Chapitre 29 : L'étau se resserre


L'équipe conjointe de Zaraki et de Kyôraku ne chôme pas. Levés aux aurores, l'amant d'Urahara et ses deux lieutenants viennent d'être rejoints par Lisa Yadômaru et trois superbes jeunes femmes qu'elle a amenées en renfort. Les trois inséparables, à savoir Francesca Mila Rose, Emilou Apacci et Cyan Sung-Sun se prévalent d'être de véritables garces. Par amour des jeux de mots et aussi parce que c'est du meilleur effet, Shunsui Kyôraku les a surnommées les trois grâces. Rattachées au clan Kyôraku, ce sont des pros de l'action auxquelles le chef de clan fait appel lorsqu'il a besoin de gros bras, ce qui est loin d'être une simple image. Ces trois donzelles n'ont rien à envier aux hommes, en particuliers aux deux lieutenants de Zaraki avec lesquels elles sont toujours en compétition.

Toutefois, dans le cas présent, les concurrents savent qu'ils vont devoir refréner leurs ardeurs compétitrices. Les deux chefs de clan ont briefé tout le monde afin d'éviter les comportements trop zélés des unes et des autres, et veiller à ce que chacun s'en tienne au plan. La mission doit être menée à bien et l'échec est inacceptable.

De son côté, Iba Tetsuzaemon est parvenu à localiser leurs cibles. Ce matin, il s'est présenté au rapport dans le petit bureau de Sasabike, soit une demi-journée à l'avance. Après les quelques remarques acides qui suivent immanquablement toutes ses absences, qu'elles soient justifiée ou non, l'homme aux cheveux grisonnants l'a informé de sa participation à une expédition punitive visant plusieurs membres du clan. Il lui a appris que le plan devait être mis en action sans délai, ordre de Yamamoto, et que de ce fait, il fallait prévenir les équipes requises pour une attaque le jour même, en fin d'après-midi. Pour ne pas l'alerter, il était prévu qu'Iba feigne la surprise. La précipitation l'a aidé à jouer son rôle à la perfection. Bien sûr, Sasabike s'est empressé de minimiser l'objectif de cette mission en insistant sur la loyauté qu'on attend de lui.

- « Un ordre est un ordre, Iba, et les ordres, ça ne se discute pas ! »

Iba n'a pu s'empêcher de songer que ce que ce vieux bouc considère comme de la loyauté s'apparente à un aveuglement pur et simple. Il a supporté avec stoïcisme les élucubrations du plus âgé et son sacrifice a payé puisque Sasabike s'est avéré une source intarissable de renseignements. Au bout de la demi-heure qu'a duré leur entrevue, pas une information ne manquait à Iba.

Comme prévu, ils ont été interrompus par un appel de Yamamoto. Iba a su à ce moment-là que Kyôraku avait convoqué la réunion extraordinaire du clan pour le soir même. Après avoir raccroché, Sasabike avait l'air soucieux, ce qui a brusquement inquiété le second. Du moins, jusqu'à ce qu'il comprenne la terrible vérité.

- « Nous allons devoir remettre notre intervention à après-demain. C'est vraiment dommage mais une réunion du clan est prévue ce soir. Oui, vraiment dommage... bon, de toute façon, ce n'est que partie remise. »

Ainsi, le lieutenant de Yamamoto est chagriné de ne pas pouvoir aller tuer, violer, frapper… Les yeux d'Iba se sont plissés à cet instant et la haine contenue dans son esprit aurait pu tout ravager sur son passage s'il l'avait libérée. Il est néanmoins resté de marbre et s'est fait congédié comme un malpropre, pour son plus grand soulagement.

Voilà comment Iba a pu rallier l'équipe de Zaraki et celle de Yadômaru, avec laquelle il converse en ce moment.

- « Il n'a pas lésiné sur les moyens. Pour Ichigo et Shûhei Shiba, il a fait appel à un groupe de drogués qui deale du côté des quais. Ce sont des zonards qui ne vivent que pour leur dose. »

- « Ce sont les plus dangereux car ils ont le cerveau ramolli par la merde qu'ils prennent », intervient Francesca Apacci, une métisse aux cheveux flamboyants noirs.

- « Leur moyenne d'âge est de vingt-cinq ans et à ma connaissance, ils n'ont jamais été serrés par les flics pour autre chose que des délits mineurs. Mais comme l'a souligné mademoiselle Apacci », l'expression fait sourire les trois jeunes femmes, « ils sont prêts à tout pour un peu d'héroïne. »

- « Parlementer est donc exclu », conclut Lisa avant de se faire interrompre par Zaraki qui jusque-là, est resté silencieux.

- « Comme si on allait parlementer avec eux ! On en tue deux ou trois pour l'exemple et on voit pour le reste. »

'Oui, c'est aussi une autre possibilité', songe Lisa en haussant un sourcil qui reste lettre morte aux yeux du géant.

- « Et pour Kisuke ? », demande à la place ce dernier.

- « Il a prévu de s'en charger lui-même », répond le second couteau de Yamamoto.

