Coucou à tous ! Désolé pour le retard, j'ai un peu bloqué sur ce chapitre et j'ai peur d'ailleurs que ça ne se ressente au niveau de la lecture . enfin bref vous me direz ! Pour répondre à vos questions : non William ne va rien oublier. Je rappelle qu'il a déjà été virtualisé et que sa mémoire est, par conséquent, enregistrée dans le Supercalculateur, comme celle des autres. William et Yumi seront donc toujours séparés ! Pour le retour des personnages comme Angel et Jérémie, vous verrez bien en lisant ;) ! De même pour les relations diverses et variées entre les personnages \o/ ! Sur ce, bonne lecture et encore merci à tous pour vos commentaires et votre patience !
Disclamer : Code Lyokô appartient à Moonscoop.
Chapitre 29 :
Épisode 128 : Le réfugié du temps_
Le jeune homme aux lunettes à l'épaisse monture noire cligna des yeux un bref instant, le temps que les flashs de lumières s'éloignent de ses yeux. Le couloir dans lequel il se trouvait grouillait d'élèves, bavardant de façon insouciante ou révisant leurs cours de manière fébrile, inconscient du phénomène qui venait de se produire. En réalité, lui seul avait été témoin de l'énorme sphère de lumière qui avait brusquement enveloppé le lycée Stendhal avant de subitement disparaitre, comme si de rien n'était. Lui seul avait eu conscience du retour dans le temps qui venait d'avoir lieu…
D'un geste machinal, Jérémie Belpois porta la main à son portable, scrutant la date sur le petit écran tactile. Mardi 12 avril, 14h02. Soit presque une semaine avant que la sphère de lumière ne l'arrache subitement de son lit à l'internat du lycée, alors qu'il entrouvrait à peine les yeux, émergeant de son sommeil.
Rengainant son téléphone, Jérémie perdit son regard dans la vitre ruisselante de pluie lui faisant face. Les lourds nuages au dessus de l'établissement privé perdu en pleine forêt obscurcissaient tellement le ciel qu'on aurait pu se croire en pleine nuit. Un éclair zébra l'horizon, éclairant son reflet pâle et maigre à la surface du verre. Ses cheveux blonds étaient toujours aussi en bataille et il arborait toujours le même petit air supérieur, cependant les poches sous ses yeux semblaient s'être accentuée.
La surcharge de travail résultant de son intégration au sein d'une des plus prestigieuses écoles pour surdoués de France n'était pour rien dans ce phénomène cependant. Depuis qu'il était arrivé au lycée Stendhal, ses pensées n'avaient cessées de tourner autours de ce qu'il avait laissé derrière lui.
« Pourquoi un Retour dans le Temps ? ne put-il s'empêcher de se demander en s'adossant contre le rebord de la fenêtre, indifférent aux va-et-viens des autres élèves, qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'ils en arrivent à prendre une telle décision… ? ».
Une voix claire s'éleva brusquement derrière lui, le ramenant loin de Kadic et de ses occupants :
- Jérémie, tout va bien ?
Le jeune homme se retourna aussitôt vers la jeune fille qui venait de l'interpeller.
- Tallia… lâcha-t-il avec une pointe de soulagement en la reconnaissant.
Comme à chaque fois qu'il se trouvait face à elle, il ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement avec son ex-petite-amie, Aelita. Même stature, même visage en forme de cœur, même nez. Pourtant, à y regarder de plus prêt, il était impossible de les confondre. Aelita avait des cheveux longs d'un rose très pâle et des yeux doux d'un vert profond tandis que Tallia, qui lui faisait face, arborait constamment une coupe à la garçonne, très courte, d'un mauve prononcé tout sauf naturel, et ses yeux, non dénué d'une certaine froideur intelligente, étaient d'une jolie couleur noisette.
Tallia était également aussi sombre que son sosie était joyeux, autant dans le comportement que dans sa façon de se vêtir, avec son pull noir à col montant, son jean long de couleur pourpre et la multitude de bracelets pendant à ses bras. Sur le point comportemental, il était plus facile de l'associer à Jérémie qu'à Aelita.
Jérémie et Tallia s'étaient rencontrés pour la première fois bien des années auparavant, lorsque l'adolescente, orpheline, avait été transférée à Kadic un beau jour durant son année de Quatrième. Sa ressemblance frappante avec Aelita, à l'époque toujours enfermée dans le Supercalculateur, avait rapidement induit le jeune homme en erreur et les conséquences de cette confusion auraient pu être dramatiques sans un Retour vers le Passé bien placé.
Leurs retrouvailles ici, à l'institution pour élèves surdoués Stendhal, n'avait pas été sans leur causer une vive surprise. Très vite, les deux adolescents avaient appris à se connaitre –chose qu'ils n'avaient jamais pris la peine de faire lors du cours séjour de Tallia à Kadic- et s'étaient découverts rapidement plus de points communs qu'ils n'auraient pu le croire, à commencer par une passion prononcée pour l'informatique et la solitude. Au final, une certaine forme d'amitié polie avait fini par naitre entre eux au fil des mois.
La jeune fille, si semblable à Aelita par le passé mais dont les traits de ressemblance commençaient à s'estomper avec l'âge, s'avança vers Jérémie, sa sacoche sur l'épaule, s'adossant à son tour contre la fenêtre.
- A quoi tu pensais ? questionna-t-elle avec un demi-sourire, tu avais l'air… Nostalgique !
Le jeune homme étouffa un ricanement en détournant le regard. Pourquoi fallait-il que, malgré tout ce temps, elle lui fasse toujours autant penser à Aelita ? Après le Retour vers le Passé dont il venait d'être témoin, il avait besoin de tout sauf de se rappeler de sa vie passée de Kadicien, aux côtés de celle qu'il avait toujours aimé depuis la première seconde.
- Ce n'est rien, bougonna-t-il, juste… Une impression de déjà-vu… On ferait mieux d'aller en cours !
Tallia fronça les sourcils, dubitative, mais ces quelques mois passés en compagnie du petit génie lui avait appris à ne pas insister dans ce genre de situation.
- Vas-y sans moi, commenta-t-elle, j'ai quelque chose à faire avant, je risque d'être un peu en retard… Présente mes excuses au prof au pire !
L'adolescent acquiesça et la jeune fille aux cheveux mauves tourna les talons, disparaissant rapidement dans la foule compacte d'élèves. Jérémie s'accorda encore quelques secondes d'intense réflexion avant de se mettre en marche à son tour, en direction de sa salle de classe. Suivre les cours de cette semaine une deuxième fois allait être d'un ennui mortel, il le sentait… Par ailleurs, il savait bien qu'autre chose allait lui occuper l'esprit pendant ce temps, à savoir : à quel point la situation était-elle dramatique pour ses anciens amis ?
