Naughty nap

C'est un silence de cathédrale qui accueillit Michael quand il arriva chez lui en ce tout début d'après-midi. Il savait Sara en repos pour la journée alors il émit rapidement l'hypothèse qu'elle était partie en vadrouille avec Micah. Mais tandis qu'il pendait son caban au portemanteau de l'entrée, il vit son sac à main et ses clefs d'appartement comme de voiture à leur place habituelle sur la console et repensa ses conclusions avec interrogation.

Il marcha jusqu'à son bureau pour y déposer son porte-documents puis, tout en desserrant le nœud de sa cravate pour ensuite défaire le premier bouton de sa chemise et se sentir plus à l'aise, il s'avança dans le couloir jusqu'à sa chambre dont la porte était entrebâillée. Il la poussa doucement pour l'ouvrir davantage et découvrit Sara étendue de tout son long sur le couvre-lit écru. Elle était entièrement habillée, vêtue d'un jean et d'une chemise blanche, mais allongée sur le ventre, ses bras repliés sous son oreiller, elle n'en dormait pas moins profondément.

Le spectacle fit sourire Michael. Il entra dans la pièce, rabattit la porte derrière lui et s'approcha du lit à pas feutrés. Il s'accroupit auprès de Sara et contempla quelques instants son visage paisible, ses traits détendus. Sa respiration était aussi lente que forte. Il saisit entre deux doigts la mèche de cheveux qui lui barrait la joue, la replaça en arrière puis du revers de son index, il lui caressa doucement la pommette pour la réveiller. Ses paupières closes se mirent alors à frétiller avant de s'ouvrir. En découvrant le visage de Michael à quelques centimètres du sien, Sara suffoqua dans un mélange de panique et d'effroi et se redressa brusquement sur ses avant-bras.

- Mon dieu ! Quelle heure il est ? Combien de temps j'ai dormi ? s'affola-t-elle en tendant une main vers la table de nuit pour attraper son réveil.

Surpris par sa vive réaction, Michael avait eu un haut-le-corps qui l'avait déséquilibré et c'est le derrière sur la moquette qu'il regardait maintenant Sara pousser un soupir de soulagement, alors qu'elle réalisait qu'il était à peine plus de quatorze heures et qu'elle n'avait par conséquent dormi qu'une petite dizaine de minutes. Elle reposa son réveil et porta sa main à sa poitrine comme pour tenter d'apaiser son cœur qui s'était violemment emballé.

- La vache ! La trouille que tu m'as fichue ! lança-t-elle à Michael d'un ton qui semblait le prier de ne plus jamais recommencer. Quand je t'ai vu j'ai cru que je m'étais pas réveillée et qu'on était déjà le soir.

- Je suis désolé, s'excusa Michael en reprenant sa position initiale. Mais si ça peut te consoler t'es vengée parce que tu m'as fait peur aussi, avoua-t-il.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi t'es pas au bureau ? Y a un problème ? s'inquiéta Sara.

- Non…

Michael prit le temps de lui déposer un baiser sur les lèvres avant de poursuivre :

- … j'ai décidé de sécher cet aprèm' !

Sara arqua un sourcil étonné et surtout septique puisque Michael avait employé un ton désinvolte qui non seulement ne lui ressemblait pas mais qu'il avait en plus trop appuyé pour être crédible. Comprenant qu'elle n'était pas disposée à le prendre une seconde au sérieux, Michael se résigna rapidement à livrer la bonne et parfaitement licite version des choses.

- Non, en fait on devait rencontrer des clients qui ont eu un empêchement de dernière minute alors le rendez-vous est exceptionnellement reporté à demain après-midi. Et comme c'est samedi Thomson nous a proposé de prendre notre après-midi aujourd'hui en contrepartie.

Sara hocha la tête, nettement plus convaincue par cette explication.

- Et toi ? reprit Michael. Qu'est-ce que tu fais couchée ? Ça t'arrive souvent de jouer les belles au bois dormant pendant que ton fils fait sa sieste ?

Il avait un léger sourire caustique au coin de la bouche.

- Et bien… oui, confessa Sara sans en rougir. J'aime bien. Surtout quand la veille j'ai fait une courte nuit. Mais je fais juste des mini siestes tu sais, jamais plus d'une demi-heure, comme celles que je fais quand je suis de garde la nuit à l'hôpital. C'est un sommeil court mais très récupérateur.

Michael resta dubitatif une petite seconde puis sembla approuver l'idée.

- Ça t'embête si je me joins à toi pour essayer ? demanda-t-il.

- Euh… pour être franche… oui . Beaucoup, souffla Sara avec une grimace désolée. Ça fait déjà plus de cinq ans que je supporte la torture d'avoir à partager mes nuits avec toi alors si en plus maintenant faut que je partage mes siestes, je vais pas tenir le coup !

