Bêta : Nanola

NDA : Comme annoncé dimanche dernier sur Puppy, quand je posterai l'une de ces deux fictions, je ne posterai pas l'autre. Cependant, LVO étant terminée à l'écriture, je privilégierai cette dernière. Bonne lecture ! Et un bisou en passant à ma chérie puisqu'on va voir son chéri dans ce chapitre ;)


Chapitre 29

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Ron a raison


L'homme est revenu plusieurs fois. En moi-même, je le nomme mon Prince. C'est un prince, issu du sang de Salazar, je le savais déjà parce que seul un prince peut ainsi se promener dans les cachots.

Il n'est pas le seul a être revenu, le Seigneur Noir aussi.

Les gardiens sont nerveux, les prisonniers plus encore.

J'ai eu le droit de voir mes frères. Deux encore sont morts. Je suis, avec Joshua, le seul encore en chambre. Les autres ne sont que des enfants. J'ai peur pour eux, pour nous. Les Monoïques ici ne meurent jamais à un âge avancé, mais le Seigneur Noir a encore réduit notre misérable espérance de vie.

Quand mon Prince est venu, il était furieux de mon état. Il m'a soigné encore une fois et il est resté avec moi. J'ai pleuré toute la nuit dans ses bras.

Il a voulu savoir ce que m'avait fait le Seigneur et je lui ai raconté ma vie, celles de mes frères. J'ai crié ma rage, mon désespoir à cet homme qui lui ne vit pas dans les cachots mais dans les grandes salles faites d'or et d'argent au-dessus de nos têtes.

« Pourquoi nous donner un nom ? » ai-je demandé « Pourquoi nous apprendre à marcher, à parler, à penser, puisque nous sommes moins que des animaux pour vous ? »

Il m'a dit que sans cela, les enfants Monoïques mourraient avant l'âge de trois ans. Certains avaient essayé.

Nous avons besoin d'humanité, même si ce n'est que celles de nos frères plus âgés qui nous enseignent la vie, nous enseignent à être des hommes avant que d'autres hommes ne nous soumettent à l'esclavage des corps.

Au petit matin, je lui ai dit qu'un nouveau bébé était arrivé. Il a environ un an. Le Seigneur Noir a ordonné qu'il soit entièrement émasculé. Il a décidé qu'il le serait le premier, puis que nous le serions tous à son retour de guerre. Je l'ai nommé Sporus. Mon Prince a sursauté quand je le lui ai dit. Il m'a demandé pourquoi j'avais choisi ce nom.

Je lui ai expliqué que Sporus était le dernier ici, dans les cachots, à avoir été ainsi mutilé. Je ne l'ai jamais connu, il est mort avant que je sois né mais Artémis m'en avait parlé. Il était le favori du roi Salazar. De son sein est né un fils. Puis Sporus s'est suicidé. Parce que son enfant lui avait été arraché. Je sais qu'ensuite l'enfant de Sporus était le fils préféré de Salazar, celui qu'il nommait son bien aimé. Il l'avait appelé Amatus.

Mon Prince m'a regardé. Il semblait ému.

« Amatus était le sixième fils de Salazar, » m'a-t-il dit. « J'ignorais que son père était mort de cette façon. »

Alors je lui ai encore raconté notre vie, pauvres Monoïques. Je lui ai dit en pleurant, encore et encore, à quel point nous, les enfants des Sylphes, les enfants de l'amour, nous étions condamnés et martyrisés en ce lieu maudit.

Il m'a consolé.

Et moi, pauvre fou, je l'ai caressé, je lui ai demandé de me faire oublier l'enfer de mon existence, ne serait-ce que pendant quelques minutes.

Il m'a possédé avec une tendresse encore inégalée jusqu'à ce jour. Tout le temps de notre passion, il n'a cessé de m'embrasser et de murmurer mon nom. Et puis, alors que j'allais toucher le ciel, il m'a avoué le sien et son rang.

J'ai crié son nom, il a crié le mien.

Oh, l'Air, prends pitié de ton enfant.

Zmeï, le sixième fils du sixième fils, vient de me faire l'amour.

« Livre de Svarog. »

… … …

Cette journée était enfin finie, grâce à la lune. Draco n'en pouvait plus. Entre toutes les émotions qui l'avaient assailli depuis sa rencontre avec Epsilon, il était épuisé aussi bien nerveusement que physiquement.

Pour ne rien arranger, les jeunes dominants du village, tout du moins toujours les deux mêmes, ne semblaient ne pas avoir encore compris la leçon pourtant claire de Harry, Olivier et Ritchie. Ils avaient tenté plus d'une fois de s'approcher de l'Oméga, histoire de « discuter » ou de « jouer » un peu, selon eux. Draco avait eu beau leur dire que rien de ce qu'ils pouvaient lui proposer ne l'intéressait, ils n'avaient eu de cesse d'être dans son champ de vision.

Le soir, au souper, il en avait parlé avec Charlie qui avait conclu qu'il leur parlerait le lendemain, ainsi qu'à leurs parents.

Cependant, Draco n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il était perturbé au plus haut point. Non seulement par les derniers événements et par ses propres réactions, mais aussi en raison de son passé. Sans pouvoir s'en empêcher, ses pensées le ramenaient un an arrière, avec la meute de Greyback. Le fait qu'Epsilon se rappelle à son bon souvenir n'y était sans doute pas étranger et, en raison de cette rencontre, même Compagnon-Loup n'arrivait pas à chasser les mauvais souvenirs d'un grognement.

Megan, Morag, Hannah... Que faisaient-ils l'année dernière à cette époque ? Morag était déjà morte. De son cadavre, il ne devait rester plus que des os à présent. Tout comme Hannah. À cette date également, il était enceint et la meute entière faisait de lui son jouet sexuel. Ce qui avait en grande partie causé leur perte à tous quand on y réfléchissait.

