Le temps était une chose bien élastique. Certains jours semblaient être des années, d'autres filaient plus vite que les secondes. Les quatre derniers mois faisaient partie de ces derniers.
En quatre mois, c'est à peine si Zil'reyn avait eu quelques heures pour dormir et vaguement méditer, sans plus. Il y avait toujours quelque chose, toujours une nouvelle crise à régler, un nouveau problème à résoudre. L'Utopia avait été réparée, juste à temps pour participer à une nouvelle bataille contre la flotte d'Yghan'shi. A peine les morts enterrés et une fois récupéré ce qui pouvait être sauvé de leurs deux croiseurs détruits, ils durent faire face à une étrange épidémie décimant rapidement la population d'Uu'mui, territoire qui, étant leur principal source de serviteurs pour les vaisseaux de la flotte et second territoire le plus riche en donneurs après Grinna, s'avérait capital pour la survie des Ouman'shiis. Ils n'avaient même pas encore trouvé un traitement que c'était Humin'shi qui passait à l'attaque, entraînant avec elle la flotte d'une demi-douzaine d'autres reines minoritaires. L'attaque repoussée, l'épidémie jugulée, les hybrides de Silmalyn avaient commencé à disparaître. A la troisième disparition, et malgré une surveillance renforcée dans les rues d'Estain et autour de la Porte, il devint évident qu'il y avait un problème.
Il avait lancé leurs deux traqueurs disponibles - Filymn et Ialym, un fils de Delleb qui les avait rejoint en même temps que presque cinquante de ses frères - sans grand succès, et un autre hybride avait disparu. Milena Giacometti avait alors fait appel à Atlantis sans les consulter, et même si cela l'avait outré presque autant que la régente, c'étaient les Terriens qui avaient fini par retrouver leurs disparus, bien que trop tard pour l'un d'entre eux.
Alors qu'eux cherchaient du côté de la Porte et au-delà, les atlantes avaient concentré leurs recherches sur les terres hors de la zone toujours plus grande de leur protectorat planétaire et après avoir quadrillé la planète en Jumper, ils avaient trouvé ce qui leur avait échappé. Un laboratoire secret profondément enterré sous la banquise du pôle sud. A l'intérieur, les atlantes s'étaient adonnés à un mortel jeu du chat et de la souris avec ce qui s'avéra être un clone de l'hybride qu'ils avaient créé et pensaient avoir tué quelques années plus tôt : Michael.
Ils l'avaient abattu, consternés de découvrir que celui qu'ils avaient tué sur Atlantis n'était peut-être qu'un autre clone et que personne ne savait combien d'autres encore se terraient dans des trous, préparant des plans de conquête galactique. Zil'reyn avait plutôt été mortifié d'avoir passé plus de deux ans sur la même planète que lui sans que personne n'ait la moindre idée de sa présence.
Décidé à rattraper ça, il avait fait scanner tous les recoins isolés de la planète, quitte à occuper pour quelques semaines une part non négligeable de leur flotte de Darts. Ils avaient donc récupéré les hybrides, et un laboratoire à moitié en ruine - grâce aux atlantes et à leurs grenades - qui fit néanmoins le bonheur de Silmalyn, lequel le pilla allégrement avant de retourner à ses propres études sur les mutants.
Il y avait encore eu la participation, diplomatie et relations humaines obligent, à deux rites grinnaldiens, et la signature d'une demi-douzaine de traités avec différentes communautés humaines souhaitant s'allier à eux. Et tout ça, en gérant le flot continu d'immigrants tant humains que wraiths qui ne cessaient d'arriver chaque jour par petits groupes.
Quatre mois, ou quatre minutes, il ne voyait guère la différence et tout ça l'avait tenu loin du projet qui pourtant n'avait cessé de hanter son esprit : se figurer ce que Delleb attendait de lui.
A sa plus grande honte, il n'avait toujours aucune idée claire de ce qui était attendu de lui et il n'allait certainement pas s'abaisser à le demander. De toute manière, à qui ? Le seul qui peut-être aurait pu l'éclairer n'était même pas dans la galaxie.
