- Père, je suis prêt à me marier si tel est votre souhait. Le plus tôt sera le mieux.
Malefoy senior regarda son fils avec de grands yeux. Je cachais mon sourire derrière ma manche longue. Nous étions rapidement venu pour annoncer la nouvelle. En fait, nous faisions semblant de l'avoir croisé par hasard, Draco supportait avec beaucoup de mal l'idée de l'abstinence. Alors, nous sommes allés à la bibliothèque où Draco avait dit la phrase ci-dessus à son père. C'était assez étrange de voir que Lucius pouvait ressentir des sentiments, et surtout les montrer. Heureusement pour moi, il reprit bientôt un visage impassible en hochant la tête. Il se rendit enfin compte de ma présence, il s'inclina alors qu'Elicia rentrait dans la salle avec Elvis dans les bras. Mon bébé pleurait de toutes ses forces, je le pris en gazouillant, et frottais mon nez contre le sien. Ses grands yeux chocolat finirent par plonger dans mon regard. Il semblait déjà si éveillé, si vif, si intelligent. Il arrêta de pleurer alors que sa toute petite main se posa sur ma joue. J'attrapai ses petits doigts entre mes lèvres, il les fit gigoter et les retira de ma bouche. Il s'étira de tout son long en gémissant, la visage posé sur mon ventre il s'endormit. Avec une tendresse toute maternelle, je caressais son visage et sortit de la pièce pour retourner dans ma croisais mon mari dans les couloirs, mais ne lui prêtais aucune attention. Je m'asseyais sur le fauteuil, les jambes repliés sous moi. J'observais ce visage tout rond, ses pommettes hautes, ses lèvres pleines, ses cheveux déjà miel. Il était beau, mon Dieu, il était magnifique. Et pourtant, destiné à être détesté. Il sera empereur, ou alors il mourra. A moins qu'il ne s'allie au membre de l'Ordre. Peu m'importait, je voulais simplement qu'il vive. Pas forcément longtemps, mais content. Je préférais le voir vivre une vie courte mais intense que longue et ennuyeuse. Avec ce que j'avais vécu, je ne lui souhaitais surtout pas d'être enfermé, par personne, par rien. Sa liberté et sa dignité sont les choses les plus importantes dans la vie de l'homme. Ma liberté était relative, ma dignité quasiment entièrement envolée.
- Mais toi, mon bébé, je ne les laisserais pas t'enchaîner. Même si je dois mourir tu seras libre et heureux. Je n'ai pas réussi avec ta soeur, et j'en suis immensément désolée. Tu vivras pour ce que tu voudras, tu aimeras qui tu voudras, s'il y a des choses à cacher, je serais ton coffre fort, si tu es en danger je serais ton rempart. Tu pourras me faire confiance dans ce monde, je ne serais la seule, mais la première à qui tu pourras confier tes secrets. Je t'aime mon petit coeur. Bien plus que l'on peut l'imaginer. Tu es mon fils, pas le sien, pas à ce serpent. Non, tu es le mien,tu es totalement à moi, souris-je en frottant mon nez dans ses cheveux. Comment une si belle créature serait le fruit de lui ? Sont-ce les traits d'un serpent ? L'odeur d'une vipère ? La beauté d'un boa ? Non, bien sûr que non. Tu réussiras, et tu aideras ta soeur, là où j'ai échoué, car même si ton avenir est tout tracé, tu pourras sortir des sentiers battus, tu feras ce que tu voudras, la seule chose que je te demande c'est de garder ta soeur avec toi. Tu sais, elle mérite plus que tout autre de vivre en liberté, elle ne doit pas être attachée aux choses d'ici-bas. Un ange n'a pas sa place ici. Elle est ma gardienne ailée, elle sera la tienne, mais n'oublie pas d'être là. N'oublie jamais d'être là. Vis pour ce que tu fais, pour ce que tu crois. Ne vis pas pour vivre. Vise plus haut. Car il y a nombre de choses à goûter sur cette Terre, et elle sera te les montrer. Peut-être t'entrainera-t-elle dans une de ses danses magistrales... Elle expliquera ma vie, et j'espère que tu seras attentif, tu me pardonneras de t'avoir mis au monde en te condamnant à une vie de perpétuels combats, peu importe quel côté tu choisiras tu seras toujours confronté à tes ennemis, car eux ne peuvent pas comprendre ce que c'est d'être libéré. Ils sont jaloux, et comme tu seras heureux, ils t'en voudront, alors ils feront tout pour te faire plonger. Et Elicia, elle te montrera en qui croire. Suis-la. Et aime-la. Aime-la de toutes tes forces, je veux que votre amour vous transporte au-dessus des malheurs humains, comme l'amour que j'ai pour toi. Rien ne doit passer avant vous deux. Parce que vous êtes l'avenir de ce monde, quoiqu'ils disent.