Draco soupira tout en fourrant son nez dans l'oreiller. Il aurait bien aimé sortir sous sa forme lupine et se promener, comme il le faisait à Poudlard. Néanmoins, ce n'était vraiment pas une bonne idée. l'Alpha serait furieux s'il l'apprenait, et il le serait très certainement étant donné que des patrouilles ne cessaient de veiller en raison de la présence supposée d'Epsilon dans les environs.

Draco eut un reniflement méprisant. Epsilon ne voulait pas de lui. S'il l'avait voulu, il l'aurait pris, il ne l'aurait jamais laissé partir pour revenir le kidnapper ensuite. C'était pour lui une évidence, désormais. Epsilon n'était pas du genre à composer. Ce qu'il voulait, il le prenait.

Naturellement, ses divagations le conduisirent d'Epsilon à ce qu'Ayase lui avait dit lors du souper. Il n'avait toujours pas remercié les dominants, notamment Olivier, pour ce qu'ils avaient fait lors de la pleine lune. Olivier et Remus l'avaient consolé, les autres s'étaient mis en chasse de ce qui l'avait effrayé. Draco sentit la petite pointe de la culpabilité le piquer. Il aurait dû le faire au lieu de se comporter en égoïste.

Demain, à l'aube, il irait voir Olivier avant qu'il ne parte dans les champs afin de rectifier le tir. Il le remercierait comme il se doit. Ensuite, il ferait de même avec Harry.

Aussitôt que l'idée lui vint, Draco la rejeta avec force : non, ce n'était pas juste un faux prétexte pour pouvoir revoir le jeune homme aux cheveux noirs, seul à seul. Pas du tout. C'était de la pure politesse. Qu'il ne pense à remercier de vive voix et de cette façon que ces deux dominants-là n'était que pur hasard, voilà tout.

Sur cette bonne résolution, le sommeil finit par remporter la victoire sur l'insomnie.

Le lendemain matin, alors que le soleil commençait à peine à se montrer, Draco sauta au bas de son lit, il descendit les escaliers en bois sans faire trop de bruit, se méfiant de ces satanées quatrième et sixième marches qui grinçaient toujours, puis dévalisa la cuisine avant de sortir de la maisonnée.

Les rues étaient encore désertes. Les vigiles de la nuit étaient enfin rentrés chez eux et les autres devaient encore dormir ou étaient en train de se réveiller.

Draco se précipita donc vers la demeure d'Oliver et de ses parents, le jeune homme vivant toujours chez eux. La décision de Harry de prendre son indépendance avait toutefois fait des émules parmi les autres jeunes gens du même âge et Draco savait qu'Olivier, entre autre, avait la ferme intention de se faire construire un petit chalet dans les prochaines semaines. La meute entière l'aiderait, comme cela était la tradition.

Longeant les murs et se faisant le plus discret possible, Draco arriva devant la maison des Dubois. Il se saisit de petits cailloux et les lança sur la fenêtre qu'il savait être celle du fils de la famille.

Rapidement, une tête aux cheveux bruns ébouriffés par une nuit de sommeil se montra.

« Draco ? Qu'est-ce que tu fais là ? » s'étonna le jeune homme.

« Je voulais te parler. Descends s'il te plaît ! » répondit l'Oméga de sa voix la plus étouffée possible.

Olivier hocha la tête et disparut. Draco s'accola contre le mur en bois de la maison pour attendre. Rapidement, la porte d'entrée s'ouvrit, dévoilant Olivier qui se rapprocha de lui simplement vêtu de son pantalon de travail.

« Ça va ? Qu'est ce que tu fais là ? Draco, c'est pas prudent, tu ne dois pas te balader tout seul, tu le sais ! » le gronda gentiment le mâle.

« Oui, oui, je sais, » éluda Draco en accentuant ses paroles d'un geste vague de la main, montrant qu'il ne jugeait pas cela de la plus haute importance. « Mais je voulais vraiment te voir, seul à seul. »

Les yeux bruns d'Olivier s'éclaircirent.

« C'est vrai ? Pourquoi donc ? »

« Eh bien... je me suis rendu compte que je n'avais pas été très sympa avec toi. »

« Ah bon ? »

« Oui, enfin, je veux dire, tu as été vraiment super avec moi, la dernière lune. Tu es resté avec moi, tu m'as réconforté, tu... tu as été génial, Olivier. »

Le dominant gonfla imperceptiblement le poitrail, fier comme un paon.

« C'est tout naturel, Draco. Tu peux compter sur moi, tu le sais ! » affirma-t-il avec force.

« Oui, je sais, » sourit Draco. « Alors... merci, Olivier. »

Timidement, le petit Oméga se rapprocha du jeune homme qui ne bougea pas, sa respiration tendue alors qu'il se demandait ce que l'autre allait faire. Draco continua d'avancer, jusqu'à être quasiment collé contre Oliver. Là, il posa ses mains sur les épaules rondes et fermes. Tout en appréciant leur douceur et leur chaleur, il prit appui sur elles pour se dresser sur la pointe de ses pieds.

Les yeux clairs étaient à la fois timides et résolus alors que le cœur de Draco s'emballait quelque peu. Certes, il ne ressentait pas la même chose pour Olivier que pour Harry, mais si Harry ne voulait pas de lui, si Harry n'existait pas, si Harry n'était pas celui qui le remporterait, alors Draco voulait que ce soit Olivier. Olivier était séduisant, fort, puissant et rassurant. Compagnon-Loup grogna d'assentiment tandis que la chaleur du désir prenait place entre ses reins.

Malheur, songea rapidement Draco alors que ses lèvres s'appuyaient sur la joue râpeuse du dominant.

Ron avait raison.