Stéphanie se sentait flotter, comme enveloppée d'une mystérieuse brume blanche s'étendant à l'infinie autour d'elle. Elle ne sentait plus son corps, du bout de ses doigts jusqu'à la plante de ses pieds, n'entendait plus rien… Comme si son esprit dérivait de façon aléatoire, quelque part dans ces étranges limbes qu'elle ne parvenait pas à identifier. Réfléchir lui demandait un effort considérable, comme si elle venait de s'éveiller d'un long sommeil dans lequel elle serait volontiers restée quelques heures de plus.
Pendant un instant, elle se crut de retour sur Lyokô. Puis une pensée atroce commença à s'insinuer en elle, telle un poison mortel s'écoulant dans ses veines : était-elle morte ?
A peine cette sinistre idée lui traversa l'esprit qu'un brouhaha insupportable envahit ses oreilles, manquant de l'assourdir. Hébété, elle cligna des yeux et le brouillard flou s'effaça aussitôt, laissant place à une vague de formes et de couleur qu'elle ne parvenait pas à identifier. Elle remarque, un peu tard, que son corps était de nouveau opérationnel, en sentant le contact soyeux de quelque chose de chaud sous elle. Visiblement, on l'avait assise quelque part.
- Stéphanie ?
L'appel de son nom par une voix familière acheva de lui remettre les idées en place et son cerveau parvint enfin à identifier l'endroit où elle se trouvait. Il s'agissait du foyer des élèves de Kadic : bondé de monde, un soleil hésitant filtrant à travers ses hautes fenêtres. La surface confortable sur laquelle elle était assise n'était autre qu'un des canapés rouges parsemant la salle. Face à elle, sur un sofa similaire, étaient alignés Yumi, Eva, Odd et Mathieu, tous la fixant d'un air inquiet. Ce dernier avait l'air particulièrement pâle.
Tentant de rassembler ses souvenirs, la jeune fille se redressa, se massant le front. Un mal de tête lancinant commençait à cogner contre ses tempes mais, en dehors de ça, elle se sentait étonnamment bien.
- Tu…Tu te sens bien ? lança Odd d'un ton hésitant.
- Quand est-ce qu'on est retourné à Kadic ? bredouilla-t-elle en guise de réponse, je me souviens juste être retournée dans le scanner et puis après… Le trou noir !
Les images de ses exploits sur le monde virtuel lui revinrent subitement en mémoire et un sourire étira ses lèvres alors qu'elle se remémorait sa splendide tenue de gothic lolita.
- La vache ce que c'était cool sur Lyokô ! s'exclama-t-elle avec excitation, faudra que je remette ça !
A l'instant même où elle finissait sa phrase, un grand coup de sac s'abattit sur elle, lui arrachant un glapissement de surprise.
- Mathieu !? s'exclama-t-elle, décontenancée, mais qu'est-ce que… ?
Le jeune homme s'affairait à la rouer de coup désormais, une véritable expression de fureur sur le visage. Le spectacle était tellement inhabituel que la plupart des occupants du foyer s'étaient tournés dans leur direction, intrigués. Mathieu n'était pas connu pour son caractère impulsif après tout !
- Ne…dit…plus…jamais…une…connerie…pareille ! haleta l'adolescent entre deux coups de sacs avant qu'Odd n'ait la présence d'esprit de se lever et de l'arrêter, un peu tardivement.
Stéphanie hocha la tête sans chercher à comprendre, sans pour autant se détendre, les mains levées dans une attitude protectrice devant son visage. Eva eut un petit soupir. Le comportement de ces deux là était décidément bien trop pathétique à son goût.
- Je vais enfin savoir ce qui s'est passé ? finit par marmonner la jeune fille aux yeux violets, gardant un œil suspicieux sur le sac de son ami, ou bien ça aussi c'est sous peine de se faire battre ?
Yumi prit la peine de chasser quelques curieux encore tournés vers eux avant de répondre, baissant d'un ton par mesure de précaution.
- Il y a eu un souci lors de la rematérialisation, fit-elle d'un ton grave, tu… Bref, sans entrer dans les détails tu as failli y rester et on n'a pas eu d'autre choix que de lancer un Retour vers le Passé pour te sauver.
Stéphanie fixait la japonaise avec de grands yeux ronds désormais, incapable d'assimiler ses paroles. Elle se souvenait vaguement du malaise qu'elle avait ressenti à la sortie du scanner mais elle était loin de se douter que cela avait été aussi grave ! Cela expliquait sa perte de mémoire cependant…
- Attendez, un Retour dans le Temps ? lâcha-t-elle subitement, estomaquée, alors que l'information remontait enfin à son cerveau, ça veut dire qu'on est… ? Quel jour on est ?
- Mardi dernier à un peu plus de 14h, répondit Odd en scrutant son téléphone, visiblement les réglages d'Aelita étaient au poil ! Tout a bien fonctionné !
Stéphanie allait ouvrir la bouche pour poser d'autre question mais, soudain, une masse violette lui tomba brusquement dessus, bien vite suivi par une cascade de cheveux noirs. Mathieu et Yumi, n'y tenant plus, venaient de se jeter à son coup à sa grande surprise !
- Je suis désolée, si tu savais… murmura la japonaise qui semblait retenir ses larmes à grand peine, je n'aurai jamais du t'en vouloir à ce point à cause de William, c'était stupide… Pardonne-moi s'il-te-plait !
- Je…Non ! répliqua l'adolescente sans parvenir à se défaire de l'étreinte de ses amis, un peu gênée, tu avais toutes les raisons du monde de m'en vouloir ! C'est moi qui suis désolée !
- Oh la ferme toute les deux ! rit Mathieu en la serrant dans ses bras de plus belle, l'essentiel c'est que tu sois saine et sauve !
Odd esquissa un sourire, attendrit par la scène et en même temps profondément soulagé. Même Eva s'abstint de tout commentaire désobligeant pour une fois. Les murmures intrigués avaient repris tout autour d'eux mais aucun des Lyokô-guerriers n'y prenait garde, trop heureux que tout ait fini par s'arranger ! Tout à la joie de leurs retrouvailles, ils remarquèrent à peine la porte du foyer grincer sur ses gonds et une jeune fille aux cheveux roses s'avancer vers eux, la mine légèrement dépitée.
L'air morose d'Aelita se changea en un sourire rayonnant lorsqu'elle se rendit compte que Stéphanie allait parfaitement bien et l'adolescente ne tarda pas à se joindre aux étreintes, son cœur battant à tout rompre sous l'effet du soulagement.
- J'ai largué Thomas, finit-elle par annoncer une fois que l'effervescence générale fut un peu redescendue et que tous eurent repris place sur le canapé respectif.
