Autrefois demeuraient en ces lieux,
quatre mages et sorcières valeureux
qui décidèrent d'un même vœu
de rendre les jeunes sorciers plus heureux.
Mettant à profit leurs pouvoirs,
ils fondèrent not'beau Poudlard
pour y partager tout leur savoir
matin, midi et soir.
Serdaigle appréciait particulièrement
les jeunes enfants intelligents,
qui n'destinaient à son enseignement
qu'un perpétuel perfectionnement.
Poufsouffle votait pour la loyauté :
ceux qui n'avaient pas peur de trimer
pouvaient être acceptés et lui prouver
qu'ils étaient amis et acharnés.
Serpentard désirait de l'ambition !
nul n'entrait dans son giron
si le pouvoir n'était pas sa passion
et les ténèbres, sa maison.
Gryffondor souhaitait des forts,
qui ne reculeraient pas devant la Mort
et combattraient encore et encore,
jusqu'à la digne récompense de leurs efforts.
Ainsi naquirent les premières rivalités :
chaque maison souhaitait prouver
aux autres qu'elle pouvait les surpasser
dans leurs propres qualités.
Je me souviens encore, car j'y étais,
D'une sinistre rumeur qui circulait
Et à laquelle Gryffondor répondait :
« Rumeur ou pas, jamais une menace n'doit être sous-estimée ! »
Or, écoutez-moi bien attentivement,
car je crois bien qu'il est grand temps
que vous grandissiez rapidement
pour sauver not'Poudlard du néant.
Je sens des évènements tragiques
qui testeront la réputation historique
de not'Poudlard magique
et d'votre courage héroïque.
L'heure n'est plus aux rivalités,
gamineries et autres futilités,
car c'est sur vous qu'il nous faudra compter
pour que Poudlard puisse être épargné.
Toi, mon enfant, qui est encore étranger
à la niaiserie de toutes ces rivalités,
cherche autour de toi soutien et amitié
si tu tiens à compter parmi les rescapés.
Maintenant, approche-toi
et soumets-toi à mon choix,
mais je te l'dis : n'oublie pas
que le destin d'Poudlard dépend de toi.
Harry arqua un sourcil, surpris. Dans la catégorie « mélodrame radicalement verbal », le Choixpeau mériterait un trophée. De mémoire, il ne se souvenait pas avoir entendu le vieux chapeau se montrer aussi tranchant, exprimer le dédain que lui inspiraient les rivalités entre les maisons avec autant de franchise. Malgré son ressentiment vis-à-vis des générations passées, il s'inclina profondément devant chacune des tables qui l'applaudissaient. Comme lors de la cinquième année de Harry, cependant, les acclamations s'accompagnèrent de murmures inintelligibles.
− Un Gallion que la moitié d'entre eux n'a pas compris que le Choixpeau les insultait, murmura Elena.
− La moitié ? répondit Harry à voix basse. T'es optimiste.
Elena eut un sourire approbateur. Harry porta rapidement son attention sur le professeur McGonagall, qui lança à la Grande Salle un regard brûlant comme un fer chauffé au rouge – une arme remarquablement efficace, car plus un mot ne fut prononcé. Déroulant le parchemin qu'elle tenait, la directrice-adjointe cita un à un les nouveaux de première année sous l'œil vaguement intéressé de Harry.
Il était amusant de constater que les moins impressionnés par le Choixpeau étaient les nouveaux Serpentard. Très confiants, ils s'avançaient vers l'estrade des professeurs d'un air conquérant. En réalité, Harry avait l'impression qu'être réparti à Serpentard garantissait une certaine « autorité » sur les camarades des autres maisons. Certes, le règne de Lord Voldemort devait probablement donner la folie des grandeurs aux Serpentard, mais il estimait que cette attitude risquerait d'attirer davantage les ennuis que la tranquillité. Dans toutes les maisons, il y en aurait au moins un pour considérer, à juste titre, qu'untel avait besoin de redescendre sur Terre.
Après quelques répartitions, toutefois, Harry nota un détail significatif : les réactions, beaucoup plus soutenues et agressives qu'à son ancienne époque. Quand un garçon était envoyé dans une maison rivale, ou à Serpentard, les sifflets atteignaient un tel volume qu'ils en devenaient stridents. Il semblait que la compétition présentait chaque maison comme un ennemi pour les trois autres – et Harry comprenait mieux l'exaspération du Choixpeau, tout à coup.