Michael secoua la tête avec affliction en regardant Sara pincer ses lèvres pour se retenir de rire.

- Tu te crois maligne ? se navra-t-il.

- C'est toi qu'es pas malin à me poser ce genre de questions, se défendit-elle.

Et puisqu'elle avait raison, Michael ne trouva rien à rétorquer et préféra profiter de la proximité entre leurs deux visages pour unir leurs lèvres dans un doux baiser, subtilement langoureux, entre tendresse et passion. Il se conclut après de longues secondes dans un sourire partagé et Sara leva une main vers le visage de Michael pour lui caresser la joue.

- Aller, c'est pas grave si t'es pas très malin, murmura-t-elle. Je t'aime quand même.

- Merci, ironisa Michael tandis qu'elle pouffait de rire.

Il se redressa et contourna le lit pour rejoindre sa place et s'y asseoir. Il retira rapidement ses chaussettes qu'il envoya sur le petit fauteuil situé près de la fenêtre de la chambre puis il se débarrassa de sa cravate à qui il réserva le même sort. Dans un profond soupir, il s'étendit ensuite sur le lit et joignit ses mains sous son crâne. À côté de lui, allongée sur le ventre et redressée sur ses coudes, Sara avait entrepris d'apporter les modifications nécessaires au réglage de la sonnerie de son petit réveil.

- Il va sonner dans une demi-heure pile ? demanda Michael.

- Oui.

- Mais comment on fait si on arrive pas à s'endormir rapidement ?

Sara reposa le réveil sur la table de chevet puis elle se coucha complètement, déposant sa tête sur son oreiller qu'elle enserra entre ses bras comme un gros nounours.

- Y a une technique pour ça, expliqua-t-elle. Tout le secret est dans la respiration : il faut qu'elle soit lente et ample et surtout il faut que tu ne penses qu'à elle. Et en dix secondes tu t'endors.

Elle ferma les yeux pour mettre la théorie en pratique et Michael observa son dos se lever et se baisser au rythme de ses inspirations. Mais très vite son regard dévia sur la cambrure de sa chute de reins qu'on devinait aisément sous son chemisier, puis sur ses fesses dessinées à la perfection par son jean. Il remonta ensuite pour s'attarder sur son visage resplendissant de sérénité.

Avant que toute idée ne s'accroche irrémédiablement à son esprit, Michael reporta son attention sur le plafond et ferma les yeux pour tenter de s'endormir. Mais à peine ses paupières étaient-elles closes qu'il réalisa que le mal était déjà fait - et probablement depuis l'instant précis où il avait ouvert la porte de la chambre d'ailleurs.

Il essaya malgré tout de se concentrer sur sa respiration mais sans jamais y parvenir plus d'une demie seconde. Et il n'allait pas faire l'effort de persévérer dans ses tentatives puisqu'il n'avait de toute façon aucune envie de dormir.

- Ça fait plus de dix secondes là, tu dors toi ? demanda-t-il dans un murmure.

- Non, marmonna Sara sans ouvrir ses yeux. Mais c'est pas à la seconde près non plus.

Michael patienta dix autres secondes en silence avant de se renseigner à nouveau :

- Et maintenant ? Tu dors ?

- Non. Et je risque pas d'y arriver si tu me poses la question sans arrêt !

Et dans un soupir légèrement agacé, Sara tourna son visage vers sa table de nuit pour espérer un peu plus de tranquillité.

- Mais c'est parce que j'y arrive pas non plus, moi, se justifia Michael.

Sara ne répondit rien. Il esquissa un petit sourire puis après avoir laissé couler de nouvelles et courtes secondes, il pivota doucement vers elle, se redressa sur son avant-bras pour venir se pencher au-dessus de son dos et approcha sa bouche de son oreille.

- Et là ? Tu dors ?

Cette fois Sara rouvrit les yeux en poussant un soupir excédé et Michael pouffa de rire.

- C'est pas drôle, geignit-elle. Je suis fatiguée !

- T'es sûre ? susurra-t-il contre son cou.

- Oui, je suis sûre. Je suis rentrée du boulot à plus de deux heures et demie du mat' je te rappelle et j'ai vraiment besoin de cette petite sieste pour tenir la forme jusqu'à ce soir. Mais si toi t'as pas envie de dormir personne te retient.

Sur ce elle referma ses yeux et resserra l'étreinte de ses bras autour de son oreiller. Loin d'être refroidi, Michael plongea son nez dans ses cheveux pour s'enivrer de leur parfum et tout en calant plus étroitement son torse contre son dos, il glissa une main sous son chemisier pour envelopper tendrement le haut de sa hanche.

