Vampire Break
"28"
L'humidité et l'obscurité saisissantes rendaient la visibilité difficile et l'avancée hasardeuse. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas suivi le réseau des égouts de Sunnydale, qui avait été un territoire conquis quelques temps auparavant . Mais ça faisait bien des années qu'il n'avait pas pratiqué cette spéléologie bien particulière. De l'autre côté de ce tuyau infecté de puanteurs diverses et variées, se trouvait son nouveau logis. A quelques mètres de sa nouvelle cible ou plutôt de son ex cible. Sa main glissa sur le trophée qu'il portait encore autour de son cou. Aujourd'hui, il revenait d'un périple de quelques mois en territoire inconnu, Los Angeles serait bientôt sa nouvelle aire de jeu ! Il avait simplement fait en sorte de ne pas entrer en contact avec ceux qui seraient en mesure de humer sa présence sur milles lieues à la ronde...
Il n'était pas totalement idiot et voulait garder l'effet de surprise pour asséner un coup fatal à ce nouveau challenge qui lui avait été offert : Tuer Angelus, ainsi que tout son charmant petit groupe... Il avait aussi une affaire un peu plus personnelle à y régler, c'est en regardant dans les ténèbres de ce regard qu'il y ferait face. Oui, ils allaient bien s'amuser !
- As-tu trouvé leurs traces ? »
Oui, il les avait trouvé et son sourire glacial voulait tout dire. Il mettait en place son plan, pierre après pierre, il ne subirait aucun échec car il allait y mettre tout son cœur et sa vilenie. Il était temps de régler ses comptes avec son passé ! Il était temps de montrer au monde qu'il était de retour et qu'une horde de tueuses au service d'Angel et de toutes les sorcières du monde ne l'arrêteraient en aucun cas !
- Ils vont tous mourir... A la fin du mois, nous danserons sur leur corps froid et nous saupoudrerons leurs cendres au milieu des vagues de sang. Mon amour, lequel voulez-vous que je vous offre ? »
- Michael... Scofield... Jouons avec lui ! La jeunesse de sa chaire exquise me fait frémir d'impatience... Et ses yeux... ses yeux... Nous pourrions peut-être les lui arracher. »
- Il sera vôtre, ma douce, vous pourrez en faire tout ce que vous voudrez, rien ne vous arrêtera... »
Il aimait ce regard sombre comme la mort, il aspirait la vie et la raison des faibles d'esprit dès le premier regard. Un sourire grimpa sur ses lèvres, il pourrait bien sauter à son cou et s'abreuver de son sang délectable puis la prendre sur ce sofa, à la voir là, onduler des hanches devant lui. Il la voulait !
- Et que ferrons-nous de son chien de garde ? »
Après un grincement de dent, il hésita un instant, observant la troisième personne d'un regard perfide et irrité. Il avait oublié son existence, assise, dans le fond de la salle lugubre et humide, elle ne disait mot et attendait toujours les meilleurs moments pour manifester sa présence ! Elle dodelina de la tête, désintéressée par tout ce qui se disait, tout ce qu'elle voulait, c'était la tête d'Angel sur une pic, enfin, façon de parler ! Le reste n'était que secondaire, mais elle ne pouvait s'empêcher de chercher des poux à leur nouveau leader.
- Je m'occupe de T-Bag personnellement ! »
L'obscurité de son regard s'illumina sous cette phrase brusque, imposant le respect de l'ordre. Il était tellement... beau... Le mâle alpha avait des comptes à régler, ce T-Bag en faisait parti... les anciens payeraient de leur vies, les nouveaux seraient les victimes de leur simple caprice. Au moins, lorsqu'ils en auraient fini avec cette ville, ils n'auraient plus qu'à migrer vers d'autres destinations à la recherche des autres victimes de leur longue liste...
