Bonjour

Voici le chapitre 29. Merci à Elyrine pour la correction rapide alors qu'elle ne disposait pas de beaucoup de temps !

Merci pour votre fidélité et vos messages.

Petite information ... je ne suis pas en France la semaine prochaine. Je pars à Lisbonne en convention professionnelle et je ne pourrais donc pas poster de nouveaux chapitres avant le lundi 11 juin. Je suis désolée de ne vous prévenir que maintenant mais ça m'était un peu sorti de la tête !

Bonne lecture donc et à lundi 11 !

Sydney8201

Musique du chapitre :

Barely breathing de Duncan Sheik

Chapitre 29 : A chaque problème sa solution

« Lorsqu'une épreuve nous frappe au visage, ce n'est pas en baissant la tête que l'on voit venir la solution. »

Yvon Deveault

Dean avait appris depuis qu'il était enfant qu'il n'existait pas de problèmes sans solutions. C'était quelque chose qu'il avait dû assimiler rapidement. L'absence de son père pour s'occuper de Sam et de lui l'avait propulsé dans un monde qu'il était trop jeune pour aborder sereinement. Il avait du devenir un parent tout en étant encore un enfant. Il avait dû apprendre à s'occuper de son jeune frère et faire des choses qu'un adulte seul était en mesure d'accomplir sans réfléchir.

Il avait dû apprendre à cuisiner, à changer des couches, à bercer un nouveau-né, à lui donner son bain et à lui chanter des berceuses pour l'endormir. A chaque nouveau problème, il avait dû apprendre à chercher une solution rapide et efficace. Il se souvenait parfaitement de ce que son père lui avait dit un jour où il lui avait demandé comment faire quelque chose qu'il ne se sentait pas capable de faire à son âge. John l'avait regardé dans les yeux et mis ses mains sur ses épaules. Il avait l'haleine chargé d'alcool et le regard vitreux. Mais ses paroles avaient semblé pleine de sagesse pour l'enfant qu'il était.

« S'il n'y a pas de solution, alors il n'y a pas de problème ». Dean avait gardé cette simple phrase en tête et en avait fait son mantra durant les années qui suivirent. C'était ce qui l'avait aidé à aborder les situations les plus complexes sans paniquer. Et cela avait fonctionné à merveille.

C'était un mantra que Dean continuait de garder en tête quand les choses se compliquaient dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle. S'il était face à un dossier sans issue, il ne baissait pas les bras et continuait à chercher la solution. Il finissait toujours par la trouver à force de persévérance. Il regardait les choses sous un autre angle et reprenait tout depuis le début si nécessaire.

Il l'avait fait aussi quand Sam avait commencé à parler d'intégrer Stanford. Les études supérieures coûtaient chères et Dean n'avait pas les moyens de l'y envoyer. Il avait alors fait des recherches et réussi à obtenir tous les papiers nécessaires pour que Sam ait une bourse conséquente. Il aurait pu dire à son frère de renoncer. Il aurait pu tout abandonner de son côté pour trouver un travail. Il avait préféré envisager le problème différemment et en avait tiré des résultats satisfaisants. C'était une de ses plus grandes fiertés.

Cette fois, bien sûr, la situation était différente. Il n'était plus question d'études supérieures ou d'une enquête compliquée. Il était question de sa vie. S'il ne trouvait pas une issue rapide à son problème, il mettait sa vie en danger. Ou sa carrière. Dans tous les cas, il avait énormément à perdre et aucune intention de baisser les bras.

Il avait toutefois besoin d'aide pour aborder le problème correctement. Quand il ne réussissait pas seul, il aimait avoir quelqu'un avec qui discuter de ses options. Parler l'aidait le plus souvent à voir les choses sous un nouvel angle et à débloquer les situations les plus compliquées. Benny saurait comment faire pour l'aider. Il avait besoin de lui.

Gabriel lui avait transmis la liste de noms à sa sortie de sa thérapie de groupe avec Castiel. C'était le début de son compte à rebours. Il ne disposait que de quarante huit heures pour trouver une solution et la mettre en œuvre. C'était peu. Mais ce serait suffisant.

Deux heures plus tard, Dean attendait Benny dans la même salle qu'à chacune de ses visites. Il avait la fameuse liste entre les mains et une foule de questions sans réponses. Il ne connaissait aucun des détenus dont Gabriel lui avait donné le nom. Il doutait de pouvoir les convaincre de jouer les morts pour lui en aussi peu de temps. Il ne pouvait pas non plus choisir quelqu'un d'autre de plus facile à convaincre. Il devait s'en tenir à ce que Castiel et Gabriel lui avaient demandé sans pour autant tuer quelqu'un de sang-froid. Pour beaucoup, le problème aurait semblé sans solution. Pour Dean, c'était un challenge de plus à relever.

Après sa discussion avec les deux hommes durant le petit déjeuner, il avait senti la panique le gagner à nouveau. Il s'était senti pris au piège pendant quelques secondes et s'était cru incapable de s'en sortir. Il avait ravalé ce sentiment et réussi à garder le contrôle sur ses émotions. Il avait pris le temps de réfléchir ensuite pendant que les détenus de son groupe de thérapie parlaient de leurs problèmes d'addiction et de violence.