Le sourire sur le visage de Zaraki est si effrayant que même les trois grâces en frissonnent. La réputation du fils adoptif n'est plus à faire parmi les membres de rang inférieur du clan. Une soif de sang qu'il pousse à l'extrême et un goût pour le combat dont il a fait une philosophie de vie. Pour certains, cela résume assez bien l'homme. Quoique dernièrement, le bruit coure que la brute se serait assagie, qu'il aurait viré romantique et avec un homme en plus de ça. La vérité est au milieu de tout ça. Zaraki n'est ni une grosse brute, ni une lopette. C'est un chef de clan, un guerrier lorsqu'il le faut, mais aussi un père, et dernièrement un amant.

Pour Tetsuzaemon, peu importe qui il est. Lui, il ne s'embête pas avec ce genre de questionnement. Le sourire de Zaraki, il s'en réjouit car cela signifie que Sasabike mourra dans la souffrance.

- « Allez au boulot ! Si tout se passe bien, ce soir ç'en en sera fini », exhorte Zaraki.

Oui, la vengeance d'Iba ne peut pas être dans de meilleures mains que celles de cet homme.


Huit heures cinq du matin. Shinji et Kûkaku sont assis à la grande table dans la salle à manger. Concentrée, la brune tartine de marmelade d'orange son pain toasté tandis que le blond sirote une tasse de thé en lisant le journal. Si la première a dormi comme un bébé, la nuit a été courte pour le deuxième. Les baisers initiés dans le salon ont rapidement fait place à des caresses pas très orthodoxes sur le chemin menant à la chambre et ont précédé des ébats passionnés dans le grand lit qu'il partageait seul jusqu'à la nuit dernière. Oui, des ébats, parce que les deux amants n'ont réussi à s'endormir qu'à minuit dépassé d'au moins deux heures !

Ce matin, le blond s'est réveillé avec mal au sud du bas du dos et s'est demandé s'il n'aurait pas dû dire stop dès le deuxième round. Passé ce petit désagrément, il doit avouer que le sexe était génial et qu'il ne se serait pas cru capable de crier aussi fort. Il appréhendait d'ailleurs de revoir sa sœur, craignant que ses gémissements n'aient été entendus dans tout le manoir. La connaissant, elle ne serait pas gêner pour le railler. Son absence de commentaires lui laisse à penser que les murs du manoir Shiba sont finalement bien insonorisés.

Ses pensées le ramènent à ce matin, lorsqu'il a découvert Kensei couché sur le ventre près de lui et à ce qu'il a ressenti. Une bouffée de tendresse à la vue du corps endormi. Un sourire aux lèvres, il l'a observé pendant près d'un quart d'heure avant de décider de se lever pour prendre une douche, en grimaçant à cause de la douleur lancinante au niveau de son popotin. Décidément, il va falloir calmer les ardeurs du grand musclé qui partage désormais son lit.

En parlant du loup, il vient de passer la porte. Outre la tenue sommaire, un bas de jogging et un débardeur, qui laisse entrevoir un corps parfaitement sculpté, l'homme arbore un sourire étincelant qui fait stopper la tartine de Kûkaku à dix centimètres de sa bouche toujours ouverte. Evidemment, la brune n'est pas la seule à le dévorer tout cru. Shinji a laissé tomber son journal sur la table, oublié son sacro-saint thé matinal pour détailler sans vergogne l'anatomie de son amant. La gourmandise dans son regard est telle qu'il qu'il est à la limite de baver.

- « Bonjour Kûkaku ! », lance le retardataire.

- « Euh… salut… Kensei », bredouille-t-elle avant de reposer le morceau de pain et de fixer le nouveau venu avec le regard féroce du chasseur sur sa proie. « On est de bonne humeur, ce matin ? »

- « Tout à fait », répond l'argenté en continuant son chemin vers Shinji qui commence à revenir du pays des rêves et à s'inquiéter de l'air amoureux de l'autre. Arrivé à sa hauteur, il se penche et lui dit doucement : « Bonjour toi. »

Touché par la tendresse de son monsieur muscle, Shinji ne réagit pas et Kensei en profite pour passer une main sur sa joue et remonter son visage, faisant se rencontrer leurs bouches. Celle de Shinji, ouverte par la surprise, facilite l'introduction de la langue de Kensei qui s'y engouffre pour un langoureux baiser matinal.

Derrière eux, Kûkaku a les yeux comme des soucoupes. Elle entend le gémissement de son frère, ainsi que le bruit de succion, et finit par froncer les sourcils.

- « Eh dites donc les deux ventouses, y'en a qui déjeune ici ! »

Kensei se redresse sans la regarder et continue son chemin en faisant traîner sa main sur le cou puis l'épaule du blond qui se sent électrisé par le touché, puis abandonné lorsqu'il s'assoit à deux mètres de lui.

- « Bon, bah je vois que certains se sont rabibochés en poussant un peu loin, oserais-je dire, les méandres de l'amitié. »

- « C'est pas de l'amitié qu'il y a entre nous », jette Kensei en mastiquant un croissant et en se versant du café.

- « Non, pas possible ! », se moque la femme brune avant de se radoucir en voyant l'air éperdu de Shinji. Éperdu d'amour, cela va sans dire. « Je suis contente pour vous, même si je suis plus que surprise. Jamais je n'aurais imaginé ce genre de relations entre vous. Remarquez, jamais je n'aurais supposé que Kaien ait une liaison avec Ichimaru », conclut-elle sombrement.