- Nous irons leur rendre visite très prochainement... »
Trois rires raisonnèrent dans la large pièce qui avait servi de zone d'assainissement avant que la ville ne s'agrandisse. Il y avait de nombreuses années qu'elle ne servaient pus, la ferraille avait rouillé et l'ancien escalier qui menait à l'extérieur, débouchait sur une vieille usine désaffectée.
- Et le fils de William le Sanguinaire ? »
La langue de vipère tonnait à nouveau. Ils n'avaient pas vraiment pensé au gosse dans leur plan. La question de la troisième personne laissa une ambiance givrée se poser sur l'assemblée. Les avis étaient partagés, le laisser vivre ou le tuer était toute la question, justement.
- Je suis d'avis qu'il rejoigne sa mère dans la mort ! Il serait cruel de les séparer n'est-il pas ? »
Les ténèbres des yeux d'encre se tournèrent vers la troisième personne qui se faisait tout à coup, beaucoup trop remarquer.
- C'est enfant est à moitié des nôtres, l'aurais-tu oublié ? »
- Et à moitié le rejeton d'un tas de viande putride ! Avant que tu ne demandes clémence pour cette atrocité, n'oublie pas que Spike a couché avec Buffy pour nous pondre cette atrocité ! »
Les ténèbres se tintèrent de colère, la personne jusque là de bonne humeur se jeta sur la troisième dans un cri strident. L'homme observa la scène avec délectation, tandis qu'il tirait sur le médaillon de Buffy Summers, mémento de sa victoire sur la tueuse qui ne s'était pas attendu à le voir débarquer et lui régler son compte en quelques secondes. Il lui avait planté un pieu dans le cœur, avant d'exhiber le corps à toute son armée. Des années de terreur s'étaient distillées en quelques secondes. Quel délice... La première pierre de leur édifice de sang et de mort. Haha, l'excitation avant la guerre était attrayante, il observait la scène avec délectation, peu enclin à pencher pour l'une ou l'autre des combattantes.
- L'enfant viendra avec nous ! S'il veut rejoindre la tueuse, nous exaucerons son souhait... »
- Prendra-t-on le fils d'Angelus ? »
- S'il rejoint notre camps... sinon aucune pitié ! Les traites seront châtiés, leurs descendances aussi ! »
- Je te reconnais bien là... »
- Ils portent notre sang, nous serons les juges. Nous verrons bien de quels traits génétiques, ils ont hérité... le nôtre ? Ou celui des vaincus qui étancheront notre soif. »
Ils devaient leur laisser une chance de montrer ce qu'il avaient dans le bide, pour le fils de Spike, il ne se faisait pratiquement pas de soucis ; son père avait été un terreur dans ses vieilles années, le fils d'Angelus devaient leur montrer s'il tenait de cette tarlouze d'aujourd'hui ou de l'ancien leader de leur confrérie.
- Comme tes paroles sont douces à mes oreilles... »
- Mon amour... »
Les ténèbres furent l'espace d'un instant, prise d'une liesse incommensurable, tout ceci lui rappelait de nombreux souvenirs de jeunesses, lorsqu'ils parcourraient le monde avec William et Angelus semant le désespoir partout où ils s'étaient attardés.
- A table, bordel ! »
Le long manteau en cuir s'agita lorsque son propriétaire beugla dans tout l'appartement. Relevant le nez devant sa tambouille, l'homme jeta un coup d'œil rageur sur son fils qui regardait obstinément la télévision. Soit disant qu'un mammouth, un paresseux, un puma aux dents longues et deux écureuils, ou il ne savaient quoi, cherchaient le Père Noël dans un décor de préhistoire... Une histoire de fou selon lui ! Les gosses regardaient vraiment de la merde, pas étonnant que son fils devienne un sombre crétin insolent !