- C'est vrai, j'ai pas envie de dormir, confirma-t-il dans un souffle suave libéré parmi sa chevelure alezane. Mais par contre… j'ai très envie de toi…

Ça, Sara l'avait déjà bien compris. Mais si son sincère besoin de sommeil l'avait laissée encore un tantinet hésitante quant à la suite qu'elle allait donner à ses ambitions, ces quelques mots incendièrent instantanément le creux de ses reins et rendirent son désir totalement et définitivement réciproque. Elle ne laissa cependant rien paraître, si ce n'est un discret sourire lorsqu'elle sentit Michael, qui avait lâché sa hanche pour venir écarter le col de son chemisier, appliquer ses lèvres sur la peau de sa nuque.

- Sois honnête : est-ce qu'à un seul moment t'as eu le projet de dormir en venant t'allonger à côté de moi ? interrogea-t-elle sans vraiment douter de la réponse.

Michael releva légèrement la tête et s'accorda une courte réflexion.

- Euh… non, je crois pas. Mais c'est de ta faute, plaida-t-il. Si t'étais pas aussi… toi !

Sara laissa échapper un petit rire mais elle n'en apprécia pas moins le compliment. Dans l'incapacité de regarder Michael sous peine de se luxer les cervicales, elle sortit une main de sous son oreiller et alla l'accrocher à l'arrière de son crâne où le bout de ses doigts se mirent à chatouiller ses cheveux courts. Il déposa deux baisers sur sa joue exposée.

- Promis, après je te laisse dormir, lui murmura-t-il. Et aussi longtemps que tu voudras puisque de toute fa…

- Oui, le coupa-t-elle en hochant la tête pour lui faire comprendre qu'elle lui était d'ores et déjà acquise et qu'il n'avait pas besoin d'argumenter davantage.

Puis elle amorça un mouvement en vue de se retourner mais Michael pressa subtilement son corps contre le sien pour l'en empêcher.

- Non, souffla-t-il. Bouge pas.

- Je te laisse te débrouiller ? comprit Sara puisqu'il avait visiblement une idée précise de ce qu'il voulait mettre en œuvre.

- Oui… s'il te plaît, susurra-t-il avant d'apposer ses lèvres à la commissure de siennes.

Elle approuva d'un sourire. Parce qu'en effet ça lui plaisait. Ça lui plaisait même beaucoup. Elle adorait quand il engageait les choses de cette manière. Elle savait qu'elle allait alors se retrouver à sa merci la plus complète et c'est pleinement consentante qu'elle allait le laisser disposer de son corps comme il le désirait, s'abandonnant avec, plus que jamais, le sentiment exquis de lui être vouée corps et âme, de lui appartenir toute entière.

Alors qu'il avait entrepris de picorer son cou de doux baisers, Michael insinua une main entre son corps et le couvre-lit pour atteindre les boutons de son chemisier qu'il commença à défaire un à un avec une lenteur délibérée. Sara avait pris soin de pivoter légèrement son buste pour lui faciliter la tâche. Elle accompagna également ses gestes quand il lui retira une première manche, puis la deuxième avant d'envoyer le chemisier sur la moquette. À présent que son dos entier était mis à nu, Michael l'effleura d'une main leste, comme pour en électriser toute la surface. Il s'appliqua ensuite à dégrafer son soutien-gorge et l'en débarrassa rapidement. Sara replaça ses deux mains sous son oreiller et ferma les yeux tandis que son amant promenait de nouveau sa main sur sa peau réceptive et déposait un baiser humide sur chacun des grains de beauté qu'il repérait. Peut-être percevait-il les ondulations subtiles de son corps sous ses caresses, manifestations du plaisir qu'il lui procurait.

Il eut bientôt le besoin de récréer plus de contact. Il revint caler son torse contre son dos avec l'intéressante frustration de trouver la fine chemise qu'il portait entre leurs peaux. Sara frissonna en sentant son souffle chaud faire son retour au creux de son cou. Il reprit ses baisers, frôla sa peau douce de la pointe de son nez, mordilla la naissance de son épaule. Sa main était venue se refermer, possessive, sur un de ses seins et elle ne put réprimer un soupir d'aise lorsqu'elle sentit ses doigts en titiller la pointe tendue. À l'autre bout du lit ses pieds se tortillaient de plaisir et d'excitation, trahissant une certaine impatience à voir les choses se concrétiser.

