Désolée pour le retard de publication… Mais j'avais prévenu que j'aurais du mal à tenir le samedi ^^ Dimanche, c'est mieux ^^
Bonne lecture pour ce calme et tranquille chapitre !
Chapitre 29 : Le mal que font les hommes leur survit, le bien est enterré avec leurs os [William Shakespeare]
Lorsque Merlin et Arthur revinrent à la réalité, ce fut pour sortir de la chambre, emmitouflés dans trois douzaines d'épaisseur de vêtements, avec l'intention d'aller chercher Morgana, et aller se rouler dans la neige.
Arthur sautillait devant Merlin, mourant d'impatience, et son gardien exultait. Ils avaient l'air probablement l'air stupides tous les deux. Pour Arthur, cela pouvait être pardonnable, il n'était qu'un enfant. Mais Merlin ne pouvait se départir de son sourire niais, et de son regard empreint d'une indescriptible fierté. Chaque fois qu'il posait les yeux sur Arthur, il avait le sentiment que son cœur allait exploser, empli d'un amour paternel immense pour le petit garçon, et porté par l'espoir d'un futur lumineux et exaltant. Arthur avait exigé de lui de faire de la magie, et Merlin y avait consenti, faisant apparaître dans sa main une petite boule de feu. Il y avait parfois des cracheurs de feu, sur le marché, parmi les démonstrateurs, et ils impressionnaient toujours beaucoup Arthur. Comme tous les enfants, le petit avait reçu un jour pour ordre de ne pas s'approcher des âtres des cheminées, pour ne pas se brûler. Comme tous les enfants, il avait désobéi. Comme tous les enfants, il s'était fait mal, avait appris la leçon, et n'avait jamais recommencé. Se tenant même à une distance parfois ridiculement grande du feu de sa chambre. C'est pourquoi les cracheurs de feu lui faisaient envie, parce qu'ils maîtrisaient cet élément impétueux sans en souffrir des effets.
Merlin savait, mais Arthur l'ignorait, que tous les forains de ce type devait présenter une autorisation signée de la main d'Uther pour exécuter leurs numéros, sans quoi ils s'exposaient à l'inculpation de magie. Pour le sorcier, ces artistes étaient donc des amateurs, des manipulateurs. Il avait le véritable pouvoir, lui, de manipuler le feu. Pas assez pour se sortir vivant d'un bûcher, mais suffisamment pour faire briller les yeux d'un petit garçon, surtout quand ledit garçon nourrissait pour lui la plus totale des confiances et la plus sincère des admirations.
Arthur avait donc ouvert des grands yeux mi effrayés mi fascinés devant la petite boule de feu palpitant au creux de la main de Merlin. Le sorcier l'avait fait rouler entre ses doigts, comme si elle avait été vivante. Le prince avait rapproché sa propre main, hypnotisé par l'ombre et la lumière, et Merlin avait refermé le poing, étouffant le mini-brasier.
- C'est dangereux, c'est chaud, tu le sais.
- Encore ! avait exigé l'enfant.
Merlin avait ri. En temps normal, il aurait réprimandé l'enfant pour son ordre, sans tenir compte des desideratas de son interlocuteur, mais aujourd'hui Merlin était trop ravi de le voir si bien accepter la méchante magie qu'il en oubliait les bonnes manières.
- Je ne suis pas un saltimbanque, Arthur. La magie n'est pas un jeu. Elle doit servir pour des choses importantes, pas pour s'amuser.
L'enfant n'avait pas insisté. Merlin s'était dit que souvent, Arthur allait exiger qu'il réchauffe le bain ou construire des cabanes magiquement, et que son rôle voudrait qu'il refuse dans tous les cas, pour bien apprendre à l'enfant que la magie n'était pas un jeu... Mais il savait aussi d'avance que si Arthur lui faisait des yeux de chiot et le suppliait, il céderait. Parce qu'il ne pouvait rien refuser au bonheur du prince.
C'était fort de cette conviction qu'il était en train d'accéder d'un air distrait à toutes les demandes aberrantes de son prince, alors qu'ils attendaient devant la porte de Morgana que celle-ci daigne leur ouvrir. Arthur voulait un million de statues de neige, une « cabane de neige », une immense bataille de boules de neige, une luge, dévaler des pentes à toute vitesse, et s'envoler en arrivant au bout...
