Titre : Never Say Die stories : Ache
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale et sur ma fic Never Say Die
Disclamer: aucun des personnages ne m'appartient sauf les bibliothécaires mentionnés.
Rating : K+
Personnages: Heero Yuy, Duo Maxwell, Quatre Raberba Winner.
Notes de l'auteure : Bonjour ! Pas grand-chose à dire, à part merci d'être là et merci à celles qui ont lu et parfois réagi à mon dernier texte. Un peu plus de Heero / Duo, ici, toujours dans cette période de transition pour leur couple.
Bonne lecture !
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Ache*
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Protectorat de Shamalland
Quartier général des Preventers
Bureau du Colonel et consultant Quatre Raberba Winner
Août AC 205
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Toc toc.
- Entre, Heero, je t'en prie.
Quatre a tout de suite reconnu son visiteur car du peu de personnes autorisées à venir directement sans se faire annoncer par sa secrétaire, il est le seul à toquer de cette façon.
Et effectivement, c'est bien Heero qui pénètre dans la pièce.
- Je ne te dérange pas ? demande celui-ci en refermant la porte.
- Pas du tout. Tu viens de revenir, ça a été ?
- Hn.
- C'était rapide, même pour une simple vérification d'informations.
- Pas assez, apparemment.
- On t'aurait fait des reproches ? s'étonne-t-il.
Non pas qu'Heero soit parfaitement irréprochable… Mais dans le domaine professionnel, c'est plus que rare.
- Non, répond-il d'ailleurs. Mais j'ai appris que Duo était passé et apparemment, il est déjà reparti.
- Oh ! ce n'est que ça ! Mais rassure-toi, il est là. Pas là dans mon bureau, précise-t-il en le voyant balayer la pièce du regard. Mais il est ici. Enfin, là-bas.
- Il est au Phare, comprend très vite Heero. J'aurais dû m'en douter.
Quatre hoche la tête avec un petit sourire, alors qu'Heero se rapproche de la fenêtre.
Ce n'est pas pour regarder le Phare, car il est derrière eux, donc invisible. Non, Heero plonge son regard vers l'horizon comme pour partager, peut-être, la vision qu'a Duo lui-même, depuis son sommet, par-dessus les bâtiments. Comme s'ils étaient assis, côte-à-côte, sur le banc, contemplant avec fascination cette ligne où le ciel et l'océan se confondent et ne font plus qu'un.
- Comme tu le sais déjà, il y a une quinzaine de jours, maintenant, qu'il a commencé à étudier la liste des livres rares et précieux qu'on a réussi à centraliser. Dès qu'il en a l'occasion, il va consulter ceux qui ont retenu son attention.
- C'est le cas de tous, non ? remarque Heero en se tournant vers lui. Tu as fait de l'excellent travail.
- Oui, mais disons qu'il donne la priorité à ceux qu'il connaît, dont il a déjà entendu parler. Ensuite, il prendra le temps de découvrir les autres, avec ceux d'entre nous qui ont fait en sorte qu'on puisse les avoir ici. Je ne suis pas le seul qui ait réussi à dénicher de véritables trésors, rappelle-t-il. Chacun a participé. Et ce fut parfois une véritable aventure, que Duo sera sûrement ravi d'entendre.
- Je suis d'accord.
- J'en ai aussi profité pour lui présenter Vassalis qui remplace Hawkins, cette quinzaine. Quand je suis reparti, ils étaient déjà en grande discussion sur les techniques de conservation passées, présentes et à venir. C'était passionnant, il fallait les entendre ! Mais j'avais du travail, je ne pouvais pas en profiter… soupire-t-il, visiblement encore déçu.
Ce qui fait sourire Heero : Quatre n'arbore que très rarement cette mine d'enfant gâté à qui on a refusé un caprice.
- Tu en auras d'autres. Ça fait combien de temps que tu les as laissé ?
Quatre hausse légèrement les épaules.