L'évocation de leur jeune frère leur fait comme une grande claque. Fort heureusement, c'est le moment choisi par Love et Rose pour venir quémander leurs ordres.

- « Ah bah vous tombez bien tous les deux ! Figurez-vous que le manoir compte un couple de tourtereaux. »

- « Kûkaku », réprimande Shinji.

- « Bah quoi ? Je peux quand même jouer aux devinettes avec Rose et Love ! »

Après avoir fait voyager leurs yeux du blond à l'argenté, l'autre blond étire ses lèvres en un sourire de satisfaction, puis tend la main vers l'arrière où il devine la présence de son comparse à la peau noire. Ce dernier lâche un long soupir avant d'extraire de sa poche un billet qu'il plaque dans la main de Rose sous les regards ahuris des autres.

- « Vous avez parié sur notre mise en couple ? », énonce lentement Shinji.

- « Effectivement », répond Rose avec emphase. « J'ai tout de suite été convaincu que les révélations d'hier soir, bien qu'elles m'aient fait autant de peine qu'à vous tous, pouvaient être le catalyseur qui vous manquait pour vous déclarer. »

- « Et moi j'étais persuadé que tu continuerais à faire ta farouche, Shinji », intervient le black en s'accotant contre le mur, les bras croisés. « C'est que t'es parfois obtus quand même, enfin sauf là et ça m'a coûté un billet. »

En dépit des pouffements de rire des deux attablés, Shinji se recompose un visage sérieux mais échoue lamentablement et préfère se récrier comme un gamin accusé.

- « Je ne suis pas obtus ! »

- « Si tu l'es ! », font en chœur les deux lieutenants et la brune.

- « Et encore moins farouche ! »

- « Moi, je te prends comme tu es », ajoute malicieusement Kensei. « Et je ne te trouve pas farouche du tout. »

L'argenté continue de manger son petit déjeuner, sans se préoccuper de la position délicate dans laquelle il vient de plonger son amant. Le double sens de la phrase qui se voulait à la base un soutien, n'échappe à personne et surtout pas au principal concerné qui devient rouge comme une pivoine en pleine floraison.

- « Oh mon petit frère est amoureux ! », s'extasie la brune. « Mais au fait, ça fait longtemps que vous vous doutez pour ces deux-là ? Parce que moi, j'ai rien vu. »

- « Eux non plus, si ça peut te rassurer, Kûkaku », réplique Rose tandis que Love ricane dans son coin. « Avant que Kensei ne quitte notre grande famille, il passait son temps à mater Shinji en pensant que c'était discret. Et ne parlons pas de notre Shinji qui se pâmait d'amour pour lui. »

Ravie de ces révélations bien moins douloureuses, Kûkaku a un sourire de malade scotché aux lèvres. Son regard oscille de l'un vers l'autre des amoureux et elle constate que si Kensei affiche un visage serein, prouvant à ceux qui en doutent qu'il se fiche bien d'être sous le coup des moqueries, c'est loin d'être la même histoire pour Shinji. Lui il a plutôt l'air d'un lapin pris dans les phares d'une voiture.

- « Très subtil, Shinji ta façon de regarder les fesses de Kensei dès qu'il montait un escalier », renchérit Love. « Je me suis toujours demandé comment tu t'arrangeais pour qu'il soit toujours devant. »

- « Mais… »

- « C'est vrai ça, tu t'en es sacrément mis plein les mirettes, mon ami. »

La tête de Shinji se tourne vers Kensei. Il commence à paniquer en se demandant si l'autre ne va pas le prendre pour un pervers, ou pire, reculer et le laisser tomber parce que les autres n'arrêtent pas de les charrier. Il ne peut pas plus se tromper, car Kensei n'est pas inquiet. Non, Kensei est juste en train de le déshabiller du regard, et il déglutit péniblement, se sentant soudainement à l'étroit dans son pantalon en songeant au putain d'effet que lui fait son homme.

- « Alors comme ça tu matais mon cul ? J'espère que la vision t'a plu. »

A cet instant, le blond n'arrive pas à dépasser le 'mais comment il peut dire des trucs pareils devant les autres ?', et ce sont précisément les rires de ces autres qui le ramènent dans une réalité où lui, le chef supposément respecté de la famille Shiba est en train de se faire tailler en pièces par ses amis.

- « Bon, vous êtes bien marrés là ? Vous n'avez rien de mieux à faire que de chambrer votre patron ? »

- « Oh allez, Shinji, fais pas ton boudeur ! », tente de le rassurer Kûkaku. « On déconnait, hein les gars ? »

- « Mais c'est pas bientôt fini ! Ta farouche, ton obtus, ton boudeur ! Bon sang, à vous écouter, je n'ai que des défauts ! »

Un silence s'instaure tandis que ses interlocuteurs échangent des regards à celui qui opposera un argument. Finalement, c'est Kensei qui trouve la réponse : « Tu embrasses comme un dieu et c'est ça, c'est une putain de qualité. »


Dans un autre lieu, l'ambiance est plus tendue. En cédant aux avances de son amant, Uryû n'avait pas envisagé qu'il se réveille en même temps que son fils. Le voilà, debout au milieu de la cuisine, un air penaud sur le visage, la boite de céréales dans une main et le litre de lait dans l'autre, figé par l'arrivée de Gin. Les cheveux encore mouillés et la chemise en dehors de son pantalon, sont des signes suffisants que l'homme a dormi ici, même pour un gamin de sept ans.