Merlin finit par le couper dans ses délires enfantins, inquiet que Morgana ne réponde pas. Qu'avait trafiqué Gorlois ?
- Morgana ? Aéléïde ? appela-t-il en prenant la résolution d'entrer, même en l'absence de réponse.
- C'est pas bien d'entrer chez les gens sans leur dire ! lui fit Arthur la leçon.
En guise de réponse, Merlin lui tira la langue, déclenchant les éclats de rire du garçonnet.
Ils trouvèrent seulement Aéléïde, dans un coin de la pièce, occupée à battre un tapis à la fenêtre, et ne les ayant donc pas entendu.
- Morgana ? Vous ne savez pas ? Gorlois est revenu ! Elle est avec son père et Monseigneur le roi. Depuis le petit matin...
Merlin remercia la vieille femme, qui en retourna à son ouvrage. Lui et Arthur partirent en direction de la salle du trône.
...
Ils la trouvèrent porte close. Et devant, une petite silhouette recroquevillée sur le sol patientait.
- Morgana ? s'étonna Merlin.
- Myrdd ! s'exclama-t-elle en les voyant arriver.
Et elle se jeta dans les bras du gardien d'Arthur. Elle semblait passablement épuisée, conséquence de sa courte nuit, de l'inquiétude qui la rongeait, à la fois pour Gwen et pour son père.
- P'pa est v'nu c'matin... Il m'a dit qu'il allait parler au roi, alors je l'ai accompagnée ici... Mais Uther a pas voulu qu'j'vienne avec eux... et depuis... ils...ils se disputent !
Les larmes menaçaient de couler. La pauvre petite était choquée par ce qui arrivait, persuadée qu'elle était la cause de la dispute des deux hommes. Elle était forte, la plupart du temps, mais il lui arrivait, comme tout à chacun, de craquer.
- Chuuuut, murmura Merlin à son oreille en la berçant. Ce n'est pas de ta faute. Gorlois et Uther ont pleins de problèmes entre eux. Ce n'est pas à cause de toi, et du fait que ton père veuille te ramener à Tintagel, qu'ils se disputent.
- Ah b... Ah bon ? s'étonna la fillette.
Merlin lui sourit tristement.
- Viens avec nous ! s'exclama Arthur avec sa candeur habituelle et un grand sourire. On va jouer dans la neige ! Avec Myrddin !
Morgana eut un pauvre sourire.
- Arthur a raison, ma douce. Tu ne peux pas rester ici à attendre, tu vas mourir de froid sur ce carrelage gelé !
Elle secoua négativement la tête.
- Je préfère être ici...
- D'accord, céda Merlin.
Mais il se releva tout de même, et s'approcha d'un des deux gardes. Il était assez énervé contre ces deux hommes, qui voyaient une petite fille geler sur place devant la porte qu'ils gardaient, et qui ne pensaient pas une seule seconde à lui offrir sa cape pour qu'elle se réchauffe.
- Vous, ordonna-t-il à l'un des deux. Rendez-vous dans la chambre de Damoiselle Morgana, et demandez à Aéléïde un manteau chaud pour elle. Et revenez ici. Rapidement.
- Je ne peux pas quitter mon poste, cracha le garde.
- C'est un ordre, décréta Merlin avec un regard dur. Soit vous m'obéissez, soit j'expliquerais au roi Uther et à son ami le Comte Gorlois de Tintagel pourquoi vous avez laissé respectivement leur filleule et fille attraper la mort sur un sol glacial. Je pense que le Comte, qui a vu s'éteindre sa femme d'une infection, sera ravi de cette nouvelle...
Le garde hésita. De toute évidence, il voyait à ses vêtements que Merlin n'était qu'un serviteur, et il n'avait de fait pas très envie de lui obéir. D'un autre côté, la menace était évidente, et l'effrayait.
- Mon gardien vous l'a ordonné, résonna soudain une voix.
Le garde baissa les yeux. Bien campé sur ses deux pieds, Arthur fusillait l'homme du regard.
- Et JE vous ordonne à mon tour de lui obéir. En ma qualité de prince héritier, obéissez.
Jamais l'enfant ne s'était montré aussi royal. Un bref instant, Merlin vit derrière l'enfant bien en chair le fantôme de l'adulte juste et bon qu'il connaissait, le Haut Roi d'Albion l'Unifiée. Il sourit. Le garde déguerpit sans demander son reste.