- Peu importe. Duo ne serait pas rentré chez lui sans venir me dire au revoir, ni me laisser un message, assure-t-il en jetant un œil à son téléphone. Et sans te voir non plus, j'y pense, ou te déposer un mot quelque part, comme il a pris l'habitude de le faire.
Heero acquiesce en silence, puis se rapproche du bureau pour faire face à son ami.
- Il est encore en salle de consultation, ou penses-tu qu'il soit monté ?
- Il est plus probablement là-haut. Il a l'autorisation d'emporter certains livres, qui ne nécessitent pas de précautions exceptionnelles, et il aime bien s'installer là-bas pour lire. Donc s'il n'y est pas déjà, il ira sûrement quand même avant de partir, sauf si quelqu'un l'appelle ou l'attend autre part. C'est devenu son refuge, à lui aussi, comme nous l'espérions en aménageant ce lieu. Trowa et toi, vous ne vous étiez vraiment pas trompés. Et il adore le banc ! se réjouit-il, tout fier.
- C'est ce que j'ai cru comprendre.
- Il serait peut-être temps de le constater par toi-même… non ?
Depuis que Duo a découvert l'existence du Phare, il est souvent revenu, comme il l'avait annoncé à Trowa dès le premier jour. Il en explore chaque niveau depuis, dès qu'il en a l'occasion. Ce qui ravit ses amis, et Heero en premier lieu, parce que Duo est ainsi souvent au Q.G., ils peuvent donc se voir régulièrement.
Bien sûr, Duo est très discret, mais il prévient toujours de son passage, ce qui leur permet de le rejoindre soit au Phare directement, soit au parking, ou dans d'autres endroits pour qu'on ne le voit pas toujours. Il ne dérange personne, bien au contraire, mais justement, il y a des sujets qu'il ne veut ou ne peut pas encore aborder, alors il vaut mieux ne pas créer les occasions permettant aux preventers intéressés de poser les questions qui fâchent.
A quelques reprises, Trowa et Wufei ont pris le temps de retrouver Duo au sommet du Phare, le premier plus souvent que le deuxième. Quatre aussi, bien qu'au départ plutôt difficilement. Mais y être avec Duo l'a comme presque réconcilié avec le lieu.
Il préfère cependant le voir ailleurs.
Par contre, Heero ne l'y a encore jamais rejoint. Les occasions n'ont pas manqué mais jusqu'à présent, il ne pouvait s'y résoudre. Duo ne lui a pas non plus demandé. Il a très vite compris que ce serait un moment particulier pour Heero et il n'a pas voulu le brusquer. Et même s'il a envie d'être dans ce lieu incroyable avec lui, il est aussi conscient que ce sera un moment fort pour eux. Il en a donc conclu qu'il fallait laisser faire le temps et ce que ce serait à Heero de décider quand le moment serait venu.
Il a attendu cinq ans son retour, Duo peut bien patienter un peu à son tour !
Ce qui n'empêche pas leurs amis de leur rappeler dès que possible.
Heero accueille généralement ces rappels avec un regard entendu et un silence.
Cette fois encore, il regarde Quatre longuement, sans un mot, mais l'empathe n'en a pas besoin, il sent la nouvelle résolution de son ami.
Il lui sourit donc en hochant la tête.
Considérant leur discussion close, Heero lui rend son salut et se détourne pour partir.
Mais Quatre le retient en reprenant la parole.
- Au fait, c'était sympa notre soirée au ciné, mercredi !
- Hn, répond-il en lui faisant de nouveau face, sans cacher son impatience.
Ce n'est pas qu'il n'a pas envie de discuter avec lui, mais il aimerait rejoindre Duo au plus vite.
- C'était touchant de voir vos deux mains entrelacées, aussi.
Heero comprend enfin pourquoi son ami le retient encore un peu.
- Duo n'en était pas vraiment conscient, tu sais.
- Justement, sourit Quatre.
- C'est un geste qu'il n'a pas contrôlé, parce qu'il était habituel, auparavant.
