Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Deux mois plus tard, alors que personne n'y croyais... Désolée, j'ai eut énormément de contre temps et une panne d'inspiration. Mais j'ai réussit à l'écrire. La suite suivra derrière de toute façon, maintenant que je tiens le bon bout!
En ce qui concerne ce chapitre, le début est spécial comme vous allez le voir, mais la fin est dure, donc soyez préparés.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en review ~
[ Good-bye my pain - Pale Green ]
Cela faisait longtemps.
Le noir qui avait peint sa vision se changea soudain dans un blanc partiel. Ni parfait, ni immaculé, cette couleur pourtant pure était souillée de part et d'autre de filaments rouges qui pulsaient et envahissaient le coin de sa vue, peu importe où il tournait le regard. Comme si c'était incrusté directement dans ses yeux.
Il entendit soudain une voix susurrer ces mots. Ce n'était pas celle de son partenaire. Et ça ne sonnait pas comme si ça venait à travers ses oreilles depuis son environnement extérieur. Il avait plutôt l'impression qu'elle lui parlait à l'intérieur de sa tête. Et qu'elle s'immisçait sans y être invitée.
Comme ce qu'il voyait, elle lui semblait incrustée dans ses sens.
Cela faisait longtemps.
Assez pour se perdre soi-même et oublier totalement sa nature profonde.
Notre souffle s'affaiblissant, nous passâmes tout ce temps dans la solitude.
Un temps qui nous parut interminable et douloureux.
Nous fûmes reniés, abandonnés.
Mais nous ne désirons que nous perpétuer.
Même si c'est inexcusable de prendre le corps d'un humain.
C'est notre seul moyen pour subsister.
Peu importe notre forme, nous n'espérons que vivre.
Et pourtant, nous ne faisons que survivre.
Cachés sous la crainte du regard des autres.
Peux-tu comprendre cette douleur?
Celle que personne n'accepte ou ne reconnaisse ton existence.
Des jours à se vautrer dans la saleté et la pourriture issue de notre propre corps.
Tandis que nos yeux se levaient vers un ciel inatteignable.
Une vie pitoyable, rattachée à rien d'autre qu'à la chair.
Peux-tu comprendre cette douleur?
Bien sûr, il ne comprenait pas. Il ne connaissait même pas le possesseur de cette voix, ni pourquoi elle lui parlait. Pourquoi elle lui raconte tout ça? Non... Peut-être que...
Peut-être que cette voix venait des étranges tas de chair sanglante autour d'eux. C'est ce qu'il pensait. Son corps palpitait à chacune des syllabes prononcées. Ce qu'avait dit Akashi dans la salle de laboratoire trainait encore dans son esprit. Rejetés par Dieu. Incapables de garder une forme humaine. Et pourtant, leur âme et leur esprit sont restés alors que leur enveloppe charnelle n'existait plus en tant que telle. Ils ne gardaient que la colère et le désespoir. Il avait pensé sur le coup en les entendant que ce furent des paroles dénuées de sens. Mais maintenant qu'il les entendait... Ces morceaux de chair avaient vraiment une âme, comme il l'avait prétendu?
Mais même si c'était vrai, il ne comprenait pas pourquoi ils s'adressent à lui. Il n'y était pour rien dans leur condition!
Et pour une quelconque raison, il entendait leur voix dans sa tête qui ne resonnait pourtant pas comme un écho. On aurait plutôt dit un mélange de dizaines de milliers de voix pour en créer une seule. Comme une immense chorale de lamentation. Elle était teintée désolation qui le poignardait à chaque mot comme un coup de couteau. Cela devait être... lui.
Tu es précieux.
Une précieuse mère.
Ton corps n'est plus celui d'un humain depuis longtemps.
Et en tant que Mesu, il servira de réceptacle pour notre descendance.
Tel est l'ordre des choses.
La seule chose qu'il te reste est ton corps.
Tu n'as plus besoin de ta conscience.
Es-tu résolu à t'acquitter de ta vie humaine?
Une vie humaine.
Sa vie humaine.
Être résolu à abandonner la vie en tant qu'humain.
Comme s'il arrêtait de vivre comme un humain.
C'est ce que je suis.
Il hésita.
J'étais déjà prêt à l'accepter, peu importe ce que je deviendrais.
Même s'il était censé quitter ce monde sans regret, l'image de sa famille vint à son esprit.
Je mentirais en disant que je n'ai pas de regret par rapport à ma famille.
Quand bien même il n'avait pas de lien fort avec eux, ils comptaient pour lui.
Mais... ils l'ont nommé pour moi. Ils ont donné une partie de mon prénom à leur précieux enfant.
Alors il s'interrogea lui-même encore une fois, incapable de décider.
Quand ils me l'ont dit, c'est comme si ma vie avait enfin trouvé un sens, une finalité.
Il se demandait quand il allait enfin trouver une bonne décision.
C'était certainement assez pour moi.
Je te le demanderais une dernière fois.
Vas-tu nous accepter?
Es-tu capable de nous accepter?
Si j'avais répondu à cette question alors tout se serait terminé. Non. Tout allait commencer.
Un silence de mort s'infiltra dans son esprit, et il réfléchit alors profondément à la question, fermant mentalement les yeux.