- Tu seras un grand roi, mon prince, l'enlaça-t-il.
- Morgana se joignit à leur câlin.
- Merci Arthur ! T'es le meilleur ! déclara-t-elle, faisant rosir l'enfant.
Lorsque le garde revint, il ne dit pas un mot, et tendit un chaud manteau à Morgana, qui s'enveloppa dedans, et se réinstalla au sol, sur un coussin amené en sus par l'homme.
- Tu es sûr de ne pas vouloir venir jouer avec nous ? redemanda Merlin.
- J'attends papa, affirma-t-elle.
L'embrassant sur le haut du crâne, Merlin la quitta. Dans la main du sorcier, celle d'Arthur s'agrippait fermement. Merlin sourit encore comme un idiot. Morgana avait grandi, s'approchant de plus en plus de sa beauté et de sa détermination d'adulte. Arthur aussi, progressait chaque jour.
...
L'enfant et l'adulte se retrouvèrent bientôt dans la cour, et sans attendre, Merlin forma une boule de neige, et la lança sur Arthur. Surpris, l'enfant se retourna avec un petit cri, et s'énerva.
- Méchant !
- Je croyais que tu voulais jouer Arthur ? sourit Merlin
L'enfant rentra immédiatement dans le jeu. Il prit de la neige à son tour, et la lança sur son gardien de toutes ses forces. Il ne l'atteignit même pas. Il ne savait pas tasser la neige correctement pour que la boule ne se désagrège pas au passage. Patiemment, Merlin lui expliqua. Ils firent de nombreux essais avant qu'Arthur ne parvienne à quelque chose de correct. A partir de là, ce fut une hécatombe.
Arthur, entraîné au combat, à l'arbalète et à l'arc, savait plutôt bien viser. Merlin, par gout du jeu, faisait en sorte de toujours rester à proximité de lui, de sorte que son don pour viser compense la faible puissance de ses lancers. Et Merlin fut ainsi très souvent assailli par le petit prince, qui riait aux éclats dès que son serviteur recevait une boule. Merlin, pas en reste, en lançait également sur son protégé, veillant à modérer sa puissance, et à ne toucher que des zones sans danger pour Arthur : pas la tête ou le cou. Il préférait le torse, les jambes et le dos.
Souvent, Arthur glissait et tombait le nez dans la neige. La première fois, Merlin s'inquiéta. Arthur se releva, le visage baigné de larmes tant il riait.
Les gens qui passaient dans la cour n'aimaient pas du tout les deux joueurs. Il fallait dire qu'ils devenaient alors automatiquement la cible des deux lanceurs, et ça ne leur plaisait pas spécialement. Si les gardes s'en amusaient un peu, et si les apprentis chevaliers leur renvoyèrent même quelques boules, sous l'impulsion de Galahad, que Merlin avait touché entre les deux omoplates la plupart des serviteurs et des nobles de la cour grognaient. Merlin et Arthur n'en avait cure. Ils riaient beaucoup trop pour cela.
Puis, à un moment alors qu'Arthur courait devant Merlin pour échapper à celui-ci, le sorcier sentit une attaque provenir de dans son dos.
Il se retourna. Sur le haut des marches, Gorlois tenait une deuxième boule avec un sourire machiavélique, et la lança aussitôt sur Merlin. Morgana, quant à elle, dévalait l'escalier en riant aux éclats, de la neige plein les mains. La deuxième boule de Gorlois fit de nouveau mouche, en plein sur le nez de Merlin, qui souffla pour se débarrasser de la neige, avant d'exploser de rire.
Splash !
Deux tirs simultanés, en provenance de Morgana et Arthur, venaient de l'attendre.
- C'est pas du jeu ! s'exclama-t-il. Vous êtes tous contre moi !
- Exactement ! répliqua Gorlois.
Et il rejoignit sa fille pour se joindre à la joyeuse mêlée. Pendant un long moment, les deux adultes et les deux enfants s'amusèrent dans la neige, en un joyeux désordre. Leurs rires emplirent la cour, et une douce ambiance baigna le château.
L'ombre au tableau, Merlin la remarqua un peu plus tard. Uther, en haut des marches, se tenait planté sans oser bouger. Le sorcier ignorait ce qu'il le retenait de venir les rejoindre : son statut de roi, ou simplement l'habitude de se tenir éloigné des activités de son fils.
