Rossi se redressa vivement.
Tenant toujours la main de Hotch, ses yeux cherchèrent désespérément un signe quelconque d'animation sur le visage de son ami.
Rien.
Est-ce que je l'ai imaginé ? Est-ce que je le désire tellement que je me forge des signes d'espoir ? Au bout de quelques minutes d'observation attentive, Rossi regarda ses doigts qui enroulaient la paume d'Aaron. Avec une lenteur délibérée, il serra… maintint la pression pendant quelques secondes… puis la relâcha.
Encore.
Une fois de plus.
Sur le point de consigner l'espoir momentané dans un endroit où les rêves ne se réalisent pas, Dave soupira, lissant d'un pouce le centre de la paume de Hotch. Il sursauta à nouveau. Il n'y avait plus de doute à présent. Les doigts qu'il tenait avaient fléchi, répondant faiblement à sa propre pression.
Rossi s'inclina en avant.
- Hotch ? Hotch ! Peux-tu m'entendre ? Si… si tu peux, alors fais-le encore. Bouge des doigts, ok ?
Cette fois, le mouvement était plus léger, plus faible. Il déploie un effort surhumain. Mais… mais c'est héroïque !
- Bon garçon, Aaron. Bon garçon !
Dave leva la main du chef de l'unité et posa un baiser sur ses jointures.
- Tout ira bien, Aaron. Tu es sur le chemin du retour.
Rossi plaça la main inerte près de Hotch et se rua vers la porte. Il l'ouvrit et alerta de son cri de stentor le gardien de sécurité et tous les membres du personnel au poste des infirmières.
- Docteur ! Nous avons besoin d'un médecin ici. Tout de suite ! Tout de suite !
Dave pensait jeter en un mot ce qu'il considérait une partie du lexique médical pour faire avancer les choses plus rapidement. Ce qui pourrait aider Hotch à récupérer plus vite aussi.
Mais après tout, Rossi ressentait, d'aussi loin que son ami était concerné, que c'était déjà en soi une journée merveilleuse.
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- Monsieur Kessler ? Ici l'agent Prentiss. Vous avez pensé à quelque chose de nouveau ?
Morgan, JJ et Reid était une audience silencieuse mais attentive. Ils savaient que Megan Kane allait frapper bientôt à nouveau, si elle conservait le modèle qu'elle avait établi. Avec son sens de la justice, il serait difficile pour elle de ne pas ajouter quelqu'un à son compte.
Une voix fluette lui parvenait au bout du fil. "Ce n'est pas à mon sujet, vous comprenez, Mademoiselle Prentiss ?"
Emily ravala l'envie de corriger ce qu'elle considérait être un titre honorifique sexiste. Elle leva les yeux.
- Bien sûr, monsieur. Mais vous avez des informations ? Ouais, bien… c'est toujours à propos "d'un ami", n'est-ce pas ?
- Eh bien j'ai bu quelques verres il y a quelques heures avec un associé d'affaires… une simple connaissance, vous comprenez ? Et il a mentionné qu'il rencontrerait une… euh, une amie professionnelle. Qu'il avait un rendez-vous sur un yacht.
- Un yacht ?
Prentiss regarda Penelope sur son écran, lui envoyant un indice qu'elle pourrait entrecouper avec ses listes de vauriens et propriétaires d'un yacht.
- Oui, mademoiselle. Mais il n'a pas dit quand il la rencontrerait.
- Je vois. Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il s'agit de la femme que nous recherchons ?
- Eh bien, il lui a déjà parlé avant. Il l'a toujours appelée "Meggie". J'ai donc pensée que ça pouvait être elle.
Prentiss soupçonnait déjà que c'était une cause perdue, mais elle devait tout de même essayer.
- J'ai besoin du nom de votre associé, monsieur.
- Oh, ah… je suis désolé, mademoiselle, mais je, euh…
- Monsieur, si vous ne me le dites pas et qu'il se passe quelque chose, vous serez tenu responsable pour entrave à une enquête fédérale. Et si votre associé était tué, nous pourrions même vous considérer comme le complice de Megan Kane. Compris ?
La pause indiquait que Monsieur Kessler soupesait ses options. Mais ce n'était pas un citoyen craintif et impressionné par la réputation du FBI. Il était un capitaine réticent, avisé de l'industrie qui traitait le subterfuge politique sur une base quotidienne. Et à en juger son succès financier, il était bon.