- Exactement. Et même quand il s'en est rendu compte, il ne s'est pas détaché de toi. C'est très encourageant, Heero !
- Hn.
- Tu n'es pas très enthousiaste, fait-il remarquer en fronçant les sourcils.
- J'essaie de ne pas trop l'être, en effet. Car pour un pas en avant, il en recule de deux.
- Certes, mais comme ce n'est pas toujours le cas, on peut dire qu'il avance quand même, nuance-t-il, optimiste au possible. Doucement, mais sûrement.
Heero secoue la tête et croise les bras sur son torse.
- Nous n'avons pas la même lecture de son comportement, Quatre.
- Peut-être que non, en effet. Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais ce que je peux te certifier, Heero, c'est que Duo ne te fuit pas.
- C'est-à-dire ?
Se reculant dans son fauteuil, Quatre lui adresse un long regard, qu'Heero soutient patiemment.
- Je sens que tu hésites à aller le trouver, parfois. Trowa l'a remarqué, aussi. Je t'assure qu'il recherche constamment ta présence. Il se force à ne pas céder, il s'impose une retenue par égard pour toi, uniquement.
- C'est ridicule, Quatre.
- C'est ce qu'il ressent. Sa présence est pour toi une source de joie, mais aussi de frustration. Tu ne peux pas encore obtenir ce que tu désires, il ne peut pas te le donner, le temps passe, donc il culpabilise et garde ses distances. Enfin, il essaie…
- C'est cette attitude qui me frustre, réplique Heero, les poings sur les hanches, cette fois-ci.
- Ce n'est pas à moi que tu dois le dire. J'ai beau le lui avoir déjà fait remarquer, ça n'a pas le même impact.
- On en a déjà parlé, mais il ne veut pas me croire. Pourtant, il m'a déjà vu frustré et impatient, il est bien conscient que ce n'est pas mon état actuel.
- Duo ne met pas ta parole en doute, il pense simplement que tu caches très bien tes sentiments pour le préserver.
- Il devrait moins penser et plus m'écouter et me faire confiance. Et je devrais m'y prendre autrement pour qu'il y parvienne, mais je ne vois pas comment ! Je ne sais pas comment faire… soupire-t-il en un aveu douloureux.
Le regard doux de Quatre se teinte de reproche face à la condamnation sans appel qu'Heero se fait à lui-même.
- Ce n'est pas de cela dont il est question, Heero, ne soit pas si dur avec toi-même. Je comprends tes doutes, nous sommes rentrés depuis plus de trois semaines, maintenant. Mais Duo avance et dans la bonne direction, crois-moi. Et c'est en grande partie grâce à toi, à ton comportement, avec lui. Ton instinct est sûr et ta conscience est un bon guide. Suis-les, si tu juges que ton cœur n'est pas fiable pour te faire gérer au mieux la situation. C'est cette stratégie qui t'a toujours mené à la victoire et entrainé les autres dans son sillon.
Heero hoche la tête après un court silence.
Il s'est très vite repris, comme d'habitude.
Et Quatre a su trouver les bons mots, comme toujours.
- Merci, Quatre.
- Je t'en prie.
- J'y vais, cette fois, sauf si tu veux me dire autre chose… ?
- Non, c'est bon pour aujourd'hui ! assure-t-il avec un grand sourire.
- A plus tard, dans ce cas.
- Oui, à tout à l'heure ! a-t-il encore à peine le temps de dire, avant que la porte ne se referme.
Il laisse échapper un petit rire, devant l'empressement de son ami.
Mais il le comprend.
Lui aussi aimerait bien courir rejoindre Trowa pour passer un peu de temps avec lui, seulement, il a vraiment beaucoup de travail.
Il est heureux d'avoir pu aider Heero, mais il ne peut pas se permettre de prendre encore du retard. Il ne pourra quitter le bureau que lorsqu'il aura fini ce dossier et rendu son rapport.