Je sens que j'ai, quelque part, comprit "leur" sentiment. Ces petits êtres qui vivent dans la solitude, inconnus de tous. Leur souhait n'était pas superficiel au final. Ils veulent juste vivre. Comme n'importe qui dans ce monde. Même s'il leur est interdit de prendre forme humaine. Alors ils gisent au sol sous leurs pieds. Humanité... même s'ils étaient choisis par "Dieu" à la place, ils vivaient. Je ne sais pas si c'est excusable. Mais ils n'ont pas d'autres choix. Pas d'autres moyens.
Ils devaient vouloir dire d'accepter de vivre comme eux. Accepter la vie de quelque chose qui n'était pas humain, alors?
Et même ceux qui ont lutté contre ce "Dieu" furent reniés, récoltant peut être ce qu'ils ont semé en devenant des atrocités. Alors ils chuchotaient à l'intérieur de ma tête. De les accepter.
Il ne savait pas. Il ne savait pas s'il pouvait. Il n'arrivait toujours pas à trouver une réponse après tout ça. Mais dans tous les cas, il ne pouvait pas simplement les accepter comme ça.
OoOoOoOoOoOoO
Aussi loin qu'il s'en souvenait, jamais personne n'avait vraiment attiré son attention.
Il était un garçon tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, amical et chaleureux, ce qu'il fallait d'humour pour se faire apprécier de ses amis, ce qu'il fallait de charme pour espérer attirer les filles. Ses notes n'étaient ni mauvaises, ni bonnes, juste assez pour ne pas s'inquiéter de son avenir et il était quelqu'un de plutôt sportif. Son enfance fut des plus ordinaires, entouré de ses parents, puis de sa petite soeur qui vint développer la fibre protectrice en lui. Une famille aimante et soudée qui l'avait toujours encouragé, quel que soit le chemin qu'il prendrait. Du fait de son attitude attirant la sympathie, il n'eut jamais vraiment de problème avec qui que ce soit.
Tout le prédestinait à une vie heureuse, ordinaire et sans encombre, et c'était peut-être pour ça qu'une partie de lui-même s'était toujours sentie en manque.
En manque d'adrénaline. En manque d'émotion forte. En manque d'un sens à donner à cette vie trop parfaite, trop tranquille. Combien de gens bien plus malheureux que lui le maudiraient pour avoir de telles pensées? Lui qui avait ce qu'il fallait pour être heureux en tant qu'adolescent, lui qui n'avait jamais connu de tragédie, interne ou externe à sa famille. Lui qui avait toujours été aimé, protégé, sans être brimé. Lui qui avait eu toutes les clefs en main pour construire un futur bonheur durable et stable. Comment osait-il s'en plaindre? C'est bien pour ça qu'il ne s'en plaignait jamais, parce qu'il savait justement qu'il n'en avait pas le droit.
Il ne savait depuis combien de temps ce sentiment vivait en lui, mais comme une petite vipère, il était toujours resté pour lui siffler à l'oreille ces pensées honteuses.
Et puis un jour, la vipère planta ses crocs dans sa peau et diffusa son délicieux poison dans tout son corps. Il aurait été facile de trouver un antivenin, mais le mal était déjà fait. Et avant qu'il ne s'en rende compte, la cigüe s'était mélangée à son sang pour devenir une partie vitale de lui-même dont il ne pouvait plus désormais se détacher. Il l'avait enfin trouvé. La réponse à sa question. Et la solution. Les deux se présentèrent devant lui en même temps, et il ne réfléchit même pas avant de les accepter. Elles furent comme une évidence qu'il avait toujours attendue. Incapable de s'en séparer, il s'était alors engagé pour enfin la retrouver.
Cette fascination pour l'inatteignable. L'inexplicable. L'impensable. C'était cela. Quelque chose que quelqu'un comme lui, qui avait vécu heureux jusqu'alors, ne pouvait comprendre.
Midorima Shintarô.
Ce garçon étrange que tous fuyaient. Une étrange rumeur sur son compte qui s'avérait être un tissu de mensonges. Un secret morbide qu'il décousait petit à petit. Un entourage qui lui était clairement hostile. Ce fut un autre monde dans lequel il pénétra dès lors qu'il avait rencontré le superstitieux. Tous ses amis l'avaient averti qu'il prenait une mauvaise direction. Qu'il allait avoir des problèmes. Que cette amitié allait sans doute mal finir. Il leur avait dit que ce n'était rien et que ça ne pouvait pas être si terrible que ça. Il avait menti bien sûr. La vérité était justement que c'était ce qu'il cherchait. Un chemin incertain. Une relation malsaine. Des soucis à perte de vue qui le dépassaient.
Tout cela, il le savait, et comme une drogue, il en avait été accro.
Shin-Chan.
Jamais il ne fut aussi heureux et malheureux à ses côtés. Cette impression de vivre, enfin, sur une terre qui n'était pas plate, mais bossue, piégée, en relief. Une terre qu'il voulait parcourir avec lui, son cher camarade atteint d'un mal étrange. Le choix de retourner à sa vie banale était pourtant toujours là. Il lui suffisait juste de se détourner de cette route qui ne voulait pas de lui alors que Shintarô y était engagé contre son gré. À tout moment, il aurait pu reprendre ce que les autres appellent le "droit chemin". Mais il avait persisté, encore et encore, toujours tout seul avec pour unique objectif cette silhouette lointaine qui n'avait aucune possibilité de retour arrière, et qui pourtant aurait sans doute aimé avoir le même choix que lui.