La nouvelle jeta un froid sur le groupe et Mathieu mit même plusieurs secondes avant de comprendre ce que venait de dire leur meneuse.
- Quoi mais… ? entama-t-il.
- …Pourquoi !? acheva Odd à sa place, exprimant à la place des autres leur incrédulité.
Aelita poussa un profond soupir triste, entortillant nerveusement une mèche de cheveux roses au bout de son doigt.
- Disons que j'ai réalisé certaines choses pendant que Stéphanie était à l'hôpital, commenta-t-elle sans chercher à s'étendre, et puis ne nous voilons pas la face : le fait d'être en couple avec un non-Lyokô-guerrier ça aurait fini par nous exploser en pleine face un jour ou l'autre… C'était la meilleure décision possible.
Elle se garda bien d'ajouter que leur dernière mésaventure lui avait rappelé à quel point elle avait cruellement besoin de Jérémie et à quel point jamais Thomas ne pourrait le remplacer dans son cœur, mais Odd n'était pas dupe. Cependant, il s'abstint de tout commentaire, se contenant de consoler son amie d'une petite tape sur l'épaule, lui arrachant un bref sourire.
- Comment il a réagi ? questionna-t-il sans prêter garde au regard jaloux de sa petite-amie.
- Mal, soupira Aelita, chassant ce souvenir d'un geste, il a commencé à s'énerver, à me dire que j'avais manipulé ses sentiments simplement pour compenser le vide laissé par Jérémie et que maintenant que ça allait mieux je le jetais comme si de rien n'était, que j'étais une espèce de salope égoïste… Ce genre de chose ! Au fond je ne peux pas vraiment lui en vouloir…
« Peut-être parce qu'il n'a pas totalement tord » ne put-elle s'empêcher de penser. Bien qu'elle ne l'ait pas énoncé à haute voix, Odd la fusilla subitement du regard, comme s'il avait deviné le fond de sa pensée. Stéphanie, elle affichait un air indigné.
- Beh tu ne perds pas grand-chose s'il te traite comme ça ! affirma-t-elle avec ferveur, inconsciente du fait que ses paroles, bien loin d'apaiser Aelita, la mettait mal à l'aise, comme on dit : « mieux vaut être seule que mal accompagnée » !
La jeune fille laissa échapper un petit rire sans pour autant parvenir à se défaire de sa culpabilité. Elle s'en voulait d'avoir causé autant de peine à un autre garçon après Jérémie. Peut-être n'était-elle tout simplement pas faite pour être en couple ?
Ravalant ses sombres pensées, elle releva la tête vers ses amis et se rendit compte que tous la dévisageait d'un air inquiet. Son sentiment de honte augmenta encore d'un cran.
- C'est bon, assura-t-elle, c'est moi qui l'ai largué, pas l'inverse ! Et puis il y a plus urgent à penser pour le moment…
- Le Firewall ! se rappela brusquement Odd en se frappant le front, il faut que tu le réinstalles !
-On a le temps, la Green Phoenix ne lancera pas son attaque avant ce week-end et grâce au Retour dans le Temps on a une possibilité de faire avorter leur tentative sans trop de problème cette fois-ci, le rassura Aelita, retaper le programme ne me prendra pas plus de quelques minutes maintenant… Alors c'est plutôt l'occasion pour nous de lancer l'offensive cette fois-ci !
Tous firent silence brusquement, incrédules. Autours d'eux, le bourdonnement incessant des conversations et des jeux des lycéens semblait les envelopper comme une bulle protectrice.
- Et comment tu comptes t'y prendre ? ironisa Eva alors que la tension s'épaississait.
- J'y ai pas mal réfléchi pendant la nuit qu'on a passé à l'hôpital, répondit l'adolescente, dardant ses yeux verts dans le bleu limpide de ceux de l'américaine, au plan de la Green Phoenix, je veux dire. Ce qu'on suppose jusqu'à présent c'est que, après avoir reconstitué leur base de données on ne sait trop comment, ils se sont servis d'Angel pour créer une sorte d'intelligence à la XANA programmée pour envoyer des monstres sur Lyokô afin d'en détruire le cœur et ainsi avoir accès au Projet Carthage de mes parents, le tout en passant par une Brèche dans les défenses du monde virtuel… Maintenant écoutez ma théorie.
Elle marqua une pause avant de poursuivre. Face à elle, les autres Lyokô-guerriers buvaient ses paroles.
- Et si –je parle bien au conditionnel- et si la Green Phoenix avait trouvé le moyen de concevoir un monde virtuel à l'image de Lyokô pour entreposer leurs données… Un monde virtuel dans lequel Angel serait enfermé et depuis lequel il enverrait ses monstres…
Odd se redressa d'un bond, une lueur de compréhension dans le regard.
- Tu veux dire… Un Lyokô bis qui serait connecté à nôtre Supercalculateur par…
- …La Faille, oui c'est ce que je pense ! compléta Aelita avec un rictus, si c'est le cas on a un moyen de pénétrer leur système, trouver Angel et peut-être même réduire à néant leur propre Supercalculateur et ça, ça changerait carrément la donne !
Un silence religieux accueillit ses propos. Tous voyaient miroiter devant eux l'espoir que représentait cette théorie. Seule Eva paraissait peu convaincue.
- Aelita, entama-t-elle d'un ton lent et calculer, franchement c'est difficile à croire, ce serait trop pratique… Et puis comment la Green Phoenix aurait pu réussir à créer un second Lyokô sans ton père pour les épauler ?
- XANA a bien réussi à l'époque, répondit Yumi à la place de leur meneuse avant de se tourner vers cette dernière d'un air interrogateur, tu penses à une sorte de Réplika c'est ça ?
- C'est ça, approuva Aelita en hochant légèrement la tête, s'ils ont eu accès aux données des monstres de XANA, pourquoi pas au reste ? Et puis cette Faille doit bien mener quelque part ! Reste à savoir si ce « quelque part » est effectivement une réplique de Lyokô et, si oui, ce qui s'y trouve…
Eva se renfrogna en voyant le regard brillant d'espoir de Mathieu. Elle pouvait difficilement aller contre l'opinion générale du groupe, malgré ses réticences.
- Admettons, lança-t-elle dans une tentative désespérée tout en se renfonçant dans son sofa, même si c'est le cas, comment est-ce que tu comptes nous envoyer dans cet autre monde virtuel hypothétique ?
La remarque ramena les adolescents à la réalité. Mathieu perdit aussitôt son air enjoué.
- On pourrait recréer le Skid –notre sous-marin numérique qui nous permettait de voyager à travers le réseau à l'époque- ? proposa Odd, sans trop y croire.