Plus tôt ce sera fait, plus vite il pourra rentrer et retrouver son Trowa !
Ils n'ont pas pu se voir la veille et il lui a terriblement manqué, durant la nuit et le matin-même, au réveil.
Pas question de perdre du temps au travail, donc !
Fort de cette nouvelle résolution, Quatre replonge dans son dossier…
Jusqu'à ce qu'il reçoive un mail du sujet de toutes ses pensées.
« Tu me manques ».
Trois mots qui ont traversé le couloir des officiers depuis le bureau de Trowa pour se planter directement dans le cœur de Quatre, faisant exploser toute sa détermination à rester sagement assis sur son siège.
Ni une, ni deux, il efface le mail, attrape un dossier quelconque et quitte son bureau avec un calme qu'il est bien loin de ressentir, tant le désir fait bouillir chaque cellule de son corps.
- Indiana, prenez tous les messages en mon absence, demande-t-il à sa secrétaire en passant, sans s'arrêter. Je ne serai pas long.
- Bien, mon Colonel.
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Au même moment, au dernier niveau du Phare, ancienne salle de la lanterne…
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Comme Heero le pensait, Duo n'était plus dans la Salle de consultation, lorsqu'il y est arrivé. Vassalis lui a appris qu'il était effectivement monté, vingt minutes plus tôt, emportant un livre avec lui.
Heero ne s'est pas attardé, il l'a remercié avant de gagner le dernier niveau.
A présent devant la porte, il hésite un court instant ; doit-il frapper et prendre le risque de déranger Duo, s'il est en pleine méditation ou plongé profondément dans sa lecture, ou mieux vaut-il plutôt entrer doucement et rester le plus discret possible ?
Il choisit finalement d'entrer directement et ouvre lentement la porte, sans un bruit.
Tous les panneaux sont ouverts, le soleil baigne la pièce d'une chaude lumière blanche, sans être aveuglante. Duo est assis en tailleur sur le banc, un livre ouvert sur ses cuisses, mais le regard plongé dans l'horizon à travers la fenêtre. Ses cheveux, détachés, sont parcourus de doux reflets dorés. Heero note qu'ils ont bien poussé, depuis Middle Prussia, car ils descendent à présent sous ses épaules en couvrant une bonne partie de ses omoplates.
Il l'observe un moment, émerveillé par sa beauté et son éclat. Car ainsi auréolé de lumière, sa silhouette paraît presqu'irréelle, comme si Duo n'était qu'une apparition : celle qui n'a eu de cesse de le narguer, ces dernières années.
Heero est soudain saisi par cette peur déraisonnée que ce soit encore le cas et tout son corps se tend sous la douleur et la terreur. Le cœur noyé d'émotions toutes plus violentes les unes que les autres, il est complètement paralysé, incapable du moindre pas vers Duo.
En se tournant justement dans sa direction – aussi discret soit-il pour le commun des mortels, jusqu'à l'invisibilité s'il le souhaite, Duo sentira toujours clairement sa présence – Duo découvre son regard troublé et sa posture figée, et s'en inquiète immédiatement. En effet, il est assez rare qu'Heero soit si transparent, même pour lui.
- Hee-chan, ça ne va pas ? demande-t-il en se levant.
- Je t'ai vu de si nombreuses fois à cette même place, murmure Heero en le rejoignant enfin d'un pas mesuré. Mais tu n'y étais pas.
Duo le regarde s'approcher doucement, comme s'il avait peur qu'il ne disparaisse s'il venait trop près, trop vite.
- Maintenant, si, je suis là, lui répond-il avec tendresse, mais sans bouger, le laissant venir à son rythme.
Cependant, Heero s'arrête avant de l'avoir rejoint.
- Si je ferme les yeux et que je les rouvre, tu seras encore là ?
- Oui, évidemment !
Le regard d'Heero, toujours aussi troublé, reste ancré à celui de Duo, doux et réconfortant.
Il s'y accroche, éperdument.