Il était prêt, du moins, son corps l'était. Et il jouait véritablement avec les nerfs de ses prétendants, constata-t-il alors qu'Olivier se tendait, que ses bras se refermaient avec douceur sur son dos. Le dominant nicha son nez dans le cou pâle, inhalant profondément son odeur légèrement sucrée. Puis ce furent ses propres lèvres qui parcoururent la peau veloutée. Elles se posèrent sur sa jugulaire, remontèrent lentement vers l'oreille puis suivirent la ligne fine de la mâchoire. Draco gémit alors que les corolles de soie se rapprochaient dangereusement de sa bouche entrouverte. Son souffle fut brusquement aspiré par la bouche d'Olivier qui se posa sur la sienne.

Tout comme l'avait fait Harry la première fois, Olivier cessa aussitôt le baiser, à peine celui-ci entamé. Il ôta ses lèvres de celles de l'autre garçon puis il posa son front sur le sien.

« Draco... Je pense que tu devrais retourner chez toi, maintenant, » murmura-t-il.

« Oui... Merci, Olivier, » répondit sur le même ton Draco, les yeux clos.

« De rien. À très bientôt. »

Olivier se détacha totalement du corps fin, il se détourna et pénétra de nouveau dans la maison, laissant derrière lui les effluves de son désir pour l'Oméga.

Draco poussa un lent soupir, un peu perdu. Non, encore plus perdu que la veille. Il ne s'était pas attendu à cela et était plus perturbé que jamais.

Ron a raison, ne cessa-t-il de se sermonner alors qu'il s'éloignait de la maison des Dubois.

Pour autant, ce fut sans surprise qu'il réalisa que ses pas, à la fois furtifs et rapides, l'avaient une fois encore conduit devant chez Harry. Draco leva les yeux au ciel, marmonnant sans s'arrêter que c'était une mauvaise idée. Pourtant, il n'y pouvait rien. Il avait envie de voir le mâle aux cheveux noirs. Il voulait le voir. Il avait bien un peu honte d'avoir embrassé Olivier, quand bien même c'était plus ce dernier qui l'avait fait. D'ailleurs, c'était peut-être pour cela qu'il avait tant besoin de voir Harry ?

Draco se croisa les doigts, se rongea un ongle, indécis. Le jour était levé désormais, il allait se faire attraper à traîner dans le village, seul, alors que c'était interdit. Donc, il n'avait plus vraiment le choix, il lui fallait toquer à la porte et demander à Harry de le raccompagner. Draco se mordit la lèvre, sûr que cette fois, Charlie allait lui passer un sacré savon.

S'avançant prudemment, Draco toqua à la porte.

« Ouais, j'arrive ! » cria Harry à travers la porte tandis qu'un bruit de pas dévalant des escaliers se faisaient également entendre.

Draco se tendit alors que la porte s'ouvrait avec la grâce caractéristique de Harry, c'est à dire bruyamment et en allant cogner contre le mur.

« C'est bon, Ron, je... Draco ? » s'étonna Harry.

Le jeune Oméga, lui, ne put répondre, gardant la bouche stupidement ouverte. Il avait déjà vu Harry dans le plus simple appareil, étant tous deux Lycanthropes, mais il ne s'était certainement pas attendu à ce qu'il soit entièrement nu en lui ouvrant la porte, avec les cheveux humides qui gouttaient sur ses épaules et son torse. L'Oméga referma sa bouche avec un bruit sec, tout en avalant péniblement sa salive.

La tension entre les deux hommes monta de plusieurs crans, devenant épaisse.

« Je... Je... » bafouilla Draco. « J'étais venu pour... Mais je te dérange sans doute, alors... »

« Non, non, du tout, rentre, le temps de mettre un short et je suis tout à toi, » réussit à articuler non sans une certaine difficulté Harry qui s'effaça pour laisser entrer le garçon.

Draco pénétra dans la pièce qui faisant office de salon et de salle à manger, un brin stressé. Harry ferma la porte et avança vers lui. Les paroles de Ron revinrent aussitôt à l'esprit de Draco, l'affolant quelque peu.

Ce n'était peut-être pas une bonne idée d'être rentré dans la maison, finalement.

Compagnon-Loup, lui, était dans un bien autre état d'esprit. Il voulait s'allonger, immédiatement, là, à même les planches en bois du sol, dévoiler sa gorge et son ventre dans un premier temps et ensuite, relever sa croupe pour que le mâle le possède, le remplisse, fasse de lui son compagnon, son amant, son tout.

Non, vraiment pas une bonne idée.

Nul doute que Harry ne devait pas penser à quelque chose de très différent tant ses yeux étaient sombres. Il s'avança, sans que Draco ne bouge un orteil. Pourtant, comme il se penchait vers lui, ses narines frémirent, un grondement hargneux sortit de sa gorge alors que les yeux verts prenaient une teinte ambrée.

« Pourquoi l'odeur d'Olivier est sur toi, Draco ? »

Le plus jeune tenta de s'éloigner mais la poigne de Harry l'en empêcha. Les yeux verts et soudainement ambre lançaient des éclairs de rage, la fureur se faisait sentir dans la pièce tandis qu'un grognement clairement lupin se fit entendre. Draco écarquilla les yeux : il lui semblait que les dents de Harry s'étaient allongées.

« Que fait l'odeur d'Olivier sur toi ! » cria cette fois le dominant.

La peur envahit Draco. Harry était furieux, son aura de pouvoir l'écrasait. Pourtant son désir était toujours là. Ce mélange plongea Draco un an en arrière. Il gémit, dévoila sa gorge, voulant montrer sa soumission au dominant en colère afin de tenter de l'apaiser.

« Je suis allé le remercier parce qu'il a été gentil avec moi pendant la pleine lune, je l'ai embrassé sur la joue, » avoua-t-il.

« Et ensuite ? » gronda Harry.

« Il... Il m'a fait un bisou, sur les lèvres, » continua Draco.

Le cri de rage de Harry le terrorisa, il réussit à mettre ses bras en protection devant son visage alors qu'il se mettait à trembler.