Si Arthur remarqua son père les observant, il n'en dit pas un mot. Il avait Myrddin, de toute manière.
...
Une fois la bataille terminée, Merlin rentra mettre les enfants au chaud, et à la sieste après manger. Epuisés, les deux petits ne bronchèrent pas. Ce n'était plus très fréquent qu'ils se reposent en début d'après midi, mais de temps en temps et après de telles activités physiques, ça ne pouvait pas leur faire du mal. Merlin profita alors de ce calme inespéré pour interroger le Comte de Tintagel.
- Uther n'a rien voulu savoir, au début. Il m'a reproché mon abandon de poste, l'acte inconsidéré que j'avais commis, la stupidité de mon geste, et autres synonymes. Il ne me laissait pas en placer une... Il avait besoin de se défouler. Quand il a eut fini, j'ai eu la possibilité de m'expliquer.
- Et ? demanda Merlin.
- Il se range à mes arguments. Cela fait des semaines que plus rien ne se passe sur le front nord. En plus, avec la neige commence la trêve de l'hiver. Nous ne risquons rien, a priori. Il a fini par entendre raison...
- Et Morgana ?
- Je la ramène demain à Tintagel. Un des carrosses sera aménagé d'ici là pour glisser sur la neige. J'ai prévu l'itinéraire, et le palefrenier va me fournir des chevaux solides et résistants. Aéléïde rentre avec nous, bien sûr. Nous allons laisser des affaires ici, cependant...
Le silence s'installa un instant, avant que Gorlois ne le rompe.
- C'est qui, Gwen ? Morgana refuse de me le dire, elle dit que c'est secret. C'est pour ça qu'on ne part pas ce soir, mais demain matin...
Merlin eut un petit rire.
- Elle a raison, c'est un secret, et Uther ne doit jamais savoir...
- C'est pour ça que je demande à vous, Myrddin, et pas à Uther.
Un instant décontenancé par les mots de Gorlois, Merlin se ressaisit finalement. Et raconta l'enfant, fille de lavandière. La mort de la mère de celle-ci. Les circonstances violentes du procès d'Uther.
- Tom va faire incinérer sa femme ce soir, à la nuit tombée... Je compte y emmener Morgana et Arthur, s'ils le souhaitent. Vous croyez que vous pourriez occuper Uther une heure ou deux ? Normalement, il ne se posera pas de questions, car il demande rarement après eux, mais au cas où.
- Pas de souci, Myrddin. Si c'est pour le bonheur de Morgana...
Il n'ajouta rien, mais Merlin devina seul la fin. Ce n'était pas seulement Morgana. C'était aussi Arthur, le futur souverain, qu'on contentait. Et c'était parce que lui, Myrddin, l'avait demandé. Le témoignage de sympathie non-dit le fit rougir.
...
Et c'est ainsi que Gorlois se retrouva, en début de soirée, apprêté pour aller rejoindre Uther dans la Grande salle. Morgana et Arthur, lavés et peignés de près, le regardaient avec reconnaissance.
- Bon, rappela-t-il, j'ai demandé à Uther de dîner avec lui ce soir en souvenir du bon vieux temps...
Merlin eut une vision fugace de Vivian dans sa tour, discutant joyeusement avec son amie de leurs merveilleux époux respectifs.
- De fait, vous êtes tranquille pour les trois prochaines heures au moins... mais n'oubliez pas d'obéir à Myrddin, de vous cacher le visage, et d'être sages.
Les deux enfants hochèrent frénétiquement la tête. Habillés de noir de la tête au pied, ils n'en étaient pas moins magnifiques tous les deux, et probablement plus somptueux que l'intégralité des convives qui seraient présents à la veillée.
- Bon j'y vais.
Morgana sauta à bas du lit sur lequel elle était assise, caressant Graal machinalement, et serra fortement son père dans ses bras, sans un mot. Muettement, Merlin se rapprocha d'Arthur et posa une main sur l'épaule du prince, qui crevait de jalousie. Il adorait Morgana, et idolâtrait Gorlois, mais haïssait à en mourir les témoignages de l'amour qui liait le père et la fille.