Il n'avait aucune raison de paniquer. Il n'était pas totalement dos au mur. Il avait encore une échappatoire. C'était finalement relativement simple. Il pouvait soit trouver une solution viable et gagner la confiance de Gabriel et Castiel pour de bon, soit admettre qu'il était dans une impasse et quitter la prison aussitôt. Dans tous les cas, il ne prendrait pas de risques inconsidérés. Il ne retournerait pas auprès de Castiel s'il n'était pas totalement sûr que son plan état solide. Il l'avait promis à Sam et à Benny. Il ne voulait pas mourir pour sa mission.

Mais il gardait toujours espoir qu'il puisse trouver une porte de sortie satisfaisante et terminer sa mission. S'il redoutait plus que tout le moment où Castiel réaliserait qu'il lui avait menti, il avait hâte de voir l'expression sur le visage de Gabriel. Après tous les efforts qu'il avait fournis et allait encore fournir pour le convaincre, il était sûr qu'il en tirerait beaucoup de plaisir. Il avait cru que Gabriel et lui pourraient s'entendre. Il l'avait même trouvé plutôt sympathique au début. Il avait appris à le détester depuis. Sans lui et sa paranoïa excessive, il n'en serait pas là maintenant.

Dean n'eut pas à attendre longtemps l'arrivée de Benny. Il avait obtenu d'Henriksen que son coéquipier soit informé de l'urgence de la situation. Il ne lui avait pas tout dit. Il n'était pas sûr de pouvoir le mettre au courant. Mais de toute évidence, le directeur avait saisi qu'il n'exagérait pas. Et seulement quelques minutes après son arrivée dans la salle, Benny entrait à son tour, le visage grave et les traits tendus.

- Dean, lança-t-il en guise de bonjour.

Le jeune agent lui fit signe de s'asseoir aussitôt. Il ne perdit pas de temps à le saluer ou à lui demander comment il allait. Il n'avait pas le luxe de s'en soucier. Ce rendez vous était crucial pour l'avenir de sa mission et il devait absolument rentrer immédiatement dans le vif du sujet.

- Ils m'ont demandé de tuer quelqu'un, lança t-il alors quand Benny fut assis en face de lui.

Il lut aussitôt la surprise et le choc sur le visage de son coéquipier. Il aurait pu annoncer la nouvelle d'une autre façon mais tourner autour du pot ne lui aurait rien apporté de bon.

- Comment ça, ils t'ont demandé de tuer quelqu'un ?

- Gabriel n'a pas confiance en moi. Il pense que je pourrais être celui qui les a dénoncés. De toute évidence, mon charme n'a pas opéré sur lui comme sur Castiel. Il veut faire des recherches sur moi et fouiller dans mon passé pour s'assurer que je ne mens pas.

- C'est pour ça qu'on a Ash, rappela Benny.

Dean savait qu'il était l'un des meilleurs. Il avait confiance en son travail et l'avait vu à l'œuvre à plusieurs reprises. Mais il était également convaincu que les hommes de Gabriel étaient au moins tout aussi doués que lui. Ils pourraient trouver quelque chose. Peut être pas l'entière vérité. Mais il suffirait d'un petit détail ou d'un simple fait qui ne collait pas avec son histoire pour que Castiel perde toute confiance en lui. Et le tue. Dean ne pouvait pas courir ce risque.

- Et je sais qu'il est doué. Je sais qu'il a fait tout ce qu'il jugeait nécessaire. Mais je suis également convaincu que Gabriel a des ressources et des hommes tout aussi talentueux sous ses ordres. Il pourrait trouver quelque chose et compromettre ma position ici. Je ne peux pas courir ce risque.

- Peut-être pas mais… je ne vois pas comment tu as pu en arriver à… devoir tuer un homme ?

Dean haussa les épaules. Il avait encore du mal à y croire lui-même. Il n'avait pas imaginé une seconde que Castiel lui donnerait un tel ordre quand il avait demandé un moyen de convaincre Gabriel. Bien sûr, il aurait probablement dû s'en douter. C'était ce qu'on exigeait d'un aspirant avant qu'il n'intègre un gang quelconque. Il avait juste pensé que les choses étaient différentes quand il s'agissait d'une organisation criminelle aussi grande que celle pour laquelle Castiel et Gabriel travaillaient. Il avait eu tort. Il devait en assumer les conséquences maintenant.

- Quand Castiel me l'a annoncé, j'ai pris peur. J'ai sans doute agi trop rapidement et sans réellement prendre le temps de peser le pour et le contre. J'aurais dû t'en parler avant de faire quoi que ce soit mais je… le temps m'était compté et j'avais besoin de trouver une autre solution.

- Et cette autre solution c'est de tuer un homme ?

- J'ai demandé à Castiel de me dire comment je pouvais convaincre Gabriel qu'il devait avoir confiance en moi. Je ne voulais pas qu'il lance ses recherches et découvre quelque chose de compromettant. Il m'a alors suggéré que je tue quelqu'un. Il semble penser qu'un agent infiltré n'en aurait pas le droit.

- Et il a raison ! Dean, je ne peux pas t'autoriser à commettre un meurtre. Ça va à l'encontre de la politique du bureau et à l'encontre de tout ce en quoi je crois… tout ce en quoi tu crois aussi il me semble. Peu importe qu'il s'agisse d'un autre criminel. On ne pourra jamais justifier d'avoir recours à de telles méthodes.