- Sans Jérémie ? Impensable ! coupa Aelita sans se défaire de son sourire, ça prendrait trop de temps et la Green Phoenix aurait le temps de détruire Lyokô une bonne dizaine de fois ! Non, il existe un point d'accès bien plus direct…
Elle n'eut pas besoin de poursuivre pour que les autres comprennent.
- Tu veux nous faire passer par la Faille !? s'étrangla Yumi, sous le choc, Aelita c'est…
- …Brillant ! l'interrompit Stéphanie lui arrachant une grimace agacée, on fait ça quand !?
- Dangereux ! reprit la japonaise comme si personne ne l'avait interrompue, sérieusement Aelita ! On ne sait pas ce qui nous attends de l'autre côté ! Et qui te dit qu'il y ait vraiment un passage à travers ce truc ?
- Oui princesse, surenchérit Odd, peu convaincu lui aussi, tu as vu comme moi à quoi ça ressemble en plus cette horreur ! Pas question que je rentre à l'intérieur de ce machin, même sous forme virtuelle !
La jeune fille aux cheveux roses fronça les sourcils d'un air agacé.
- Écoutez, je comprends vos réticences, commença-t-elle, cependant c'est soit on tente le coup, soit on y est encore l'année prochaine ! Et avec le bon programme je suis certaine qu'il n'y aura aucun souci : après tout, la Green Phoenix doit bien avoir un passage au point pour pouvoir emmener ses monstres sur Lyokô ! Il vous suffira de l'emprunter en sens inverse ! Tout ça, c'est l'affaire de quelques lignes de codes !
Personne ne sembla trouver quoi répondre mais on pouvait lire dans le regard de chacun leur vive appréhension. Plonger ainsi vers l'inconnu sur la base d'une simple intuition n'était pas pour les réjouir. Aelita tourna la tête vers chacun d'entre eux en quête de la plus infime trace d'approbation mais même Mathieu semblait réticent pour le coup. Désespérée, elle se massa le front, qui commençait légèrement à la lancer sous le coup de son excitation contenue et des sentiments contradictoires qui l'animaient depuis sa rupture.
- Très bien, abdiqua-t-elle en se laissant de nouveau tomber sur le canapé à côté de Stéphanie, laissez-moi le temps de mener des recherches supplémentaires sur les données de la Faille qu'on a récolté la dernière fois, ça devrait suffire à confirmer ma théorie. Mais s'il s'avère que j'ai raison il faudra bien qu'on se lance à un moment ou à un autre ! On ne peut pas laisser la Green Phoenix mener la danse éternellement, il faut contre-attaquer.
Tous approuvèrent d'un signe de tête. Le fiasco qui avait eu lieu juste avant le Retour dans le Temps était encore trop présent dans leurs esprits pour qu'ils puissent se permettre de protester. Voyant que sa proposition ne soulevait pas de nouvelles objections, Aelita choisit de poursuivre sur sa lancée, tout en prenant garde aux éventuelles oreilles indiscrètes du foyer :
- Enfin bref… La priorité pour le moment c'est surtout le programme de virtualisation ! Ce qui est arrivé à Stéphanie doit nous servir de leçon : on ne peut plus se permettre de vivre une situation pareille…
La jeune fille aux épais cheveux bruns baissa la tête, confuse.
- …Cependant on a besoin de tout le monde sur Lyokô, en ce moment plus que jamais, continua l'adolescente en dégageant une mèche rose de son front, sans compter qu'on approche tous plus ou moins de nos 18 ans ! Plus le temps passe et plus la virtualisation devient risquée pour chacun d'entre nous ! Raison pour laquelle je pense m'atteler à une refonte complète de ce programme…
Des cris de stupeur accueillirent cette annonce. Odd et Yumi échangèrent un regard interloqué : depuis l'époque du collège, c'était de loin le projet le plus audacieux dont Aelita leur ait jamais fait part !
- Tu…Tu penses vraiment pouvoir faire mieux que ton père ? objecta Eva en haussant un sourcil, c'est… Aelita je pense honnêtement que même pour toi ça relève du miracle !
- Elle a raison, surenchérit son petit-ami, cette fois-ci il ne s'agit pas d'extraire de trouver le bon programme du Supercalculateur comme la Matérialisation ou le Retour vers le Passé ou le Code Scipion pour aller dans le 5ème territoire ! Là tu vas vraiment devoir réinventer tout le système de la Virutalisation ! Et seule qui plus est !
L'adolescente aux cheveux roses pinça les lèvres. Elle avait beau être entièrement d'accord avec ce qui lui disaient ses amis, s'entendre ainsi reprocher son manque d'efficacité de façon aussi directe avait quelque chose de blessant…
- J'ai bien conscience du fait que ce soit compliqué ! s'exclama-t-elle, d'accord, peut-être même impossible –corrigea-t-elle en croisant le regard d'Odd- mais il faut tenter le coup ! Sinon dans quelques mois la Green Phoenix va se retrouver avec le champ libre pour agir et cette fois pas de Retour vers le Passé possible pour sauver quelqu'un s'il y a un souci avec la rematérialisation !
Yumi fronça les sourcils, interpellée.
- Attends voir un peu Aelita, je crois que tu trompes d'objectif.
La jeune fille aux cheveux roses se tourna vers la japonaise, surprise. Celle-ci affichait le même visage dur que celui qu'elle avait eu lorsqu'elle lui avait annoncé le rallumage du Supercalculateur, au Kiwi Bleu.
- Le priorité c'est de parvenir à vaincre la Green Phoenix le plus vite possible ! Après ce qui est arrivé avec Stéphanie je pensais que ce serait clair ? –l'interpellée se renfonça dans son fauteuil, gênée- D'accord pour agir vite mais pas pour réfléchir à un moyen de faire durer l'aventure encore plus longtemps ! On ferait mieux d'accélérer le mouvement pour libérer Angel et en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire avant qu'on n'en ait plus la possibilité ! Non ?
Aelita s'apprêtait à répliquer mais Odd préféra l'interrompre une fois de plus.
- Yumi n'a pas tord, lui lança-t-il avec un regard coupable, à t'entendre on dirait que tu penses qu'on va continuer à se battre jusqu'à nos 50 ans ! Il faut mettre un terme à cette histoire au plus vite…
La remarque du jeune homme au béret frappa l'adolescente avec la violence d'un coup de poing. Les semaines passant, elle avait fini par prendre pour acquis le fait que ses amis seraient toujours à ses côtés dans cette histoire de Supercalculateur et de Green Phoenix. Elle avait oublié qu'avant que Stéphanie et Mathieu ne rallument l'ordinateur, tous souhaitaient oublier leur passé de Lyokô-guerriers le plus vite possible. La plupart ne se parlaient même plus depuis des mois ! Yumi comme Odd et Eva s'étaient lassés de jouer les héros depuis bien longtemps…
Elle seule avait conservé cette rage, cette volonté de se battre contre ce qui avait ruiné sa vie et celle de ses parents. Elle ne pouvait se permettre d'en exiger autant de la part de ses amis après tout… Ils avaient beau se sentir aussi responsables qu'elle, aucun ne serait jamais autant concerné qu'elle l'était.