Gorlois quitta la pièce, et Merlin fit signe aux deux enfants de faire de même. Ermeline avait le droit à une barque enflammée. L'archer qui embraserait sa dernière sépulture était dépêché par la maison royale, du fait de sa mort dans le château. En temps normal, la plèbe se contentait de voir partir leurs morts en voguant sur les flots, et en se lamentant de ne pouvoir détruire leurs corps pour permettre à leurs âmes de s'envoler. Parfois, les plus riches se payaient les services d'un archer funéraire. Parfois, quand ils étaient assez bon tireurs, la famille s'en chargeait elle-même. Pour Ermeline, ça allait paraître bizarre, mais pas totalement improbable.
- Gardez bien vos capuchons, surtout, rappela Merlin.
La nuit commençait à tomber, et il devenait donc de plus en plus difficile de reconnaître les deux petits nobles, mais Merlin ne voulait surtout pas courir le moindre risque. Il se souvenait que trop bien du regard d'Uther. Il n'avait d'autres choix que d'agréer à l'histoire de Merlin, et il n'avait aucune preuve contre lui, mais une part du roi ne faisait aucune confiance au dérangeant serviteur de son fils. Il avait sans doute envoyé des espions durant ces funérailles, ne serait-ce que pour le tenir informé de ce que murmurait le peuple à propos de la mort d'une lavandière durant ses heures de travail. En tout cas, c'est ce qu'un roi sensé et attentif à son peuple aurait fait. C'est ce qu'Arthur, l'Arthur à qui Merlin et Gwen, proches du peuple, soufflaient des conseils à l'oreille, aurait fait.
Les deux petits se renfoncèrent dans leurs capes, masquant jusqu'à leurs yeux. Ils traversèrent la cour sans autre bruit que le crissement doux de la neige sous leurs pas. De loin, Merlin vit les gardes, gelés à leur poste.
Il souffla deux mots anciens. Arthur le regarda. C'était déjà trop tard, les yeux de Merlin avait repris leur habituelle couleur bleue. Mais le prince sourit du sourire de celui qui sait, et Merlin raffermit la prise de sa main dans la sienne. Les gardes ne les virent pas passer.
Ils marchèrent longtemps, à travers la ville déserte ou presque. La neige et la nuit obligeaient les gens à se cloitrer chez eux. Personne ne fit attention aux trois silhouettes. Ils dépassèrent la maison de Gwen, entièrement éteinte. Leur destination était le lac, et il était loin. Vers la fin, les deux petits pestaient. Engoncés dans leurs vêtements et pétris de fatigue, ils râlaient.
- On arrive bientôt, promit Merlin avec ces mots vains que les parents prononcent en espérant calmer leur progéniture.
Et lorsqu'ils arrivèrent, les murmures fatigués s'interrompirent brusquement. Le soleil plongeait dans l'horizon, et déjà des torches s'allumaient sur la rive, nimbant la scène d'une lumière dorée. Sur la berge, un immense saule pleureur recouvert de givre ajoutait à la magnificence de la scène. Brusquement intimidés par tous ces gens, et par la solennité qui se dégageait du lieu, les deux enfants en oublièrent fatigue et pieds froids. Un peu intimidés, ils restèrent dans les pieds de Merlin, qui se fraya un passage vers Tom, au centre de l'agitation. Accrochée à son pantalon se trouvait Gwen, toute en noir et l'air épuisée, les yeux cernés, et gonflés d'avoir tant pleuré. Egal à lui même, Elyan ne décrocha pas un mot. Mais Merlin remarque le regard qu'il posait sur sa petite sœur, défiant quiconque d'essayer de s'approcher d'elle et de lui faire du mal.
- Bonsoir Tom, murmura Merlin.
Le forgeron sursauta, puis reconnut les billes bleues des yeux de son interlocuteur.
- Ils ont voulu rendre hommage à Ermeline aussi, ajouta-t-il en désignant les deux enfants.
- On est désolés pour ta maman, dit Arthur doucement à Gwen. Quand je serais roi, les mamans ne mourront pas dans mon château.
Les condoléances étaient maladroites et un peu stupides, mais elles semblèrent toucher la petite et son père.
- Je suis triste pour toi, Gwen, décréta Morgana. Mais maintenant, tu es comme nous, alors t'es notre copine pour toujours.
- Comme nous ? répèta Gwen, surprise.