Que Benny puisse penser qu'il l'avait fait venir juste pour obtenir son autorisation le vexait et le blessait considérablement. Son coéquipier aurait du savoir qu'il en était incapable. Bien sûr, il y avait eu le cas de Raphael. Mais Dean ne l'avait pas tué lui-même. Il n'avait juste rien fait pour empêcher son meurtre. Il estimait que c'était différent. Raphael était le problème de Castiel. Pas le sien. Empêcher son assassinat lui aurait fait courir un risque. Le fait qu'il n'en avait pas envie n'avait pas vraiment d'importance. S'il avait pu le faire sans se compromettre, il n'aurait pas hésité une seconde. Du moins, c'était ce qu'il aimait penser.

- Je ne suis pas un meurtrier, Benny. Tu devrais le savoir.

- Alors pourquoi m'avoir fait venir ? Puisque tu ne peux pas le faire, tu aurais dû refuser.

Dean soupira longuement en se massant l'arête du nez. L'attitude de Benny commençait à l'agacer. Il lui faisait perdre un temps fou en refusant de comprendre. Il était temps pour lui de se montrer plus clair.

- Je ne pouvais pas dire non. Gabriel a réussi à faire douter Castiel et j'ai besoin de le convaincre lui aussi à présent. Si j'avais refusé, j'aurais renforcé ses soupçons et compromis ma mission. Il aurait pu me tuer sur le champ… ou en tout cas le faire avant que j'aie pu te voir et te demander de m'exfiltrer. Je devais dire oui.

- Peut-être mais puisque tu ne peux pas tuer un homme, tu es coincé dans tous les cas.

- Sauf si je trouve le moyen de leur faire croire que je l'ai tué.

Benny ouvrit la bouche pour protester sans doute avant de se raviser. Dean le regarda une seconde avant de reprendre la parole.

- Je ne dis pas que c'est possible mais je ne peux pas abandonner avant d'avoir essayé de trouver une solution. Si toutefois je ne trouve rien, je partirais et mettrais un terme à ma mission. Ils m'ont donné quarante-huit heures.

- C'est trop court, Dean. Je pourrais peut-être faire entrer un agent ici pour jouer le rôle de ta victime mais je ne suis pas sûr d'avoir le temps de mettre tout ceci en place. Je suis désolé mais je ne vois pas d'issue à ton problème. Je pense qu'il est préférable de tout arrêter maintenant.

- Ça ne pourra pas être un agent. Ils m'ont donné une liste de noms. Je dois m'y tenir.

Dean avait conscience que cela compliquait grandement sa tâche. S'il avait pu choisir quelqu'un, la solution aurait été plus simple. Mais il devait composer avec les directives de Castiel et Gabriel. Et il n'avait aucun moyen de les contourner.

- Dean, c'est impossible.

- Rien n'est impossible, Benny. Je suis convaincu qu'il existe une solution. Il suffit de la trouver. Et pour ça, j'ai besoin de toi. Je te promets de ne pas retourner là-bas si jamais on ne trouve rien. Mais je veux au moins essayer, d'accord ?

Benny hésita une seconde avant de finalement hocher la tête. Il ne semblait pas réellement enthousiaste mais il était visiblement rassuré de savoir que Dean n'envisageait pas de prendre des risques inconsidérés.

- Je continue de penser que c'est insurmontable mais je veux bien essayer de t'aider. Est-ce que tu as cette liste ?

Dean la lui tendit aussitôt. Elle comportait dix noms. Il s'agissait exclusivement d'alliés d'Alastair. Le jeune agent ne savait pas grand-chose d'eux. Il n'avait aucune idée de ceux qui seraient le plus susceptibles de jouer le jeu et de l'aider. Il n'était même pas sûr qu'il y en ait un seul prêt à coopérer.

Benny prit la liste entre ses doigts et commença à la lire. Dean fut surpris quand il releva la tête brusquement quelques secondes plus tard, un petit sourire commençait à se dessiner sur ses lèvres.

- Quoi ? demanda t-il aussitôt.

Benny tapota la liste du doigt une seconde avant de répondre.

- On dirait bien que la chance te sourit, Dean.

- Tu vas m'expliquer ou il va falloir que je devine ? Le temps nous est compté je te rappelle.

- Ce nom là… Samandriel Hut… c'est l'un des nôtres.

Dean fronça les sourcils. Il n'était pas sûr de comprendre ce que « l'un des nôtres » pouvait signifier. Il était évident que c'était une bonne nouvelle mais il avait besoin de plus de détails. Il ne connaissait pas ce Samandriel. Il n'en avait jamais entendu parler. Il était même incapable de voir de quel détenu il s'agissait. Benny, en revanche, semblait tout savoir de lui.

- Tu veux dire qu'il… c'est une taupe ?

- C'est même mieux que ça. Il s'appelle en réalité Alfred Jones… Alfie pour les intimes. C'est un agent infiltré lui aussi.

- C'est un… quoi ?

Dean ne savait pas qu'il y avait d'autres agents infiltrés dans la prison mis à part lui. Il aurait du être mis au courant et l'idée qu'on lu ait caché l'information le mettait hors de lui. Cet Alfred aurait pu être un allié pour lui.

- Je voulais te le dire mais Turner a insisté pour que tu ne saches rien. Il avait peur qu'en vous donnant l'information à l'un et à l'autre, cela puisse vous retomber -dessus. Il ne voulait pas que vous puissiez donner cette information à quelqu'un… si on venait à vous interroger.