Il savait qu'il aurait dû se pencher sur la question, mais pour la première fois depuis trop longtemps, il avait quelques heures à lui, et la perspective d'une chasse en solitaire dans les bois était trop attrayante pour y renoncer.
Une fois certain que tout le monde savait ce qu'il devait faire, il prit son Dart, bien résolu à mettre le plus de distance possible entre lui et la civilisation.
Enfoncée jusqu'au cou dans son bain, Azur lui massant le crâne avec soin, Delleb s'offrait une brève pause.
« Azur ? »
« Oui, Majesté ? »
« Tu as un compagnon ? »
« Je... non, noble reine. Rien ni personne ne peut me distraire de votre service ! » bafouilla la servante, épouvantée.
« Ce n'était pas une remontrance, stupide humaine. Je suis juste curieuse. »
L'adolescente se relaxa sensiblement.
« Non, Majesté, il n'y a personne. »
« Pourquoi ? Tu es en âge de te reproduire, non ? »
Azur prit quelques secondes pour réfléchir.
« Physiquement, vous avez absolument raison, bien que je sois encore plutôt jeune, noble souveraine. Mais je n'ai ni de temps ni de ressources à gaspiller dans un enfant. »
« Gaspiller ? »
« Un enfant, ça demande beaucoup de soin, et cela me détournerait de votre service et de celui de mon maître, Majesté. »
Elle acquiesça avec un grondement satisfait, soufflant distraitement sur une grosse bulle qui flottait au-dessus de l'eau.
Milena n'avait pas trop à se plaindre. AR-14 était une bonne équipe. Blaustein avait certes passé deux mois hors du service actif à cause d'une vilaine fracture ouverte de la cheville, mais presque six mois après sa prise de commandement, elle n'avait toujours perdu aucun de ses hommes. Et ce malgré la sélection malencontreuse, une demi-douzaine d'autres escarmouches contre des wraiths, une tempête tropicale avec tsunami en prime, une Porte défectueuse sur un monde polaire, et enfin, bien trop de locaux agressifs à son goût. Et le clone de Michael caché sur Oumana, mais ça n'avait pas vraiment été une opération normale.
Mais c'était le risque en passant la Porte, et il y avait toutes les bonnes missions. Les peuplades accueillantes, et les missions d'aide humanitaire qui faisaient chaud au cœur. Les missions inintéressantes et un peu ennuyeuses aussi. Garder la Porte pendant que Sheppard et ses hommes allaient rencontrer les natifs, aider AR-2 à déménager le Site Alpha, accompagner Teyla dans une expédition commerciale et lui servir au passage de mule. Et ils les avaient toutes faites ensemble. Milena avait même pu récupérer Strauss qui, revenue de ses vacances, n'avaient pas immédiatement pu rejoindre une équipe d'exploration faute de place vacante. Lorsque le bleu s'était fait balancer du deuxième étage d'un bâtiment en ruine par un Genii défoncé à l'enzyme, et que le Dr Keller l'avait déclaré inapte au service jusqu'à ce que sa jambe soit guérie, elle avait sauté sur l'occasion et récupéré son ancienne subordonnée. Elle aurait aussi voulu repêcher Berg, mais il faisait partie de AR-8 et le major Tarkowasky n'était pas prêt à le lâcher. Quand à Kang, il n'était jamais revenu de son séjour sur Terre, et elle avait fini par apprendre qu'il n'avait pas renouvelé son engagement auprès de l'armée. Elle le regrettait, mais pouvait comprendre. Ce qu'ils avaient vécu, seuls et sans possibilité de repli pendant si longtemps. avait de quoi en briser plus d'un. Elle ne pouvait que lui souhaiter une retraite paisible et pleine de bonheur.
Blaustein était finalement revenu, mais elle n'avait pas renvoyé Strauss, et quand Sheppard lui en avait touché un mot, elle était parvenue à négocier.