- « T'es pas rentré chez toi ? »

Constatant le dysfonctionnement de son amant, l'argenté se fait un devoir de trouver une réponse adéquate que Sôken ne pourra pas réfuter et qui devrait tarir sa curiosité.

- « Eh non. Avec ton papa, on avait des dossiers à voir et comme on a terminé très tard et que j'étais trop fatigué pour rentrer, il m'a gentiment proposé de dormir ici. »

Le gamin le regarde avec un air suspicieux, avant de poser une autre question, signe que Gin n'est pas aussi doué pour manipuler les enfants qu'il ne l'est avec les adultes.

- « Mais t'as dormi où ? Le canapé est pas défait et on n'a pas de chambre d'ami. »

Impuissant face à l'esprit logique du fils de son amant, Gin tourne un regard désespéré vers celui-ci. Uryû pose alors céréales et lait sur le bar où son fils est attablé. Il soupire longuement avant de poser son regard sur le petit.

- « Tu vois, Sôken, Gin est… enfin, il est plus qu'un collègue de travail… »

- « Ah…, c'est ton copain, c'est ça ? »

Tandis qu'Ichimaru écarquille les yeux, Uryû hoche la tête avec un air piteux.

- « Pourquoi vous me l'avez pas dit hier ? Moi je trouve ça cool, tu sais. »

Un sourire aux lèvres, Uryû vient passer une main dans les cheveux soyeux de son fils. Aussi étrange que cela paraisse, il n'a jamais rien caché à Sôken de ses préférences sexuelles. Il n'a pas souhaité mener une double vie comme certains maris et pères qui ne s'assument pas. Il a fait l'expérience douloureuse de la vie de couple hétéro, et après son divorce, il s'est promis d'avoir avec son fils les relations qu'il n'a jamais pu avoir avec son propre père. Certes, à l'époque, ça n'a pas été facile d'expliquer tout ça au petit garçon de six ans, mais il y est parvenu notamment grâce à l'aide de sa mère, une femme d'une tolérance et d'une gentillesse comme on en rencontre peu.

- « Je sais, mon poussin. » Uryû verse les céréales que Sôken commence à croquer, puis le lait avant de s'enquérir de son invité. « Tu prends quoi au petit déjeuner ? »

- « Euh, je ne voudrais pas… en fait, je ne peux pas rester…, j'ai… j'ai oublié un rendez-vous important. Bon, je vous laisse. »

Les deux Ishida voient l'argenté sortir en trombe de la pièce et Uryû n'a même pas le temps de dire quoi que ce soit que le claquement de la porte résonne dans l'appartement.

- « Qu'est-ce qu'il lui prend ? », demande le petit.

Uryû a toujours les yeux fixés sur l'embrasure de la porte par laquelle son amant s'est littéralement enfui et se demande quelle mouche a bien pu le piquer.

- « Je ne sais pas », murmure-t-il, après quoi il se secoue la tête. « Allez, dépêche-toi sinon tu vas être en retard pour l'école. »


Yamamoto est soucieux. Comme quoi, tout peut arriver dans son petit royaume de perfection. L'homme qui se réjouissait des évènements à venir, a subitement perdu de sa superbe. Assis derrière son bureau, il semble très loin ancré dans ses songes. A le voir ainsi les yeux plissés, on pourrait penser qu'il somnole, alors qu'en fait, le vieux cogite sérieusement. Comme tout leader qui se respecte, il n'aime pas les impondérables et cette réunion exceptionnelle en est un. La raison évoquée par Shunsui est tout à fait légitime. Cela dit, il n'est pas aisé pour lui de mener des débats dont il ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants.

- « Tu n'as rien pu apprendre ? », demande-t-il pour la deuxième fois à Chojirô Sasabike qui se tient droit devant lui, les mains derrière le dos.

- « Non, maître Yamamoto. Rien n'a filtré du côté de Kyôraku et encore moins de Stark. Je ne sais pas ce qu'ils ont bien pu appendre. A mon avis, pas grand-chose. Les preuves ont été effacées et personne n'aurait l'idée saugrenue de vous relier au décès de la femme. »

- « Tu as raison. Ils vont probablement venir pleurer de n'avoir rien pu trouver et demander de nouveau moyen. Ils peuvent compter sur moi pour couper court à ce temps perdu. Oui, cette réunion tombe plutôt bien finalement. Je vais pouvoir remettre certaines pendules à l'heure avant le grand nettoyage. Où en es-tu à ce propos ? »

- « Les équipes sont fin prêtes et j'ai briefé Tetsuzaemon. Il va m'aider à contrôler nos pions et à nous débarrasser de ce ramassis de parasites. »

Le dégoût de Sasabike amène un sourire sur les lèvres du vieux. Son lieutenant a toujours eu une sainte horreur des drogués, des rebelles, des assistés, bref de tous ceux qui sont souvent laissés pour compte et qu'il considère comme des parias. Il oublie trop souvent qu'il vit depuis des décennies dans la protection du Clan, un monde forcément éloigné des aléas de la vie de tout citoyen lambda.