- Michaël ! »
Un bruit sourd lui vint dans l'oreille, le dénommé Gueule d'Ange grommelait. Heureusement qu'il veillait au grain, car ni l'enfant, ni l'adulte ne faisaient attention à l'heure, trop absorbés par leur dessins animés ou leur travail ! Le non humain soupira, sa tambouille fut jetée sur la table de la salle à manger dans un désespoir total ! Il ôta son tablier de cuisine en rouspétant, s'il avait su à quoi s'en tenir pour ces derniers mois, il serait retourné chez lui !
- Show me the way to the next whiskey bar... Oh, don't ask why! Oh, don't ask why! For if we don't find the next whiskey bar, I tell you, we must die ! »
- De si bon matin ? »
Un majeur fut la seule réponse à la tête d'illuminé qui se montrait enfin ! Gueule d'Ange, perplexe, regardait son compagnon avec intérêt. L'homme avait été de très mauvais poil depuis quelques mois, il ignorait si c'était à cause des rêves étranges qui semblaient le poursuivre toutes les nuits depuis trois mois, ou si c'était à cause du rôle qu'il avait pris dans la maisonnée. Face aux grimaces que lui tendaient le propriétaire du manteau en cuir, ses yeux bleus firent un arc de cercle. Il attrapa une assiette puis se dirigea vers la poêle. Dubitatif pendant quelques secondes, il remplit son assiette en entendant le cuistot perdre patience.
- Ça... a l'air bon ! »
- Pour un rat mort, certainement ! »
Le gamin lui ôtait les mots de la bouche ! Il le regarda chiper un paquet de gâteaux et retourner s'abrutir devant la télé. Brave gamin, Gueule d'Ange n'écharperait pas à la tambouille désastreuse par ce petit stratagème, bien malheureusement. Soupirant, il se laissa tomber sur une chaise et observa les aliments, bouillis, frits, marinés dans une sauce à l'huile... Délicieux ! Sous le regard sévère de son cuisinier, il entama son assiette dans un sourire factice, s'il ne voulait pas attirer le courroux de son geôlier, il avait tout intérêt à faire profil bas.
- C'est délicieux ! »
- Sérieux, te force pas, depuis quand il fait quelque chose de potable ? »
Willy devenait de plus en plus dur, soit, il tenait de son père à ce niveau et développait son caractère bien trempé et revêche. Il avait maintenant la tête d'un ado de quatorze ans et se fichait bien de ce qu'on pouvait lui dire et faisait la sourde oreille aux houspillages que son père pouvait bien lui envoyer. Le chef de maison et le gamin se prenaient souvent le bec et c'était le petit génie qui récoltait les pots cassés. Levant les mains en signe de capitulation, il regarda le cuistot se diriger vers son fils et lui fiche une raclée. Quelques grognements et autres sons gutturaux plus tard, l'homme revint s'installer en face de lui et reprendre sa chanson avec les dents recouvertes d'une teinte carmine. Aïe. Le gamin était un enfer pourpre, en contre partie, de temps en temps, le petit génie était une bouffée d'air frais dans sa journée, comme aujourd'hui. La main de l'ingénieur chercha un mouchoir et tamponna la joue meurtrie de son compagnon avec une moue réprobatrice, Willy n'y avait pas été de main morte avec ses griffes.
- Je le tuerais un jour... »
Il disait toujours cela, mais lorsque le gamin venait avec un sourire d'ange pour se faire pardonner et sous tirer de l'argent de poche, le cuistot grognait et cédait immédiatement.
Suite au retour de l'ingénieur parmi les vivants, ils avaient emménagé dans un magnifique appartement de la banlieue de Los Angeles, ils étaient installés en haut d'une tour, un appartement grand standing avec terrasse et tout le toutim. Un présent de son grand frère pour que son cadet puisse se refaire une santé paisiblement avec sa petite famille. Willy avait été de-scolarisé lorsqu'un matin il s'était réveillé avec dix centimètre de plus. Aujourd'hui le petit monstre qui n'avait que sept ans sur son certificat de naissance, prenait des cours particuliers avec Michaël, Wesley et Gilles qui s'était établi dans le coin pour surveiller la croissance du Changeling.