Strauss restait, et AR-14 devenait donc la seule équipe d'exploration composée de six personnes, à condition qu'ils endossent un supplément en missions de garde et autres surveillances.
Au travail, tout allait bien. A la maison aussi. Zen'kan avait définitivement cessé d'essayer de tuer Rorkalym, et même si les deux enfants se battaient régulièrement jusqu'au sang pour une raison ou une autre, ils avaient trouvé une sorte d'entente. Quelque chose comme chacun son assiette et chacun sa chambre, et tous les bâtons pour Zen'kan. En dehors de son caractère et de sa manie de mordre, Zen'kan ne lui causait aucun souci avec sa santé de fer et une courbe de croissance à faire pâlir un pédiatre. Tom, d'un autre côté, s'arrangeait pour lui faire passer des nuits blanches régulièrement. Il était en bonne santé, semblant bien décidé à s'allonger jusqu'à être aussi grand que Markus, et il avait su gagner le respect du reste de l'équipage de l'Utopia, tant wraith qu'humain. Il était heureux d'explorer et de voyage à bord de l'antique frégate, enthousiaste même, et c'était bien le problème de Milena.
A présent, à chaque fois que l'Utopia décollait pour une nouvelle campagne commerciale, elle le savait, son fils se débrouillerait pour frôler la mort d'une manière ou d'une autre. Quand ce n'était pas des vaisseaux ennemis, il s'exposait au milieu d'une foule furieuse bien décidée à tuer du wraith pour sauver un technicien fait prisonnier, ou se faisait encorner par un Magas emballé à la place de Menu.
Il régénérait toujours, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser au jour où il ne le pourrait pas.
Au jour où il ne reviendrait pas. Et que pouvait-elle faire ? S'y opposer ? L'enfermer à la ferme ? Impossible sans hypocrisie. Son métier était précisément de se mettre en danger pour le bien des siens, et elle voulait l'interdire à Tom, qui ne cessait de lui dire combien elle était un modèle pour lui, une inspiration et un mentor... Ça aurait été malhonnête. Mais si elle était peut-être son inspiration, elle était aussi depuis quelques années sa mère, et s'arrogeait en tant que telle le droit de s'inquiéter pour lui, quitte à rabâcher un peu.
Objectivement, rentrer le soir sur une planète différente de celle sur laquelle elle travaillait pour retrouver ses deux fils aliens et manger en compagnie d'une demi-douzaine d'hybrides, en écoutant avec épouvante Tom raconter sa dernière mortelle mésaventure tout en tentant de ne pas penser qu'elle même avait failli mourir quelques heures plus tôt était certe inhabituel, mais c'était sa vie et elle l'aimait, aussi étrange que cela puisse paraître.
Lorsqu'il était rentré de sa chasse, satisfait de la saine fatigue qui l'emplissait, mais complètement crotté, Zil'reyn avait confié la grosse créature qu'il avait traquée et tuée à des adorateurs, leur laissant le soin de décider si la bête était comestible ou pas, puis après une hésitation, s'était dirigé vers le bâtiment abritant les douches communes du village wraith. Enlever la boue de vêtements était une chose, le faire du cockpit d'un Dart en était une autre. La bâtisse tout en longueur abritait une douzaine de chambres, un vestiaire et des douches, les portes alignées le long d'un couloir longeant tout le bâtiment. Dans ledit couloir, un long évier et des bancs offraient une station de décrottage acceptable. Des brosses de crin et quelques torchons alignés au bord de la vasque lui fournirent tout ce qu'il lui fallait pour sa tâche, et il s'y attela sans attendre, brossant d'abord son manteau avant de s'attaquer à ses pantalons. Un autre que lui aurait exigé qu'un serviteur s'en charge, mais le temps d'aller chercher un adorateur et de le tirer de ses corvées, il aurait déjà accompli la moitié du travail. Il allait s'attaquer au plus gros morceau, ses bottes, lorsqu'un bruit attira son attention. Il avait remarqué au son d'eau que les douches étaient occupées, mais le vague gémissement qu'il avait perçu détonait. Tendant l'oreille, il s'immobilisa.