- « Bien, bien. Son aide nous sera précieuse. Cet homme est une perle brute. Loyal, travailleur et obéissant. Après cette affaire, je veux que tu le mettes au courant de toutes nos petites affaires, Chojirô. »

- « Ce sera fait, maître Yamamoto », répond Sasabike en s'inclinant.


Après tout ce qu'il a appris de la bouche de son amant envolé, Uryû n'est pas surpris de voir arriver au Quincy ses nouveaux collègues avec Grimmjow collé aux basques d'Ichigo et Aizen prenant le bras d'un Shûhei quelque peu réticent. Par contre, le grand costaud avec des tatouages et une queue de cheval qui suit Orihime comme son ombre, il ne s'y attendait pas. Idem pour un grand blond qui le salue poliment de la tête et le noir qui se tient à ses côtés. Son étonnement est vite remarqué par Aizen.

- « Monsieur Ishida, comme vous avez pu le constater, Renji Abarai, Love Aikawa et Rose Ôtoribashi resteront en compagnie de Grimmjow pour assurer la protection de nos jeunes gens, et ce jusqu'à nouvel ordre. J'espère que cela ne vous gêne pas. Je vous promets que cela n'entravera en rien votre travail, n'est-ce pas Grimmjow ? »

- « Ça veut dire quoi ça, n'est-ce pas Grimmjow », demande le bleuté en essayant de mimer son patron sans y parvenir autrement qu'en faisant soulever un sourcil à ce dernier et arracher un sourire constipé aux autres.

- « Cela signifie, Grimmjow, qu'il est hors de question que tu déranges Ichigo, que tu goûtes les plats ou que tu donnes ton avis, me suis-je bien fait comprendre ? »

- « Limpide », ronchonne l'autre avant d'ajouter sur un ton ironique. « Rassure-moi, j'ai le droit de bouffer quand même ? »

C'est Uryû qui vient clore le débat entre les deux hommes. Déjà parce qu'il le trouve insipide et ensuite, parce qu'ils ont beaucoup à faire aujourd'hui. L'ultime raison est sans doute la mauvaise humeur qui l'a envahi depuis qu'un certain type aux cheveux argentés et aux yeux lagon s'est fait la malle après avoir squatté son lit.

- « Vous serez bien entendu nourri, monsieur Jaggerjack, ne vous inquiétez donc pas ! Maintenant si nous pouvions nous mettre au travail. Shûhei, si tu veux bien t'occuper des dernières factures. Ichigo, Orihime, vous connaissez le chemin. Messieurs, vous pouvez vous installer près de l'entrée de la cuisine. A proximité de la sortie extérieure, nous disposons d'un autre espace utilisable. J'y ferai déposer des chaises. »

Le ton est celui d'un dirigeant et les consignes sont directes. Personne n'ose argumenter, si bien qu'Uryû se retrouve rapidement en tête à tête avec Aizen et quelques pas derrière lui, un homme lugubre aux cheveux mi-longs noirs et aux yeux émeraude. Il est surpris de les voir encore là et comme il n'a pas envie d'être complaisant, il lui demande de but en blanc.

- « Désirez-vous autre chose Aizen ? »

- « Je n'aime pas beaucoup votre ton, monsieur Ishida », rétorque l'autre d'un air faussement aimable.

Uryû devine qu'Aizen n'est pas le genre à se faire rembarrer ou diriger. Leader, un jour, leader toujours. Il devrait sans doute ne pas prendre le risque de se mettre à dos un homme aussi puissant, mais à cet instant, il s'en fiche carrément. Aizen va prendre pour l'autre, son ami, son bras droit, celui-là même qu'il lui a collé dans les pattes. Bien sûr, Uryû ne sait pas que c'est précisément la vérité. Il a juste besoin d'exorciser la déception qui s'est transformée en colère et qui le ronge depuis ce matin. Il a l'impression d'avoir été bafoué, ou pire piétiné, et ça fait d'autant plus mal que Gin s'est ingéré dans la vie de son fils.

- « Vraiment ? Eh bien, voyez-vous, monsieur Aizen, moi aussi je n'aime pas certaines choses, et pourtant je fais avec. »

- « Vous semblez en colère. Est-ce que c'est à cause de Grimmjow et des autres ? Parce que si cela vous dérange à ce point… »

- « Ce qui me dérange, c'est votre façon de prendre tout pour acquis, comme si d'appartenir à votre foutu clan vous mettait au-dessus du commun des mortels. Ce qui m'ennuie, c'est que vous considériez que vous pouvez faire comme bon vous semble sans vous préoccuper des conséquences de vos actes et des dommages que vous pouvez occasionner à des gens plus fragiles émotionnellement. Ce qui m'agace, c'est de que vous vous immisciez dans la vie des autres même si les autres en question n'ont rien demandé et qu'ils étaient bien plus heureux avant. Ce qui m'énerve, c'est que jamais, vous ne vous justifiez parce que bien sûr, vous êtes au-dessus de ça, et enfin ce qui me fout en rogne, c'est que vous vous barriez comme un voleur sans aucune explication et tout ça devant mon fils, mon PROPRE fils, un petit garçon de sept ans qui n'a pas demandé à ce qu'on chamboule son quotidien ! »

Quand il a terminé sa tirade, Uryû est rouge et à bout de souffle. Vider ce qu'on a sur le cœur demande un sacré effort physique et il finit par baisser la tête, gêné d'être le point de mire de tout le monde, parce que bien entendu, il a haussé suffisamment la voix pour que tous les occupants du restaurant rappliquent d'un seul homme. Orihime est mortifiée pour lui et Shûhei est inquiet de la réaction que pourrait avoir Sosûke.