- Bientôt fini ? »
- Fini ! »
Un sourire lui fut tendu, le petit génie baissa les yeux, il venait de terminer ses plans. A peine remis sur pieds, l'humain avait retrouvé un travail convenable grâce en partie à Burrows et les relations qu'ils s'était faites à diverses occasions et surtout un coup de pouce de la maison blanche qui essayait de noyer le poisson qui parlait de complots gouvernementaux. Michaël avait déjà fini huit plans et maquettes de grandes entreprises qui s'étaient ruées sur lui pour un gros coup médiatique. Il était devenu l'emblème de l'héroïsme fraternel américain... On préparait un film sur sa vie et son action très controversée, à savoir sauver un frère manipulé par le système, d'une peine de mort. Certains réfractaires le jugeaient inconscient d'avoir fait sortir des monstres comme T-Bag et Abruzzi, même pour sauver un innocent de la chaise électrique.
Qu'on l'aime ou non, Michaël Scofield faisait parler de lui, les filles s'arrachaient ses interviews comme des furies. D'ailleurs cette popularité, il avait du mal à la supporter. Au grand damne de la Gueule d'Ange, il avait vu les paparazzi éplucher ses moindres mouvements, sa vie, son quotidien, son passé et même son intimité... Il avait du faire attention à tout ce qu'il faisait, car rien de très naturel partageait sa vie. En parlant de ça, il avait fallu attendre que la surmédiatisation dont il avait été victime se tarisse pour qu'il puisse se reposer sur l'épaule de son compagnon. Le petit génie termina son assiette, puis laissa tomber sa tête contre l'épaule emmitouflée de noir. L'odeur du cuir était agréable. Il regardait les volutes de fumée de cigarette s'élever devant ses yeux.
- On fait quoi ce soir ? »
- Aucune idée, je suis de patrouille, mais... si tu préfères une fouille au corps en bonne et due forme, mon mignon, j'appelle Gunimmédiatement pour qu'il s'y colle, avec les remerciements de la maison ! »
Non, il ne changerait certainement jamais. Donnant une gifle à l'arrière du crâne qui lui faisait face, le petit génie pénétra dans sa chambre, lui, d'ordinaire très accroc au rangement et soigneux, avait déposé les armes, quoi qu'il dise la personne qui partageait son lit était d'un bordel sans nom ! Son T-shirt moulant fut retiré sous les yeux scrutateurs de son amant qui siffla d'amusement avant de sortir son téléphone et parlementer avec son correspondant.
- Comment ça cinquante dollars pour prendre mon soir de patrouille ? Tu te fiches de moi ! J'ai une urgence sur le feu et si tu voyais ce que je vois... Oh Gunn... tu te damnerais pour en avoir un bout... Imagine cette peau délicieusement moite prête à toutes les divagations les plus pernicieuses... Il serait criminel de laisser une telle beauté se refroidir, Gunn ! Prie pour que ma jolie beauté me satisfasse pleinement, qui sait, tu auras peut-être ton argent. »
Encore un fois Gunn se faisait avoir en beauté par la voix délicieusement basse et manipulatrice de l'ancien taulard. Michaël ricana, sentant la présence se rapprocher de lui. Une main glissa le long de son dos, suivant les dessins qui jadis avaient eu une signification dans sa vie. Heureusement qu'esthétiquement c'était irréprochable, car il allait devoir vivre avec pour le restant de ses jours.
- Vas-y... »
La nuque de l'humain glissa souplement en arrière lorsque deux crocs déchirèrent sa peau et qu'un grognement sourd explosa dans tout son être. Un gémissement plaintif lui échappa lorsque deux bras ses saisirent de son corps pour le plaquer contre le grand miroir qui faisait face à leur lit. Il n'avait jamais osé demander à son compagnon pourquoi il l'avait emmené et pourquoi, il passait des soirées à converser devant tout en buvant une bière. Il y avait des choses qui ne pouvaient être demandées, tout simplement. Le petit génie caressa son reflet, de temps en temps, il avait l'impression que le miroir était liquide en surface car des petites vagues venaient alors troubler sa vision. Relevant le visage, il essaya de récupérer une respiration normale mais en vain, ses doigts se refermèrent sur du vide glissant sur la paroi lisse du verre.
