Chapitre 29 : C'est le début

Près d'un mois se passa ainsi, où tout le monde fut réuni dans la maison du docteur Simon. Les journées passaient trop vite aux yeux de Christine. Elle avait renoué avec Meg et les deux jeunes femmes passaient de longues heures en compagnie l'une de l'autre. Environ, une fois par semaine, Raoul repartait à Paris pour voir si tout allait bien. L'exécution d'Erik avait mis un terme aux plus folles rumeurs le concernant et il était clair que pour les habitants de la Capitale, le Fantôme avait bel et bien péri au bout d'une corde, ce qui enlevait singulièrement du panache à son mythe et à l'attraction qu'exerçait l'Opéra Populaire. Le Fantôme ne s'était avéré n'être qu'un homme. Qu'il y avait-il d'intéressant à cela ?

Christine voyait Meg s'épanouir dans son rôle d'épouse et de future mère et elle en était ravie pour elle. Les soins qu'Erik lui avait apportés avaient permis à sa grossesse de se passer sous des auspices plus cléments et Meg entamait, à présent, son sixième mois de grossesse. Pendant que les deux jeunes femmes s'occupaient à lire ou faire de la broderie, Erik était accaparé par le docteur Simon. Les deux hommes se vouaient un respect mutuel pour leurs savoirs respectifs et ils aimaient philosopher sur les avancées de la médecine et sur d'autres sujets aussi divers que variés. Erik lui avait expliqué certaines techniques médicinales et le docteur lui en avait enseignées d'autres.

La santé d'Erik n'était plus un sujet de préoccupation. Sa toux n'était plus aussi violente. Il ne crachait plus de sang et il avait repris du poids, pour le plus grand bonheur de Mme Simon. Cette dernière et son mari étaient d'ailleurs convaincus que Christine se trouvait être le meilleur des remèdes. Erik s'épanouissait de jour en jour, au contact de ses nouveaux amis et de sa famille. Car il considérait Antoinette et sa fille comme si elles étaient du même sang que lui. Mme Giry et lui, au lendemain de leurs retrouvailles avaient eu une longue conversation. La chorégraphe s'en était toujours voulue de n'avoir pas pris à l'Opéra autant soin d'Erik qu'il le méritait et elle lui demanda pardon pour les jours sombres qu'il avait vécu, après son arrestation. Elle se sentait coupable d'avoir été le voir dans son antre et que Christine les ait entendus. Erik lui pardonna tout cela et lui confessa aussi toutes les fautes qu'il avait commises, à savoir de ne pas l'avoir écoutée quand elle lui avait suggéré de quitter l'Opéra, quand Christine et lui en avaient eu l'occasion. Leur discussion se termina par une embrassade. Ils admirent tous deux ce lien d'amitié fraternelle qui les unissait et qu'ils n'avaient pas osé s'avouer, depuis toutes ses années passées à se protéger mutuellement.

Les occupants de la maison faisaient également tout leur possible pour laisser au nouveau couple toute l'intimité dont ils avaient besoin. Erik et Christine s'accordaient de longues balades au bord de la mer, sur la plage de galets. Il s'amusait à la voir, pieds nus, jouant avec les vagues qui venaient mourir devant elle. Il ne l'avait jamais vu aussi épanouie. Il avait une admiration sans faille pour elle mais, parfois, son bonheur était atténué, en voyant qu'une ombre passait devant les yeux de sa jeune épouse.

Christine n'osait lui demander ce qu'ils allaient devenir, à présent. Erik ne lui parlait pas des projets qu'il nourrissait pour leur avenir. Elle savait qu'ils ne resteraient pas éternellement à Wimereux et que, tôt ou tard, ils devraient quitter la maison des Simon, quitter les gens qui leur étaient chers et prendre la route vers une destination qui lui était encore inconnue. Toutefois, elle savait qu'il n'était pas nécessaire d'harceler son époux de questions. Elle le connaissait, depuis bien longtemps, pour savoir que le jour où il se déciderait de lui confier ses intentions, il lui en parlerait.

Bien que la vie à Wimereux lui fût agréable, Christine commençait à s'ennuyer de la musique. Le docteur Simon n'était pas un mélomane et ne possédait aucun instrument. De plus, la promiscuité avec tout le monde l'empêchait de vouloir s'adonner à de nouvelles leçons de chant. Mais, en attendant, les deux jeunes mariés étaient plus occupés de s'épanouir dans les plaisirs que leur apportait leur nouvelle vie conjugale que dans la musique. Si bien qu'Erik, tout comme Christine, attendait impatiemment que, chaque soir, le soleil se couche et qu'à la fin du dîner, ils puissent prendre congé de leurs amis.

Il leur arrivait parfois d'avoir du mal à contenir leur désir et de devoir attendre. Un soir, Erik et Christine remontaient un peu essoufflés l'escalier qui menait de la plage à la maison des Simon. La jeune femme avait du mal à regarder son mari dans les yeux. Elle était encore toute empourprée de leur escapade et de la folie qui les avait gagnés. Qu'il serait difficile de devoir reprendre une contenance normale devant Les Simon ou bien même Antoinette ! Leur promenade avait duré plus que de raison et elle craignait que les autres ne commencent à s'inquiéter de leur absence prolongée. Arriverait-elle à cacher l'émoi qui la gagnait encore ?