Ce dernier est silencieux. Il réfléchit à toute vitesse et a tôt fait de rapprocher le comportement inhabituel du propriétaire du Quincy à la dérobade de Gin la veille. Si ce qu'il pense est exact, il n'en revient pas que son meilleur ami se soit rendu chez Ishida. De là à penser qu'il est allé chercher du réconfort dans les bras du binoclard et là le monde part en vrille. Est-ce que Gin serait amoureux ?

- « Veuillez retourner à vos tâches, s'il vous plaît. Monsieur Ishida, pouvons-nous parler en privé, s'il vous plaît ? »

Le brun hoche la tête et commence à avancer comme un automate.

- « Sosûke, il… », tente l'aîné des Shiba.

Sosûke vient se placer face à son compagnon. Il pose une main sur son bras.

- « Shûhei, je m'en occupe. Je crois savoir ce qu'il l'a mis dans cet état. Tu me fais confiance ? »

- « Moi aussi, je crois savoir », rétorque sèchement Shûhei en écartant son bras. « Alors, je vais être clair, tu arranges les conneries que ton bras droit a visiblement provoquées et je te ferai peut-être confiance. Uryû est devenu un ami et j'aimerais bien le voir tel qu'il était avant qu'Ichimaru ne vienne foutre le bordel dans sa vie ! »

- « Shûhei… »

- « Ah non, épargne-moi tes leçons ! Je sais très bien qu'Uryû est un adulte et que ce genre de relation se fait à deux, mais son fils est impliqué et en tant que père, je comprends ce qu'il ressent. Un enfant a besoin de stabilité et Ichimaru me paraît tout l'opposé. Tu arranges les choses, Sosûke, je compte sur toi. »

Le jeune homme a déjà tourné les talons, et Sosûke ne peut que soupirer. Même s'il n'a pas apprécié de se faire remonter les bretelles, il vient d'apprendre une chose importante sur son compagnon. Shûhei est un père jusqu'au bout des ongles, contrairement à lui qui ne fait que jouer ce rôle sans vraiment savoir ce qu'il fait. L'apprentissage risque d'être rude.

Il rejoint Ishida en direction de la verrière. Une fois dans la pièce lumineuse, Aizen choisit de s'installer à une table près des vitres, le plus éloigné des oreilles curieuses.

- « Bien, je déduis de votre joli discours, que Gin vous a rendu visite hier soir. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, sachez juste que s'il s'est montré sous un autre jour, il avait de bonnes raisons. Non pas que je justifie son comportement, mais il a appris de bien mauvaises nouvelles. »

- « Je suis au courant. Il m'a tout dit. Pour les meurtres commis par votre… grand-père, je veux dire. »

La surprise est telle qu'Aizen a un mouvement de recul. S'il avait à cet instant son bras droit sous la main, il l'étranglerait volontiers. Comment ce sombre idiot a-t-il pu lâcher ces informations à quelqu'un en dehors du clan ? Ça dépasse l'entendement !

Pour une fois, Uryû a clairement compris le cheminement de pensées de son interlocuteur. Preuve que l'homme est choqué au-delà du possible.

- « Il était retourné, blessé je dirais. »

- « Monsieur Ishida, dois-je vraiment vous dire que vous n'êtes pas censé connaître ces informations ? »

- « Vous croyez que je ne le sais pas ? », s'énerve le plus jeune. Il se radoucit lorsqu'il voit la froideur sur le visage d'Aizen. L'homme ne tolèrera pas deux fois ce ton. « J'ai été choqué lorsqu'il me l'a dit. Je ne comprenais pas pourquoi et je lui ai même posé la question. »

- « Qu'a-t-il répondu ? »

- « Que j'étais important, que je n'étais pas un amant de passage… »

Alors, il avait vu juste. Gin est bel et bien mordu, et Aizen songe que cela peut en partie absoudre sa faute.

- « … et moi j'y ai cru, comme un pauvre imbécile. »

- « Si Gin vous a dit qu'il tenait à vous, soyez assuré que c'est bien le cas, monsieur Ishida. »

- « Alors pourquoi il est parti sans rien dire ? Il a parlé d'un rendez-vous mais c'était un mensonge, même Sôken qui n'a pas que sept ans n'y a pas cru. »

- « Sôken, c'est votre fils ? »

Uryû hoche la tête.

- « Je vais essayer de parler avec Gin. En attendant, je vous demande de ne rien révéler à qui que ce soit, pas même à Shûhei, Ichigo ou Orihime. Moins de personnes sauront que vous savez, et mieux vous vous porterez, monsieur Ishida. »

Le brun déglutit, conscient qu'il vient d'entendre une menace à peine voilée. Lorsque le chef de clan et son sbire sont hors du restaurant, le jeune homme pose son front sur la table et se met à le frapper doucement sur le bois dur.

