« Je suis rentrée chez moi,
Ne t'inquiète pas,
Erin »

Hank pousse un soupir en apercevant le mot que lui avait laissé Erin sur la table du salon. Jay, qui vient tout juste de le ramener de l'hôpital, l'interroge :

- Tout va bien ?

Hank hausse les épaules en lui montrant le bout de papier :

- Erin est retournée chez elle, l'informe-t-il sur un ton qui ne présageait rien de bon.

Jay acquiesce en silence, ne sachant pas vraiment quoi répondre :

- Je voulais savoir Jay, reprend alors Hank en posant sa veste, tu as refusé qu'Erin reste en compagnie de Kelsie et j'en comprends les raisons, mais tu sais qu'elle est clean maintenant ?

Son jeune officier hoche affirmativement son visage :

- Elle m'a dit qu'elle l'était mais je ne sais pas si je dois la croire.
- Tu devrais, affirme Hank, c'est la vérité. Je sais que tu doutes et je le comprends tout à fait, mais je peux t'assurer que sur ce point, elle n'a rien touché.
- Vous ne pensez pas qu'elle va le faire chez elle ?
- Non. Elle sait ce qu'elle a à perdre. L'enjeu est trop important, lui fait-il remarquer en le fixant.

Jay, visiblement pas en total accord avec son raisonnement, hausse les épaules :

- Elle tient vraiment à toi Jay.
- Elle a une drôle de manière de le montrer alors. Enfin c'est un peu facile d'aller en soirée avec des hommes, de passer la nuit avec eux et de …
) Elle ne passe pas la nuit avec eux, le coupe alors Hank.

Mais, encore une fois, Jay a du mal à le croire :

- Désolé mais ce n'est pas ce que j'ai vu.
- Elle sort simplement pour boire et se défoncer. Rien d'autre. Enfin … elle sortait, reprend-il.

Ses explications n'ont pas l'air de convaincre Jay qui, totalement perdu, pousse un long soupir :

- Je ne sais pas Hank.
- Je sais que tu ne lui fais pas confiance, et tu as tes raisons. Je veux juste te faire savoir qu'elle est en train de changer.

Jay acquiesce brièvement avant de reprendre :

- Il n'est pas question de moi, il est question de Kelsie. Je ne veux pas la mettre en danger.
- Je le sais Jay, et j'approuve que tu veuilles protéger Kelsie. Mais je ne parle pas d'elle, je parle d'Erin et toi.

Hank ne lâche pas Jay du regard. Il a attendu pour mettre le sujet sur le tapis. Il a attendu en espérant et en attendant que les choses bougent. Mais force est de constater que cette attente n'a fait qu'aggraver la situation entre Jay et Erin.

- Je ne sais pas Hank, soupire Jay.
- Tu te souviens de ce que je t'avais dit quand tu voulais te mettre avec Erin ? Qu'elle avait plus besoin d'un soutien que d'une relation amoureuse actuellement. Tu m'avais répondu que tu étais sûr de ton choix Jay.

Silencieusement, Jay acquiece :

- Je le sais, mais les choses ont changé. Kelsie n'était pas là et …
- Je ne te parle pas de Kelsie, le coupe alors Hank.
- Ecoutez Hank, je soutiendrai Erin autant que je peux, mais je ne peux pas habiter avec une personne qui cache de la drogue dans la chambre de ma fille.
- Kelsie est aussi sa fille Jay.

La conversation s'annonce d'ores et déjà compliquée.

- Je comprends et respecte ton point de vue Jay. Ce que je ne comprends pas, c'est ton acharnement à vouloir te mettre avec Erin alors que je t'avais prévenu que ça risquait de se compliquer.

Mais contre toute attente, Jay semble réfléchir aux propos de Hank, et il semble surtout prendre conscience de sa part de responsabilité :

- Tu avais fait une promesse ce jour-là. Tu m'avais demandé mon accord, je te l'avais donné mais à condition que tu ne lâches pas Erin.