Ils avaient marché plus loin qu'à leur habitude et ils avaient trouvé un petit renfoncement dans la falaise. Ce qui était arrivé ensuite… Erik et elle étaient bien incapables de dire comment ils en étaient arrivés là mais leur désir avait pris le pas sur toute autre chose. Que serait-il arrivé si quelqu'un était passé par là ? A cette idée, elle se rembrunit encore plus, en remettant une dernière fois en ordre sa chevelure. Arrivé en haut de l'escalier, Erik l'attendait déjà prêt à lui donner son bras. Elle le prit et il lui afficha un clin d'œil complice.

Ils étaient en train de remonter silencieusement l'allée qui menait à la terrasse tout à leurs pensées, lorsque Raoul se précipita vers eux.

« Ah vous voilà tous les deux ! Il était temps. Nous vous attendions. Je viens de rentrer de Paris et certaines nouvelles ne sont pas bonnes. »

Erik et Christine s'arrêtèrent, interdits. Le bonheur avait fait place à de l'inquiétude dans leurs yeux. Que se passait-il ?

Ils se dépêchèrent de suivre Raoul qui était déjà rentré dans la maison.

Christine avait déjà remarqué qu'Erik et Raoul s'entretenaient régulièrement dans le bureau du docteur Simon qui était un des coins les plus calmes de la demeure. Et cela arrivait généralement, lorsque son ami d'enfance s'apprêtait à partir à la Capitale ou lorsqu'il en revenait. Elle ignorait de quoi les deux hommes s'entretenaient mais elle était quasiment certaine que cela avait avoir avec les projets d'Erik. Raoul devait l'aider à quelque chose mais elle ne savait quoi.

Lorsqu'ils entrèrent dans la salle à manger, tout le monde était rassemblé, alors que ce n'était pas encore l'heure de dîner. Antoinette et Meg étaient en train de lire, anxieuses, un article de journal. Erik et Christine s'assirent à table. Raoul faisait les cent pas dans la pièce.

« Il s'est passé quelque chose à l'Opéra… Paris ne parle que de ça… Lisez ! dit-il, nerveusement. »

Antoinette tendit le journal aux deux jeunes gens. Il s'agissait de 'La Dépêche de Paris'.

La Malédiction de l'Opéra Populaire : Et si le Fantôme n'était pas mort ?

Dans la nuit du 4 au 5 juillet, c'est-à-dire un mois, jour pour jour, après la mort du criminel Erik Delahaye, plus connu sous le nom du 'Fantôme de l'Opéra', est arrivée une catastrophe sans précédent. En effet, une partie de la voûte du dôme, où autrefois scintillait le célèbre chandelier, dont la chute a été la cause de l'incendie qui s'est déclaré en février dernier, s'est fissurée et s'est détachée. Les énormes morceaux de plâtres ont causé de nombreux dégâts au niveau de l'auditorium et endommagé une bonne partie de la scène, alors que les travaux venaient de s'achever dans cette partie de l'Opéra.

D'après les dires des contremaîtres chargés des travaux et de l'architecte, cela serait dû à une fragilité de la structure qui n'était pas en état de recevoir du plâtre alors que de nombreuses fissures étaient déjà présentes. Les directeurs de l'Opéra les auraient obligés à réaliser des rénovations de fortune, afin de rouvrir au plus vite, en négligeant la sécurité future des spectateurs. Messieurs Firmin et André n'ont pas voulu répondre à nos questions mais nous avons appris de source sûre de certains employés que les travaux ne se passent pas dans les meilleures conditions. Accidents, matériel disparaissant mystérieusement, voix suspectes… Il semblerait qu'une malédiction frappe l'Opéra Populaire.

Le Comte Wagner, nouveau mécène de l'Opéra, se refuse à tout commentaire. Il ne pourra empêcher pourtant la rumeur d'enfler, selon laquelle le Fantôme hanterait toujours les lieux, prêt à se venger de ceux qui l'ont mené à la potence. Le mystère s'accentue encore, puisqu'il paraîtrait que les sous-sols de l'Opéra ont été inondés, suite à une brusque montée des eaux de la Seine qui passe sous le bâtiment. Etrange phénomène car aucune crue n'était visible sur les bords du fleuve.

Les sous-sols étaient le lieu de vie du Fantôme et d'aucuns prétendent que ces phénomènes inexpliqués seraient bien l'œuvre de ce spectre. D'autres rumeurs tendraient à croire qu'Erik Delahaye ne serait pas mort et errerait dans l'Opéra, prêt à se venger.

Toujours est-il que, pour l'instant, l'ouverture du Populaire ne semble pas prête d'avoir lieu et tout Paris s'accorde à dire qu'il y aura peu de volontaires pour assister à la première, si l'Opéra arrive un jour à rouvrir ses portes.

A la fin de sa lecture, Erik semblait aussi contrarié que Raoul. Christine aussi avait légèrement blêmi.

« - Mais il n'y a pas de quoi s'alarmer, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

- Il n'est pas bon que l'on recommence à parler du Fantôme… lui répondit Erik.

- Mais, ce ne sont que des commérages. Firmin et André ne font que de la publicité gratuite…

- Toujours est-il que j'avais espéré que nous aurions été tranquilles un peu plus longtemps. »

Erik regarda Raoul qui avait posé ses mains sur le dossier de Meg.

« - Nous n'avons pas le choix, dit le Vicomte. Il faut avancer votre départ à Christine et à vous…

- Mais est-ce que tout est en ordre ? demanda Erik.