− A croire qu'ils n'ont que ça à foutre, grogna Elena à mi-voix.
Une cinquième année de Serdaigle parut l'entendre, car elle lança un regard glacial à l'épaisse crinière brune aux boucles lourdes d'Elena. Cependant, Harry s'intéressait davantage à la table des professeurs, et en particulier à la femme qui lui était inconnue – sans aucun doute le nouveau professeur de défense contre les forces du Mal. Bien malgré lui, son propre parcours dans la matière lui ramena en mémoire la désagréable année qu'il avait passée la seule fois où l'occupant de cette fonction avait été une femme.
− Margaret Groen, chuchota Elena en suivant la direction de son regard.
Profitant des applaudissements accueillant une petite fille rondelette envoyée à Gryffondor, Harry lança un coup d'œil interrogateur à Elena :
− Elle enseignait une matière se rapprochant de la défense contre les forces du Mal, indiqua Elena. Une ancienne Massalienne qui s'est forgée une sacrée réputation pendant sa scolarité.
Elle s'interrompit en même temps que les acclamations, comme si elle s'y était synchronisée. Observant un autre élève de première année monter d'un pas chancelant sur l'estrade, Harry sentit un regard insistant poser sur lui et tourna, en conséquence, les yeux dans la direction de son « épieur ». Ses yeux vert émeraude croisèrent ceux, de couleur noisette, d'un jeune homme lui ressemblant presque trait pour trait, à quelques différences près. Brighton est un génie, songea-t-il brusquement.
« Leçon n°1 de duels : le sang-froid » était le tout premier cours et, curieusement, le plus long que Brighton avait soumis à Harry. Selon les propres termes du vieux maître : « L'occlumancie est une discipline inhumaine, car les effets ont tendance à vous rendre « inexpressif ». Aussi, je préfère ne pas vous l'enseigner, car nous perdrions le précieux temps qu'il nous reste. Néanmoins, la Fraternité a mis au point une technique similaire, bien plus facile et accessible. »
Basée non pas sur la fermeture, mais la relaxation de l'esprit, elle avait nécessité pas moins d'une matinée durant une semaine pour que Harry parvienne enfin à la maîtriser. « Les expressions sont très importantes dans un duel, car elles constituent un atout remarquable, avait insisté Brighton. Elles sont cependant une arme incroyable s'il vous est possible de les manipuler. Le sang-froid, mon garçon, vous sauvera la vie plus que n'importe lequel des sortilèges que vous connaissez ! » Aussitôt la théorie enseignée, Brighton avait fourni un Portoloin conduisant au cœur d'une étrange forêt.
Harry se souvenait parfaitement de la forêt : elle hantait certains de ses rêves, tant elle l'avait marqué. Lors de sa première visite, il avait lamentablement échoué après s'être retrouvé face à un énorme lynx fou furieux, puis une laie monstrueuse l'avait pourchassé à travers une clairière avant qu'il ne trouve refuge sur le tronc d'un arbre qui avait été déraciné par une tempête. Si, à cet instant-là, Harry avait cru avoir passé le pire, c'était sans compter les innombrables corbeaux qui avaient fondu sur lui un peu plus tard, après le départ de la laie, dans le but de crever chacun de ses yeux et de lui transpercer le crâne à coups de bec.
L'état « pitoyable », comme l'avait qualifié Brighton, dans lequel il était revenu avait conduit son vieux mentor à le ménager pendant tout un week-end, se contentant de le faire avancer sur la théorie et la pratique de leçons plus calmes et limitées à la petite pièce qu'il avait emménagée en salle de classe.
Les applaudissements brefs et le silence intense qui leur succéda ramena Harry à la réalité. Sans s'en apercevoir, il avait continué à soutenir le regard de James qui, pour sa part, lui lançait à la dérobée des coups d'œil méfiants, se demandant probablement s'il n'avait pas provoqué visuellement une espèce de psychopathe. Se ressaisissant à grand-peine, Harry remarqua que le dernier élève de première année avait été réparti. Déjà informés des identités de leurs futurs camarades de dernière année, les étudiants attablés autour des quatre longues tables regardaient le plus fixement possible Morphée Deadheart.
− Deadheart, Morphée ! appela le professeur McGonagall.
Le Massalien dépassa Harry et s'avança d'une démarche nonchalante en direction du Choixpeau magique. Après son passage, un quatrième année de Poufsouffle se tourna vers son voisin pour lui murmurer quelque chose dans l'oreille. Eut-il le temps de partager sa confidence ? Harry n'en était pas certain mais, tout à coup, les pieds de la chaise du garçon cédèrent sous son poids. Dans un cri paniqué, il bascula en arrière et s'étala sur le sol dallé sous les rires moqueurs et le regard assassin du professeur McGonagall.