Avec un hochement de tête triste, elle abdiqua face aux regards des autres.
- Très bien… admit-elle avec difficulté, dans ce cas je vais m'acharner à trouver un moyen d'infiltrer la Faille. On verra pour le reste ensuite.
Odd lui adressa un sourire désolé tandis que Yumi affichait un air soulagé.
- Mais, poursuivit Aelita, pas décidée à abandonner la partie pour autant, dans ce cas je pense qu'on devrait pousser Ulrich à rejoindre nos rangs de nouveau. On a besoin d'un combattant de plus, vous ne pouvez pas le nier !
Le soulagement de la japonaise s'effaça aussitôt de son visage. Mathieu, lui, avait rougit violemment à l'idée de se retrouver plus souvent en contact avec le beau gosse de Première L. Ce fut Odd qui finit par rompre le silence consterné, les sourcils froncés en une expression contrariée.
- Aelita, même s'il nous a aidé pendant que Stéphanie était à l'hôpital je doute que ce soit une bonne idée… Tu l'as entendu au Kiwi Bleu la dernière fois en plus : il ne veut plus avoir affaire à quoi que ce soit qui ait trait à Lyokô ! Et il sort avec Sissi ! Ca serait plus un poids qu'autre chose d'avoir la fille du principal sur le dos, tu ne crois pas ?
- En fait, je pense qu'Aelita a peut-être raison pour le coup, répliqua Yumi à l'incrédulité générale avant de rosir légèrement face à ses propres paroles, je veux dire… Quand je lui ais parlé avant le Retour vers le Passé la dernière fois il n'avait plus l'air aussi sûr de son choix qu'à l'origine, il m'a même posé des questions sur Lyokô ! Et on ne peut pas nier qu'il a toujours été un excellent combattant…
La japonaise était bien placée pour le savoir, ayant rencontré Ulrich à leur cours commun de Penchak Silat au collège et celui-ci ayant réussi à l'égaler niveau puissance plus d'une fois !
- J'ai senti son hésitation à l'hôpital aussi, affirma Eva avant de se rétracter face au regard de reproche de son petit ami, enfin… Quoi qu'il en soit c'est à lui de voir ! S'il a décidé de ne plus nous rejoindre on n'y peut rien.
Une sonnerie retentissante empêcha Aelita de répliquer. La reprise des cours venait d'être annoncée par la cloche et, déjà, la plupart des élèves se pressaient en rechignant en direction de la sortie du foyer, laissant en place babyfoot et télé allumée. La jeune fille aux cheveux roses soupira et se leva, s'emparant de la télécommande qui gisait dans le renfoncement d'un canapé pour éteindre l'appareil, gagnant ainsi du temps. Les autres Lyokô-guerriers trainèrent également du pied si bien qu'ils se retrouvèrent rapidement seuls au milieu du foyer désert, leur sac respectif sur les épaules.
- Écoutez, reprit Aelita une fois que la clameur de la foule des élèves se fut un peu atténuée, on vient juste de subir un gros choc émotionnel avec ce qui est arrivé à Stéphanie et j'ai peut-être eut tord de vouloir aborder la suite des événements avec vous aussi tôt… On va en reste là pour le moment ! Essayez de bien vous reposer ce soir parce que demain il faut qu'on mette au point un plan de façon définitive !
Tous approuvèrent avant de sortir à leur tour du foyer des internes, Eva et Odd partant en direction des salles d'SES, Yumi et Stéphanie –plus amicales que jamais malgré une certaine gêne- en direction du bâtiment des langues et Mathieu attendant Aelita sur le pas de la porte.
La jeune fille jeta un dernier coup d'œil circulaire à la pièce chaleureuse avant de sortir à son tour et de rejoindre son camarade qui la dévisageait d'un œil inquiet.
- Tout va bien ? s'enquit-il alors que l'adolescente refermait la porte derrière elle, tu avais l'air plutôt stressée… C'est à cause de ta rupture ?
- Pas vraiment, soupira Aelita en se grattant la tête, je pense plus à la Green Phoenix qu'à mon ex-petit-ami en ce moment…
Devant le regard dubitatif de Mathieu, elle finit cependant par céder, alors qu'ils s'enfonçaient sous les colonnes de Kadic, en direction de la salle de mathématiques.
- En fait j'ai déjà demandé à Ulrich de revenir avec nous, soupira-t-elle d'un ton coupable, juste avant le Retour vers le Passé… J'espère que j'ai eu raison.
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, se contentant de fixer le sol dallé défilant sous ses pieds d'un air songeur. Il laissa passer quelques secondes avant de finalement reprendre la parole, pesant chaque mot.
- Je pense, dit-il sans une once d'hésitation dans la voix, que tu es une bonne meneuse. Sincèrement. Tu prends toujours les meilleures décisions pour nous et tu fais de ton mieux pour tous nous aider. Tu devrais te poser moins de questions et avoir un peu plus confiance en ton jugement.
Son discours bouleversa profondément la jeune fille qui se stoppa subitement sur place, écarquillant ses grands yeux verts de surprise. Comment avait-il pu lire en elle si facilement ? Déceler ses doutes et ses interrogations alors qu'elle avait tout fait pour ne rien laisser transparaitre depuis sa crise de nerfs face à Odd à l'hôpital ?
Interdite, elle se contenta de le suivre dans la salle de classe où leur professeur était déjà installé à son bureau, prêt à faire cours. Thomas lui lança un bref regard assassin depuis sa place avant de fixer obstinément le tableau derrière elle. Aelita réprima un froncement de sourcil agacé et suivit Mathieu jusqu'à leur place dans le coin opposé. Cela faisait longtemps qu'elle et le jeune homme ne s'étaient pas retrouver assis côte à côte en cours et la jeune fille commençait à se rendre compte à quel point cela lui avait manqué.
Discrètement, elle jeta un coup d'œil en biais à son ex-petit-ami mais celui-ci continuait à l'ignorer avec superbe. Aucune trace de larmes n'était visible sur son visage. Au moins avait-elle la confirmation que sa décision ne l'avait pas plus fait souffrir que cela…
- Tu crois que j'ai eu tord… ? murmura-t-elle à l'adresse de son voisin de table tandis que Monsieur Chardin entamait d'une voix monocorde son cours sur la Décolonisation, de larguer Thomas je veux dire…
Mathieu fit mine de se pencher vers son sac pour y rechercher quelque chose afin de répondre en toute discrétion :
- Si ça avait été pour les raisons que tu as énoncées aux autres –ces histoires de Supercalculateur et tout ça- oui je penserais que ce serait une erreur. Mais on sait tous les deux que tu avais autre chose en tête lorsque tu l'as plaqué, n'est-ce pas ? Ou plutôt quelqu'un d'autre !