- Je fais tout mon possible pour hâter ce qu'il nous reste à faire. L'ennui, c'est que la plupart des hommes que je dois voir sont partis à Deauville ou Cherbourg pour la belle saison. Cela rend les choses difficiles mais pas impossibles.

- Mais de quoi parlez-vous ? interrogea Christine. »

Erik se tourna vers elle et soupira.

« - Cela fait un mois que le Vicomte fait des allers retours dans le but de préparer notre départ.

- Et où allons-nous partir ? demanda-t-elle.

- En Amérique. »

La réponse d'Erik prit toutes les femmes au dépourvu. Le docteur Simon, quant à lui, semblait déjà avoir été mis dans la confidence.

« - Si loin ! s'exclama Antoinette. Est-ce vraiment nécessaire ?

- Nous n'avons pas le choix, dit Erik. Christine et moi devons être certains de vivre dans un lieu sûr. Par bonheur, le Vicomte m'a affirmé que la réputation du Fantôme n'a pas dépassé les frontières mais, par précaution, il est plus prudent que nous quittions l'Europe.

- Mais ce qui se passe à l'Opéra… ce n'est qu'une coïncidence… tu n'y es pour rien, n'est-ce pas ?

- Et bien, en ce qui concerne la voûte non mais je ne suis pas étonné que cela arrive. La structure a souffert avec la chute du chandelier et vu l'empressement et l'avarice de nos chers directeurs et du nouveau mécène…

- Je dois dire que c'est bien là la seule chose qui me réjouit dans cette affaire, dit Raoul. Je n'ai jamais supporté le Comte Wagner et avec ce qui vient de se produire, il risque fort de laisser une bonne partie de sa fortune, s'il désire un jour réentendre chanter la Carlotta.

- Quand à l'inondation des sous-sols… Je crois que les ouvriers ont dû se montrer un peu trop curieux et actionner sans le vouloir le mécanisme d'engloutissement que j'avais prévu d'activer, au cas où cela se serait mal passé, le soir de l'incendie, répondit Erik, en regardant Mme Giry. Nous savons toi comme moi, Antoinette, que je n'ai pas eu le courage de le faire.

- Et au final, il n'y en a pas eu besoin, puisque tout ne s'est pas si mal passé, n'est-ce pas ? Finit par dire Meg. »

La décision fut prise que Raoul repartirait le lendemain pour peaufiner les détails qu'il restait à effectuer avant le départ d'Erik et Christine. Les deux hommes passèrent la soirée à discuter de cela, afin de ne rien oublier et d'éviter à Raoul de devoir les contacter ou de refaire un voyage qui pourrait rendre les gens suspicieux. Bien sûr, Paris savait que la Vicomtesse Marguerite de Chagny, après un accident où elle avait chuté dans les escaliers, avait pris le chemin du bord de mer, loin des mondanités de la Normandie. Mais Raoul préférait user de toute la discrétion possible.

oOoOoOoOoOo

« Alors nous allons partir pour l'Amérique ? demanda Christine, plongée dans ses songes. »

Les deux amants étaient couchés dans leur lit. Christine, lovée contre Erik, avait posé sa tête sur le torse nu de celui-ci et se laissait bercer par sa respiration.

« - Cela te dérange? S'inquiéta Erik. Je suis désolé de ne pas t'en avoir parlé plus tôt. Je ne pensais pas qu'il faille quitter la France si vite.

- Non, cela ne me dérange pas, mon Amour. Si tu vas au bout du monde, j'irai... (Anywhere you go, let me go too…). Il est vrai cependant que partir si loin, dans un pays que nous ne connaissons pas, avec une langue que nous ne maîtrisons pas, m'effraie quelque peu, je dois te l'avouer. Mais, si j'y réfléchis, c'est exactement ce qui s'est passé avec mon père, lorsque nous sommes partis de Stockholm pour venir en France.

- Alors, c'est une bonne chose, non ? lui demanda Erik, en lui souriant tendrement.

- Peut-être, lui répondit Christine, d'un air taquin, sinon je n'aurai jamais connu mon Ange de la Musique ! »

Ils s'étreignirent à nouveau amoureusement. Au bout d'un moment silencieux, Christine reprit à voix haute le cours de ses pensées.

« - Ce qui me rend triste, c'est de savoir que je ne serai pas présente pour l'accouchement de Meg. J'aurais tellement aimé être y assister.

- Je le sais… Mais même si nous avions attendu de partir à l'automne comme je l'envisageais, jamais nous ne pourrions rester jusqu'à son enfantement. Les derniers bateaux transatlantiques partent en novembre. Il est trop dangereux ensuite pour eux de faire la traversée en plein hiver. Nous ne pouvons remettre notre départ au printemps prochain.

- J'espère que cela se passera bien pour elle.

- Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement. Meg a complètement récupéré, à présent, et je sais que le docteur Simon sera correctement prendre soin d'elle. »

Christine se mit à songer à la vue de Meg avec un bébé… et soudain, sa vision d'Erik et elle avec leur propre enfant lui revint en mémoire. C'était la première fois qu'elle y pensait, depuis leur mariage. La question de fonder une famille lui trottait en tête mais elle avait peur d'en parler à Erik. Elle finit par sourire en elle-même. Erik était loin d'être stupide. Il devait se douter que leurs ébats ne resteraient pas stériles très longtemps. A ce moment-là, il serait temps d'en parler. Pour l'instant, rien ne pressait… Elle savait au fond d'elle qu'il accueillerait peut-être un peu anxieusement la venue d'un bébé mais qu'au final, tout se passerait bien.