Il savait que ce serait difficile, il n'avait pas mesuré à quel point ce serait effectivement le cas.
- C'est effrayant, cette angoisse, ne peut-il s'empêcher de l'exprimer.
Il a expérimenté tout un panel de sentiments, depuis qu'il connait Duo. Certains d'entre eux l'ont mis à genoux, surtout durant son absence. Il pensait avoir appris à en gérer la plupart, avoir accepté son impuissance face à d'autres. Il voulait surtout, depuis son retour, être assez fort pour Duo, un roc inébranlable de certitudes sur lequel il pouvait s'appuyer en toutes circonstances. Il voulait être son phare dans la nuit d'encre qu'il traverse, l'étoile éclatante et puissante le guidant et le ramenant à bon port, en sécurité, près de lui.
Et en quelques secondes à peine, un regard vers Duo plus beau que jamais dans cette lumière cristalline, et son armure s'est brisée à ses pieds.
Duo comprend une grande partie de cette tempête émotionnelle qui le traverse.
- Je suis là, tente-t-il de le rassurer encore. Tu peux cligner 100 fois des yeux, je serai toujours là, 'Ro.
- C'est ce que tu me disais, aussi. Assis à cette même place, me souriant comme si c'était vrai, que tout allait bien. Et c'est vrai, Duo-kun, tu étais là. Mais pourtant, tu n'étais pas là.
La douleur et la tristesse dans sa voix foudroient Duo en plein cœur.
Il voudrait aller vers lui, le prendre dans ses bras, l'obliger à le toucher pour lui prouver qu'il est bien réel…
Mais ce ne serait sûrement pas suffisant.
Cependant, il ne peut s'empêcher de se rapprocher d'un pas, un seul, mais qui en dit beauciup.
- Ferme les yeux, Hee-chan, lui demande-t-il dans un murmure, la gorge nouée d'émotion. Essaie… Voilà. Rouvre-les, maintenant, poursuit-il après un court silence. Tu vois, tout va bien, je suis encore là, conclut-il en lui tendant la main, paume tournée vers le haut.
C'est à Heero de faire ce mouvement vers lui.
Et il s'exécute, après une infime hésitation.
Il se saisit de la main tendue – réelle, si chaude et douce - et se rapproche encore de Duo pour combler l'écart qui les sépare, puis porte ses doigts à ses lèvres pour les embrasser.
Quelque chose se brise en lui et disparaît, le faisant presque vaciller sous la violence du constat.
Un long et profond soupir lui échappe, entre douleur et soulagement.
Puis il se laisse tomber sur le banc, comme vidé de son énergie.
Sans le quitter des yeux, Duo s'assoit doucement à ses côtés. Il n'a pas cherché à dégager ses doigts, alors Heero s'enhardit et les entrelace des siens, nouant carrément leurs deux mains ensemble pour les presser l'une contre l'autre, toutes deux réunies contre son torse, sur son cœur battant sourdement.
- Tu m'as tellement manqué, tenshi-no.
- Je sais.
- Tu me manques.
Duo se mord la lèvre pour ne pas répondre à quel point c'est le cas pour lui aussi.
Mais à quoi bon tenter de cacher l'évidence, Heero le devine et le sent, ce manque de l'autre qu'il éprouve lui-même.
D'ailleurs, il n'attend pas de réponse de la part de Duo. Il l'observe simplement avec amour et tendresse mêlés, la tempête dans son regard à présent calmée, sans aucune demande. S'il garde ses yeux fixés sur lui, c'est parce qu'il ne veut pas les poser ailleurs.
Il ne peut pas, de toute façon.
Seul Duo compte, le reste n'a aucune espèce d'importance.
Duo le comprend et le remercie d'un sourire entendu.
Après quelques longues minutes à se regarder en silence, alors que son cœur bat de plus en plus vite, Duo se décide à reprendre une conversation "normale" pour diminuer l'intensité de leur échange.