Aelita le dévisagea d'un air surpris, feignant l'incompréhension. Pas dupe, l'adolescent se redressa, pressant la paume de sa main un petit carré de papier brillant, aux bords jaunis, visiblement froissé. Le cœur de la jeune fille rata un battement sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Ce ne fut que lorsque le jeune homme lui tendit l'objet que le flux de sentiments la submergea, manquant de lui arracher un sanglot. Face à elle, lui souriait la photo légèrement décolorée de deux enfants d'à peine plus d'une douzaine d'années, deux enfants qu'elle identifia sans peine par ses cheveux roses pour l'une et par sa raie blonde impeccable pour l'autre. Elle et Jérémie le soir de sa matérialisation sur terre, près de quatre ans auparavant. Il s'agissait de la fameuse photo qui avait causé à la fois le début et la fin de sa relation avec la personne qui restait toujours aujourd'hui un des êtres les plus importants à ses yeux.
Ses doigts se refermèrent de manière compulsive autours de la photo, sans qu'elle parvienne à les desserrer, comme si s'y accrocher pourrait faire revenir Jérémie auprès d'elle, l'aider à revenir en arrière pour tout arranger. Comme si ce simple rectangle de papier glacé pouvait avoir plus d'effet qu'un Retour dans le Temps du Supercalculateur.
En cet instant précis, ne le regard froid de Thomas dans son dos, ni le cours de leur professeur, ni l'air condescendant de Mathieu n'importaient plus que ces deux simples visages d'enfants, riant à gorge déployée, figés dans le temps à la surface froissée de cette photo. Toute la colère qu'elle avait pu éprouver pour ce témoignage de leur passé inexistant semblait s'être envolé au cours des quelques mois d'absence de Jérémie pour ne plus laisser place qu'à un profond regret au fond de son cœur, meurtris par l'amour et la vie dont on l'avait privée.
- Jérémie l'avait jetée à la poubelle le soir de son départ de Kadic, mais j'ai préféré le récupérer, se justifia Mathieu alors qu'Aelita l'écoutait à peine, plongée dans la contemplation de ce moment heureux qui lui semblait si lointain désormais, je me suis dit que tu pourrais en avoir besoin un de ces quatre, ou au moins vouloir la revoir une dernière fois…
Aelita ouvrit la bouche sans parvenir à répondre quoi que ce soit. Elle aurait voulu dire à Mathieu à quel point cette attention la touchait. A quel point elle la troublait aussi, embrouillant encore plus ses sentiments déjà mis à mal. Comment pouvait-elle ressentir à la fois tant de peine et de joie à la vue d'une simple photo, qu'elle avait par ailleurs si ouvertement abhorrée auparavant ? Les raisons l'ayant poussée à critiquer cette empreinte de son passé lui paraissaient bien obscures aujourd'hui… Qu'avait-elle eu à reprocher à Jérémie au juste ?
- Merci… parvint-elle finalement à lâcher en pressant la photo contre son cœur.
Un rappel à l'ordre de leur professeur empêcha Mathieu de répondre et les deux adolescents se tinrent à carreau durant le reste de l'heure, évitant de s'attirer les foudres de l'enseignant. Pourtant, aucun des deux ne parvenait véritablement à s'intéresser au cours. En effet quel poids pouvait bien avoir un lointain colonialisme passé sur le cœur de deux jeunes adultes en pleine remise en question ?
Ce soir-là, alors que la lumière du soleil commençait à décliner à l'horizon, Aelita choisit de faire un détour pour rentrer chez elle. Pour la première fois depuis des années, elle s'aventura dans cette petite ruelle bordée d'épais massifs de fleurs qu'elle et Jérémie avait emprunté ce fameux soir –le premier de sa nouvelle vie sur Terre.
Le temps avait suivi son cours tandis qu'Aelita s'affairait à oublier cette sombre et magnifique époque, et elle eut du mal à retrouver son chemin dans un premier temps, hésitant à chaque embranchement de longues minutes, la photo jaunie toujours serrées dans son poing, son sac en bandoulière sur l'épaule. L'endroit était aussi calme que dans ses souvenirs, et l'air embaumait sous l'effluve des jardins soigneusement entretenus.
Pendant un bref instant d'égarement, la jeune fille se demanda comment les fleurs pouvaient être aussi nombreuses en cette période de l'année. L'entretien régulier des habitants n'expliquait pas tout…
Un bruit de voiture la tira de ses réflexions et elle déboucha dans une rue fortement fréquentée, bordée d'immeubles et de centres commerciaux. Son cœur s'emballa alors qu'elle reconnaissait les deux petites échoppes de l'autre côté de la route. Comment aurait-elle pu les oublier ? Ce lieu était à jamais graver dans son esprit.
Aelita dut trépigner d'impatience encore quelques secondes, fébrile, ses doigts tremblant nerveusement autours de la photo, avant que le feu ne passe au vert, lui permettant de traverser. La première fois qu'elle s'était rendue ici, il faisait nuit depuis plusieurs heurs et la circulation était si peu importante que Jérémie et elle ne s'étaient guère encombrés avec des détails tels qu'un feu tricolore ou un passage pour piétons.
La jeune fille ralentit l'allure alors que les contours de l'habitacle de métal rectangulaire se dessinait face à elle, son rideau rouge, légèrement rapiécé, flottant légèrement au vent. Des carrés de photos avait été accrochés à la surface du photomaton. Dans les souvenirs d'Aelita, ils étaient moins nombreux… Les clients avaient du enrichir la collection au fil des années.
Du bout des doigts, l'adolescente aux cheveux roses effleura l'étoffe, frissonnant au contact doux du tissu. A bien y regarder, c'était un vieil appareil, probablement peu utilisé. Les coins de la porte commençaient à rouiller légèrement face à l'humidité de la ville.
Se laissant guider par la douloureuse vague de nostalgie qui l'envahissait à mesure qu'elle redécouvrait le vieux photomaton, elle laissa sa main introduire les quelques pièces nécessaires dans la fente de l'appareil, avant de se glisser dans l'habitacle, un peu hébétée. Celui-ci, avec sa lumière jaunâtre hésitante, lui paraissait bien plus étroit qu'à l'époque.