- Donc il ne sait pas non plus qui je suis ?

- Non, il ne sait rien. Il est là pour garder un œil sur Alastair. C'est toi qui m'a demandé qu'on le surveille. Je ne voyais pas comment faire autrement.

Dean pouvait comprendre la logique derrière la décision de Rufus. Mais il n'en était pas moins vexé qu'on ne lui ait pas tout dit. C'était comme douter de sa capacité à garder cette information pour lui. Il n'aurait jamais vendu l'un des siens. Pas même sous la torture.

- Comment peut il être sur cette liste s'il est là depuis peu ? Gabriel a choisi des gens dont la perte affaiblirait Alastair.

- Alfie a su se rendre indispensable.

- Il…

Dean s'interrompit alors en réalisant ce que cela pouvait signifier. Lui aussi avait su se rendre indispensable en quelques jours. Il lui avait suffi de séduire Castiel pour y parvenir. De coucher avec lui pour obtenir d'être proche de lui en permanence. Il pensait qu'il s'agissait de mesures exceptionnelles et uniquement prises en de rares occasions. Mais il s'était probablement trompé.

- Est-ce qu'il a su se rendre indispensable comme j'ai su me rendre indispensable ? demanda-t-il alors.

Il n'aimait pas l'idée qu'un autre ait pu être contraint d'accepter une mission similaire à la sienne. Pas parce qu'il redoutait la concurrence et craignait d'être moins doué dans ce rôle qu'un autre. Il ne s'agissait pas d'un concours. Mais il s'agissait d'une mission difficile. Il le savait à présent. Il en avait sous-estimé les conséquences et les effets en l'acceptant. C'était bien plus compliqué que ce qu'il avait imaginé. Il ne souhaitait ça à personne. Pas même à un agent qu'il ne connaissait pas.

- Tu me demandes s'il couche avec Alastair ? Si c'est ce qu'il a dû faire pour gagner sa place ? Si c'est ça ta question, alors oui. Oui, c'est exactement ce qu'on lui a demandé de faire. Il a accepté. On ne l'a pas forcé. Il était volontaire.

- Volontaire pour coucher avec ce monstre ?

Alastair était un meurtrier cruel et sans miracle. Il était de surcroît effrayant. Et pas franchement attirant physiquement. Alfie n'avait pas eu de chance. Castiel était peut-être un criminel mais il était au moins séduisant. Cela ne faisait pas tout mais c'était un début. Et Dean doutait sincèrement qu'Alastair soit capable de se montrer tendre comme Castiel s'était révélé capable de le faire lui. Alfie devait vivre l'enfer avec ce monstre.

- Ce n'est pas vraiment différent de ce que tu as accepté de faire, Dean. Toi aussi tu savais que tu allais coucher avec un monstre.

- Oui, et je sais maintenant combien c'est une mission difficile. Je ne le souhaite à personne.

- En attendant, sa présence dans cette prison pourrait bien sauver ta mission.

- Et compromettre la sienne, répliqua Dean.

Dean détestait l'idée d'être celui qui ferait échouer la mission d'Alfie. Il aurait été furieux si on sacrifiait la sienne pour celle de quelqu'un d'autre. Il savait combien les agents s'investissaient dans ce type de mission. Le plus souvent, ils s'effondraient totalement s'ils échouaient. C'était pire encore si on les privait d'une chance de réussir.

- Dean, je sais ce que tu penses mais je préfère t'arrêter tout de suite. La mission d'Alfie est accessoire à la tienne et elle n'est que secondaire. C'était un coup de poker au cas où les choses n'évoluaient pas favorablement pour toi. Il était uniquement là pour garder un œil sur Alastair. Mais on n'attendait pas grand-chose de ce rapprochement.

- Je ne suis pas sûr qu'il verra les choses du même œil.

- Il acceptera sans problème.

- Il n'a pas le choix de toute façon.

- Non, Dean, il sera ravi de t'aider. C'est même tout ce qu'il souhaite. Je ne devrais peut-être pas te le dire mais ce garçon a une sorte d'admiration pour toi… il te voit comme un modèle à suivre. Je sais qu'il saisira cette opportunité sans hésiter une seule seconde.

Dean n'estimait pas être un modèle pour qui que ce soit. Il n'avait jamais cherché à servir d'exemple. Il se contentait de faire son travail du mieux possible. Et l'idée que cet Alfie puisse le voir comme un exemple le perturbait grandement. Mais il était temps pour lui de se montrer raisonnable. Il était évident que sa présence dans cette prison et sur cette liste était un atout incroyable pour lui. C'était la solution qu'il cherchait depuis la veille. Son issue de secours. Il prendrait le temps de s'excuser auprès d'Alfie quand tout serait fini.

- Je n'aime pas l'idée de ruiner ses chances comme ça mais je dois reconnaître que je n'ai pas vraiment d'autre choix. Il fait la cible idéale. Comment est-ce qu'on doit procéder ?

Il fallait qu'ils agissent intelligemment et le plus discrètement possible. Ils devaient faire en sorte que personne ne se doute de quoi que ce soit.

- Je vais demander à le voir. Je ne suis pas son agent de liaison mais puisque je suis dans la confidence, je pourrais le rencontrer. Je vais lui expliquer la situation. Quand penses-tu passer à l'action ?