Harry, cependant, s'intéressait davantage à Elena. Hochant la tête d'un air exaspéré, elle lança un regard critique à Deadheart comme si elle le soupçonnait d'être à l'origine de l'incident, mais c'était peu probable : si Deadheart avait sorti sa baguette magique, les professeurs, les Serdaigle et les Poufsouffle l'auraient aussitôt remarqué.
Pendant que le garçon, le visage cramoisi, rejoignait ses camarades sur un banc, Deadheart s'assit sur le tabouret et adressa un sourire goguenard à Elena, qui ne le lâchait pas du regard. Pour la première fois depuis l'entrée des nouveaux étudiants dans la Grande Salle, Deadheart s'autorisait l'un de ses sourires si particuliers, dont les effets se firent clairement sentir. Les grands yeux gourmands que certaines jeunes femmes posaient sur le Massalien se rafraîchirent brutalement, tandis que les regards critiques et les expressions indifférentes se figeaient légèrement.
Le professeur McGonagall baissa le Choixpeau magique mais, contrairement aux première année, il annonça son verdict avant même d'avoir effleuré les cheveux du Massalien :
− SERPENTARD !
Comme il s'y était attendu, Harry constata que les Serpentard avaient conservé toutes leurs forces pour accueillir Deadheart, prédestiné à rejoindre la maison vert et argent. Toutefois, Harry nota un détail très insolite : Slughorn, pourtant toujours ravi de pouvoir compter une célébrité dans sa maison, paraissait applaudir sans véritable joie. Il échangea même un regard avec le professeur Groen, derrière le dos de Dumbledore, comme s'ils se donnaient un rendez-vous muet pour appréhender l'intégration de Deadheart.
− Fauré, Nathalie, poursuivit le professeur McGonagall.
La grande jeune femme aux étonnants yeux mauves s'avança calmement, mais Harry devinait qu'elle manifestait une certaine méfiance à l'égard du Choixpeau magique, que le professeur McGonagall posa sur sa tête jusqu'à la rendre aveugle.
− POUFSOUFFLE !
Tandis que la table à droite de Harry produisait un vacarme aussi impressionnant que celui des Serpentard, Harry se pencha légèrement vers Elena :
− Pronostic ?
− Il faut que j'aille à Gryffondor, dit-elle.
− Il faut ? répéta Harry, intrigué.
− Retrouve-moi là-bas et je t'expliquerai peut-être, l'invita-t-elle avec un sourire goguenard.
L'invitation ramena subitement à l'esprit de Harry la première fois qu'il était passé sous le Choixpeau. Certes, un grand nombre de choses avaient changé depuis ses onze ans : il avait prouvé à plusieurs reprises qu'il était bien à sa place au sein de Gryffondor, mais le vieux chapeau usé et rapiécé interpréterait-il tous ses exploits passés – ou futurs ? – comme le résultat des qualités recherchées par Gryffondor ?
− Grant, Harry, continua le professeur McGonagall.
Pour la première fois depuis son arrivée dans cette époque, Harry manqua de se laisser surprendre par son propre – et faux – nom. Il s'était tellement concentré sur les répartitions des autres adolescents qu'il en avait oubliés que son tour viendrait juste après celui de Nathalie Fauré, et non après Elena. Fort heureusement, son trouble resta un secret, car il reprit ses esprits quasi-instantanément et s'avança à son tour vers l'estrade.
L'espace d'un instant, il crut redevenir Harry Potter, le Survivant. Au fil de sa progression vers le tabouret et son « juge », des murmures lui rappelèrent que, même s'il n'avait survécu à aucun sortilège de mort dans cette vie, il n'était pas moins célèbre que dans l'ancienne. Et comme il fallait s'y attendre dans une communauté aussi vaste que celle des étudiants de Poudlard, chacun y allait de sa théorie personnelle pour expliquer comment un garçon surgi de nulle part, sans passé et sans existence, avait pu se retrouver à Massalia le soir de l'attaque et apprendre toutes les informations qu'il détenait sur le Culte de l'Ombre.