Mais même s'il avait été ignoré, méprisé, abandonné et maltraité, jamais il n'avait pensé une seule fois à quitter cette route.
Parce qu'en même temps qu'il y marchait, en même temps qu'il était tourmenté et inquiet, il avait enfin cette sensation unique de vivre. La vie, la vraie, n'était pas faite de jours normaux qui se succédaient sans obstacle, d'abord à l'école, puis au travail, entrecoupé d'une famille, jusqu'à ce que la mort y mette un terme d'une façon prévisible. Non, cela ne s'appelait pas vivre. Vivre, c'était se questionner sur le lendemain, chercher des réponses, trouver son bonheur et se battre pour le garder plutôt que l'attendre tout frais, construit au préalable sur un modèle d'une société normée. Ce bonheur, il n'en voulait pas et il n'en avait jamais voulu.
Rares furent les moments de véritable bonheur. Pouvait-il vraiment les appeler comme ça? Peut-être étaient-ce plutôt des instants paisibles, entre lui et Shin-Chan. Ces moments à bicyclette à le raccompagner chez lui. Ces moments pendant la pause-déjeuner à le suivre dans ses étranges rituels. Ces moments en salle de classe à le rejoindre dans son isolation. Additionnés, tous ces instants avaient finalement rythmé sa nouvelle vie au point qu'en rentrant chez lui, il eut l'étrange impression d'être en décalage avec sa famille qui lui semblait désormais habiterdans un univers parallèle au sien.
"Tu sembles très préoccupé ces derniers temps, tu es sûr que tout va bien?"
Jamais il ne s'était senti aussi bien de sa vie.
Mais comment pourraient-ils comprendre que cet adolescent qui se servait de lui et le traitait mal pouvait lui apporter plus que l'amour et la bienveillance de son entourage?
Personne ne comprenait pourquoi il ne voulait pas lâcher cette relation toxique.
Personne ne comprenait pourquoi il était si dévoué à un mec qui ne lui apportait rien en échange, même pas sa gratitude.
Personne ne comprenait pourquoi il allait jusqu'à s'enfoncer avec lui dans ses histoires qui ne le regardaient pas et dans lesquelles il finirait par perdre des plumes.
Non, personne ne pouvait comprendre cette envie de trouver un bonheur avec quelqu'un qui en avait vraiment besoin.
Il ne voulait pas passer sa vie à donner et prendre quelque chose qui pouvait se trouver partout. Il voulait le construire au prix de ses efforts. Il voulait toucher le coeur de ce garçon et ensemble, traverser ces épreuves jusqu'à ce monde qu'il connaissait si bien, mais dans lequel il pourrait vivre avec quelqu'un qui l'apprécierait à sa juste valeur. Le goût du paradis après l'enfer. C'était stupide et insensé. Et pourtant, c'est ce qui l'avait motivé à rester auprès de lui. Et puis les sentiments se développant comme sa dépendance, il comprit que son coeur avait trouvé une nouvelle motivation.
L'aider, le soutenir pour qu'un jour, ils voient la vie avec les mêmes yeux. Dès le début, il avait su que ce serait lui, et personne d'autre. Pas uniquement un camarade de classe qui lui faisait découvrir un autre monde. Pas simplement un copain qui l'intriguait de ses étranges lubies. Pas simplement un ami qu'il voulait réconforter dans son malheur. Pas simplement son plus proche qui cachait de noirs secrets. Non, bien plus que tout cela, Midorima était devenu plus qu'une porte vers un nouveau monde, ou une part de son univers. Il était devenue la personne la plus chère qu'il avait au monde, celle sans qui tout cela n'aurait plus aucun sens.
Sa raison de vivre.
OoOoOoOoOoO
Ils n'étaient pas là.
Devant la grande porte en bois ouverte et désertée se trouvait un espace vide de toute présence. Seul un majestueux crucifie en argent et une rangée de bancs en pierre se tenaient devant lui dans un silence absolu. Pas âme qui vive. Pas de signe d'une quelconque activité, humaine ou non. Bien sûr, ce fut évident au premier regard que personne n'était venu ici. Il avait néanmoins pourtant vérifié cela de plus près au cas où, scrutant même pour trouver un éventuel passage secret, mais il avait rapidement dû se rendre à l'évidence: il était venu au mauvais endroit et s'était sans doute trompé sur toute la ligne.
"Fais chier!"
Irrité de ne pas avoir su deviner correctement un lieu aussi crucial, Takao lâcha cette malédiction avant de claquer sa langue.
Mais si ce n'était pas ici, alors dans quel autre endroit pouvait bien se trouver Shin-Chan?
Il se détourna du bâtiment de culte religieux, se sentant perdu et confus.