Dean n'en avait aucune idée. Le plus rapidement possible. Il voulait se débarrasser de tout ça afin de pouvoir passer à autre chose. Mais il y avait énormément de détails à régler et de choses à prévoir. Et puisqu'il ne pouvait pas voir Alfie directement avant de se lancer sans que cela ne paraisse étrange, il devait tout mettre au point avec Benny et prier pour que son coéquipier transmette correctement les informations à l'autre agent.

- J'aimerais le faire le plus rapidement possible… ce soir, si c'est jouable. Plus j'attends, plus j'éveille les soupçons de Castiel.

- Tu penses qu'ils insisteront pour être là ?

C'était ce que Dean craignait le plus. Il était presque sûr que l'un ou l'autre insisterait pour être les témoins du meurtre. Ils ne se contenteraient pas de sa parole ou de voir le cadavre ensuite. Ils allaient donc devoir mettre un scénario en place pour rendre l'acte crédible.

- J'en suis sûr, oui. Gabriel n'a pas confiance en moi. Si je demande à être seul pour le faire, il saura que quelque chose cloche. Il va falloir composer avec eux.

- Si c'est le cas, on va avoir besoin de plus que de l'accord d'Alfie. On va avoir besoin d'accessoires et d'un scénario précis. Je vais également devoir prévenir Henriksen pour qu'aucun garde ne se mette en travers de ton chemin et ne t'arrête. Dean, tu te rends compte que c'est extrêmement dangereux et qu'il y a de fortes chances que cela ne fonctionne pas ?

Dean n'était pas stupide. Il savait qu'il s'agissait d'un plan risqué. Si Castiel et Gabriel s'apercevaient de la supercherie, il serait mort avant d'avoir une chance de s'enfuir. La solution la plus raisonnable était de tout plaquer et d'abandonner la mission. Mais Dean ne pouvait pas se résoudre à partir tout en sachant qu'il existait une infime chance de poursuivre sa mission. Il ne pourrait jamais se le pardonner. La fuite n'était la meilleure issue que lorsqu'elle était la seule.

- Je le sais, oui… et je sais que je mets également la vie d'Alfie en danger mais… on doit essayer, Benny. On n'a pas le droit d'abandonner maintenant.

Il garda les yeux rivés dans ceux de son coéquipier jusqu'à ce que ce dernier finisse par hocher la tête pour lui donner son accord. Voilà, c'était aussi simple que ça. Maintenant, le plus dur restait à faire. Ils devaient mettre sur pied un plan crédible et le plus sécurisé possible. Et prier pour que tout se passe comme prévu.

- D'accord, je te suis mais… je veux qu'on fasse les choses bien. Si je ne peux pas tout avoir d'ici ce soir, tu devras attendre. Je ne pourrai pas revenir te voir avant que tu ne passes à l'acte mais tu devras attendre mon signal pour faire quoi que ce soit. Je te ferai passer ce dont tu as besoin par Henriksen.

- OK… ça marche. Je… je vais dire à Castiel et Gabriel que j'ai choisi Samandriel parce qu'il est le plus proche d'Alastair et parce qu'en le privant de son jouet, on le déstabilisera plus qu'en le privant juste d'un de ses hommes de main. Mon choix ne leur semblera pas bizarre puisqu'il tient le même rôle que moi et que je suis le mieux placé pour savoir l'importance qu'il peut avoir pour Alastair.

- De mon côté, je vais prévenir Alfie et le mettre au courant. J'irai ensuite voir Henriksen pour l'avertir. Je lui fournirai un couteau factice et tout le matériel nécessaire pour qu'Alfie puisse simuler une blessure de façon crédible. Je vais avoir besoin de poches de sang et de tout un tas d'autres choses. Je devrais pouvoir me les procurer rapidement. Je ferai tout passer à Henriksen. Il te convoquera dans son bureau pour te donner ce dont tu as besoin. Tu devras trouver une excuse pour Castiel. Ce ne sera qu'à ce moment-là que tu sauras que tu peux passer à l'action. C'est entendu ?

Dean acquiesça. Il ne tenterait rien avant. Il n'était pas idiot. Il savait toutefois que la question de son ami était uniquement due à son inquiétude évidente. Il savait que Benny n'était pas entièrement partant pour suivre ce plan. Il le faisait avant tout parce qu'il avait confiance en Dean.

- Je n'en reviens pas de ce qu'on s'apprête à faire. C'est tellement stupide… et dangereux et… s'il t'arrive quelque chose, je ne pourrai jamais me le pardonner. Et Sam me tuera probablement… lentement et douloureusement.

Dean sourit devant ce qui était une vaine tentative de plaisanterie de la part de son coéquipier. Il voulait bien faire, bien sûr. Mais il était impossible de dissiper totalement la tension qui régnait. Le moment était grave et Dean n'était pas en mesure de l'oublier. Ils pourraient en rire plus tard, quand tout serait fini. Ou peut-être pas. Le jeune agent doutait d'avoir le cœur à rire quand il aurait trahi Castiel pour de bon.

- Qu'est-ce que tu feras s'ils veulent vérifier qu'Alfie est bel et bien mort ? demanda alors Benny.