- T... »
Les paupières mis closes, il ne put en dire plus, un sourire étira ses lèvres, lorsque les prunelles sombres du prédateurs croisèrent le bleu de ses yeux à travers la matière réfléchissante.
- Immoralement, magnifique. L'obscénité te va à ravir, très cher. »
Le sourire en coin était presque terrifiant. Il s'était fait aux changements de son compagnon, il n'y avait pas que son fils qui avait subi une métamorphose impressionnante, l'homme qui partageait maintenant sa vie avait lui aussi eu son lot de transformation. Physiquement, il était toujours l'homme qu'il avait connu, bien que sa dentition ne laissait plus aucun doute planer sur sa réelle identité. Ses yeux marrons étaient maintenant habités par des étincelles dangereuses, oh, jamais il ne s'était montré agressif envers lui, il n'en était pas de même avec leur fils, quoi que certaines fois, ils allaient trop loin et Michaël se devait d'intervenir. Le regard de son amant ressemblait à celui d'un chat, un chat perfide et hypnotique. En fait à bien y réfléchir, ça avait simplement avivé l'obscurité tapie au fond de l'homme. Transcendé le mal en quelque chose de plus concret... Il n'en restait pas moins que derrière tout ça, Gueule d'Ange avait droit au meilleur.
La main qui glissait contre son flan en était la preuve. Il pouvait aisément le briser, le torturer et le tuer, bien que son amant oubliait sa nouvelle force et quelque fois le ballottait comme une vulgaire poupée de chiffon, il savait l'affection que lui portait le brun. Il savait le respect qu'il éprouvait pour sa personne et l'amour qu'il nourrissait pour lui. Bien entendu ça n'était jamais dit avec des mots, mais dans ce regard de fauve, il avait droit à un monde qu'il ne verrait jamais. Qu'il ne verrait plus, pour être très exacte. Les quelques mois qu'il avait passé à l'intérieur de son amant lui avaient prouvé qu'il y avait bien des choses magnifiques qu'on ne soupçonneraient pas au premier abord. Cela dit, jamais elles ne sortiraient publiquement, même pas devant lui.
- Si on faisait un truc romantique pour changer ? »
Le regard de fauve se rétracta, lorsque l'homme était pris de court, étonné et désarçonné son regard sombre se fendait d'une pupille noire quasi féline. Romantisme, voilà quelque chose que l'autre ne devait pas connaitre ou plutôt se refusait de vivre. Ce n'était pas dans son tempérament. Gueule d'Ange roula des yeux et soupira, ravalant son amertume. Il n'était pas fait pour ce genre de vie, il avait besoin de tendresse, de temps en temps, de mots que l'autre gardait bien trop enfoui au fond de lui. Il avait appris à s'y faire mais il y avait des jours, aussi horrible que cela puisse être, il voulait que Spike soit là, qu'il le serre entre ses bras et lui dise qu'il serait toujours là. Une larme glissa hors de ses yeux bleus puis roula sur sa joue, laissant la personne qui lui faisait face complètement interdit. L'humain se dégagea de l'emprise, envoya un coup de poing dans le miroir qui sembla s'onduler comme de la taule puis s'écrasa sur le sol. Depuis qu'il était revenu de son escapade hors de son corps, il n'avait jamais craqué, il ne se l'était pas permis. Il avait regardé dans le fond des prunelles de T-Bag et y voyait jour après jour l'impuissance et la colère. Il avait fait de son mieux pour prendre la vie comme elle venait et était reconnaissant à l'ex taulard d'être resté. Le temps avait rapproché l'ancien pédophile et le vampire, mais le voir porter ce manteau n'aidait en rien a tourner la page. Il ne pouvait prétendre plus longtemps. Spike était mort, et quand bien même T-Bag était là et avait pris la place du blond, ça ne serait jamais la même chose. Il aimait l'homme, certes, mais pas autant que le blond. Plonger dans le boulot n'avait fait que noyer le poisson. Comme d'habitude...