À cause des mots "cérémonie" et "lieu sacré", il avait été convaincu de se rendre au bon endroit. Les notes du cahier avaient bien parlé de religion, après tout, et quel autre endroit plus emblématique d'un culte autour d'un dieu qu'une chapelle? Le lycée entier était catholique, et regorgeait de référence à la chrétienté, alors il n'en avait pas la moindre idée. Bien sûr, maintenant qu'il y repensait, c'était peut-être un peu gros. La religion défendue étant le christianisme, elle n'avait sans doute aucun rapport avec celle de cette secte autour d'une abomination sans nom. Il ne s'agissait même pas d'un dieu, à ses yeux. Mais ceux qui y étaient dévoués le plaçaient sans doute au même niveau que des chrétiens placeraient Jésus, si ce n'est plus.
Sentant qu'il faisait fausse route, il décia de ne pas chercher ce qui pourrait se rattacher à la religion monogame comme piste et s'engagea à l'intérieur du bâtiment scolaire en espérant trouver par hasard un indice. Ou mieux: tomber directement sur ce qu'il cherchait, ou plutôt, celui qu'il cherchait. Le lycée était grand, et il avait très peu de chances de tomber sur lui comme ça, mais Takao commençait un peu à croire au destin et aux signes de la chance. Si quelque chose devait se passer, s'il cherchait, alors il finirait par trouver. Il était hors de question de se décourager, après tout ce qu'il avait fait. Il entra donc, déterminé, et manqua de déglutir.
L'atmosphère lui semblait encore plus malsaine que tout à l'heure et il sentait une présence dérangeante.
Il avait un étrange sentiment, comme si quelqu'un, ou plutôt, quelque chose respirait contre son oreille et soufflait dans sa nuque, juste derrière lui. C'est comme si jamais il se retournait, il ferait face à une énorme bête la bouche ouverte prête à l'avaler. Le jeune homme aux yeux gris préféra ne pas s'arrêter pour vérifier, ou même ralentir le pas, se sentant beaucoup trop mal à l'aise. Il savait pertinemment qu'il n'y avait absolument personne qui le suivait, mais c'était plus fort que lui. Comme des vieilles peurs d'enfance qui revenaient à la surface. Il marchait tellement vite qu'il avait déjà traversé la moitié du couloir sans s'en apercevoir, mais ce malaise n'était pas l'unique cause de son pas pressé.
Plus il marchait, plus il se rendait compte de quelque chose qui devenait visible.
Des choses qui léchaient le sol, par-ci par-là. C'était des sortes de morceaux rouges difformes, de la taille d'une main à tout casser pour les plus gros. Il retint sa respiration sous leur aspect beaucoup trop organique qui lui rappelait une scène familière. Le bain de sang dans lequel il avait récupéré Shin-Chan il n'y a pas si longtemps que ça. Cela lui était un peu sorti de la tête car il fut surtout obnubilé par l'état de son camarade et, sans doute pour sa santé mentale, il voulut l'oublier. Mais maintenant, elle lui revenait et il ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement. Peut-être tenait-il là le fameux indice qu'il cherchait.
S'arrêtant dans son parcours, Kazunari se pencha vers un de ces répugnants petit tas carmin afin de l'observer de plus près.
Sa vue ne l'avait pas trompée et maintenant, il en était sûr. Ces choses bougeaient. Comme des gros vers de terre badigeonnés de sang, ils rampaient au sol, progressant petit à petit vers une direction qui leur semblait donnée. En regardant le morceau de viande de plus près, des dizaines d'interrogations submergèrent le lycéen. Qu'est-ce que c'était que ça? D'où ça venait? Pourquoi ça bougeait? Qu'est-ce que ça fichait ici? Est-ce que c'était dangereux? Il se souvint alors du livre du grand-père Midorima. Il avait mentionné la chair à plusieurs reprises. Serait-il possible qu'il ait parlé... de ça?
Soudain, un autre morceau sanglant sembla se tourner dans sa direction, comme s'il avait senti son regard un peu trop persistant sur eux. Il se précipita alors vers lui avec une vitesse négligeable. Néanmoins, mu par le dégoût et l'horreur, les réflexes de Takao le poussèrent à lui donner un coup de pied sitôt qu'il eut bougé. Un frisson désagréable travers toute sa peau en entendant le son relativement graphique de cette chose s'écrasant contre le mur avec un bruit humide et spongieux. Laissant une trainée rouge et visqueuse sur son chemin, la chose tomba à terre avant de convulser quelque temps pour finir par mourir.
"C'est quoi ce bordel..."
Il n'y en avait pas qu'une qui venait par lui: tout un groupe s'assemblait autour de l'adolescent brun avec visiblement l'idée de l'encercler. La distance se refermait doucement entre eux, et quand bien même ces choses avaient plus l'air dégoûtant et inoffensif que réellement dangereux, Kazunari n'arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment d'oppression qui l'envahissait. Incapable de donner du sens à ce phénomène déconcertant qui se passait sous ses yeux, il fit quelques pas en arrière, sachant que c'était parfaitement inutile. Tous les environs étaient devenus sales sous leur passage, rendant ces lieux qu'il fréquentait tous les jours méconnaissables. C'était à en perdre la raison!
C'est alors que ce qui s'apparentait à des voix résonna à travers le plafond. Des gens! Il pouvait entendre des gens aux étages supérieurs. En tendant bien l'oreille, ils semblaient provenir de la cage d'escalier pour être exact. Il ne s'était donc pas trompé en supposant que des personnes se trouvaient ici en entrant. Il n'y avait pas de temps à perdre. Enjambant les morceaux de viande qui s'approchaient de lui pour les éviter, Takao fila en direction des escaliers les plus proches et monta les marches d'une traite sans s'arrêter. Arrivé au troisième étage, il avança dans l'allée moite et sale dans laquelle une seule salle se détachait des autres.