~~ Point de Vue Elicia ~~
J'avais écouté le discours de maman à travers la porte. Je sais que ce n'est pas bien d'espionner, mais c'était si beau que je n'avais pas pu m'en empêcher. Maman était bizarre. Parfois, elle semblait venir d'une autre planète. Ce n'était pas moi l'ange, c'était elle. Je n'étais que la fille d'une ange, tout comme mon petit frère. Morceau de ciel. C'est ce qu'elle était. Je ne comprenais pas comment Face-de-serpent pouvait la blesser. Il y avait une sorte de bulle de tendresse qui flotte autour d'elle. Et dès qu'il est là, tout ne devient que haine autour de ma mère, et il n'y a que lui qui ne le sent pas. Pleins de fois, je me suis demandé comment maman pouvait porter autant de dégoût, de haine pour quelqu'un, et continuer de sourire. Ce sentiment provenant d'elle, me mettait quasiment à genoux tellement il était lourd. Il faisait mal aussi. Ce détruit les sentiments comme ça, ça détruit l'âme et le coeur. Et avant, sentais que maman n'avait plus pieds qu'elle sombrait. Puis, Draco est arrivé. Vous savez, c'est comme les jours nuageux, les gros nuages gris menaçant, et puis il y un trou en plein milieu. Le soleil alors semble projetait ses rayons, comme des liens accrochés à la Terre. C'était ça Draco, pour maman. Il la maintenait dans le monde des bons ne sombrait plus. Mieux, elle nageait à la surface. Je pense qu'au fond d'elle-même, maman n'a jamais cessé d'espérer de trouver vraiment quelqu'un qui l'aimerait, l'attente du vrai prince charmant. Elle avait beau être un ange, elle en avait besoin. Une fleur ne vit pas sans soleil, un ange ne vit pas sans amour. C'était tellement dans sa nature d'être aimante avec les gens bons. Ses sentiments étaient la plupart du temps totalement extrêmes. Elle adorait ou détestait. Pas d'indifférence. Je suivais ses opinions, si elle appréciait telle personne, j'avais tendance à bien l'aimer aussi. Exception faite de Draco. Dès le début j'avais remarqué qu'ils pourraient s'apporter des choses l'un et l'autre. Il arrive que les adultes soient si aveugles que j'en ai presque peur. C'est comme le fait que Face-de-serpent ne voit pas que ma mère est folle de Draco.
Enfin... Je ne me plains pas. Je poussai la porte et regardai ma mère berçait tendrement son fils. Elle leva les yeux vers moi. Elle ressemblait à un animal sauvage parfois, les yeux vifs et toujours sur la défensive. Son regard s'adoucit en me reconnaissant, elle déplaça Elvis sur son autre genoux, et elle tendit une main vers moi. Quand je la voyais aussi belle, je ne voulais plus penser comme une adulte. Je ne voulais être qu'une enfant, que son enfant. Je me précipitais vers elle, elle referma son bras sur moi et embrassa mon crâne. Je l'aimais plus que n'importe qui. C'était même plus fort que ça. C'était une ange, je la vénérais plutôt.
Et j'étais là. Profitant de son amour débordant. Et je lui rendais bien cet amour.
On ne blesse pas un ange. A moins d'être un être sans sentiment. Car, les émotions qu'elle dégageait était si puissant que l'on les ressentait aussi. C'est pour ça que je la comprenais mieux que personne. Les gens n'étaient pas assez attentifs à elle, ils croyaient l'écouter alors qu'ils ne faisaient que l'entendre. Ils disent qu'ils l'aiment, mais ils ne font qu'effleurer la surface de l'amour. L'amour, c'est comme un ouragan, ça emporte tout sur son passage, peu importe combien vous essayez d'y échapper, il n'en a cure, et vous happe dans son sillage. Et alors soit c'était le plus merveilleux des chemins jamais empruntés. Soit c'était la route de l'enfer.
Le seul mis à part moi qui s'approchait du véritable amour, était Draco. Ce n'était pas que des mots lorsqu'il disait qu'il n'aimait qu'elle, qu'il ne vivait que pour elle. Blaise ne se trompait lorsqu'il disait que Draco la vénérait comme une déesse. En son lui profond, il avait compris qu'elle n'appartenait pas à ce monde.
Elle était bien au-dessus de ça.
