Me voici avec un chapitre un peu plus court. En POV narateur puisque nous nous trouvons chez John Watson...


Chapitre 287 : Scènes de ménage

POV narrateur :

– Mais enfin, Mary, implora Watson, assis sur la chaise dans la cuisine, la bonne étant sortie. Puisque je te dis que c'est amie, rien de plus !

– Vu la manière dont tu l'as serrée dans tes bras, j'en doute, rétorqua son épouse, mécontente. L'homme qui l'accompagnait t'a même lancé un drôle de regard. Son mari, sans aucun doute.

Watson s'abstint de justesse de rétorquer que le mari d'Hélène n'était pas du même bord que les autres et se moquait bien de savoir quel homme serrait sa femme dans ses bras. Holmes, par contre, il ne savait pas ce qu'il aurait fait s'il avait été témoin des effusions que Watson avait prodigué à Hélène.

Cela fit sourire Watson d'imaginer son ami en homme possessif et jaloux. Mais, en fin de compte, il aurait ironisé sur le fait qu'en la serrant de la sorte dans ses bras, il allait lui comprimer les poumons ou la poitrine.

– Et ça te fait sourire ? explosa son épouse. Si je n'avais pas été témoin, bien malgré moi, de ces effusions, tu te serais bien gardé de me le dire.

– Mary, cela n'a rien à voir, tenta de l'amadouer Watson, je ne souriais pas pour cela. Écoute, change-toi et nous allons aller dîner avec eux. Tu comprendras qu'Hélène me considère comme un ami et rien d'autre.

– Elle peut-être, mais toi ? lui demanda agressivement son épouse.

– C'est une ancienne cliente de Holmes et c'est devenu une amie, même s'il ne faut jamais le raconter, lui expliqua son mari, ne sachant plus quoi faire pour mettre fin à cette crise de jalousie.

– Pourquoi ? demanda-t-elle hargneusement.

– Holmes a ses petits secrets...

– Vu comment tu l'as faite décoller du trottoir, c'est plus qu'une amie pour toi et non, je n'irai pas à ce dîner. Vas-y, toi, retrouver celle dont tu es secrètement amoureux.

Elle dut se contenir pour ne pas laisser jaillir ses larmes. L'homme qu'elle aimait et qu'elle avait épousé n'était qu'un vulgaire coureur de jupons, comme tous les autres. Déjà, lors de leur mariage, elle avait eu des soupçons, que monsieur Holmes avait fait taire. Mais que savait-il des fréquentations de son ancien colocataire et ami ? A peine le dos tourné, une mauvaise passe dans la vie conjugale, un enfant qui ne voulait pas venir, d'autres qui avaient commencé leur vie et qu'elle avait perdu avant terme... et voilà que son époux allait voir ailleurs pour satisfaire ses désirs du bas-ventre avec une autre.

– Mary, c'est toi que j'aime ! répéta encore une fois Watson. Je ne suis pas amoureux d'Hélène ! D'ailleurs, ce n'est pas une femme pour un homme comme moi.

Sentant les confidences venir, Mary Watson s'abstint de hurler et poussa son mari à la faute.

– Comment peux-tu dire cela ? Tu as donc voulu la fréquenter ? C'est une jolie femme, en plus...

Watson leva les bras en signe de résignation.

– Oui, elle est jolie, oui, j'ai été sous le charme quand je l'ai vue pour la première fois dans notre salon de Baker Street, mais très vite je me suis rendu compte que je ne comptais pas pour elle et que nos caractères étaient incompatibles. Hélène, c'est une femme de tête, pas une femme qui reste sagement à la maison.

– Merci, laissa tomber froidement son épouse.

– Oh, Mary, se désola Watson, ne sachant plus quoi faire. C'était en 85 et oui, je viens de t'avouer que je fus sous le charme lorsque je la vis pour la première fois. Cela n'a pas duré très longtemps avant que mes sourcils ne se froncent en voyant son comportement pour le moins effronté. Non, Hélène n'est pas une femme pour moi et nous en sommes vite venu aux regards assassins.

– Maintenant, les assassins se tombent dans les bras l'un de l'autre...

Mary devait redoubler d'efforts pour ne pas rompre le barrage et laisser passer les torrents qu'elle retenait à grand peine. Elle imaginait l'homme qu'elle aimait rêvant de se trouver dans les bras de cette femme et cela lui tordit les entrailles.