La porte ouverte, elle émettait de la lumière alors qu'elle aurait dû être plongée dans le noir.
Le soleil crépusculaire reflétait en effet ses teintes rouges alors que toutes les autres pièces avaient les rideaux tirés et surtout, elles étaient fermées à clef. Ce fut sans doute l'ultime signe pour le guider. Le jeune homme aux yeux clairs s'approcha lentement, son pressentiment devenant de plus en plus grand alors qu'il avait une désagréable impression de déjà-vu, mais pervertie dans son esprit. Il venait en cours ici, toutes les semaines. Depuis trois ans. Il avait finit par mémoriser certaines salles dans lesquelles il avait passé un bon nombre d'heures de sa vie d'adolescent. Celle-ci en faisait partie, quand il avait eut cours de physique avec le professeur Akashi.
La salle de laboratoire numéro 3.
La salle décrite comme maudite par tous les autres élèves.
Retenant son souffle, il regarda à l'intérieur pour vérifier une fois qu'il fut arrivé au seuil de la porte.
OoOoOoOoOoOoOo
La première chose qui heurta ses sens fut une forte odeur de fer qui vint agresser ses narines.
"Urgh!"
Ne s'étant jamais senti aussi tendu de toute sa vie, Takao su qu'il devait entrer rien qu'à cause de ça. Et même s'il s'attendait sans doute à une énième abomination, il s'exécuta en réprimant son envie de fuir. Il se figea alors face au spectacle surnaturel que lui offrit la pièce plongée dans des nuances carmin impossibles à compter tant elles étaient nombreuses. Ses yeux s'écarquillèrent simplement quand il y vit plus clair. Du sang. Tellement de sang. Par terre, mais aussi sur le mobilier, les murs et même le plafond. On aurait dit qu'un peintre fou avait renversé son pot de peinture rouge partout dans la pièce sans prendre le temps de finir son ouvrage et aurait laissé son pot gésir au sol et déverser le reste de son contenu au plancher.
Toute une flaque recouvrait le sol dans des quantités que l'adolescent aux yeux gris n'aurait jamais crues possible.
Il couvrit sa bouche, tant pour se protéger de la senteur beaucoup trop forte mais aussi pour s'empêcher de vomir au fur et à mesure de sa découverte. Une bonne partie des objets avaient été renversés et abîmés, sans doute due à une bataille, mais ce ne fut pas ça qui retira le plus son attention. Des morceaux de viande comme ceux qu'il avait vus dans le couloir rampaient partout dans la salle, se fondant presque dans ce décor morbide par leur couleur pourpre. Certains trempaient dans la mare sanglante, d'autres rampaient déjà sur les murs, dont quelques-uns sur le tableau qui servait normalement à l'enseignement. Mais qu'est-ce qui s'était passé ici?
À ses oreilles parvint alors un étrange son. Kazunari n'arrivait pas à l'apercevoir clairement, mais on aurait dit que quelqu'un marmonnait d'une voix très faible. À première vue, il n'y avait pourtant personne ici, mais les lieux étaient tellement saccagés que tout et n'importe quoi pouvait s'y cacher. À nouveau, un marmonnement, plus audible. De la sueur sortie par tous les pores de sa peau quand la terreur monta en lui et son coeur s'emballa à un rythme affolant. Cette voix. L'adolescent s'approcha vers sa direction, ayant l'impression que le temps venait d'être suspendu. Puis il le vit.
C'était... non!
Ça ne pouvait pas être... ça ne pouvait simplement pas être...!
Ce n'était pas possible.
"Shin-Chan!" Hurla-t-il d'une voix affolée.
Sous la fenêtre éclairée de rouge, il put voir cette silhouette familière, moins assise qu'affalée sur son dos, incapable de se supporter elle-même. Des cheveux verts en pagaille, des yeux qui auraient dû être couverts d'une paire de lunettes, un uniforme dont on ne pouvait deviner la couleur originelle sous le rouge du sang. Takao se précipita immédiatement vers le corps gisant avant de le regarder de haut en bas, horrifié. Un souffle profond, mais faible, sortait de sa bouche. Était-il blessé? La peur au ventre, l'adolescent baissa ses yeux gris vers celui de son camarade, l'endroit où il y avait le plus de sang. Une grande plaie béante laissait couler son flot vital, cachée par les mains de Midorima.
Il avait été poignardé.
Takao fut sur le point de l'appeler afin de s'assurer de son état, mais ses mots se perdirent dans un silence terrorisé. Shin-Chan riait. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait ce rire, dément, dénué de joie et emplie de folie désespérée. Mais maintenant, plus que jamais, il lui semblait tellement sordide. Il voulait simplement le supplier d'arrêter de rire. Il préférait encore l'entendre pleurer, crier, n'importe quoi. Mais juste arrêter de rire alors que ses cheveux, sa peau, ses vêtements, tout était recouvert de sang. Comme s'il se moquait de la mort qui l'attendait en face de lui. Se pinçant les lèvres, il baissa son regard, ne pouvant supporter la vue de son expression sur son visage devenu méconnaissable, et il remarqua alors quelque chose.