« Pardon, Harry, pardon, je suis désolé ! »

« Qu'est-ce que tu crois, Oméga ?! » s'écria Harry en lui enserrant les poignets, l'obligeant à dévoiler son visage. « Tu penses peut-être que c'est une façon de remercier les mâles ? C'est ça ? Tu penses que tu peux aller de l'un à l'autre, comme ça ? Un baiser pour lui, une caresse pour l'autre ? Tu te crois où ? Dans un bordel !? » hurla-t-il. « Je t'interdis de te comporter comme une catin de bas étage ! »

« Je suis une catin ! » hurla à son tour Draco. « Qu'est-ce que tu penses que j'ai été pendant un an ? Rien ! Rien d'autre qu'un ventre qu'on remplit ! Je n'étais même pas une catin, une catin on la paye, moi non ! Non ! »

Les cris de Draco semblèrent ramener Harry à la raison. Il avisa l'adolescent devant lui qui tremblait toujours comme une feuille.

« Plus ici. »

« Quoi ? »

« J'ai dit : plus ici. Tu n'es ni une catin, ni un jouet sexuel ici, Draco. Alors aies un peu plus de respect envers toi et envers Olivier et moi. Ron a raison. Arrête de jouer avec nous. «

La voix de Harry était sèche, dure. Cela finit de briser l'Oméga.

« Parce que tu crois que c'est ce que je fais ? Que je m'amuse avec vous ? »

« Pourquoi irais-tu l'embrasser pour venir faire de même avec moi après, si ce n'est pas le cas ? »

« Parce que... Parce que... » Draco prit une inspiration sourde, désespéré. « Je le fais pas, pas comme ça. Je voulais juste remercier Olivier, je l'ai embrassé sur la joue, c'est tout et ensuite... Je me comprends pas, Harry, je sais pas ce qui m'arrive. Mais je veux pas faire ça, tu comprends ? Je joue pas. J'ai pas envie... Pas envie que tu me juges comme ça. C'est... »

Le garçon enveloppa sa taille fine de ses bras et se mit à pleurer doucement tandis que Harry passait une main nerveuse dans ses cheveux, créant un véritable désordre parmi eux.

« C'est quoi, alors ? » demanda-t-il, vaincu, toute trace de colère disparue.

« C'est toi que je veux, Harry. Il n'y a que toi que je veux depuis le début. Et je suis terrifié ! Terrifié, tu comprends ? »

Les yeux clairs noyés de larmes se levèrent sur ceux de nouveau d'un vert pur.

« Je suis terrifié. »

Harry le prit contre lui avec force, le laissant vider sa peine contre son torse.

« Pardon, Harry, pardon, je voulais pas, je joue pas, c'est juste que je sais pas comment faire, je suis perdu, je veux pas être une catin ou n'être rien, je veux plus de tout ça. »

« C'est moi qui suis désolé, Draco. Tu n'es pas rien, tu es une personne importante. Pour moi, pour nous tous. Excuse-moi, je n'aurai pas dû me mettre en colère, tu ne te rends pas compte de l'effet que tu as sur nous. Je te désire tellement, j'ai tellement envie de toi, envie que tu sois mon compagnon. Olivier aussi, je le sais. Tu nous appelles, Draco, sans arrêt. C'est... épuisant pour nous. »

« Je suis désolé, » répéta Draco en redressant la tête.

Son regard se trouva aspiré par celui du dominant, par le désir qui était tant présent dans les iris verts à nouveau dévorés par le noir de la pupille. Draco déglutit. Son propre désir courait dans ses veines. Il était dévastateur, brûlant, tellement plus fort que ce qu'il avait pu ressentir dans les bras d'Olivier. Harry était celui qu'il désirait, humain comme lycanthrope.

L'homme laissa glisser une ses mains dans les cheveux pâles, ses doigts se cramponnant aux mèches soyeuses. Il approcha vers lui le visage de Draco qui ferma les yeux tout en écartant légèrement ses lèvres.

La bouche de Harry se posa avec douceur sur sa joue, elle l'embrassa là, se recula, puis revint se poser sur la gorge, comme l'avait fait celle d'Olivier. Une langue chaude, humide, le caressa, remonta lentement le cou en retraçant les veines, puis le lobe de son oreille fut attrapé par les lèvres de soie. La langue de Harry continua sa course le long de la mâchoire pour s'arrêter à la commissure des lèvres roses où il déposa un premier baiser.

Draco tourna insensiblement la tête afin que sa bouche rencontre enfin celle tant désirée. Ce fut comme tous les baisers qu'ils avaient échangés, juste une pression, une caresse. Pourtant, le feu dans le ventre de Draco se mit à rugir. Il enlaça le cou de l'homme, l'attirant plus encore vers lui. Harry fit de même, ses deux mains maltraitant cette fois les cheveux d'or.

La langue de Harry toucha alors la bouche de Draco, lentement, doucement, comme pour ne pas l'effrayer. Mais elle n'avait pas besoin de tant de précaution, le garçon n'avait plus peur en cet instant. De façon purement instinctive et sans doute aussi parce qu'il avait observé les baisers passionnés entre Charlie et Ayase, Draco répondit en écartant un peu plus ses lèvres, laissant l'humidité de Harry pénétrer la sienne, venir l'envahir, l'entourer, la caresser, la posséder.

Les doigts de Harry massaient délicatement son cuir chevelu tandis que lui-même jouait avec les mèches ébène sur la nuque de l'homme, chacun créant à l'autre de délicieux frissons. Cependant, le plus merveilleux, pour l'un comme pour l'autre, était sans conteste la douceur de leurs bouches enlacées. Ils ne se quittaient pas, ne s'éloignaient pas, préférant respirer par le nez ou par de brèves inspirations sifflantes quand leurs lèvres s'étiraient.

Subitement, Harry avança, plaquant de cette façon le dos de Draco contre la porte d'entrée. Le petit Oméga ne put retenir un gémissement tandis que la dureté de l'homme se faisait sentir sur sa peau. Harry, quant à lui, décida de n'accorder ses faveurs qu'à la lèvre inférieure du plus jeune, la grignotant amoureusement, la découvrant, la léchant lentement.