La main de Michael finit par lâcher sa poitrine et fila le long de son ventre jusqu'à son jean. Il en défit agilement le bouton, puis la petite fermeture éclair. Il fit ensuite glisser ses doigts sur le triangle de soie de sa petite culotte et caressa doucement les trésors de sensibilité qu'il devinait. Sous le sien il sentit le corps de Sara se contracter furtivement avant de percevoir avec satisfaction le gémissement étouffé qui émana de sa bouche. Il la tortura de longues secondes ainsi puis, après lui avoir déposé un dernier baiser sur la nuque, il se redressa sur ses genoux pour finir de la déshabiller. De part et d'autre de ses hanches il agrippa ses doigts à la ceinture de son pantalon et le fit descendre le long de ses jambes en emportant le sous-vêtement sur son indolent passage. Il se délecta de voir le reste du corps de Sara se dévoiler progressivement à son regard empli de convoitise.

Lorsque les vêtements se retrouvèrent au sol, Michael entreprit de se débarrasser de ses propres affaires. Sans cesser de s'émerveiller des courbes voluptueuses de sa femme il ôta sa chemise. Puis, sans quitter des yeux le savoureux spectacle de ce corps languissant devant lui - pour lui -, il retira son pantalon et son boxer, laissant enfin à son désir tout le loisir de s'exprimer.

En se hissant sur le lit pour retrouver sa place au plus près de Sara, il laissa une main flâner sur une de ses jambes, effleurer une fine cheville, parcourir un mollet joliment galbé, caresser une cuisse fuselée et enfin apprécier la rondeur ferme d'une fesse. Sara n'en finissait plus de tressaillir de plaisir, sa peau sensible et plus réceptive que jamais réagissant au moindre contact. Et elle mordit sa lèvre inférieure avec délectation en sentant les lèvres de Michael se déposer au bas de sa colonne vertébrale. Gratifiant chaque vertèbre d'un langoureux baiser, il remonta lentement son dos et lorsque son visage arriva à hauteur du sien, délicatement il s'allongea de tout son long sur son corps en s'appuyant sur ses avant-bras pour ne pas l'écraser sous son poids. Le peau à peau charnel n'en était pas moins à son comble, exaltant l'union.

Michael enfouit sa main gauche sous l'oreiller pour retrouver celle de Sara et entremêla amoureusement leurs doigts. Vibrant sous le corps solide de son amant, cette dernière creusa ses reins et fit saillir son bassin pour l'inviter à ne pas la faire languir plus longtemps. Galvanisé par l'emprise totale qu'il avait sur elle et qui concrétisait le sentiment qu'elle était sienne, et seulement sienne, Michael lui écarta légèrement une cuisse puis la pénétra lentement. Sara l'accueillit dans un gémissement et lui-même ne put retenir un grognement de plaisir alors qu'il s'enfonçait dans son intimité brûlante, ruisselante, et délicieusement étroite. De sa main libre il caressa le flanc de son corps et il prit quelques secondes pour contempler son visage suppliant avant de se mettre enfin à bouger en elle.

Il tanguait lentement, comme au ralenti, ondulait sensuellement, s'appliquant comme s'il voulait faire en sorte que chacun de ses mouvements soit à lui seul la source d'un plaisir intense pour chacun. Sara l'accompagnait dans le rythme qu'il imposait. Leurs visages intimement proches, ils s'échangeaient leurs souffles lourds, respiraient l'air de l'autre. De temps en temps Michael happait la peau veloutée de la joue de Sara dans un baiser gourmand. Tandis qu'entre tendresse et vigueur il augmentait progressivement la cadence de ses coups de reins, il insinua sa main sous son bassin pour aller la câliner. Une onde voluptueuse irradia alors son corps et Sara ne put s'empêcher de crier sous la violence du plaisir qui la frappait. Elle attrapa fermement la nuque de Michael et se cambra instinctivement pour espérer le sentir plus profondément encore en elle.

Alors qu'autour de lui il sentait ses muscles intimes secoués par les premiers spasmes de la jouissance ultime, il se fit conquérant. Le corps à corps s'intensifia et Sara capitula la première, laissant l'orgasme la terrasser, étouffant l'expression de son plaisir dans son oreiller. Michael ne tarda pas à savourer sa victoire, se répandant en elle dans un râle extasié qu'il libéra au creux de son cou.

Le souffle éprouvé, il prit quelques secondes pour se remettre de ses émotions puis il roula sur le lit. Sara tourna la tête de son côté pour le regarder, un sourire radieux dessiné sur les lèvres. Michael lui rendit son sourire et amena une main à son visage pour le dégager des quelques mèches de cheveux qui le barraient, les peignant tendrement de ses doigts.

- Alors ? Ça valait pas le coup de me sacrifier une petite sieste ? murmura-t-il.

Le sourire de Sara s'élargit.

-Si, confirma-t-elle. Mille fois si !

Puis elle se redressa sur ses avant-bras et vint chercher les lèvres de Michael. Elle l'embrassa longuement, avec tout l'amour qu'il lui inspirait, jusqu'à ce que tous deux se mettent à pouffer de rire en entendant le petit réveil sonner innocemment la fin de la sieste.