Lundi 5 mars, 9h30,
Bureau de l'intelligence,

Point de vue : Erin

« Qui ne tente rien n'a rien », m'a-t-on dit. C'est donc avec cette boule au ventre que je pénètre au sein du bâtiment dans lequel je travaillais autrefois.
Je salue Truddy qui est à l'accueil puis l'informe sur les raisons de ma venue. Elle fronce les sourcils, du genre « Tu peux toujours essayer » :

- Et je pense que Voight n'aurait pas tort de refuser Erin, continue-t-elle, tu devrais souffler un peu.
- Ça fait des semaines que je souffle Trudy. Je n'en peux plus de rester sans rien faire !

On continue de discuter pendant quelques minutes, puis je me décide à rejoindre le premier étage. Trudy me souhaite bonne chance, tandis que je commence à monter les escaliers. Je la remercie d'un signe de tête, je vais en avoir bien besoin !
J'arrive à l'étage. Les membres de l'équipe sont tous à leur bureau et ont l'air plus que surpris de me voir ici. Je les salue tous au passage puis me dirige directement jusqu'au bureau de Hank. Sa porte étant déjà entrouverte, je toque quelques coups :

- Je te dérange ?

Il quitte des yeux le dossier qu'il a entre les mains puis porte son regard sur moi. Un regard plus que sceptique qui ne présage rien de bon.

- Pas du tout Erin. Entre.

Je pars donc m'asseoir en face de lui, puis lui pose la question. Je n'ai pas le temps d'argumenter qu'il secoue son visage de gauche à droite :

- C'est non Erin.

Je me doutais de sa réponse, mais j'insiste. Pendant de longues et de nombreuses minutes, je plaide ma cause en espérant qu'il change d'avis. En le voyant m'écouter attentivement, je me dis que tout n'est pas perdu. Alors je perdure. Et mon acharnement finit par payer puisqu'à la fin de mon discours, il prend la parole :

- Sous certaines conditions Erin. Je veux que tu fasses des tests de dépistage tous les jours, et pour le moment, tu n'es ici qu'à temps partiel.

Je hoche mon visage affirmativement, plus que soulagée qu'il accepte. Mais ces conditions ne s'arrêtent pas là. Il m'en énumère beaucoup d'autres que je suis dans l'obligation d'accepter si je veux retrouver mon poste.
Il me fait ensuite un rapide breefing de la nouvelle affaire sur laquelle l'équipe travaille. Une histoire de trafics de drogue dans laquelle seulement 2 suspects ont été arrêtés pour le moment.

- Je veux que tu te renseignes sur l'entourage des suspects.

Je me mets donc au travail sans plus attendre. Je rejoins mon bureau et commence à faire des recherches sur les proches des deux suspects.
Mais alors qu'on est en plein travail, plusieurs personnes entrent dans la pièce, accompagnées par Trudy. Je fronce les sourcils en découvrant Elisha, Irina, Cassis, ainsi que Victoria.

- Besoin d'aide les filles ? demande Voight en nous rejoignant.

Mal à l'aise, celles-ci se jettent un coup d'œil. C'est finalement Elisha qui se lance en faisant face à tous :

- On voulait vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour nous.
- On a juste fait notre boulot, lui fait remarquer Voight.
- Vous avez fait beaucoup plus, et on tenait vraiment à vous remercier.

Voight acquiesce en reprenant :

- Je pense que c'est plutôt à moi de vous remercier. Sans vous, je serai derrière les barreaux.

Les filles tournent alors leur regard en ma direction. Je fais mine de ne pas écouter et me replonge aussitôt sur l'écran de l'ordinateur. Alors que je fais semblant de me concentrer sur mes recherches, j'entends Cassis dire :

- On vous devait au moins ça.
- Alors, on peut dire qu'on est quittes. Enfin, on le sera vraiment lorsque vous ne remettrez plus les pieds dans ce genre d'endroit.
- C'est ce qu'on compte faire, l'informe Irina. On quitte Chicago aujourd'hui. Enfin Elisha, Cassis et moi. On repart sur Indianapolis et on va faire ce qu'il faut pour repartir du bon pied.