Cela arrive de plus en plus fréquemment, ce genre de moment partagé où tout semble disparaitre autour d'eux, jusqu'à les laisser seuls, comme dans une bulle, avec tous ces sentiments en eux et entre eux qui s'intensifient et menacent de déborder.
Duo y met souvent fin avant que cela n'arrive, même si c'est très souvent à la dernière seconde, au prix d'un effort gigantesque.
Cette fois encore, il détourne le regard un court instant, avant de replonger dans celui d'Heero.
- Je suis content que tu sois venu.
- J'ai mis du temps, pardon.
Duo rit doucement.
- Comme si je pouvais te reprocher ce genre de choses, alors que moi…
D'une pression de sa main toujours noué à la sienne, presque douloureuse par sa puissance, Heero l'empêche de poursuivre.
- L'important, c'est que tu sois là, 'Ro, reprend-il après un autre silence.
- Exactement.
Son regard suffit à faire comprendre le double sens à Duo, car effectivement, cela vaut aussi pour lui.
Il lui sourit, avant de s'arracher à leur échange visuel pour balayer la salle de ses yeux, permettant à Heero d'admirer les nombreux reflets qui y dansent, entre l'améthyste brute et le cobalt profond, selon la lumière.
- Cet endroit est vraiment magique...
- Te ramènera-t-il plus vite à moi ?
- Peut-être… ose répondre Duo en baissant les yeux. Je m'y sens vraiment bien, j'arrive à réfléchir sereinement. Et puis…
- Hn ?
Duo prend une profonde inspiration, puis relève les yeux vers Heero.
- C'est dingue, tu vas me dire, mais… je sens ta présence, ici. Partout, autour de moi, dès que je rentre dans cette pièce, j'ai l'impression que t'es déjà là à m'y attendre…
Heero pose sa tête sur l'épaule de Duo pour contenir son désir de l'embrasser, brusquement éveillé par ses mots. Son nez contre son cou, son souffle chaud balaie la peau sensible de Duo qui retient à grande peine un frisson pour masquer l'éveil de son propre désir.
- Tu es l'esprit de ce lieu, tenshi-no, la raison première de son existence, murmure Heero sans bouger, le mettant au supplice. Tu es ce lieu. Par conséquent, je le suis aussi.
- Mais pourtant, c'est aussi le refuge de Trowa.
- Il l'a été, oui. Mais ce n'est plus une nécessité pour lui, aujourd'hui. Il aime être ici, il n'en a plus besoin.
- Et toi ? Tu n'y venais plus vraiment, depuis mon retour, à ce que m'a dit Trowa.
- C'est différent, maintenant. Mais je pourrais bien continuer d'avoir besoin d'être ici, avec toi. Tu me laisses rarement être aussi proche, murmure-t-il en remontant ses lèvres contre son oreille.
Heero n'a pas tardé à retrouver son assurance et sa détermination, au grand dam de Duo, qui subit la plus délicieuse des tortures.
- Je me sens bien, je me sens… à ma place… reconnaît-il, sa main libre se crispant sur l'assise du banc. Mais…
- Il n'y a pas à avoir de « mais », tenshi-no.
Duo écarte son visage pour se soustraire aux caresses d'Heero, auxquelles il crève d'envie de répondre.
Si Heero le laisse faire, ne souhaitant pas le brusquer, il garde néanmoins sa main résolument entrelacée à la sienne, sur sa cuisse.
- Il le faut, pourtant.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il est encore là, 'Ro, soupire-t-il. Je ne veux pas salir ce lieu en pensant à lui, mais il vient encore tout gâcher. Je suis tellement désolé…
Heero se redresse et pose sa main libre sur sa joue.
- Ne pense pas à lui, mais à nous.
