. Ils n'avaient pas aussi bien dormi depuis des semaines.