- Il... »
- Je sais... »
- C'était pas censé se finir comme ça. »
A quoi servait sa vie et sa bonne santé si le blond n'était plus là ? Une vie pour une vie. En lui rendant la santé, il avait perdu son cœur. Willow les avait mis en garde, mais le vampire avait toujours été confiant, visiblement le sort s'était joué d'eux. Le regard bas, Scofield éclata en sanglot, une peine qu'il avait gardé pour lui durant de nombreux mois, l'homme derrière lui détourna la regard, observant la surface réfléchissante avec rage et détermination. Une lueur diffuse sembla sortir du verre comme essayant de toucher l'ingénieur.
- Il n'est jamais loin de toi. »
Los Angeles, deuxième plus grande ville des États-Unis après New York. Située dans le sud de la Californie, sur la côte pacifique. L.A, leur nouveau terrain de jeu. L'homme inspira l'odeur des nouveaux égouts qui leur serviraient de QG.
- On s'attaque à qui en premier ? »
- A question idiote, réponse idiote ! »
L'homme regarda les deux femmes de travers, il envoya valser sa main comme irrité par leur incompétence. Demain était l'anniversaire de Connor. Pourquoi choisir, alors qu'il pouvait avoir tout le monde en même temps !
- Plait-il ? »
Le regard dur de la créature se mua en nuage de terreur alors qu'il s'approchait de ses deux congénères.
- C'est l'anniversaire de Connor pas plus tard que demain, tout le monde sera présent ! Nous attaquerons au moment fort de la fête ! »
La femme parut soupirer, l'idée ne la tentait pas, ils n'était que trois contre deux observateur, un changeling, trois vampire plus ou moins normaux, un chasseur bien entraînés et trois civils de bas étages qui avaient du apprendre quelques rudiments de combats, sans oublier les invités surprises.
- Il n'y aura aucun soucis, nous ferrons une attaque éclaire avant de disparaître, histoire de leur faire peur... Ils doivent apprendre la bonne nouvelle, j'ai arraché le cœur de la tueuse. Je veux voir la douleur et l'incompréhension baigner leur visage. Et nous ôterons la vie à l'un des leurs... Mesdemoiselles demain sera un grand jour ! »
Michael se réveilla en pleine nuit, son regard glissa dans l'obscurité de la chambre, il sentit un bras se resserrer contre lui et l'attirer contre un corps accueillant. Il avait mal au crâne, passer sa nuit à pleurer comme une fille n'était pas son genre, mais ça lui avait fait un bien fou. il sentit T-Bag bouger dans son sommeil, la plus part du temps, Gueule d'Ange dormait à poings fermés lorsque son protecteur se retrouvait enfermé dans ses cauchemars, ce n'est que lorsqu'il se réveillait en hurlant que l'humain ouvrait enfin les yeux et venait brosser sa chevelure sombre pour le calmer. Il n'entendait pas vraiment ce que disait l'homme qui n'articulait pas assez, mais quelque chose lui déclencha une soudaine frayeur. D'où venait la lumière bleutée qui éclairait l'autre côté du lit ? Les yeux grands comme des soucoupes, il vit une ombre se mouvoir dans le miroir. C'était une silhouette, il en distinguait bien les jambes, les bras replié au niveau de hanches et la tête qui bougeait lentement de droite à gauche. Mais qu'es-ce que c'était que ce bordel ? Remontant lentement la couette sur son visage, il essaya de disparaître sous les draps, ayant peur d'attirer l'attention de cette chose qui semblait les épier. Cela dit, l'ombre le remarqua et tourna son visage dans sa direction. Il la vit faire quelques pas et devenir de plus en plus imposante dans le miroir qui s'illuminait d'un éclat terrifiant. L'ingénieur ne put que serrer l'épaule de T-Bag et le secouer comme un prunier, enclin à une terreur inimaginable.