C'était trop, bien trop. Draco tourna la tête, gémissant outrageusement tandis que Harry dévorait désormais sa gorge. Ses mains fourrageaient toujours les cheveux noirs et s'échouaient parfois sur les épaules mates. Harry passa ses bras autour de la taille de Draco, caressa son dos nu, ses orbes de chairs fermes cachées sous la tunique, faisait gémir plus fort l'Oméga qui, d'un coup, passa l'une de ses jambes autour de la taille du dominant.

« Harry... Harry... »

« Draco, oh Draco... On ne peut pas... » se plaignit Harry dans le cou pâle.

« Harry... j'ai envie de toi, » avoua le garçon blond, sa voix grimpant dans les aigus alors que la langue de Harry parcourait encore son cou et la ligne dure de sa clavicule.

« Moi aussi, » gémit Harry. « Mais on ne peut pas, on ne peut pas... Draco, il faut que tu partes, maintenant... »

Draco émit un bruit étrange, entre le rire et le sanglot, heureux de ce moment intime, doux et chaud entre eux, et aussi terriblement triste de ne pouvoir, à l'instar de ses camarades Lycanthropes ou humains, vivre sa vie comme il l'entendait.

« Maintenant, Draco, » supplia Harry, son front contre celui de Draco.

« D'accord, d'accord, » répondit d'une voix tendue l'Oméga, les yeux clos et les mains voyageant doucement dans les longueurs noires.

Il prit une longue inspiration, s'enivra de l'odeur masculine propre à Harry, puis, sans lui jeter un regard de plus, il ouvrit la porte et s'enfuit.

C'était une fuite, une véritable fuite que le garçon engagea, courant dans les rues du village, la tête basse et le cœur battant. Le parfum de Harry, le désir de Harry, les sensations de Harry tournaient encore follement autour de lui.

Il avait totalement oublié qu'il était seul alors qu'il n'en avait nullement le droit. Tout comme il avait également oublié qu'avec le soleil levé, il était loin d'être l'unique membre de la meute à déambuler.

Cependant, tout ceci prit une éclatante réalité quand il arrivait non loin de la demeure d'Ayase et Charlie.

« Hé, Draco, comment ça se fait que tu sois déjà sorti ? »

L'Oméga stoppa net. Il avait également oublié ses deux admirateurs non secrets qui étaient planqués là, guettant la maison de l'Oméga en espérant sans doute l'apercevoir ou pouvoir lui parler quand il sortirait de chez lui. Et là, Draco leur tombait tout cuit dans le bec.

Draco reprit sa marche et passa droit comme un i devant eux, ne voulant pas leur montrer son inquiétude. Néanmoins, les narines des deux jeunes mâles se mirent à frémir et l'un d'eux lui attrapa le bras.

« Excité, petit soumis ? C'est pour ça que tu te balades ? Tu as besoin d'un mâle ? »

« Lâche-moi, p'tit con ! » se rebella Draco.

Il était plus vieux que ces jeunes mâles insignifiants, sans compter qu'ils n'étaient que des avortons à ses yeux. Des gamins qui n'avaient pas la puissance d'un vrai dominant.

« Tu sais, on pourrais te combler, » fit le deuxième en se collant contre son dos.

« Vous êtes sourds ? Vous m'intéressez pas ! » cria Draco.

La panique commença à le gagner alors que les deux mâles laissaient traîner leurs mains baladeuses sur son corps.

« Lâchez-moi, mais lâchez-moi ! »

Les garçons n'écoutaient pas, ils le reniflaient, le tâtaient, comme un vulgaire morceau de viande bien fraîche. La panique de Draco augmenta, il ferma les yeux, appelant un dominant, un vrai, à son secours. Il se débattit furieusement, l'aura des jeunes mâles ne le contenant pas suffisamment pour l'en empêcher et se mit à crier. Étonnement, le son qui sortit de sa bouche fut plus lupin qu'humain, véritable hurlement.

Une grande secousse les jeta tous les trois sur le sol poussiéreux. Draco eut à peine le temps de réaliser ce qui arrivait qu'un loup sautait sur les deux dominants impudents. Ritchie. Il les attaqua sans vergogne alors que les deux plus jeunes se transformaient rapidement pour pouvoir se défendre.

« Draco ! Cours ! Pars d'ici ! »

La voix de Harry le fit se retourner et surtout se relever dans un sursaut. Le jeune homme aux cheveux noirs sauta lui aussi dans la mêlé sur deux jambes pour finir sur quatre lorsqu'il retomba au sol. Draco ne demanda pas son reste et se mit à courir en direction de son foyer. Il courut, courut, fuyant les bruits de lutte et de combat et atterrit directement dans les bras de Charlie qui ouvrait la porte.

Le Bêta ne s'embarrassa pas de questions inutiles, il agrippa l'Oméga, le fit rentrer de force dans la maison et referma la porte derrière lui alors qu'il s'engageait lui aussi en direction des cris de colère et de douleur des quatre mâles.

« Draco, monte dans ta chambre, tout de suite ! » s'exclama Ayase en le tenant par les épaules.

« Ayase, c'est Ritchie et Harry, ils... »

« Monte ! » hurla l'Oméga brun.

Draco eut un hoquet de surprise mais se dépêcha d'obéir, il s'engouffra dans sa chambre et se jeta sur son lit, l'oreiller sur sa tête.

Ce ne fut que plusieurs longues minutes plus tard, quand tout lui sembla bien trop silencieux qu'il décida de l'enlever. Au moment précis où il le fit, sa porte s'ouvrit, révélant Ayase, le teint très pâle.

« Draco... tu dois descendre. L'Alpha désire te parler. Sur la place. »

« Non... Ayase... »

Draco se jeta dans les bras ouvert de son frère Monoïque, tremblant.