Watson soupira et se décida à en divulguer un peu plus afin de rassurer sa femme. Repensant à tout ce qui lui avait traversé l'esprit en découvrant que Hélène était amoureuse de son ami et sachant à l'avance l'issue de ce non-sens, il décida de lui expliquer ce qu'il avait ressenti en imaginant la fin tragique qui aurait pu en découler et sa hantise de voir Hélène finir dans la Tamise, ivre de chagrin.

Il parla d'une voix douce, le regard perdu dans le vide.

– Bien qu'il n'y ait que onze ans d'écart entre elle et moi, je me suis comporté plus comme un père qui regarde sa fille s'enfoncer dans une utopie, une folie dont on sait qu'elle n'en sortira pas indemne. Oui, j'ai souffert de la voir s'y enfoncer, même si durant quelques mois, j'ai pensé que le rêve se réaliserait peut-être.

– Quel rêve ? aboya son épouse. Celui de devenir une brave épouse dévouée pour toi ?

– C'est aussi réalisable que de demander à l'inspecteur Lestrade de résoudre un crime en chambre close, sans aide et sans se tromper, se moqua le docteur. Non, j'apprécie Hélène comme une amie, une petite soeur et rien de plus. Je suis tout simplement heureux de la voir revenir en Angleterre, mariée avec un homme correct et de savoir qu'elle va bien. Voilà.

– Et c'était quoi, cette utopie dont elle rêvait et dont tu voulais la protéger ? demanda agressivement Mary. Son amour pour toi ?

– Dieu du ciel, non, lâcha John en posant ses mains à plat sur la table. Moi, je ne fus que spectateur de sa folie à elle et à un autre homme. J'ai toujours pensé que cela se terminerait mal entre eux. Je n'avais pas tout à fait tort, même si elle ne s'est pas jetée dans la Tamise. Malgré tout…

La cloche de la porte d'entrée tinta, coupant Watson dans sa phrase et vu que la bonne était absente, ce fut lui qui se leva pour aller ouvrir.

– Bonjour, oncle John ! crièrent les voix des deux chenapans qui se tenaient devant sa porte, le laissant sans voix. Alors, quand est-ce que tu viens à l'hôtel pour le dîner ?

Watson fut étonné de les découvrir sur le pas de sa porte, accompagnés par un homme en costume et haut-de-forme qui se tenait derrière eux.

– Heu, hésita le médecin. Je pense que je ne saurai pas venir, les enfants, mon épouse ne se sent pas très bien. J'allais envoyer un télégramme pour prévenir tout le monde.

– Si elle est malade, t'as qu'à la soigner, puisque tu es docteur ! proclama Elizabeth en haussant les épaules.

–Elizabeth ! la tança l'homme au costume.

– Pardon, oncle John, murmura la petite.

– Lorenzo Di Mascio, il segretario del conte Trebaldi, se présenta l'homme qui avait tancé l'enfant, parlant italien, avant de rectifier. Excusez, docteur Watson, fit-il dans un anglais teinté d'accent français et italien. Je suis Lorenzo Di Mascio, le secrétaire du comte Trebaldi. Veuillez excuser mademoiselle Elizabeth, elle parle souvent avant de réfléchir.

Il eut un instant de flottement lorsque Watson prit conscience de qui était vraiment l'homme en costume brun qui se tenait devant lui. Le secrétaire le remarqua car il baissa les yeux.

– Enchanté, fit le médecin en tendant la main, bien décidé à ne plus commettre d'impair comme il l'avait fait avec Andrew, en son temps. C'est moi qui m'excuse de rester comme un empoté, mais l'arrivée de ces deux garnements m'a perturbé. Surtout qu'elle m'appelle toujours « oncle John » et que c'est surprenant de sa part !

Le secrétaire eut un bref sourire.

– John ? fit la voix de son épouse dans son dos.

– Ah ! s'exclama Liza, contente. Tu vois, oncle John, ta madame elle est guérie. Tu peux venir avec nous manger. Maman t'attend.

– John, qui sont ces enfants ?

– Mary, je te présente Louis et Elizabeth. La petite est la fille d'Hélène, épouse du comte Trebaldi, quant à Louis, c'est un jeune garçon dont nous avons fait la connaissance lors de notre enquête en Normandie. C'est Hélène qui l'a ramené avec elle avant de l'adopter.

– Alors, tu viens, oncle John ? s'impatienta Elizabeth.

– Il me semble que cette petite fille est bien mal élevée !