Christine soupira et ses pensées prirent une toute autre voie. Quitter Paris avait été déjà une épreuve pour elle car elle savait qu'elle ne pourrait jamais plus se recueillir sur la tombe de son père mais quitter la France signifiait dire adieu à Meg, Antoinette et même Raoul. Cette idée lui fit monter les larmes aux yeux. Il était fort possible qu'elle ne les reverrait jamais. Elle savait qu'elle allait devoir profiter au mieux des derniers instants qu'elle passerait en leur compagnie.

« - Quand penses-tu que nous partirons ? demanda-t-elle.

- D'après de Chagny, tout devrait être prêt d'ici trois bonnes semaines. Il pense qu'il serait préférable que nous ne nous exposions pas trop à l'extérieur. Il est vrai que cela pourrait se révéler imprudent, si nous étions démasqués… »

Christine se releva et se tourna vers Erik, le sourire aux lèvres.

« - Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il, intrigué.

- Rien, mais je n'aurai jamais pensé que Raoul et toi puissiez devenir de si bons amis…

- Des amis ? dit-il, pris au dépourvu. Non, je n'irai pas jusque-là. Mais je dois avouer que Meg a fait des miracles sur lui. Je ne sais pas comment elle s'y est prise pour le changer à ce point…

- Le pouvoir des femmes… chuchota Christine.

- Il est vrai que les femmes ont un vrai pouvoir… mais les hommes savent se débrouiller aussi… »

Sur ces mots, Erik passa les draps au-dessus de leurs têtes et entreprit d'embrasser fougueusement sa femme…

oOoOoOoOoO

L'aube avait à peine pointée, en cette matinée du 3 août 1871, que la journée s'annonçait déjà caniculaire. Heureusement, le vent marin apportait un peu de fraîcheur. Erik et Raoul avaient chargé sur le fiacre les malles et le docteur Simon avait donné un de ses chevaux pour prêter main forte à César.

Christine inspectait la maison dans les moindres détails. Elle avait peur d'oublier quelque chose. Il était prévu que Meg reste avec les Simon, pendant que sa mère et son mari les conduisaient Erik et elle, jusqu'au port de Calais. Elle dut se rendre à l'évidence que tout avait bien été rangé dans les malles et dut se résigner à faire les adieux qu'elle redoutait tant.

Les Simon avaient pris place sur le seuil de la maison. Erik leur avait déjà dit au revoir. Le docteur lui avait offert plusieurs ouvrages et espéré entretenir une correspondance avec lui, une fois que Christine et lui se seraient fixés. Peu habitué aux adieux, il avait pris congé de Meg, en inclinant la tête et en la remerciant encore pour tout ce qu'elle avait fait pour lui. Mais, celle-ci, aux bords des larmes, lui sauta au cou et lui fit la bise, ce qui le prit de court. Elle lui demanda de prendre bien soin de sa presque-sœur pour elle, ce qu'il ne se fit pas prier de promettre.

Christine embrassa les Simon et les remercia de leur gentillesse et de leur hospitalité. Puis ce fut au tour de Meg. Les deux jeunes femmes se regardèrent un long moment, chacune essayant tant bien que mal de retenir ses larmes. Lorsqu'elles ne purent plus lutter, elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre et s'embrassèrent, malgré le ventre légèrement proéminent de Meg.

« - Promets-moi d'être heureuse et de me tenir informée de votre installation en Amérique, sanglota Meg.

- Et toi, prend bien soin de toi et de ton bébé. Ecris-moi une fois que tu auras accouché. Je veux tout savoir… As-tu une idée si ce sera un garçon ou une fille ?

- Oh, je souhaiterai de tout cœur que ce soit un garçon. Raoul en serait si heureux…

- Je l'espère pour toi. Vous méritez d'avoir du bonheur…

- Tout comme Erik et toi… »

Elles finirent par s'écarter l'une de l'autre mais elles se tenaient toujours les mains. Les larmes coulaient à flots le long de leurs joues.

« - Oh Meg, finit par dire Christine. Qu'il sera dur pour moi de ne pas t'avoir à mes côtés. Tu as toujours été là pour moi ! Tu es, depuis mon arrivée à l'Opéra, ma meilleure amie et je veux que tu saches que je t'ai toujours considérée comme ma sœur.

- C'est la même chose pour moi et je sais que même si des milliers de kilomètres nous séparent, je ne cesserais jamais de penser à toi. »

Elles finirent par se lâcher mais, lorsque le fiacre prit la route, Christine resta à l'observer et lui faire signe, jusqu'à ce que Meg fut hors de sa vue.

Ils arrivèrent au port avec un peu d'avance. Raoul leur avait trouvé une place sur un navire de transport, en direction de Douvres. Erik et Christine y seraient tranquilles. L'équipage était des hommes de différentes nationalités et Raoul leur avait donnés un bon salaire pour qu'ils prennent soin de leurs uniques passagers.

Raoul leur expliqua une dernière fois les modalités de leur voyage.