'Comment ai-je pu me foutre dans une situation pareille ? Tout ça, c'est sa faute à lui, à ce foutu Gin avec ses yeux trop bleus et son sourire trop craquant !'


Demain, la police et les riverains n'auront plus qu'à se réjouir. La bande qui sévissait autour des quais n'est plus. L'équipe dirigée par Zaraki s'est résolue à un nettoyage plus extrême que prévu, ce qui a fait conclure à Lisa que négocier se serait avéré inefficient. La bande visée s'est malheureusement montrée peu coopérative et malgré la méthode expéditive de Zaraki, les drogués n'ont pas saisi toute l'ampleur de leur situation. A leur décharge, la plupart d'entre eux étaient depuis peu sous l'emprise de stupéfiants, un état qui n'est jamais bon pour agir avec raison et tempérance.

Les jeunes ont regimbé dès l'arrivée de Zaraki et de ses hommes, mécontents de cette invasion de leur territoire. En dépit de l'aura dangereuse du colosse et de l'air peu avenant de ses compagnons d'arme, ils n'ont pas senti le danger. Un petit blond nerveux est venu se placer face à Ikkaku et s'est mis à le haranguer en lui postillonnant dessus. Ikkaku est resté de marbre, tandis que les amis du jeune l'exhortaient à poursuivre les insultes. La fougue de la jeunesse combinée à la désinhibition due à la drogue pousse souvent à prendre de mauvaises décisions, et dans ce cas précis, lui a fait prendre un chemin vers une mort inéluctable.

Si Zaraki n'est pas du genre patient, les quatre filles ne le sont pas plus. La première à jouer du couteau a été Cyan Sung-Sun. Avec un calme olympien et un sourire hautain, la belle aux longs cheveux s'est lentement approchée du blond, l'endormant par sa démarche voluptueuse, à tel point que c'est la bouche ouverte qu'il s'est éteint, un poignard fiché dans le cœur, sans comprendre comment une aussi belle fille avait pu le tuer d'une aussi vilaine façon. Bien sûr, n'importe quelle personne sensée aurait révisé son comportement, mais pas la bande de délinquants. Au contraire, ils ont tout bonnement décidé de passer à l'attaque, de façon désordonnée, rendant la riposte d'autant plus aisée.

Une folie suicidaire aux yeux de leurs adversaires.

Pas plus de trois secondes auront suffi pour que ceux-ci se déploient et encerclent leurs proies, empêchant toute retraite. A partir de là, les lames ont commencé à trancher dans le silence matinal de ce quartier. Seuls les bruits des corps tombant les uns après les autres et des déplacements étouffés ont résonné dans le grand hangar. Après trois minutes, une douzaine de dépouilles jonchaient le sol poussiéreux.

Zaraki n'a pas eu besoin de donner les ordres. Une seconde équipe, appelée les nettoyeurs, s'est mis en branle, débarrassant en un temps record le hangar de toute trace de la bande. Le grand bâtiment est redevenu ce qu'il était avant le squatte des jeunes, une simple une friche industrielle comme on en voit autour des grandes villes.

Sans même sans rendre compte, Chojirô Sasabike venait d'être amputé de son équipe providentielle.


Byakuya n'a plus vraiment le cœur à s'occuper de ses affaires. Si la veille, il s'est efforcé de rester digne en présence des autres, ce n'est plus le cas dans l'intimité de son bureau. Rukia ne comprend pas l'humeur maussade de son frère alors qu'à l'opposé, Ashido compatit avec lui. Face à un accident, on en veut au destin. Face à une exécution brutale, on ressent une rage incompressible. Il se souvient avec émotion des semaines et des mois qui ont suivi la disparition de Sôjun. L'absence de son père a recouvert d'une chape lourde le manoir tout entier. Il entend encore les sanglots de Ginrei. Ses yeux voient toujours les larmes coulées sur la peau parcheminée de son grand-père. Cet homme grand et fort qui s'est voûté après la mort de son fils unique. Les deux hommes n'étaient pas vraiment sur la même longueur d'onde. Ginrei était issu de la noblesse et en tant que tel, il en imposait. Pas vraiment compréhensif, pas souvent affectif, il exigeait plus qu'il ne donnait. Son credo, sérieux, paraître et dignité.

Sôjun était son contraire. Un homme bon avec une capacité d'empathie peu commune vu ses origines. Son éducation, bien que rigoureuse, ne l'a jamais dépossédé de sa bonne humeur. Voir les deux hommes l'un à côté de l'autre était assez amusant. La rigidité du plus vieux et la bonhomie du plus jeune. Pour ses enfants, Sôjun était surtout le meilleur des papas. Pas un père comme Ginrei l'avait été pour lui, non un papa comme Isshin l'était aux yeux de Shûhei. Son arme, un sourire communicatif et une gentillesse sans borne.

- « Hanatarô, on va s'arrêter là. »

Le jeune homme relève la tête de ses papiers et semble hésiter. Comme à chaque fois qu'il a des difficultés à décrypter son patron, il se tourne vers Ashido qui lui fait comprendre de ne pas insister.