– Madame, avec tout le respect que je vous dois, je vous interdis dire que cet enfant est mal éduquée, s'indigna le secrétaire. C'est juste une petite fille fort éveillée pour son âge et qui a le défaut de dire tout haut ce qu'elle devrait penser tout bas. Il n'y avait rien de malveillant dans son invitation. Cette petite fille est spontanée et je trouve cela moins faux que certaines de ses aînées qui cachent leurs pensées.

L'homme fit un regard froid à l'épouse du médecin, tout à fait conscient qu'elle n'était pas malade mais qu'elle ne voulait pas assister à ce dîner. Ne sachant pas pourquoi, le secrétaire trouva cela tout de même ce genre de comportement très malpoli. Et elle osait dire que la petite Liza était mal élevée ?

– Non, mais ! s'étrangla Mary Watson. John !

– Mary, s'exclama John dans le but de calmer les esprits, surtout celui de son épouse, très suspicieux ces derniers temps. Elizabeth est la fille de sa mère et il sera impossible de la faire taire, à moins de la bâillonner.

– Si elle se comporte ainsi à son âge, pensa à voix haute son épouse. Au fait, quel âge a-t-elle ?

– J'aurais quatre ans le vingt-deux novembre, déclara fièrement l'enfant.

– John, puis-je vous parler seul à seul ? fit la voix froide comme la glace de madame Watson.

John s'excusa auprès du secrétaire et suivi son épouse tout en sachant très bien ce qui allait se passer. En le regardant partir, Louis et Lorenzo eurent l'impression de voir un cheval s'en aller pour l'abattoir en sachant très bien ce qui allait arriver pour lui.

Une fois passé dans l'autre pièce, Mary apostropha violemment son mari.

– Pourquoi ces enfants t'appellent-ils « oncle John » ? Serais-tu le père de la fille ?

– Grands dieux, Mary, non, jamais de la vie ! se défendit son mari. Je connais le père de la petite mais je n'ai rien à voir dans sa conception, crois-moi.

Il avait été surpris lui-même par l'apparition d'Elizabeth, la première fois qu'il l'avait vue, même si pendant un certain temps, il avait bien pensé qu'Hélène était enceinte des œuvres de son ami. Elle ne lui avait pas menti en disant que non puisque elle s'était crue enceinte de son ancien fiancé. L'art de la dissimulation de la vérité…

– Pourquoi te nomment-ils « oncle John » si tu n'es pas leur oncle ? attaqua son épouse qui avait encore plus mal au ventre en imaginant le pire.

Watson soupira. Une femme qui ne vous croyait pas, c'était la pire des choses dans le couple.

– Mary, lorsque nous sommes partis en Normandie, nous avons trouvé le garçon, orphelin et il s'est lié d'amitié avec Hélène qui a tenté de lui apprendre à monter à cheval dans le but louable qu'il trouve du travail. Pour finir, elle est revenue avec, l'ayant adopté.

– Alors qu'elle était seule ? le contra son épouse, ayant trouvé la faille.

John leva les bras au ciel. Tout expliquer aurait pris un temps faramineux et de plus, il ne pouvait pas tout dire.

– Elle le faisait passer pour son petit frère, né d'une autre union de son père veuf et remarié ! Si on lui posait la question, elle disait avec une petite voix que son père avait rejoint sa mère dans la mort et que sa belle-mère était décédée aussi. Personne n'a jamais posé de question. Quant à la petite, c'est la fille naturelle d'Hélène.

– Née l'année durant laquelle vous êtes partis en Normandie ! Que m'avez-vous donc caché d'autre, John ?

Cela devenait de plus en plus dur de ne pas laisser libre cours aux larmes. Si son époux était père d'un enfant avec une autre qu'elle, elle n'y survivrait pas.

– Mary, je vous jure sur tout ce que j'ai de plus sacré que je ne suis pas le père de cette enfant, lui jura Watson, lui prenant les mains dans les siennes.

Le contact des mains chaudes et douces de son mari lui souleva le cœur. Si ces mains avaient caressées une autre… Ces mains si douces dont elle aimait la caresse sur son corps. Elle avait le cœur au bord des lèvres.

– Qui est-ce, alors ? fit-elle, la voix tremblante. Sûrement pas son époux de maintenant, jamais un homme n'aurait laissé sa femme partir en compagnie de deux hommes pour une enquête ! La demoiselle était célibataire, vous me l'avez dit. Vous m'aviez parlé aussi que monsieur Holmes avait résolu l'affaire de la fameuse Hélène en février. Vous étiez bien épris d'elle et votre ami m'a menti effrontément, le jour de notre mariage en me signalant qu'ils avaient été ensemble. Où alors, il n'était pas au courant de sa grossesse et vous avez joué avec ses pieds. Auriez-vous trahi votre ami en plus de moi ?