« Une fois que vous serez arrivés à Douvres, une voiture de louage vous attendra et vous emmènera jusqu'à Liverpool. Je connais là-bas une auberge où vous serez des mieux logés. Après-demain, vous pourrez prendre le transatlantique qui vous emmènera jusqu'à New York. Je vous ai réservés une suite en première classe. Vous y serez plus à l'aise et si vous ne désirez pas quitter votre chambre, vous pourrez demander à ce qu'on vous y apporte vos repas. Ainsi, vous aurez la plus grande discrétion possible. Bien que je ne crois pas que l'on fasse le rapprochement entre vous et Erik Delahaye, grâce à ceci. »

Erik prit les papiers que lui tendait le Vicomte. Il avait du mal à croire que cela était vrai. Il tenait entre ses mains le certificat de naissance de Monsieur Erik Y., né à New York et donc de nationalité américaine.

« Les autorités ne trouveront rien à redire… J'ai eu de la chance d'avoir un ami haut placé à l'ambassade américaine qui m'a tenu compagnie, pendant mes soirées de débauche d'autrefois, et qui ne souhaite absolument pas que sa femme soit au courant de ses frasques ! »

Mme Giry regarda son gendre de biais mais ne releva pas.

« Et je crois qu'avant de partir, il y a une dernière chose qu'il me faut vous donner. »

Raoul donna à Christine un papier qu'elle reconnut aussitôt.

« - Oh Raoul ! Tu as réussi à avoir notre certificat de mariage !

- Oui. Cela a mis du temps mais j'ai dû attendre d'avoir les papiers d'Erik pour le faire compléter mais c'est enfin officiel, vous êtes Monsieur et Madame Y. »

Christine embrassa Raoul :

« - Merci pour tout Raoul, sincèrement…

- Ce n'est rien, ma petite Lotte. J'espère que vous serez heureux et que tu trouveras tout ce que tu souhaites, dans ta nouvelle vie.

- Raoul, lui dit-elle, tu vas me manquer. Tu resteras toujours au fond de mon cœur, mon tendre ami d'enfance.

- Toi aussi, tu auras toujours une place à part dans mon cœur, Christine. »

Erik et Raoul se serrèrent la main brièvement. Erik, un peu refroidi par l'étreinte de Raoul et de sa femme, eut du mal à cacher sa jalousie, bien qu'il sache qu'il n'avait pas à réagir de la sorte. Mais il en était ainsi : Raoul et lui ne pourraient jamais vraiment devenir amis. Ils n'arriveraient jamais vraiment, malgré tous les efforts possibles, à faire table rase du trop lourd passé qui les liait…

Les adieux avec Mme Giry furent aussi déchirants pour Christine que ceux de Meg. La chorégraphe luttait pour garder sa contenance mais lorsque la jeune femme l'appela 'Mère', celle-ci fondit en larmes. Ces dernières reprirent de plus belle quand Erik la prit dans ses bras et l'appela sa sœur.

« - J'espère que tout se passera bien pour Meg et toi. Saches que notre porte sera toujours ouverte si le besoin s'en fait sentir.

- Ne t'inquiète pas pour moi, Erik. Je vais bientôt avoir une famille à m'occuper. Le Vicomte m'a demandée de venir habiter à l'Hôtel de Chagny. Je serai là pour assister Meg avec le bébé et atténuer le caractère de la Vicomtesse… »

Alors que les deux jeunes époux s'apprêtèrent à embarquer, Raoul tendit à Erik une grosse enveloppe.

« Tenez, dit-il. Il s'agit des documents qui vous donneront accès à New York à toutes vos affaires que mes hommes ont récupérées pour vous dans l'antre et l'entrepôt rue des Tisserands. Vous y avez l'adresse, ainsi que les papiers qui prouvent que vous en êtes propriétaire. Cela fait déjà quinze jours qu'elles vous attendent là-bas, mis à part ceci. »

Raoul lui fit ouvrir le colis et en sortit un masque de couleur chair.

« Je pense que cela sera moins voyant que le blanc… Après tout, le Fantôme n'est plus… »

Erik hocha la tête.

« - Quant à moi, j'aurai un dernier service à vous demander, Vicomte. Prenez soin de mes chevaux, comme si c'était les vôtres.

- En cela, vous pouvez me faire une confiance aveugle. Et à notre retour à Paris, César rejoindra ses compagnons dans mes écuries. »

Ils se serrèrent à nouveau la main mais avec un peu plus de chaleur, cette fois-ci. Erik suivit Christine vers l'embarcadère. Ils restèrent sur le pont jusqu'à ce que le bateau s'éloigne du quai et que Raoul et Antoinette ne soient plus que deux points leur faisant signe à l'horizon.

Alors que le soleil matinal se reflétait sur les falaises de la côte anglaise d'une blancheur éclatante, Christine sentit au fond d'elle son cœur se gonfler d'une joie nouvelle. Erik la serra dans les bras pour qu'elle ne prenne pas froid. Elle chanta pour lui :

Comme une enfant qui rêve au prince charmant

Un sentiment qui trouble et qui surprend

Je ferme les yeux et tout est si différent

C'est le début je le sens

Cela faisait près de deux mois qu'Erik ne l'avait pas entendu chanter, il ne put s'empêcher de l'accompagner :

On ne m'a rien dit

Je savais que c'était toi

Une autre vie

Commençait ce jour là

Et pendant que les falaises se rapprochaient, ils entonnèrent ensemble :