« Pourquoi, pourquoi ? Qu'est-ce qu'il va me faire ? »

« Rien, rien, rassure-toi. Mais tu as vraisemblablement désobéi à ses ordres, deux jeunes mâles ont été corrigés par son fils et un autre dominant. Il veut savoir ce qui s'est passé. »

Draco se serra un peu plus contre le torse de son ami, son père.

« Non, tu mens, Ayase ! »

« Je ne sais pas, Draco, la vérité c'est que je ne sais pas, » avoua l'aîné en affermissant son étreinte.

Ayase passa ses doigts dans les cheveux blonds, replaçant correctement les mèches autour du visage délicat. Il lissa les tresses fines, les fit retomber sur les épaules dénudées de Draco. Puis, enfin, il enleva un faux pli sur la tunique claire.

« On doit y aller. »

Draco hocha la tête, pâle comme la lune, captura la main d'Ayase de la sienne et ils descendirent les escaliers.

Aucun d'eux ne parla le temps que dura leur marche jusqu'à la petite place du village, là où se dressait le puits. Bon nombre de Lycanthropes étaient présents. Ils s'effacèrent pour les laisser passer et se diriger au centre du cercle improvisé où attendait déjà l'Alpha, le Bêta, le Troisième et le Quatrième.

Draco avala avec nervosité sa salive. Pour que le Conseil soit réuni, nul doute que l'instant était grave et solennel. Sa nervosité grimpa d'un cran quand il vit, sur un côté de leur chef, les deux jeunes crétins qui l'avaient embêtés, sérieusement amochés, assis sur le sol. Derrière eux se tenaient Harry et Ritchie. D'un rapide coup d'œil, Draco vérifia la présence d'Olivier qui, lui, était debout en retrait derrière son père.

L'Oméga baissa la tête. Ritchie l'avait sauvé. Il était désormais redevable aux trois mâles dominants adultes qui le désiraient. Chacun d'entre-eux lui avaient démontré sa volonté de le défendre, de le protéger, sa détermination et sa force. Tous les trois feraient des mâles acceptables pour Compagnon-Loup, sans l'ombre d'un doute. Mais lui n'en voulait qu'un.

La main d'Ayase le retint alors que l'Oméga plus âgé avait cessé de marcher. Draco s'arrêta aussi, à quelques mètres à peine de l'Alpha dont la colère se faisait sentir.

« Tu as désobéi, une fois encore, Prédare, » déclara-t-il d'une voix sourde bien que parfaitement intelligible.

« Je suis désolé, Alpha. »

« Désolé ? Je veux bien te croire, petit être, mais cela ne suffit plus ! » tonna alors l'Alpha, faisant se recroqueviller non seulement Draco mais également, bien que dans une moindre mesure, Ayase de par sa puissance,. « Tu n'en fais qu'à ta tête ! Quand comprendras-tu que tu ne peux pas faire n'importe quoi avec nos dominants ! Regarde donc ce désastre ! »

Draco se ratatina un peu plus sur lui-même, les bras autour de sa taille. Les paroles de l'Alpha avait un goût de déjà vu. Ron, Harry, Charlie, entre autre, l'avaient alerté auparavant. Sans qu'il n'en tienne réellement compte.

« Je te demande pardon, » murmura-t-il.

Un long soupir lui répondit.

« Pour la première fois depuis longtemps, Draco, je suis désemparé. Je ne sais pas quoi faire avec toi, je n'ai plus aucune certitude et mes hommes et moi n'arrivons pas à prendre une décision commune, » avoua Gideon avec une profonde lassitude.

Un silence religieux lui répondit, si long que Draco finit par remonter le bout de son nez afin de constater ce qui se passait. Les membres du conseil avaient le visage sombre, de même que d'autres Lycanthropes de la meute.

Enfin, un petit brouhaha se fit entendre alors que Ritchie s'avançait vers l'Alpha. Il s'inclina légèrement avant de déclarer d'une voix forte.

« Alpha, avec ta permission, je revendique le Prédare. »

Gideon, Charlie et Ayase eurent une même réaction, à savoir celle de fermer un instant les yeux. Ce qu'ils redoutaient était arrivé.

Harry et Olivier eux, se mirent à crier.

« Non ! »

« Ritchie, espèce de salaud ! C'est trop tôt ! » ajouta Harry en s'avançant vers le mâle qu'il bouscula de son poing.

Draco, lui, se mit à trembler de tous ses membres.

Le brouhaha parmi les Lycans devint tumulte.

« SILENCE ! »

La voix de Charlie résonna dans la foule.

« Notre Alpha doit répondre, » continua-t-il, le visage fermé et l'œil dur.

Gideon s'avança vers Ritchie qui se tenait, droit et fier.

« Tu prétends vouloir notre jeune Oméga, Ritchie ? »

« Oui, Alpha. »

Gideon regarda la foule, son fils dont les poings étaient fermés, Draco au bord des larmes.

« Accordé, » déclara-t-il avec comme de la reddition dans la voix.

« NON ! » hurla Draco tandis qu'Ayase le saisissait par la taille. « NON ! »

Ayase s'accrocha à lui, lui murmura rapidement des paroles de conseils et de réconforts à l'oreille que le plus jeune n'entendit même pas tandis qu'il se débattait.

« Qui d'autre parmi vous revendique l'Oméga ? » poursuivit de façon imperturbable l'Alpha, comme insensible aux cris du garçon et à ses sanglots.

Draco cessa de crier, regardant à travers ses larmes l'Alpha et les autres mâles présents derrière lui ou à ses côtés. La voix d'Ayase lui parvint enfin.

« Calme-toi, Draco, calme-toi, ça ne veut pas dire qu'il va te donner à Ritchie, d'accord ? Et encore moins si un autre mâle te revendique. Calme-toi, calme-toi, rien n'est décidé, c'est juste le début, pas la fin, Draco, reste calme. »

Draco cessa de s'agiter dans ses bras, préférant au contraire se caler contre l'Oméga plus âgé, tirant un mince réconfort de sa présence.

Pourtant, personne ne parlait dans la foule.