- Arrête de me secouer comme ça, beauté. »
- Y'a quelque chose... dans le miroir. »
Les bras croisés contre son torse la silhouette humaine s'inclina comme voulant sortir de la surface plane dans laquelle elle était prise au piège. Gueule d'Ange retint son souffle.
- Je l'ai senti aussi. »
L'ingénieur observa le pédophile se lever et se diriger vers le mur en face d'eux. Ainsi donc, voilà à qui il parlait depuis des mois ? Voilà donc pourquoi il avait insisté sur le fait d'emmener ce vieux miroir avec eux ? Le petit génie n'était pas rassuré, mais si T-Bag l'avait traîné jusque là, alors, soit, c'est qu'il n'y avait rien de maléfique dans cette chose. Suspicieux, il écouta la seule partie de la conversation dont il était en mesure d'entendre les mots. Semblait-il, il n'avait pas le pouvoir d'en entendre plus, alors il devait imaginer les propos de l'ombre pour essayer d'y voir un peu plus clair.
- Demain soir, j'y ai pensé aussi, cela dit, j'ignore ce qui va nous tomber sur le coin du nez. Tu pourrais être voyant au prix que je t'ai acheté ! »
Il observa T-Bag envoyer un coup de poing sur la vitre et faire trembler la silhouette humaine. C'est à ce moment là que Scofield ouvrit de grands yeux médusés, il attrapa l'oreiller de T-Bag et lui envoya sur la tronche, sans sommation, arrêtant la discussion que les deux hommes entretenaient.
- Qu'es-ce qui te prend ? »
- Il me prend que toi et ton ami voyeur, vous allez me foutre le camp de MA chambre ! Tu me prends pour qui ? Et c'est qui ce mec qui nous mate tous les jours ! »
Ça y'était, Michaël faisait sa prude, le regard sombre roula silencieusement du jeune homme vers le miroir, mais l'ombre fit clairement non de la tête. C'était une réponse qu'il ne pouvait pas fournir à Gueule d'Ange, même si l'envie lui brûlait l'échine.
- On a plus gros problème que tes petites manières de chaste donzelle. »
- Comment ça ? »
- Je crois qu'on va avoir de gros poissons qui vont nous tomber sur le dos, je m'en vais prévenir Angelus et les autres, tu restes dans cette chambres et tu t'éloignes de notre ami commun, si y'a un soucis, il saura te protéger. »
Gueule d'Ange ne comprenait rien, il regarda hébété son compagnon glisser hors de la fenêtre de sa chambre, puis tourna sa considération vers la silhouette qui semblait l'observer. Il ne savait pas quel genre de visage elle avait, ni même de regard, ce n'était qu'une ombre, qui paraissait menaçante dans l'obscurité de la pièce... Il ne la quittait pas des yeux, de peur de la voir sortir du miroir et lui sauter dessus. Il ne savait pourquoi, mais l'ombre avait un petit quelque chose de familier, cela dit, il ne put y réfléchir d'avantage que William pénétrait la chambre de son père en maugréant.
- Je viens d'avoir la plus horrible des visions. »
- La quelle ? »
- Papa te tuait. »
Willy fit la moue, il vint se glisser dans les bras de Michael, racontant son rêve de A à Z, expliquant tout ce qu'il ressentait à ce moment présent. Il était étrange de voir un adolescent se comporter comme un bébé, la différence entre l'age physique et mental du gamin était étonnante lorsqu'il se laissait aller à ce genre de cajoleries après un cauchemar.
- Non... Pas T-Bag... mon vrai père. »