Une évidence, une prière, une urgence

Qui devient nous

Et même si la route est bien longue à la fin

Et même si le doute nous fait serrer les poings

L'amour nous rassure, brise les murs des incertitudes

J'apprendrai à lire dans ton regard

Je serai le dernier des remparts

Rien ne sera plus comme avant, non

C'est le début je le sens…

oOoOoOoOoOo

Le retour à Wimereux se fit en silence pour Antoinette et Raoul. Elle peinait à refouler ses larmes et cacher son chagrin, tandis qu'il se sentait vide. Ces deux derniers mois avaient été éprouvant pour lui. Entre le sauvetage d'Erik et l'organisation de son départ avec Christine, il n'avait pas eu un instant de répit. Mais voilà que tout était terminé. Une nouvelle vie était sur le point de commencer…

Sa joie de retrouver Meg et d'aller la réconforter, suite à la tristesse causée par le départ de sa meilleure amie fut anéantie, lorsqu'en remontant l'allée qui menait à la maison des Simon, il remarqua la présence d'un équipage. Il le reconnut immédiatement. Il s'agissait de la voiture de sa mère.

Il était vrai qu'il n'avait pas eu le temps de penser à elle, depuis le départ de celle-ci, suite à l'accident de Meg et aux arrestations d'Erik et Christine. A y penser, il n'avait reçu aucune nouvelle de sa part, depuis lors et il devait avouer qu'il ne lui avait pas écrit non plus.

Il arrêta brutalement le fiacre à côté de celui de sa mère et aida Mme Giry à descendre.

« - Que se passe-t-il, Vicomte ? Pourquoi la Vicomtesse Eugénie se trouve ici ?

- Je n'en sais pas plus que vous, lui répondit Raoul, anxieux. Mais connaissant ma mère, nous n'allons certainement pas tardé à le savoir… »

A peine eurent-ils franchis le pas de la porte, que la voix de la Vicomtesse Eugénie résonnait dans la maison. Elle était dans le salon, en compagnie des Simon et de Meg. Celle-ci était bien pâle et se tenait la tête basse. Lorsqu'ils les rejoignirent, ils n'eurent pas le temps de la saluer qu'Eugénie se leva vivement, sans leur adresser un bonjour.

« Raoul ! s'exclama-t-elle. Il était temps que vous rentriez de votre course. Je commençais à perdre patience. Nous devons nous entretenir immédiatement. Docteur Simon, pouvez-vous nous mener dans un endroit plus discret, s'il vous plaît ? »

Le médecin ne se fit pas prier et la mena Raoul et elle, jusqu'à son bureau.

« Merci, finit par dire la Vicomtesse. »

Le docteur Simon s'apprêtait à les laisser seuls, lorsqu'Eugénie l'interrompit.

« Non, veuillez rester avec nous, mon ami. Après tout, cela vous concerne aussi. »

Il referma alors la porte sur eux trois.

« - Bien, continua-t-elle, sur un ton toujours aussi impérieux et froid, vous avez l'air de vous porter mieux qu'avant mon départ, Raoul…

- C'est le cas, mère, lui répondit-il, sur ses gardes. Il me semble que vous vous portez également bien. »

La Vicomtesse feint d'ignorer le compliment de son fils.

« - Puis-je savoir pourquoi avez-vous amené Marguerite dans un endroit aussi éloigné de tout ?

- Mais parce que c'était nécessaire pour sa santé. Durant votre absence, elle a failli à nouveau perdre le bébé. Le docteur Simon l'a soignée et nous a proposés pour son bien-être de venir, quelques temps, au bord de mer, dans sa résidence secondaire.

- Peut-être… mais vous me cachez une bonne partie de la vérité, n'est-ce pas ?

- Non, mère, jura Raoul, qui se demandait bien où elle voulait en venir.

- Ne vous fatiguez pas. Je me suis peut-être absentée mais je sais très bien ce qui s'est passé ces deux derniers mois. Le docteur Simon m'a tout expliquée.

- Quoi ?! s'exclama Raoul, interloqué, en regardant le médecin… Mais…

- Il le fallait, Vicomte. Votre mère m'a demandé de la tenir informée de vos agissements. »

Le médecin semblait un peu dépité de devoir avouer la vérité au fils d'Eugénie.

« - Avez-vous donc perdu la raison, Raoul ? s'énerva Eugénie. Savez-vous dans quel embarras la famille aurait été mise, si vous aviez été démasqué ? Et quelle idée d'avoir impliqué Monsieur Simon dans une telle histoire !

- J'avais prévu de me débrouiller seul. Le docteur Simon s'est proposé de m'aider de son plein gré. Il connaissait les risques !

- C'est vrai, Vicomtesse, assura Simon.

- Qu'aurai-je fait, Raoul, si vous vous étiez retrouvé en prison pour avoir été le complice d'un criminel en fuite ! Avez-vous songé que notre nom aurait été entaché à jamais ! »

La Vicomtesse se dirigea vers la fenêtre et passa quelques secondes à observer la mer.

« - Mon ami, finit-elle par dire au médecin, pouvez-vous nous laisser quelques instants seuls, s'il vous plaît ?

- Comme vous le souhaitez, Vicomtesse… »

En se dirigeant vers la porte, il posa une main sur l'épaule de Raoul, en signe d'excuse et d'encouragement.

Lorsqu'ils se retrouvèrent seuls, Eugénie daigna enfin se retourner pour faire face à son fils. Raoul en fut des plus décontenancés, lorsqu'il découvrit qu'elle avait les yeux rougis par les larmes.