Oui. Un gémissement. Un sanglot plutôt. Un bruit humain. Intrigué, il reposa la brosse et s'approcha silencieusement. La porte coulissante, pas conçue pour être verrouillée, s'ouvrit sans un bruit. Il attendit quelques secondes que la vapeur se dissipe, révélant deux silhouettes au fond de la pièce.
Il n'était pas expert en parade nuptiale, et encore moins en parade inter-espèces, mais là, il y avait clairement quelque chose qui clochait.
Il gronda pour se signaler et le guerrier s'interrompit, continuant à maintenir l'humaine contre le mur d'une main sur la gorge qui la faisait suffoquer.
« Commandant ? » demanda le mâle, clairement mal à l'aise maintenant qu'il avait senti son esprit dans la Toile.
Zil'reyn s'approcha encore, tandis que le guerrier torse nu, qu'il identifia comme un de ses frères de ruche, tentait de faire comme s'il ne maintenait pas de force l'humaine à moitié nue qui se débattait faiblement, saignant du front et de plusieurs autres plaies dont une profonde morsure à l'épaule. Quelques carreaux fêlés lui apprirent que le guerrier avait sans doute essayé de la calmer en lui frappant la tête contre le mur, et pourtant, malgré ça et malgré l'air qui n'arrivait pas jusqu'à ses poumons, la femelle continuait à tenter de se libérer.
« Lâchez-la. » gronda-t-il. Le guerrier obéit, et elle s'effondra, la respiration sifflante.
Il tendit son esprit vers le plus proche wraith pour qu'il aille chercher un médecin immédiatement.
« Que se passe-t-il ici ? » demanda-t-il ensuite, se dirigeant vers la vanne qui contrôlait l'arrivée d'eau pour la fermer.
« Rien, Commandant. »
« Cette humaine n'a pas « rien ». »
« On ne faisait que... s'amuser un peu, mon commandant. Comme Trel'kan avec la femelle atlante. »
Zil'reyn haussa une arcade sourcilière. Il aurait dû s'en douter en le voyant. Être publiquement fouetté et humilié n'avait pas suffi à calmer ce dégénéré. Même l'arrachage de son tatouage et la mise à l'épreuve n'avaient produit aucun résultat. Il allait devoir prendre des mesures plus drastiques. Ce guerrier était une menace trop grande pour leur alliance.
Il sortit son pistolet.
« Écarte-toi de l'humaine. » siffla-t-il tout bas. Le guerrier gronda mais obéit avec réticence. Il le tenait en joue depuis plus d'une minute, tentant de savoir dans quel état était l'humaine, en vain, la femme semblant incapable de faire autre chose que sangloter entre deux respirations haletantes, lorsque enfin les renforts arrivèrent. Trois wraiths, qui encerclèrent leur congénère tandis que deux humains se ruaient au côté de la femelle et qu'un troisième partait rameuter davantage de monde.
Il y eu bientôt un attroupement dans et devant la bâtisse, et Zil'reyn ordonna que le guerrier soit conduit dehors après avoir été entravé. Il se tourna alors vers les humains.
« Comment va-t-elle ? » demanda-t-il.
« Elle survivra, Monseigneur. » répondit une adoratrice assez âgée, un pli soucieux barrant de son front.
« Qui est-elle ? » demanda-t-il ensuite, guère physionomiste lorsqu'il s'agissait d'humains.
« Miel, Monseigneur, la servante personnelle du seigneur Esal'kan. »
« Bien, prenez soin d'elle et sortez-la de là dès que possible. » exigea-t-il, tendant son esprit à la recherche de celui de son propriétaire, qui ne tarda pas à arriver, non sans avoir cassé le nez à un scientifique qui avait eu la mauvaise idée d'essayer de l'empêcher d'entrer.