Une série de flash retentit, éblouissant la jeune fille avant qu'elle n'ait eu le temps de se raviser. Des phosphènes flottant devant ses yeux, elle resta immobile encore de longues minutes sur le siège du photomaton, l'écho des rires de son passé ayant résonnés dans cette même cabine retentissant dans sa tête. Tant d'années avaient passé et tant de choses avaient changé entre-temps… Cette petite fille naïve qui avait su rire si facilement ce soir-là avait-elle réellement un quelconque rapport avec elle ?
Ce ne fut que lorsque ses jambes commencèrent à s'engourdir qu'Aelita prit conscience de la pression qu'elle exerçait sur ses genoux avec ses poings crispés. Dans un ultime effort, elle se releva et écarta le rideau vivement, désireuse de fuir au plus vite ce lieu empli de souvenirs si heureux qu'ils se changeaient en une véritable torture pour elle.
Clignant des yeux à la lueur du soleil couchant, elle attrapa le rectangle de papier photo qui venait de glisser d'une des fentes du photomaton. La Aelita qui lui rendit son regard lui parut subitement avoir une dizaine d'année de plus, tant elle semblait triste et fatiguée. Mais ce qui la frappa le plus fut ses lèvres. Serrées, tremblotantes, désespérément figées dans ce masque de désespoir. Le sourire de sa version passé lui semblait tellement inaccessible désormais…
- Pitoyable, souffla-t-elle avec colère, froissant ne boule la série de photos avant de la jeter dans la poubelle la plus proche. Elle n'avait pas besoin d'un autre souvenir douloureux.
Fourrant la photo de Jérémie dans la poche de son blouson, elle se hâta en direction de son immeuble, la tête baissée pour se protéger du froid mordant, mettant un maximum de distance entre elle et le photomaton le plus vite possible. Elle ne voulait pas affronter son passé, pas plus que ses sentiments. Pas ce soir… Elle s'était déjà suffisamment remise en question avant le Retour vers le Passé après tout ! Pourquoi une bête photo devait-elle avoir un tel impact sur elle ?
« C'est justement ça le problème, ne put-elle s'empêcher de penser en tournant à un carrefour, si ce n'est qu'une bête photo, pourquoi a-t-il fallu que je m'énerve à ce point contre Jérémie à cause d'elle ? Au point de rompre… ».
Elle n'eut guère d'occasion de pousser sa réflexion plus loin, ayant atteint le pas de la porte de son HLM. Sans prendre la peine d'user de sa clef, elle fit coulisser le battant, dont la serrure était cassée depuis des semaines, et préféra emprunter l'escalier à l'odeur miteuse plutôt que prendre l'ascenseur. Marcher l'aidait à occuper son esprit.
Perturbée comme elle l'était, elle ne se rendit pas tout de suite compte que quelque chose clochait en rentrant dans son appartement. Ce ne fut qu'une fois qu'elle eut traversé le couloir qu'elle se rendit compte que l'habitation était plongée dans la pénombre. Une vague d'inquiétude la submergea subitement. La première fois qu'elle avait vécu cette journée avant le Retour dans le temps, les choses ne s'étaient pas déroulées ainsi… Le cœur battant si fort qu'il menaçait de lui fêler une côte, elle consulta l'heure sur son téléphone. Sa mère aurait déjà du être rentrée du travail à cette heure-ci ! Pourquoi tout était-il éteint dans ce cas-là cette fois ?
Tentant tant bien que mal de ne pas céder à la panique, elle se rua vers le salon avant de laisser échapper un soupir rassuré. Anthéa Stones était bien là, installée sur une chaise, un verre de vin à moitié vide posé sur la table en face d'elle.
Le bref soulagement qu'avait éprouvé Aelita en voyant sa mère s'estompa aussitôt. Là aussi il y avait quelque chose de bizarre. Elle ne se souvenait pas avoir retrouvé sa mère dans cette étrange position lors de l'autre mardi. Et pourquoi y avait-il une bouteille d'alcool en face d'elle ?
En l'entendant pénétrer dans la pièce, la femme aux longs cheveux roses emmêlés leva un regard vitreux vers sa fille. Elle paraissait perdue.
- Maman… ? murmura Aelita d'un ton inquiet en s'approchant lentement, ça ne va pas ?
- Je crois qu'il faut que nous discutions jeune fille… lâcha Anthéa d'une voix parfaitement claire malgré son trouble apparent.
L'adolescente fronça les sourcils. Il y avait quelque chose d'intrigant dans le son de la voix de sa mère. Quelque chose de lugubre.
- A…A quel sujet ? s'enquit-elle sans oser s'approcher, brusquement soupçonneuse.
Le regard que lui lança sa mère en réponse la glaça d'horreur tandis que la réponse s'échappait de sa bouche, la transperçant de part en part tel un épieu glacé :
-A propos du Retour dans le Temps que tu viens de lancer.
Scarlet traversa le couloir immaculé d'un pas brusque, ses hauts talons noirs claquant sur le sol. La porte d'un blanc nacré coulissa et elle se retrouva dans son bureau. Elle y accorda à peine un regard cependant et rejoignit le panneau d'un noir profond à l'autre bout, qu'elle entreprit d'ouvrir d'un geste rapide, presque instinctif.
Franchir le boyau plongé dans la pénombre ne lui prit que quelques secondes et elle ne tarda pas à déboucher dans la gigantesque salle du Supercalculateur, dans laquelle une effervescence rare régnait. Des dizaines de scientifiques discutaient à voix hautes entre eux, d'un ton paniqué pour la plupart. Sur l'écran géant au centre de la pièce, défilaient des colonnes de chiffres qui clignotait d'une lueur sanguine, accompagnant un son d'alarme tonitruant.
Sans prendre garde à la panique de ses employée, la meneuse de la Green Phoenix s'approcha de l'interface auxiliaire la plus proche et entreprit de couper la sirène, ramenant le calme au sein de la pièce. Aussitôt, les informaticiens se turent, et un silence glacé envahit le lieu.
Scarlet se redressa lentement, toisant de son éternel regard froid le visage, sous le choc, de ses employés. Aucun n'osait prononcer un mot, ni même esquisser le moindre mouvement, de peur de s'attirer son courroux. Pas un souffle ne se faisait entendre.
La jeune femme prit quelques secondes pour apprécier l'effet que sa présence pouvait avoir sur l'ensemble de la Green Phoenix avant de héler l'informaticien le plus proche. Il s'agissait du même jeune homme aux lunettes qui avait dirigé la virtualisation d'Angel Mower.
- Que s'est-il passé ? questionna-t-elle d'une voix dénué de toute expression, plus effrayante encore que si elle avait été emplie de colère, pourquoi cette alarme ?
- Les capteurs d'un de nos Supercalculateur ont détecté quelque chose, répondit l'employé sans se laisser démonter, pianotant sur l'écran tactile face à lui pour afficher l'historique de l'ordinateur, une sorte d'anomalie dans la courbe de l'espace-temps… Ca n'a durer qu'une seconde mais c'était bien présent !