Draco ne put s'empêcher de sangloter de nouveau, ses yeux clairs cherchant à se fixer dans ceux de Harry.

Harry lui avait promis. Il lui avait promis de ne pas le laisser tomber, de participer à la lutte pour le remporter, mais il ne disait rien. Il le laissait aux mains de Ritchie, le mâle qu'il aimait le moins parmi ses prétendants.

Enfin, les yeux verts rencontrèrent les siens. Le visage de Harry se ferma alors qu'il secouait la tête, en négation.

« Alpha, » dit-il, comme épuisé. « C'est trop tôt. »

« C'est ma décision, Parvis. Un dominant adulte m'a fait une requête et je l'accepte. Dois-je lui donner l'objet de ses désirs ou un autre mâle de ma meute est-il prêt à combattre ? »

Harry redressa la tête. Il avisa les lèvres de Draco qui formaient son nom. Draco qui l'appelait, le suppliait. Draco qui rêvait de lui, qui avait tant espéré qu'il le sauve. Draco qui aurait dû être sur l'estrade, qu'il aurait dû convoiter, séduire et qu'il aurait possédé un jour, il en était certain, si Greyback le Sanguinaire n'avait pas tout détruit derrière lui. Draco, qu'il avait cru perdu et qu'il avait retrouvé. Draco qu'il voulait toujours, qui était déjà sien dans son esprit.

Personne ne s'interposerait plus jamais entre eux.

Il avança d'un pas, sans cesser de fixer l'Oméga.

« Je revendique également le Prédare comme compagnon. »

« Moi aussi, » fit à son tour Olivier en venant se placer à côté de Harry et Ritchie.

L'Alpha les dévisagea longuement puis se retourna vers sa meute, les regardant tous à tour de rôle.

« Je déclare la compétition ouverte ! Que des messagers soient envoyés dans les meutes voisines afin de leur annoncer que notre Oméga est prêt à être accouplé. Durant ce temps, le Prédare sera confié à ses pères et placé en quarantaine. Que cela soit fait selon mes ordres ! »

Ce fut comme dans un rêve, ou un livre. Quelque chose qui ne lui arrivait pas vraiment, dont il était le spectateur pas l'acteur principal. Draco se laissa entraîner par Ayase et Charlie, sans prononcer une parole, sans réaliser que c'était bien lui qui était escorté jusque dans sa chambre. Pas vraiment lui dont la porte était fermée à clef et les fenêtres scellées. Pas vraiment lui, assis sur ce lit, à attendre que ses pères viennent lui parler comme ils l'avaient promis.

Pas vraiment lui qui allait bientôt être donné à un dominant qui le voudrait comme compagnon, comme amant, comme père de ses enfants.

Le bruit de la serrure que l'on déverrouillait le réveilla de son état de torpeur avancé. État de choc auraient sans doute jugé les médecins ou les plus âgés. Il ne se leva pas, se contentant simplement de relever la tête vers Charlie et Ayase qui pénétraient dans sa chambre.

Les deux adultes s'assirent chacun à côté de lui, sur son lit. Ayase passa son bras autour des épaules sveltes tandis que Charlie préférait passer ses mains sur son propre visage, plusieurs fois, se donnait ainsi du temps et de la contenance avant de parler.

« Bien. Je pourrais te dire que tout ce que tu as fait depuis quelques jours était d'une incroyable stupidité, t'engueuler, te passer le plus mémorable savon de ta vie, mais je ne pense pas que cela nous soit d'une très grande utilité dans l'immédiat. Ni même plus tard. Nous savons tous les trois que tu dois t'en mordre les doigts de toute façon. D'un autre côté, j'ai aussi terriblement conscience, Ayase aussi, que tu n'es pas vraiment responsable de ces agissements. Sans doute plus encore que tu ne réalises toi-même. Nous avons tous essayé, notre Alpha également, de te préserver, de t'accorder le plus de temps possible afin de reporter le plus longtemps possible ta mise en jeu, mais ta nature lupine, ton statut d'Oméga déclaré en a décidé autrement. Nous sommes désolés, Draco, eh bien que j'aurais préféré qu'il en soit autrement, Ritchie a décidé pour nous tous en te réclamant. Gideon ne pouvait pas lui refuser sa requête. C'est ainsi. »

Draco hocha la tête en silence avant de lancer d'une voix chevrotante.

« Je vais être donné dans combien de temps ? »

« Les messagers désignés par le conseil viennent de partir ainsi que des hiboux. Heureusement que ceux qui étaient partis pour les fêtes du solstice ne vont pas tarder à revenir car notre meute est affaiblie de plusieurs de ses membres. Mais bon, cela n'est pas ton problème, c'est le mien. Gideon a décidé que seules les meutes les plus proches seront prévenues. Si tu avais été mis en compétition la semaine dernière, il aurait été obligé d'en informer bien plus de membres lors des fêtes. Le temps que les messagers accomplissent leurs missions, que les dominants des autres meutes n'arrivent, Gideon a décidé que les jeux commenceront dans environ vingt-cinq à trente jours. Ils en dureront cinq. Ensuite, il y a un jour de délibération complète. La décision sera rendue et ton union avec ton futur compagnon se fera le lendemain. Donc, si nous comptons bien, tu seras uni à ton compagnon vers le 30 juillet. »

« L'anniversaire de Harry c'est le trente et un, » murmura Draco, atone.

Ayase et Charlie se regardèrent par dessus la tête blonde, restée basse tout le temps de l'explication. Draco pensait à Harry, évidemment.

« Eh bien, il n'y a plus qu'à souhaiter que tu lui fasses un beau cadeau pour son anniversaire, qu'en penses-tu ? » demanda gentiment Ayase en caressant les mèches blondes.

Draco haussa une épaule, sa main passa sur sa joue alors qu'un reniflement se faisait entendre.