Il semblait s'être rendu compte que sa plaisanterie était tombée à l'eau et que Dean préférait rester sérieux pour le moment. Sa question était logique et le jeune agent savait qu'ils allaient devoir envisager tous les scénarios. Ils ne pouvaient pas s'en remettre au hasard et à la chance. Pas quand sa vie était en jeu.

- On ne doit pas leur en laisser l'occasion.

- Et comment on s'y prend pour ça ?

- On fait en sorte que quelqu'un nous interrompe avant.

Un scénario commençait à se former dans la tête de Dean. Il prit quelques secondes pour y réfléchir et l'analyser calmement. Il ne reprit la parole que lorsqu'il fut sûr qu'il tenait suffisamment la route.

- Voilà comment on va s'y prendre… ne m'interromps pas avant la fin, s'il te plaît. Tu pourras me donner ton avis quand j'aurai fini.

- Je t'écoute, accepta Benny.

Dean prit une grande inspiration avant de se lancer. Il était conscient que ce plan était un peu dingue mais il était convaincu qu'il était réalisable. Qu'ils avaient une chance que cela fonctionne. Et cela lui suffisait pour être déterminé à se lancer. Même si Benny avait des doutes.

- Je me mettrai d'accord avec Henriksen sur le moment où je passerai à l'acte. Je lui demanderais de faire en sorte qu'Alfie soit là et qu'il soit seul. Je lui demanderais également de passer à cet endroit dix minutes plus tard. Je m'arrangerais pour être là aussi. Castiel m'accompagnera sûrement. Gabriel également. J'attaquerais Alfie sans attendre et sans leur laisser le temps de me suivre. Quand on entendra Henriksen approcher, on sera obligé de prendre la fuite. Il pourra alors exfiltrer Alfie et faire passer la nouvelle de sa mort. Cela devrait suffire pour convaincre Castiel et Gabriel.

- C'est un plan risqué. Il suffirait qu'il soit en retard de quelques secondes pour que tout échoue.

- Peut-être mais je lui fais confiance. Je sais qu'il sera ponctuel.

Tout allait reposer sur le rôle que jouerait Henriksen. S'il le tenait correctement, leur plan avait une chance de fonctionner. S'il faisait la moindre erreur, tout risquait de s'effondrer. Mais ils devaient essayer.

- Dean, tu es sûr d'en être capable ?

- Je joue un rôle depuis le début, Benny, et je n'ai commis aucune erreur jusque-là. Je ne vois pas pourquoi j'échouerais maintenant. Je touche au but. Je ne peux pas renoncer.

- Je sais et ce n'est pas ce que je te demande. Je suis juste inquiet pour toi.

Dean le savait. Benny se faisait du souci pour lui depuis le début et le lui avait répété à de nombreuses reprises. Il pouvait comprendre son inquiétude. Il était touché de voir à quel point son ami tenait à lui. Mais il était un peu las de l'entendre le lui dire encore et encore. Il se souvenait également de la façon dont son coéquipier avait impliqué Sam à deux reprises pour tenter de le convaincre de renoncer. Il ne lui en parlerait pas maintenant. Ce n'était pas le moment pour lui faire des reproches. Mais il le gardait dans un coin de sa tête pour plus tard.

- Tu me l'as déjà dit une centaine de fois. Et je te remercie d'être aussi… concerné par ma sécurité. J'en ai juste un peu assez de te l'entendre le répéter.

- Je me fiche de t'agacer. Tu ne me feras pas changer d'avis. Je suis prêt à tout pour m'assurer que tu vas bien. Et si je dois froisser ton égo au passage alors tant pis… tu peux me détester ou me crier dessus autant que tu le souhaites, c'est comme ça. Point final.

Le fait que Benny choisisse de lui dire qu'il était « prêt à tout » pour s'assurer de sa sécurité le fit réfléchir une seconde. Il ne pouvait pas s'empêcher de faire le lien avec la présence d'Alfie auprès d'Alastair. Benny lui avait assuré que c'était uniquement pour garder un œil sur l'ennemi de Castiel. Mais il commençait à avoir des doutes. Il devait poser la question à son coéquipier.

- C'est pour me surveiller qu'Alfie est là ?

Benny ne répondit pas immédiatement et Dean sut alors qu'il avait vu juste.

- Est-ce que tu lui as demandé de garder un œil sur moi ? Benny… de quoi avais tu peur exactement ? Que je vous trahisse ou que je sois en danger ?

- Dean, je n'ai jamais eu le moindre doute sur ta loyauté. Ne me confonds pas avec les monstres que tu fréquentes tous les jours.

- Peut-être mais ça ne répond pas complètement à ma question. Est-ce qu'il est là pour veiller sur moi ?

Il est là pour surveiller Alastair. Tu nous as demandé de garder un œil sur ce qu'il faisait et comme tu ne pouvais pas le surveiller lui et Castiel en même temps, Rufus et moi avons pensé qu'il serait préférable d'infiltrer un autre agent en plus.

- Tu mens, asséna Dean sans la moindre hésitation.

Il ne voulait pas se mettre en colère. Il ne voulait pas perdre du temps à se disputer avec Benny. Mais c'était plus fort que lui. Son coéquipier ne semblait même pas réaliser combien ce qu'il avait fait été grave et dangereux. Il avait utilisé les ressources du FBI pour son propre intérêt et pour un objectif égoïste. Et pour quelqu'un qui suivait toujours les règles à la lettre, c'était une faute grave.