Le guerrier se rua au chevet de sa servante puis, encore plus furieux, se releva pour venir le défier.
« Où est ce dégénéré ? » siffla-t-il, agressif et vindicatif.
Un autre que lui l'aurait immédiatement exécuté pour un tel affront, mais Zil'reyn n'était pas de ces commandants à l'orgueil mal placé, et Esal'kan était un élément-clé dans cette osmose qu'ils tentaient d'établir.
Il se contenta d'arrêter l'alpha d'une main ferme sur l'épaule.
« Dehors. Il sera justement châtié pour son crime, guerrier, mais pas tout de suite.» déclara-t-il, pesant sur l'esprit enfiévré de son congénère de toute son autorité.
Le wraith gronda de rage mais ne broncha pas. Bien. Sans un regard de plus, Zil'reyn sortit, se plantant devant la foule hétéroclite assemblée là, attendant que le silence se fasse de lui-même.
« Nous avons des règles. Les règles sont utiles. Ce sont elles qui nous différencient de simples bêtes. Ne pas les respecter, c'est se comporter comme un animal. C'est être un animal.
Les règles changent. Certaines apparaissent, d'autres disparaissent, mais jamais sans raison. Autrefois, les humains n'étaient que du bétail. Aujourd'hui, les règles ont changé. La plupart ici l'ont compris. Humains comme wraiths, vous avez compris les nouvelles règles et les respectez. Vous faites ce qu'il faut. Mais d'autres les bafouent, volontairement et sans considération aucune pour ce que cela pourrait entraîner.» énonça-t-il d'un ton calme. Il fallait qu'ils comprennent.
« Nos règles sont ce qui nous permet de vivre ensemble. Sans elles, plus d'alliance. Sans elle, les humains seront à nouveau du bétail, et les wraiths mourront à nouveau de faim. Je ne veux pas ça. Vous non plus. On ne peut pas tolérer de transgression. Les transgressions doivent être dénoncées. Idéalement, elles doivent être prévenues. Ce guerrier (Il désigna l'intéressé d'un grand geste du bras) a aujourd'hui agressé une humaine, la servante personnelle d'un de vos frères. Il avait déjà tenté de le faire il y a quelque mois avec une atlante. Il paiera pour ce crime... mais avant cela, afin que la sentence soit la plus équitable possible, j'ai besoin de savoir si d'autres ont pâti de sa conduite impardonnable. Ce guerrier a-t-il levé la main sur quelqu'un d'autre ? Les victimes ont droit de vengeance. » annonça-t-il.
Il y eut quelques murmures gênés, puis une servante s'avança d'un pas. Suivie d'une autre, puis d'un serviteur baraqué qui rougit violemment lorsque la foule lui jeta des regards interrogateurs.
«Il... il a touché mon épouse, Monseigneur. A cause de ça, elle a perdu notre futur enfant, Monseigneur. » bafouilla-t-il.
Zil'reyn lui fit signe d'approcher, penchant la tête de côté pour l'observer avec curiosité.
« Pourquoi n'ai-je pas été informé plus tôt de cela ? » siffla-t-il tout bas à l'humain une fois que celui-ci se fut approché.
« Je... on ne voulait pas vous déranger avec des problèmes sans importance, Monseigneur. » gémit l'humain, très pâle.
D'un geste sec, il força l'homme à relever la tête, le tenant ainsi pour que tout le monde le voie bien.