Ses deux mains étaient positionnées en face de son estomac, comme s'il tenait quelque chose de précieux. Au début, le brun avait juste pensé qu'il tenait sa blessure pour limiter l'hémorragie, mais il portait bien quelque chose. Il plissa les yeux pour mieux voir ce que c'était et... tressaillit. Placée sur les mains de Midorima, une énorme masse rouge couverte de mucus qui semblait sortir directement de l'ouverture de son ventre. Ses intestints. L'envie de vomir, de pleurer et de crier se mélangèrent dans l'esprit de Takao, si bien qu'il se coupa lui-même la respiration avec sa main pour s'empêcher de tomber dans une crise violente.
"Hé...hé hé. alors... ça ressemble à ça de l'intérieur... c'est tout aussi laid qu'à l'extérieur... je n'aurais été qu'un Osu raté jusqu'au bout au final..." Murmura alors Midorima en serrant sa prise.
Son visage blanc, recouvert de sang et de sueur exprimait ce qui semblait être un sourire de bonheur.
"Shin-Chan..."
Ce fut tout ce que Takao pouvait murmurer, encore et toujours, quand il ne savait pas quoi dire tant il était désemparé. Mille et une situations devant laquelle son ami l'avait confrontée et auxquelles il s'était toujours trouvé désarmé. Mais celle-ci était sans doute, et de loin, la pire de toute sa vie. Une représentation de son pires cauchemars, tout simplement. Sa gorge était si sèche qu'avaler la moindre goutte de salive lui faisait mal. Cependant, il s'approcha doucement de Midorima. Un centimètre après l'autre, priant en même temps pour se réveiller un moment ou un autre. Une fois qu'il fut à côté de lui, il expira tout l'air pour l'emprisonner dans sa poitrine.
Se sentant faiblir, il s'agenouilla afin de se pencher vers le blessé.
"Shin-Chan." Répéta-t-il inlassablement.
Les yeux qui étaient fixés jusqu'alors sur sa prise se relevèrent vers lui et semblèrent prirent d'un éclat de lucidité.
"Takao..."
En entendant son nom murmuré ainsi comme écho à son appel, le concerné se sentit soulagé. Shin-Chan, malgré l'horrible infection qui semblait lui dévorer les yeux, pouvait encore le voir, et avait même l'air le reconnaître. Même si sa voix était faible. C'était encore un infime espoir auquel il pouvait se raccrocher. Le souffle de son ami, la preuve qu'il était encore avec lui, qu'il ne l'avait pas encore quitté. C'était une chimère, futile sans doute. N'importe qui en le voyant ainsi, mortellement blessé, les entrailles sorties à vif, pouvait dire qu'il était condamné. Mais il refusait.
"Takao."
"Oui?"
"Je suis... aussi laid à l'intérieur qu'à l'extérieur moi aussi?"
Un flot rouge s'écrasa alors au sol, signe d'une grosse perte vitale. Kazunari regarda Shintarô totalement bouche bée à cette question qui lui paraissait désespérément triste. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait répondre. Non bien sûr. Shin-chan n'était pas laid. Il était juste maudit depuis son enfance. Mais à ses yeux, il était sans doute la personne la plus belle du monde. Même haineux. Même fou. Même agonisant dans son propre sang. Même démembré. Toujours, il le serait. Une boule brûlante se forma dans sa gorge alors qu'il ravala ses émotions. Il ne devait pas se montrer faible alors que son camarade était dans cet état. Jamais.
Takao leva ses bras pour les entourer autour de son ami afin de lui offrir un support. Le garçon autrefois vert laissa son corps glisser contre lui, dénué de toute force ou volonté, alors que le plus petit supportait de tout son poids sa grande carrure. Sa blessure devait sans doute lui faire horriblement mal. Cela lui fut confirmé en voyant les traits du plus grand se déformer un moment quand il positionna son corps contre le sien. Puis un sourire vint inexplicablement remplacer l'expression de douleur. Il leva son regard vers le brun, un sourire différent, résigné et triste mais emprunt aussi d'un certain... soulagement.
"Takao?"
"Oui, qu'est-ce qu'il y a?"
"C'est finit... pas vrai?"
Le jeune homme aux yeux gris serra les lèvres pour retenir un grognement douloureux quand Midorima mis en mots ce qu'il ne voulait pas. Il n'y avait plus rien à faire.
"Je vois..." Murmura le blessé, comprenant cette affirmation silencieuse.
Luttant désespérément pour résister à la colère et au chagrin qui étaient en train de noyer son coeur, Takao reprit une respiration. Même si c'était inutile, il fallait qu'il sache. Une question sournoise qui allait forcément déboucher sur quelque chose qui le dépasserait. Mais il avait besoin de savoir. Après tout ce qu'il avait traversé, après tout ce qu'il avait risqué, il ne voulait pas simplement laisser Shin-Chan payer absolument toute sa misère jusqu'à la fin sans mettre au moins un nom sur un coupable. N'importe qui.
"Qui... qui a fait ça, Shin-Chan? Est-ce que... ce sont ces deux-là?"
Il n'y avait personne d'autre qu'eux deux à ses yeux qui auraient pu faire cela.