– Il n'y a jamais rien eu entre elle et moi, je vous l'assure, fit le docteur en pressant un peu plus les mains de sa femme mais en la regardant dans les yeux. Mary, je vous aime et vous devez me croire.

– Voilà la raison de votre dernier retard, vous les avez retrouvés lors de votre enquête avec monsieur Holmes, s'entêta son épouse, les larmes menaçant de plus en plus de jaillir. L'enfant que vous avez soi-disant soigné, c'est elle.

– Non, c'est la vérité, je l'ai soigné après sa chute dans le ruisseau et croyez-moi, nous avons eu tous très peur.

– Oh, John, que m'avez-vous fait ? sanglota son épouse.

– Rien, fit-il en la prenant dans ses bras. Hormis le fait que je vous aime, que Hélène n'est rien de plus qu'une amie et que sa fille n'est pas la mienne. Venez, c'est assez malpoli de laisser des invités sur le pas de la porte.

– J'avais confiance en vous et…

– Votre confiance en moi ne doit pas être ébranlée, Mary, lui demanda son mari. Venez.

Repassant dans le hall, Watson retrouva tout le monde au même endroit, la seule différence était le regard hargneux de la petite.

– Madame, pourquoi vous avez dit que oncle John était mon papa ? fit-elle soudain, au grand dam du secrétaire. Il n'est pas mon papa ! C'est même pas mon vrai oncle puisque papa ne voit plus sa famille et que maman a perdu sa soeur.

– Elizabeth ! Qu'est-ce ? s'exclama le secrétaire.

– Je pense que nous avons oublié qu'elle possède une très bonne ouïe, fit Louis en se grattant la tête. Je confirme que oncle John n'est pas son père et que ma bonne ouïe m'a fait entendre ce que je n'aurais pas dû entendre.

L'épouse de Watson la toisa et l'enfant ne baissa pas le regard. Si Mary avait su qui était son véritable père, elle aurait compris qu'il était impossible de faire baisser les yeux à sa fille.

– Oncle John m'a soigné après que je sois allé dans le ruisseau pour prendre le ti chien qui était tombé dedans, commença Elizabeth pour défendre l'ami de celui qu'elle appelait « monsieur Holmes ». C'est monsieur Holmes qui a plongé pour venir me sauver et lui aussi a été très malade ensuite. Il avait du sang à son épaule était c'était tout gluant. J'ai eu très froid et lui aussi. Ensuite, j'ai été très malade, j'ai même vomi. Oncle John nous a soigné, moi et monsieur Holmes, qui était pas bien du tout parce que il avait de la fièvre et il a même perdu connaissance. Oncle John s'est occupé aussi de mon chien et du chat de Louis. Au début, je voulais pas qu'il me dise « ma puce », mais comme c'est l'ami de monsieur Holmes et qu'il m'a soigné, je lui ai dit qu'il pouvait. Comme Louis, je lui dis « oncle John » mais c'est pas mon oncle et c'est pas mon papa !

Elle avait quasi hurlé la dernière phrase et sa figure était rouge de colère. Lorenzo la prit près de lui et la calma.

– Rassurez-vous, madame, confirma le secrétaire, cet homme n'est pas son père, loin de là.

Mary Watson avait été ébranlée par la colère de l'enfant. « Mais, pensa-t-elle, les enfants n'ont pas connaissance de ce qui se passe dans le monde des adultes et nous leur cachons tellement de chose ». Elle allait dire « qu'en savez-vous ? » quand elle se fit devancer par Elizabeth.

– Maman ne fait pas de bisous à oncle John et elle ne lui fait pas des câlins dans ses bras, fit cette dernière en croisant ses bras sur sa poitrine, la mine boudeuse.

Trois paires d'yeux étonnés et masculins se tournèrent vers l'enfant qui se défendit :

– Quand j'étais malade, je voulais aller près de maman mais mon papa était à ses genoux et il la serrait très fort dans ses bras. J'ai juste gardé la porte entrouverte. Après, ils se sont embrassés, sur la bouche. C'est pas propre.

Watson se retint de pouffer de rire, comprenant que c'était Holmes qui s'était mis à genoux devant Hélène, après leur dispute. Cela ne pouvait pas être le comte puisque l'enfant n'était plus malade lors de son arrivée. Le secrétaire toussota et Louis ne se priva pas de rire :

– Il ne s'en est pas vanté, de celle là ! Merci, Liza, pour cette petite information.