« Ce mâle vient de me dire qu'à cause des crimes de ce dégénéré, son petit est mort. Un futur Ouman'shii, un futur donneur est mort à cause de la lubricité de cet alpha, et lui a pensé que ce n'était pas important ! Je ne me répéterai pas. Chaque vie humaine est précieuse. Chaque humain est important. Alors aucune mort n'est sans importance. Cette larve qui n'est jamais née aurait pu nourrir des dizaines de wraiths au court de sa vie. Devenir un compagnon et un serviteur efficace comme nous en avons tant besoin. Alors non, sa mort n'est pas un détail sans importance ! Les règles ont changé, et cette fois, je ne sévirai pas à l'encontre de cet homme. Mais si à l'avenir, j'apprends qu'une chose semblable s'est produite... qu'un petit est mort, qu'une femelle est devenue stérile, que quelqu'un a été mutilé par la faute d'un wraith, ou d'un humain, peu importe, tous ceux qui ont vu ces faits portés à leur connaissance et ne les ont pas dénoncé seront considérés comme complices. Ils partageront la sentence du condamné. Humains, si vous n'osez pas parler à vos maîtres, ou si ce sont vos maîtres les coupables, venez directement me voir. Si cela ne vous est pas possible, ma servante Azur vous entendra. Wraiths, cela vaut aussi pour vous. Quels que soient votre rang, votre précédente allégeance ou votre lien avec le coupable, je vous écouterai. Maintenant que tout cela est clair, y a-t-il d'autres victimes ? »
Au final, il se retrouva avec huit humains qui avaient subi une ou plusieurs agressions ou tentatives d'agression plus ou moins violentes de la part du guerrier. Il allait rendre son jugement lorsqu'un tiraillement dans son esprit attira son attention sur deux wraiths. Un peu perplexe, il s'approcha. Un scientifique à la carrure délicate et un des jeunes guerriers de Silla de presque un siècle - qui avait survécu à la purge des couvains et avait été placé auprès d'un de ses aînés pour apprendre le métier.
Visiblement, tous les deux avaient aussi dû se soumettre à l'alpha, qui avait profité de son pouvoir et de sa force physique pour les plier à sa volonté. La double plainte le prit de cours. Il n'avait même pas songé que le problème pouvait s'étendre aux wraiths. Ils régénéraient, alors à moins d'une violence inouïe, les risques de mutilations définitives étaient nuls. Pourtant, il était clair que les deux alphas désiraient vengeance autant que les victimes humaines.
Il faudrait qu'il étudie et règle aussi cet aspect-là, mais pour l'heure, il avait une sentence à prononcer, et la foule de plus en plus importante semblait aussi de plus en plus vibrer d'une haine contenue. Le condamné, entravé et strictement gardé, tenta de rugir sa rage, mais fut promptement bâillonné, seules ses invectives télépathiques troublant le calme d'avant-tempête qui régnait.
« Pour avoir porté atteinte à l'intégrité physique d'au moins neuf humains, provoqué la mort d'un petit encore à naître, et nui à la paix entre les races - et ce malgré un premier incident suivi d'une sanction adaptée -, le coupable ici présent sera châtié sans pitié. Les bêtes ne portent pas de nom. Ayant clairement démontré être incapable de se comporter comme un être sensible et de respecter des règles, et son tatouage ayant déjà été arraché, le dégénéré est dès à présent privé de son nom. Toute référence à lui sous sa précédente dénomination sera sanctionnée. Qu'il soit rasé sans attendre et offert en dédommagement à ses victimes, à leurs proches, leurs maîtres, leurs compagnons ou affiliés afin qu'ils puissent assouvir leur vengeance. Dans deux jours, au coucher du soleil, il sera abattu par absorption vitale comme il convient de le faire avec le bétail, et son corps sera exposé pour l'exemple pendant une lune complète. Que la sanction soit exécutée. » proclama-t-il à une foule fiévreuse.
Il y eut une bousculade alors qu'une masse d'humains hargneux se précipitaient, arrachant des touffes entières de la chevelure du guerrier, qui se retrouva bientôt scalpé. Quelques alphas tentèrent sous ses ordres de disperser la foule, et si les humains s'écartèrent sans peine, il leur fallut un peu plus de fermeté pour éloigner leurs semblables qui pour la plupart ne partirent pas avant d'avoir craché à la face du condamné – ou, pour les plus maladroits, sur ses deux gardes- et écorché son esprit de leur haine.
Il resta le temps de s'assurer que ça ne tournait pas au pugilat puis, rassuré, prit la direction de son Dart. Il était temps de rentrer.