- « Bien sûr, maître Kuchiki », acquiesce Hanatarô en se levant et en regroupant ses feuillets. « Nous terminerons euh… demain ? »

- « Oui et excusez-moi encore. Je n'ai pas la tête à tout ça. »

- « Oh, mais ce n'est rien maître Kuchiki. Je vais vous laisser ».

La porte se referme et un long soupir résonne dans la pièce. Byakuya vient de poser la tête sur son bureau et Ashido n'hésite pas à verrouiller la porte pour être sûr de ne pas être dérangé. Il s'approche et s'assied sur la chaise laissée vacante par Yamada. Il ne sait pas très bien trouver les mots pour soulager son ami du poids de cette vérité. Lui n'a pas connu Sôjun, mais Ginrei, il s'en souvient très bien. Un jour qu'il avait été invité au manoir pour l'anniversaire de Byakuya, il a découvert un homme au port altier, sûr de lui et quelque peu hautain accueillir les amis de son petit-fils. Plus tard, alors qu'il s'était perdu dans la grande demeure, il l'a vu brisé au-dessus d'une photographie de son fils. Byakuya l'a surpris et lui a fait jurer de ne rien dire. De là est née une amitié sans faille.

- « Byakuya, est-ce que tu veux sortir ? Prendre l'air te fera du bien. »

- « Je ne suis pas sûr que cela me fasse du bien. Quand je pense qu'il va falloir l'affronter ce soir. Cette réunion, je sais qu'elle est nécessaire, mais j'aimerais tellement ne pas y assister. »

Ce qu'Ashido craignait le plus, est en passe d'arriver. La plongée dans son passé rend Byakuya plus fragile que jamais. S'il ne le connaissait pas autant, il dirait que la dépression le guette.

- « Ta présence n'est pas sujet à discussion, Byakuya. Tu le dois à ton père, à ton grand-père mais surtout à toi-même. Tu mérites de regarder ce monstre dans les yeux et lui va devoir voir ta colère, ta souffrance. Ne lui facilite pas la vie. »

- « Je ne sais pas si je pourrais. »

- « Bien sûr que si. »

- « Comment tu peux en être aussi sûr ? »

Ashido le fixe avec un regard calculateur, avant d'asséner sèchement : « Tout simplement parce que tu perdrais beaucoup plus que ta propre vie si tu te dérobais. Tu perdrais la face aux yeux d'Orihime. »

Instinctivement, le chef de clan vient de se redresser et Ashido sait qu'il a marqué des points. Il a déjà gagné son attention, cependant le second et surtout l'ami qu'il est, ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.

- « Tu te souviens d'Orihime, n'est-ce pas ? », insiste-t-il sur un ton nettement plus amusé. « Tu sais, cette splendide jeune femme dont tu es raide dingue et que tu dois épouser. »

Byakuya ouvre la bouche et la referme. Puis il plonge dans une profonde réflexion et Ashido en profite pour lâcher son dernier argument, sur un ton plus doux car il lui en coûte de minimiser le chagrin de son meilleur ami.

- « Je sais bien que la peine ne se mesure pas, mais Orihime a perdu beaucoup plus que toi, tu sais. »

- « Mon dieu, tu as raison ! », s'exclame enfin le maître des lieux. « Comment ai-je pu faire preuve d'aussi peu de tact ? Comment puis-je m'apitoyer sur mon sort alors que ce monstre lui a pris quatre membres de sa famille ! »

- « Tu souffres, voilà tout. A propos, que vas-tu faire pour Rukia ? »

La question déconcerte Byakuya. Il est vrai que dernièrement, il a tendance à ignorer sa jeune sœur. Doit-il pour autant l'écarter ? Sôjun était aussi son père, un père qu'elle admirait. D'un autre côté, il est difficile de faire abstraction de son espionnage pour celui-là même qui a ordonné son assassinat. Il pousse un long soupir. Un de plus.

- « Je suppose qu'elle doit être informée. »

- « Si je puis me permettre, invite-la à la réunion. Il est normal qu'elle soit mise au courant et si elle pouvait en même temps prendre conscience de son erreur, ça ne serait pas cher payer de t'avoir empoisonné la vie ces dernières semaines. »

- « Mm, oui tu as raison. Il faut aussi que je la marrie. Mais avec qui ? Tu n'aurais pas une idée des fois, toi qui connais toujours les réponses à tout ? »

- « D'abord, je n'ai pas les réponses à tout. Ensuite, je ne connais pas autant de beau monde que toi et enfin, arrête de me fixer comme ça, il est hors de question que je devienne ton beauf ! »

Byakuya explose de rire, avant de lâcher : « Ashido, tu es mon meilleur ami, jamais je ne te ferais une vacherie pareille ! Et puis, tu dépérirais dans un mariage sans amour, en regardant de loin la douce Hinamori pour qui ton cœur palpite. »

L'envolée poétique tient plus de la moquerie mais elle atteint quand même son but puisque Ashido rougit jusqu'à la racine des cheveux.


Merci à bad joke, Barukku-sama, Anemone33, JadeK136 et black-cat pour les reviews sur le chapitre précédent. Vacances obligent, cette semaine, je n'ai que le temps de publier.