– Dire que je ne pourrais même pas l'embêter avec cela ! se lamenta Watson.

Imaginer son ami à genoux devant une femme lui avait mis de la joie dans le regard.

– Tu connais son père ? demanda Mary, ne sachant plus quoi penser.

– Hélas, oui, ma chère, mais je te jure que ce n'est pas moi ! jubila Watson.

– En tout cas, fit Liza en posant un index devant sa bouche, oncle John est médecin, mais il ne gagne pas assez sa vie que pour être riche et ce n'est pas un héritage, votre famille n'est pas assez riche non plus. Alors, comment avez-vous eu un collier de perles ?

Madame Watson posa machinalement sa main à son cou, là où se trouvait le collier qu'elle pensait mettre pour le dîner avant de se rétracter et de faire une scène à son mari. C'était le collier réalisé avec les six perles reçues des frères Sholto, une partie du trésor d'Agra.

– Même la robe n'est pas de l'année et pas à vous non plus, continua l'enfant, se moquant bien du regard étonné des autres. Vous pourriez vendre les perles, c'est très cher, maman me l'a déjà dit et vous payer des tas de jolies robes. Un cadeau, ce collier ? Mais de qui ?

Elle ne s'adressait même pas à l'épouse de Watson mais discutait à voix haute des possibilités quant à la provenance du collier de perle de cette valeur au cou d'une simple épouse de médecin généraliste.

– Mais... commença madame Watson, se demandant comment cette petite fille pouvait savoir que la robe avait été prêtée par madame Cecil Forester.

– Si vous étiez riches, vous auriez d'autres meubles, ceux là sont vieux, poursuivit l'enfant en désignant les quelques meubles fatigués qui garnissaient le hall. Si votre famille était riche, elle vous aurait donné de l'argent à votre mariage. Les perles ne viennent pas de là. Ce n'est pas une dot. Maman est moins riche que papa, mais on voit tout de suite que mon papa a de l'argent. Pas oncle John, il en a pas beaucoup.

– Elizabeth ! essaya de l'empêcher le secrétaire de l'Italien, en pure perte.

Watson leva une main pour lui signifier que ce n'était pas grave.

– Elles viennent d'une affaire que monsieur Holmes a résolue pour mon épouse, expliqua Watson en s'accroupissant devant elle. À ce moment là, j'étais toujours célibataire et je vivais au 221b. Les perles faisaient partie d'un trésor qui fut perdu.

– Dommage ! s'écria Elizabeth, essayant de s'imaginer ce que pouvait représenter un trésor.

– Non, j'ai gagné un plus beau trésor, mon épouse, fit Watson en passant son index sur le menton de la petite.

– Elle est grognonne comme le grand chien qu'on avait adopté, ton épouse et elle dit des choses pas vraies, bougonna Liza.

– Tu nous excuseras auprès de ton père, fit Watson en déposant un baiser sur son front, mais nous ne viendrons pas dîner avec eux, ce soir.

Louis baissa la tête en soupirant. Lui qui voulait oncle John à table…

– Tu avais raison, ma petite, fit madame Watson, intervenant dans la conversation. John est un bon médecin et je me sens mieux. Nous allons aller avec vous.

Les regards des enfants s'enflammèrent et ils sautèrent au cou de John.

– Chouette, tu viens ! cria Louis, au comble de l'euphorie. Tu me parleras de l'histoire du chien des Baskerville ? Sherlock n'a pas voulu me donner les détails qui font peur.

– Et bien, tu ne les auras pas non plus, ria le docteur. Attendez-nous dans le fiacre, nous arrivons.

Une fois seul avec son épouse, il la prit dans ses bras et lui dit :

– Merci, tu verras et tu comprendras mieux où vont les sentiments d'Hélène. Quant à sa fille, elle n'est pas celle de son époux, le comte Trebaldi, épousé après, mais celle d'un autre homme.

– Qui ?

– Celui vers qui ont toujours été ses regards enflammés, celui qu'elle a aimé du premier coup, celui envers qui j'ai essayé de la protéger, sachant que cela finirait mal. Je n'ai pas réussi, mais elle n'a pas fini dans la Tamise, heureusement. C'était ma hantise. Voilà pourquoi nous nous sommes toujours affronté, elle et moi. Moi parce que je voulais la protéger de cet homme qui n'est pas fait pour le mariage et elle, parce qu'elle croyait que j'étais jaloux.