- J'essaie, et de toutes mes forces ! Et je ne pense pas à lui, tu sais, c'est juste qu'il… s'impose à moi, par la force des choses. Comme toujours, avec lui… Pardon, Hee-chan…
- Je sais tout ça, et tu n'as pas à t'excuser, le rassure-t-il. Duo, tu ne dois pas me voir comme l'homme que tu as trahi, car cela te renvoie immanquablement à lui. Pense à moi uniquement comme l'homme que tu aimes. Ne ressasse pas ce qu'on a perdu, ce qui nous a été volé. Imagine et planifie ce qu'on va reconstruire ensemble. Concentre-toi sur notre futur.
- C'est ce que je fais, je t'assure ! se défend-il en pressant sa main, toujours nouée à la sienne, plus fort encore. Mais des pensées parasites me coupent dans mon élan, très, trop souvent…
- Alors ressaisis-toi et reprends la route, ne t'attarde pas sur ce qui t'a fait ralentir et trébucher. Au bout de cette route, c'est moi qui t'attends, tu n'as rien à craindre.
- Je sais… C'est peut-être ça le pire, en fait… Le bonheur et la libération sont à ma portée, puisque c'est toi qui en as, non, qui en es la clé. Mais j'y arrive pas…
- Pas encore. J'ai confiance en toi. J'ai confiance en nous, assure-t-il en caressant sa joue avec tendresse.
Duo profite de ce geste en silence, sans le quitter des yeux.
Il y a tant de sentiments entre eux, tellement d'amour, ils en sont remplis, et cela leur donne l'impression qu'ils ne pourront pas tout contenir… Ils voudraient tant pouvoir laisser libre-court à leurs émotions, exprimer sans crainte des conséquences tout ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre... Mais ils ne s'en donnent pas le droit encore.
Cet interdit que Duo leur impose les fait presque trembler sous la violence de la contrainte.
- Tu veux bien me serrer dans tes bras ? demande-t-il d'ailleurs, trop près de craquer.
Sans un mot, Heero, dans le même état que lui, l'attire contre son torse et l'enferme dans une puissante étreinte.
- Je t'aime, Duo-kun, ne peut-il s'empêcher de murmurer, le nez dans ses cheveux inspirant profondément leur parfum.
Duo ne répond rien, ses bras se resserrent juste avec plus de force autour de la taille d'Heero, ses mains agrippant sa chemise alors que sa tête se niche dans son cou.
Leurs cœurs battant à un rythme effréné et leurs souffles un peu court se calment et s'apaisent progressivement, alors qu'ils se forcent à compter dans leurs têtes, lentement, pour y arriver.
La tension redescendue, leurs corps se relâchent et se détendent.
Mais ils ne se détachent pas pour autant l'un de l'autre.
Si Duo s'écarte légèrement, Heero est heureux de constater que c'est simplement pour mieux se repositionner dans ses bras.
- Tu as un peu de temps où tu dois retourner travailler ? murmure Duo après un petit moment.
- Rien d'important avant une heure, répond Heero sur le même ton, après un coup d'œil à sa montre.
- Tu restes avec moi ?
- Tu me poses sérieusement la question ? demande-t-il, faussement irrité. Je voudrais pouvoir arrêter le temps, tu sais.
- Qu'on reste comme ça pour toujours ?
- Hn. A défaut, je te donne tout celui que j'ai.
Duo lève son visage vers Heero et lui sourit.
Il embrasse sa joue rapidement et repose sa tête sur son épaule.
- Merci, Hee-chan.
Comme protégés par les grandes ailes de l'aigle du dossier du banc, leurs corps tendrement enlacés, ils regardent, par la fenêtre, cet horizon immense où semble se refléter tous les avenirs possibles pour eux.
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Notes :
Ache au sens propre : douleur physique (crampe, maux de ventre etc) au sens figuré, on l'emploie pour parler d'un désir très puissant, si violent qu'il en est douloureux. C'est comme ça que je vois Heero, ici : durant l'absence de Duo sa douleur était autant physique que mentale, et depuis son retour, il le désire avec la même violence, qu'il contient autant que faire se peut.
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Merci pour votre lecture, j'espère que vous avez passé un bon moment ! A dès que possible et bonne reprise !
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