Par chance, dans un souci de respect à l'égard de la Cérémonie de Répartition, le professeur McGonagall lia tous les chuchoteurs d'un regard menaçant et attendit que Harry se fut assis sur le tabouret pour poser le chapeau usé sur sa tête. Toujours trop grand pour sa tête, le bord tomba devant ses yeux pour l'aveugler.
− Aha ! s'exclama le Choixpeau. Oho ! ajouta-t-il d'un air surpris. Harry Grant… ou Potter, n'est-ce pas ? Voilà la preuve irréfutable que même après plus de mille ans, je peux encore être surpris. Gryffondor, pas vrai ? Oui, il n'y a aucun doute que cette maison te convient parfaitement. Néanmoins, je reste convaincu que Serpentard a de nombreuses choses à t'enseigner.
Je suis un Gryffondor, répliqua mentalement Harry.
− Et pourtant, tu crains d'atterrir à Gryffondor : je le vois dans ta tête, objecta le Choixpeau. Ta situation est sans doute très délicate, j'en conviens, mais es-tu réellement certain de vouloir te confronter à James Potter ?
J'en prends le risque !
− Réfléchis bien, Potter, insista le Choixpeau. Ta seule présence dans cette époque a déjà déformé le futur que tu connaissais et que tu peux d'ores et déjà considéré comme fictif. Prendrais-tu le risque de t'éloigner tes parents ? Je connais ton père, je connais chacun des étudiants de Poudlard… Serpentard pourrait te permettre de limiter les dégâts…
Comme tu l'as dit, le futur que j'ai connu n'existe plus. Je suis un Gryffondor, le débat s'arrête là.
− GRYFFONDOR ! hurla le Choixpeau.
Laissant échapper un infime soupir, Harry recouvra la vue sous les applaudissements de la table Gryffondor. Une personne inexpérimentée pourrait croire que les Lions étaient réellement heureux d'accueillir l'une des célébrités de l'été, mais Harry était moins naïf que ça : c'était encore une question de rivalité. Croire que les hypothèses les plus grotesques formulées jusqu'à présent s'étaient soudainement évanouies des esprits était une erreur. Garçons et filles de Gryffondor cherchaient simplement à surpasser Poufsouffle et Serpentard dans la compétition du plus bruyant accueil réservé à un nouveau.
Descendant de l'estrade, Harry balaya la longue table du regard jusqu'à repérer un espace libre où Elena et lui ne souffriraient d'aucune oreille indiscrète dans leur conversation, à condition de faire attention. S'asseyant, il lança un coup d'œil vers la table des professeurs. Il aurait juré que Dumbledore l'avait suivi du regard dès qu'il s'était levé du tabouret, mais le directeur de Poudlard paraissait très inspiré par le professeur McGonagall, qui appela :
− Keenan, Russell !
L'athlétique américain s'approcha sobrement, sous les regards attentifs des étudiants. Tout le monde paraissait se concerter, enchérissant des paris passés spontanément en fonction des répartitions des nouveaux adolescents.
− SERDAIGLE ! cria le Choixpeau.
Tandis que la table des Serdaigle accueillait avec soulagement la répartition d'un nouveau septième année parmi ses représentants, plusieurs têtes se tournèrent les unes vers les autres pour renchérir les paris. Il semblait que ces mises ne concernaient pas seulement de l'or, cependant, car Harry vit plusieurs gageurs lancer de brefs regards à destination des nouveaux pensionnaires. S'il estimait que les yeux féminins ne présentaient aucune menace, ceux des jeunes hommes ne présageaient sans doute rien de bon.
Cependant, le silence ramena l'attention générale sur Elena, dernière septième année à être répartie. Certains des parieurs paraissaient retenir leur souffle tandis que, après avoir été appelée, elle s'avançait vers le tabouret. Harry ne doutait pas une seconde que les plus angoissés avaient misé gros – peut-être même plus qu'ils ne le pouvaient. Si l'or ne poserait sûrement aucun souci, certains « gages » reçus pour un pari perdu pourraient avoir de lourdes conséquences… L'arrogance et l'orgueil ne font jamais bon ménage, songea-t-il.
− GRYFFONDOR ! beugla le Choixpeau magique.
L'accueil reçut par Harry sembla bien tiède, brusquement. Tapant des poings sur la longue table et des pieds sur le sol dallé, les Gryffondor prirent grand plaisir à exprimer bruyamment leur victoire dans la compétition de « la maison qui accueillera le plus de nouveaux ». Néanmoins, malgré l'allégresse, Harry remarqua quelques visages déconfits – ceux des parieurs qui venaient de perdre, sans aucun doute.