- Sans maman, avoua Arthur. Ma maman à moi, elle est morte quand j'étais bébé, et celle de Morgana aussi. Nous on n'a plus que des papas, et toi aussi, alors t'es not' copine.
Malgré toute la tristesse de la situation, ces paroles arrachèrent un rire à la fillette endeuillé. Sans préméditation, elle se jeta dans les bras d'Arthur et le serra fort, allant même jusqu'à déposer sur sa joue un doux baiser. Arthur rosit. Il se dandinait d'un pied sur l'autre, ne sachant s'il devait lui rendre l'attention ou non, et ce que ça signifiait. Il chercha des yeux son gardien, pour qu'il lui indique comment se comporter avec les filles... Morgana lui épargna cette peine. Elle arracha son presque frère des bras de son amie, pour la serrer à son tour dans ses bras.
Merlin sourit. Quoi qu'elle en dise, la petite Tintagel nourrissait pour Arthur des sentiments très forts, au point qu'elle se comporte avec jalousie. Merlin partit doucement dans ses souvenirs, le frère et la sœur, la belle pupille et le futur roi se chamaillant, s'entendant trop bien pour réellement se désirer... Puis brusquement revint à sa mémoire l'autre vision, celle des deux amants et de leur fils incestueux aux pupilles aussi glacées que le gel lui même...
- Ils s'entendent bien, hein ?
La voix de Tom ramena Merlin à la surface de la Terre.
- Mmm ?
- Eux, ils s'entendent bien hein ?
Les trois petits discutaient doucement, faisant pour un temps oublier son chagrin à Gwen.
- Je prie pour ça continue, reprit Tom, mais Gwen n'ira plus au château, sans sa mère, et je crains que toutes les promesses d'Arthur ne soient que des mots d'enfants.
Merlin regarda Arthur et Gwen, nimbés de lumière dans le soleil déclinant. Avec une réalité écrasante, leurs deux alter ego s'imprimèrent sur la rétine de Merlin. Jamais il n'avait vu Arthur plus heureux que le jour de son mariage.
- Si j'étais vous, je ne m'inquiéterais pas trop, Tom, sourit-il.
...
La cérémonie se déroula sans incident particulier. Il n'y avait pas tant de gens que cela, mais suffisamment pour le murmure des conversations laissent place à un silence écrasant lorsque l'archer encocha sa flèche. Dès le premier essai, elle toucha sa cible, et la barque s'embrasa, tâche flamboyante dans la noirceur de la nuit, désormais bien tombée.
- MAMAN ! hurla Gwen au moment où le brasier prit de l'ampleur.
Seule l'intervention de son frère empêcha qu'elle ne se jette dans l'eau glacée. Avec pudeur, Merlin fit semblant de ne pas voir les larmes qui inondaient le visage de l'époux d'Ermeline.
Lorsqu'ils quittèrent le lieu, la fête n'était pas terminée, et les gens présents continuaient de défiler devant la famille de la défunte pour présenter condoléances et cadeaux. Par précaution, et vu le chemin qu'ils avaient à parcourir, Merlin préféra cependant qu'ils partent tôt. Tom étant accaparé par les autres personnes, ils firent leurs adieux à Gwen.
- Au revoir ma belle, la salua-t-elle. Porte-toi bien en attendant notre prochaine rencontre... Et n'oublie jamais qui tu es. Plus forte et plus belle que n'importe qui dans ce monde.
- Morgana exceptée, rétorqua la fillette, rougissant sous le compliment.
Les deux petits prononcèrent encore des mots de condoléances sans queue ni tête, n'ayant pas vraiment l'air de réaliser qu'il s'agissait là d'un adieu pour les dix prochaines années, au moins. Merlin pria Gwen de les excuser auprès de Tom, et ils s'évanouirent dans la nuit.
En passant à proximité de la maison du forgeron, Merlin portait sur chaque bras un enfant à moitié endormi. Il savait que ce qu'il faisait était mal, mais il ne put s'en empêcher. De noire, la maison se retrouva d'un battement de cils éclairée par des grands feux dans toutes les pièces, qui réchaufferaient la maison en attendant le retour des propriétaires. Personne ne devait revenir d'une cérémonie funéraire dans une maison sombre et glaciale.
...
Chapitre où il ne s'est rien passé, on est bien d'accord ^^ mais le calme ça fait du bien à tout le monde parfois !
Prochain chapitre le Sa 30 Aout !
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