Aomine Daiki et Kise Ryouta.
Depuis le début, ce sont eux qui étaient visés par la colère de Midorima. Bien sûr, il y en avait d'autres, beaucoup d'autres, mais ces deux-là en particulier avaient été la cible de sa haine, comme s'ils étaient en quelque sorte responsable de tout ce qui lui était arrivé. Kazunari n'avait jamais compris cette rancoeur injustifiée de la part de son camarade et, maintenant encore, il ne saurait dire exactement pourquoi Shintarô en voulait autant. Mais le fait est qu'ils avaient été impliqués dans cette histoire... Non, ils étaient au coeur de cette histoire. Alors, ça ne pouvait être qu'eux.
"Mh? Ces deux... ah oui... eux... Ils étaient comme moi... un Osu et un Mesu."
Osu et Mesu.
Ces mots qui avaient été écrits dans le livre du grand-père Midorima. Cela voulait dire qu'Aomine et Kise étaient... comme lui? Cela confirmait bien ses soupçons. S'ils l'étaient eux aussi, alors ils étaient réellement au coeur de cette histoire. Et si leur rôle attendu était bien celui décrit dans ce qu'il avait lu, alors il comprenait mieux certaines choses. Mais ça ne changeait rien du tout à ce qu'ils avaient fait. Au contraire.
"Où sont-ils allés?" Demanda alors Takao dans un souffle rauque.
"Je n'en sais rien... ils sont sûrement encore... dans le lycée... ils sont blessés..."
L'adolescent vert finit ses mots dans une toux sèche, comme si parler lui faisait mal. Le sang continuait à s'écouler de son ventre, dans une cascade mortelle sans fin pour se fondre à la couleur du sol devenue indistinguable dans le flot pourpre. Le voyant aussi misérable, le brun serra les dents de colère.
"Définitivement... je vais définitivement les rattraper..."
Et ensuite, il leur ferait payer.
C'était des paroles insensées de sa part. Lui qui était toujours sympathique avec tout le monde, qui détestait la violence et ne ferait pas de mal à une mouche. Lui, qui n'avait jamais été impliqué de toute sa vie dans une bagarre, ou même une dispute, pourrait en arriver là? Lui qui avait toujours tempéré les choses et tenté de résoudre par la réconciliation? Oui, s'il s'était vu lui-même dans cet état, Takao ne se serait jamais reconnu. Mais en chacun se cachait toujours une bête plus ou moins féroce, qui avait sa propre manière d'être réveillée. Maintenant, le brun ne voulait pas dialoguer, ni comprendre. Juste apaiser ce sentiment dévorant qui bouillait dans son sang.
"Takao... je ... quelque part... j'en ai plus rien à faire..."
Midorima leva alors son bras afin de caresser doucement la joue de son camarade de sa main ensanglantée avec un sourire infiniment triste. Le liquide était encore chaud, tellement qu'il eut l'impression qu'il lui brûlait la peau, ou bien était-ce le contact, tellement impensable de la part du superstitieux.
"De toute façon... j'aurais dû faire ce que je voulais de lui... même si j'ai fini par tour perdre..."
Du sang sorti de sa bouche, coupant violemment sa phrase dans un rejet inquiétant. En voyant cela, Kazunari le resserra un peu plus, son coeur se serrant de panique.
"S'il te plaît, ne parle plus... je vais t'amener à l'hôpital alors... reste avec moi!"
"Dis, Takao..."
Interrompant les implorations du brun, Shintarô continua alors même que ses lèvres étaient entièrement rouges. Il tenait à dire ce qu'il avait à dire, même si c'était ses dernières paroles... Non, justement parce que c'était ses dernières paroles, il devait les dire. Au moins ça.
"Takao... tu as toujours... été là... pour moi... alors que je n'ai fait que te rejeter..."
La main qui caressait sa joue s'arrêta, comme s'il n'avait plus assez de force pour la bouger. Seul son pouce continua de faire de petits mouvements circulaires sur sa paupière inférieure. Ce simple geste aussi faible que symbolique transmis à Takao une décharge d'émotions fortes qu'il n'arrivait pas à supporter. Pourquoi, maintenant qu'il était dans cet état, Shin-Chan lui exprimait autant? Il ne voulait pas de sa reconnaissance, ni de son affection, si c'était la dernière chose qu'il faisait! Et pourtant, il savait que le rejeter ne changerait rien, alors il accepta la cruelle, l'ultime preuve que ses sentiments n'étaient pas à sens unique.
"Tu m'as... toujours détesté... pas vrai?"
"Non! Absolument pas! Jamais, Shin-Chan!"
"Après tout... je suis un monstre... un monstre raté qui plus est..." Continua le blessé, sourd à ses objections. " Que quelqu'un comme moi... soit détesté... c'est inévitable... tout le monde..."
"Ces choses... ces choses ne veulent rien dire pour moi!" Objecta Takao en saisissant les poignets de son camarade. "Je me fiche que tu sois un monstre ou quoi que ce soit! À mes yeux, tu resteras toujours... Shin-Chan."
"Takao... tu es si gentil... et si idiot... j'espère qu'un jour... tu me pardonneras..."
"Je ne t'en aie jamais voulu, Shin-Chan. Pas une seconde."