« - Avez-vous songé que vous auriez pu briser mon cœur à jamais, si vous aviez été démasqué ! Simon m'avait prévenu de votre plan pour sauver ce Fantôme. Il avait l'air d'avoir confiance en vous. J'ai demandé à ce qu'il fasse tout son possible pour vous aider et vous protéger… Peu importe ce que vous pensez de moi, Raoul. Je suis peut-être peu démonstrative envers vous et j'ai toujours été plus encline à critiquer qu'à complimenter mais vous êtes mon fils unique ! Je tiens à vous, comme chaque mère tient à son enfant. Mais je me devais de vous donner une leçon. Je voyais bien quelle direction vous empruntiez… Le chemin de la facilité, de la débauche, de l'ivresse… Je voulais vous faire comprendre que vous ne méritiez pas ce que vous vous infligiez mais je me devais d'agir en conséquence… Le cataclysme que vous aviez déclenché, en plongeant dans l'affliction tant de gens, méritait de vous de prendre des risques aussi grands que cet ouragan pour vous racheter. A présent, je peux voir par moi-même que j'ai eu raison de vous laisser vous débrouiller… et qu'à mon plus grand étonnement et à mon plus grand soulagement, vous vous en êtes très bien sorti.

- Je vous remercie, mère, répondit Raoul, complètement décontenancé. Mais ma rédemption, je la dois également à Meg. C'est elle qui m'a montré le droit chemin…

- Elle vous a effectivement fait changer… Elle mérite toute ma gratitude. Je me suis trompée sur son compte. Je ne pensais pas qu'elle tenait tant à vous et vous à elle.

- Pourquoi avoir fait tout ce chemin, mère ?

- Parce que je viens faire amende honorable. Je voulais m'assurer que ce que le docteur Simon m'avait dit à votre sujet était vrai. Je suis venue vous dire que je désire que vous repreniez les affaires familiales. Contrairement à mai dernier, je vois que vous êtes prêt. Vous avez enfin compris que le monde n'est pas que bien ou mal, qu'il faut savoir faire des choses parfois contraires à son jugement ou à ses propres intérêts pour pouvoir finalement avancer. Vous avez su faire abstraction de vos sentiments pour sauver un homme que vous clamiez être votre ennemi. C'est tout à votre honneur. Vous avez gagné en maturité d'esprit et je vous sais, à présent, prêt à affronter le monde impitoyable des affaires. Dès cet automne, je vous délèguerai mes responsabilités.

- Comment vous remercier, mère ?

- En gardant votre ligne de conduite actuelle… Je n'en serai que plus fière… Allons rejoindre votre épouse et nos amis. Je crois que tous doivent appréhender ce qui se passe dans cette pièce. »

Raoul était complètement abasourdi par sa conversation avec sa mère. Jamais il n'aurait pensé, qu'après ce qu'il avait fait, elle le trouve digne des de Chagny.

Pendant qu'Eugénie s'installait dans le salon, en compagnie de Mme Giry et du docteur, pour boire le thé que Mme Simon avait versé, Raoul fit signe à Meg de le suivre sur la terrasse.

Lorsqu'elle vint le rejoindre, elle était très contrariée mais elle n'eut pas le temps de le questionner que déjà son mari l'enlaçait et l'embrassait tendrement.

« Tu ne devineras jamais, ce que ma mère vient de me dire… lâcha-t-il avec un grand sourire. »

Il lui expliqua mot pour mot l'entretien qu'il venait d'avoir avec la Vicomtesse. Meg ne sut que lui répondre, tant elle était soulagée.

« - Qui aurait cru, il y a encore quelques temps, que tout se terminerait aussi bien ? le questionna-t-elle.

- Mais ce n'est pas la fin, lui répondit-il. Ce n'est que le début… le début d'une nouvelle vie…

Deux étrangers dans une même aventure

Deux étrangers vont changer le futur »

Meg était aux Anges. Pour la première fois, depuis leur mariage, elle se mit à chanter avec lui.

D'un même espoir, le besoin d'y croire vraiment

C'est le début je le sens

Et même si la route est bien longue à la fin

Et même si le doute nous fait serrer les poings

L'amour nous rassure, brise les murs des incertitudes

J'apprendrais à lire dans ton regard

Je serais le dernier des remparts

Rien ne sera plus comme avant

C'est le début je le sens

Meg entama un solo, qui prouvait à Raoul la certitude qu'elle avait toujours nourri au fond d'elle, celle qu'il devienne l'homme qu'il était à présent :

Je savais bien que dans le noir

Comme moi quelque part

Tu ne vivais plus que pour moi

J'étais si sûre de toi

Comptant les heures qui nous séparent

Et même si la route est bien longue à la fin

Et même si le doute nous fait serrer les poings

L'amour nous rassure, brise les murs des incertitudes

J'apprendrais à lire dans ton regard

Je serais le dernier des remparts

Rien ne sera plus comme avant

C'est le début je le sens

Ils s'embrassèrent très longuement et prirent le temps de se retrouver avant de rejoindre leur famille dans la maison.

oOoOoOoOoOo

Le soleil commençait à peine à se lever, en cette matinée du 20 août 1871. Christine et Erik se trouvaient sur le pont du RMS Oceanic de la White Star Line. Equipé à voile et à vapeur, c'était l'un des fleurons des paquebots transatlantiques. La traversée s'était déroulée sans le moindre problème et le jeune couple profitait de la promenade déserte à cette heure si matinale, avant de retourner dans leur cabine.