- C'est la première fois dans toute l'histoire de la Green Phoenix que nous sommes à même d'identifier un tel phénomène ! continua une femme entre deux âges vêtue d'une blouse blanche, enhardie par l'attitude de son collègue, pour le moment nous ne pouvons que supposer bien sûr, mais selon toute vraisemblance il s'agirait…
- …D'un Retour dans le temps, acheva à sa place Scarlet, une étrange expression sur le visage, presque amoureuse, proche de la fascination, comment a réagi le sujet Angel face à ce phénomène ?
L'informaticien à lunettes pianota un instant sur un clavier annexe, les lèvres pincées, visiblement vexé d'avoir été interrompu dans son discours par sa collègue. Une nouvelle série de chiffres incompréhensibles pour un néophyte apparut sur l'écran principal.
- Il a subi une brusque perte de puissance à l'instant précis où nos capteurs ont détecté cette anomalie, commenta-t-il, le visage à ras de l'écran, analysant les données se reflétant à la surface des verres de ses lunettes, et n'a pas récupéré depuis…
Une seconde femme en blouse blanche, qui se tenait jusqu'à présent en retrait du côté des deux prototypes de scanners, s'avança en direction de Scarlet, s'adressant à elle d'un ton ampoulée :
- En fait mon équipe –chargée de surveiller le sujet et son évolution dans le monde virtuel- est parvenue à une conclusion différente mademoiselle.
Elle prit le temps d'adresser un sourire goguenard à l'informaticien qui la fusilla du regard. Scarlet s'éclaircit la gorge. Elle n'avait pas le temps pour ces enfantillages.
- Poursuivez ! ordonna-t-elle d'un ton sec.
Le sourire disparut aussitôt des lèvres de la scientifique et se fut sur un ton nettement plus humble qu'elle continua son exposé, feuilletant fébrilement les pages d'un rapport qu'elle tenait entre ses doigts en forme de serres.
- Depuis la détection de l'anomalie, nos ordinateurs ont enregistré une légère augmentation de la puissance d'Angel. Celle-ci est d'ailleurs en train de croitre de manière régulière d'après nos derniers relevés… Comme s'il venait de lancer une attaque contre Lyokô. Pourtant nous ne lui en avons aucunement donné l'ordre !
- Non, bien sûr que non… Pas dans cet espace-temps, murmura Scarlet plus pour elle-même que pour ses hommes.
Son brillant esprit avait de lui-même analysé la situation, lui permettant de tirer au clair toute cette histoire. Il était évident que la fille de Schaeffer avait reprit du service, de l'autre côté de la Faille, cela ils avaient pu le découvrir lors de leurs deux précédentes attaques avortées. Rien ne l'empêchait par ailleurs d'user des fantastiques capacités du Supercalculateur de son père qu'eux-même, la Green Phoenix, ne parvenaient à reproduire qu'avec difficulté et de façon amoindris. Le Retour dans le Temps restait de loin le programme le plus complexe auquel ils aient pu avoir affaire et aucun de ses chercheurs n'avait été en mesure de procéder à sa conception au cours des mois passés.
Un rictus étira les lèvres de la jeune femme alors qu'une nouvelle idée germait dans sa tête. Si sa théorie se révélait exact, cela voulait dire qu'ils avaient été en mesure de porter un coup efficace à la fille de Schaeffer ! La victoire n'avait été que repoussée pour cette fois mais cela n'était plus qu'une question de temps désormais…
- Pensez-vous qu'Angel ait pu agir de son propre chef malgré nos programmes inhibiteurs ? s'enquit la scientifique en dévisageant Scarlet d'un air interrogateur.
- Impossible ! rétorqua l'informaticien aux lunettes à la place de sa patronne, nous avons effectués des simulations plus d'une centaine de fois avant de les valider ! Un simple adolescent, aussi déterminé soit-il, serait incapable de lutter contre eux une fois dans la matrice de nos Supercalculateurs… Le Projet ENDO est parfait en tout point !
- Je suis d'accord, approuva Scarlet avant que la femme n'ait pu répliquer avec hargne, pour moi c'est un coup de la fille de Schaeffer… Nous avons du lancer une attaque avant qu'elle-même n'use du Retour dans le Temps du Supercalculateur abritant Carthage, voilà tout.
Un murmure d'approbation parcourut le rang des scientifiques.
- Ça expliquerait la perte de puissance d'Angel, surenchérit le jeune informaticien, essuyant les traces de sueur sur ses lunettes à l'aide de sa blouse, les données volées au Supercalculateur de Lyokô ont pu nous confirmer il y a déjà bien longtemps qu'aucun monde virtuel n'est affecté par les courbures de l'espace-temps de notre monde à nous.
Scarlet hocha la tête d'un air grave. Le sujet Angel aurait tôt fait de récupérer sa puissance. En attendant, cela les empêchait de lancer une nouvelle attaque pour plusieurs jours… Il fallait réfléchir à une nouvelle approche d'urgence…
- Je vous laisse régler les derniers détails techniques, affirma-t-elle en faisant volte-face, ses cheveux étincelant à la lueur des néons, prévenez-moi s'il y a du nouveau… Et à l'avenir ne me dérangez plus pour une alerte aussi futile et apprenez à vous servir de vos têtes. Nos adversaires ne manquent pas de ressources, même s'ils ne sont que des adolescents, souvenez-vous en !
Et, sur ces sèches paroles, elle s'éloigna en direction du couloir menant à son bureau, suivis des yeux par ses employés, interdits et apeurés. Une ambiance glaciale venait de tomber sur les scientifiques et cela n'avait rien à voir avec le froid mordant de la pièce cette fois-ci. Il s'était dégagé de la voix de la dirigeante de la Green Phoenix une véritable menace, quelque chose de profondément inquiétant. Tous sentaient que si la prochaine attaque avortait comme les précédentes, la colère de Scarlet serait terrible, et des têtes tomberaient sans nul doute !
En proie à leur terreur sourde, aucun des scientifiques ne prit garde à l'écran de veille qui venait de s'afficher sur leur ordinateur, faisant défiler en boucle toujours les mêmes photos : celles d'une jeune fille aux cheveux roses, d'un jeune homme blond doté d'une paire de lunette, d'un adolescent au look bigarré, d'un lycéen au look d'athlète, d'une japonaise à l'air sombre, et d'une américaine aux yeux d'un bleu troublant.
La mention « à éliminer » figurait juste en dessous de chacune de ces têtes, clignotant avec autant d'intensité qu'un signal d'alarme, tel un sinistre présage pour les Lyokô-guerriers, à cent lieux d'imaginer les dangers qu'ils encourraient.