Je ne peux m'empêcher de relever mon visage, assez perplexe. Je savais que certaines d'entre elles quittaient Chicago, mais Elisha ne devait pas en faire partie.

- Je sais ce qu'on s'était dit, reprend-elle alors à mon intention, mais je ne veux pas t'attirer d'ennuis.
- Je …

Mais je suis interrompue par Jay qui ne se gêne pas pour lui lancer :

- C'est une bonne idée que tu partes alors.

Le regard qu'il lui lance en dit long sur la rancœur qu'il éprouve envers elle. Il se tourne ensuite vers moi et rétorque toujours aussi sèchement :

- Tu as la mémoire courte Erin.

Je ne cherche pas à répondre quoi que ce soit, parce que je comprends entièrement sa réaction. Suite à ça, Jay s'est levé de son bureau et a rejoint la salle de pause.


Point de vue : Hank

J'attends que mes agents soient partis récolter des informations pour retrouver Jay qui est toujours dans la salle de pause :

- Tout va bien ?

Il hausse brièvement les épaules avant de m'avouer :

- Je me demande comment Erin peut vouloir héberger Elisha après tout ce qu'elle a fait.
- Tu as le droit de lui en vouloir.
- Ça, c'est sûr, et Erin aussi devrait lui en vouloir. Elle a tué notre enfant Hank !

Il secoue son visage puis passe une main sur son visage :

- Je sais que c'est dur Jay, mais tu sais aussi bien que moi dans quelle situation était Elisha. Elle n'a pas agi seule.

Je pose une main réconfortante sur son épaule conscient que mes paroles ne changeront pa son état d'esprit :

- Prends ta journée pour aujourd'hui.

Mais il secoue son visage de gauche à droite :

- Ça va chef. Merci.

Je n'insiste pas :

- C'est comme tu veux. Mais si tu as besoin d'avoir ta journée, tu peux.

Le reste de la matinée s'est déroulé sans encombre. Comme je le lui avais demandé, Erin a arrêté son service en début d'après midi, tandis que de notre côté, nous avons poursuivi les recherches.

- Voight ?

Je lève mes yeux de mes fiches d'information et fronce les sourcils en y découvrant Trudy. En remarquant son visage grave, je comprends qu'il se passe quelque chose :

- Un souci Trudy ?
- Vous n'êtes pas au courant ?

Je l'informe que non par un signe de tête :

- Au courant de ?
- La nouvelle vient de tomber et passe en boucle sur toutes les chaînes d'infos. Bunny Fletcher va être exécutée vendredi.

Je pense directement à Erin, et je ne suis d'ailleurs pas le seul puisque je vois Jay m'adresser un regard alarmé. Je me saisis alors de ma veste et m'adresse à l'ensemble de mon équipe :

- Vous continuez les recherches sans moi. Al', je te laisse gérer.

Je fonce aussitôt chez Erin en la pensant au plus mal. Mais je pensais mal. En effet, c'est avec un immense sourire qu'elle m'ouvre la porte de chez elle une dizaine de minutes plus tard :

- Hank ? Qu'est ce que tu fais là ?
- Je viens d'apprendre pour Bunny. Tu tiens le coup ?

Elle m'assure que ça va, que je ne dois pas m'en faire. Elle m'a l'air sincère, mais je préfère quand même rester avec elle. On passe donc une bonne partie de l'après midi ensemble, à parler jusqu'à qu'elle finisse par s'en aller faire une course.

Alors que je suis en train de démarrer ma voiture, je la regarde s'éloigner dans la sienne. Je devrais être soulagé, c'est vrai, elle m'a l'air bien. Mais je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas parce que je sais que ce n'est qu'une façade, et qu'au fond, elle est au plus mal.