Seule cette traversée de quinze jours fut perturbée par les malaises récurrents de Christine. En dépit du fait que les cabines de première classe se trouvaient au milieu du navire pour atténuer les mouvements dus au tangage et au roulis, Christine était victime du mal de mer. Erik en était fort inquiet et vit avec soulagement les côtes américaines se dessiner devant eux.

« Regarde, Christine, c'est Ellis Island. »

Erik lui montrait l'île qui se détachait de New York, ainsi que le grand bâtiment qui accueillait les nouveaux immigrants. Christine allait devoir s'y rendre pour passer la frontière. Erik, lui, aurait plus de facilité, ayant ses papiers de nationalité américaine.

« - Qu'est que cela ? lui demanda Christine en pointant une masse qui se détachait à quelques centaines de mètres d'Ellis Island.

- C'est la Statue de la Liberté.

- Elle semble n'attendre que nous, lui dit Christine. »

Lorsqu'il fut temps de débarquer, Erik surprit Christine en la portant dans ses bras.

« - Mais que fais-tu ? S'exclama-t-elle, en pouffant de rire.

- Il est de tradition que le mari porte sa femme pour traverser le seuil de leur nouvelle demeure, n'est-ce pas ?

- Oui mais je ne vois pas de seuil… »

Erik posa enfin les pieds sur le quai et délicatement reposa Christine à terre.

« Voilà, dit-il, visiblement satisfait de lui. »

Christine posait son regard partout… l'Amérique, une terre de promesse, les accueillait sous un soleil radieux. Erik, quant à lui, avait son regard rivé vers l'ouest. Le soleil illuminait Coney Island. C'était là qu'il souhaitait s'installer, là où il aurait une chance de vivre de ses talents.

Coney Island était un lieu en retrait de New York, constitué de nombreux parcs d'attractions et de lieux de spectacle. Avec ses connaissances en architecture, en maçonnerie, en mécanique, il savait que, d'ici quelques temps et un dur labeur, il finirait lui aussi par s'y faire une place. Il aurait ainsi l'occasion de reprendre sa passion pour la musique, de composer et d'offrir à Christine un opéra digne de sa voix…

« Nous voilà prêts à commencer une nouvelle vie à deux, lui dit-il, en la serrant dans ses bras. »

Christine lui sourit et inspira longuement. Il était peut-être temps de lui confier ce dont elle était sûre tout au fond de son cœur. Elle s'écarta d'Erik, lui prit la main et la posa sur son ventre :

« Pas à deux, murmura-t-elle, mais à trois…

Et même si la route est bien longue à la fin

Et même quand la vie te fait peur

Je serai là, c'est le début je le sens »

Erik resta un moment stoïque, les yeux écarquillés, sous la surprise de cette nouvelle. Christine craignit tout d'un coup que cette nouvelle ne lui fasse pas plaisir mais à son soulagement, le visage d'Erik finit par s'illuminer et il la serra délicatement contre lui.

« Je crois que je vais vraiment apprécier cette nouvelle vie, finit-il par dire, les larmes aux yeux.

Même si la route est bien longue à la fin

Et même si le doute nous fait serrer les poings

Rien ne sera plus comme avant

Car c'est le début, je le sais. »

Erik lui tendit son bras et ils entrèrent tous deux à Ellis Island.

L'Amérique leur ouvrait les bras vers un avenir radieux et plein de promesses.

Disclaimers : La chanson 'C'est le début' est tirée de la bande originale française du dessin animé 'Anastasia' (1997) de Don Bluth et Gary Goldman. Elle est interprétée par Anggun et Gildas Arzel. Elle leur appartient intégralement.

NdA : Pour celles ou ceux qui seraient soucieux des détails historiques, le RMS Oceanic a bien existé et appartenait bien à la White Star Line. Il a fait son voyage inaugural en mars 1871 et fut un des meilleurs paquebots transatlantiques reliant Liverpool à New York en 15 jours (ce qui était un record pour l'époque). Par contre, au sujet d'Ellis Island et de la Statue de la Liberté, je tiens à m'excuser des anachronismes mais je ne voyais pas débarquer nos deux héros autrement que de cette façon-là. C'est tellement plus romantique, non ? Pour mettre les choses au clair, Ellis Island ne fut utilisée pour le débarquement des immigrants qu'à partir de 1892. Autrefois, ils débarquaient à Fort Clinton au sud de Manhattan. La Statue de la Liberté, quant à elle, ne fut inaugurée qu'en 1886. Elle n'était qu'à l'état de projet en 1871…

Voilà pour ce chapitre qui vient clore notre histoire. Mais vous allez retrouver nos héros dans un épilogue. Une nouvelle fiction va bientôt voir le jour mais je ne sais pas si je vais publier le prologue avant d'avoir publié l'épilogue de celle-ci… A vous de me dire, ce que vous préférez. Normalement, elle devrait s'intituler « Souviens-toi » mais je ne suis pas encore sûre du titre…

Sinon, j'espère que vous prendrez le temps de commenter ce chapitre et que vous avez pris autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire. Je trouve pour ma part qu'il est plus difficile d'écrire une histoire qui finit bien qu'une histoire tragique mais je crois que nos deux héros ont bien mérité leur Happy End.

Allez, review, et grosses bises.