Son épouse avait bien pensé à un homme en particulier, en entendant la petite penser tout haut, au sujet de ses perles.

– John, quand elle a raisonné, elle m'a fait penser à...

– Observe là à table et tu comprendras de qui elle est la digne fille... lui dit-il en déposant un chaste baiser sur ses lèvres.

– Monsieur Holmes ? souffla son épouse, ne voulant pas y croire.

– Chut ! lui ordonna son mari. Tu ne dois jamais le dire ! Holmes a trop d'ennemis et ils pourraient s'en prendre à sa fille ou même aux autres. Tu ne dois jamais le dire ! Jure-le moi !

– Je te le jure, John, je ne dirais rien, répondit sa femme, sous le choc de la révélation. La petite le sait ?

– La fille de son père, je te dis ! lui rappela-t-il avec malice. Observation, déductions, conclusions,... Elle l'a déduit, tout simplement. Mais il ne faut pas en parler. Son père reste le comte Trebaldi au yeux de la bonne société.

– Et il ne dit rien que son épouse et monsieur Holmes… ?

– Je ne connais pas tout et je ne veux rien savoir ! s'empressa de répondre le médecin, ne voulant pas divulguer à son épouse les penchants « inversés » du mari et encore moins que le secrétaire était son amant.

Mary Watson fit une grimace :

– Dieu du ciel, mais c'est une Marie-couche-toi-là, cette femme !

– Mary ! l'invectiva son époux. Je t'interdis de dire de pareille chose ! Ce n'est pas vrai, même si je l'ai pensé moi aussi.

– John, elle a eu un enfant avec monsieur Holmes, elle est mariée à un autre et elle voit toujours ton ami détective ? s'enflamma son épouse. Elle a eu un enfant hors mariage ! S'ils s'étaient mariés ensuite, je dirais que bon... Mais si je calcule bien, avec l'enfant née en novembre, cela met sa conception en...

Son mari lui posa son index sur les lèvres.

– Chut, Mary, tu ne pourrais pas comprendre. Ce sont deux personnes hors norme, aussi bien elle que lui. Ce fut... tumultueux entre eux et il vaut mieux faire comme si rien n'était et ne pas juger sans savoir.

– Que sais-tu ? fit-elle, curieuse.

– Ce que je sais, c'est que j'ai promis de ne rien dire, écrire ou murmurer et je tiendrai ma promesse.

– Même à ton épouse ? demanda-t-elle taquine.

John la regarda avec amour, content que la crise de jalousie soit passée. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Lorsqu'il avait croisé la route d'Hélène et de son mari, il avait été si heureux de la voir de retour à Londres qu'il n'avait pu s'empêcher de la soulever dans ses bras. Il ne pensait pas à mal. Ses quatre ans d'absence avaient été un calvaire pour Holmes, cumulées au mariage et au départ de son Boswell. Watson avait bien pensé ne jamais la revoir dans la ville, aux côtés de Holmes, même si ce n'était pas ainsi qu'il avait imaginé leurs retrouvailles. Quant à celles qui avaient eu lieu dans la forêt, après leur départ précipité de l'auberge, elles avaient été toutes sauf « joyeuses ». Ensuite, Elizabeth malade, Holmes aussi, leur dispute, l'arrivée du mari,… On ne pouvait pas dire que le médecin avait eu le temps de savourer leurs retrouvailles dignement.

Il avait été loin de se douter que son épouse serait le témoin de ses effusions prodiguées à Hélène. Son épouse n'étant pas au courant de tout ce qu'il s'était passé en 85, de leurs prises de becs en Normandie et avant, à l'auberge de la Couronne. Elle ne pouvait pas savoir. Watson aimait Hélène comme une sœur, une fille, une amie, mais pas autrement.

Sa femme, il l'aimait d'amour, mais certains secrets ne seraient jamais levés, même pour elle.

– Cela ne m'appartient pas, Mary, fit-il avec chaleur et tendresse. Tu n'aimerais pas que je divulgue tes secrets, non ? Et bien, Hélène, c'est pareil.

Son épouse ne dit rien mais fronça les sourcils. Un enfant hors-mariage, cela arrivait à tout le monde, même dans les familles nanties. Ici, par contre, on avait une femme enceinte d'un homme qui en épousait un autre et qui continuait à voir le premier.

Mary Watson se dit qu'elle n'aurait pas grand-chose en commun avec une femme telle que la comtesse.

Une fois préparé, ils rejoignirent les autres dans le fiacre et ils partirent vers le Cosmopolitan.