« C'est pas comme si j'avais le choix, pas vrai. Et c'est plus à lui de faire en sorte d'avoir un beau cadeau, moi je pourrai rien y faire. »

Charlie et Ayase se regardèrent de nouveau, désemparés malgré tout par le profond désespoir du plus jeune.

« Écoute, Draco. Tu dois savoir que j'ai négocié avec la meute. Tu ne feras pas ta quarantaine dans ta chambre mais dans notre tente, » déclara gentiment Ayase. « Ces trente jours seront importants pour toi, j'en suis sûr. Et très instructifs. L'une des choses que tu désirais tant se produira durant cette période. »

Draco redressa vivement la tête, plongeant ses perles grises dans les yeux noisette, une questions muette en elles. Ayase lui sourit, comme pour confirmer. Draco cligna des yeux. Vraiment ?

« On en discutera tous les deux là-bas plus tard, d'accord ? » éluda Ayase.

« Plus tard, c'est à dire sans oreilles non monoïques dans les parages, » maugréa Charlie, ronchon.

« Mon amour, ne sois pas si grognon, » fit Ayase en tendant sa main qui était dans les cheveux blonds de Draco pour la passer à son tour dans les cuivrés.

« Il y a autre chose, Draco. Bien que cela ne plaise pas à notre Alpha, je lui ai fait part de la décision du Temple, » continua l'Oméga brun.

« Le Temple ? »

« Oui, » poursuit Ayase. « Ils sont parfaitement au courant de ce qui était prévu pour toi, en tant qu'Oméga. Cependant, le Grand Conseil, de même que notre Grand Maître, ne l'entend pas tout à fait de cette oreille. N'en déplaise à certains, tu es né Monoïque pas Lycanthrope. Nous avons donc notre mot à dire, et pas qu'un peu. Les jeux pour ta mise en compétitions se dérouleront selon la tradition lycanthrope mais tu seras présenté en tant que Monoïque, avec la présence de gardiens qui veilleront sur toi. Ces mêmes gardiens seront aussi présents lors des délibérations. »

Le sourire d'Ayase avait des allures, non pas de promesse, mais au moins d'espoir pour Draco. Les Monoïques avaient le choix, ils n'étaient pas donnés. Si au moins ses frères pouvaient faire entendre leur voix alors peut-être que le mâle choisi lui conviendrait. En cet instant, Draco voulut y croire de toutes ses forces.

« Bien, prépare un petit sac, nous partons. »

« Maintenant ? »

« Oui, il vaut mieux ne pas attendre, » répéta Ayase.

« Je suppose que je ne vais pas te voir avant plusieurs jours ? » soupira Charlie.

« Ce n'est pas moi qui suis en quarantaine, mon cœur. Je reste avec Draco aujourd'hui et demain. Ensuite je ne ferai que lui rendre visite. »

Charlie soupira de nouveau de façon théâtrale. Il se redressa, se cambra tout en s'étirant puis redressa d'une main les deux Omégas.

« Bon, je vais dire à Asami de venir vous faire un bisou, sinon ça va être le drame ! »

Le petit garçon en effet n'était absolument pas content de voir son père et son presque grand frère partir. Il bougonna, ronchonna, véritable Charlie en miniature bien que bouclé.

« Allez, Asami, je reviens demain ! »

« Je sais, papou, mais bon, Draco, lui, il s'en va pour toujours ! »

« Mais non voyons ! » protesta Ayase.

« Si ! Parce que quand il reviendra eh ben il va partir avec son compagnon et si ça trouve, moi je le verrai plus ! »

Le visage de Draco se crispa de douleur. Néanmoins, il se fit violence pour se pencher vers le petit garçon en restant le plus neutre possible.

« On se reverra, Asami. Je resterai peut-être au village, dans cette meute et si je dois la quitter, » il déglutit avec peine, « je reviendrai vous voir, ou toi, tu viendras me rendre visite. »

Asami lui fit un câlin et un énorme bisou sur la joue, autant pour se consoler lui-même que pour lui dire au revoir.

« À bientôt, Asami, à très bientôt, » marmonna Draco d'une voix étranglée.

Puis la famille sortit de la maison afin de se diriger vers la tente monoïque d'Ayase. À quelques mètres de là, Charlie s'arrêta et retint son fils d'une main sur l'épaule.

« Pourquoi je peux pas aller avec papou ? » protesta le garçonnet.

« Non, tu es trop âgé désormais. Seuls les Monoïques peuvent aller là où vont papou et Draco, » expliqua Charlie.

Son amant lui donna un dernier baiser passionné, puis Draco et Ayase disparurent dans la petite cabane de pierres.

« Au revoir, Draco ! » cria Asami en agitant sa main. « À très bientôt ! Je t'aime ! »

Une fois la porte refermée, Draco se tourna vers Ayase, nerveux.

« Alors ? On fait quoi maintenant ? »

« Maintenant, mon frère, tu vas disparaître de cette meute pour le temps de ta quarantaine. Après tout, c'est bien ce que veulent les traditions des Lycanthropes, non ? » répondit Ayase avec un clin d'œil.

Draco fit tomber son sac au sol, mais aussitôt l'autre Oméga fit un signe de négation et lui ordonna de la main de le reprendre. Il se dirigea ensuite vers l'une des étagères de la pièce et se saisit d'un objet que ne distingua tout d'abord pas Draco.

« Ayase, qu'est-ce que tu vas faire ? » redemanda l'adolescent.

« D'après toi ? »

« Je... J'ai cru comprendre que... Ayase, est-ce que je vais vraiment y aller ? » fit Draco, de l'espoir et de l'impatience dans les yeux.

Ayase ouvrit sa main, dévoilant une pierre ronde et lisse dans sa paume.

« Prêt à découvrir le Temple et à faire la connaissance de tes frères, Draco ? » souffla-t-il.

« Oh oui, oui, » murmura Draco, extatique, tout en se saisissant de la main libre du Monoïque.

Puis, sans un bruit, leurs corps devinrent troubles avant de disparaître totalement dans un souffle.

… … …

À suivre

… … …