- Écoute, Benny… je n'ai pas envie de m'énerver et de me disputer avec toi. Je veux juste que tu te montres honnête.

Son coéquipier ne dit rien mais son silence parlait pour lui. Il était pris en défaut et il ne savait simplement pas comment s'en sortir.

- Je sais que tu l'as fait pour moi, Benny, mais c'est… tu sais ce qu'on dit… l'enfer est pavé de bonnes intentions. Ce que tu as fait… ce n'est pas le fait que tu aies ressenti le besoin de demander à quelqu'un de veiller sur moi qui me gêne. C'est le fait que tu aies volontairement mis en danger la vie d'un autre agent dans ce but qui me pose problème. Tu as demandé à ce garçon de prendre des risques et de… de coucher avec Alastair juste pour t'assurer que quelqu'un garde un œil sur moi. C'est… tu te rends compte que c'est mal, non ?

Benny donna un coup de poing sur la table, faisant sursauter Dean. Il ne s'était pas attendu à une telle réaction de la part de son coéquipier. Il ne comprenait pas pourquoi il était autant en colère. C'était lui qui avait commis une erreur. Pas Dean. Il n'avait pas le droit de s'emporter contre lui.

- Bien sûr que je le sais, Dean. Je ne suis pas stupide. Mais contrairement à ce que tu penses, je n'ai pas envoyé Alfie ici juste pour te surveiller ou te protéger. Tu peux penser ce que tu veux de moi mais tu ne dois pas oublier que ce n'est pas quelque chose que je suis capable de faire… je ne mettrais jamais la vie d'un homme en danger dans un but aussi égoïste. L'idée ne venait pas de moi.

Dean fronça les sourcils, sidéré et choqué par ce qu'il venait d'entendre. Si l'idée ne venait pas de Benny, alors elle émanait forcément de Rufus. Ils étaient les deux seuls avec le pouvoir d'obtenir un tel résultat. Et Dean ne comprenait pas pourquoi son patron avait jugé bon d'envoyer quelqu'un en plus de lui. Venant de Benny, cela ne le surprenait pas vraiment. Mais venant de Rufus, c'était incompréhensible.

- Je ne voulais pas te le dire parce que je sais combien tu accordes de l'importance à ce qu'il peut penser de toi et de ton travail mais il… l'idée vient de Rufus. Il…

- Il pense que je ne vais pas réussir.

- Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Il est juste inquiet que tu n'obtiennes pas les résultats escomptés et il a jugé bon d'avoir un plan de repli au cas où.

- Un plan de repli ? Qu'il aille se faire foutre. Je vais lui prouver qu'il se trompe.

Dean était plus motivé et déterminé que jamais. Il avait toujours cru que Rufus était de son côté. C'était lui qui avait exigé que Dean soit choisi pour cette mission. C'était lui qui l'avait pris sous son aile à son entrée au FBI. Il avait toujours été à ses côtés. Il semblait avoir des doutes à présent. Au pire des moments. Benny avait eu raison de tenter de le lui cacher. Dean aurait préféré l'ignorer. Il n'aurait jamais dû poser la question. Car s'il avait perdu la confiance du seul de ses supérieurs qui croyait en lui, il n'avait plus rien. Il n'avait plus que Benny. Il était fatigué d'avoir toujours besoin de prouver qu'il était à sa place. Qu'il n'était pas là par hasard. C'était épuisant. Cette fois, il allait faire en sorte de prouver à tout le monde qu'il était le meilleur.

- Dean, ce n'est pas contre toi. Tu sais que Rufus n'a jamais mis en doute tes capacités. C'est lui qui t'a confié cette mission. Mais il est également lucide et il sait que Castiel n'est pas une cible facile à convaincre. Il a dû prendre des décisions. Tu n'es pas le seul à avoir la pression dans cette histoire.

- Peut-être mais il a eu tort. Je vais le lui prouver. Je vais vous le prouver à tous.

Benny soupira longuement, visiblement lassé d'entendre les mêmes choses de la part de Dean. Il était comme ça depuis le premier jour. Quand il avait intégré le FBI, il s'était tout de suite heurté à la suspicion de ses collègues. Beaucoup doutaient de ses capacités. Il était déterminé à leur prouver leur erreur. Et depuis le premier jour, il se battait autant contre eux et leurs préjugés que contre les criminels qu'il devait arrêter. C'était épuisant mais il en avait fait sa mission. Cela pouvait paraître futile à Benny mais Dean s'en contrefichait. Il voulait qu'on le respecte. Point final.

- Tu n'as rien à me prouver, Dean. N'oublie surtout pas que je suis de ton côté. Je l'ai toujours été et je le serai toujours… peu importe comment tout ceci se terminera. Je suis ton coéquipier et ton ami.

Dean hocha alors la tête. Il le savait. A vrai dire, il n'en avait jamais réellement douté. Benny était l'un des rares agents à accepter de travailler avec lui depuis le début. Ils étaient devenus partenaires à son entrée au FBI. Dean avait eu peur qu'un agent plus expérimenté que lui comme l'était Benny en déduise que le jeune agent devait nécessairement être sous ses ordres. Ça n'avait jamais été le cas. Ils étaient égaux et Dean se sentait considéré et respecté avec lui. Il ne devait pas l'oublier. Surtout pas maintenant. Il n'aurait même pas dû perdre son sang-froid. Il avait des choses plus importantes à gérer pour le moment.