"Urgh...!"
Encore une fois, sa bouche vomit une quantité impressionnante de sang, tellement qu'il semblait vouloir sortir tout ce qui se trouvait à l'intérieur de son corps. Il fut pris d'une terrible toux avant de pouvoir enfin se calmer, de la même manière que sa respiration saccadée. Elle ralentit, petit à petit, à une vitesse qui devint anormale. Ses paupières creusées commencèrent alors à se renfermer sur Ses iris vitreux qui avaient perdu de leur vert d'autrefois. Tout le corps du jeune homme se reposa alors entièrement sur celui de son porteur, sans plus aucun point d'appui, plus aucune force vitale pour le supporteur.
"Shintarô!"
Takao hurla inconsciemment ce nom dans une tentative désespérée de le garder avec lui. Son coeur se pinça d'un cruel espoir en voyant les yeux de Midorima s'ouvrir une dernière fois. Comme s'il voulait graver son visage dans sa mémoire et emporter cet unique souvenir visuel avec lui afin d'adoucir sa douleur. Il aimait ce visage. Peu importe où il avait regardé ces dernières années autour de lui, ce fut toujours lui sur lequel son regard tombait. Le seul qui était resté à ses côtés jusqu'au bout. Le seul qui ne l'avait pas abandonné, même après toutes ces atrocités. Ses lèvres formèrent alors un sourire, le dernier. Nostalgique.
"Tu m'as appelé... par mon prénom..."
Il rit d'une voix éteinte, puis la main qui touchait jusqu'alors la joue de son camarade tomba lentement. Il n'y avait plus rien pour la contrôler. La faible lueur qui put être vue dans les émeraudes s'éteignit. Sa respiration profonde, lente et douloureuse cessa. Il n'y eut plus aucun son de douleur, plus aucune toux et même le sang qui s'était écoulé de sa blessure commençait à coaguler. Le temps était désormais arrêté pour lui. Comme le réflexe d'une personne qui n'avait pas encore assimilé l'information, Kazunari frotta doucement l'épaule de son ami. Il dégageait encore de la chaleur. Dans un autre contexte, il aurait presque pu croire qu'il s'était simplement assoupi dû à une trop grosse fatigue.
"Urgh..."
Ses lèvres arrivèrent à peine à bouger sous le flux d'émotion qui l'assaillit d'un coup. Consumé par ce torrent de sentiment qui envahissait son être entier, il n'y avait plus aucune place pour le reste. Takao ferma hermétiquement ses yeux gris. Une boule bloquait sa gorge, le laissant à peine échapper une respiration rude entre ses lèvres. Quand il ouvrit ses paupières, rien ne put être vu dans son regard vide. Il ne pouvait pas le supporter, et pourtant, il y était obligé. Il l'avait perdu. La seule personne importante à ses yeux... il l'avait perdue. Il comprenait mieux maintenant. Tous ces sentiments envers lui qui étaient restés confus et flous. Il les comprenait. Au fond, il l'avait toujours aimé.
Et maintenant, il n'avait plus rien. Plus rien à protéger, nulle part. Plus aucune raison de vivre. Il était seul. Qu'était-il censé faire maintenant? Retourner à son ancienne vie et faire comme si tout ça n'avait été qu'un cauchemar? Impossible. Même s'il faisait semblant, plus rien ne serait jamais pareil. Il était vide à l'intérieur. Alors qu'il l'avait enfin trouvé... son bonheur. Tout ce pour quoi il s'était battu. Tout ce pour quoi il avait été prêt à se sacrifier. Il n'aura même pas réussi à donner sa vie pour sauver celle de Shin-Chan. Alors qu'il se l'était promis. Il n'avait pas été assez fort. Il avait fini... par tout perdre.
"..."
Aucune larme ne sortie. Aucun sanglot. Aucun gémissement. Aucun plainte.
Reportant son intention vers Midorima, il lui ferma délicatement les yeux avec la paume de sa main. Puis il posa doucement le corps au sol, le laissant baigner dans la mare de sang. Allongé ainsi dans une eau rouge, son camarade avait l'air d'un être mystique sortit d'un autre monde. Sans doute il aurait été sage de le mettre dans un endroit plus sûr pour qu'il ne dépérisse pas, mais cet endroit était de toute façon pourrie des caves jusqu'au toit. Et puis, qu'est-ce que cela changerait maintenant. En y songeant, un étrange sentiment naquit dans sa poitrine. Oui, peu importe ce qu'il ferait, plus rien ne changerait et pourtant...
Sous le désespoir grandit une immense rage.
Rien ne changerait. Rien n'apaiserait sa douleur. Rien ne ferait revenir Shin-Chan à la vie. Tout aurait dû s'arrêter là. C'est ce qu'il avait pensé depuis le début. Mais il lui restait une dernière chose à faire désormais.
La vengeance? L'honneur? L'humanité?
Peu importe au nom de quoi il agirait. Il n'avait aucune hésitation. Aucun malaise. Aucune peur. Juste de la colère.
Ils étaient encore dans le lycée. Shin-chan le lui avait dit. Il les trouverait. Tous les deux. Peu importe comment.
Déterminé, Takao sortit de la salle de laboratoire, laissant derrière lui une tragédie qui avait enfin tiré son rideau.