Elena rejoignit Harry et s'assit face à lui, en s'excusant rapidement d'un regard auprès de Lily et Marilyn, qui lui faisait la démonstration de sa moue boudeuse la plus craquante pour manifester son mécontentement de ne pas la voir s'asseoir avec elles. L'insistance avec laquelle les Gryffondor exprimèrent leur joie d'avoir deux nouveaux faiblit progressivement lorsque Dumbledore se leva de son fauteuil en forme de trône. Emportant le tabouret et le vieux chapeau usé, le professeur McGonagall disparut par la porte, derrière Hagrid.
− Bon appétit ! annonça Dumbledore.
Les plats d'or étincelants disséminés le long des cinq tables se remplirent instantanément, mais Harry avait déjà la tête ailleurs. Profitant du brouhaha des conversations et du cliquetis des couverts, il se pencha légèrement vers Elena qui remplissait généreusement son assiette de pommes de terre :
− Maintenant que tu es à Gryffondor, tu peux peut-être m'expliquer, dit-il.
− Tu es toujours aussi impatient ? demanda Elena d'un ton détaché.
− Quand je flaire une information importante, oui, dit Harry.
Transférant deux côtes de porc d'un grand plat rectangulaire jusqu'à sa propre assiette, il lança un regard à droite et à gauche. Comme il s'y attendait, plusieurs coups d'œil avaient tendance à loucher dans leur direction, mais il ne se faisait aucun souci : les élèves les plus proches étaient les première année et il était peu probable qu'on leur ait déjà demandé d'espionner la conversation des deux nouveaux Gryffondor.
− Très bien, dit Elena. Quand j'ai trouvé un compartiment avec Lily, j'ai installé un sortilège sur la porte pour ne pas être vue par la brigade magique. Après ça, Mary Macdonald est venue me chercher parce que j'étais invitée à une petite réunion par Slughorn. Sauf que, lorsque je suis revenue, j'ai remarqué qu'un autre sort avait été ajouté au mien, mais depuis l'extérieur. Je n'ai pas tout de suite compris de quel sortilège il s'agissait, jusqu'à ce que tu me dises que Lily était également recherchée.
− Et donc ?
− Et donc, j'ai passé près de deux ans à croire que j'étais au même niveau que Deadheart, sauf que c'est n'est pas du tout le cas, répondit Elena.
Harry lui lança un regard dubitatif. Il comprenait assez mal le rapport entre la nécessité d'Elena à atterrir dans la même maison que Lily et Marilyn, le sortilège de Deadheart et la prise de conscience qui lui avait été révélée…
− La brigade magique, reprit Elena avec patience, recherche Deadheart parce qu'il a été assigné à Pré-au-Lard. Il n'avait aucun droit de s'éloigner du village sorcier sauf que, dès le lendemain, il s'était volatilisé. La brigade n'a pas cessé de le traquer à travers le pays tout entier, moi compris. Comme tu l'as remarqué par toi-même, j'ai des prédispositions en matière de « traçage », sauf que Deadheart m'a toujours échappé. Je le repérais pourtant avant la brigade magique, mais il avait déjà filé quand j'approchais.
− Donc, si je comprends bien, tu voulais rejoindre Gryffondor pour… l'affronter de nouveau ?
− Pour le cerner, rectifia Elena. Comme je l'ai dit à Lily et à Marilyn, Deadheart fonctionne par valeurs : Lily est menacée par sa faute, il la protégera autant qu'il le peut. Ma présence à Gryffondor l'obligera à agir discrètement et prudemment…
− Et ainsi, te révéler son véritable potentiel ? acheva Harry, sceptique.
Elena hocha la tête d'un air qui n'engageait à rien.
− Disons plutôt que je cherche à cerner sa manière de fonctionner, dit-elle lentement. Jusqu'à présent, je pensais le connaître, mais le simple fait qu'il ait réussi à m'attirer sur de mauvaises pistes pendant le mois dernier prouve qu'il est aussi inconnu pour toi que pour moi. Or, si Deadheart décide de conquérir Poudlard ou finit dans l'autre camp, je veux être celle qui l'en empêchera. Et pour cela, j'ai besoin de le connaître par cœur.
Harry hocha lentement la tête, comprenant progressivement chacune des paroles d'Elena.
− Mais pourquoi tiens-tu tellement à le contrarier ? demanda-t-il, intrigué.
Elena eut un sourire malicieux.
− Un jour, tu le sauras peut-être.