- Je suis désolé. Je n'aurais pas dû… je sais que je peux compter sur toi. Tu me le prouves depuis le début. Je suis juste sur les nerfs et j'ai du mal à garder mon calme. Mais tu as raison. Je n'ai pas de temps et d'énergie à perdre avec ces bêtises. Je m'en soucierai quand tout sera fini.

- Merci Dean, souffla Benny, visiblement soulagé.

Le jeune agent lui sourit alors. Il était temps pour lui de mettre tout ceci de côté pour se concentrer sur la seule chose qui comptait vraiment. Il prit une grande inspiration avant d'expirer lentement par le nez. C'était la meilleure technique pour calmer le rythme des battements de son cœur et garder le contrôle sur ses émotions.

- Est-ce que tu avais autre chose à me dire ou est-ce qu'on a fait le tour ? Je ne veux pas te brusquer mais on manque de temps et j'ai beaucoup de choses à faire si on veut avoir une chance de mener ce plan à bien.

Dean prit quelques secondes pour réfléchir. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait ajouter. Ils avaient fait le tour de la question. Les cartes étaient entre les mains de Benny à présent. C'était à lui de jouer. Il était le seul à pouvoir obtenir les accessoires nécessaires et avertir Alfie et Henriksen. Dean, de son côté, avait besoin de quelques heures pour se préparer à jouer son rôle. Il devait également justifier son choix auprès de Castiel et Gabriel sans avoir l'air d'avoir une idée derrière la tête. Tout allait e jouer dans les prochaines heures. Elles seraient déterminantes pour la suite de sa mission.

- C'est tout bon, assura-t-il finalement.

Benny hocha la tête avant de se lever de sa chaise. Dean en fit de même presque aussitôt. Ils s'approchèrent ensuite de la porte en silence. Benny ne reprit la parole que lorsqu'ils furent devant.

- Fais les patienter jusqu'à ce qu'Henriksen te convoque. Ne prends pas de risques et ne fais rien de stupide en attendant. Je te promets de faire au plus vite. D'accord ?

- D'accord, accepta Dean.

Il avait l'intention de suivre ce conseil à la lettre. Il ne pouvait pas agir seul et il avait besoin que tout soit parfaitement au point s'il voulait avoir une chance. Il savait qu'il pouvait compter sur Benny pour tout mettre en place de son côté. Il n'aurait alors plus qu'à se montrer convaincant dans son rôle. Et espérer qu'Henriksen tienne le sien également.

- Si je ne parviens pas à tout boucler d'ici vingt-quatre heures, Henriksen te fera sortir d'ici. On n'attendra pas une minute de plus.

- Vingt-quatre heures, confirma Dean pour signifier à son ami son accord.

Benny lui sourit avant de poser sa main sur son épaule et de la serrer une seconde. C'était un geste destiné à le réconforter et à lui rappeler une énième fois qu'il était là pour lui. Dean en avait besoin à cet instant précis. Il avait beau savoir qu'il y avait un autre agent dans la même prison que lui, il ne s'était jamais senti aussi seul. C'était un sentiment étrange et paradoxal. Il était probablement du au fait qu'il avait perdu en partie la confiance de Castiel. Jusque-là, il avait été convaincu que sa cible était de son côté et même s'il ne pouvait pas réellement compter sur lui, cela l'aidait à ne pas se sentir seul. Maintenant que Castiel avait des doutes à son tour, Dean avait la sensation d'être seul contre tout le monde. Heureusement pour lui, Benny avait dû le sentir. Et savait exactement comment le soulager un peu pour quelques secondes.

Benny finit par lui relâcher l'épaule et par quitter la pièce. Son départ marquait le début de leur plan. Dean allait devoir patienter à présent. Et il savait que l'attente serait incroyablement longue. Il avait hâte que tout ceci soit derrière lui.

Il attendit quelques secondes avant de signifier au garde qui l'attendait dehors qu'il en avait fini. Ce dernier le raccompagna parmi les autres détenus. Castiel n'était pas encore là et Dean ne put s'empêcher d'en être soulagé. Il prit place dans un coin de la pièce pour l'attendre et utilisa ce temps pour réfléchir à ce qu'il allait lui dire. Il allait devoir justifier le choix de sa victime et son désir d'attendre un peu avant de passer à l'acte. Il espérait que Castiel ne se montrerait pas trop impatient. Il espérait également que Benny ne le ferait pas trop attendre. Il détestait ne pas avoir toutes les cartes entre les mains et être le seul maître de son destin. Il détestait plus que tout se sentir aussi impuissant. Il chassa toutes ces idées et ces angoisses de sa tête quand Castiel le rejoignit quelques minutes plus tard. Il tenta de rentrer à nouveau dans son rôle en oubliant tout le reste. Il répondit aux questions de sa cible concernant son rendez vous avant de lui faire part de sa décision de tuer Samandriel. Quand il le lui expliqua, Castiel sembla le croire. Dean en fut soulagé. Mais il y avait encore tellement de choses qui pouvaient mal tourner qu'il ne pouvait pas relâcher sa vigilance pour autant. Il avait commis cette erreur une fois et il s'était promis de ne pas recommencer. Surtout pas quand sa vie et celle d'un autre agent étaient en jeu.