- Mademoiselle Prentiss, j'ai honte de vous dire que je ne connais vraiment pas le nom de cet homme. Il se fait toujours appeler Tex. Vous savez… nous les gens du sud utilisons des surnoms beaucoup plus souvent que vous ne pourriez le penser. Quelquefois du berceau jusqu'au au tombeau. Je vous le dis, j'étais surpris d'apprendre que le nom de ma maman était Sally. Toute sa vie on l'a appelée Dixie.
Un moment de silence indiqua à Prentiss qu'elle se dirigeait tout droit contre un mur de brique lorsqu'il s'agissait du nom des gens, peu importe leur rang.
- Pouvez-vous me m'indiquer le nom du yacht ? Le port de plaisance où il est amarré ? Les lieux où il navigue ?
- Euh… non. Désolé, mademoiselle. Je ne sais vraiment pas. Je ne me rappelle pas toutes ces choses. Tout ce que nous sommes ce sont de bons vieux garçons qui se réunissent pour prendre un coup et se raconter des histoires à dormir debout. C'est tout.
Emily exhala un soupir de lassitude teinté de dégoût. Juste pour que l'homme sache qu'il ne trompait personne. Donc, le seul nom que tu peux nous donner c'est Meggie. Le nom de la suspecte… peut-être… que nous connaissons déjà. Merci. Merci beeaaauuucoup.
- Eh bien je vous remercie pour cet indice, Monsieur Kessler. Si vous pensez à autre chose…
- Je vous appellerai. Je serai ravi de vous aider. Bonne nuit, mademoiselle.
Le soulagement de l'homme d'être en mesure de raccrocher était palpable. Il avait regretté l'impulsion de son coup de téléphone à peine la conversation entamée.
Prentiss fixa le téléphone. La ligne était morte.
- Et c'est Agent, pas mademoiselle, maugréa-t-elle. Trou du cul.
Morgan se tourna vers le moniteur.
- Garcia ? Tu as obtenu quelque chose qui pourrait nous aider ?
L'expression de l'analyste technique était évasive.
- Oh ça alors… j'ai tout déjà tout fouillé et ça n'aide pas beaucoup quand tu arrives à un tel niveau de richesse, je suppose que c'est comme, tu sais, d'être obligé d'avoir un grand bateau à Dallas, alors…
- Garcia ?!
La voix douce de JJ semblait étrange en jouant le rôle habituel de Hotch et d'interrompre le flux ininterrompu de verbiage qui caractérisait tellement le style de communication de Penelope.
- Oh ! Désolée. Je peux vous dire qu'il y a 15 propriétaires de yacht qui pourraient faire l'affaire. Et il y a environ 3 plans d'eau avec des marinas assez grandes pour accueillir des bateaux de cette taille. Alors… je vous envoie l'information… maintenant !
- Merci mon petit cœur, soupira Morgan en extrayant la liste de sa tablette. Séparons-nous. Si c'est notre suspecte, ça se passera cette nuit.
- Attends. Pourquoi ? demanda Reid avec ses yeux innocents ambrés et interrogateurs.
- Parce que si tu amènes une amie professionnelle hors du public, tu ne le fais pas à la lumière du jour, murmura Prentiss. J'informe Rossi de que nous allons faire.
Morgan hocha la tête, en chemin vers la porte.
- Restons en contact, les gars.
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Étreignant les ombres pendant que l'homme déposait un baiser humide sur son oreille, elle marchait délicatement vers la fin de la jetée.
Elle devait faire attention. Les talons de ses Miu-Miu en maille de cuir rendaient la promenade un peu délicate. La tâche était encore plus difficile avec le poids de son "rendez-vous" qui s'appuyait sur elle à chaque occasion. L'homme était déjà ivre, mais comme ils atteignirent la passerelle festonnée de guirlandes qui menait à son yacht, le "Golden Treasure", Megan pouvait voir plusieurs bouteilles de champagne en évidence. Les seaux de glace étaient dispersés le long du pont.
Elle sourit.
- Mais regardez-moi ça. Je pense que quelqu'un a une soif formidable ce soir.
Elle dissimula son dégoût face aux tentatives maladroites de l'homme pour l'allumer, optant plutôt de rire et de se tortiller d'une manière qui l'inciterait à accélérer le travail de larguer les amarres.
- Je vais t'emmener là où tu pourras voir les étoiles, Meggie.
Il eut un sourire indulgent.
- Pourquoi ne nous verserais-tu pas de ce liquide pétillant ?
- Trésor, c'est exactement ce que j'avais en tête.
